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Full text of "Les gestes des Chiprois. Recueil de chroniques françaises écrites en Orient au 13e & 14e siècles (Philippe de Navarre & Gérard de Montréal publié pour la première fois pour la Société de l'Orient latin"

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PUBLICATIONS 


DE    LA 


SOCIETE  VE   L'OT^IE^QT  LATIU^ 

SÉRIE  HISTORIQUE 

V 

GESTES  T>ES  CHITT{plS 

XIIIe-XIVe  SIÈCLES 


LIBRAIRES  DELA  SOCIÉTÉ 


paris  :      Ernefl  Leroux,  28,  rue  Bonaparte. 
LEIPZIG:  Otto  Harafozvitz. 


LES 


GESTES    DES   CHIPROIS 

Recueil  de  chroniques  françaises 

ÉCRITES  EN  ORIENT 

AUX  XII h  &  XIV-  SIÈCLES 
(PHILIPPE  DE  NAVARRE  &  GÉRARD  DE  MONRÉAL) 

publié  pour  la  première  fois 
pour  la 

SOCIÉTÉ    VE   VOliJE&ÇT   LcATlP£ 

PAR 

GASTON    RAYNAUD 


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L. 


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GENEVE 

Imprimerie  Jules-Guillaume  Fick 

1887 


Tiré  à  500  exemplaires   numérotés,  dont 
50  fur  grand  papier, 
50  fur  papier  vélin, 
400  fur  papier  ordinaire. 


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SOCIETE   T>E  L'O^IEC^T  LoATlNl 


EXTRAIT  DES  STATUTS 

cArt.  19.  Les  publications  de  la  Société  font  faites 
fous  la  furveillance  du  Comité  de  direction,  &  la 
garantie  du  fecrétaire-tréforier  &  de  l'un  des  commif- 
laires  relponfables. 


Vu    V édition    des   Gefr.es  des  Chiprois  par  GASTON 

Raynaud. 

Le  commiffaire  refponfable, 

Comte  de  MAS  LATRIE. 


Certifié. 


Le  fecrétaire-tréforier, 

Comte  RIANT. 


Paris,  1er  août  1887. 


TABLE 


* 


Préface. 


Pages, 
ix 


LES  GESTES  DES  CHIPROIS. 

i°  Chronique  de  Terre-Sainte  (i  131  -1224). 

20  Récit  de  Philippe  de  Navarre  (12 12-1242). 

3°  Chronique  du  Templier  de  Tyr  (i 242-1 309). 

Table  chronologique. 

Gloiïaire. 

Index. 

Additions  &  corrections,  notes  complémentaires. 


1 

139 

335 
34-5 
353 
389 


PRÉFACE 


65 

£  L  el'i  peu  de  documents  auffi  importants  pour 
Phifloire  de  F  Orient  latin  que  les  trois  textes  que 
nous  publions  aujourd'hui  fous  le  titre  général  de 
«j  Geftes  des  Chiprois.  Cette  compilation,  faite  au 
k  commencement  du  XIVe  ftècle,  nous  donne  en  effet 
de  nombreux  13 'nouveaux  renfeignements  fur  les  événements  qui,  au 
cours  des  XIIe  &XIllcfècles,fe  font  paff'es  en  Syrie  &  dans  tout 
le  baffin  de  la  Méditerranée  ;  mais  elle  vaut  furtout  en  ce  qu  elle 
offre,  à  côte  de  détails  puifes  à  des  fources  multiples,  deux  récits 
perfonnels  &  originaux,  dont  l'un,  compofe  par  le  célèbre  Philippe 
de  Navarre,  &déjà  cité  au  XIIIe  &  au  XlVeflècles,  ne  nous  était 
connu  que  de  nom,  &  dont  F  autre,  fuite  du  précédent,  a  pour  auteur 
un  témoin  oculaire  de  la  plupart  des  faits  qu'il  raconte.  Auffi 
devons-nous  nous  féliciter  l  de  la  bonne  fortune,  qui  permet  à  la 
Société  de  l'Orient  latin  de  publier  un  manuferit  jufqu  à  pré- 
fent  inédit. 


Ce  manuferit  a  été  retrouvé  en  Piémont  par  un  amateur  érudit, 
M.  Carlo  Perrin  2,  de  Ver%uolo,  près  Saluées,  qui  put,  il  y  a 
quelques  années,  le  copier  page  pour  page  &  ligne  pour  ligne; 
c  efl  cette  copie  3,  exécutée  avec  foin,  qui  a  fervi  de  bafe  à  notre 
édition. 


i.  Voy.  le  Vile  Rapport  du 
fecr'etaire  de  la  Société  de  POrient 
latin  (28  mai  1883),  P-  18-22. — 
2.  M.  Perrin  devait,  dans  l'ori- 
gine, collaborer  à  la  publication, 
mais  il  y  a  renoncé  depuis.  Voy. 


les  VIIc,  Ville  &  IXe  Rapports  du 
fecr'etaire  de  la  Société  de  F Orient 
latin,  1882-1885. —  3.  Elle  appar- 
tient à  M.  le  comte  Riant,  à  qui 
M.  Perrin  en  a  fait  préfent. 


PRÉFACE. 


Nous  avons  eu  d'ailleurs  quelque  temps  fous  les  yeux  le  ma- 
nufcrit  original:  ce  qui  nous  permet  de  le  d'écrire.  Il  e/l  écrit  fur 
papier  d'orient  lujlr'e  Is  poli.  L'écriture  groffùre  &  peu  nette 
e/l  du  XlVefècle  I.  Le  manufcrit  devait  contenir  primitivement 
28  cahiers  de  8  feuillets  chacun,  plus  un  cahier  de  10  feuillets 
(le  à?)  &  un  cahier  de  4  feuillets  (le  12''J.  Malheur eufement 
le  premier  cahier  (fol.  \  à  %)  a  été  arraché,  C3  le  texte  ne  com- 
mence qu'au  feuillet  9  de  l'ancienne  pagination.  Le  feuillet  94 
e/l  blanc.  Le  verfo  du  feuillet  1 44  a  aujfi  été  laiffé  en  blanc. 
Dans  le  25e  cahier,  le  copi/le,  chargé  de  la  pagination,  a  fauté 
le  numéro  1 98,  ce  qui  fait  que  le  feuillet  199  fuit  fans  inter- 
ruption le  feuillet  197.  On  s'efl  aperçu  plus  tard  de  cette  erreur, 
&  pour  y  obvier  dans  une  certaine  ?nefure,  on  a  intercalé  à  la 
place  voulue  un  feuillet  blanc,  auquel  on  adonné  le  numéro  198, 
&  que  le  copifte  a  utilifé  en  y  inferivant  une  mention,  qu  on 
retrouve  à  peu  près  dans  les  mêmes  termes  à  la  fin  de  la  féconde 
partie  du  vif.  (p.  138^/  %.  Ajoutons  qu'en  reliant  autrefois  le  mf., 
on  a  eu  le  tort  de  déplacer  ce  feuillet  volant  &  de  le  viettre  Jans 
raifon  entre  les  feuillets  223  y  224.  Le  30e  &  dernier  cahier  e/l 
très  maltraité  :  le  Ier  feuillet  (232°)  manque,  ainfi  que  le  dernier 
(239');  le  238e  n'ejl  plus  repréfentè  que  par  quelques  fragments 
informes. 

La  première  partie  du  volume,  que  nous  avons  défignée  par  le 
nom  de  Chronique  de  Terre  Sainte,  commence  en  1132  (avec 
le  9e  feuillet),  pour  finir  en  1224  (feuillet  24,  fin  du  3e  cahier). 
Cette  chronique,  comme  nous  le  voyons  à  la  p.  20,  comviençait  à 
Adam,  c'e/l-à-dire  à  la  création  du  monde j  mais  tout  le  com- 
mencement, jufqu  en  1132  était  bien  abrégé,  puifqu  il  ne  co?npre- 
nait  qu'un  cahier  de  %  feuillets. 

La  deuxième  partie  ou  deuxième  livre,  œuvre  de  Philippe  de 
Navarre,  /'Hiftoire  de  la  guerre  des  Ibelin  contre  PVé- 
deric  II,  va  du  feuillet  25  au  feuillet  93,  &  renferme  la  période 
de  12 18  à  1242. 

1.  Une  note  du  copifte  (p.  138  avons  reproduit  à  la  fin  de  notre 
&  334)  nous  apprend  que  le  mf.  a  édition  (p.  334)  la  mention  du 
été  écrit  en   Chypre.  —  2.  Nous       fol.  198. 


PRÉFACE.  xj 


Le  troifùme  livre,  dont  l'auteur  eji  incertain  l,  eji  de  beau- 
coup plus  long  que  les  deux  autres  parties,  15  compte  18  cahiers 
(du  13e  au  30e',  du  feuillet  95  au  feuillet  23  S);  le  récit  s'étend 
de  1242  a  130g. 

Ces  trois  parties,  bien  que  dijiincles  entre  elles,  ont  cependant 
un  lien  commun  qu'il  eji  facile  de  remarquer.  Certains  pa/fages, 
qui  renvoient  (F  une  partie  à  F  autre,  montrent  en  effet  qu  un  révi- 
feur  général,  autre  qu'un  copijle,  a  cherché  à  réunir  en  un  tout 
ces  trois  parties  diverfes,  tff  à  leur  donner  une  unité.  Une  chofe 
frappe  aujfi,  c 'eji  que  la  troifùme  partie  a  été  évidemment  rédi- 
gée pour  faire  immédiatement  fuite  au  récit  de  Philippe  de 
Navarre.  Il  n'y  a  en  effet  aucune  interruption  dans  la  chrono- 
logie des  deux  narrateurs.  Remarquons  de  plus  que  Fauteur, 
qui  avait  une  quinzaine  d'années  en  1269  (comme  nous  le  ver- 
rons plus  tard),  ne  devait  guère  raconter  de  vifu  les  événements 
antérieurs  à  cette  date.  Si  donc  il  a  pris  la  peine  d' aller  puifer  à 
des  four  ce  s  étrangères  les  éléments  de  la  pre?nière  période  de  fon 
récit,  qu'il  commence  en  1242,  immédiatement  à  la  fuite  de 
/'Hiftoire  de  Philippe  de  Navarre,  c  eji  qu'il  avait  l'intention 
de  compofer  une  chronique  faifant  corps  abfolu  avec  celle  qui 
précède. 

Le  même  raifonnement  nous  conduit  à  penfer  que  la  Chro- 
nique de  Terre  Sainte,  placée  en  tête  du  manuferit,  a,  elle  aujfi, 
été  rédigée  par  le  même  auteur,  qui,  après  avoir  écrit  une  longue 
Juite  au  récit  de  Philippe  de  Navarre,  a  voulu  mettre  en  tête  le 
commencement  commun  des  chroniques  univerf elles.  Du  rejle  nous 
trouvons  cité,  —  I3  uniquement  cité,  —  dans  la  Chronique  de 
Terre  Sainte  &  dans  la  troifùme  partie  dite  Chronique  du 
Templier  de  Tyr,  le  Livre  du  Conqueft2,  qui  femble  être  la 
principale  fource  d' information  de  notre  auteur.  N'eji-ce  pas  là 
encore  une  preuve  de  la  commune  origine  de  ces  deux  textes? 
Enfin  la  langue  préfente  des  deux  côtés  les  mêmes  irrégularités  & 
les  mêmes  italianifmes. 

1.  On  verra  plus  loin  qu'il  y  a        Gérard  de   Monréal.    —  2.  Voy. 
de  très  grandes  probabilités  pour        p.  5,  6,  17  &  152. 
attribuer  cette  troifième  partie  à 


MJ  PREFACE. 


Xnts  pouvons  donc  conclure  en  dijant  que  notre  compilation 
ejl  l'œuvre  d'un  auteur,  qui,  au  commencement  du  XIV''  fèclr, 
a  compofe  une  Chronique  de  Terre  Sainte,  principalement 
d'après  le  Livre  du  Conqueft;  il  a  joint  à  cette  chronique  le 
texte  de  Philippe  de  Navarre,  auquel  il  a  dû  ne  faire  fubir  que 
peu  de  changements  (121^-124.2)  ;  puis  il  a  fait  fuivre  ces  deux 
dernières  parties  d'un  nouveau  récit  dont  les  commencements  (de 
1242  à  1270  environ)  font  encore  empruntes  de  préférence  au 
Livre  du  Conqueft,  mais  dont  toute  la  fin  (1270-13OQ)  ejl 
infpir'ee  par  des  fouveuirs  perfonnels.  Enfin  en  1 343,  un  copi/le 
nomme  'Jean  le  Miège,  prijonnier  en  Chypre,  a  copie  le  manuf- 
crit  menu   que  nous  avons  décrit  plus  haut. 

Revenons  maintenant  fur  chacun  des  trois  livres  qui  co?npofent 
la  compilation,  &  étudions-les  f'epar'ement. 


I.  —  Chronique  de  Terre  Sainte. 

Après  avoir  dit  plus  haut  que  cette  chronique  &  le  troijieme 
livre  des  Geftes  des  Chiprois  ont  un  feu l  13  même  auteur,  il 
nous  rejîe  peu  de  chofe  à  ajouter.  Nous  f avons  déjà  que  le  com- 
pilateur ne  cache  point  les  emprunts  qu'il  fait  au  Livre  du 
Conqueft  ou  Hiftoire  de  l'empereur  Eracle.  Les  paffages 
cites  aux  pages  5,  g  13 17  fe  retrouvent  en  effet  dans  Guillaume 
de  Tyr  &  fes  continuateurs l  &  appartiennent  à  la  troifieme 
clajfè  des  manuferits  de  cette  compilation'1.  Mais  /'Eracle  n'ejl 
évidemment  pas  la  feule  fource  à  laquelle  il  ait  put  je.  Quelles  Jont 
les  autres?  Cette  quejiion  nous  femble  à  peu  près  tnfoluble,  car  tous 
les  textes,  qui  pourraient  éclairer  ce  problème,  font  loin  d'être  publies 
encore.  Nous  devons  cependant  remarquer  que  les  dates  fournies 
par  d'autres  textes  que  /'Eracle  font  prefque  toujours  error 

Dernièrement  les   Archives   de  l'Orient   latin  3   publiaient 


1.  Voy.  l'édition  de  l'Académie  2.  Voy.  Archives  de  l'Orient  latin, 
des  Inscriptions,  t.  I,  p.  765-6,  t.  I  (1 88 1),  p.  350.  —  3.  T.  II 
958-9  &  t.  II,  p.  270  &  fuiv.  —        (1883),  2mc  partie,  p.  +27-461. 


PRÉFACE.  Xllj 


deux  textes  parallèles,  les  Annales  de  Terre  Sainte,  qui  ont  de 
nombreux  points  de  rej/emb lance  (jufquen  I2\"j)  avec  les  Geftes 
des  Chiprois  &  en  particulier  avec  notre  Chronique  de  Terre 
Sainte.  L'un  des  éditeurs  de  ces  textes,  M.  le  prof.  R.  Rohricht, 
qui  avait  pu  prendre  connaijfance  du  manuferit  des  G  elles  des 
Chiprois,/*'  demande  dans  la  préface  qu'il  a  jointe  à  la  publication, 
fi  les  Geftes  n'ont  pas  été  uttlifes  par  le  rédacteur  des  Annales. 
En  admettant,  comme  nous  croyons  l'avoir  démontre,  que  notre 
chronique,  première  partie  des  Geftes,  a  été  compofee  en  même 
temps  que  la  troi firme,  au  commencement  du  XIV' 'fiecle,  la  réponfe 
à  cette  quejlion  fera  facile,  car  les  deux  textes  des  Annales,  bien 
que  l'un  fait  repréf enté  par  un  mf.  du  XV(  'fiecle,  ne  peuvent 
être  confidèr'cs,  au  point  de  vue  de  la  langue,  comme  poflérieurs 
au  XIIIe  fiecle.  Les  Annales  auraient  donc  bien  plutôt  été  mifes 
à  contribution  par  les  Geftes  des  Chiprois,  à  moins  que,  ce  qui 
ejl  infiniment  probable,  les  Annales  ci?  les  Geftes  n'aient  eu  de 
nombreufes  fources  communes,  parmi  lef quelles  certainement  il  ne 
faut  pas  oublier  /'Eracle,  non  plus  que  les  Annales  Terrae 
Sandlae  l. 


II.  —  Histoire  de   la  guerre    qui    fu    entre 
l'empereur  Frédéric  &  Johan  d'Ibelin, 

par  Philippe  de  Navarre2. 

Philippe  de  Navarre,  l'auteur  de  la  deuxième  partie  des 
Geftes  des  Chiprois,  a  joué  durant  fa  vie  un  rôle  confidérable 
en  Chypre  &  en  Syrie,  &a  été  pendant  près  d'un  demi-fiècle  mêlé 
à  tous  les  événements  qui  ont  fuivi  la  ?nort  du   roi  Hugues  Ier. 

i.  Archives   de   l'Orient  latin,  tron  &  de  la  Chronique  d'Amadi. 

t.   II  (1883),   2e   partie,   p.    430,  En  réalité  nous  ignorons  abfolu- 

note  3.   _    2>   Nous  difons   Na-  ment  à  quelle  localité  correfpond 

varre,    en    empruntant    l'ortho-  ce   nom   qui  le  trouve  écrit  Ne- 

graphe    fournie    par    le    mf.    fr.  vaire  dans  notre  mf.  &  Notaire 

12581  de  la  Bibl.  nat.  (fol.  407)  dans  la  plupart  des  m  (T.  du  Livre 

&  repréfentée  par  la  forme  ita-  de  forme  de  plait. 
lienne  Navarra  de  Florio  Buf- 


XIV  PREFACE. 


Soldat  &  homme  politique,  Philippe  de  Navarre  fait  manier  la 
plume  aujji  bien  que  l'epee  :  tour  à  tour  jurifconfulte,  hi/lo- 
rien,  poète,  morali/le,  il  mérite  fans  contejle  le  nom  d'homme 
univerfel,  que  lui  décerne  Florio  Bujlron  en  tête  de  fa  Chro- 
nique de  Chypre  l. 

Deux  de  fes  ouvrages  font  bien  connus  :  le  premier,  le 
Livre  de  forme  de  plait  a  été  apprécié  is  publié  par  le 
comte  Beugnot7-.  C ejl  un  manuel  de  la  l'egiflation  féodale  ujit'ee 
en  Chypre  &  dans  le  royaume  de  fèrufalem,  oit  l'auteur 
laijffe  parfois   s'égarer   quelques   détails  fur  lui-même. 

Le  deuxième  ouvrage,  inédit  juf qu'ici  15  fgnalè  à  l'attention 
des  érudits  en  I  841  3,  fera  bientôt  publié  pour  la  Société  des 
anciens  textes  français,  par  M.  Marcel  de  Fréville.  C'efl  un 
petit  traité  de  morale,  intitulé  les  Quatre  tenz  d'aage  d'ome, 
ou  Philippe  de  Navarre,  empruntant  fes  exemples  un  peu  de 
côté  ?if  d'autre,  donne  fon  avis  motivé  fur  la  manière  dont  on 
doit  fe  conduire  à  toutes  les  phafes  de  la  vie,  enfa?it,  jeune  homme, 
homme  fait  13  vieillard.  Il  ejl  permis  de  juppofer  que  Philippe 
de  Navarre  a  dû  compojer  ce  traité,  alors  que  déjà  vieux,  il 
avait  renoncé  à  la  vie  active,  pour  fe  confacrer  à  la  méditation 
&  à  l'étude. 

Nous  trouvons  mentionne  te  titre  &  le  réfumé  du  troiflème 
ouvrage  de  Philippe  de  Navarre,  à  côté  de  fes  autres  œuvres, 
dans  le  mf.fr.  12581  de  la  Bibliothèque  nationale  (fol.  4-OjJ  en 
ces  termes  :  «  le  premier  \_hvre~\  fijl  de  lui  meefmes  une  partie,  car 
■■(  la  ejl  dit  dont  il fu  l3  commant  ispor  quoi  il  vint  deçà  la  mer, 
«  Is  commant  il  fe  contint  Ï3  maintint  longuemant  par  la  grâce 
«  Nojlre  Seignor.  Après  i  a  ri?nes  &  chançons  plufors  que  il 
meifnes  fijl,  les  unes  des  granz  folies  dou  fiecle  que  l'an  apele 
amors.  Et  affez  en  i  a  qu'il  fijl  d'une  grant  guerre  qu'il  vit  a 
fon  tens  antre  l'anpereor  Fredri  &  le  feignor  de  Barut,  mon 


1.  Chronique  de  Pile  de  Chypre,  compofés    pendant    le  XIIIe  Ji'ecL 

par  Florio  Burtron,  p.  p.  René  de  dans    les   royaumes  de  "J'erufaletn 

Mas  Latrie  (extrait  des  Mélanges  &  de  Chypre,  t.  I  (1841), p.  469- 

hijîoriques,  t.  V),  18S4,  P-  8-  —  57 '•    —   3-  Bibliothèque  de  fécole 

2.  AJfifes  de  J'erufalem  ou  Recueil  des  chartes,  t.  II,  p.  23-31 . 
des    ouvrages     ./<    jurifprudence 


PREFACE.  XV 


«  feignor  Jehan  de  Belin  le  Fie/.  Et  un  moût  biau  compe  i  a  il  de 
«  celé  guerre  meifmes  dès  le  commancemant  jufques  a  la  fin,  ou  que 
«  il  font  devij'è  li  dit  15  li  fait  Êff  //  grant  confoil  des  batailles  & 
«  des  Jieges  auriez  ordenéemant,  car  Phelipes  fu  a  toux.  Après 
«  i  a  chancons  ls  rimes  qu'il  jift  plufors  en  fa  viellefce,  de  Nojlre 
«  Seignor  &  de  Noftre  Dame  i3  des  fains  15  des  faintes...  '»  Il  eft 
facile  de  voir  que  le  biau  compe  nejî  autre  chofe  que  la  deuxième 
partie  des  Geftes  des  Chiprois,  à  laquelle  il  manque  aujourd'hui 
le  commencement,  relatif  à  V arrivée  de  Philippe  de  Navarre  en 
Orient,  &  toute  une  ferie  de  chanfons  amoureufes  &  dévotes 
que  le  compilateur  n  a  pas  cru  devoir  comprendre  dans  fon 
œuvre.  Ce  qui  nous  rejle  de  l'ouvrage  de  Philippe  de  Navarre 
e/i,  non  pas  un  poème,  corrune  l'a  fuppofe  Beugnot,  mais  une 
fimple  narration,  que  l' auteur  a  parfois  entremêlée  de  vers. 

Avant  notre  publication,  /'Hiftoire  de  la  guerre  des  Ibelin 
n'était  cependant  pas  abfolument  perdue,  puifque  le  chroniqueur 
chyprois,  auquel  nous  faifions  allufion  plus  haut,  Florio  Buf- 
tron,  dit  l'avoir  connue  13  utilifee  dans  fa  Chronique  de 
Chypre:  «  Ho  pot  trovato  particolarmente  i  Gefti  di  Ciprioti2 
«  in  francefe,  fcritti  da  Filippo  de  Navara,  huomo  univer- 
«  fale,  Sff  il  quale  intervenue  in  ?nolti  fatti,  &  di  guerra,  & 
«  di  patti  di  pace  3.  »  Quelque  pr'ecife  que  femble  cette  phrafe, 
il  ejl  néanmoins  bien  évident  que  Florio  Bujlron  n  a  pas  connu 
Philippe  de  Navarre  autrement  que  a" après  notre  compila- 
tion. Il  ne  relate  en  effet  aucun  des  faits  antérieurs  à  ceux 
dont  parlent  les  Geftes  des  Chiprois,  &  n'a  par  confcquent 
pas  eu  fous  les  yeux  les  monoires  perfonnels  de  Philippe  de 
Navarre,  perdus  aujourd'hui,  &  que  cite  tout  d'abord  le  mf. 
fr.  12581.  De  plus  Florio  Bujlron,  comme  nous  le  verrons  plus 
tard,  reproduit  prefque  mot  à  mot  certains  pafjages,  qu'il  em- 
prunte à  la  troihème  partie  des  G  eues,  preuve  manifejle  qu'il 
s'ejî  fervi  de  la  compilation  tout  entière. 


1.   Ce   texte  a  déjà  été  publié  Buftron  que  nous  avons  emprunté 

par  le  comte  Beugnot  (Bibl.  de  le  titre  général  de  la  compilation. 

l'ec.  des  c/i.,  t.  II,  p.   15-16).  —  —  3.  Edition,  p.  8. 
2.  Ceft  à  ce  partage   de    Florio 


XVJ  PRÉFACE. 


Le  récit  des  Geftes  ejî  donc  à  peu  près  le  même  que  celui  de 
Florio  Bu/lron;  nous  le  réfumerons  en  peu  de  lignes. 

Venant  d'Europe,  &  appelé  en  Chypre  par  des  affaires  perfon- 
nelles,  Philippe  de  Navarre  arriva  dans  Vile  ju/îe  à  point  pour 
prendre  le  parti  des  Ibelin  dans  leur  querelle  contre  F  empereur 
Frédéric  II.  On  Jait  en  effet  qu à  la  mort  du  roi  Hugues  Ier,  la 
reine  Alix  avait  remis  la  tutelle  de  f on  fils  Henri  à  fon  frère  Jean 
(T  Ibelin,  feigneur  de  Béryte.  "Jaloux  de  cette  préférence,  les  barons 
de  Chypre  mirent  dans  leurs  intérêts  Frédéric  II,  alors  que  preffê 
par  Grégoire  IX,  il  fe  décidait  enfin  en  1228  a  partir  pour  la 
Terre  Sainte.  Frédéric  débarque  en  Chypre,  enlève  le  bailliage  du 
royaume  à  "Jean  d' Ibelin,  qu'il  remplace  par  cinq  bails.  De  là 
lutte  &  conflit  entre  les  Ibelin  d'une  part  &  Frédéric  &  les  cinq 
bails  de  F  autre.  Choifi  une  première  fois  co?nme  intermédiaire, 
Philippe  de  Navarre  n'échappe  que  par  miracle  à  un  guet-apens 
que  lui  tendent  les  cinq  bails.  Retiré  avec  quelques  troupes  raffem- 
bl'ees  à  la  hâte  dans  la  tour  de  V Hôpital de  Nicofie,  il  ejl  bientôt 
fecouru  par  le  feigneur  de  Béryte,  qui  accourt  d'Acre,  livre  & 
gagne  la  bataille  de  Nicofie.  Les  bails  fe  réfugient  alors  avec  le 
jeune  roi,  leur  pri fon  nier,  dans  le  château  de  Dieudamour,  tandis 
que  Philippe  de  Navarre  négocie  la  reddition  du  château  de  Cérines. 

Dieudamour  ejl  affiégé  par  les  Ibelin]  le  fiège  dure  longtemps, 
£ff  Philippe  de  Navarre  efi  ble/fé  dans  une  efcarmouche,  en 
122g;  [es  compagnons,  le  croyant  mort,  s'écrient:  «Mort 
«  e/l  notre  chanteur  !  tué  efl  !  » 

Bientôt  la  prife  de  Dieudamour  tff  de  Kantara  détermine 
une  trêve  momentanée.  Philippe  de  Navarre  dut  même  à  cette 
occafion, —  I3  c'e/l  là  un  fait  que  feuls  nous  relatent  les  Geftes, 
—  aller  outremer  en  amba [fade,  pour  fe  plaindre  auprès  du 
pape  &  des  rois  de  France,  d'Angleterre  Ï3  d' Ef pagne,  des 
agijfements  de  l' empereur  Frédéric. 

La  guerre  recommence  bientôt.  En  1230,  l'amiral  impérial, 
Richard  Filangieri,  débarque  à  Béryte  &  s'empare  facilement 
du  château.  Le  roi  &  fon  armée,  commandée  par  Jean  d' Ibelin, 
quittent  alors  Chypre,  malgré  les  avis  de  Philippe  de  Navarre, 
auquel  efi  laiffe  le  gouvernement  de  l'île.  L'armée  chypriote,  força- 
d'abandonner  le  fiège  de  Béryte,  fe  replie  fur  Acre.  Pendant  ce 


PREFACE.  xvij 


temps,  Philippe  de  Navarre  échoue, par  la  mauvaifefoide  Richard 
Filangieri,  dans  la  négociation  qu'il  tentait  en  vue  de  marier  la 
Jœur  du  roi  avec  le  fils  de  Boêmond,  prince  d'Antioche.  De  retour 
en  Chypre,  Philippe  trouve  prefque  toutes  les  forterejfes  tombées 
au  pouvoir  des  bails.  La  conquête  de  Vile  ejl  à  refaire. 

Le  roi  iffjfean  d' Ibelin  réuniffent  une  nouvelle  armée  &  repren- 
nent Famagoufte  (l  23 1).  Kantara,  grâce  à  l'habileté  diplotnatique 
de  Philippe  de  Navarre,  ejl  aujfi  recouvré.  Enfin,  après  lavitloire 
de  la  Gride, l'Ile  retourne  définitivement  aux  Ibelin,  fauf  Cérines, 
qui  tient  encore  jufqu  au  com?nence?nent  de  l'année  1233.  Apres 
la  prife  de  la  ville,  Philippe  de  Navarre,  qui  avait  ajjijlé  au 
fiege,  ejl  chargé  de  conclure  la  paix. 

Ici  s'arrêtent  les  renfeignements  que  nous  donne  fur  Philippe 
de  Navarre  la  chronique  de  Florio  Bujlron.  Les  Geftes  des 
Chiprois  nous  permettent  de  conduire  un  peu  plus  loin  la  vie 
de  notre  auteur.  G  ejl  ainfi  qu'en  1236  nous  le  voyons  ajjijler  à 
la  mort  du  vieux  Jean  d' Ibelin  l.  En  1242,  grâce  à  fa  fubtilité 
de  jurijle  verfe  dans  la  connaiffance  du  droit  féodal,  Philippe 
de  Navarre  parvient  à  décider  le  feigneur  de  Bêryte  Cff  le  fei- 
gneur  de  Tyr,  difpofés  tout  d'abord  en  faveur  de  Simon  de 
Montfort7-,  à  reconnaître  à  la  reine  Alix  la  régence  du  royaume 
de  Jêrujalem,  jufqu  à  la  venue  de  Conradin,  qui  vient  d'être 
majeur  3.  En  rêcompenfe  de  fes  fervices,  Philippe  de  Navarre, 
comblé  d'honneurs  &  de  riche  fes  par  la  reine  Alix,  ejl  fait  fei- 
gneur d'un  fief  de  foudée  4.  C ejl  encore  lui  qui  un  peu  plus  tard 
traite  la  paix  avec  Richard  Filangieri. 

A  partir  de  cette  époque,  les  Geftes  ne  nous  apprennent  plus 
rien  fur  Philippe  de  Navarre;  ils  mentionnent  feulement  fou  fils 
Balian5,  dont  le  nom  ejl  déjà  cité,  ?nais  non  identifié  dans  les 
Familles  d'Outremer6. 

1.  Pages  11 7-1 18  de  notre  édi-  Colonies  franques  de  Syrie  (1S83), 

tion.  —  2.   Voy.  une   charte  du  p.  23-24. — -5.  Pages  131  &  135. 

7  juin  1241,  dans  les  Archives  de  —  6.  Les  Familles  if  Outremer  de 

TOrient  Latin,  t.  I(i88i),p.  402-  Du  Gange,  p.  p.  E.-G.Rey,  clans  la 

403.    —    3.   Pages    127-130.   —  collection    des  Documents  inédits 

4.  Pages  1 30-131.  Voy.  Rey,  Les  (1869),  p.  606. 

C 


xviij  PRÉFACE. 


En  comparant,  comme  nous  F  avons  fait  plus  haut.)  le  texte  de 
Philippe  de  Navarre  au  récit  de  Florio  Bujlron,  on  voit  que  les 
Geftes  des  Chiprois  ajoutent  peu  de  chofe  à  ce  que  nous  Javons 
de  Philippe  de  Navarre;  ils  ne  font  guère  que  confirmer,  pr'c- 
cifer  &  compléter  partiellement  des  faits  déjà  connus.  Mais  ce 
que  nous  ignorions,  ou  plutôt  ce  que  nous  joupconnions  à  peine, 
c  ejl  le  talent  poétique  Ï5  furtout  latirique,  que  nous  conjfatons 
dans  les  vers  ajfe-z  nombreux  intercalés  au  ?nilieu  de  ce  récit  hif- 
torique.  Les  genres  qu'aborde  le  poète  font  multiples',  c  ejl  d'abord 
une  lettre  rimée,  adrejfée  de  Nicojie  à  Balian  d' Ibelin,  pièce 
ajfez  longue,  en  vers  de  17.  fyllabes,  que  F  auteur  fait  rimer  par 
groupes  de  3,  4,  5,  6,  9,  10  &  même  16  vers  l.  G ejl  e/ fuite  un 
ferventois  ou  chanfon  fur  la  bataille  de  Nicofie,  01  1229  *>"  <? efi 
encore  une  aubade  infpirée  par  le  fiège  de  Kantara  3  ;  c'e/i  enfin 
&  furtout  une  parodie,  pleine  d'efprit  &  de  fine/Je,  du  roman  de 
Renart,  ou  Philippe, donnant  à  "Jean  d 'Ibelin  le  fur  nom  d'Yfen- 
grin  £ff  aux  cinq  bails  les  noms  des  divers  animaux  de  la  com- 
pagnie Renart,  raille  de  la  façon  la  plus  piquante  le  bail  A n- 
ceau  de  Brie,  dont  la  confejjion  ejl  mije  en  pendant  de  celle  de 
Renart  4.  Légèreté  de  Jlyle,  ironie  mordante,  tournure  alerte 
des  phrafes,  choix  précis  des  mots,  rythme  f outillant  du  vers, 
l'imitation  ejl  parfaite',  &  on  comprend  quel  puiffant  avocat 
devait  être  cet  homme  «  univerfel  »,  qui  pouvait Jt  bien  s'ajjimiler 
les  chofes  les  plus  diverfes  &fe  montrer  à  la  J'ois  férieux  dans 
fes  écrits  juridiques,  &  fpirituellement  badin,  quand  il  ne  s'occu- 
pait que  de  littérature  légère. 

Un  peu  plus  loin,  Philippe  de  Navarre  fait  une  nouvelle 
allufion, —  en  profe,  cette  fois  5,  —  au  rôle  de  Renart,  fi  popu- 
laire au  moyen  âge.  Ici  nous  nous  trouvons  en  préfence  non  plus 
d'un  épifode  du  Roman  de  Renart,  mais  d'une  fable  èfopienne, 
dont  la  for?ne  première,  malgré  quelques  légers  changements  6, 
nous  a  été  confervée  par  La  Fontaine,  Jous  le  titre  :  Le  lion, 
le  loup  h  le  renard  (VIII,  3/   La  verfion  que  préfente  Phi- 


1.  Pages  55-57.  —  2.  Pages  61-  5.  Pages  1 14-1 15.  —  6.  Voy.  Ro- 
62.  —  3.  Pages  65-67.  —  4.  Pages  bert,  Fables  inédites...,  (i  825),  t.  II, 
69-75  ;  voy.   aufïi    p.    64-65.    —        p.  559-560. 


PREFACE.  XIX 


lippe  de  Navarre  a  été  augmentée  de  bonne  heure  de  la  partie 
relative  au  cœur  du  cerf.  On  rencontre  pour  la  première  fois 
cette  addition,  jour  ce  de  notre  texte  ls  des  verfions  alle?nandes  ', 
dans  la  compilation  de  Fr'edegaire  z  15  dans  la  chronique 
d '  Aimoin  3. 

Philippe  de  Navarre  ejl-il  toujours  original  &  ne  reproduit- 
il  pas  quelquefois  des  récits  empruntes  à  des  four  ces  antérieures? 
Quand  il  s  agit  de  po'ejies  &  de  fouvenirs  perfonnels,  F  originalité 
de  Fauteur  ne  fait  pas  doute  j  lorfqu'au  contraire  il  raconte  des 
faits,  dont  il  n'a  pas  été  témoin,  il  en  emprunte  certainement  les 
détails  à  d'autres  narrateurs.  Du  re/le  il  nous  fait  /avoir  que  ce 
livre  «  fijl  de  lui  jneejmes  une  partie  4  »,  voulant  dire  par  là  que, 
n'ayant  compofé  de  lui-même  qu'une  partie  de  ce  livre,  il  a  pui/é 
ailleurs  les  éléments  de  tout  le  rejle.  C'e/i  là  en  effet  la  feule 
explication  à  donner  des  reffemblances  qui  exi/ient  entre  le  texte 
de  Philippe  de  Navarre  &  d'autres  textes,  qui,  connue  les 
Annales  de  Terre  Sainte  5 ,  doivent  remonter  à  des  originaux 
communs. 

Nous  avons  vu  que  le  chroniqueur  ehyprois  du  XVIe  fiée  le, 
Florio  Bu/iron,  s'e/i  infpiré  fouvent  du  récit  de  Philippe  de 
Navarre,  d'après  la  compilation  des  G  erres  des  Chiprois  6. 
Un  autre  hijîorien  de  Chypre  un  peu  antérieur,  dont  l' ouvrage, 
écrit  de  même  en  italien,  ejl  connu  fous  le  nom  de  Chronique 
d'Amadi,  a  fait  auffi  de  nombreux  emprunts  à  notre  texte,  qu'il 
traduit  parfois  prefque  littéralement.  Dans  quelle  mefure  ces 
emprunts    ont-ils  été  pratiqués  par  fauteur  de  la   Chronique 

i.  Voy.  Rochholz,  dans  \a.Zeit-  t.  cxxxix,  col.  647-648. —  4.  Bihl. 

fchriftfûr  deutfche  Philologie,  t.  I  rut.  mf.  fr.   125S1,   fol.  407.  — 

(1869),  p.    181-198.  —  2.  Etudes  5.  Archives  de  l"  Orient  latin,  t.  II 

critiques  fur  les  fources  de   Vhif-  (1883),  2e  partie,  p.  438-440.  — 

toire  mérovingienne,  par  G.  Mo-  6.  Le   texte  de  Philippe   de  Na- 

nod  ;    2e  partie  :    la   Compilation  varre   correfpond  aux   pages   57- 

dite  de  Frédegœire,(iS$5),  p.  72-  106    de   l'édition  de  Florio  Buf- 

73.   —  3.  Aimoini,  monachi   Flo-  tron,  donnée  par  M.  R.  de   Mas 

riacenjis,  hiftoria  Francorum, dans  Latrie, 
la    Patrologie    latine    de    Migne, 


XX  PREFACE. 


d'Amadi,  qui  offre  une  rédaction  à  la  fois  plus  &  moins  com- 
plète que  la  notre  ?  Nous  ne  l' 'examinons  pas  ici.  Nous  lai  fions 
à  M.  de  Mas  Latrie,  qui  prépare  une  'édition  de  cette  chronique, 
le  foin  d'établir  en  détail  la  parente  des  Geftes  &  de  la  Chro- 
nique d'Amadi l. 

III.  —  Chronique  du  Templier  de  Tyr. 

Cette  chronique  forme  la  troijième  partie  des  Geftes  des 
Chiprois,  C5  nous  avons  dit  quelle  ejl  V œuvre  perfonnelle  du 
compilateur  des  deux  précédentes.  Elle  fait  immédiatement  fuite 
au  texte  de  Philippe  de  Navarre  &  contient  le  récit  des  événe- 
ments de  Syrie  juf qu'a  la  prife  d' Acre  en  1291.  Apres  cette  date, 
le  chroniqueur  pa  Je  en.  revue  les  faits  advenus  en  Chypre,  juf- 
qu en  l^O(),fans  oublier  les  rivalités  des  Génois  &  des  Véni- 
tiens, non  plus  que  certains  détails  relatifs  à  la  Chine  &  à 
l'extrême  Orient. 

Nous  avons  donné  à  cette  relation  le  nom  de  Chronique  du 
Templier  de  Tyr,  parce  que  [on  auteur  fe  rattache  évidem- 
ment  d'une  façon  quelconque  à  F  ordre  du  Temple,  &  que  d'autre 
part  il  a  vécu  à  Tyr  les  premières  années  de  fa  vie.  Eu  égard  a 
la  pofition  qu'il  a  occupée  pendant  a  fez  longtemps,  il  eût  été  plus 
rationnel  de  défigner  fon  texte  fous  le  nom  de  Chronique  du 
fecrétaire  de  Guillaume  de  Beaujeu  :  la  longueur  du  titre 
nous  a  feule  empêché  de  l'adopter. 

La  première  me/ition  que  l'auteur  faffe  de  fa  propre  perfonne, 
fe  rapporte  à  l'année  1 269  ;  il  était  alors,  à  Tyr,  page  de 
Marguerite,  fenmie  de  "Jean  de  Montfort,  &  devait  avoir  une 
quinzaine  d'années,  ce  qui  lui  donnait  55  ans  en  1309,  date 
extrême  de  la  fin  de  fa  chronique.  Il  nous  dit  lui-même  qu'il  ne 
rejla  page  qu'une  feule  année7-.  Il  vivait  encore  à  Tyr,  en  1270, 
quand  eut  lieu  l' affafiinat  de  Philippe  de  Montfort,  fur  lequel 
il  accumule  les  détails  les  plus  précis  &  les  plus  circon/lanciês  3. 

1.  Comparer  les  pages  27-138  thèque  nationale  (copie  moderne 
de  notre  édition  aux  pages  54-159  de  la  Chronique  d'Amadi).  — 
du  mf.  italien  387  de  la  Biblio-        z.  Page  193.  — 3.  Pages  195-196. 


PRÉFACE.  xxj 


En  1273,  nous  le  retrouvons  à  Acre,  au  moment  ou  Guillaume 
de  Beaujeu  ejî  nomme  grand-?naitre  du  Temple  l.  Dès  lors 
jufquen  1291,  il  ejt  établi  a  Acre  :  la  connaiffance  exacle  qu'il 
montre  de  cette  ville  en  divers  endroits 2,  fuffrait  du  rejle  à 
prouver  le  fejour  prolonge  qu'il  y  fit.  Cejlvers  cette  'époque  qu'il 
fut  attache  a  Guillaume  de  Beaujeu  en  qualité  de  fecr'etaire. 
Nous  le  voyons  en  effet  à  plufieurs  reprifes  3,  de  1285  à  1290, 
tenir  la  plume,  &  même  traduire  en  français  certains  documents 
arabes.  Notre  auteur  devait  donc  remplir  l'office  de  cet  «  efcri- 
«  vain  farrafinois  »,  qui,  a" après  la  Règle  du  Temple  4,  appar- 
tenait à  la  maifon  du  grand-maitre.  Il  n'était  certainement  pas 
chevalier,  car  les  faits  qu'il  raconte  ne  lui  font  jamais  parvenus 
que  par  des  on  dit  S.  Du  re/îe  il  nous  fait  comprendre  qu'il  était 
de  la  «  mehn'ee  »,  tout  au  plus  de  la  haute  domejlicitê,  de  Guil- 
laume de  Beaujeu^]  &  comme  nous  le  voyons  combattre  à  cote 
du  grand-maitre  7,  nous  devons  en  conclure  qu  il  joignait  à  fa 
qualité  de  fecr'etaire,  celle  de  frère  écuyer:  ce  qui  fufft  à  jujîi- 
fier  le  nom  de  Templier  que  nous  lui  avons  attribue.  En  tout  cas 
il  n'était  pas  prêtre,  car  dans  une  violente  fatire,  il  accufe  tous 
les  prêtres  de  fimonie^,  &  jette  en  même  temps  le  blâme  fur  les 
Dominicains  &  les  Francifcains. 

En  1286,  il  nous  décrit  complaifamment  les  longues  réjouif- 
fances  qui  eurent  lieu  a  Acre  à  Foccafion  du  couronneinent  du 
roi  Henri  II :  tournois,  travejlifje?7ients  &  «  autres  jeus  biaus  cff 
«  delitables  &plaifans9.»  La  f cène  change  après  la  prife  de 
Tripoli  (1288),  13  nous  ajjijlons  au  fiege  & 'bientôt  au  fac  de  la 
ville  d?  Acre  par  les  Mufulmans  (1291).  Guillau?ne  de  Beaujeu, 
chargé  de  la  dêfenfe,  meurt  blejfc  d' une  flèche  fous  les  yeux  de 
fon  écuyer,  qui  nous  répète  f  es  dernières  paroles. 

Après  la  prife  d' Acre,  notre  auteur  femble  avoir  fuivi  à 
Sidon  le  commandeur  &  les  frères  fur-vivants  du  Temple,  qui, 

1. Page 201.— 2. Pages  153,180-  «  celon  fe  que  je  peus  entendre.» 

182,  220,  244-256.   —  3.   Pages  —  6.  Page  250:  «  toute  fa  meh- 

218,  229,  241-242.  —  4.  Publiée  néelefeguyrent.  ..&adonsveyme 

par  Henri   de    Curzon,   pour    la  nos.   s    —  7.  Pages   248-250.  — 

Société    de    ï ' Hijïoire    de    France  S.  Page  270.  —  9.  Page  220. 
(18S6),  p.    75.  —    5.  Page  239: 

c* 


XX  ij 


PREFACE. 


réfugies  dans  cette  ville,  font  forces  bientôt  de  s'enfuir  en 
Chypre. 

Un  nouveau  grand-mdltre  eft  alors  nomme,  Thibaut  Gaudin, 
auprès  duquel  le  Templier  ne  trouva  fans  doute  pas  autant  de 
bienveillance  qu'auprès  du  précèdent,  car  il  ne  fe  gène  guère  pour 
en  parler  librement,  jufqu'à  le  traiter  de  lâche1.  Il  y  a  loin  de 
ce  reproche  aux  éloges  qu'il  a  coutume  de  joindre  au  nom  de  fon 
feigneur  défunt. 

En  Chypre  il  fe  fent  un  peu  d'epayfe  en  arrivant;  &  bien  que 
vivant  à  la  cour  tff  faifant  peut-être  partie  de  la  maifon  du  roi 
ou  de  la  reine'7;  il  n'a  plus  la  même  facilite  pour  s'informer  de 
tout  ce  qui  fe  pajfe.  Du  rejle  le  champ  de  fa  chronique  s'étend,  & 
s'il  r'cufit  à  être  encore  un  fidèle  narrateur  des  événements 
acco?nplis  dans  l'ile,  il  doit  fe  contenter  des  récits  des  voyageurs 
&  des  marchands,  quand  il  s'agit  des  invafons  tartares  ou  des 
guerres  maritimes  de  Gênes  &  de  Venife.  Malgré  la  connaiffance 
toute  fpêciale  qu'il  femble  avoir  des  noms  &  des  affaires  des 
républiques  rivales,  il  n'a  plus  la  même  exaclitude  dans  fa  chro- 
nologie, qui  jufque  là  n'était  pas  fouvent  en  faute,  1$  il  avoue  lui- 
même  qu'il  embrouille  un  peu  les  faits  qu'il  raconte  3  . 

//  ejl  encore  en  Chypre  en  1303,  au  moment  d'un  violent 
tremblement  de  terre  qui  épargne  heureufement  l'Ile.  Il  ejl  alors 
témoin  très  fidèle  de  la  lutte  intejiine  du  roi  &  de  fon  frère 
J?naury  de  Lufignan.  Prudent  ou  rêfignê,  il  ne  prend  parti  ni 
pour  l'un  ni  pour  F  autre,  tout  en  plaignant  le  fort  de  Henri  II, 
humilié  $5*  bientôt  depoffèdê  par  A?naury.  Les  affaires  des  Tem- 
pliers femblent,  dès  cette  époque,  lui  être  à  peu  près  indifférentes  : 
il  ferait  plutôt  attiré  du  côté  de  l' Hôpital.  L'évolution  ejl  d'au- 
tant plus  habile,  que  bientôt  le  fameux  procès  des  Templiers  fur- 
vient.  L'ancien  Templier,  qui  a  fu  trouver  moyen  d'échapper 
au  fort  de  fes  confrères,  ejl  ajfez  dur  pour  "Jacques  de  Molay, 
qu'il  qualifie  d 'avare 4.  Il  ne  parle  pas  des  accufations  qu'on 
portait  contre  les  Templiers;  en  faifant  allufion  à  leur  jupplice, 
il  dit  :  «  S'ils  ont  mérité  leur  fort,  ils  ont  été  punis;  mais  quant 
«  à  moi,  je  les  ai  toujours  connus  bons  chrétiens  &  dévots.  »  //  ne 

1.  Page  257.  —  2.  Pages  259  &  277.  —  3.  Page  2  S  9. —  4.  Page  329. 


PRÉFACE.  xxiij 


r'ejijh  pas  au  plaifr  de  faire  encore  une  fois  l'éloge  de  fonfeigneur 
Guillaume  de  Beaujeu,  dont  il  vante  la  largeffe  13  la  gêner ojité. 

Le  manufcrit  s'arrête  incomplet  en  130g,  au  moment  ou 
Amaury  va  exiler  en  Arménie  fon  frère  Henri  IL  La  narration 
ne  devait  guère  aller  plus  loin,  car  Un  ejl  pas  fuppofable  quelle 
fe  prolongeât  jufqu  en  1343,  époque  à  laquelle  elle  fut  copiée  par 
"Jean  le  Miêge.  L' auteur  aurait  eu  à  cette  date  89  ou  go  ans. 
Il  ejt  plus  naturel  d'admettre  quelle  finiffait  en  13 13,  comme 
la  chronique  de  Marino  Sanudo1,  ou  peut-être  en  1324  (avec 
la  mort  du  roi  Henri  II  de  Chypre),  comme  le  deuxième  livre 
de  Florio  Bujlron. 

Dans  J on  récit  pref que  toujours  original  li ' puijé  à  des  renjei- 
gnements  perfonnels,  le  Templier  n'en  iitilije  pas  moins  certaines 
Jources.  Tout  d'abord  il  ejl  bien  évident  qu'il  ne  pouvait  agir 
autrement  pour  toute  la  première  partie  de  fa  chronique,  de  1242 
à  1269,  année  à  laquelle  remontent  fes  premiers  fouvenirs.  Il 
cite  le  Livre  du  Conqueft  ou  Eracle  2;  &  la  comparaifon  entre 
fon  texte  £ff  les  Annales  de  Terre  Sainte  3 ,  jufqu  en  1247, 
prouve  que  les  deux  rédactions  ont  ici  auf/ï^  des  originaux  com- 
muns. Plus  tard,  quand  il  eft  en  Chypre,  notre  auteur  ne  peut 
connaître  un  grand  nombre  de  faits  que  par  le  rapport  des  voya- 
geurs, £3  très  fouvent  fous  fa  plume  revient  la  mention  des  mar- 
chands qu'il  a  interrogés  &  dont  il  enregi/ire  les  récits  S  .  De 
?nê?ne  la  reffemb lance  de  fa  narration  &  de  celle  de  Marino 
Satiudo  ejl  facile  a  conjlater  en  plujieurs  endroits,  principa- 
lement dans  les  paffages  relatifs  aux  mœurs  &  aux  guerres 
des  Tartares.  Du  Gange  nous  dit^  que  Sanudo  a  le  premier 
donné  le  fur  nom  de  prince  à  Henri,  fis  de  Boémond  IV',  il  ejl 
à  remarquer  que  le  texte  du  Templier  fe  fert  de  la  même  appel- 
lation 7. 

1.  Bongars,  GeflaDei  per  Fran-  de  I Orient  latin,  t.  II,  2e  partie, 

cos  (161 1),  t.  II,  p.  243.  —  2.  Page  p.  440-442.  —  4.  Voy.  plus  haut, 

152.  Allufion  à  un  fait  qui  s'eft  p.  xij-xiij. —  5.  Pages  294,  301, 

pafle  en   1109;  voy.  Guillaume  315,  331.  —  6.  Familles  d'Outre- 

deTyr,  éd.  de  l'Acad.  des  Inicr.,  ?ner,  p.  305.  —  7.  Page  166. 
t.  I,  p.  467-469.  —  3.  Arc/ii-ves 


XXIV  PRÉFACE. 


Maigre  tout,  la  Chronique  du  Templier  de  Tyr  ejl  une 
œuvre  ou  la  perfonnalitè  de  V  auteur  je  fait  j  our  à  chaque  ligne. 
A  côte  de  fouvenirs  intimes  comme  ceux  que  nous  avons  rappelés 
plus  haut,  on  y  rencontre  Fexpref)io?i  de  fentiments  tout-à-fait 
individuels.  C ejl  ainfi  que  le  diable  (l'ennemi  d'enfer)  y  joue 
un  grand  rôle  1  :  placé  en  antagonifme  avec  Dieu,  il  ejl  le  promo- 
teur de  toutes  les  «  maies  euvres  »  &  V inspirateur  de  toutes  les 
défaites.  On  peut  rapprocher  de  ces  idées  un  paffage  de  la  Règle 
du  Temple  2. 

La  langue  &  le  flyle  offrent  aujji  un  caraclère  tout  particu- 
lier :  les  phrafes,  pénibles  &  embarra/fées,  fe  rapprochent  par 
leur  conflruclion  moins  du  français  que  de  l'italien,  langue  alors 
fort  ufttée  en  Syrie  &  dans  l'île  de  Chypre.  Le  vocabulaire  ejl 
parfemé  de  mots  arabes  ou  turcs  3,  furtout  de  mots  italiens 4,  dont 
la  plupart  J ont  des  tenues  maritimes.  Dans  les  rimes,  l'influence 
étrangère,  ou  plutôt  exotique,  fe  fait  de  même  fentir  :  l'unique 
pièce  en  quatrains  5,  —  ajfe%  banale  du  rejle  pour  le  fond,  — 
préfente  des  r'mies  acceptables  feulement  dans  certains  dialecles 
italiens  ou  provençaux  :  changer  =  ner  (noir);  fever  (favoir) 
=  monter;  aver  (avoir)  =  rober.  Ces  runes  qu'un  poète 
français  de  la  même  époque  n  aurait  certainement  pas  employées, 
ne  devaient  pas  choquer  les  lecleurs  chypriotes  de  nationalités  fi 
diverjes,  Vénitiens,  Pifans,  Génois,  Provençaux,  pour  lefquels 
cette  chronique  a  été  co?npojée.  La  mention  :  «  Saches,  biau  fei- 
«  gnors  »,  que  nous  relevons  à  la  page  255,  nous  permet  de  fup- 
pofer  que  l'auteur,  comme  le  fit  plus  tard  Florio  Bu/lron,  avait 
Jans  doute  dédié  Jon  livre  «  alli  illujlri  fignori  conti,  cavaglieri 
«  15  nobili  ciprii.  » 

£hiel  ejl  donc  cet  auteur?  Pouvons-nous  F  identifier  avec  un 
per formage  connu?  Pouvons-nous  feulement  lui  attribuer  un  nom? 
A  ces  que /lions  il  ejl  difficile  de  répondre  d'une  façon  abfolument 

1. Pages 221,238,275,289,316.  pan/Ie(p.  154);  lumière  (p.  154); 

—  2.  Ed.  cit.,  §  67.  —  3.  Voy.  •velegier    (p.    222),-     ranpagour 

entre  autres  izeq  (p.  165)  ;quhi-  (p.  228)  ;fu--urefeing}iiau  (p.  249); 

tar    (p.    243)    &c.   —    4.   Goume  trefeul  (p.  274);  poge  (p.  280)  &c. 

(p.  28S);  pare/calme  (p.    154);  — 5.  Pages  263-272. 


PREFACE.  XXV 


affirmative  ',  cependant  de  très  grandes  probabilités  concourent  à 
nous  prêt "enter  un  nom,  dont  nous  reparlerons  bientôt. 

Tout  d 'abord  nous  efp'erions  avoir  trouvé  le  nom  du  Tem- 
plier de  Tyr  dans  la  phrafe  fuivante  :  «  iy  je  Dieu  le  feit 
«  lainjerot  Je  con  je  F  ois  quy  e/lee  la  1.  »  Faut-il  lire  dans  ce 
pa/fage  Lainjerot  (—  Lancelot),  is  regarder  ce  nom  co?n?ne  celui 
de  l'auteur?  Après  mur  examen,  le  contraire  nous  a  paru  préfé- 
rable, le  feus  &  la  con/lruclion  grammaticale  de  la  pbrafe  exi- 
geant la  correction  que  nous  avons  faite.  D'ailleurs  les  Lance- 
rot,  Lancelot,  font  nombreux  à  cette  époque,  furtout  parmi  les 
Génois,  &  la  connaiffance  d'un  prénom  ne  nous  jnettrait  fur  au- 
cune trace  férieufe. 

Nous  renonçons  aujji  facilement  a  confondre  notre  Templier 
avec  fon  confrère  provençal  du  même  temps,  dont  Fauriel  cite 
une  fatire  virulente'2-:  ni  le  Jlyle,  ni  les  idées,  ni  le  mouvement 
vraiment  poétique  de  cette  pièce,  qui  refpire  à  la  fois  F enthou- 
fafme  if?  le  défejpoir,  la  bravoure  15  la  révolte,  ne  nous  per- 
mettent de  confondre  fon  auteur  avec  le  compilateur  des  Geftes 
des  Chiprois,  fi  projaïque  dans  [es  vers  Zfffi prudent  aufji  dans 
fes  appréciations. 

Une  troifième  hypothèfe  eft  également  inadmijfible.  Nous  favons 
que  les  Geftes  des  Chiprois  ont  été  copies  en  Chypre  en  1343 
par  Jean  le  Miége ,  prijonnier  d' Aimery  de  Mimars,  lieute- 
nant du  châtelain  de  Cérinesl.  D' autre  part  la  Chronique  de 
Alacheras  parle  d'un  «  livre-»  qui  aurait  été  «  écrit  par  fire 
«  Jean  de  Mimars  4.  »  (Jean  de  Mimars  était  fénèchal  de 
Chypre  5.J  Du  rapprochement  de  ces  deux  no?ns,  Aimery  de  Mi- 
mars  6  isf  Jean  de  Mimars,  appartenant  à  la  rnhne  famille,  ne 
peut-on  conclure  que  notre  texte  e/l  F  œuvre  de  Jean  de  Mi- 
mars,  copiée  en  fuite  par    Jean  le  Miége  ?  —  Non,  certes,  car 


1.  Edition,  p.  277,  note  a.  —  langues  orientales),  1882,  p.  317. 

2.  Hijloire  de  la  po'ejie  provençale,  —  5.  Voy.  la  table  de  la  Chronique 

t.  II  (1846), p.  1 38-1  39. —  3.  Pages  de  Mâcheras.  —    6.  Aimery  de 

188  &   334.   —   4.    Chronique  de  Mimars  eft  connu  d'ailleurs  ;  voy. 

Chypre,   par    Léonce    Mâcheras,  p.  325  &  332,  &  Mas  Latrie,  Hif- 

trad.  fr.  par  E.  Miller  &  C.  Sathas  toire  de  Chypre,  t.  II,  p.  1 02  Si  1 14. 


(dans  les  Publications  de  l'Ecole  des 


XXVJ  PRÉFACE. 


l'allufton  faite  par  Mâcheras  au  livre  de  Jean  de  Mimars  Je 
rapporte  à  un  fait  arrive  en  Van  13  73,  date  que  n  atteignent 
pas  les  Geftes,  quand  même  on  les  ferait  finir  à  la  date  ou  ils 
ont  été  recopiés  par  "Jean  le  Miége,  en  1343,  &  non  plus  tôt, 
com?ne  nous  le  fuppofons.  Remarquons  d'ailleurs  que  la  Chro- 
nique de  Mâcheras  commence  (après  une  courte  introduction) 
en  1309  :  elle  forme  donc  la  fuite  immédiate  des  Geftes  des 
Chiprois. 

Enfin  une  quatrième  opinion,  qui  ferait  de  Gérard  de  Mon- 
r'eal  P 'auteur  de  la  Chronique,  a  été  propofée  par  M.  le  comte 
Riant l ,'  elle  a  beaucoup  de  chances  pour  être  vraie.  Dans  la 
préface  qu'il  a  placée  en  tête  de  fon  hi /foire,  Florio  Bu/iron  a 
énumérè  en  effet  les  écrivains  qui  lui  ont  Jervi  pour  fa  rédacliou. 
Après  avoir  cité  le  nom  de  Philippe  de  Navarre"1,  il  ajoute  ces 
mots  :  «  Dopo  di  lui,  Gerardo  Monreal  tenue  memoria  di  înolte 
«  cofe  accadute  infuo  tempo  3  .»  Nous  con/iatons  d" autre  part  que 
pour  la  partie  correfpondante  à  la  Chronique  du  Templier 
de  Tyr  (de  1242  à  1309^,  Florio  Bu/iron  reproduit  quelque- 
fois mot  à  ?not  certains  pu  (figes  de  cette  chronique  ',  il  y  a  donc 
quelque  vraifemb lance  à  dire  que  Gérard  de  Monréal eft  l' 'auteur 
de  la  troifième  partie  des  Geftes  des  Chiprois.  Gérard  de 
Monréal  ejî  bien  connu  comme  jurifconfulte,  quoique  nous  ne  pof- 
fédions  plus  [es  œuvres.  D'après  Beugnot,  il  faudrait  ad?nettre 
qu'il  a  écrit  feulement  après  13694,  mais  cette  affertion  ne 
repofe  que  fur  des  conjeclures,  &  le  texte  même  de  Florio  Buf- 
tron  S  nous  montre  que  Gérard,  en  13 10,  fut  chargé  co?nme 
ambaffadeur,  avec  Guillaume  de  Mirabel,  de  négocier  la  déli- 
vrance du  roi  de  Chypre. 

Rien  du  re/le  ne  s ' oppoje  dans  tout  ce  que  nous  avons  dit  pré- 
céde?nment,  à  l'identification  du  Te?nplier  avec  Gérard  de  Mon- 
réal,  qui,  lui  au[Ji,  a  habité  Chypre,  ou  s'e/i  établie  fa  réputation 
de  juri/le.  Les  dates  concordent  de  même',  13,  d'après  l'âge  que 
nous  avons  attribué  au   Templier,  Gérard  de  Monréal  aurait  eu 

1.   Voy.    le   VIIc   Rapport   du  tion,  p.  8.  —  4.  AJ/ifes  de  Jèrufa- 

fecrétaire  Je  la  Société  de  l'Orient  le»:,    t.    I,    p.  xxxvii-xxxvm    & 

latin    (28   mai   1883),  p.   15.   —  lxvi-lxvii.  —  5.  Edition,  p.  207. 
2.  Voy.  plus  haut,  p.  xj.  — 3.  Edi- 


PRÉFACE.  XXVÏj 


56  ans  en  13 10,  lors  de  fon  ambaffade,  ce  qui  eji  fort  admijjible. 
Enfin  le  lieu  de  naiffance  de  notre  auteur,  Monréal  en  Pale/Une, 
tout  près  de  la  Mer  Morte,  nous  donnerait  l'explication  des  mots 
indigènes  &  du  Jïyle  quelque  peu  torture  qu'on  remarque  dans  la 
Chronique.  fufqu'à  preuve  du  contraire,  nous  regardons  donc 
Gérard  de  Monréal  comme  V auteur  de  la  Chronique  du 
Templier  de  Tyr  csf  comme  le  compilateur  des  Geftes  des 
Chiprois,  qui  je  trouvent  ainft  rédigés  dans  leur  entier  par  deux 
jurifcon/ultes  13  diplomates  chypriotes,  Philippe  de  Navarre  iff 
Gérard  de  Monréal. 

De  même  que  Florio  Bu/lron  l ,  la  Chronique  d'Amadi  2  a 
utilife  jouvent  de  très  près  le  texte  de  Gérard  de  Monréal.  Mais 
ici  encore,  comme  nous  l'avons  déjà  dit  plus  haut  (p.xix-xx),  il 
eji  ajjez  difficile  de  fixer  bien  exactement  la  part  de  Gérard  de 
Monréal  dans  la  rédaction  des  autres  chroniques  de  Chypre,  qui 
ne  font  peut-être  que  les  verfions  fucceffives  d'une  Je  rie  de  Chro- 
niques royales,  tenues  au  jour  le  jour,  dans  le  genre  de  celles  de 
St-Denis. 


Le  manuferit  des  Geftes  des  Chiprois  eji  fouvent  fautif  £ff 
incofnplet',  nous  n  avons  cependant  jamais  introduit  dans  notre 
texte  que  les  corrections  £ff  additions  abjolument  nêceffaires,  ref- 
peâîant  les  contradictions  Êff  les  erreurs  des  auteurs,  tant  qu  elles 
n'étaient  pas  iucompréhenfibles.  La  chronologie,  bien  fouvent 
dêfeftueuje  dans  la  première  partie,  a  été  reclifiée  dans  la  Table 
chronologique,  que  nous  avons  jointe  à  notre  édition  (p.  335- 
343^.  Nous  avons  relevé  dans  un  G  lo  flaire  toutes  les  formes 
linguijtiques  inûreffantes ,'  vient  en  fuite  un  Index  des  noms  de 
perfonnes  &  de  lieux,  ou  figurent  un  grand  nombre  de  noms 
inconnus  juf qu'ici;  enfin  dans  quelques  pages  ('/'Additions  &  Cor- 
rections, nous  avons  propofe  de  nouvelles  identifications,  comblé 
certaines  lacunes  &  corrigé  aujfi  plujieur s  fautes  typographiques, 

1.  Edition,  pages   106    &  lui-       lien  3S7,  page  159  &  fuivantes. 
vantes.  —  2.  Bibl.  nat.  Ml",  ita- 


XXV11J 


PRÉFACE. 


que  nous  aurions  fans  doute  évitées,  Ji  nous  avions  pu  revoir  nos 
épreuves  fur  le  manufcrit  original. 

En  terminant  cette  publication,  qui,  nous  V  efpérons,  rendra 
fervice  aux  travailleurs,  &  fera  jugée  digne  des  autres  volumes 
de  la  Société  de  l'Orient  latin,  qu  il  nous  f oit  permis  d'adrefler 
nos  meilleurs  remerciements  à  tous  ceux  qui  nous  ont  aidé  dans 
notre  tâche,  &  tout  particulièrement  à  notre  commifaire  refpon- 
fable,  M.  le  cornte  de  Mas  Latrie,  auquel  nous  devons  bien  des 
indications  utiles. 


Paris,   icr  janvier  1887. 


Gaston  Raynaud. 


CffUpPQQUE  T>E  TERRE  SAINTE 


I  I  3  2-  I  2  24 


LES 


GESTES  DES  CHIPROIS 


* 


LIVRE  I 

CHRONIQUE  DE   TERRE  SAINTE 
1132-1224 


.  jor  meïïmes  devant  luy,  s'il  ne  le  connufïbit;  s'il  1131-1136 
ne  demandai!:  qu'il  fuft,  <5c  lembloit  à  la  gent  qu'il  le  feïft 
d'orgueil,  mais  le  li  venoit  par  le  que  les  mieges  dient 
qui  muet  d'une  maladie  que  il  conulTent. 

2.  A.  m.c.xxxii.  A.  Mil  c.  &  xxxiii  ans.  A. 
M.C.XXXIIII,  nient. 

3.  A.  M. C. xxxv,  morut  Henry,  roy  d'Engleterre,  & 
fu  fait  roy  après  luy  Eftiene,  Ion  nevou,  quy  fu  moût 
vaylant  <5c  prodome,  &  fift  à  Ion  tens  moût  de  biens. 

4.  A.  M. C. XXXVI,  morut  Federic,  l'empereur,  quy  del- 
truit  la  cité  de  Milan,  &  après  pafïa  pour  aler  en  Jeru- 


LES  GESTES  DES  CHIPROIS. 


h 36-1 147  falem,  &  avint  que  au  pafler,  qui  pafToit  par  .j.  flum  moût 
petit,  vers  la  terre  d'Ermenie,  &  la  belle  fur  quei  il  che- 
vauchoit  de  lus,  afoupa,  &  il  chai  dedens  le  flum,  &  fu 
neé,  &  Ion  cors  fu  porté  en  Antioche,  &  là  fu  enterré 
dedens  la  mère  vglile  de  Saint  Piere.  En  cel  an  morut  en 
France  le  roy  Lois,  &  fu  fait  roy  Lois,  Ion  fis. 

y.  A.  M.C.XXXVII.  A.  M.C.XXXVIII.  A.  M.C.XXXIX. 
A.  M.C.XL,  nient. 

6.  A.  M.C.XLI,  morut  le  roy  d'Engleterre  Elliene, 

quy  fu  nevou  dou  roy  Henry,  &  fu  fait  fon  fis  roy  après 
luy,  le  quel  Effréné  fu  mort  en  fièvres. 

7.  A.  M.C.XLII,  fu  pape  Selefïin,  quy  fu  .v.  mois  & 
.xiij.  jors. 

8.  A.  M.C.XLIII,  fu  pape  Lufius,  qui  fu  .xj.  mois  & 
.xiij.  jors,  &  en  lél  an  morut  l'emperere  Henry,  qui  fu 
fis  de  Federic,  quy  nea  o  flum. 

9.  En  ce  dit  an  de  M.c.xliii  de  Crift,  morut  Fouque, 
le  tiers  roy  de  Jerulalem,  &  fu  roy  après  luy  Bauduyn, 
Ion  fis,  mais  je  vos  diray  la  manière  coument  leftuy  roy 
Fouque  morut,  quy  fu  par  trop  grant  melchance  :  il  fe 
leva  .j.  bieu  matin,  &  ala  chaiïer  de  hors  au  plain 
d'Acre,  &  .).  lièvre  ly  laily  devant,  fi  que  le  roy  fe  mift 
à  courre  après  le  lièvre,  &  chay  le  roy  Fouque,  &  fe  briza 
le  col,  <5c  enfi  morut. 

10.  [A.]  M.C.xliiii.  A.  M.C.XLV,  fu  fait  pape  Heugenes 
pizans,  de  Pile,  quy  fu  .viij.  ans  &  .iiij.  mois  &  .xx.  jours, 
&  le  fiege  lela  .ij.  jours. 

1  1.  [A.]  M.C.XLVI,  fu  la  fegonde  meute  des  gens  d'ou- 
tremer en  Jerulalem,  &  paiTerent  dou  royaume  de  France 
pluzors  contes  &  barons  &  d'autres  pluzours  terres,  c'efl: 
afaver  (que)  le  roy  de  France  &  l'empereor  Conrat 
d'Alemaigne,  après  que  les  barons  &  contes  furent  pafifés 
en  Jerulalem;  l'autre  ei\  après. 

1 2.  [A.]  M.c.XLVll,  l'empereor  Conrat  d'Alemaigne  & 


I.    CHRONIQUE  DE  TERRE  SAINTE.  -   1224.  j 


le  roy  de  France  Lois  afegerent  Domas,  &  le  combatircnt  1147-1154 
avé  les  Sarazins,  dont  les  Sarazins  furent  defconfis  par 
.j.  cop  d'une  efpée  que  l'empereor  Conrat  fi(l  à  .ij.  mains, 
que  il  tailla  un  Sarazin  de  Feipale  jufques  au  nonbril  tout 
armé.  Mais  Doumas  ne  pryrent  il  mie,  car  elle  ert  moût 
forte  cité  de  un(e)  focé  quy  l'avirone  plain  d'aiguë,  & 
de  murs  &  de  grant  gent,  &  fi  a  moût  de  jardins  &  de 
bours  &  de  batailles,  &  par  de  hors  la  cité,  que  les  crel- 
tiens  deftrurent  &  gaffèrent  tout,  &  le  partirent;  &  bien 
eiilTent  priffe  la  cité,  le  ne  fuft  une  layde  achailon  quy 
le  parle  au  Livre  dou  conquefi,  mais  efcurement  le  dit. 

13.  [A.]  M.C.XLVIII,  morue  Guillaume,  conte  de 
Nevers,  en  Jerufalem,  quy  fu  moût  laint  home  &  moût 
predome  &  amohnier. 

14.  [A.]  M.C.XLIX.  A.  M.C.L.  A.  M.C.LI.  A.  M.C.LII. 
A.  M.C.LIH,  fu  fait  pape  Anaflaize,  roumain.  Seftuy  fu 
pape  .j.  an  &  .iiij.  mois  &  .xxij.  jours,  &  iefa  le  fiege 
.xv.  jors,  &  morut  .j.  haut  baron  à  Jerufalem,  quy  ot  non 
Lufien  de  Tibaut. 

1  y .  [A.]  M.C.LIIII  ans  de  l'incarnafion  de  Nortre  Seignor 
Jhefu  Crift,  fu  fait  pape  André,  angles,  &  fu  pape  .iiij.  ans 
&  .vj.  mois  &  .xx.  jours,  &  fu  vacant  le  f^Qge  dou  pape 
.ij.  ans  &  .v.  mois  &  .x.  jours. 

1 6.  [E]n  cel  an,  le  roy  de  Jerufalem a  cart  quy  ot  [à  nom] 
Bauduyn,  fi  prift  Efcalone  des  Sarazins,  quy  ert  un  moût 
fort  chaftiau  fur  mer  &  un  grant  bourc  corne  une  cité; 
&  ert  près  de*  Jerufalem  .ij.  jornées,  porce  que  l'on  n'y 
peut  aler  que  par  terre,  dont  il  y  a  montées  &  valées. 
Et  en  le  meymes  an  morut  Elliene,  roy  d'Engleterre,  quy 
ot  nom  aufîi  Compère,  &  fa  feme  fi  élit  nom  Mehaut, 

a.  Ce  commencement  du  para-  ce  mot,  &  précédant  le  mot  Jaffe 
graphe  16  a  déjà  été  écrit  par  barré:  a  aler  par  la  riue  de  la  mer 
erreur  avant  le  paragraphe  15.  . xij.  lieus  près. 

b.  On  lit  entre  les  lignes    après 


LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


1154-1168  Temperis,  de  la   quel  dame  il  eiic  .j.  fis,  quy  ot  à  nom 
Henry,  qui  fu  roy  d'Engleterre. 

17.  [A.]  M.C.LV.   A.  M.C.LVI,  nient. 

18.  [A.  |  M.C.LVII  de  Tincarnafion  de  Crift,  morur  le 
fuidit  pape  André,  englès,  &  en  fei  an  dona  le  roy  Lois 
de  France  la  fille  à  feftu  jeune  roy  Henry  d'Engleterre. 

19.  [A.]  M.C.LViii.  A.  m.c.lix.  A.  m.c.lx,  nient. 

20.  [A.]  M.C.LXI  de  Tincarnaflîon  de  Crift,  fu  fait  pape 
Alixandre  de  Toufcane.  Sefhu  ordena  à  fon  tens  .ij.  (con) 
conleilles,  l'un  au  Cos  &  l'autre  à  Rome,  où  il  i  ot  .xlviij. 
evefques  lans  les  abés  &  autres  perlas.  Et  feftu  rapela  à 
la  concorde  de  fainte  iglife  Tenperour  Federic,  mais  ne 
créés  mie  que  le  foit  Federic  le  fegont,  ains  prime. 
Federic  Tenpereor  ceftuy  avoit  efté  mau  de  Tiglize,  por 
ce  que  il  avoit  maintenu  les  (ifmatiques  ;  &  après  que  il 
fu  rapelé,  con  vos  entendes,  il  fift  pais  &  acort  entre 
Tenpereor  Manuel  de  Coftantinople  &  le  roy  Rogier  de 
Sezille.  Ceftuy  pape  fufdit  fu  pape  .xv.  ans  &  .xj.  mois 
&  .xxv.  jours. 

21.  [A.]  M.C.LXIII  de  Tincarnafion  de  Crift,  fu  mort 
Bauduin,  le  grant  roy  de  Jerufalem,  &  biffa  .j.  fis  qui  ot 
nom  Aumaury. 

22.  [A.]  M.C.LXIIII  de  Tincarnafion  de  Crift,  fu  enco- 
roné  ceft  Aumaury  à  roy  de  Jerufalem.  Ceftuy  roi  Au- 
maury ala  atout  Ion  hoft  en  Egipte,  &  prift  Alifandre  & 
Belbeis  des  Sarazins. 

23.  [A.]  M.C.LXV,  fu  nés  Phelipe,  quy  fu  puis  roy  de 
France. 

24.  A.  m.c.lxvi.  A.  M.C.lxvii,  nient. 

2y.  A.  M.C.LXVIII  de  Tincarnafion  de  Crift,  le  roy 
Aumaury,  roy  de  Jerufalem  quint,  le  conbaty  à  Saiahei- 
din,  loudan  de  Babiloine,  &  le  defconfy  malement,  & 
ofift  moût  des  Sarazins,  <5c  puis  ala  le  dit  roy  aleger 
Damiate  par  Taïe    de   une  eftoire  des  gallées  &  gens 


I.    CHRONIQUE    DE    TERRE    SAINTE.-  1224.         7 

d'armes  grifons,  que  l'enperour  Manuel  de  Coftantinople  1168-1174 
li  manda,  mais  il  ne  la  prift  mie,  &  s'en  party. 

26.  A.  M.C.LXIX  de  l'incarnation  de  Crift,  les  Sarazins 
prirent  Belinas  des  creftiens,  &  en  Tel  an  fu  fait  l'ahaïe 
de  Valmont. 

27.  A.  M.C.LXX  de  l'incarnafion  de  Crift,  fu  un  grant 
croie  quy  abati  moût  des  cités  :  Sur,  Acre,  Triple,  Va- 
lence &  Antioche  &  autres  cités  de  creftiens  &  des  Sara- 
zins chaierent  partie  le  jor  de  la  telle  de  laine  Piere  & 
faint  Pol. 

28.  A.  M.C.LXXI  de  l'incarnafion  de  Crift,  fu  martires 
faint  Thoumas  d'Engleterre,  quy  morut  vefque  de  Vin- 
ceftre. 

29.  A.  M.C.LXXII  de  Crift.  A.  M.C.LXXIII,  nient. 

30.  A.  M.C.LXXIIII  de  fincarnafion  de  Crift,  morut  le 
roy  Aumaury,  roy  de  Jerufalem  quint,  &  fu  fait  roy  après 
luy  Bauduyn,  qui  devint  mezel;  &  de  feftu  Bauduyn 
vous  diray  cornent  la  maladie  de  la  mezelerie  ly  aparut. 

3  1 .  Le  roy  Aumaury  Ion  père  [le]  fift  aprendre  letres  à 
un  chanoine  de  Sur,  quy  fu  puis  chanfelier  dou  royaume 
&  après  fu  vefque  de  Saint  Jorge  de  Rames,  qui  eft  .j.  grant 
evelchié  &  riche,  &  mift  o  l'enfant  por  compaignie  autres 
enfans  de  frans  homes;  &  quant  les  enfans  biffèrent 
euvre  &  le  jeuuent  les  uns  as  autres,  le  grafignéent  &  le 
pinféent  les  mains  tant  que  le  fane  en  ifoit,  &  les  autres 
anfans  à  quy  l'on  grafignoit  le  plaignoient  &  plouroient, 
mais  Bauduyn,  le  fis  dou  roy,  nule  fés  que  il  fuft  grafigné, 
il  ne  failoit  nul  fenblant,  ni  ne  s'en  plaignoit  de  rien,  car  il 
ne  le  fenteit.  Et  fi  eftoit  aucune  fois  fi  grafinié  que  le  lanc 
nyleit  de  l'es  mains,  &  meymes  quant  li  maiftre  li  fengleit 
les  nages  de  l'efcourgée  à  la  fiée  corn  as  autres  anfans, 
ledit  Bauduin  ne  donoit  cure,  dont  le  mayftre  s'en  aper- 
celi,  &  ly  demanda  li  li  fait  mal,  quant  les  enfans  le  gra- 
fignoient,  &  il  refpondy  que  il  ne  lentoit  rien.  Et  adonc 


LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


S 


h  77  le  maiftre  le  fift  afaver  au  roy  Aumaury,  Ion  père,  qui 
manda  querre  &  fift  venir  meges  de  Domas  &  fift  veïr 
l'enfant,  &  y  mirent  lor  curre,  mais  il  ne  le  porent  guarir 
dou  tout,  que  après  que  il  fu  creeli  &  fu  encorouné  à(u) 
roy,  la  mezelerie  fi  crut  tant  que  il  ne  poft  chevaucher, 
&  fe  faiflet  porter  en  hoft  &  en  bataille  dedens  une  litière 
à  .ij.  chevaus. 

22.  Ceftu  roy  Bauduyn,  après  que  l'on  père  fu  mort,  (î 
fu  encouroné  à(u)  roy  de  Jerulalem,  &  fu  le  cart  roy  qui 
ot  nom  Bauduyn,  &  par  degré  il  fu  le  fifte  roy  de  Jeru- 
lalem après  Goudefroi  de  Boillon. 

33.  Quant  vint  en  l'an  de  M.C.LXXVii  de  l'incarnafion 
de  Jhelu  Crilt,  le  dit  roy  Bauduin,  mezel,  fe  conbaty  en 
champ  au  lodan  de  Babiloine,  Salahadin,  à  Mongizart,  & 
par  l'aie  de  Dieu  &  la  fainte  Crois  qu'il  portetent  en  l'oit, 
quy  [eft]  la  crois  où  Jhelu  Crilt  fu  mis,  (&)  defconfirent  le 
dit  foudan  &  tout  fen  hoft,  &  furent  mors  moût  des  Sara- 
zins,  &  guaignerent  les  creltiens  affés. 

34.  D[e  fjeftuy  foudan  Salahdin  vous  veu  je  devizer 
d'où  il  vint  &  cornent  il  fu  feignor  de  Babiloine,  fe  que 
Babiloine  fi  eftoit  fans  louldan,  car  le  louldan  quy  avoit 
nom  Noreldin  i\  eftoit  mort,  &  avoit  laiffé  .ij.  fis  dont 
l'aihné  devoit  élire  foudan,  quy  eftoit  encore  petit;  &  le 
halife,  c  eft  afaver  le  pape  des  Sarazins,  fi  gardoit  les 
.ij.  enfans  en  Babiloine.  Ceftuy  Salahdin  vint  de  Perfe  à 
grant  hoft  que  le  louldan  de  Perce  ly  (a)  avoit  doné,  & 
dient  aucuns  que  cel  foudan  de  Perce  fu  l'on  oncle,  & 
autre  dient  que  le  dit  Salaheldin  fu  l'on  nory,  mais  co- 
rnent que  le  furt,  Salahdin  ru  chef  &  feignor  de  ce  grant 
hoft,  que  il  amena  de  Perce,  qui  l'ont  bone  gent  d'armes 
&  plus  adurés  que  fiaus  de  Babiloine,  qui  eftoient  une 
lahche  gent  &  poy  ulés  d'armes.  Et  quant  il  fu  devant 
Babiloine,  l'on  ne  le  laiffa  mie  entrer  dedens,  &  il  demoura 
dehors  en  les  tentes  fans  nul  mal  faire,  &  manda  à  halife 


I.     CHRONIQUE    DE    TERRE    SAINTE.-  1224.         9 

que  il  eftoit  Sarazin,  &  n'en  eftoit  venu  por  nul  mal  faire,  1177-1179 
&  le  manda  priant  quy  li  foufrift  à  venir  devant  luy  veïr 
&  prendre  la  beneïlTon;  &  halife,  que  nul  mal  n'i  pen- 
loit,  fi  li  otrea  &  le  fill  venir  dedens  Babiloine  en  la  pre- 
zence,  dedens  le  chafteau  dou  Caire.  Salaheldin,  quant 
il  ala,  il  mena  o  luy  en  tour  .ijc.  homes,  mais  il  furent 
à  ehlite  de  tous  les  meillors  que  il  eiill  en  tout  l'on  hoft; 
&  quant  il  fu  dedens  le  Caire,  au  palais  de  l'ahalife,  le 
quel  halife  ce  feoit  à  l'on  fiege,  &  par  devant  luy  avoit 
une  cortine  de  fée,  que  quant  il  le  voloit  moflxer  ou 
parler,  Ten  tiréent  la  cortine,  &  il  aparifoit,  fi  que  l'on 
tira  adons  la  cortine,  parce  que  Salaheldin  le  veïft,  & 
après  tant,  Salaheldin  fin:  fenblant  dealer  vers  luy  por  lui 
encliner;  &  quant  il  fu  après  de  luy,  fi  mift  main  à 
s'efpée,  &  fery  fahalife  &  l'ofift.  Et  les  autres  de  fa  gent 
mirent  main  as  efpées,  &  tuèrent  tous  feaus  de  laiens, 
&  prirent  le  chaftiau ,  &  l'ofl  de  hors  afaillirent  la  cité 
de  Babiloine  &  la  prirent,  &  en  tel  manière  fu  Salaheldin 
feignor  de  Babiloine,  lequel  (fu)  en  fon  tens  fu  moût 
bon  Sarazin,  car  il  fu  moût  large  &  moût  amohnier  & 
pitous  de  cuer  &  bontey,  &  M  en  fon  tens  moût  de 
fais,  fi  com  il  contient  au  Livre  dou  conquejl,  que  porée 
bien  devizer  une  grant  partye;  mais  il  i  avroit  trop  de 
riote  félon  la  forme  de  lé  livre,  &  pour  ce  je  ne  veus 
plus  parler  de  cefte  raifon,  &  torneray  à  ma  matière. 

3f.  A.  M.C.LXXVIII,  fu  .j.  grant  eferois  en  Jerufalem 
dou  ciel  vers  terre,  à  oure  de  midy,  le  jour  de  la  fefte  de 
la  Sainte  Crois,  en  fetembre,  qui  ne  fu  onques  oy  fi  grant, 
&  fu  cel  an  grant  perfeeufion  de  langouftes. 

36.  A.  m.c.lxxix  de  Tincarnafion  de  Jhefu  Crin1,  fe 
combaty  le  roy  Bauduin,  mezel,  à  Salaheldin,  foudan  de 
Babiloine,  en  .j.  leuc  quy  s'apele  Margelion,  &  fu  le  roy 
defeonfit  &  fa  compaignie,  s'eft  à  l'avoir  frère  Heude 
de  Saint  Amant,  maiftre  dou  Temple,  &  Bauduyn  d'Ey- 


10  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1179-1186  belin,  &  pluiïors  chevaliers,  &  crons  que  fe  lor  avint 
porce  que  il  fe  fièrent  plus  en  lor  force  que  en  la  vertu 
de  la  fainte  Crois,  que  il  avoient  layffé  à  Tabarie. 

37.  A.  m.c.lxxx,  morut  le  roy  de  France,  &  fu  fait 
en  fon  leuc  roy  Phelipe,  fon  fis. 

38.  A.  M.C.LXXXI,  le  roy  Bauduyn,  mezel,  fi  fift  en  fa 
vie  encoroner  à(u)  roy  de  Jeruialem  .j.  enfant,  fori  nevou 
quy  avoit  à  nom  Bauduinet,  quy  n'en  eftoit  que  de 
.vij.  ans  d'aage,  le  quel  dit  enfant  fu  fis  de  marquis 
Guillaume  Longue  Efpée  &  de  Sebille,  feur  dou  dit 
Bauduyn,  le  roy  meziau,  la  quele  Sebille  eftoit  au  jor 
efpouze  d'un  haut  home  de  France,  qui  avoit  nom  Guy 
de  Lezigniau,  <5c  avoit  le  roy  Bauduyn,  mezeau,  doné  à  la 
fuer  Sebille  &  au  dit  fon  mary  la  contée  de  Jaffe,  mais 
feftu  franc  home  Guy  de  Lezegniau  eftoit  fi  très  orgueil- 
lous  que  le  roy  <3c  tous  les  barons  dou  royaume  fe 
tenoient  mal  apaié  de  iuy,  &  le  haoient  moût,  &  por  ce 
en  fa  vie  fift  il  encorouner  Bauduin  fon  nevou  à(u)  roy 
de  Jerufalem;  &  por  ce  que  l'enfant  fuft  bien  veiï  de  la 
gent,  meAire  Balian  d'Eyblin,  quy  eftoit  le  plus  grant 
chevalier,  de  perlone  le  porta  fur  fa  efpaule  le  jor  de 
fon  corounement.  Ceftuy  meftire  Balian  fi  avoit  à  feme 
la  rayne  vielle,  mère  dou  roy  Bauduyn,  mezel. 

39.  A.  M.C.LXXXII,  fu  fait  papeUrban,  lonbart,  qui  fu 
pape  .x.  mois  &  .xxviij.  jors. 

40.  A.  m.c.lxxxiii,  fu  pape  Grégoire  de  Bonivent, 
qui  fu  pape  .j.  mois  &  .xxvij.  jors,  &  morut  en  Pize. 

41.  A.  M.C.LXXXI1II,  fu  pape  Climens,  quy  fu  pape 
.iij.  ans,  .xj.  mes  &  .viij.  jours,  &  fu  nés  de  Rome. 

42.  A.  M.C.LXXXV,  morut  Bauduyn,  le  roy  mezel,  & 
morut  geune,  mais  la  mezelerie  l'ocift,  quy  fu  fi  chargé 
que  les  chars  chaiéent  par  piefes. 

43 .  A.  M.C.LXXXVI,  morut  Bauduyn,  le  petit  roy,  nevou 
dou  roy  Bauduyn,  mezel,  &  morut  à  Acre,  &  le  portèrent 


I.    CHRONIQUE    DE    TERRE    SAINTE.  -    1224.        II 

fur  efpales  d'Acre  en  Jerufalem,  &  là  fuenterés;  &Sebille,  1186-1187 
la  mère,  ce  fill:  encouroner,  elle  &  Ion  mary  Guy  de 
Lezegniau,  &  fu  contre  la  volonté  de  tous  les  barons 
dou  royaume,  lelquels  eftéent  tous  afemblés  à  la  cité 
de  Naples,  près  de  Jerulalem  au  mains  d'une  jornée,  lef- 
qués  furent  à  conleil,  &  ordenerent  de  faire  roy  le  mary 
de  l'autre  leur,  qui  ot  nom  Anfroy  dou  Thoron.  Mais 
lelle  nuit  le  dit  Anfroy,  après  le  que  il  ot  otroé  à 
barons  d'eftre  roy  a,  il  s'en  parti  fans  le  leii  des  barons, 
&  s'en  ala  en  Jerulalem,  &  remeffc  là.  Et  le  matin  que 
les  barons  le  cuiderent  trover,  fi  leiirent  cornent  il  s'en 
eftoit  parti  :  fi  furent  moût  dejuglés  &  corolés,  &  lor 
couvint  en  la  fin  aler  en  Jerulalem  faire  homage  au  roy 
Guy  de  Lezigniau  contre  lo  cuer.  Et  en  Tonnage  faire 
fu  .j.  des  barons,  quy  ot  nom  Bauduyn  dEyblin,  leignor 
de  Rames,  quy  li  fill  homage,  dilTant  au  roy  Guy,  que 
en  tel  point  ly  faiiïeit  il  homage  que  avant  que  l'an  fuft 
conply,  que  le  royaume  peiïll:  eftre  tout  perdu.  Et  fu  la 
cort  troble,  &  ce  ne  fufl:  le  grant  linage  que  il  avoit,  le 
roy  li  euft  mis  main  de  lus,  &  parmy  tout  fe,  il  requift 
dou  roy  condut  &  fiance  &  partir  de  la  terre,  &  covint 
par  elgart  de  court  que  le  roy  li  douna  conduire,  dont 
il  recomanda  fon  fié,  &  ce  party,  &  ala  en  Antioche. 

44.  [A.]  M.C.LXXXVII  de  Pincarnafion  de  Jheiu  Crift, 
le  roy  Guy  de  Lezigniau,  le  premier  jour  de  junet,  &  fu 
.iiij.  mes  qui  fu  encoroné,  s'alembla  Ion  holl  de  gens 
à  cheval  &  à  pié,  &  ala  encontre  Salaheldin,  loudan  de 
Babiloine,  &  fe  conbati  à  Salaheldin  &  Ion  hoft  en  .j.  leuc 
qui  a  nom  Carnahtin  ;  &  fu  le  roy  Guy  delconfit  à  .iiij.  jors 
dou  dit  mois  de  junet,  &  ot  perdus  moût  de  creftiens  à 
cheval  &  à  pié,  &  fu  pris  le  roy  Guy  &  aucuns  de  fes 
barons  o  luy,  &  fu  perdue  la  laint[e]  veraie  Crois  où 

a.  Le  mf.  répète  ici  felle  nuit. 


?  2  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

"87  Jhelu  Crift  fu  crufefié  en  fêle,  la  quele  il  avéenc  porté 
en  l'oft;  ni  de  Tel  jor  en  avant  ne  fu  feii  que  la  dite  Crois 
devint,  ni  entre  Sarazins,  ni  autre  part,  li  que  l'on  doit 
croire  que  Dieu  par  l'a  fainte  vertu  la  ravy  au  fiel.  Et  la 
raylon  &  i'achaifon  por  coy  fefte  chevauchée  fu  enfi 
faite  par  le  roy  noviau,  je  le  vos  diray. 

4) .  Il  avint  en  left  an  meïmes,  le  premier  jor  de  may 
prochain,  pa[r]ce  que  le  maiftre  de  l'Olpitau  de  Saint 
Johan,  frère  Rogier  de  Molins,  <Sc  ion  couvent  &  le 
marelchau  dou  Temple,  qui  ot  nom  frère  Jaque  de  Malay, 
&  plufors  templiers  fe  combatirent  à  Sarazins,  &  furent 
les  chreftiens  defconfis  malement  devant  .j.  grant  cauzau 
Robert,  près  de  la  cité  de  Nazerel,  à  une  liue,  &  furent  mors 
à  la  bataille  le  dit  maiftre  de  POfpitau  &  le  dit  maref- 
chau  dou  Temple  &  plufors  autres  frères  dou  Temple 
&  de  l'Olpitau  &  autres  creftiens;  &  por  celle  defcon- 
fiture  vengier  &  por  ce  que  Sarazins  [avoient]  heii 
[victoire]  fur  creftiens,  fill  le  roy  fefte  bataille,  où  il  fu 
def confit,  con  vos  avés  oy;  &  le  jour  meymes  de  la 
bataille  que  creftiens  furent  defconfis,  Acre  fe  rendy  au 
loudan  Salaheldin  &  as  Sarazins.  Et  li  vous  diray  que 
le  dit  Salaheldin  fift  entrant  à  Acre.  Quant  il  fu  à  la 
maiftre  porte  de  la  vile,  &  il  entroit  une  povre  creftiene 
à  quy  l'on  avet  tolu  fon  fis,  fe  geta  as  pies  dou  foudan 
&  s'en  plains  de  fe  que  home  d'armes  li  ot  tolu  fon  fis, 
&  que  ele  ne  le  conuffoit,  ni  ne  favoit  de  qui  plaindre. 
Le  louldan  Salaheldin  s'arefta  avé  fon  chevau,  &  entendi 
tout  fa  plainte,  &  puis  milt  la  ganbe  au  col  de  la  befte, 
&  dift  que  de  là  il  ne  partiroit  ni  en  la  cité  d'Acre  n'en 
enteroit  tant  que  le  fis  de  la  povre  feme  fuft  trové;  & 
les  amiraus  qui  li  eftoient  entor  firent  tant  fercher  que 
Fanfant  fu  trové  &  rendu  à  la  mère  devant  le  fouldan. 
Et  entra  adons  dedens  Acre  &  fe  herberga  au  Temple, 
&  fift  condure  fauvement   tous  les  creftiens  d'Acre  as 


I.    CHRONIQUE    DE    TERRE    SAINTE.  -  I  224.        1^ 

autres  [cirés]  des  creftiens  là  où  il  voléent  aler,  &  fifr.  1187-1190 
mafoner  une  haute  tour  au  caton  dou  Temple,  &  i  mift 
dedens  la  cité  d'Acre  Sarazins  abitans;  &  s'en  parti 
d'Acre,  &  ala  vers  Jerulalem,  &  le  car  jor  dou  dit  an 
de  fetembre,  ly  fu  rendue  Efcalone  &  s'efcurfi  le  loulaill 
moût,  &,  le  fegont  jor  de  huitovre,  fu  rendue  la  lainte 
cité  de  Jerulalem  as  Sarazins,  &  tout  le  royaume  fors  Sur, 
&  fu  délivré  le  roy  Guy  de  Lezigniau  &  les  autres  barons 
quy  furent  pris  o  luy,  lefquels  furent  entre  le  roy  de  France 
&  d'Engleterre,  a.  M.C.LXXXVIH. 

46.  A.  M.C.LXXXIX,  le  roy  Guy,  quy  eftoit  à  Sur  o  tant 
le  plus  des  creftiens  eftoient  alémblés,  vint  aleger  la  cité 
d'Acre  à  ce  que  il  port  aver  de  gens  &  l'afega,  mais  il 
ne  la  poil  prendre;  &  le  roy  Lois,  roy  de  France,  &  le 
roy  Richart,  roy  d'Engleterre,  s'apaiiïerent  de  lor  guerre. 

47.  A.  M.C.XC,  l'enperor  Federic  venoit  au  fecors  de 
la  lainte  terre  de  Jerulalem,  &  quant  il  fu  à  .j.  chafteau 
d'Ermenie,  &  fe  mift  à  pacer  .j.  flum,  qui  le  dit  le  flum 
de  Salef,  fa  befte  li  trabucha  delbus,  &  le  dit  enperor 
chay  <3c  fu  neé;  &  Ion  cors  fu  porté  en  Antioche  &  là 
fu  enterré,  &  fu  fon  fis  encorounés  par  pape  Seleftin,  le 
fegont  jour  que  il  fu  làcré.  Se  pape  fu  roumain  &  fu 
.xvj.  ans  &  .ix.  mois  &  .xj.  jours.  Seftuy  enperor  Federic  a 
qui  nea,  ne  fu  mye  leluy  enperor  Federic  quy  fu  iy 
contre  l'ifflite,  ains  fu  ceftu  moût  iaint  home,  mais  de 
l'autre  vous  parleray  sa  en  avant. 

48.  En  ce  dit  an  l'an  de  M.C.XC  de  Crift,  le  roy  Phelippe 
de  France  &  le  roy  Richart  d'Engleterre  pafferent  en  Acre 
&  alegerent  Acre;  &  les  .ij.  rois  ne  pafferent  mye 
enfembie,  car  le  roy  de  France  palTa  y  de  poy  de  tens 
avant  dou  roy  d'Engleterre,  &  le  roy  d'Engleterre  en  fon 


a.  Le  mf.  ajoute  un  membre  de       quy  fu  fy  contre  lyglife. 
phrafe  qui  fe   retrouve  plus  loin  : 


14  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


1190-1192  venir  efpouza  la  fille  dou  roy  de  Cezille,  &  laiffa  le  roy 
d'Engleterre  fa  mère  en  Sezille,  quy  li  mena  l'a  feme  à 
Acre.  Et  felluy  roy  Richarc  avoit  proumis  au  roy  Phelippe 
de  France  d'efpouzer  fa  leur,  &  li  failly;  &  prill  felle  fille 
dou  roy  de  Sezille,  &  ja  foie  le  que  le  roy  de  France  l'eut 
à  grief,  il  ne  li  en  fiit  nul  fenblant,  ains  il  meymes  le 
roy  de  France  fon  cors  entra  en  mer  &  le  moullia,  &  prill 
la  dame  efpouzée  en  l'es  bras  &  la  mill  de  la  barche  en 
terre,  &  fu  dit  que  à  pafer  que  fefte  dame  fill  par  Chipre 
&  la  mère  dou  roy  d'Engleterre,  &  furent  .j.  jour  devant 
Limefion,  une  ville  de  Chipre,  que  Oirfaquy  tenoit*;  fi  fe 
mift  en  fay  de  prendre  la  dame,  &  li  ne  poil,  car  il  par- 
tirent felle  nuit,  &  por  celle  achaiilon  le  roy  Richart 
d'Engleterre  ala  en  Chipre  &  la  prill.  Et  en  fe  dit  an 
comenfa  l'ordre  des  Alemans. 

49.  A.  M.C.XCI,  les  devant  només,  le  roy  de  France  & 
d'Engleterre,  recovrurent  Acre  [fur]  les  Sarazins,  &  fu  à 
.xxij.  jours  de  jugnet  dou  dit  an,  &  fu  veli  le  loulail  la 
veoile  de  Saint  Johan  covert  <3c  vert. 

^o.  A.  M.C.XCII  de  Crill,  le  marquis  de  Monferar,  quy 
elloit  venu  à(s)  Sur  &  avoit  efpouzé  la  feme  quy  fu  de 
Anfrey  dou  Thoron,  quy  elloit  en  vie  en  prilon  des  Sara- 
zins, le  quel  mariage  le  patriarche  avoit  confenti  par  la 
grant  bezoigne  que  la  cité  de  Sur  avoit  de  fecors  à  fel 
ore,  &  avoit  à  nom  la  dame  Yzabiau,  fille  dou  roy 
Aumaury  de  Jerufalem,  celluy  dit  marquis  fu  féru  de 
HaffitTes,  &  morut.  En  fe  dit  an  acheta  le  roy  Guy  de 
Lezegniau,  quy  elloit  roy  de  Jerufalem,  Chipre  des  Tem- 
pliers qui  l'avéent  achetée  dou  roy  Richart.  Et  le  dit  an 
le  conte  Henry  paiTa  de  sa  mer  &  efpouza  celle  dame 
quy  avoit  elle  feme  de  Anfrey  dou  Thoron  &  dou  dit 
marquis,  la  quele  fu  fille  dou  roy  Amaury  de  Jerufalem. 

a.  Le  mf.  ajoute-,  chipre  griffon. 


I.    CHRONIQUE    DE   TERRE    SAINTE.-   1 224.        If 


y  1.  A.  M.C.XCIII,  le  roy  de  France  fe  torna  en  France  1193-1197 
&  le  roy  Richart  demora  en  Acre  &  fin:  la  trive  à  Salah- 
din,  foudan  de  Sarazins,  &  recovra  Jaffe,  Arfuf,  Sezaire, 
Caïfas,  &  s'en  ala  outremer  &  nen  oza  pacer  par  France 
pour  la  maie  volenté  qui  douta  que  le  roy  de  France 
n'eiift  à  luy  pour  ce  que  il  elpouza  autre  que  la  leur,  con 
vous  avés  oy.  Et  por  le  ce  mift  à  pacer  par  Alemaigne, 
dont  le  duc  d'Oftriche,  quy  eftoit  ion  enemy,  le  prift  & 
le  tint  en  la  prizon,  &  le  fift  racheter  de  trop  grant  aver 
&  fu  délivré  de  prizon. 

)2.  A.  M.C.XCIHI,  morut  le  roy  Guy  de  Lezegniau,  & 
Sébile  s'efpouze  a  &  fes  enfans,  fauf  une  fille;  &  fu  roys 
après  luy  Ion  frère,  quy  ot  nom  Hemerin;  &  en  ce  dit 
ané  Livon  quy  eftoit  roy  d'Ermenie,  priftBaymon,  prince 
d'Antioche,  à  qui  il  devoit  homage,  &  le  mift  en  prifon; 
mais  le  conte  Henry  les  acorda  enlemble  &  fift  maryage; 
&f  ofta  Baymont  à  Livon  ion  homage,  &  fu  délivré 
Baymont. 

fô.  A.  M.c.xcv,  le  conte  Henry  chaiTa  hors  d'Acre 
le[s]  Pizans,  borgeis  &  autres,  &  puis  s'acorda  as  aus,  & 
retornerent  à  Acre. 

5"4.  A.  M.C.XCVI,. morut  Salahdin,  foudan  des  Sarazins 
de  Babiloine,  &  Aiïarafeldin,  fon  frère,  toly  la  feignorie 
as  anfans  de  Salahdin,  quy  eftoient  fes  nevous,  &  ce  fift 
il  meïmes  foudan.  Et  en  ie  dit  an,  morut  le  patriarche 
d'Antioche,  qui  ot  nom  Haimerin,  &  fu  fait  patriarche 
Piere  d' Angoleme,  quy  fu  vefque  de  Triple,  &  fu  en  France 
grant  chareftié  que  l'eftiers  dou  fourment  valut  .iiij.  livres 
de  parifis. 

f  f.  A.  M.C.XCVII,  manda  le  pape  fecors  en  Jerufalem 
par  croiflferie,  &  Sarazins  rendirent  as  creftiens  Giblet,  & 


a.  Mf.  fefpouza.   —    b.  Le  mf.  c.    Le   mf.    ajoute:    fu    deliure 

ajoute  prift.  baymont  &  qui. 


LES    GESTES    DES  CHIPROIS. 


1197-1203  l'emperere  Henry  prift  Poulie  &  Sezille,  &  chay  le  conte 
Henry  d'une  feneftre  dou  chaftiau  d'Acre  au  focé,  & 
morue  Et  à  Tel  an  fu  prife  Jafe  des  creftiens,  que  Sara- 
zins  le  prirent. 

c6.  A.  M.C.XCVIII,  le  roy  de  Chipre,  Heimery  deLeze- 
gniau,  quy  fu  frère  dou  roy  Guy,  efpouza  la  rayne  Ifabel, 
quy  fu  feme  de  conte  Henry;  &  l'arcevefque  de  Maience 
coruna  à(u)  roy  d'Ermenie  Lyvon,  &  de  là  en  avant  le 
ce  corounerent  les  feignors  dou  royaume  d'Ermenie.  Et  en 
dit  an,  morut  l'empereor  Henry  en  Palerme,  &  fu  le  fegont 
an  que  il  prift  Poulie  &  Sezille,  con  je  vous  ay  dit  avant. 

C7.  A.  M.C.XCIX,  fu  ocis  le  roy  Richart  d'Engleterre, 
celuy  qui  fu  à  prendre  Acre  aveuc  le  roy  de  France,  con 
vous  avés  oy,  par  .j.  cariau  de  l'abaleftre  quy  le  fery  en 
une  bataille,  quy  fu  entre  luy  &  les  homes;  &  morut.  Et 
fu  fait  roy  après  luy  fon  fis  Johan;  &  en  ce  dit  an,  elpouza 
Loys,  roy  de  France,  fis  quy  ru  de  Phelippe,  Blanche,  fille 
dou  roy  Anfois  de  Caftele. 

j8.  A.  M. CCI «,  morut  Baimont,  prince  d'Antioche,  & 
après  luy  fu  Ion  fis,  qui  ot  nom  Baymont,  quy  eftoit 
conte  de  Triple;  &  en  iel  an  lécha  le  flum  de  Egipte, 
dont  il  eiit  en  Babiloine  grant  chareftié. 

yç.  A.  M.CC.II,  fu  .j.  grant  croie  quy  abati  moût  de 
maifons  à  Acre  &  à  Sur  &  à  Giblet  &  à  Triple  &  à 
Arches,  &  moût  d'autres  maifons  des  creftiens*  &  des 
Sarazins.  Et  en  iel  an,  mut  le  conte  de  Flandres  à  aler 
en  Jerulalem. 

60.  A.  M.CC.lii,  prift  le  roy  Livon  d'Ermenie  Antioche 
julques  à  la  maifon  dou  Temple,  &  demora  dedens  la 
cité  .iij.  jours;  &  en  cel  an  le  roy  Johan  d'Engleterre  prift 
Artu  &  les  barons  quy  furent  entre  luy. 


a.  On  lit  dans  le  mf.  m.ijc.  &  j;  b.  Le  mf.  porte  cités. 

de  même  plus  bas  m.ij  c  .ij.  &c. 


I.    CHRONIQUE  DE  TERRE  SAINTE.  -  I  224.  17 

61.  A.  M.CC.IIII,  ocift  Morchufle  le  fis  de  Pempereour  1204-1209 
Quirlaquy;  donc  le  conte  Bauduyn  de  Flandres  &  le  duc 

de  Veneyfe  prirent  Coftantinople  par  force  &  firent  faillir 
Morchufle  d'un  pielier  aval,  &  morut;  &  firent  empereour 
de  Coftantinople  le  dit  conte  Bauduyn  de  Flandres,  qui 
avoit  laiiîé  Ion  pèlerinage,  &  avoir  prize  Jare,  quy  eftoit 
dou  roy  de  Hongrie,  &  doné  à  Veneffiens  contre  la 
defence  dou  pape.  Et  puis  vint  en  Coftatinnople,  &  fu 
deftorbé  le  fervize  Dieu,  &  poy  ly  dura  Coftantinople,  & 
ce  dit  encores  que  par  deniers  que  foudan  defpendy,  fu 
deftorné  le  pafage  d'aler  en  Surie,  fi  com  il  eft  efcrit  cle- 
rement  au  Livre  dou  conquijl  à  quy  furent  mandés  les 
deniers.  Et  en  ce  dit  an  manda  le  roy  Heimery  l'eftoire 
de  Chipre  &  de  Surie  en  Egipte,  &  la  guafterent  &  def- 
trenerent,  &  firent  grant  guain.  En  ce  dit  an  conquift  le 
roy  Phelippe  de  France  Normandie. 

62.  A.  M.CC.v  de  l'incarnafion  de  Crift,  morut  le  roy 
Heimery  de  Jerufalem. 

63.  A.  M.CC.vi,  le  prince  Baimont  prift  Nefin  & 
Gebelcar  dou  leignor  de  Nefin  que  révélés  eftoit  contre 
luy,  &  ot  là  le  prince  crevé  un  eul  d'un  pilet. 

64.  A.  M.CC.vii,  fu  coronés  l'emperour  Othepar  pape 
Inofent,  que  puis  le  defpoza,  quar  il  ne  garda  pas  leauté 
vers  l'iglife.  Seftu  pape  fift  decretales  &  farmons,  &  fu 
.x.  ans  pape,  &  .iiij.  mes.  Et  en  ce  dit  an,  le  roy  Phelippe 
d'Alemaigne  fu  mort  en  bataille. 

6f .  A.  M.CC.viil,  defconfift  le  prince  Baymont  d'An- 
tioche  les  chevaliers  &  la  coumune  qu'il  avéent  faite,  & 
prift  le  patriarche  quy  eftoit  lor  confentant,  &  le  mift  en 
fa  prizon  où  il  morut,  &  vindrent  les  chevaliers  à  fa 
mercy. 

66.  A.  M.CC.IX  de  l'incarnafion  de  Crift,  fu  fait  Lois, 
roy  de  France,  chevalier  par  la  main  de  Hôte,  l'emperor. 
Et  cel  an  alerent  contre  Aubegos. 

c  , 


l8  LES   GESTES    DES    CHIPROIS. 

1210-1214  67.  A.  M.CC.X  de  l'incarnafion  de  Crift,  les  barons  dou 
royaume  de  Jerufalem  mandèrent  preanc  au  roy  de  France 
qu'il  lor  mandaft  aucun  haut  home,  pour  eipouzerlor  dame 
rayne  de  Jeruialem,  quy  avoit  nom  Marie  ;  dont  le  roy  de 
France  lor  manda  .j.  haut  home,  quy  ot  nom  melîîre 
Johan  de  Braine,  quy  vint  Tel  an  à  Acre,  &  efpouza  la  dite 
raine,  &  le  patriarche  Abert  les  corouna  en  la  cité  de  Sur. 

68.  A.  M.CC.XI  de  Tincarnafion  de  Notre  Seignor 
Jehfu  Crift,  le  roy  Hugue  de  Chipre  efpouza  la  rayne 
Alis,  de  la  quele  vos  orés  parler  cncores  en  ce  livre,  & 
en  ce  dit  an,  ala  Gautier  de  Monbeliart  en  Damiate  & 
fis[t]  grant  damage  à  Sarazins,  &  aporta  grant  guain;  & 
en  Te  dit  an  entra  Hôte  Fempereor  en  Poille,  &  la  prilt, 
&  fu  elcomenyé  por  ce. 

6g.  A.  M.CC.xii  de  Fincarnafion  de  Notre  Seignor 
Jehfu  Crift,  ala  Gautier  de  Monbeliart  en  Romanie  & 
[en]  l'on  chemin  prift  Satallye,  &  là  fu  ofis  d'un  pylet  quy 
le  fery. 

70.  A.  M.CC.XIII  de  Crift,  fu  gran  bataille  de  Sara- 
zins d'Efpagnie  as  creftiens,  &  furent  les  Sarazins  defconfis 
malement;  &  en  ce  dit  an,  Lafcre  le  conbaty  au  (oudan 
dou  Coine,  qui  eft  en  Turquie,  &  fu  le  fouldan  dou  Coine 
(&  fu)  defconfit  &  mort  en  champ.  Et  en  ce  dit  an,  les 
HafTifes  tuèrent  Baimon,  prince  d'Antioche  &  conte  de 
Triple,  fi  corn  il  chevauchoit  par  la  ville  de  Triple. 

7 1 .  A.  M.CC.XIIII  de  Crifl,  le  patriarche  Abert  de  Jeru- 
falem  fu  offis,  fi  corn  il  eftoit  en  la  precefion  le  dimanche 
à  Saint  Crus,  mère  yglife  d'Acre,  &  le  fery  .j.  frère  de 
Saint  Efprit  que  l'en  dift  quy  li  avoit  doné  .Ve.  bezans  por 
faire  le  maiftre  de  fel  ordre,  &  puis  le  defpoza  &  mift 
.j.  autre,  &  autre  dient  que  il  ne  ly  avoit  doné  rien; 
mais  por  ce  qu'il  le  defpoza  fouletement,  (\  le  tua,  &  le 
maufaitour  fu  pendu;  &  fu  fait  patriarche  après  luy 
Fevefque  de  Sayete. 


I.    CHRONIQUE  DE  TERRE  SAINTE.  -  1224.         10. 


72.  En  ce  dit  an,  le  roy  Phelippe  de  France  defconfit  i«4-i«9 
l'empereor  Hôte  à  Pont  de  Bovines,  &  Lois  Ion  fis  del- 
confy  le  roy  Johan  dTn^leterre  en  Peitou  a ,  &  après  devint 

le  roy  Johan  home  de  figlize  de  Rome,  &  dona  treu  au 
pape  Engleterre. 

73.  A.  M. CC. XV  de  Crill,  Inocent  tint  confeil  jeneral 
à  Rome  por  le  l'ecor  de  la  Terre  Sainte  de  Jerufalem,  & 
furent  au  confeil  .cccc.&.xxij.  evefques*  &  .lxxij.  maiftres 
politans;  &  adons  ordena  à  foner  une  campanele  devant 
Corpus  domlny.   Certu  pape  veiquy  .ix.  ans. 

74.  A.  M.CC.xvi,  morut  le  dit  pape  Ynofent,  qui  fu 
tiers  Ynofent,  &  morut  à  Perouce;  &  en  ce  dit  an,  fu  fait 
pape  Henoire  le  tiers,  &  fu  de  Rome,  quy  fu  pape  .x.  ans 
&  .vj.  mois  &  .xj.  jours.  Et  en  ce  dit  an,  morut  Fempe- 
reor  Hôte,  &  Federic,  quy  le  nomoit  l'enfant  de  Poille, 
fu  enco(co)rouné  à  enperor;  &  en  fel  an  fu  rendue 
Antioche  à  Rupin  par  le  trait  de  Acairye,  fenefchau  d'An- 
tioche;  &  fel  an  morut  le  roy  Johan  d'Engleterre,  &  fu 
fait  roy  dTngleterre  Ion  fis  Henry. 

7f.  A.  M.CC.XVH  de  l'incarnafion  de  Chrift,  fi  vin- 
drent  en  la  Terre  Sainte  le  roy  de  Hongrie  &  le  duc 
d'Oltericheàla  grant  cru  liée  des  Hongres  &  des  Alemans, 
lefquels  alerent  auhorer  à  Monte  Tabor,  &  fermèrent  le 
Chafteau  Pèlerin  à  templiers;  &  le  roy  Johan  de  Breine 
&  le  patriarche  firent  fermer  le  chafteau  de  Sezaire. 

76.  A.  M.cc.xviil,  morut  le  roy  Anfous  de  Cartel  en 
Efpaigne,  &  le  roy  Hugue  de  Chipre  morut  à  Triple,  & 
ala  le  roy  Johan  de  Brene  en  Damiate  &  Tafega. 

77.  A.  M.CC.XIX,  prirt  le  roy  Johan  de  Brene c  Damyate 
&  le  conbaty  cors  à  cors  à  .j.  farazin  quy  eftoit  à  pié 
&  eftoit  plus  haut  à  pié  que  home  à  chevau  de  .j.  bras, 


a.  Mf.  peiton.  —  b.   Mf.  Se  vef-  c.  Les  mots  de  brene  font  ajoutés 

ques.  d'une  écriture  de  date  pojlérieure. 


20  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1219-1443  &  le  roy  Johan  li  tailla  la  telle,  &  fu  porté(e)  à  Acre 
.j.  hos  de  Ton  bras  &  fu  pendu  à  fainte  Crois,  à  veïr  à  la 
gent  par  merveilles.  En  lé  dit  an,  le  prince  Baymont  toly 
Antioche  à  Ion  nevou  Rupin  par  l'atrait  de  Guillem 
Farabel. 

78.  M.CC.XX,  morut  Phelippe,  roy  de  France,  <5c  fu  fait 
Lois,  l'on  fis,  roy.  En  ce  dit  an,  fu  encoroné  Federic,  enfant 
de  Poille  &  enperor,  par  pape  Honore. 

79.  M.CC.XXI  de  Pincarnafion  de  Crift,  perdirent  les 
creiïiens  Damiate,  car  le  roy  Johan  chevaucha  dehors 
par  la  terre,  &  les  Sarazins  firent  aler  l'aiguë  dou  flum 
entor  fa  herberge,  &  quant  il  le  vy  enclos,  fi  rendy 
Damyate,  &  s'en  vint  à  Acre,  luy  &  la  gent.  Et  en  ce  dit 
an,  le  baili  d'Ermenie  prift  Rupin,  qui  fu  prince  d'Antioche, 
&  le  my[t]  en  prizon,  où  il  morut. 

80.  [A.]  M. CC. XXII  de  Crill:,  retorna  à  Rome  le  léguât 
Pelage,  &  o  luy  le  roy  Johan  de  Jerufalem  &  le  patriarche 
Raoul  &  le  maiftre  de  l'Ofpitau,  frère  Guarin  de  Montagu, 
&  fu  otroé  le  mariage  de  la  fille  dou  roy  Johan  à  Federic 
l'emperor  par  pape  Honoire.  Et  en  ce  dit  an,  Phelippe, 
fis  dou  prince  d'Antioche,  efpouza  la  fille  quy  fu  de 
Livon,  roy  d'Ermenie,  dont  le  baill  le  prift  après  &  le 
mift  dedens  une  mayfon  plaine  de  mil,  &  nea.  Et  [en]  ce 
dit  an,  vint  une  croie  à  Baphe,  quy  Pabaty  toute. 

8 1 .  Or  vos  ay  moftré  les  incarnafions  des  anées  de 
Adan  julques  à  Pempereor  Federic  quy  le  difoit  anfant 
de  Poille  &  dou  dit  enperor,  en  julques  autres  en  que 
nos  fomes;[fi]  porrés  oïr  tout  par  devize  des  chozes  quy 
font  avenues  tous  les  ans  de  celés  quy  à  conter  font. 

82.  Ce  fu  en  l'an  de  lyncarnafion  de  Notre  Seignor 
Jhefu  Cnll,  M. CC. XXIII  :  avoit  au  reaume  de  Jerufalem 
une  haute  damoifele  quy  avoit  nom  Yzabiau,  laquele 
elloit  fille  dou  roy  Johan  de  Breine,  &  quy  efhoit  dreit 
heir  &  dame  dou  royaume  de  Jerulalem  de  par  fa  mère, 


I.    CHRONIQUE  DE  TERRE  SAINTE.  -   I  224.        21 

la  raine  Marie,  quy  fu  fille  dou  roy  Heimery,  roy  de  1**3 
Jerulalem. 

83.  Cefte  haute  damoizelle,  que  je  vos  dis  quy  eftoit 
dreic  heir  dou  royaume  de  Jerulalem,  fi  avoir,  une  leur 
quy  elloit  mariée  au  roy  de  Chipre,  qui  avoit  nom  Hugue 
de  Lezegniau,  la  quele  l'on  la  nomoit  la  rayne  Alis. 

84.  En  cel  tens  avoit  de  sa  mer  en  Surie  .j.  haut  home, 
quy  avoit  nom  médire  Johan  d'Eyblin,  &  eftoit  leignor 
deBaruth,  lequel  avoit  au  reaume  de  Chipre  moût  gra[n]t 
rentes  de  cazaus  &  d'autres  choies.  Ceftu  leignor  de 
Baruth  fi  fu  vaillant  &  moût  hardy  &  entreprenant  & 
large  &  cortois  &  de  bel  acuell  à  toute  gent,  &  por  ce 
il  efloit  moût  amé  &  moût  renomé  partout,  &  par  my 
tout  fie,  il  eftoit  lage  &  conoifiant,  &  preudome  &  leau 
enver  Dieu. 

8 y.  Le  leignor  fi  ayoit  .j.  frère  quy  ce  nomet  Phelippe 
d'Eyblin,  quy  avoit  aulfi  aiïés  de  rentes  &  fiés,  &  qui  fu 
meïmes  vaillant  &  entreprenant.  Ses  .ij.  leignors  eftoient 
oncles  de  l'avant  dite  damoiléle  rayne  de  Jerulalem  &  de 
l'a  luer  la  raine  Aalis  de  Chipre. 

86.  Or  avint  en  cel  an  que  Fedric,  que  l'on  dizoit  l'en- 
fant de  Poulie,  eltoit  fait  enperour  par  pape  Onoire,  le 
quel  enperour  regnoit  à  cel  tens  à  grant  poier  &  à  grant 
renomée;  &  avint  choie  que  à  cel  tens  eftoit  aie  le  roy 
Johan  de  Breine  à  la  court  de  Rome  au  pape,  qui  avoit 
nom  Onoire,  dont  il  porchalla  vers  le  dit  pape,  qui 
oclroya  le  mariage  de  la  dite  damoylelle  Ylabiau,  rayne 
de  Jerulalem,  la  fille,  au  dit  enperor  Federic,  fi  con  je 
vous  ay  dit. 

87.  Dedens  ce,  le  dit  enperor  avoit  mandé  melages 
au  roy  Johan  &  à  barons  dou  royaume  de  Jerulalem 
pour  elpouzer  la  dite  damoiléle,  de  la  quele  il  en  avoit 
oy  parler  ;  mais  les  melages  de  l'empereor  pacerent  en 
Surie,  &  en  ceaus  jors  palTa  le  roy  Johan  à  court  de  Rome 


22  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1223  que  les  uns  ne  forent  novelles  des  autres,  &  porchafla 
le  roy  Johan  la  defpenfafion  dou  pape  pour  le  dit 
mariage,  con  vous  avés  oy. 

88.  Le  maryage  fu  otroé  &  parfait  d'une  part  & 
d'autre,  fi  que  l'empereor  fift  aparailler  &  armer  .xx.  gal- 
lé[e]s  à  aler  en  Surie  por  amener  la  dite  damoifelle  rayne 
de  Jerufalem,  &  ordena  femperor  .j.  predome  &  fage, 
fevelque  de  Padua,  au  quel  vefque  l'emperor  dona  ion 
anel,  dou  quel  anel  le  dit  eveique  devoit  eipouzer  la 
dite  damoifele  pour  l'empereor.  Et  enly  fu  la  choie 
afcrmée  par  faint[e]  jglize,  &  ordena  l'empereor  cheva- 
liers des  fiens  &  valès  pour  aler  fur  les  dictes  guallées 
pour  acompaigner  la  dite  dame  à  l'on  revenir,  &  manda 
l'emperour  biau[s]  prezens  de  biau[s]  juaus  à  la  dite  dame 
&  à  les  oncles  &  as  autres  fiens  parens,  &  fe  partirent  les 
guallies  &  ariverent  en  la  cité  d'Acre.  Et  avint  choze  que 
en  fiaus  jours  le  noble  baron,  feignor  de  Baruth,  fe  trova 
à  Acre,  quy  refut  l'evefque  de  Padua'7  6c  les  autres  cheva- 
liers de  l'empereour  moût  henoré[e]ment,  con  fil  quy 
efloient  moût  cortois  feignor,  &  l'avoit  ufé  &  lavoit  bien 
faire,  &  les  herberga,  &  fi  fi  fervir  bien  &  largement,  & 
s'afemblerent  tous  les  barons  quy  à  Acre  fe  troverent, 
&  relurent  les  letres  dou  pape  &  de  l'empereor  &  dou 
roy  Johan,  &  les  entendirent  dilyguament  &  à  grant 
reverenfe  &  à  grant  joie  dou  dit  mariage. 

89.  Le  feignor  de  Baruth  &  fon  frère  quy  vint  de 
Chipre,  &  tous  les  autres  barons  &  chevaliers  de  la  Surie 
&  de  Chipre  &  les  comunes  &  borgés  &  autres  s'apa- 
raillerent  &  tayller[ent]  robes,  envefiees  &  autres  chofes 
quy  fufl  aferable  à  faire  fefle  de  i\  haut  mariage  con 
feflu  &  de  ii  haut  encoronement,  <5c  menèrent  la  dite 
damoifelle  à  Sur,  &  iquy  fu  elle  mariée  <5c  encorounée  par 

a.  Mf.  paete. 


I.    CHRONIQUE  DE  TERRE  SAINTE.  -  1224.        2  3 


Farfevefque  de  Sur,  Simon;  &  dura  la  fefte  .xv.  jours  en  i«3-"*4 
behorder  &  en  danl'es  &  en  femonces  &  de  changer 
enviflures  &  doner  robes  &  d'autres  feftes  de  pluiïors 
manières. 

90.  Quant  les  feftes  furent  parfaites  en  la  cité  de  Sur 
à  moût  grant  henour,  fi  corn  il  couvenoit  de  faire  pour 
fi  haut  mariage,  corn  eft  de  fi  haut  perfone  de  Fempe- 
reor  &  de  C\  haut[e]  rayne,  com  eft  la  rayne  de  Jerulalem, 
le  feignor  de  Baruth  &  Ion  oncle  &  Ion  frère,  mon- 
feignor  Phelippe  d'Eybelin,  &  les  autres  parens,  ly  orde- 
nerent  aucunes  perfones  à  mander  avec  la  rayne  jufques 
à  Fempereor,  &  fi  ordenerent  lequel  y  ala;  Farfevefque 
de  Sur,  Simon,  &  meffire  Balian,  feignor  de  Sayete,  cou- 
zin  germain  de  la  dite  rayne,  &  autres  chevaliers  &  valès 
&  dames  &  damoileles  [y  alerent],  &  Facompaignierent 
jufques  à  Fempereor  Federic  ;  mais  le  feignor  de  Baruth, 
fon  oncle,  &  aucuns  des  autres  barons  Facompagnerent 
jufques  en  Chipre. 

91.  Et  quant  vint  à  .viij.  jours  de  jugnet,  Fan  de 
M.CC.XXIIII,  la  dite  rayne  le  recully  iur  les  .xx.  guallies 
devant  dites,  que  Fempereor  ly  avoit  mandées-,  au  recullir 
la  rayne  Aallis,  fa  leur,  rayne  de  Chipre,  &  les  autres 
dames  Facompaignerent  en  la  maryne  à  lermes  plourant, 
con  fêles  quy  penféent  bien  que  jamais  ne  la  cuidéent 
veïr,  fi  com  il  ne  firent;  &  au  partir  que  la  dite  dame 
fift,  ele  regarda  la  terre,  &  dift:  a  A  Dieu  vos  comans, 
v  douce  Surie,  que  jamais  plus  ne  vous  verray!  »  Et  elle 
profetiza,  car  enly  fu. 

92.  Les  guallies  ariverent  là  fain[es]  &  fauves,  &  Fem- 
pereor Federic  la  refut  à  moût  grant  henour  &  à  moût 
grant  fefte,  &  fift  faire  grant  bahors  6c  grans  luminayres 
&  moût  d'enviiïures  &  d'autre  fefte,  &  le  tint  Fempereor 
moût  à  payé. 

93.  Cefte  dame  vefquy  poy  de  tens  en  la  compaignie 


24  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


1224  de  l'empereor,  dont  il  avint  que  la  dite  dame  filla  .j.  fis, 
&  à  l'enfanter  fu  cy  travaillé[e]  que  elle  morut,  &  l'en- 
fant vefquy  après  fa  mère,  &  fu  nomé  Corrat,  quy  fu 
droit  heir  dou  royaume  de  Jerufalem,  &  fu  en  l'a  gran- 
dece a  apclé  le  roy  Corrat  ;  &  de  cellu  roy  Corrat  &  de 
la  fille  dou  duc  de  Hofteriche  nefîi  Corradin,  fi  con  vous 
orés  devizer  en  fe  livre  dou  roy  Corrat  &  de  Coradin. 

94.  Celle  dame  quy  fu  maryée  à  l'empereor,  fi  avoit 
une  leur  quy  ot  nom  rayne  Aalis,  fi  con  je  vos  ay  avant 
dit,  la  quelle  elloit  mariée  au  roy  Hugue  de  Chipre  de 
Lezingniau,  quy  fu  moût  fage  &  de  grant  valour,  le  quel 
Noftre  Seignor  l'avoit  pris  à  fa  part,  &  demora  la  rayne 
Alis  moût  jeune  dame,  la  quele  avoit  .iij.  anfans,  .j.  fis 
&  .ij  filles,  &  avoit  nom  le  fis  Henry,  lequel  fu  roy  de 
Chipre,  fi  con  vos  orés  parler  de  luy  en  ce  livre. 

9  f .  Celte  dam[e],  fi  com  je  vos  ay  dit,  avet  .ij.  oncles, 
meAire  Johan  d'Eyblin  [&  Phelippe],  quy  furent  frère  de 
fa  mère  de  par  mère,  Scelloient  aulîi  oncles  de  fefte  dame, 
rayne  de  Jerufalem,  quy  fu  mariée  à  l'empereor  Federic, 
con  vos  avés  oy. 

96.  Celle  royne  Aalis  fi  avoit  les  rentes  dou  reaume 
de  Chipre  à  fa  volenté  &  à  Ion  comandement,  mais  le 
baillage  dou  dit  royaume  f\  fu  doné  à  meflïre  Phelippe 
d'Eyblin,  frère  dou  feignor  de  Baruth,  quy  governoit  au 
reaume  de  Chipre,  &  le  leignor  de  Baruth  entendoit  au 
fait  d'Acre  &  de  la  Surie,  &  aloit  &  venoit  fouvent  à  Acre 
&  à  Sur  &  à  Baruth,  &  là  où  faifoit  bezoign;  &  la  rayne 
faizoit  des  rentes  tout  à  fa  volenté  :  car  fefte  royne  Aalis 
fi  elloit  moût  large  &  defpendoit  les  rentes  moût  large- 
ment, &  en  faifibit  dou  tout  à  l'on  gré  &  à  fa  volenté. 

a.  Mf.  grant  dece. 


•*ECI3fe- 


Il 


PHELIPPE  DE  NEVAIRE 

ESTOIRE  T>E   LA    GUERRE 

qui   fu   entre  l'empereor  Frederie 
&  Johan  d'Ibelin 


LIVRE  II 

PHELIPPE  DE  NEVAIRE 

ESTO  IRE     DE     LA     GUERRE 

QUI    FU     ENTRE     i/EMPEREOR     FREDERIC 
ET  JOHAN   D'iBELIN 

*  * 


CI  comence  l'eftoire  &  le  droit  conte  de  la  1218 
ï  guerre  qui  fu  entre  (de)  Fempereor  Federic 
à§^|I,  &  meflîre  Johan  d'Eybelin,  ieignor  de  Ba- 
kÊ^  ruth,  &  par  quey  Ton  peuffe  meaus  en- 
tendre [cornent]  mut  &  comenfa  &  fu  celé 


guerre,  &  cornent  avint  que  partie  des  Chiprois  fe  tint 
vers  l'empereur  &  la  plus  grant  partie  vers  le  Ieignor  de 
Baruth,  PHELIPPE  de  Nevaire,  quy  fu  à  tous  les  fais  & 
les  conieils,  &  quy  mainte  fois  a  elle  amés  des  bons  pour 
le  voir  dire,  &  hais  des  malvais,  vous  en  dira  la  vérité 
aucy  corne  en  touchant  les  homes  &  les  grans  fais. 

98.  Il  avint  enfi  corne  Noftre  Seignor  le  confenty,  que 
le  bon  roy  Hugue  de  Chipre,  quy  fu  moût  vaillant,  ala 
à  Tortoufe  en  pèlerinage,  &  puis  vint  à  Triple,  &  ileuc 
amalady  &  trepalfa  de  ceft  fiecle  en  l'an  de  M.CC.  &  xvm, 
à  .x.  jors  de  jenvier,  &  fu  entererré  à  l'ofpital  de  Saint 
Johan.  La  royne  Aalis,  la  feme,  demoura  moût  jeune  & 


28  LES  GESTES  DES  CHIPROIS. 


.ais-1219  avoit  .iij.  enfans  de  luy,  .j.  fys  &  .ij.  filles.  Le  fys  n'avoit 
que  .ij.  mois  &  avoit  nom  Henry,  qui  fu  après  fon  père 
roy  de  Chipre  &  fu  apelé  le  roy  Henry  Gras.  La  dite 
reyne  Aalis  ertoit  nièce  de  monfeignor  Johan,  feignor 
de  Barut,  &  de  meflîre  Phelippe  d'Ybelin,  fon  frère.  Tous 
home[s]  liges  dou  roy  firent  homage  corne  de  baiil  à  la 
dite  reyne,  &  tous  les  homes  liges  prièrent  &  requiftrent 
à  meflîre  Phelippe  de  Ybelin  que  il  fuft  baill  de  Chipre 
por  gouverner  la  terre  &  tenir  la  court,  &  coumander 
fus  les  homes.  Le  roy  Hugue  meïfme  l'avoit  avant  prié  & 
comandé  à  la  mort.  Monfeignor  Phelippe  reiïut  le  bail- 
lage;  f\  ot  moût  de  travail  &  noife,  &  la  reyne  ot  les 
rentes  que  moût  largement  les  defpendy.  Meflîre  Phelippe 
d'Ybelin  gouverna  moût  bien  la  terre  &  en  pais,  &  moût 
i  fift  de  bien  &  de  hennor  &  de  loyauté  &  de  largeffe; 
&  monfeignor  de  Baruth  eftoit  tout  le  plus  en  Surie,  & 
as  tous  les  befoins  metoit  grant  confeil  &  grant  aye  au 
fait  de  Chipre. 

99.  En  cel(e)  meïfme  an,  ala  Loft  de  Surie  par  mer  à 
Damiate,  &  la  priftrent  des  Sarrazins,  &  adonc  vint  de 
Rome  à  Acre  maiftre  Pelage,  evefque  d'Albane,  légat  & 
prince  des  Romains. 

100.  En  l'an  de  M.CC.  &xix,  le  prince  Bemont  d'An- 
tioche  toly  Antioche  à  fon  nevou  Rupin  par  l'atrait  de 
Guillaume  Farabel. 

1  o  1 .  Et  en  cel  meïfme  an  moruth  Lyvon,  roy  d'Er- 
menie. 

102.  Et  en  cel  an  fu  corouné  à  empereor  de  Rome 
Federic,  roy  de  Sezile,  en  i'iglize  de  Saint  Piere,  de  pape 
Honoire  le  tiers.  Ceftuy  Federic  en  fa  juventute,  avant 
qu'il  fuft  empereor,  le  moUroit'  moût  bon,  6c  puis  qu'il 
fu  empereor,  comenfa  à  entendre  angoiiïouiement  &  à 

a.  Mf.  meftroit. 


IL    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  29 

l'abailTement  de  faint[e]  yglize,  &  à  la  deftrucion  des  1219-1222 
nobles  homes.  Il  effaufoit  les  l'ers  &  les  vilains.  Il  effaufoit 
6c  il  defendoit  les  larecins  &  les  homecides  as  autres, 
les  quels  choies  il  foui  faiioit  plus  que  ly  autre  à  quy  il 
les  defendoit  ne  peiïffent  faire.  !1  eftoit  cruel  outre  me- 
fure,  fi  que  il  n'avoit  en  luy  nulle  pitié.  Il  fu  deileaus  <5c 
ort;  6c  ne  le  pooit  Fon  fier  en  luy  ne  por  fairement  ne 
por  promeffe  qu'il  feïft,  6c  ja  foit  ce  qu'il  eftoit  paourous, 
nequedent  à  coftreindre  la  révérence  de  la  foy  chato- 
lique  il  eiloit  très  herdy.  Il,  fans  efpareigner  à  dignité 
d'orne  d'yglize  &  à  fexe  6c  as  viels  &  as  juenes,  tor- 
menta  diverfement,  en  manières  qu'onques  mais  ne  fu 
oye,  &  veves  &  enfans  6c  veillars  6c  foibles,  arcevefques 
&  evefques,  gens  de  religion,  les  defpoilla  de  lor  vies  6c 
de  tous  lor  biens.  Au  fait  de  luxure,  il  trefpaffa  la  boune 
nature,  fi  que  en  luxure  ilfurmonta  Noiron;  fans  nombre 
fifl:  d'avoltires  6c  de  fornications,  6c  ovec  ce  eiloit  fodo- 
mites.  Il  enprifona  fon  fis  Henry,  roi(s)  d'Alemaigne,  dont 
il  morut  en  priffon,  fi  com  vous  le  troverés  sa  ariere. 
A  la  fin  l'efcomenia  le  devant  dit  pape  Honoire,  6c  le 
guerroya  moût,  f\  com  vous  oirés  dire  ci  après. 

103.  En  l'an  de  M.CC.xxi,  les  Sarazins  priftrent  Da- 
miate  des  crefiiens,  6c  en  cel  an  le  baill  d'Ermenie  prift 
le  devant  [dit]  Rupin  à  Tarie  6c  le  miil  en  priiîbn,  où  il 
moruth.  Et  en  cel  an  moruth  Coilance,  empereris  d'Ale- 
maigne. 

1 04.  En  l'an  de  M.CC.XXII,  le  devant  dit  légat  Pelage 
retorna  à  Rome,  6c  o  luy  alerent  le  roy  Johan  de  Jerufa- 
lem  6c  le  patriarche  Raoul,  6c  frère  Garin  de  Montagu, 
maiftre  de  l'Olpital;  6c  le  dit  roy  Johan  parla  au  pape 
dou  mariage  de  fa  fille  à  l'empereor  par  la  diipenlation 
de  pape  Honoire  le  tiers. 

10  y.  Et  en  cel  an,  Phelippe,  fis  de  Bemont,  prince 
d'Antioche,  elpouza  la  fille  dou  roy  Livon  d'Ermenie,  6c 


5° 


LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


1222-1224  ot  tout  le  royaume,  dont  le  baill  le  prifl  &  le  mift  en 
priffon,  où  il  morut. 

106.  Et  en  cel  an,  fu  le  grant  croie  en  Chipre,  quy 
abaty  Bafe. 

107.  En  Tan  de  M.CC.XXIII,  le  patriarche  Raoul  de 
Jerufalem  retorna  de  Rome  à  Acre. 

108.  Et  en  cel  an,  moruth  Phelippe,  roy  de  France,  & 
Lois,  ion  fys,  fu  corouné  à  roy  de  France;  &  en  cel  a[n] 
prift  la  Rochele. 

J09.  En  l'an  de  M.CC.XXIIII,  vint  à  Acre  fevefque  de 
Padua,  &  aporta  l'anel  à  Yzabeau,  fille  dou  roy  Johan  de 
Jerufalem  de  par  Tempereor  Federic,  &  en  cel  an  moruth 
le  patriarche  Raoul  de  Jerufalem.  Après  luy  fu  efleii  à 
patriarche  de  Jerufalem  Gyrolt. 

1  10.  Si  toft  corne  le  juene  Henry,  fis  dou  devant  dit 
roy  Hugue  de  Chipre,  [fu]  un  poy  grandet,  l'es  oncles 
&  fes  autres  homes  le  courounerent  à  moût  très  grant 
fefte.  L'arcevefque  Eftorgue  de  Nicoffie  en  fift  ce  qu'à 
Tiglize  en  afTeroit  à  faire.  A(u)  fon  corounement  Tem- 
perere  Federic  le  corrouffa  moût  de  ces  .ij.  choies,  quant 
il  le  lot,  s'eft  afaver  dou  baiilage  &  dou  corounement, 
por  ce  que  le  roy  Henry  devoir  élire  fon  home.  Il  diioit 
que  le  baiilage  efloit  fuens  a  &  que  il  devoit  par  les 
us  d'Alemaigne  tenir  le  baiilage  de  Chipre,  tant  que  le 
dit  roy  eùft  .xxv.  ans  d'aage,  &  aucune  fois  manda 
l'empereur  à  la  reyne  Alis  de  Chipre  qu'ele  li  laiffaft 
tenir  le  baiilage  de  grâce,  tant  com  il  li  plairoit;  mais 
dou  corounement  fe  par  coroufTa  il  trop,  &  difoit  que 
le  roy  Henry  ne  devoit  recevoir  coroune  que  de  luy, 
&  toutes  voies  mandoit  il  moût  amiables  letres  tous 
jors  as  .ij.  frères  de  monfeignor  de  Baruth,  &  le  bail 
lire  Phelippe  tout  adès  les  apeloit  oncles  en  fes  letres, 

a.  Le  mf.  répète  Se  que  le  baiilage  eftoit  fuens. 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  }l 

por  ce  que  il  eftoient  à  la  reyne  Yzaheau  de  Surie,  quy  !"4 
eftoit  fa  feme. 

111.  En  celuy  tens  avoit  aucuns  juenes  homes  en 
Chipre;  l'un  ot  nom  meflîre  Aymery  Barlais,  l'autre  fire 
Amauri  de  Bethfan;  cil  duy  eftoient  coufin  d'un  lignage. 
Le  tiers  ot  nom  (ire  Gauvain,  le  quart  fire  Guillaume  de 
Rivet;  cil  duy  eftoient  d'un  lignage.  Le  quint  ot  nom 
fire  Hue  de  Gibeleth  ;  celuy  fu  d'autre  lignage,  &  apar- 
tenoit  as  enfans  de  monfeignor  de  Baruth  par  lor  mère. 
Ceaus  .v.  s'acorderent  &  jurèrent  encontre  le  lignage  de 
Ybelin;  &  fi  avoient  efté  moût  bien  d'eaus,  &  avoient 
reiïu  moût  de  biens  &  d'amors  d'eaus,  efpeciaument  de 
monfeignor  de  Baruth  plus  que  de  nul  home,  mais  folie 
&  orgueil  quy  fouvent  muet  de  richefce  &  de  repos,  & 
que  il  y  a  moût  de  gens  quy  ne  puent  fouffrir  Taife,  les 
mena  à  ce  que  il  firent,  &  que  il  oïrent,  &  toutes  voies 
y  ot  achaifons;  &  fi  les  oirés  ci  après  maintenant. 

112.  Il  avint  que  monfeignor  de  Baruth  fin1  fes  .ij.  fils 
aihnés  chevaliers  en  Chipre  ;  l'un  fu  meflîre  Balian,  quy 
puis  fu  conellable  de  Chipre  &  feignor  de  Baruth,  l'autre 
fu  meflîre  Bauduyn,  quy  fu  cenefchal  de  Chipre.  A  celé 
chevalerie  fu  la  plus  grant  fefte  &  la  plus  longue  qui 
fuft  onques  desà  mer  que  l'on  fâche  :  moût  i  ot  douné 
&  delpendu  &  bouhordé  &  contrefait  les  aventures  de 
Bretaigne  &  de  la  Table  ronde,  &  moût  de  manières 
de  jeus. 

113.  Un  jour  après  la  chevalerie,  juoient  à  un  jeu  que 
l'on  apelle  barbadaye;  fy  avint  que  .j.  chevalier  toufcan, 
quy  avoit  nom  Tor  &  eftoit  de  la  maihnée  de  meflîre 
Phelippe  le  baill,  &  fery  meflîre  Heimery  Barlais,  fi  corne 
l'on  fiert  à  feluy  jeu.  Le  dit  fire  Heimery  le  corouflfa  & 
dift  que  il  l'avoit  feloneffement  féru  &  trop  fort.  Atant 
s'en  parti  dou  jeu;  l'endemain  il  gaita  le  chevalier  entre 
luy  &  fa  force,  &  le  laidirent  malement,  Ç\   que  cil  fu 


3  2  LES   GESTES   DES   CHIPROIS. 


»«4  mahaignyé  &  en  péril  de  more.  Meffire  Phelippe  le  baill 
s'en  aïra  moût,  &  ly  voit  corre  lus.  Tous  ceaus  de  la  jure 
le  tindrent  à  meffire  Heymery,  mais  riens  ne  montoit 
contre  le  pooir  de  meffire  Phelippe  le  baill.  Monfeignor 
de  Barur,  &  Ion  frère,  le  mift  entre  .ij.  &  les  tint  à  force, 
&  manda  l'on  fys  meffire  Balian  quy  condeufift  meffire 
Heimery  Barlais  là  où  il  vofyft  aler. 

1 14.  Après  ce  ne  demora  gaires  que  meffire  Heimery 
Barlais  le  party  de  Chipre  &  ala  à  Triple,  &  là  fu  tout 
iver.  Monfeignor  de  Barut  paiïa  de  Chipre  à  Baruth, 
&  manda  querre  lire  Heimery  Barlais  au  pafeour,  &  le 
mena  en  Chipre  devant  fon(t)  a  frère  fi  foudeinement 
que  il  ne  fot  mot,  &  dit!  à  Ion  frère  que  il  voloit  en 
toutes  manières  &  en  toutes  guifes  que  il  pardonaft  à 
fire  Heimery,  &  le  il  nel  faifoit,  jamais  à  luy  ne  parleroit 
ni  ne  le  verroit,  &  que  il  feroit  au  tel  fin  corne  fire 
Heimery.  Le  baill  dolent  fift  la  volenté  de  l'on  frère,  &  le 
chevalier  mahanié  fors  palTa  quy  ne  voit  faire  pais;  fire 
Heimery  s'avoit  moût  d'avenant,  f\  fu  ariere  tout  fire  & 
moût  ot  grant  compaignie  &  grant  amour  à  meffire  Ba- 
lian. En  cel  an  un  poi  après,  avint  que  la  reyne  Mis  de 
Chipre  le  corroulTa  àfes  oncles  &  à  fes  autres  homes,  & 
fans  lor  gré  &  lor  otroy  s'en  ala  à  Triple,  &  efpoufa 
Bemont,  fys  dou  prince  d'Antioche.  Tous  ceaus  de  Chipre 
&  fire  Heymery  Barlais  meïfme  crièrent  à  une  vois  que 
le  prince  fuit  baill  en  Chipre  &  que  il  eiiit  pooir,  que 
ce  feroit  la  mort  &  la  deltrucion  de  leur  petit  feignor. 

1 1  y.  Après  ne  demora  gaires  que  le  devant  dit  fire 
Phelippe  d'Ybelyn  lailTa  le  baillage  maugré  tous  ceaus 
dou  pais  ;  &  la  reyne  Alis,  quy  eltoit  à  Triple,  manda 
que  meffire  Heimery  Barlais  fuit  baill  tant  qu'elle  peiift 
venir  en  Chipre.  Meffire  Heimery  l'otroya  maintenant 

a.  Mot  ajouté  po/îérïeu)  ement. 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  33 

fans  ce  que  il  eiift  otroy  de  nul  home  de  Chipre,  ains  le  1224-1225 
tindrent  à  grant  defpit,  &  s'alemblerent  à  la  court,  &  dift 
mefîîre  Phelippe  d'Ybelin  que  il  tenoit  à  grant  orgueil 
&  à  grant  luperbe  ce  que  fîre  Heimeri  s'eftoit  offert  & 
avoit  otroié  d'eftre  cheveteyne  fur  luy  &  fur  les  autres 
bounes  gens  de  Chipre,  &  que  il  n'eftoit  mie  home  que 
il  deiift  ce  faire,  &  que  c'eftoit  bien  encontre  ce  que  il 
meïfme  avoit  dit,  quant  la  reyne  Alis  efpouza  le  prince. 
Sire  Anceau  de  Bries  le  leva  &  dift  que  de  tant  corne 
médire  Heymery  Barlais  en  avoit  fait  &  dit,  avoit  il  fait 
que  defloyal,  &  fe  il  fuft  en  my  la  place,  plus  l'en  direit 
&  le  provereit.  Celuy  meffire  Anceau  de  Bries  fu  fis 
d'un  coufin  germain  de  monfeignor  de  Baruth  &  de  fon 
frère;  fi  eftoit  juenes  hom  &  fort  &  durs,  membrus  & 
oiïus,  vigourous  &  pénibles,  &  entreprenans,  &  faifeour, 
amy  &  enemy,  cortois,  &  large  de  quanque  il  pooit 
tenir,  blans  &  blondes,  &  vayrs  &  camus  à  une  chiere 
grefaignie,  femblant  au  leupart.  Les  .ij.  frères  Tavoient 
moût  cher(s)  &  il  le  defcernoit  bien,  &  fâchés  que  de 
cefte  guerre  fu  il  le  plus  prifié  à  dreit  après  les  .ij.  frères 
&  leur  enfans,  &  le  bon  jeune  feignor  de  Cezaire  qui 
eftoit  lor  nevou.  Si  corne  lire  Heimery  Barlais  ot  oï  ce 
retraire  ce  que  l'on  avoit  dit  de  luy  en  mal,  il  s'en  party 
de  Chipre  &  ala  à  Triple,  &  enprift  que  là  atendroit  la 
venue  de  l'empereor  que  moût  eftoit  criée  de  jour  en 
jour;  &  fon  entendement  eftoit  que  par  l'aye  de  l'em- 
pereor, il  porroit  foufmetre  le  lignage  de  ceaus  d'Ybelin. 

116.  En  l'an  de  M.CC.XXV,  Yfabeau,  la  fille  dou  roy 
Johan  de  Jerufalem,  fu  coroné[e]  à  Sur,&  puis  paiïa  outre- 
mer pour  eftre  mariée  à  l'empereor  Federic,  &  alerent 
ovec  elle  l'arcevefque  Symon  de  Sur,  6c  Balian,  feignor 
de  Saete. 

117.  Il  avint  [que]  grant  tens  aveit  que  mefîîre  Gau- 
vayn  ot  contens  à  .j.  chevalier  quy  avoit  nom  mefîîre 

c  s 


34  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1225-1227  Guillaume  de  la  Tour.  Le  dit  Guillaume  fut  nafTré  de 
nuit  entre  iuy  &  .j.  fuen  coufin,  &  diloit  l'on  que  ce  avoit 
fait  fire  Gauvain  &  lbn  lignage.  Le  chevalier  gary  de  les 
plaies  &  vint  à  la  court  devant  le  baill,  &  apela  lire 
Gauvain  de  traïfon,  &  il  fe  defendy,  &  furent  ior  gages 
dounés,  &  receiis,  &  la  bataille  fu  férue,  &  pais  en  fu 
faite  au  champ.  La  pais  fu  grevoufe  <5c  vilaine  à  fire  Gau- 
vain, &  li  fembla  que  il  ne  lofa  avoir  apelé,  fe  il  n'eiifl 
le  maintenent  de  ceaus  de  Ybelin,  &  fans  tout  ce  n'eftoit  il 
mie  fi  cler  d'eaus  corne  il  avoit  efté  devant,  &  en  aucune 
achaifon  i  avoit  [efté|  tout  avant;  por  la  grant  leauté  que 
il  favoit  en  eaus,  ofa  il  bien  entrer  en  champ  &  fe  y 
combatre.  Au  partir  dou  champ  dift  que  il  n'avoit  mie 
feu  les  covenances  de  la  pais  tant  com  il  fu  au  champ,  & 
que  il  fu  au  champ,  &  que  il  ne  tendroit  ja  ce  que  fon 
lignage  avoit  covenancié.  Tantoft  s'en  ala  au  Temple,  & 
de  là  à  Acre,  &  d'Acre  outremer  à  l'empereor,  &  fervy 
l'empereor  .j.  tens;  &  favoit  moût  d'oizeaus,  &  fi  fu 
moût  honoré  à  celé  court.  L'empereor  eftoit  fur  fon  venir, 
car  l'iglyze  le  deftreignoit  de  tenir  le  covenant  de 
pafcer  en  Surie,  que  lor  avoit  fait.  Il  vint  au  port;  les 
galées  furent  arivées,  &  le  paffage  tout  aprefté;  l'empe- 
reor refpita  fa  venue  jufque  à  l'autre  paffage,  fi  com  li 
plot,  &  manda  partie  de  fes  gens  desà  mer  &  de  les 
galées. 

118.  En  l'an  de  M. ce.  &  xvi,  vint  d'outremer  le  conte 
Thomas  de  par  l'empereor  Federic,  &  fu  fait  baill  d'Acre. 

119.  Et  en  cel  an  fu  comencié  à  fermer  le  chafteau  de 
Monfort  par  les  frères  des  Alemans,  lequel  chafteau  eft 
[en  |  Surie  au  royaume  de  Jerul'alem.  Et  en  cel  an  morut 
le  roy  Lois  de  France.  Après  luy  fu  corouné  à  roy  Loys 
fon  [fils,  qui]  laintement  &  en  boune  pais  tint  fon 
royaume  toute  fa  vie. 

1  20.  En  l'an  de  M.CC.  &  xxvil,  morut  le  devant  dit 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  2,  ) 

pape  Honoire  le  tiers,  qui  avoit  tenu  le  fîege  de  Rome  1227 
.x.  ans  &  .vj.  mois  6c  .xxiij.  jors. 

121.  Après  luy  tu  pape  Grégoire  le  novime,  nés  de 
Champaignie  6c  de  la  cité  de  Anaigne,  &  fu  efleli  à 
Septen  Soliver  à  l'huyteïme  jor  dou  moys  de  mars,  après 
la  telle  de  laint  Grégoire.  Il  canonila  faint  Francés  & 
laint  Antoine  des  frères  menors  6c  lainte  Yzabel  d'Ale- 
maigne,  qui  fil  feme  de  landegrave.  Il  abreja  diverfes 
copilations  de  décrétâtes  <5c  ajoutta  tes  etlabliiïemens  par 
les  queles  plulors  choies  quy  efloient  doutoufes  es  pre- 
miers decretales  lont  elclarfies.  Il  efcomenia  Tempereor 
Federic  par  .ij.  fois,  &  Tempereor  le  guerroya  moût 
longuement.  Il  tint  le  liège  de  Rome  .xiiij.  ans  6c  .vj. 
mois  &  .iij.  jors.  En  celuy  me'iïme  an  vindrent  de  Rome 
en  Acre  le  patriarche  Gerolt  de  Jerufalem  &  légat  gê- 
nerai, 6c  le  duc  de  Lanceborc,  &  l'evefque  de  Voinceftre, 
6c  l'evelque  de  Exettre;  6c  fire  Gauvain  quy  avoit  lervy 
l'empereor  .j.  tens,  fi  com  il  eft  dit  devant,  revint  lors 
desà  mer  en  Chipre. 

122.  En  celé  chaude  novelle  que  l'on  crioit  que  l'em- 
pereor  venoit  maintenant,  ains  que  Ton  ieiift  que  il  avoit 
refpité  fon  paffage,  fire  Heimery  Barlais,  quy  eftoit  à 
Triple,  le  porpenla  que  il  venroit  en  Chipre  à  la  court, 
&  ta  leauté  [fejreit  de  ce  que  fire  Anceau  de  Bries  avoit 
dit  de  luy,  &  penla  que  dedens  les  .xl.  jors  que  il  avroit 
de  retpit  au  fait  des  batailles  après  le[s]  cages  douné(e)s, 
feroit  venoit  Fempereor,  6c  fon  fait  prendroit  bien.  Le 
dit  fire  Heimery  s'en  vint  tant  tofl  en  Chipre  &  fu  en  la 
court  6c  defmenty  fire  Anceau  de  ce  qu'il  avoit  dit  de 
luy,  6c  s'en  ofFri  à  défendre  6c  tendy  fon  cage.  Le  roy 
reffut  les  gages;  le  jour  de  la  bataille  fu  douné,  6c  ordené 
par  etgart  de  court  à  eaus  .ij.;  celé  quaraintaine,  le[s] 
galées  de  l'empereor  vindrent  i\  com  vous  [avés]  oï.  Et 
lot  l'on  que  il  ne  devoit  mie  venir  lors,  le  patriarche 


^6  LES   GESTES    DES  CHIPROIS. 

12*7  Gerolt  de  Jerufalem,  &  moût  d'autres  gens  fe  travaillè- 
rent de  faire  pais  de  celé  bataille,  mais  ne  pot  eftre  faite, 
car  (ire  Anceau  ne  volt  otroyer  en  nulle  guife;  la  ba- 
taille fu  férue.  Sire  Heimery  ot  le  piour,  car  il  avint  à  la 
première  joufte  que  (ire  Anceau  brifa  fa  lance,  &  lire 
Heimery,  quy  moût  eftoit  vefiés,  efpareigna  la  foue 
quy  avoit  .j.  des  meillors  fers  dou  monde,  &  la  prilt 
par  my  le  mileuc  &  fery  en  dardant  .iij.  cos  en  la  vi- 
fiere  dou  heaume  de  fire  Anceau  &  tous  jors  feroit  la 
vifiere,  &  le  poygnoit  en  la  chiere.  Au  tiers  cop  fire  An- 
ceau lanfa  la  main  à  toute  l'efpée  que  il  tenoit  dont  il 
avoit  féru  grans  cos  defîus  le  heaume  de  fire  Heymeri,  & 
prifl  la  lance  dever  le  fer  à  tout  ce  que  il  le  pot  a,  &  il 
avoit  moût  forte  main  :  fi  aracha  la  lance  par  force  del 
poyn  de  (ire  Heymeri,  &  fire  Anceau  fu  fort,  &  tira  (i 
durement  que  (ire  Heimery  perdy  la  lance  que  il  avoit 
pris  dou  travers.  Sire  Anceau  tira  tant  qu'il  l'abaty,  &  il 
fu  pefantement  armés;  Il  fery  grant  cop  à  terre  &  fu 
moût  blecié;  toutevoies  fe  leva,  (i  corne  il  pot,  6c  foy  vers 
la  lice  tout  droit  à  l'encontre  dou  leu  où  eftoit  mon- 
feignor  de  Baruth  par  de  hors  la  lice.  Il  avoit  moût  bien 
afaitié  (on  cheval  f\  qu'il  corroit  après  par  tout,  &  il 
meïfme  coroit  après  luy;  il  traïft  l'efpée  &  fe  mift  entre 
la  lyce  &  le  cheval.  Sire  Anceau  redreiïa  moût  haflive- 
ment  ("on  heaume,  &  prift  fa  lance  en  dardant  fi  corne 
fire  Heimery  lanfoit,  &  travailloit  luy  meïfme,  &  dou 
monter  eftoit  neent,  car  il  eftoit  pefantement  armés,  & 
petit  chevalier,  &  le  cheval  eftoit  grant  &  haut  &  fier. 
Adonc  fembla  à  monfeignor  de  Barut&à  tous  ceaus  quy 
là  eftoient  que  (ire  Heymeri  ne  pooit  durer,  &  fire  Anfeau 

le  haitoit  moût,  &  s'on  ne  ly  eùft  defioé,  il  fuft  

defcendy  à  pié,  car  il  le  cuidoit  legierement  ocirre.  Mon 

a.  Mf.  lefpee. 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  37 

feignor  de  Baruth  entra  au  champ  entre  luy  &  le  feignor  1227-1229 
de  Cefaire,  quy  eftoit  coneftable  de  Chipre,  <5c  ne  voftrenr. 
plus  foufrir;  fi  firent  tenir  as  chevaliers  lire  Anceau  à  force 
par  le  frein  &  firent  tenir  le  cheval  de  lire  Heymery  quy 
l'avoit  ja  fi  lafïïé  quy  ne  pooit  plus.  Il  parlèrent  de  pais. 
A  celuy  jour  meflire  Phelippe  de  Ybelin,  qui  eftoit  frère 
de  mon  feignor  de  Baruth,  giioit  malade  dou  mau  de  la 
mort;  ion  frère,  le  feignor  de  Baruth,  li  fift  lavoir  l'ellat 
des  .ij.  champions,  &  il,  quy  ja  fentoit  la  mort,  voffc  en 
toutes  guiies  que  pais  fuft  ;  &  tant  manda  pryant  &  con- 
jurant à  fire  Anceau  ovec  la  force  que  mon  feignor  de 
Baruth  ly  fift,  que  la  pais  fu  faite;  &  fachiés  que  la  pais 
fu  vileine  à  fire  Heimery,  car  il  y  ot  raenfon  moitié  & 
autres  covenances  griés  &  fors  ;  mais  toutes  voies  li  en 
fauva  fa  vie.  Sire  Heymeri  s'en  party  dou  champ  entre 
luy  &  fire  Gauvain  &  les  autres  des  .v.,  s'eft  afaver  fire 
Amaury  de  Bethlan,  &  fire  Guillaume  de  Rivet,  &  fire 
Hue  de  Gibelet;  i\  mandèrent  moût  plaignant  à  l'empe- 
reor  dou  lignage  de  Ybelin,  diiant  moût  de  maus  &  de 
menfonges  fur  eaus. 

123.  En  celuy  meïfme  an  de  M.CC.  &  XXVII,  mefTrre 
Phelippe  d'Ybelin,  le  bon  preudome,  quy  eftoit  frère  de 
monleignor  de  Baruth,  morut  en  Chipre  de  celé  maladie 
qu'il  avoit.  Moût  en  fyft  l'on  grant  duel  &  moût  fu  grant 
damage  à  tous  l'es  amis  &  à  tout  le  pais  moût  pleint, 
&  moût  le  dut  bien  eftre. 

1  24.  En  cel  an  morut  frère  Garin  de  Montagu,  maiftre 
de  l'ofpital  de  Saint  Johan. 

12^.  Et  en  cel  an  furent  fermés  le  chafteau  de  Cezaire 
&  celuy  de  Saete,  &  adonc  morut  Coreidin,  foldan  de 
Damas. 

1 26.  En  l'an  de  M.CC.  &  XXIX,  l'emperere  Federic 
paiïa  la  mer  pour  venir  en  Surie,  par  le  coumandement 
dou  pape  Greguoyre,  6c  ariva  premièrement  en  l'ifle  de 


38  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


1229  Chipre  en  la  cité  de  Lymeiïbn,  &  mena  o  luy  .lxx.  entre 
gualées  &  tarydes  &  autre  navie  ;  mais  grant  partie  de 
lbn  oft  &  de  la  mahnce,  &  l'on  marefchau,  &  les  che- 
vaus  eftoient  devant  arivé  à  Acre.  Melîïre  Heymeri  & 
melîîre  Gauvain  &  grant  partie  de  lor  amis  &  de  lor 
fuite  entrèrent  o  vaiïeaus  armés,  &  alerent  contre  l'em- 
pereor  jufques  à  parties  de  maryne,  &  ti  toft  com  il  le 
virent,  il  acuferent  mon  léignor  de  Baruth,  quy  ne  l'avet 
defervy  vers  eaus,  porchaferent  le  pis  qu'il  porent  à  luy 
&  à  les  heirs  &  à  tout  lbn  lignage,  &  firent  entendant  à 
l'empereor,  lélonc  ce  que  l'on  retraïft,  lé  il  prenoit  Chipre, 
que  de  Chipre  poroit  fornir  Surie  de  quanque  bezoin 
feroit  en  l'on  hoftel,  &  outre  tout  ce  en  poroit  avoir  & 
tenir  mil  chevaliers.  L'emperere  lor  filt  grant  félîe  &  grant 
proumeiTe,  &  dift  que  il  les  creroit  moût,  &  il  en  furent 
moût  liés,  &  ariverent  o  luy  en  Chipre;  toute  voies 
l'empereres  manda  moût  cortoiles  letres  à  mon  leignor 
de  Baruth  qui  eftoit  à  Nicolîïe,  preant  &  requérant  corne 
à  l'on  cher  oncle  que  il  venill  à  luy  parler  &  ly  amenai! 
le  jeune  roy  &  l'es  .iij.  anfans  &  tout  l'es  amis,  &  ly 
manda  .j.  autre  mot,  quy  lu  prophétie  par  la  grâce  de 
Noftre  Seignor,  car  il  ly  manda  que  il  &  lés  amis  &  lés 
anfans  l'eroient  riches,  &  honorés  de  fa  venue,  &  fi  furent 
il,  la  Deu  mercy;  mais  ce  ne  fu  mie  par  lbn  gré.  Le  mel- 
fage  de  l'empereor  fu  moût  honoré  à  Nicolîie,  &  moût 
en  fift  l'on  grant  fefte  de  fa  venue.  Mon  léignor  de  Ba- 
ruth afifembla  lés  amis  &  lor  requift  confeil  por  le  jeune 
roy  Henry  &  por  luy  meïïme.  Tous  à  une  vois  crièrent 
que  il  ne  fes  enfans  ne  fe  meïlTent  au  poier  de  l'empe- 
reor, ne  menaflTent  le  roy  lor  léignor  5  car  les  maies  euvres 
de  l'empereor  eftoient  trop  aparant,  &  mainte  fois  avoit 
dit  bêles  paroles  &  mandées  que  les  fais  eftoient  oribles 
&  pezans;  par  coy  il  ly  loyent  que  il  lé  foingnaft  en 
aucune  manière,  difant  que  il  &  tous  fes  amis  &  tout 


II.    PHELIPPE    DE   NEVAIRE.  39 

le  poier  de  Chipre  s'apareilloyent  haftivement  &  le  1229 
fiveroient  en  Surie  au  iervife  Deu,  &  le  ferviroient  en 
Surie  corne  feignor,  &  tout  enfy  l'avoit  empris  dou  faire 
monfeignor  Phelippe,  noftre  frère,  quant  il  viveit,  celuy 
bon  confeil,  car  en  Surie  eftoit  le  Temple  &  l'Ofpitau, 
&  autres  bones  gens  quy  voficent  &  bien  &  pais,  & 
Tempereor  ne  peiïft  mie  fi  faire  Ion  gré  dou  tout.  Mon- 
feignor  de  Barut  refpondy  à  ceft  confeill,  &  dift  que 
loyalment  &  amiablement  confeilloyent,  mais  il  voloit 
meaus  eftre  pris  ou  mort,  &  foufrir  ce  que  Deu  en  avoit 
porveii,  que  conientir  que  l'on  peiiiT:  dire  que  par  luy  ne 
par  fon  lignage,  ne  par  les  gens  desà  mer  fuft  remés 
ne  deftornés  le  fervize  Deu,  ne  le  conqueft  dou  reyaume 
de  Jerufalem  &  de  Chipre;  car  il  ne  voloit  pas  mesfaire 
à  Noftre  Seignor,  ne  que  l'on  peiift  dire  par  le  fiecle  : 
n  L'empereor  de  Rome  ala  outremer  à  grant  esfors,  & 
eiift  tout  conquis,  mais  le  lire  de  Baruth  &  les  autres  def- 
loyaus  d'outremer  aiment  plus  les  Sarrafins  que  les  cref- 
tiens,  &  por  ce  le  révélèrent  à  l'empereor,  &  ne  voftrent 
que  la  Terre  Sainte  fuft  recovrée.  » 

1 27.  Pour  ces  choies  devant  dites,  s'en  ala  le  feignor 
de  Baruth  à  l'empereor  &  fes  enfans  &  tous  les  amis,  & 
tout  le  pooir  de  Chipre,  des  chevaliers  &  des  fergens,  & 
menèrent  le  petit  feignor  le  roy  Henry  à  l'empereor,  & 
fe  miftrent  del  tout  à  fa  manaie;  &  il  les  relut  à  moût 
grant  fefle  &  à  moût  grant  femblant  de  joie,  &  fembloit 
que  lor  enemy  fuffent  deljuglé.  L'empereor  lor  requift 
tantoft  un  don,  &  ce  fu  qu'il  oftalfent  la  noire  robe 
que  il  avoyent  encore  vellue  pour  la  mort  de  lire  Phe- 
lippe d'Ybelin,  lor  frère,  &  dift  que  plus  grant  bien  lor 
devoit  eftre  la  joie  de  fa  venue  que  le  duel  de  lor  amy, 
lor  frère,  qui  eftoit  trefpaiïe,  ja  fu  ce  que  il  eftoit  moût 
preudome  &  vaillant.  Il  otroyerent  moût  volentiers  fon 
comandement,  &  le  mercierent  moût  volentiers  &  offri- 


40  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1229  rent  entérinement  lor  cors  &  lor  cuers  &  lor  avoirs  à 
fon  comandement,  &  l'empereor  les  en  mercya  moût 
liement,  &  dift  que  il  les  guerredoneroit  largement  & 
richement.  Maintenant  manda  robes  d'elcarlate  à  ceaus 
qui  veftoient  noir,  &  autres  juaus,  &  lor  pria  de  bouche 
que  il  manjaiïent  tous  lendemain  o  luy.  11  fiftrent  lor 
robes  hartivement,  &  lendemain  matin  vindrent  tous 
veftus  d'elcarlate  devant  l'empereor;  &  en  celé  meïfme 
nuit  devant  il  firt  ovrir  celéement  une  porte  au  mur 
d'une  chambre  qui  feroit  en  .j.  jardin;  ce  fu  en  .j.  beau 
maner  où  il  eftoit  herbergié  que  monfeignor  Phelippe 
avoit  fait  à  Lymeffon.  Par  celé  fauce  pofternne  fift 
[entrer]  l'empereour  de  nuit  privéement  .iij.  mil  homes 
armés  ou  plus,  entre  fergens  &  arbaleftriers,  &  gent  de 
marine,  tant  que  près  toute  la  garnifon  de  la  navie  y  fu 
laens,  &  furent  mis  par  les  eftables,  &  par  les  chambres, 
les  portes  clofes  fur  eaus,  tant  que  il  fu  hore  de  manger; 
les  tables  furent  miles,  &  l'aiguë  dounée.  L'empereor  lift 
afeïr  delés  luy  le  feignor  de  Baruth  &  le  vieill  feignor 
de  Cezaire,  qui  eftoit  le  coneftable  de  Chipre;  à  une 
autre  longue  table  fift  aiïeïr  le  roy  de  Chipre  au  premier 
chef  &  le  roy  de  Salonique  (à),  &  puis  le  marquis  Lance 
&  autres  barons  d'Alemaigne  &  dou  règne,  &  comanda 
que  tous  les  chevaliers  chiprois  fucent  en  tele  manière  arts 
que  monfeignor  de  Barut  &  les  autres  que  il  pétillent 
luy  veïr  &  oïr,  quant  il  parlereit,  &  devifla  que  les  .ij. 
fis  dou  feignor  de  Baruth  fervicent  devant  luy,  l'un  de  la 
coupe  &  l'autre  de  l'efcuele  ;  &  le  juene  leignor  de  Ce- 
zaire, &  meffire  Anceau  de  Brie  tranchereent  devant  luy, 
&  que  il  fucient  tous  .iiij.  en  cors  &  feins  par  deifus  lor 
fecors,  car  il  difoit  que  tels  eftoit  l'ufage  6c  le  dreit  de 
l'empire;  &  il  le  fervirent  moût  volentiers  &  noblement, 
&  moût  y  ot  de  mes  &  diverces  viandes.  Au  derein  mes 
iflîrent  les  gens  armés  de  là  où  il  eftoient  report,  &  por- 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  41 

priftrent  le  palais  &  les  chambres  &  toute  la  grant  court,  1229 
&  là  miftrent  portes  &  à  toutes  les  autres.  Il  eftoient  bien 
armés  au  palais  où  l'empereor  eftoit,  &  en  ot  aiïes  de- 
vanr  luy  que  mit  tenoient  les  mains  as  armes,  les  uns  as 
poumeaus  des  efpées,  les  autres  as  couteaus.  Les  Chiprois 
s'en  aparceiirent  bien,  mais  il  ne  lounerent  mot,  ai[n]s 
s'esforcerent  de  faire  biau  lemblant.  L'empereor  torna  la 
chère  devers  le  feignor  de   Baruth  &  li  dift  en  haut  : 
«  Meffire  Johan,  je  vous  requier  .ij.  chofes  :  faites  les 
amiablement  &  pour  bien;  fi  ferés  que  fage.  »  Et  il  ref- 
pondy  :  «  Sire,  dites  voftre  plaifir,  &  je  en  feray  volen- 
tiers  ce  que  je  entenderay,  que  foit  raifon  ou  que  preudef- 
homes  en  efgarderont.  » —  «  L'une  de  .ij.  choies,  »j  dift 
l'emperere,  e  fi  eft  que  vous  me  rendes  la  cité  de  Baruth, 
car  vous  ne  l'avés  n'i  tenés  raifonablement.  L'autre  choie 
fi  eft  que  vous  me  rendes  tout  ce  que  le  baillage  de  Chipre 
a  rendu  &  que  la  regale  a  valu  &  rendu  puis  la  mort  au 
roy  Hugue,  ce  eft  la  rente  de    x.  ans,  car  ce  eft  mon 
dreit,  félon  Pu  fage  d'Alemaigne.  »  Le  feignor  de  Baruth 
refpondy  :  «  Sire,  je  cuit  que  vous  jués  &  gabés  o  mey, 
&  bien  pout  eftre;  aucunes  maies  gens  ont  ce  loé  à  re- 
quere,  quy  me  hayent,  &  por  ce  vous  en  eft  fouvenu, 
mais,  fe  Deu  plaift,  vous  eftes  tels  &  fi  bon  feignor  & 
fage  que  vous  conoiffés  que  nous  vous  poons  tant  fervir, 
&  volentiers  le  ferons   que  vous   ne  les  encroirés  ja.» 
L'empereor  mift  la  main  fur  fa  tefte,  &  dift  :  «  Par  ceft 
chef  que  mainte  fois  a  couroune  portée,  je  feray  mon 
gré  de  .ij.  chofes  que  j'ay  demandé,  ou  vous  eftes  pris.  » 
Adonc  fe  leva  le  feignor  de  Baruth  &  dift  moût  hautement 
à  moût  beau  femblant  :  «  Je  ay  &  tien  Baruth  corne  mon 
droit  fié  ;  &  ma  dame  la  reyne  Yzabeau,  qui  fu  ma  leur 
de  par  ma  mère  &  fille  dou  roy  Amaury,  &  droit  heyr 
dou  reyaume  de  Jerulalem,  &  fon  feignor  le  roy  Amaury 
enlemblement  o  ly  me  dounerent  Baruth  en  change  de 


42  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


12319  la  coneftablie,  quant  la  creftienté  l'ot  recovrée  toute 
abatue,  &  tele  que  le  [Temple]  &  LOfpital  &  tous  les 
barons  de  Surie  la  réfutèrent,  &  l'ay  fermée  &  maintenue 
des  amones  de  la  creftianté  &  de  mon  travaill,  &  tous 
jors  y  ay  mis  &  conlumé  quanque  jai(s)  de  rente  en 
Chipre  &  aillors;  &  fe  vous  entendes  que  je  la  tiens  à 
tort,  je  vous  en  forniray  raifon  &  droit  en  la  court  dou 
reyaume  de  Jerufalem;  &  de  ce  que  vous  me  requerés  les 
rentes  dou  baillage  de  Chipre  &  dou  régal,  je  nen  [eue] 
onques  nule,  &  mon  frère  n'en  fu  baill  que  de  la  noile 
&  dou  travaill  &  de  gouverner  le  royaume;  mais  la  reyne 
Aalis,  ma  nièce,  ot  les  rentes,  &  en  fift  l'on  gré  corne 
celé  quy  avoit  droit  au  baillage  felonc  noffre  ufage,  & 
fe  vous  de  ce  me  requerés,  dont  je  vous  en  forniray 
raifon  par  les  us  &  par  la  court  dou  royaume  de  Chipre  ; 
&  fe  vous  foies  certains  que  pour  doute  de  mort  ou  de 
prizon  je  ne  feray  plus,  fe  jugement  de  boune  court  & 
déloyale  ne  le  me  faifoit  faire.  »  L'emperere  fe  corroulfa 
moût,  &  jura  &  menaffa,  &  en  la  fin  d'ûl  :  <■<■  Je  ay  bien 
oï  &  entendu  de  là  la  mer,  grant  tens  a,  que  vos  pa- 
roles font  moût  belles  &  polies,  &  que  vous  eftes  moût 
fages  &  moût  foutils  de  paroles,  mais  je  vous  moftrerai 
bien  que  voftre  fens  &  voftre  foutiiece  &  vos  paroles 
ne  vaudront  riens  contre  ma  force.  »  Le  leignor  de  Ba- 
ruth  refpondy  en  telle  manière,  que  tous  ceaus  quy  là 
eftoient  fe  merveillerent,  &  tous  les  amis  en  doutèrent 
trop.  Le  refpons  fu  tel  :  c<  Sire,  vous  avés  pieiïa  oï  parler 
de  mes  paroles  polies,  &  je  ray  bien  oy  parler  fouvent  & 
lonc  tens  de  vos  euvres,  &  quant  je  mui  à  venir  sa,  tout 
mon  confeil  me  dift  à  une  vois  ce  meïfme  que  vous  me 
faites  orres  &  pis,  &  je  ne  vos  croire  nuluy;  &  ce  ne  fu 
mie  por  ce  que  je  bien  ne  doutace,  mais  j'ois  fy  à  droit 
effient  &  en  pris;  vous  vueill  encores  plus  volentiers 
recevoir  prifon  ou  mort  que  confentir  que  l'on  peùft  dire 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  43 

ne  noter  de  mal,  ne  ibufrir  que  la  befoigne  de  Noftre  1229 
Seignor  &  le  conqueft  de  la  Terre  Sainte  <5c  le  voftre 
fervife  fuft  mis  ariere  par  mey  ne  par  mon  lignage,  ne 
par  ceaus  de  la  terre  où  je  fuis,  ne  que  novelles  alaffent 
par  la  creftienté  &  deïft  Ton  :  «  Ne  lavés,  l'emperere  de 
«  Rome  ala  outre  mer  &  eiïft  tour  conquis  le  ne  fuiïent 
«  ceaus  d'Ybelin,  les  defleaus  d'outremer  qui  plus  aiment 
«  les  Sarazins  que  les  creftiens,  &  le  révélèrent  &  ne 
ce  voilrent  (ivre  l'empereor,  &  por  ce  eft  tout  perdu.  »  Tout 
ce  meïfme,  Ci  com  je  vous  ai  retrait,  dis  je  à  mon  confeil, 
quant  je  party  au  venir  à  vous  de  Nicoffie,  &  vins  tous 
apencés  de  loufrir  quanque  peiïft  avenir  proprement  por 
amor  de  Noftre  Seignor  Jehfu  Crift  quy  fouffry  palcion 
&  mort  pour  nous,  qui  nous  en  délivrera,  le  à  luy  plaid 
&  le  il  veaut,  &  deigne  Ibufrir  que  nous  recevons  mort 
ou  prifon,  je  l'en  mercie;  &  à  luy  me  tien  dou  tout.  » 
Atant  le  taift  &  s'afift. 

1 28.  L'emperere  fu  moût  coroufeié  &  chanja  fou- 
vent  coulour,  &  les  gens  regardèrent  moût  le  feignor  de 
Baruth,  &  moût  y  ot  de  paroles  &  de  menaces,  &  gens 
de  religion  &  autres  bones  gens  s'entremiftrent  de 
concorder  le,  mais  onques  ne  polirent  remuer  le  feignor 
de  Baruth  de  qu'il  avoit  dit  que  il  feroit.  L'emperere 
faifoit  de  moût  effranges  requeftes  &  perilloufes.  En  la 
fin  fu  concordé  à  ce  que  le  feignor  de  Baruth  avoit  de- 
vant offert,  &  neent  plus  i  ot  de  force,  que  tant  que  il 
ly  dounaft  à  l'empereor  .xx.  vavaffors  de  plus  aparans 
de  Chipre  qui  le  plegereent  fur  leur  cors  &  lor  avoyrs 
&  eftages  que  le  feignor  de  Baruth  le  fiveroit  &  iroit  en 
la  court  dou  reyaume  de  Jerufalem,  <5c  là  ly  forniroit 
droit,  &  enfi  toft  con  il  vendrait  en  la  court,  les  oftages 
dévoient  effre  quites  &  délivrés.  L'emperere  li  demanda 
.ij.  fis  fuens,  meffire  Balian  &  l'autre,  meffire  Bauduyn, 
<5c  diloit,  ne  valut  riens,  par  force  covint  qu'il  les  euft: 


44  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


1229  &  lors  dift  l'emperere  au  feignor  de  Baruth  :  «  Je  fay 
bien  que  Balian  eft  tout  voftre  cuer,  &  tant  con  j'avray 
luy,  j'avray  vous.  »  L'emperere  le  manda  querre,  &  il 
vint  droit  à  luy,  &  le  père  le  livra  chalcun  d'eaus  par 
le  poin  deftre  à  l'empereor,  &  dift  :  «  Je  les  vous  bail!  & 
livre  en  Deu  foy  &  en  la  voftre,  par  tel  covenanc  que  enfi 
toft  con  je  venderay  en  la  court  dou  reyaume  de  Jerufalem 
apareillié  de  fournir  dreit,  il  feroit  quites  &  délivrés,  & 
enfy  vous  les  tenrés  &  garderés  ennorement  ne  que  vous 
ne  lor  ferés  ni  i'oufrirés  à  faire  mau  ne  vylenie  ne  ou- 
trage. »  —  «  Et  je  enli  les  receis  en  Deu  foy,  &  en  la  moie,  » 
dift  Tempereor,  ce  &  par  moy  feront  il  riches  &  honorés, 
fe  Deu  plaift.  »  Atant  s'en  party  l'emperere,  &  les  fift 
mettre  en  traveriains  grans  &  defmefurés,  &  avoient  une 
cruis  de  fer  à  quoy  il  eftoient  atachié,  fi  que  il  ne  pooyent 
pioier  ni  bras  ni  jambes,  &  de  nuit  metoit  les  autres 
gens  en  fers  ovec  eaus. 

1  29.  Si  toft  com  le  feignor  de  Baruth  fu  party  de  laens, 
fes  enemis  vindrent  à  Tempereor,  &  li  diftrent  :  «  Sire, 
que  avés  vous  fait?  le  feignor  de  Baruth  s'en  ira  ja  & 
garnyra  les  chafteaus  encontre  vous  &  révélera  toute  la 
terre,  ja  pour  fes  enfans  ne  laira,  &  le  plus  de  gens  l'aiment 
tant,  que  chafeun  le  fivra;  mais  faites  bien  :  mandés  le 
querre  tantoft,  &  mandés  li  amiables  lettres,  que  il  porra 
bien  tant  faire  que  vous  li  rendes  fes  enfans.  Si  toft  con 
il  vendra,  prenés  le  :  quy  a  le  vilain,  fi  a  la  proie.  Enfi 
pores  eftre  feignor  de  Chipre,  &  non  autrement.  »  L'em- 
perere qui  moût  faifoit  maus  volentiers  par  lei  lans  enor- 
tement,  le  manda  querre.  Le  feignor  de  Baruth  fu  moût 
bien  garry  par  tel  quy  bien  en  fuft  à  croire  &  quy  avoit 
efté  au  confeil  ;  &  il  eftoient  herbergié  hors  de  la  ville  à 
tentes,  luy  &  fes  amys,  &  tous  avoient  lor  chevaus  & 
lor  armes;  &  l'emperere  n'avoit  nul  cheval  en  la  ville, 
mais    dedens  la  ville  eftoit  force  loue.    Pour  la  grant 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  ^ 

pietallie  que  il  avoir,  le  feignor  de  Baruth  ot  confeil  &  1229 
dift  que  il  s'en  voloir  aler  garnir  les  chafteaus  &  garder 
la  terre  as  drois  heirs  dou  roy  Hugue,  que  qu'il  avenift 
dou  roy,  que  l'emperere  avoit  tenu  del  tout  &  pris. 
Adonques  le  jeune  feignor  de  Cezaire,  qui  eftoit  nevou 
dou  feignor  de  Baruth,  &  meflîre  Anceau  de  Brie,  ces 
.ij.  qui  moût  eftoient  preus  &  vigourous,  li  diftrent  : 
c  Sire,  ne  faites,  mais  aies  à  l'empereour,  &  menés  nous 
ovec  vous,  &  chafcun  de  nous  avéra  .j.  couteau  en  fa 
chauce  privéement-,  fi  toft  corne  nous  ferons  devant  luy, 
nous  l'ocirons,  &  nos  gens  feront  fur  lor  chevaus  devant 
la  porte,  tous  armés.  Ja  puis  que  Pempereor  fera  mort, 
nul  ne  le  movera,  &  fi  relcovrons  nos  coufins.  »  Le  fei- 
gnor de  Baruth  le  corrouiïa  trop  &  les  menaiïa,  à  ferir 
&  à  tuer,  le  il  en  parloient  jamais,  &  dift  que  enfi  fe- 
roient  honis  à  tous  jors  mais,  &  toute  creftianté  crieroit  : 
a  Li  traïtour  d'outremer  ont  ocis  lor  feignor  Fempereor, 
&  puis  qu'il  feroit  mors,  &  nous  vis  &  fains,  noftre  droit 
leroit  tort  &  la  vérité  n'en  poroit  eftre  crehue.  Il  ell  mon 
feignor,  que  que  il  face,  nous  garderons  nos  fais  &  nos 
henors.  a 

130.  Atant  s'en  party  le  feignor  de  Baruth  ;  fî  toft  corne 
il  fu  anuitié,  le  cry  fu  grant  à  la  herberge  au  defpartir. 
L'empereor  oï  le  cry;  h  ot  moût  de  paour,  &  s'en  party 
dou  manoir  où  il  eftoit,  &  le  mift  en  la  tour  de  l'Ofpitau 
quy  eftoit  forte,  &  plus  près  de  fa  navie;  &  là  ens  mift 
les  hoftages  en  prifon.  Le  feignor  de  Barut  s'en  ala  droit 
de  Limeffon  à  Nicoftie,  &  là  tint  entre  luy  &  ceaus  qui 
le  voftrent  livre.  11  fift  moût  richement  garnyr  .j.  chafteau, 
quy  a  nom  Deudamor,  &  là  envoya  les  femes  &  les  en- 
fans  d'eaus  &  de  lor  amis.  Il  &  toutes  fes  gens  d'armes 
demorerent  en  la  ville  de  Nicoftîe  :  l'une  partie  manda 
en  Surie  &  fift  venir  en  Chipre  fon  oft  &  les  chevaus,  & 
moût  de  fodoiers  <Sc  le  vieill  prince  d^Antioche  <5c  le  fei- 


46  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1229  gnor  de  Gibleth  &  le  leignor  de  Saete  &  moût  d'autres 
gens  vindrent  à  Pempereor  à  LymefTofn],  &  tant  con  il 
fu,  melfire  Aymeri  Barlais  &  la  rote  eftoient  herbergiés 
par  deiïus  la  mail  on  où  eiloient  les  oftages  en  prifon. 
L'en  diloit  que  il  faiioyent  moût  grant  vilenies  fur  eaus, 
tele[s]  qu'ele[s]  venoient  jufques  à  eaus. 

13 1.  Quant  l'emperere  Federic  fu  bien  esforcé,  il  che- 
vaucha droit  à  Nicolfie,  &  le  leignor  de  Baruth  trova 
bien  lor  en  Ion  conleil  que  il  le  porroit  bien  combatre 
à  luy,  mais  le  preudome  dift;  que  ce  ne  feroit  ja,  le  Deu 
plaiiï,  ni  à  Ion  leignor  ne  le  combateroit,  n'i  à  lui  ne 
voloit  combatre  tant  con  il  le  peiill  elehiver,  e[t]  l'a  couf- 
tume  fu  tous  jors  tele  que  il  metoit  le  droit  envers  luy 
volentiers,  &  en  prenoit  la  bel'oigne  à  envis,  <Sc  puis  que 
il  comenloit,  il  parfail'oir.  Et  Noftre  Seignor  ly  douna 
plus  de  grâce,  de  l'ens  &  de  valour  &  d'ennor,  &  plus 
li  moftra  s'amour  qu'à  nul  home  de  Ion  tens  ne  de  fa 
richelfe.  Il  guerpi  Nicolfie  à  i'empereor,  &  s'en  ala  au 
Deudamor  que  il  avoit  garni,  &  I'empereor  n'ola  aler 
après  luy  :  h  demora  lonc  tens  à  Nicolfie  o  moût  grant 
gent. 

132.  L'iver  aprocha,  &  l'emperere  avoit  oï  novelles 
de  fon  païs  que  le  pape  Grégoire  &  le  roy  de  Jerulalem 
Johan  le  guerroyent  en  Puille  :  li  en  douta  moût,  &  fe 
haltoit  moût  d'aler  en  Surie  por  faire  aucunes  triues  as 
Sarrazins,  &  retorner  en  Ion  pais.  Por  ce  avint  que  il  filt 
tenir  paroles  de  pais  au  leignor  de  Baruth  haftivement, 
&  tant  fu  la  parole  tenue  par  gens  de  religion  &  par 
autres,  que  il  s'acorderent.  La  fin  fu  tele,  que  l'emperere 
&  tous  les  barons  jurèrent  au  leignor  de  Baruth  que  il  li 
rendroit  maintenant  les  .ij.  enfans  lains  &  laus  de  vie  & 
de  menbre,  &  que  il  li  tenroit  pa[i]s,  &  de  rien  ne  li  amer- 
meroit  luy  ne  les  fuens,  le  par  efgart  des  .ij.  cors  ne  le 
feïlfent,  ne  mau  gerredon  ne  lor  rendroit  pour  choie  qui 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  47 

eùft  efté,  &  que  il  feroic  recevoir  les  chafteaus,  &  le  1229 
royaume  au  roy  Henry  meïfme,  &  fi  enfant,  con  le  roy 
eftoit,  que  il  y  metroic  de  les  homes  liges  qui  garderaient 
les  fortereces  &  le  royaume  julques  à  l'âge  le  roy.  Le 
feignor  de  Baruth  &  les  luens  jurèrent  que  il  rendrait  le 
chafteau  de  Deudamor  au  comandement  dou  devant  dit 
roy  de  Chipre  <5c  que  il  venroyent  o  Fempereor  &  le  fer- 
viroient  tant  com  il  ferait  en  Surie  à  lor  court  meïfme, 
&  que  il  ne  rendroi[en]t  mau  guerredon  à  luy  n'i  à  la 
foue  partie  de  ce  qu'il  avoient  efté,  &  l'empereor  lor 
requift  moût  que  il  le  coneiiiTent  que  le  baillage;  &  il 
li  refpondirent  que  il  ne  li  feroyent,  por  tant  poroient 
perdre  les  telles,  car  dou  baillage  eftoient  il  homes  de  la 
reyne  Aalis,  mais  fans  faille  il  jureroient  feauté  à  l'empe- 
reor por  ce  que  il  eftoit  chef  feignor  de  lor  feignor  le 
roy  Henry,  &  ce  meïfme  jureroyent  il  par  tel  covenance, 
fe  il  le  contenift  au  prevelige  des  covenans  qui  furent 
entre  l'empire  de  l'empereor  &  le  roy  Henry,  que  les 
homes  le  roy  deiïiïent  faire  la  feauté  que  il  foyent  tenus 
dou  fairement,  &  le  n'eft  au  previlyge  que  il  en  foyent 
quites;  de  celé  pais  tenir  fu  plege  le  Temple  &  l'Ofpi- 
tau,  &  tou[s]  les  barons  &  les  riches  homes  de  l'une 
part;  &  de  Tautre  le  chafteau  de  Deudamors  &  toutes 
les  autres  fortereces  de  Chipre  rendy  l'on  au  roy,  &  il 
par  le  comandement  &  par  la  doute  de  Fempereor  les 
livra  à  ceaus  de  l'es  homes  qui  eftoient  de  la  partie  de 
l'empereor. 

133.  L'emperere  Federic  &  fa  gent  alerent  tantoft  à 
Famagoufte  pour  palîer;  là  vint  la  navie  de  Lymeiïbn, 
&  là  rendy  il  au  feignor  de  Baruth  fes  .ij.  enfans  qui 
moût  avoient  enduré  prilon  en  terre  &  fur  mer  as  ga- 
lées  :  eftoyent  tel  atorné  qu'il  eftoyent  grant  pitié  de 
veïr.  Toutes  voies  refïut  il  meftire  Balian  de  fa  maifnie, 
&  ly  offry  &  li  douna  alfés,  &  celuy  qui  eftoit  (&)  plus 


48  LES    GESTES   DES   CHIPROIS. 


1229  vaillant  bacheler  &  vigourous  &  larges  &  avenant  & 
plaifant  à  toutes  gens  fur  tous  ceaus  de  sa  mer,  le  fervy 
volentiers  &  amiablement  tant  que  l'emperere  fe  loet 
moût,  &  l'autre  fis  de  mon  Ieignor  de  Baruth  qui  eftoit 
valet  &  avoit  nom  Johan,  retint  il  puis  que  il  furent  en 
Surie,  &  dift  que  il  ly  donreit  Foges  qui  eft  en  Puiile,  & 
por  ce  fu  il  apelés  Johan  de  Foges. 

1 24.  L'emperere  o  toute  fa  navie  mut  de  Famagoufte 
.j.  foir  à  l'anuitier;  celé  nuit  meïfme  le  guerpi  le  viel 
prince  d'Antioche  &  s'enfuy  en  une  galée  &  ariva  à  .j. 
fuen  chaftel  quy  a  nom  Nefin.  Là  rendy  grâces  à  Deu 
que  il  eftoit  efchapé  de  l'empereor,  car  il  eftoit  venus  en 
Chipre  après  que  le  ieignor  de  Baruth  ot  faite  fa  pais, 
que  l'empereor  avoit  requis  au  prince  que  il  comandaft 
à  tous  l'es  homes  liges  d'Antioche  &  de  Triple  que  il 
feïlfent  feauté  auci  corne  avoient  fait  ceaus  de  Chipre. 
Le  prince  fe  tint  à  mort  &  dezerité;  i\  contrefift  le  ma- 
lade &  le  muet,  &  crioit  trop  durement  :  crA  !  a!  a!  a  »  & 
tant  fe  tint  enfi  que  il  s'en  party,  enfi  con  vous  avés  oï, 
mais  fi  toft  corne  il  fu  à  Nefin,  il  fu  gary. 

13 y.  En  l'an  de  M.CC.  &  xxix,  l'emperere  vint  en 
Surie  o  toute  la  navie;  &  le  roy  &  tous  fes  Chiprois,  o 
luy  le  Ieignor  de  Baruth,  ala  à  Baruth,  &  il  y  fu  moût 
volentiers  veii,  car  nul  ieignor  ne  fu  onques  plus  ten- 
drement amé  de  fes  homes.  Il  ne  demora  que  .j.  jor,  & 
maintenant  fuit  l'empereor,  &  ala  *  à  Sur.  L'emperere  fu 
moût  beau  receli  en  Surie,  &  tous  li  firent  homage  corne 
à  bail,  porce  que  il  avoit  .j.  fis  petit  que  l'on  apela  le  roy 
Conrad,  qui  eftoit  droit  heir  dou  reyaume  de  Jerufalem 
de  par  fa  mère,  qui  eftoit  morte.  L'emperere  6c  fes  gens 
&  toutes  les  gens  de  Surie  murent  d'Acre  por  aler  à 
Japhe,  &  maintenant  tint  paroles  de  triues  au  Quemel, 

a.  Le  mf.  répète  trop  durement.  b.  Mf.  ala  taint. 


II.    PHELIPPE   DE    NEVAIRE.  49 

qui  eftoit  adonc  foldan  de  Babiloyne  &  de  Domas  &  i"9 
tenoit  Jerulalem  &  toute  la  terre,  &  lors  fu  rendue  Jeru- 
falem  &  Nazereau  &  Lydde  à  l'empereor. 

136.  En  celui  meïfme  an,  entre  ces  faites,  Tempereor 
manda  le  conte  Eftiene  de  Gotron  en  Chipre,  &  autres 
longuebars  aiïes,  &  fift  faifir  toutes  les  fortereces  &  toute 
la  regale  à  fon  eus,  &  dift  que  il  eftoit  bail,  &  que c'eftoit 
jfon  droit.  Les  Chiprois  fe  doutèrent  moût,  &  lor  femes 
&  lor  enfans  fi  le  miftrent  en  les  religions  à  receit,  là  où 
il  porent  :  partie  s'en  fuirent  hors  de  Chipre,  noméement 
mefllre  Johan  d'Ybelin,  quy  puis  fu  conte  de  Japhe,  & 
qui  au  jourefloit  enfant,  &  fa  fuer,  &  autres  gentils  gens, 
s'en  fuirent  au  cuer  d'yver,  &  orent  (\  mau  tens  qu'à  poi 
qu'il  ne  noyèrent,  &  fi  con  Deu  plot,  il  ariverent  à  Tor- 
toufe.  L'emperere  tint  Chipre;  les  Chiprois,  quy  eftoient  là 
en  l'oft,  furent  moût  à  mal  aile,  &  le  le  leignor  de  Baruth 
le  vofift  confentir,  il  eùiïent  emblé  &  fortrait  le  juene 
roy  Henry,  &  s'en  fuiïent  party  de  l'empereour. 

137.  L'empereor  fu  maintenant  mau  de  toute  la  gent 
d'Acre,  efpefciaument  dou  Temple  fu  trop  mau;  &  au 
jor  avoit  moût  vaillans  frères  au  Temple:  frère  Piere  de 
Montagu,  quy  moût  eftoit  vaillant  &  noble,  eftoit  aucy 
le  maiftre  des  Alemans,  &  ceaus  de  vau  la  terre  n'eftoient 
mie  bien  de  l'empereour.  L'empereor  fift  moût  de  lais 
femblans  &  avoit  tous  jors  galées,  armes,  rimes  à  fernel, 
en  l'iver  meïfmes,  &  moût  de  gens  difoyent  que  il  voloit 
prendre  le  feignor  de  Baruth  &  les  enfans,  &  lire  An- 
ceau  de  Bries,  6c  autres  de  les  amis,  &  le  maiftre  dou 
Temple  &  autres  gens,  &  les  voloit  mander  en  Puille; 
&  autre  diloit  l'on  que  il  les  voloit  faire  ocirre  à  .j.  con- 
feil  où  il  les  avoit  mandés  &  femons  ;  &  il  s'en  apar- 
furent,  &  il  y  alerent   fi  a  esforcéement  que  il  ne  l'ofa 


a.  Le  mf.  répète  esfor. 
c 


^O  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1229  faire.  Toutes  voyes  fift  il  fa  triue  as  Sarafins  tel  con  il 
voftrent,  &  ala  en  Jerufalem,  puis  vint  à  Acre  le  feignor 
de  Baruth,  ne  le  guerpi  onques,  &  fi  ly  avoit  Ton  loé 
moût  fbuvent  que  il  s'en  partift,  mais  il  n'en  voft. 

138.  A  Accre  affembla  l'empereor  fa  gent,  &  y  fift 
venir  tout  le  peuple  de  la  ville,  &  il  y  avoit  moût  bien 
de  luy.  Il  lor  iarmona  &  dift  ce  que  il  voft,  &  en  l'on 
farmon  le  compleïnft  moût  dou  Temple,  [qu'il]  le  trova 
moût  defgarnié,  car  le  couvent  eftoit  tout  de  hors,  mais 
tantoft  joindrent,  que  par  [mer]  que  par  terre,  tant  de 
gens,  ne  lai  quans  jors  dura  le  fiege,  mais  vileinement 
s'en  party.  L'empereor  apareilla  Ion  paiïage  privéement, 
&  le  premier  jor(s)  de  may  en  ion  l'aube,  Tans  faire  afta- 
voir  à  nuluy,  il  le  recuille  en  une  galée  devant  la  bou- 
cherie. Dont  il  avint  que  le[s]  bouchers  &  le[s]  vieilles 
de  celé  rue,  quy  moût  font  enuiouies,  les  convoyrent  & 
l'arocherent  de  tripes  &  de  froiffures  moût  vileinement. 
Le  feignor  de  Baruth  &  melîïre  Eude  de  Mobeliart  l'oï- 
rent  dire,  fi  corurent  là,  (\  chafcerent  &  laidirent  ceaus  & 
celés  quy  l'avoyent  aroché(e)  <3c  à  luy  crièrent  de  terre 
là  où  il  eftoit  en  la  galée,  que  il  le  comandoyent  à  Deu. 
Et  l'empereor  lor  reipondy  moût  bas,  ne  fai  bien  ou 
mau,  &  lor  dift  que  il  laiffoit  en  l'on  leu  baill  le  fei- 
gnor de  Saete  &  meffire  Garnier  Faleman.  Et  l'empereor 
avoit  moût  bien  garny  le  chafteau  de  Sur;  fi  le  livra  au 
feignor  de  Saete  &  comanda,  &  faifoit  femblant  que  il 
fe  fioit  moût  en  luy,  mais  le  roy  Henry  de  Chipre  en 
mena  il  o  luy. 

139.  Enfi  party  d' Accre  l'empereor,  heïs  &  maudys  & 
vileynis,  &  ariva  en  Chipre  à  Lymeiïbn,  &  là  mift  il  le 
devant  dit  roy  Henry,  &  ly  douna  à  feme  une  foue  cou- 
fine,  fille  dou  marquis  de  Monferar.  Là  fina  il  à  les  .v. 
baus  que  vous  avés  01  nomer,  qui  eftoient  de  la  foue 
partie,  &  lor  vendy  le  baillage  de  Chipre  6c  la  terre  por 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  f  i 

.x.  mille  mars,  juique  à  l'âge  dou  dit  roy  de  Chipre,  <3c  12-9 
lor  fift  jurer  que  il  ne  foufriroient  que  le  feignor  de  Ba- 
ruth  &  les  iuens  entraifent  en  Chipre,  &  comanda  que 
il  les  deferitaffent.  Et  eaus  l'otroyerent  volentiers  à  lem- 
pereor;  &  lor  bailla  iodoyers  alemans  &  flamens  & 
longuebars  à  lor  deniers  meïfme,  &  il  quiftrent  &  por- 
chafcerent  à  Acre  &  par  tout  iodoyers  <5c  aucuns  homes 
le  roy,  en  [a]chaiion  de  ce  que  il  avoyent a  le  roy  Henry  o 
eaus,  &  pour  talant  de  retorner  à  lor  hoftel,  le  tindrent 
à  eaus,  &  furent  à  lor  comandement,  mais  les  chafteaus 
ne  lor  furent  mie  lyvrés  juique  à  tant  que  il  euiïent b  la 
gent  à  pié.  L'empereor  Federic  s'en  ala  outremer  &  laiffa 
en  ion  leu  gens  por  recevoir  lor  gent  &  livrer  lor  les 
chafteaus. 

140.  Philippe  de  Nevaire  eftoit  adonc  en  Chipre 
por  un[e]  loue  beioigne  privée;  le[s]  .v.  baus  privée- 
ment  le  mandèrent  querre  de  nuit  &  li  prièrent  & 
requièrent  à  moût  beau  femblant  que  il  traitai!:  pais 
entr'eaus  &  le  feignor  de  Baruth,  &  diftrent  que  la  fin 
que  il  avoient  fait  à  Tempereor  n'eftoit  que  por  délivrer 
de  les  mains  le  roy  <5c  la  terre,  &  fi  toit  corne  il  avroient 
les  chafteaus,  que  il  feroyent  quanque  le  feignor  de  Ba- 
ruth vodra.  Et  Phelippe  de  Nevaire,  qui  conoiifoit  fon 
feignor  à  fage  &  pitous,  otroya  à  .v.  baus  que  il  ie  tra- 
vailleroit  volentiers,  par  fi  que  tous  .v.  ly  jurereent  iur  fains 
évangiles,  fe  la  pais  ne  pooit  eftre,  que  il  conduyroient 
luy  &  ia  mailnée  &  toute  la  loue  choie  laine  &  fauve  à 
Baruth  ou  à  Acre.  Phelippe  de  Nevaire  ie  travaila  moût 
de  la  pais,  &  trova  à  ion  feignor  ce  que  il  voit.  Les  .v. 
baus  taillèrent  &  roberent  les  povres  gens  de  Chipre  tant 
que  il  payèrent  la  gent,  &  orent  les  chafteaus.  Adonc  fe 


a.  Le  mf.  répète  le  roy  en  achai-  b.  Le   mf.  répète    atant  que    il 

Ion  de  ce  que  il  auoyent.  enflent. 


f2  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1229  troverent  tant  de  gent  &  cuiderent  eftre  moût  fort,  mais 
pechié  &  folie  les  mena  à  ce  que  il  s'en  orgueillerent  & 
cuiderent  la  terre  tenir  &  défendre,  &  vencre  mon  leignor 
de  Baruth  &  les  fuens,  &  toutes  voyes  tenoient  parole  de 
pais.  Et  Phelippe  pryvéement  maintenant  fift  a(Temb[i]er 
tous  les  gens  dou  païs  à  la  court  dou  roy.  Un  d'eaus 
meïïme  ala  querre  Phelippe,  &  fi  li  mift  le  bras  au  col,  & 
li  proya  que  il  venift  chés  le  roy,  car  il  voloyent  confeiller 
à  luy  privéement.  Il  y  ala  volentiers,  car  il  fenoit  moût  à 
ceur  por  le  fairement  qu'il  ly  avoyent  fait.  Quant  Phelippe 
de  Nevaire  entra  en  la  court  le  roy,  il  vit  que  les  portes 
eftoyent  moût  durement  gardé[e]s  de  gens  armés  de  la 
maiinée  as  .v.  baus,  qui  gardoient  les  portes  moût  fière- 
ment, que  nul  [n'jilîift.  Phelippe  douta  &  ne  fift  nul 
femblant.  Quant  tous  furent  aiïemblés,  .j.  des  .v.  baus  le 
leva,  qui  eftoit  moût  bien  parlant,  &  avoit  nom  mefiire 
Guillaume  de  Rivet,  &  dift  moût  o  bêles  paroles.  Entre  les 
autres  dift  que  le  leignor  de  Baruth  avoit  folement  perdu 
le  roy  &  la  terre,  &  il  avoyent  fagement  recovré  l'un  & 
l'autre,  &  avoyent  acheté  le  baillage,  &  por  ce  requeroyent 
à  tous  les  gens  de  laens  que  il  juracent  d'eaus  fauver  & 
garder  &  tenir  à  bail  jufque  à  Page  le  roy,  &  dift:  que 
il  avoient  bien  decervy  au  roy  &  que  le  roy  eftoit  à  lor 
poer.  Et  (que)  moût  eftoit  doutis,  &  parla  le  roy  moût 
bais,  &  regarda  moût  vers  Phelippe.  Si  toft  con  ce  fu 
fait,  l'évangile  fu  aportée  en  la  place,  &  meftîre  Heimery 
Barlais  dift  à  Phelippe  de  Nevaire  :  «  Tout  premier  aies 
avant,  fi  jurés,  car  nous  volons  otroyement  que  vous 
foies  le  premier.  »  Phelippe  le  leva  &  dift  :  «  Sire,  parlés 
à  moy,  à  une  part,  vous  &  vo(u)s  .iiij.  compaignons.  » 
Et  il  refpondirent  &  crièrent  tous  .v.  :  «  Si  m'aides  : 
ne  ferons,  car  trop  avriens  à  faire,  le  nous  voliens  con- 
feiller à  tous  ceaus  qui  jureront,  &  enfi  ne  feroit  jamais 
fait  mais  jurés;  &  nous  vous  ferons  plus  de  bien  que 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  fâ 

n'ont  fait  ceaus  qu'avés  tous  fervy  ;  &  le  quel  que  vous  1229 
volés  de  nous  tous,  vous  donra  fie  à  vous  &  à  vos  heirs, 
&  paierons  toutes  vos  dettes,  a  Phelippe  relpondy  :  a  Je 
fui  moût  liés  que  en  audience  de  tant  de  gens  m'offres 
à  faire  tant  de  bien,  &  vous  me  faites  tant  d'ennor, 
qu'anfi  me  proifiés.  Et  je  vous  en  mercy  moût,  mais  je 
ne  pues  faire  ce  que  vous  me  querés,  car  je  fui  home  de 
la  reyne  Aalis  del  baillage,  &  le  je  otroyafle  &  juraffe 
vous  à  tenir  à  baills,  donc  mentiroy[e]  je  ma  foi.  »  Et  il 
crièrent  maintenant  :  «  Por  ce,  ne  laifles  vous  mie,  mais 
porce  que  vous  ne  volés  eftre  contre  le  feignor  de  Ba- 
ruth  ?  »  Et  Phelippe  dift  que  «  encontre  le  feignor  de  Ba- 
ruth  ne  feroie  je  jamais,  fe  Deu  plaift,  car  j'ains  plus  luy 
&  fes  enfans  que  nule  gens  dou  monde.  »  —  a  Adonques,  » 
dift  meffire  Hue  de  Gibeleth,  «  avés  oy  qu'il  a  dift  ?  Je  los 
que  l'on  le  pende.  »  Phelippe  li  relpondy  que  il  ne  fe 
tenoit  pas  à  la  parole  de  meffire  Hue,  &  que  fon  père 
meffire  Betran  avoit  mainte  fois  parlé  plus  fagement. 
Lors  s'ef  crièrent  tuit  ;  l'un  dift  :  ce  Prenés  le  !  »  L'autre  dift  : 
«  Muire  adès  !  >j  Phelippe,  s'aïra  &  fu  auci  corne  deiefperé 
de  la  vie,  &  s'agenoila  devant  le  roy,  &  reftraift  en  au- 
dience le  covenant  &  le  fairement  que  les  .v.  baus  li 
avoyent  fait,  &  tendy  fon  cage  &  offry  à  prover  tout  enfi 
con  la  court  eigardereit  de  fon  cors  encontre  le  cors 
d'un  d'eaus  .v.,  qu'enfi  eftoit.  Moût  de  leur  maifnée 
chevaliers  tendirent  leur  gages  contre  Phelippe,  &  il  les 
refufa  tous  par  railon  de  parole,  &  tout  adès  le  par  oifry 
contre  .j.  d'eaus  .v,,  &  diloit  que  il  eftoit  bien  lor  pareil, 
&  que  ce  provereit  il  bien  par  bons  garens  de  ion  pais 
qui  eftoient  en  Chipre  &  en  Surie,  &  chaicun  d'eaus  le 
defmenty,  mais  nul  d'eaus  ne  tendy  lbn  gage.  Atant  l'a- 
refterent  &  le  firent  garder  en  .j.  caton  dou  palais  as 
chevaliers  qui  tenoi|en]t  les  elpées  nues  es  mains.  Les 
gens  fe  merveillerent  moût  de  ce  que  Phelippe  ofa  dire 


j^  LES    GESTES   DES    CHIPROIS. 

1**9  &  faire  :  il  firent  aporter  .j.  grant  traverfain(s)  &  coman- 
derent  que  il  fui!  mis  dedens  &  amené  au  chafteau  de 
Deudamors.  Au  p[a]lais  le  gardèrent  jufques  à  grant  pièce 
de  nuir,  &  toutes  les  autres  gens  jurèrent.  Les  .v.  baus 
orent  confeil  à  une  part,  &  diflrent  :  «  Ceft  home  a  re- 
quis efgart  de  court,  &  le  nous  fur  ce  le  prenons,  il 
fera  lait;  mais  requérons  luy  que  il  doint  pièges  de  .m. 
mars  d'argent,  que  il  venra  demain  à  la  court  en  tel  point 
corne  il  eft  ores  ;  &  difons  li  que  le  il  jure,  il  fera  mené 
par  efgart  ;  &  quant  il  fera  party  de  faens,  faiions  le 
ocirre  corne  enemi  mortel  en  celé  nuit.  »  Enfi  corne  il 
orent  porparlé,  il  li  requièrent  les  pièges.  Phelippe  de 
Nevaire  refpondy  que  il  n'avoit  nul  plege,  &  corne  lige 
ne  devoit  douner  nul  plege,  car  foy  &  fon  fié  le  ple- 
geit,  &  il  ly  diflrent  que  il  ly  troveroyent  bien  pièges 
que  par  eaus  meïfmes  foufryrent  à  luy  piéger. 

141.  Atant  s'en  party  d'eaus  Phelippe  de  Nevaire,  & 
s'en  ala  à  l'Ofpitau  tout  dreit,  &  porchaffa  tant  en  celuy 
nuit  meiïme  que  il  ot  bien  .c.  &  .1.  homes  d'armes,  & 
trova  laens  les  femes  &  les  enfans  de  ceaus  quy  eftoient 
en  Surie  ovec  le  feignor  de  Baruth;  &  fe  Phelippe  ne 
fuft  entré,  les  .v.  baus  y  fuflent  entrés  l'endemain,  & 
l'eùffent  pris.  En  celé  nuit  meiïme  fu  affailli  &  pris  l'oftel 
011  Phelippe  eftoit  devant  herbergié,  &  troverent  fon  lit 
tout  fait,  &  l'eiprevier  deffus  le  lit  fu  paffé  de  plufors 
lances  &  de  dars;  &  il  y  avoit  .ij.  fuens  homes  qui  gar- 
doient  l'oflel:  l'un  fu  ocis  &  decopé;  &  l'autre  nafré 
malement. 

142.  L'endemain  faifirent  les  .v.  baus  tous  les  fiés  de 
mon  feignor  de  Baruth  &  de  les  amis.  Phelippe  fift  faire 
une  cifterne  dedens  la  tour  de  l'Opitau,  &  fift  faire  affés 
de  befcut,  &  moût  garny  &  horda  bien  l'Ofpital,  & 
quant  les  .v.  baus  forent  que  Phelippe  fu  laens,  li  l'affe- 
gerent,  &  firent  moût  durement  garder  de  jour  &  de 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE. 


)) 


nuit  qu'il  n'en  iflîft.  Phelippe  de  Nevaire  voit  faire  aiïaver  1229 
ceft  fait  tout  premièrement  à  mon  leignor  Balian  d'Ybelin, 
(&)  fon  conpere,  &  puys  qu'il  ot  comencié  à  efcrire 
les  letres,  li  prift  il  talant  de  faire  les  en  rime,  &  porce 
que  fire  Heimery  Barlais  eftoit  plus  malvais  que  tous  les 
autres,  il  le  vorra  contrefaire  à  Renart,  &  por  ce  que  au 
romans  de  Renart,  Grimbert,  le  taifïon,  eft  Ion  coufin 
germain,  il  apela  meffire  Amaury  de  Betfan  Grinbert,  & 
por  ce  que  fire  Hue  de  Giblet  avoit  la  bouche  torte,  il 
faifoit  femblant  que  il  feïft  tousjors  la  moe,  Phelippe 
l'apela  finge. 

143.  Cefte  eft  letre  rimée  que  fire  Phelippe  de  Nevaire, 
qui  eftoit  enclos  à  TOfpital  Saint  Johan  à  Nicoffie,  manda 
à  meffire  Balian  d'Ybelin,  quy  eftoit  à  Acre. 

Salus  plus  de  cent  mille,  beau  fire  &  beau  compère, 

Vous  mande  ly  hermire,  qui  or  eft  noveau  frère  ! 

Ce  ne  fuft  la  crois  blanche,  tant  y  eùft  matière 

Qu[e]  il  ne  chantaft  houres  ouan  ni  meffe  entierre. 

Conpere,  vofire  terre  contrefait  or  Efpaigne, 

Car  il  y  a  .v.  baus  (tres)tous  en  une  conpaigne  : 

zMout  me  moftrerent  amour  por  jurer  lor  enfeigne, 

cMais  je  le  contredis  ;  fi  orent  tel  engaigne, 

Car  fans  efgart  de  court  &  fans  autre  bargaigne 

cMe  quemmanderent  prendre  &  mètre  en  la  longaigne  ; 

Durement  contrefirent  [celé]  nuit  cAlemaigne  : 

(Les)  portes  firent  garder,  n'i  ot  nul  qui  fe  faigne. 

Celuy  les  eftabli  à  la  chiere  grifaine, 

Qu}'  de  fon  cors  meïfme  mefura  la  Champaigne  : 

Je  ne  vy  celé  nuit  nul e  fi  fier e  befte 

Cornue)  celuy  quy  traïft  en  mi  le  champ  fa  tefte. 

Se  Dieu  plaift,  en  fa  vie  avra  il  tel  tempefte, 

Car  à  tous  les  gr ans  fains  fait  on  chafcun  anfefte! 

Ency  fui  arefté  en  la  court  celé  nuit  : 


f6  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1229  'Beau  parler  ne  requerre  efgar\deren\t  nul  fruit; 

Et  fi  lor  dy  je  tant  qu'il  m'efgard(er)ent  (li  traïtour)  recuit, 

Tuis  me  vofirent  ocirre  en  traifon  de  nuit  ; 

{Mais  je  fui  bien  garny  par  tel,  à  qui  qu'(il)  ennuit, 

Quy  me  douna  confeil  bon  &  leal,  ce  cuit. 

^Maintenant  afublai  la  chape  (de)  faim  Johan  ; 

zMais  j'ai  fiance  en  Veu,  que  j(e)'en  ifiray  ouan, 

Ce  f avoir  de  voir  que  venu  f oit  'Balian, 

Et  cAnceau  le  camus,  je  criajfe  autre  ban, 

Celuy  qu  entre  la  lice  fe  mijl  &  le  chevau 

cM'a  par  force  enbatu  &  mis  à  l'ofpitau  ; 

Veu  f  s'eùffent  laijfer  tuer  le  defieau, 

(fa)  ne  fujfent  avenu  en  Chipre  ytant  de  mau  ! 

S' on  eùfi  (laijfé)  covenu3  à  oAnceau  le  camus; 

Quant  dou  chevau  à  terre  fifi  le  grant  fiatimus  k} 

De  la  meffe  fufl  dite  \le\  benedicamus  c  ; 

Tout  le  mont  eùfi  dit  T)eu  grâces  dicamus  d , 

Se  benedicamus  e  fufl  dit  de  fa  chanfon. 

'Balian,  n'obliés  les  fers  ne  la  (dure)  prifon  ! 

Volentiers  le  celace,  mais  par  tout  le  fait  Von; 

Se  Von  vous  arefla,  n'i  avés  nule  honte, 

Car  celui  qui  vous  prifl  a  pris  &  roy  &  conte  ; 

zMais  ce  me  fait  crever  que  chafcun  dit  &  conte 

Que  celuy  le  fifi  faire  qui  de  gens  efl  la  honte  : 

Et  il  fe  mofire  bien  qu'il  a  de  vous  grant  doute. 

Balian,  ne  fouffrés  qu'à  vofire  tens  aveigne 

Que  racheté  dou  champ  au  dejfus  de  vous  veigne  ! 

De  monfeignor  Thelippe  de  tHjiple  (car)  vous  fouveigne 

Et  de  vofire  bon  oncle,  puis  bien  vous  en  coveigne  ! 

Tar  Veu  ly  dui  Thelippe  de  C*(aple(s)  &  d'Tbelin, 

Et  l'oncle  vofire  père,  mon  feignor  'Bauduyn, 


a.  Mf.  couenir.  —  b.  Mf.  flati-       d.  Mf.  dicamer.  —  e.  Mf.  benedi- 
mer.    —    c.  Mf.  benedica?ner.  —       camer. 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  57 

C^orent  onq(ues)  pour  nul  fait  les  chc's  bas  ni  enclin\s\;    1229 

Et  fe  vous  recréés  pour  .v.  cheiris  farrin\s\  ! 

Celuy  Veu  qui  de  fruit  &  confondy  Cayin, 

Vous  defruit  &  confond,  fe  ne  vends  à  fin  ! 

Tor  Veu,  vos  amors  d'cAcre  metés  à  une  part, 

Et  vous  &  dan  Taijfel  qui  cuideÇs)  efire  leupart  ; 

Tour  .').  chetif  goupil,  quy  chei  dou  liart, 

Qui  par  de  fa  s'avance,  neïs  li  longuebarr, 

Se  vous  aimés  les  femes,  [i]  ont  eu  lor  part  ;. 

Car  les  levés  dou  fiege;  &  Trimbers  &  T{enart, 

Qui  devant  VOfpital  ont  mis  lor  ejiendars, 

Toute  nuit  font  gaiter  o  lances  &  0  dars 

Ceaus  qui  tienent  la  terre  &  nous  /'aillent  d'efgart. 

Les  dames  font  dedens  &  ./'.  tout  foui  Lombart  ! 

Cornent  le  foufrés  vous,  recréant  &  couart? 

De  V endemain  de  pafque,  fe  T)amedeu  me  gart, 

zMe  fouvient  quant  {je)  les  voi,  treftout  le  cuer  m'en  art, 

Que  chafcun  fe  fait  rey,  mais  qu'il  fe  nuit  foi  quart  ; 

C'efi  le  jeu  des  enfans,  fe  T>c  plaiji,  que  qui  tart: 

En  ./'.  foui  jour  font  roy,  V  endemain  font  lor  art. 

5\V  puis  muer  ne  rire  quant  les  voi  au  baillage  : 

Hue  a  la  tor  te  bouche  qui  renée  par  âge, 

Guillaume  de  'Hivet,  qui  tant  cuide  efire  f âge, 

Quy  de  fon  mal  far  mon  trejîous  les  affouage, 

Et  %enart  qui  bien  fait  com  Von  dejl\i\e  (des)gage  ; 

oAmaury  &  Gauvain  ne  font  pas  d'un  lignage; 

'Bien  les  conoijfés  tous,  n'i  a  nul  fi  fauvage  : 

Se  d'eaus  chante  on  rime,  ce  n'efl  pas  grant  otrage. 

Je  fuy  li  rocignol,  puis  qu'il  m'ont  mis  en  cage  ; 

L'on  ne  me  doit  blafmer,  s'il  n'i  a  boune  rime 

5\V  les  vers  ordenés,  car  c\e  en\  ejl  la  prime  ; 

S'en  la  cage  fui  gaires,  je  fineray  ma  rime  : 

L'autre  y  ert  équivoque  au  meins  ou  leonnime. 


f8  LES    GESTES   DES   CHIPROIS. 


1229  144.  Cefte  rime  fu  receiie  à  Acre  à  moût  grant  joie, 
&  tous  crièrent  :  «  Or  toft  à  la  refcoufe  des  dames  <5c  dou 
bon  lait  !  »  Moût  toft  s'apareillerent  &  orent  moût  belle 
gent  &  belle  navie,  &  le  feignor  de  Baruth  fift  toutes  les 
maifons  de  la  navie  &  des  fergens,  &  as  chevaliers  prefta 
&  douna  tant  que  il  orent  ce  que  befoing  fu;  la  mer 
pafferent,  &  ariverent  à  la  Caftrie.  Les  .v.  baus  miftrent 
grant  defence  au  port  prendre;  toutevoies  fu  pris  à  force; 
les  .v.  baus  fe  retrayftrent  &  revindrent  à  Nicoflîe,  où  il 
faifoient  garder  le  roy.  Le  feignor  de  Baruth  &  les  fuens 
mandèrent  moût  douces  paroles  au  roy,  &  as  .v.  baus 
meïfme,  difant  que  il  venoyent  dou  fervize  Deu,  &  que 
il  voloyent  venir  à  lor  hoftel  &  en  lor  fiés,  &  eftoient 
apareillé  au  droit  faire,  &  dou  droit  prendre;  &  les  .v. 
baus  ne  deignerent  onques  refpondre. 

14^.  Le  feignor  de  Baruth  &  les  fuens  chevauchèrent 
lacement  &  feréement,  &  vindrent  devant  Nicoffie.  Les  .v. 
baus  iflirent  de  la  ville  &  firent  iflir  le  menu  peuple  de 
la  ville  à  force,  &  orent  tous  les  tricoples  de  la  terre  & 
des  fodoyers,  qui  furent  trop  plus  que  ceaus  de  mon 
feignor  de  Baruth.  Gens  de  religions  fe  miftrent  entre 
.ij.  pour  faire  pais,  mais  ne  pot  eflre  :  les  cheveteines 
des  efcheles  fe  regardèrent  &  conurent  de  Tune  part  & 
de  l'autre;  chafcun  fe  mift  en  droit  ieluy  que  il  plus 
hayoit,  &  lors  aflemblerent.  La  bataille  fu  la  plus  maie 
&  la  plus  peine  que  onques  fufl  de  sa  la  mer;  moût  y  ot 
chevaliers  abatus  &  chevaus  &  gens  morte;  la  bataille  fu 
en  .j.  double  gareth,  &  y  ventoit  .j.  fort  ponent.  La 
poudre  fu  fi  grant  que  l'on  ni  veoit  goûte.  En  celle  ba- 
taille fu  ocis  meffire  Giraut  de  Montagu,  qui  fu  nevou 
des  .ij.  maiftres  dou  Temple  &  de  l'Ofpitau  &  de  l'ar- 
cevefque  de  Chipre  Eftorgue,  car  l'on  chevau  li  gift  grant 
pièce  fur  le  cors.  En  celé  bataille  firent  merveilles  d'armes 
les  enfans  de  mon  feignor  de  Baruth,  &  fur  tous  i  fill 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  £9 

merveilles  mefîire  Balian.  Les  .v.  baus  avoient  eftably  1229 
.xxv.  chevaliers  les  plus  vigourous  que  il  eiiiTent  de 
maaignée,  quy  dévoient  entendre  à  ocirre.  Mon  leignor 
de  Baruth  fery  par  mi  la  bouche  .j.  d'eaus,  car  il  n'avoit 
pas  heaume  à  vifiere,  &  de  celuy  cop  le  rua  mort  à 
terre.  En  celé  joufte  meïfme  chey  mon  leignor  de  Baruth 
en  une  folTe;  les  .v.  baus  portoient  grans  mitres  dJor- 
peau  pour  conoiffance,  fur  lor  heaumes,  &  toutes  voies 
furent  il  vencus  &delconfis,  fi  corn  Deu  plot;  <Sc  tout  .v. 
efchaperent.  Tout  premier  s'en  fuy  fire  Hue  de  Giblet, 
qui  failoit  Tarière  garde.  Quant  la  defconfiture  &  la  fuie 
ot  ja  duré  une  pièce  &  la  poudrière  fu  efclarcie,  &  fire 
Balian  d'Ybeiin  avoit  ja  chalcié  moût  avant,  mon  leignor 
de  Baruth  le  trova  foui  au  champ  ovec  luy,  ne  fai  quans 
archiers  à  pié  au  champ  le  troverent  des  enemis  julque 
à  .xv.  chevaliers  les  meiilors,  qui  elloient  paiïe  outre  au 
joufter,  &  quant  la  poudrière  chey,  il  le  conurent,  &  il 
eaus;  &  quant  le  fire  de  Baruth  vit  qu'il  eltoit  fi  foui,  fi 
defcendy  &  entra  par  une  petite  porte  en  une  court,  où  il  y 
avoit  .j.  petit  moullier,  <3c  les  fergens  o  luy  :  f\  le  defendy 
au  meaus  qu'il  pot,  il  &  les  fergens.  Et  il  feroient  de  la 
lance  ceaus  qui  venoient  au  mur  dehors  pour  depecier 
&  pour  entrer  laens.  Si  com  Deu  plot,  mefîire  Anceau 
de  Bries  i  furvint  fur  .j.  chevau  grant  &  fort,  &  covert 
de  fer  &  de  groces  covertures  par  deffus.  Si  le  mehla  à 
tous  eaus,  &  tant  firt:  d'armes  que  tout  brila,  la  lance  & 
efpée,  &  neïs  Ion  couteau  brifa  il,  &  reiîut  tant  de  cos 
que  il  ne  le  pot  mais  aider  des  mains.  Si  bouta  fes  .ij. 
bras  dedens  les  .ij.  renés,  &  quant  ceaus  venoyent  au 
mur  pour  abatre,  il  feroit  des  elperons,  &  les  areftoit  del 
mur  abatre,  &  tant  fill  que  mon  leignor  de  Baruth  fu  Ion 
coural  amy  toute  fa  vie,  fi  con  Deu  vot.  Mefiîre  Balian, 
fon  fis,  qui  moût  avoit  grant  fuite  de  chevaliers,  quant  il 
vit  que  fon  père  n'eftoit  en  la  place,  fi  retorna  au  champ, 


6o  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


z9  &  fi  toft  con  les  encmis  le  virent  &  conurenc  fes  en- 
lignes,  il  le  deconfirent  &  fuirent  vers  la  ville  de  Nicoffie, 
&  meffire  Balian  qui  venoit  devant  tous  les  autres,  les 
encontra  moût  afprement,  &  abaty  le  confanon  fi  dure- 
ment que  il  me'iïme  vola  à  terre.  Luy  &  le  cheval  cheyrent 
andui  ;  là  ot  plufors  pris  &  mors,  &  plufors  efchaperent 
por  la  chaoite  de  meffire  Balyan.  Sire  Heimery  Barlais 
&  lire  Amaury  de  Bethfan ,  &  (Ire  Hue  de  Giblet  le 
chaltelerent  au  Deudamors,  &  fire  Gauvain  &  les  loues 
gens  alerent  à  la  Candare.  Phelippe  de  Nevaire  qui  eftoit 
iiïus  de  TOlpital  faim  Johan,  &  les  foues  gens  o  luy,  lor 
firent  moût  de  damages  en  la  bataille  à  ceaus  meïimes 
qui  furent  en  la  ville.  Les  .v.  baus  devant  dis  avoient 
mandé  ains  que  la  bataille  comenfaft  le  juene  roy  Henry; 
par  force  le  miftrent  au  chafteau  de  Deudamors.  Là  le 
tindrent  &  le  gardèrent  corne  en  prifon;  celle  bataille 
devant  dite  fu  à  .j.  lamady,  à  .xiiij.  jors  dou  meis  de 
juingnet  devant  Nicoffie,  Tan  de  M.CC.  &  XXIX. 

146.  L'endemain  de  la  bataille,  furent  les  chafieaus 
affis.  Mon  feignor  de  Baruth  aiïeja  Cherines,  Ôc  fes  en- 
fans,  meffire  Balian  &  meffire  Hue,  affegerent  le  chafteau 
de  Deudamors.  Meffire  Anceau  de  Bries  aiTeja  la  Can- 
dare, &  lire  Gauvain  eftoit  dedens  entré.  Mon  feignor 
de  Baruth,  qui  avoit  affegé  Cherines,  fina  as  longuebars 
quy  tenoyent  le  dit  chalteau,  en  tel  manière  que  fe  il 
navoyent  fecors  dedens  .j.  terme  moty,  que  il  ly  ren- 
droyent  le  chalteau;  &  il  lor  paieroit  quanque  l'on  lor 
devoit  de  fos  de  viel  &  de  nouveau,  &  les  conduyrok 
hors  de  Chipre  eaus  &  lor  choies,  fains  &  faus.  Phelippe 
de  Neveire  traita  celé  pais,  &  relut  le  chalteau  au  terme 
pour  Ion  feignor,  &  conduilt  les  longuebars  hors  de 
Chipre. 

147.  Adonc  Phelippe  de  Nevaire  fift  une  chanfon  qui 
dit  enfi  &  fu  mandée  à  Acre  au  couneftable  : 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE. 


çA  tout  le  mont  vueil  en  chantant  retraire  1229 

Le  grant  orgueil  &  la  grant  ejlotie 

Que  onques  fufl  vehùe  ne  oïe 

De  nos  .v.  baus,  qui  a  droit  [font]  contraire; 

Car  fans  efgart  de  court  &  fans  clanior, 

Def "ai 'firent  lor  pers  &  lor  feignor 

De  lor  droit  fiés,  puis  lor  vojlrent  défendre 

Le  revenir  en  Chipre  &  le  dej "cendre. 

Quant  defaifi  furent  fans  riens  mej faire, 
Cil  qui  erent  pèlerin  en  Surie, 
Tar  mer  vindrent  d'cAcre  en  la  Caft[e]rie  : 
Là  priflrent  port,  qui  qu'en  deufi  defplaire, 
Et  puis  mandèrent  au  roy  par  grant  doufour 
Que  il  vendent  à  luy  par  grant  amour 
Trefl  &  garni  de  droit  [&]  faire  &  prendre  ; 
cMais  les  .v.  baus  ne  deignerent  entendre. 

Cher  lor  couffa,  [&  ce]  ne  targa  gaire  ; 

Le  famedi,  au  plein  de  CNjcojJie, 

Là  conquefferent  à  Tefpée  forbie 

C^Ços  gens  honour,  lor  fiés  &  lor  repaire  ; 

Vencu  furent  li  félon  traitor; 

Vers  les  chafieaus  s'en  fuirent  plufour  ; 

zMeins  en  vit  Von  defordener  &  prendre. 

Celuy  qui  dut  ï ariere  garde  faire, 

Ot  de  fuir  prime  la  feignorie  ; 

Tantofi  coma  l'avant  garde  envoyé, 

[Del]  fouir  tant  corn  deu  more  au  pot  traire; 

Tarens,  amis,  autre  terre  &  honour, 

I  perdy  tout,  le  mu/art,  en  ./'.  (foui)  jour. 


02  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1229  Fols  &  nuirais  c'eft  trové  tout  enfemble  : 

'Bien  Je  deùjl  de  honte  moine  rendre. 

Cel  jor  vit  Von  abaijfer  &  de/faire 

Lor  grant  orgueil  &  lor  haute  folie, 

Qu'il  s'en  fuirent  a[tout\  chiere  fronde, 

Et  nieint  autre  dejleal  deputaire 

Enchaftelc  s'en  font  au  Deudamor. 

Laens  tienent  en  prifon  lor  feignor. 

Jugement  cil  ont  decervy  bien  prendre  : 

Si  court  l'ont  pris,  &  autre  fois  fait  prendre. 

Les  traïtors  que  Ion  dev(e)roit  detraire, 
Font  entendant  as  fos  chère  a  partie, 
Que  mon  feignor  fait  moût  \  grant]  félonie, 
Quant  au  jiege  le  roy  pour  luy  mal  faire 

Lou{u)s  enragié  font  devenu  paflour. 

V oncle  le  roy  fufl  gardé  fans  mefprendre, 

Con  ne  tray  del  chaflel  pour  revendre. 

Va,ferventoys,  con  quareau  peut  traire  ; 
Si  me  portes  noveles  en  Surie, 
oAu  counefîable  qui  ne  nous  heit  mie  ; 
Si  li  diras  qu'à  droit  vait  nojlre  afaire. 
La  mercy  Deu,  le  nojlre  creatour 

Si  rift  autant  quant  vit  Lengaire  prendre  : 
éMam  vous  fa  lengue  &  le  ne~  faire  fendre. 

14S.  Le  feignor  de  Baruth  ala  au  fiege  dou  chafteau 
de  Deudamors  &  herberga  à  la  fontaine  dou  dragon, 

a.  Mi",  partie  chère. 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  6^ 

&  les  enfans  eftoient  amont  devant  le  chafteau.  Le  1229 
chafteau  (\  eft  en  moût  fier  leuc  &  en  moût  fieres  mon- 
taignes,  &  moût  y  covient  de  gent  quy  bien  le  veaut 
alléger,  car  de  moût  de  leus  n'en  y  peut  Ton  iiïîr  que 
par  la  porte,  &  il  y  avoit  dedens  moût  de  garnilon  de 
gens  à  cheval  &  à  pié.  Tout  le  plus  de  ceaus  qui  eftoient 
eichapé  de  la  bataille  s'en  fuirent  laens  :  Ci  ot  moût  fait 
d'armes  devant  le  bourc,  &  à  la  porte  maintefoys.  Toute 
voies  orent  il  de  moût  grant  meiaiie  laens  de  fain  tant 
qu'il  mangèrent  lor  chevaus,  &  porce  s'aleiirerent  ceaus 
de  hors,  &  aloient  les  chevaliers  par  la  terre  &  venoient 
quant  il  voloient.  Dont  il  avint  que  le  feignor  de  Baruth 
fu  aie  à  la  Candare  veïr  .j.  grant  trabuc  que  fire  Anceau 
de  Brie  faifoit  faire.  Ses  .iij.  fils  deilus  noumés  eftoient 
elpandus  par  le  païs,  f\  que  au  fîege  eftoient  demoré 
trop  poy  de  chevalier.  Ceaus  dedens  s'en  aparfurent  & 
firent  une  ifïue  (1  eiforféement  que  il  delconfirent  ceaus 
dou  fiege  &  gaaignerent  la  herberge  des  chevaliers  & 
les  viandes;  &  fe  ce  ne  fuft,  il  n'eiifïent  mie  tant  duré 
corne  il  durèrent. 

149.  Meflîre  Balian  eftoit  à  Nicoflie  à  moût  poy  de 
chevaliers,  car  il  eftoit  yver;  fi  eftoyent  les  chevaliers  en 
leur  terres,  où  il  oyfeloyent  &  fe  defduyoient.  Médire 
Balian  vint  au  cri  &  recovra  la  herberge,  &  fery  des  eipe- 
rons  jufque  à  la  porte  dou  bore,  &  brifa  fa  lance  au  fer 
de  la  porte  dou  bore,  &  à  fi  très  poi  de  gent  forni  celé 
befoigne  que  merveille  fu,  &  en  toute  la  guerre  ne  fu 
il  à  fi  grant  mefehef  corne  il  fu  à  celuy  jour.  Moût  y  ot 
fait  d'armes  d'une  part  &  d'autre.  Son  père  le  feignor 
de  Baruth,  quy  eftoit  aie  veïr  un  trabuc  que  l'on  faiioit 
devant  la  Candare,  vint  au  cri,  &  les  frères  de  là  où  il 
eftoient,  &  toutes  les  gens  dou  païs  vindrent  haftivement. 
Adonc  fu  eftabli(rent)  [que]  meffire  Balian  y  feroit  .j.  mois, 
&  .c.  chevaliers  o  luy  [&]  grant  planté  de  gent  à  pié,  & 


64  LES   GESTES   DES   CHIPROIS. 

'"9  l'autre  mois  i  feroit  mcffirc  Bauduyn  (on  frère  à.c.  cheva- 
liers auci,  quy  moût  eftoit  fages  6c  vigourous;  &  le  tiers 
mois  y  feroit  meflîre  Hues ,  quy  eftoit  des  plus  beaus  cheva- 
liers &  des  plus  fors  &  des  [plus]  avenans  dou  monde, 
&  enfi  com  ly  uns  des  frères  y  eftoit,  l'autre  s'en  aloit  là 
où  il  voloit,  &  chalcun  i  revenoit  à  Ion  mois.  Près  d'un 
an  dura  le  fiege  enfi,  &  tousjors  y  ot  fait  d'armes.  Phe- 
lippe  de  Nevaire  fu  .j.  jor  naffré  devant  la  porte  dou 
bore,  &  ot  pluibrs  playes  perilloufes  de  lances  &  de 
careaus  &  de  pieres.  Il  fu  féru  .j.  jour  en  dardans  d'une 
lance  qui  li  faufa  le  bras  tout  outre,  o  toute  la  manche 
dou  hauberc,  &  la  char,  tant  que  fur  le  codé  brila  la 
lance.  Le  troion  demora  o  tout  le  fer  au  bras.  Ceaus  dou 
chafteau  crièrent  :  o  Mort  eft  noftre  chanteor,  tué  eft!  » 
Et  le  tenoient  ja  fi  hennemi  par  le  frein;  mais  fon  leignor 
le  fecorut,  &  le  délivra  moût  vigouroufement.  Le  foir 
après  fift  il  .ij.  coubles  de  chanfons,  &  le  fift  porter  devant 
le  chafteau  à  la  roche  Se  les  chanta  en  haut  &  dift.  Adonc 
forent  il  bien,  cil  dou  chafteau,  que  il  n'eftoit  mie  mors. 
1  yo.  C'eft  la  rime  que  fire  Phelippe  de  Nevaire  fift, 
quant  il  fu  nafré  devant  le  chafteau  de  Deudamors  au 


fiege 


C^Qafre  fui,  mais  encor  ne  puis  taire 
T>e  dan  T^enarr  &  de  fa(urre)  compaignie, 
Qui  pour  luy  eji  afamc'e  &  honie, 
"Dedens  cMaucrois,  où  il  maint  &  repaire. 
zMais  Je  T{enart  a  de  fon  cors  paour, 
Qus  ont  meffait  li  autre  vavaffour, 
Et  ly  fergent,  por  quei  fe  laiffent  vendre  ? 
Corne  bricons  leur  fait  aucuns  atendre. 

[Car]  %enart  fait  plus  de  traïfon  faire 
Que  Guenelon  dont  France  fu  traie, 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  6f 

oA  fon  eus  a  la  tainere  farfie.  1229 

Là  feus  efl  pour  maiflrier  la  terre, 

Et  de  la  pais  Vefchufle  chafcun  /or. 

'Bien  efl  honis  qui  Jert  tel  traitor. 

Tour  luy  Jervir  le  fait  Von  fà  hors  pendre, 

Et  il  les  fait  là  dedens  les  faus  prendre. 

1  f  1 .  Ceaus  dou  chafteau  de  Deudamour  orent  fi  grant 
famine  que  le  jor  de  pafques  firent  il  grant  fefte  d'un  maigre 
ahnon  que  il  gaaignerent.  De  cel  ahnon  fait  menfion  Phe- 
lippe  de  Nevaire  en  la  branche  de  Renart,  &  dift  que  (que) 
il  beneirent  l'aneau  as  grans  oreilles  &  le  mangèrent  à 
pafques,  fi  com  vous  le  trouvères.  Meflîre  Anceau,  quy 
eftoit  au  fiege  de  la  Candare,  tint  fi  près  le  chafteau  que 
merveilles  feroit  à  croire  ce  que  il  fift,  &  le  trabuc  quy  là 
fu  abaty  prefque  tous  les  murs,  mais  la  roche  eftoit  i\ 
fort  que  l'on  ne  pooit  monter,  &  ceaus  dedens  eftoient 
à  f\  grant  mefaife  &  mefchef,  corne  ceaus  quy  eftoyent 
defgarnis  de  robe  &  d'armes,  &  avoyent  tout  geté  entre 
voyes,  quant  il  partirent  de  la  bataille  ;  &  la  bataille  fu 
à  .xv.  groces  liues  loins  dou  chafteau.  Une  nuit  avint  que 
Phelippe  de  Nevaire  ala  oveques  meflîre  Anceau  au  gait. 
Si  entroï  paroles  de  ceaus  qui  eftoient  en  une  petite  tour 
depecie,  qui  eftoit  demorée  au  dit  chafteau,  &  lans  tout 
ce  favoit  il  leur  covine;  tantoft  fift  il  une  chanfon  qui  dit 
enfy  : 

Vautrier  gaitay  une  nuit  jufquÇesJau  jour, 

"Bien  près  des  murs  tout  foui  fans  autre  gent  ; 

S'oï  pleindre  là  fus  en  une  tour 

Les  Candariers  qui  font  mat  &  dolent; 

Bacet  dijl  l'un  à  l'autre  conpaignon  : 

«  çAylas,  jj  fait  il  et  feignors  las  I  que  fer  on  ? 

Traï  nous  a  1{enart,  que  T>eu  maudie, 

c  9 


66  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1229  Et  la  fauce  charue  de  la  Cafirie, 

Que  faens  vint  ains  l'aube.  >•> 

Lors  refpondy  uns  autres  :  «  Granr  doulor 
Et  granr  peine  fouffrom,  &  grans  tormens  : 
La  nuit  veiller,  matin  ejlre  au  labour, 
Toy  à  manger,  &  povres  vejlimens  : 
cA  la  periere  ejleut  que  nous  tirons  ; 
Tous  les  ennuis  &  tous  les  maus  avons. 
Se  longuement  devons  avoir  tel  vie, 
Je  pry  la  mort  quanuit  tous  nous  ocie, 
cAvant  que  veigne  F  aube.  » 

«  cAprès,  »  dijl  ./.,  «  en  termes  &  en  plours 
Seront  pour  nous  &  amis  &  parens  ; 
Tous  y  merons,  car  leur  trabucheour 
CN^pus  fait  nos  fours  \tout\  faens  trabucher, 
Si  de  dens  murs,  &  petreaus,  &  creneaus  ; 
{Et  maifons}  s' on  nous  affaut,  cornent  nous  défendrons, 
Car  nojfre  gent  ejl  d'armes  def garnie  ? 
Li  mur  ne  nous  garentiroi\en\t  (<?r)  mie  : 
Fuions  nous  ent  ains  l'aube.  » 

<■<  cAbatu  ejl  le  molin  &  le  four  : 
D'atendre  plus  ne  fer  oit  pas  grantfens. 
Traï  nous  ont  les  baus  de  Deudamor, 
Et  ont  menti  vers  nous  leur  fairement. 
Toly  nous  ont  le  roy  en  traïfon  : 
Et  covenant  fu  que  nous  l'avrion! 
Tuis  nous  firent  conbatre  à  C^QicoJte, 
Tour  eaus fauver  &  nous  tolir  la  vie! 
J a  ne  voient  il  l'aube  !  » 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  67 

ce  Trop  nous  tarde  le  fecors  de  pafcor  ;  1229 

Fait  eji  de  nous,  fi  corn  je  cuit  &  pens, 
zMal  veïmes  onques  Vempereor  : 
zMerci  crier  nous  covendra  par  tens. 
—  Voire  !  »  dijl  il,  a  je  nous  la  trovions, 
iMais  je  cuit  bien  que  nous  y  faudrions  ; 
Torce  vaut  meaus  le  fuyr  en  Turquie, 
zMais  cil  dehors  gaitent  par  eftablie. 
Toute  nuit  jufquà  V aube.   » 

Quant  Gauvain  vit  fa  gent  en  tel  error, 
zMout  li  chanja  fon  cuer  &  fon  porpens  : 
En  foufpirant  leur  a  dit  :  «  'Beau  feignors, 
5\V  puis  trover  ./'.  mejfage  faens, 
Quy  ofe  aler  là  où  nous  vodrions. 

Encor  ejf  tel  en  Chipre  ou  en  Surie, 
Qu)'  (en)  penfera,  Je  nous  perdions  la  vie  ?  » 
Et  atant  parut  l'aube. 

Quant  enfi  ois  leur  pleinte  &  leur  clamour, 
Si  me  revins  au  g  ait  de  nos  fer  gens. 
Et  le  contai  à  joie  &  [à]  baudour, 
Qu'en  la  Candare  avoit  duel  &  contens. 
Si  me  pria  ./.  de  nos  conpaignons 

Et  je  fis  tel,  la  pleinte  fu  oye. 
Quant  elle  fu  parfaite  &  aconplye, 
Tar  tout  efclarfi  l'aube. 

1  j  2.  En  celuy  iïege  avint  que  le  jeune  feignor  de  Cezaire, 
fis  de  feluy  quy  avoit  efté  ocis  à  la  bataille  des  .v.  baus 
devant  Nicoffie,  il  ellabli  &  heberja  les  gens  vers  une 
roche  ague  qui  eft  moût  près  dou  chafteau,  &  failbit 


68  LES   GESTES    DES   CHIPROIS. 

1229  traire  laens  de  jour  &  de  nuit.  Il  avoit  un  moût  foutil 
aubaleftier  quy  moût  bien  conoiiïoit  meflîre  Gauvain, 
quant  il  aloit  par  le  chadeau.  Tant  le  gaita  qu'il  le  fery 
&  l'ocift  d'un  careau,  &  Ion  coufin  médire  Guillaume 
de  Rivet  eftoit  aie  en  Hermenie  pour  fecours,  &  là  mo- 
ruth.  Adonc  fu  cheveteine  de  la  Candare  Phelippe  Che- 
nart,  quy  efioit  frère  de  lire  Gauvain  de  par  la  mère,  & 
efloit  juenes  hom  viftes  &  pénibles.  Ceaus  dedens  celèrent 
la  mort  de  fîre  Gavain,  &   l'abaief trier  difl:  bien  qu'il 

l'avoit  féru.  Ceaus  dou  chafteau par  aucun  leuc  & 

mené  en  Puille.  La  fin  fu  tele,  que  ceaus  dedens  livrèrent 
le  roy,  quy  eftoit  l'on  nevou,  &  les  fuers,  &  les  chafteaus 
au  Ieignor  de  Baruth,  &  jurèrent  que  jamais  encontre  luy 
ni  encontre  les  enfans  n'encontre  ceaus  de  la  partie  ne 
leroient;  &  il  &  Tes  enfans  pour  toute  lor  partie  lor 
jurèrent  qu'il  lor  tendroient  boune  pais,  &  fu  ordené 
que  le  lignage  de  fire  Gauvayn  devoit  iflir  hors  de 
Chipre,  porce  que  on  difoit  qu'il  avoit  ocis  le  coneftable, 
mais  il  dévoient  avoir  lor  fiés  &  l'on  les  devoit  conduyre 
lains  &  laus  hors  de  la  terre.  Celé  pais  traita  .).  vaillant 
frère  de  l'Olpital,  qui  avoit  nom  frère  Guillaume  de 
Tineres,  &  eftoit  moût  privé  de  mon  Ieignor  de  Baruth, 
&  quant  le  roy  iflî  dou  chafteau,  moût  y  ot  grant  fefte  & 
grant  joie  faite  &  grant  dons.  Meflîre  Anceau  &  Phelippe 
de  Nevaire  &  le  chevalier  quy  fu  laidy,  quy  avoit  nom 
Toringuel,  ne  voftxent  élire  prefent  à  la  pais,  ne  onques 
puis  ne  parlèrent  à  leur  enemis  delTus  noumés,  mais  il 
le  miflrent  en  pais  pour  faire  le  gré  de  leur  Ieignor,  & 
devant  que  l'on  traitoit  la  pais,  l'on  manda  querre  Phe- 
lippe, &  il  eftoit  à  Lymeffon  à  une  nave,  où  il  devoit  aler 
meiTage  outremer  au  pape  &  au  roy  de  France,  &  au  roy 
d'Engleterre,  &  as  .v.  roys  d'Elpaigne  pour  conter  & 
retraire  &  faire  plainte  des  grans  maus  &  otrages  que  l'em- 
pereor  Federic,  &  [gens]  en  fa  fuite,  (&)  avoyent  fait  en 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  69 

Chipre  &  en  Surie.  Si  toft  corne  la  pais  fu  faite,  Phelippe  1229 
en  vol!  faire  chanlon  à  rime,  mais  le  feignor  de  Baruth 
ne  le  vofl  foufrir;  à  quelque  peine  foufri  qu'on  feiït  une 
branche  de  Renart,  en  quei  il  nouma  belles  plulors  & 
afigura  le  feignor  de  Barut  à  Yzengrin,  <3c  les  enfans  à 
les  louveaus,  &  lire  '  Anceau  de  Bries  à  l'ours  &  loy 
meïïme  à  Chantecler,  le  coc,  &  fire  Toringuel  à  Tinberr, 
le  char.  Toutes  ces  belles  lont  de  la  partie  d'Yzengrin 
au  romans  de  Renart,  &  fire  Heimery  afigura  il  à  Renart, 
&  fire  Aumaury  à  Grinbert,  le  taiiTon,  &  fire  Hue  au 
linge,  6c  autre  fois  les  avoit  il  enfi  apelés,  fi  com  vous 
avés  01,  &  celés  belles  font  de  la  partie  de  Renart  au 
roumans  meïimes;  la  branche  dit  enfy. 

I  y  3 .  C'eft  la  rime  de  Renart  corne  Yzengrin  le  defconfilT:  : 

Tant  a  ejié  T{enart  en  guerre, 
Qu'arce  &  deflruhe  en  ejl  la  terre  ; 
zMout  fu  diverce  s'aventure 
c4  toute  fois  &  afpre  &  dure  : 
oftfoutfu  Renart  près  de  fa  fin, 
Quant  de  f confit  lot  Yzengrin, 
Et  ajfegé  {de)dens  cMaupertuis, 
Un  chajieau  quot  puis  à  fon  eus  : 
C^i  ot  que  manger  ne  que  boivre ; 
Trop  malement  fe  dut  defçoivre. 
Se  ne  fuji  noble  la  bargaigne, 
éMort  fujl  Renart  &  fa  compaignie, 
zMais  T)eu  qui  tous  les  biens  parfait, 
c4  valu  otroyer  &  fait 
Tant  que  'Renart  a  fa  pais  faite; 
cMais  ne  fu  mie  bien  parfaite 
La  pais,  ains  fu  ./'.  poi  trop  linge. 
Renart  &  Gimbert  &  le  finge 
I  font  fans  plus  de  celé  part  : 


7<3  LES   GESTES    DES  CHIPROIS. 

1229  5\V  font  que  troy  0  tout  T{enart; 

Et  (tref^toutes  les  Joues  ayes 
Soiît  à  (la)  pais  vilemenT  faillies. 
Celuy  peuT  on  de  traïffon 
cApeler  par  droite  rai  [on, 
zMais  %enart  n'ot  onqÇues^'q' une  fois 
Celé  menty  plus  de  .c.  fois, 
El  les  .U).  que  j'ay  recordé 
^Qe  font  pas  à  tous  acordé, 
Car  il  nont  pais  qu'à  T^engrin 
Et  0  fes  louveaus  autrecy  ; 
Et  fi  vous  dy  que  les  louveaus 
^Qorent  pas  bien  tous  leur  aveaus, 
Quant  il  lor  covint  faire  pais. 
T^enart  n'ameront  il  jamais, 
Car  dan  T{enart,  quant  il  fu  miege, 
Et  il  l\es\  ot  fait  prendre  au  piège, 
Les  conpiffa  en  la  louviere. 
Tefera  leur,  s'il  ne  compère  ; 
Drois  efl  s'il  fen  pleignent  &  clament, 
Et  T>eu  les  heit,  fe  il  les  aiment. 
cMout  efl  encor  à  grant  contens  : 
tN^a  mie  pais  à  toutes  gens. 
SMeffire  l'ours,  (&)  Timbert,  le  chat, 
T)ient  quil  l'y  donroit  ./'.  flat, 
Et  mejjire  Chantecler,  le  coc, 
Que  de  s'Çon)  efquicher  efl  .).  roc, 
Ly  paffe  en  chantant  par  le  fiege; 
Souvent  retrait  au  loup  le  piège 
Et  en  chanfons  &  en  fableaus, 
Con  Von  piffa  fur  les  louveaus. 
Le  coq  refaite  l'efperon, 
Et  dit  qu'il  na  fi  haut  baron 
En  la  court,  s'il  Foie  envaïr, 


II.    PHELIPPE    DE   NEVAIRE.  71 

7{enart,  qu'à  luy  Vira  ferir.  1229 

cAranr  efvous  l^enart  acourt, 

Et  fi  veut  bien  qu'on  le  hennori. 

zMout  s'acofia  près  cTY^engrin; 

Tar  poi  ne  Je  fait  f on  cousin  : 

Les  louveaus  racointe  ./.  à  un, 

Ses  bras  jet  au  col  de  chafcun; 

oMout  fait  laens  %enart  \fa\  noife. 

Encontre  cuer  rit  &  envoife, 

Et  dit  bien  fouvent  en  fon  conte, 

SMais  de  s'ennor  &  de  fa  honte 

zMout  parole  de  la  bataille  : 

Tar  my  les  fent,  par  my  les  taille. 

Quant  l'ours  les  voit,  fi  les  rechigne, 

Et  dans  Timbert,  le  chat,  l'enguigne. 

«  Cil  comande  qu'il  le  fera,  » 

Fait  Chant ecler ,  a  or  y  parra, 

Se  dans  T{enart  nous  tient  pour  chievre  a .  » 

1{enart  Ventent,  prent  le  la  fièvre  : 

zMoute  dout  l'ours,  car  de  bien  haut 

Le  fifi  jadis  prendre  .j   m  au  faut. 

S  il  le  doute,  n'efl pas  merveille; 

cA  Grimbert  fon  cou  fin  confeille, 

Et  dit  quil  a  grant  mal  au  cuer  : 

«  cAylas  f  »  fait  il,  «  cousin,  je  muer  !  » 

Le  pous  li  bat,  change  coulour ; 

cAngouffous  mal  a  en  paour. 

7{enart  s'en  voit  en  fa  maifon; 

0  luy  vait   Guinbert,  le  taifon, 

Et  le  finge  dans  Cointreaus. 

Et  dans  T{enars  li  me~eaus, 

Et  Tercehaye  &  zMalebr  anche, 

a.  Mf.  chiuere. 


72  LES   GESTES   DES   CHIPROIS. 

i«9  Et  dame  Hermeline  la  franche  ; 

I  font  corus  corne  defve's. 

«  Sire,  dires  que  vous  avés. 

—  cAle's,  »  dift  il,  o  tojl  pour  le  prejlre  ! 

'Bien  pois  mit  veïr  mon  eftre.  » 

Quant  Vont  oi,  celé  frap aille, 

Si  ont  cuidé  de  voir  fans  faille 

Qu  H  (oit  de  mort  en  grant  paour, 

Et  com  perdoit  moût  bon  feignor  ; 

zMais  tout  ce  efl  engin  &  art. 

Or  a  méfier  que  on  fe  g  art, 

Qu'à  envis  pert  Von  la  couflume 

Que  Von  tient  tant  que  le  loup  a plume. 

1{enart,  le  trechiere  plumés, 

De  trecherie  acouflumés , 

C'efl  porpencés  par  lecherie 

D'une  moût  fiere  trecherie 

Qu'en  femblant  de  confeffwn 

Tardonra  &  querra  pardon 

cA  toute  gent  en  p(e)ril  de  mort 

qA  meins  de  honte  &  atrui  tort, 

fT^eïs  à  lours  quy  le  foula, 

Envers  qu\i\  il  fe  rechata, 

qA  Chantecler  &  à  Tinbert, 

Que  f on  mal  queroy{en)t  en  apert. 

"Bien  fait  que  s'a  yaus  ne  s'apaife, 

II  n'en  afeur  ni  à  aife, 
cMais  moût  délire  leuc  &  tens 
Qu'il  puijl  recomencer par  tens; 
Volentiers  atifafl  le  feu, 

S'il  en  eùf  [&]  hore  &  leu. 

Toute  fois  le  preflre  T)é  (y)mande, 

a.  Mf.  toup. 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  72 


(Et  le)  cors  de  U^ÇoJire  Seignor  demande.  1229 

Et  vous  venir  le  Sauveour, 

Et  dans  %enart,  le  rrecheour, 

Se  f  air  de  .ij.  pars  foujienir, 

Et  dift  qu'il  vofi  tout  regehir  : 

«  Sire,  en  voftre  fainre  prefence, 

Ve  qui  tous  biens  vient  &  comence, 

Vueil  regehir  que  Y~engrin 

Drainai  ni  n'ameray  enfin. 

Et  quant  je  fis  antan  la  jure, 

San  defus  venift  m'aventure, 

Ja  n'en  eujfés  autre  merfis 

Que  j(eJos  de  fies  autres  amis. 

Je  hais  moût  [es  louveaus  &  dout: 

Si  fai  je  leur  lignage  tout  ; 

Et  je  leur  mojirai  bien  antan, 

Sfais  ne  me  Vos  pas  de  cejl  an. 

Houny  fuy  &  cheu  en  mal  puis; 

Si  m'en  repens,  quant  meaus  ne  puis. 

Or  eft  T^engrin  mon  feignor  .- 

Enfemble  en  ai  duel  &  paour. 

t^Qpbles  efi  fors  de  (ma)  feignorie  : 

Ci  endroit  faut  ma  trecherie  ; 

Ses  louveaus  regimbent  0  luy. 

S  il  femble  c'onques  nels  conuy  : 

Je  ne  l or  puis  ores  plus  faire. 

Tour  Veu  le  lais,  quant  nel  puis  faire  ; 

''Bon  jeu  par  ai  [je]  d'une  rien, 

Car  lor  pais  me  tendront  il  bien, 

Erfe  j(e)3avqye  Luc  ne  aife, 

O  eaus  m'ardroye  en  la  f  ornai fe  ; 

Trop  ai  forfait  à  moût  de  gent, 

Encor  en  ay  moût  bon  talent. 

zMais  T>eu  me  puer  tout  pardener , 


74  LES  GESTES  DES  CHIPROIS. 


1229  Qui  fait  mon  cuer  &  mon  penfer. 

Tar  Veu,  (ire  Fours  m'abaty, 
Et  de  mes  reins  tout  me  houny; 
Se  je  fis  faire  à  Tinbert  lait, 
II  fi  m'avoit  moût  bien  me/fait. 
Tour  Veu,  Chantecler  mandés  querre, 
Car  moût  chevau\ce\  par  ma  terre: 
Je  me  vueil  acorder  0  luy, 
Et  fi  m'a  il  moût  fait  d'ennuv. 
Se  de  ceft  mal  pooye  efl ordre, 
^Maintenant  entrera)'  en  ordre  : 
qA  tous  pardoin  &  pardonray, 
Quant  je  de  ci  me  leveray. 
Je  leur  pardoin  :  or  me  pardon(er)ent  ! 
Tar  ces  .ij.  mayns  qui  y  ci  joignent, 
S' avant  navoye  autre  pooir, 
5\V  leur  puis  mais  guerre  movoir; 
éMais  Je  je  les  pooye  avoir, 
T)e  cuer  lor  feroye  aff avoir.  » 
cAu  coc  mandent  de  grant  randon 
Qu'il  veigne  courant  au  pardon. 
Le  quoc  refpont  :  <■<  Tar  Veu  li  dites 
Que,  fe  il  muert,  qu'il  enfoitquites; 
éMais  je  fai  que  fa  maladie 
Efl  traïfon  &  félonie. 
Se  mejfire  T^engrin  efl  fage, 
Il  m  a intendra  vers  luy  Vu  fage 
Que  tient  le  fauconier  grifon  : 
S'il  ne  fait  paijlre  par  raifon, 
Il  devenra  encor  hautein  ; 
Eaffe  le  venir  au  reclain. 
iMout  me  poife  qu(il)  efl  efchapcs 
T)e  là  où  il  fu  atrapés. 
qA  pafques  fifl  faire  merveilles, 
Quant  il  l'aignel  as  grans  oreilles 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  7f 

O^a  beneïr  ne  manger.  122,9 

D^i  avoir  lors  point  de  danger, 

zMais  quy  or  ne  Je  gardera, 

Encor\e\  nous  engignera.  » 

Li  mejfage  ni  pot  plus  prendre; 

cA  T{enart  vint  fans  plus  atendre, 

Et  li  conta  outréement 

Le  refpons  &  le  mandement. 

Lors  dift  T{enart  au  chapelain  : 

a  Je  morray  anuit  ou  demain, 

Se  de  cefi  mal  pooye  eft ordre  ; 

{Maintenant  entreray  en  V ordre  : 

qA  tous  par doin  &  pardonray. 

Quant  je  de  ci  me  lever ay. 

Tor  T>eu,  fire,  car  niafoillés, 

Car  j'ay  fait  tant  d'autres  pechiés, 

Car  je  peïtffe  .c.  ans  vivre, 

U^eferoye  je  pas  délivre.  » 

Le prejlre  l'afot  maintenant  ; 

{Mais  ce  fu  par  tel  covenant, 

S'il  efchape  qu'il  veigne  à  luy  : 

«  Oïl,  »  fait  il,  a  &  à  autry, 

c4  quy  il  devra  moût  pefer, 

Iray  je  maintenant  parler.   » 

Le  prejlre  ly  donna  celuy 

Quy  ne  devroit  entrer  à  luy  ; 

Et  il  les  prent  en  fa  maie  houre. 

Jhefu  s'en  part,  T{enart  demore, 

Tlein  de  barat  &  de  mal  art, 

"Diables  ot  en  luy  grant  part  : 

{Moût  ot  de  luy  mal  en  fa  peau; 

Dejleal  traïtour  &feau 

Ejl  &  fera  tant  coin  il  vive, 

Jufque  parte  l'arme  cheitive. 


76  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1219       1  y4-  Après   la  pais,  le  bon  feignor  de  Baruth  &  les 
enfans  firent  grans  biens  &  grans  honors  &  grant  révé- 
rence à  leur  enemy,  &  leur  dounerent  chevaus,  robes  & 
armes,   <Sc  autres  prefens;  &  s'aconpaignerent  à  ceaus, 
&  "  s'en  voifoyent  d'une  robe  enfemble,  &  ne  tenoyent 
rien  au  cuer  qui  eiift  elle;  mais  leur  enemis  gardèrent  & 
retindrent  leur  foies  volentés,  &  bien  le  moitrerent  fi  tort 
corn  il  porent.  Phelippe  de  Nevaire  avoir  bien  deviné  & 
devifé  en  la  branche  de  Renart  ce  que  il  firent  après. 
Meflîre  Heymeri  Barlais  eftoit  moût  baut  &  s'esforfoit 
moût  de  faire  compaignieôc  fefte  au  feignor  de  Baruth  & 
à  les  enfans,  ôcTapeloit  ion  feignor  &  ion  père;  &  meflîre 
Balian  l'apeloit  frère,  &  moût  parloit  louvent  de  la  ba- 
taille quy  avoit  eité  &  dou  fiege,  tant  que  l'on  tenoit  à 
mal,  car  moût  recorder  l'a  honte  eft  malvaiilié  &  malice. 
1  CC.  Un  jour  fu  la  court  pleniere,  &  meffire  Heimery 
Barlais  ck  toute   fa  route  y  furent.  Au  derein  de  tous 
entrèrent  à  la  court  enfemble  mefïïre  Anceau  de  Brie, 
Phelippe  de  Nevaire  &  Toringuel.   Meflîre  Anceau  les 
efgarda  moût  &  vit  que  il  confeilleent  enfemble  :  iî  douta 
moût  &  diit  qu'il  eitoit  iî  mala[de]  que  il  moroit.  Atant 
s'en  party  de  la  court,  luy  &  les  fuens,  &  l'en  hoflel; 
tantoit  fe  fiit  confeiïer  &  comenier,  &  diit  qu'il  par- 
douneit  à  toutes  gens  &  qu'il  voleit  crier  mercis  as  .iij. 
de  defus  només,  car  il  les  doutoit  moût,  por  ce  que  il 
ne  lurent  prêtent  à  la  pais  ni  ne  jurèrent.  Il  manda  gens 
de  religions,  qui  les  prièrent  qu'il  venifTent  à  luy;  &  il 
ne  vollrent  aler,  mais  il  ly  refpondirent  que  il  moreit, 
qu'il  en   fuit  quite;  &  ce  fu  avant  que  la  dite  branche 
fuft  faite,  &  por  ce  fait  Phelippe  mencion  en  la  branche, 
if 6.  Meflîre  Heymeri  &  fa  partie  mandèrent  à  fem- 
pereour,  li  corn  il  fu  dit,  ce  que  avenu  eiloit,  &  grans 

a.  Après  ce  mot  le  mf.  ajoute  :  fe  veftoient  dune  robe  &. 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  77 

excufations  de  la  pais  qui  fu  faite,  &  ly  mandèrent  que  il  1229-1=31 
eftoyent  en  leur  fiés,  &  avoyent  grant  partie  de  la  terre, 
&  le  il  mandait  .j.  petit  desfors,  encores  en  vendroyent 
il  bien  à  chef  de  ceaus  quy  eftoyentlés  enemis,  &  d'eaus 
meïïmes,  &  plufours  feis  mandèrent,  ce  dit  Ton,  &  en 
la  fin  troverent  ce  qu'il  queroyent. 

1 57.  En  Tan  de  .M.CC.  &  XXIX,  le  patriarche  Gerolt 
de  Jerulalem  fill  .ij.  tours  à  Japhe  devers  Elcalone,  & 
l'yglize  dou  lepulcre  fu  reconfiliée.  Et  le  patriarche  d'An- 
tioche  vint  en  Accre,  légat  de  la  court  de  Rome,&  après 
ly  fu  tolue  la  légation  au  patriarche  par  l'emperere  Fe- 
deric,  qui  l'avoit  aculé  au  pape,  dont  il  ala  à  Rome,  & 
ot  ariere  la  légation  en  ion  patriarche  perpetuaument. 

158.  En  l'an  de  .M.CC.XXXL,  quant  Tempereor  Fe- 
deric  ot  fait  pais  à  l'yglize  &  recovré  tout  quanque  il 
avoit  perdu  en  Puille,  il  avint  que  le  devant  dit  emperere 
Federic,  quy  moût  hayoit  Chipre  &  Surie,  manda  en 
Chipre  &  en  Surie  grant  oft  de  les  barons  de  Puille  & 
de  Cezile,  &  tous  ceaus  qu'il  hayoit  plus,  &  le  doutoit, 
&  diloit  Ton  que  il  furent  bien  .vjc.  chevaliers  &  c.  vallès 
à  chevaus  covers  &  .vijc.  homes  à  pié  &  bien  .iijm.  homes 
de  marine  armés  o  moût  grant  navie  &  belle,  de  naves 
&  de  lalandre[s]  &  .xxxij.  galées.  De  cel  ofl:  fu  cheveteine 
lire  Richard  Filanger,  marelchal  de  l'empire.  Mon  feignor 
de  Baruth  qui  eiloit  à  Acre,  quant  il  lot  la  venue  de  ces 
gens  par  les  gens  d'une  nave  de  l'Olpital  des  Alemans 
qui  vint  à  Acre,  il  retint  tantoft  quanque  il  pot  de  gens, 
&  mena  o  luy  grant  partie  de  la  garnilon,  dont  il  le  dut 
repentyr.  Après  il  vint  en  Chipre,  &  tantolt  furent  Ce- 
rnons toutes  les  gens  à  armes.  Si  alerent  à  Lymeiïbn,  & 
melîïre  Balian,  Ion  fils  &  la  elchele,  y  vint  tout  premiers, 
&  en  l'oure  qu'il  vindrent,  l'eltoire  des  Longuebar[s]  ariva 
en  Chipre  au  Gavata,  qui  eil  près  de  Limeiîbn.  Le  juene 
roy,  Henry  de  Chipre,  &  mon  feignor  de  Barut  eftoyent 


78  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

123 1  entre  voyes;  &  quant  il  oïrent  les  novellcs,  il  Ce  hafterent 
tant  que  il  ot  moût  de  chevaus  recreiis.  Toutes  voyes 
vindrent  il  bien  à  tens,  &  quant  il  furent  enfemble,  fi  ot 
moût  bêle  gent  à  cheval  &  à  pié,  &  firent  une  moût 
bêle  moflre,  &  fe  troverent  tous  armés  entre  amis  & 
enemis,  entor .  vc.  chevaliers  ;  &  moût  y  ot  de  valès  à  cheval 
&  de  tricoples.  Les  Longuebars  les  doutèrent  &  n'oferent 
delcendre  encore,  6c  le  rivage  fu  bien  défendu,  que  cil 
ne  porent  avoir  terre  ne  de  l'aiguë.  Il  envoyèrent  mefTage 
en  terre,  &  moût  y  ot  de  paroles  dites  d'une  part  & 
d'autre.  Monfeignor  de  Baruth  metoit  tous  jors  le  droit 
vers  luy,  &  parloit  fi  humblement  que  les  amis  en 
efloyent  courroufeiés.  Les  Longuebars  &  fire  Heimery 
Barlais  parloyent  moût  fouvent  enfemble,  &  de  nuit,  & 
bien  fu  feiï;  &  en  eiïffent  eft(r)é  repris,  fe  l'on  vofift, 
mais  le  preudome  ne  le  voft  foufrir,  &  difoit  que  aucy 
bien  pooit  il  parler  de  bien  corne  de  mal,  &  fe  il  voloit 
mal  faire,  que  il  foufriroyent  tant  que  il  feroit  aparant  & 
que  il  feroient  parjur,  &  que  il  avroyent  brifé  la  pais, 
car  fe  il  comenloit  en  euvre  por  chofe  quy  eftoit  en  dit, 
l'on  poroit  dire  que  il  feroit  parjur,  car  trop  a  grant 
conparifon  en  dit  &  fait,  onques  en  autre  nel  pot  l'on 
mètre,  &  fi  ly  dift.  l'on  verayement  que  l'on  le  devoit 
ocirre  en  fa  tente  de  nuit  en  fon  lit.  Le  feignor  de  Baruth 
le  douta;  (1  ala  gezir  dedens  une  maifon,  &  fe  fift  gaiter. 

i)().  Les  Longuebars  conurent  que  il  ne  poroyent 
delcendre  fauvement;  fi  gaiterent  .j.  bon  tens  &  murent 
de  nuit,  &  alerent  droit  à  Barut  de  nuit,  &  priffrent  la 
ville  fur  faut.  L'evefque  lor  rendy  corne  préfixe  paourous. 
Il  allégèrent  le  chafteau  &  le  tindrent  moût  près,  &  le 
troverent  defgarny  de  gent,  car  le  feignor  de  Barut,  que 
de  ce  ne  fe  prenoit  garde,  en  avoit  tout  le  plus  de  la 
garni  fon  portée  en  Chipre,  &  ce  meïlme  avoyent  les 
Longuebars  bien  feii,  quant  il  furent  en  Chipre  56c  de  là 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  79 

orent  il  confcil  d'aler  à  Baruth.  Le  chafleau  efîoit  bien  ^i1 
garny  de  viandes  &  de  vins  &  darmeiïres,  mais  poy  i 
avoir  de  gens.  Les  Longuebars  avoyent  planté  de  gens 
de  marine  &  d'engineors,  &  de  marein  &  fer  &  plomb 
&  de  ce  que  meftier  lor  eftoit  as  engins  faire.  Si  en 
firent  de  grans  &  de  petis,  &  combatirent  fortement  le 
chafleau  des  engins;  &  il  avoyent  ovec  eaus  .j.  defleal, 
quy  avoit  nom  Denilès,  &  avoit  efté  lenelchal  dou  lei- 
gnor  de  Baruth,  &  tout  maiftre  dou  chafleau  ;  &  favoit 
toute  la  covine  de  la  gent.  Celuy  enfeignoit  à  geter  des 
engins  là  où  il  faifoient  greignor  damage  :  en  la  fin,  ot 
il  tel  guerredon  que  il  fu  pendu  par  la  goule  corne  .j. 
traître.  Le  fiege  aprocha  moût  le  chafleau,  car  il  avoit 
poy  de  defendeors;  le  focé  dou  chafleau  fu  pris  quy  eft 
.j.  des  beaus  dou  monde,  &  au  fons  dou  folfé  firent  une 
rue  coverte  tout  en  tour  de  gros  marain,  &  minèrent  le 
chafleau  en  pluiors  leus,  ôcpar  dehors  le  chafleau  en  une 
place  que  l'on  apeloit  le  Chaufor,  firent  les  Longuebars 
un  chafleau  de  pieres,  &  de  full  fur  luy,  qui  lurmontoit 
&  defcouvroit  tout  le  chafleau,  &  failoit  trop  grant 
damage  à  ceaus  dedens.  Ce  meilme  lor  fu  mandé  de 
Chipre,  conleillant  que  il  deùfTent  faire  enfy,  car  les 
defleaus  quy  mandèrent,  avoyent  ce  feu  que  le  leignor 
de  Baruth  fe  doutoit  moût  de  celé  haute  place. 

160.  Les  novelles  vindrent  en  Chipre  que  en  cel  point 
eftoit  le  chafleau  de  Baruth  aiïegié,  &  l'iver  efloit  ja  entré 
moût  fort;  le  leignor  de  Baruth  vint  en  la  court  devant 
le  juene  roy  Henry,  Ion  leignor  &  fon  nevou.  La  court 
eftoit  f\  pleniere  que  tous  efloyent,  amis  &  enemis.  Il  fe 
leva  en  eftant,  &  il  avoit  une  couftume  que  il  cruiloit 
l'es  jambes,  quant  il  demoroit  en  ellant;  il  le  fift  enfi 
corn  il  lot  bien,  &  parla  moût  haut  &  à  trait,  &  dift  : 
c  Sire,  je  ne  reprochai  onques  le  mien  fervile  &  de  tout 
mon  lignage,  à  voltre  père  ni  à  vous;  mais  or  le  m'elleut 


8o  LES    GESTES   DES    CHIPROIS. 

,23«  faire.  Si  contreferay  Guillaume  d'Avrenie;  ja  foit  ce  que 
je  ne  le  vaille,  quant  il  or  meftier  de  fecorre  fe[s]  nevous, 
à  Candie,  il  reprocha  à  Ion  feignor  le  roy  Loys  tout  le 
fervife  que  il  avoit  fait,  &  je  pues  bien  dire,  &  affés  en 
ai  garentie,  que  par  mey  &  par  mon  lignage,  fu  voftre 
père  feignor  &  tint  terre;  &  le  nous  ne  fuffiens,  il  eiiit 
elle  deferité  ou  mort;  &  quant  Deu  fift  Ion  comande- 
ment  de  luy,  vous  n'aviés  que  .ix.  mois  d'aage,  &  nous 
vous  avons  norry  &  gardé,  vous  &  voftre  terre,  Deu 
mercy,  julques  au  jour  de  huy;  &  le  nous  n'eùfîiens  mis 
grant  conroy,  le  duc  d'Ofteriche  vous  elift  dezerité;  & 
.ij.  fois  avés  efté  en  auci  malvais  point  ou  en  piour;  & 
fe  nous  voficiens  guerpir  vous  &  le  royaume  de  Chipre 
&  celuy  de  Surie,  de  legier  nous  eiïft  foufert  l'emperere 
à  tenir  Baruth  en  pais.  Or  eft  enfi  avenu  que  les  Longue- 
bars  ont  prife  ma  ville  &  alTegé  mon  chafteau  fi  près 
que  il  eft  en  péril  de  perdre  <Sc  nous  &  toutes  les  bones 
gens  luriens  dezerité,  dont  je  vous  pri  pour  Deu  &  pour 
voftre  henour  &  por  nos  grans  lerviles,  &  porce  que 
nous  loumes  d'un  fane  &  d'une  naïté  norris,  &  eftes  en- 
femble  o  nous,  &  pry  au  l'y  à  tous  les  autres  quy  laens 
font,  corne  mes  frères  ck  mes  chers  amis,  que  vous  venés 
en  perfone  à  tout  voftre  pooir  o  moy  fecorre  mon 
chafteau.  o  A  tant  fe  taift  le  feignor  de  Baruth,  &  s'age- 
noilla  devant  le  roy  &  devant  les  autres,  &  fift  femblant 
de  baifer  les  pies  dou  roy.  Le  roy  failly  en  pies  &  tous 
les  autres,  &  s'agenoillerent;  car  il  eltoit  encores  à  ge- 
noils,  &  diltrent  le  roy  &  tous  les  autres  que  il  s'acor- 
deroyent  volentiers  &  meteroyent  lor  cors  &  lor  avoyrs 
à  bandon.  Le  feignor  de  Baruth  les  en  mercia  moût. 
Adonc  fe  leva  il,  &  tous  les  autres  en  pié. 


* 


II.  PHELIPPE  DE    NEVAIRE.  8 


Corne  le  feigne?-  de  'Baruth  &  les  Chiprois  o  luy  vindrent  de 
t^ÇJcoffie  à  Famagoufte,  pour  pajfer  en  Surie. 

161.  Le  viage  fu  enpris  moue  vigouroufemenr,  &  ce  123 1 
fu  enror  les  feftes  de  Noël.  Toft  vindrent  au  port  de 
Famagoufte.  Le  tens  eftoit  fi  mal  &  fi  peme,  que  [à]  peines 
porent  palier  par  le  plain  de  Famagoufte,  &  moût  i  ot 
choies  perdues  entre  voies;  lonc  tens  demorerent  au  port 
pour  le  mautens  &  en  la  fin  murent  au  chef  dou  trou- 
blât, &  au  tour  de  la  lune,  &  ne  laiiïa  en  Chipre  nul 
cheveteyne.  Les  gens  en  parlèrent  moût;  Phelippe  de 
Nevaire  le  fift  aiïaver  au  leignor  de  Baruth  que  Ton  en 
parleit,  &  il  relpondi,  &  dift  :  «  Se  je  ne  meuve  adès,  je 
lai  bien  que  le  chafteau  fera  perdu  &  tout  le  pais  après,  & 
le  Deu  me  doint  grâce  de  parler  avant,  tout  fera  refeous 
&  fera  honour  grant,  &  le  Noftre  Seignor  confent  que 
je  fâche  la  perte,  poiffe  eftre  entre  voies  !  je  ains  meaus 
morir  ains  que  je  fâche  la  perte,  que  après.  Ne  ja,  le  Deu 
pleift,  ne  fera  perdue  la  terre  mon  feignor  en  mon  tens 
ne  la  moie,  6c  de  ce  que  Ton  me  blâme  que  je  ne  lais 
cheveteine  en  Chipre,  je  vous  diray  pourquei  je  porrai 
tel  laiffer  quy  porroit  tout  gaaigner  là  où  nous  alons,  & 
mainte  fois  eft  avenu  que  par  .j.  preudome  eft  tout 
gaaigné  &  pour  foufraite  efl  tout  perdu,  &  nous  alons 
en  tel  manière  &  en  tel  leu  où  tout  fera  fur  le  tablier;  & 
le  nous  foyons  perdu,  Chipre  n'a  meitier  de  cheveteine, 
&  le  nous  perdons,  nous  ferons  tuit  quite,  &  le  cheve- 
teine qui  feroit  en  Chipre  ne  feroit  que  languir  .j.  poi  de 
tens,  &  après  periroit,  car  je  ne  l'ai  en  creftianté  où  il 
trovaft  receit;  &  por  ce  ne  vueil  que  nus  de  mon  lignage, 
qui  ait  iurnom  d'Ybelin,  demore.  Se  nous  vencons,  avra 
chafeun  fa  part  en  fennor  &  au  profit,  &  le  nous  per- 
dons, fi  morrons  tuit  enlemble  de  par  Deu  en  noftre  dreit 


1 1 


82  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


123 1  héritage,  là  où  tout  le  plus  de  mes  parens  ont  efté  nés 
&  mors.  »  Phelippe  de  Nevaire  entendy  bien  &  volen- 
tiers  cefte  raifon  ;  de  luy  s'en  parti  &  retraïft  tout  ce  à 
tout  le  plus  de  gens  quy  là  hors  l'atendoient;  &  chalcun 
dift  &  cria  :  «  Bien  dift  le  preudome  !  alons  de  par  Deu  !  » 
Les  cnemis  deffus  noumés  qui  eftoyent  ovec  eaus  en  co- 
verture  de  pais  d'amour,  goupillèrent  moût  de  demorer, 
&  le  cuidoyent  enchafteler  à  la  Caftrie,  qui  ell  dou 
Temple.  Souvent  fu  retreit  au  feignor  de  Baruth,  &  ly 
loet  Ton  que  l'on  les  feïft  prendre,  &  il  ne  le  voit  onques 
faire,  &  tous  jors  difoit  que  il  atendroit  tant  que  lor 
méfiait  ferait  coneii  &  aparant,  &  Noftre  Seignor  aidereit 
au  dreit. 


Corne  les  Chiprois  p  afférent  la  mer  fa  in  s  &  faits,  &  avivèrent 
au  puy  dou  conejiable  de  Triple. 

162.  La  nuit  murent  tous  enfemble,  amis  &  enemis, 
&  orent  moût  mautens  &  grant  pluyage,  enfi  con  Deu 
plot.  Le  tens  les  geta  au  puy  dou  coneftable  de  Triple 
fains  &  faus,  &  prièrent  port.  De  là  s'en  fuyrent  les 
enemis  deftus  noumés,  &  lor  fuite  furent  bien  .lxxx.  che- 
valiers, &  alerent  de  l'autre  part  à  Baruth  o  les  Longue- 
bars.  Moût  amerma  Loft,  moût  en  furent  esbaï;  mainte 
gent  en  orent  grant  doute.  Mon  feignor  de  Barut  en 
fill  grant  fefte,  &  moût  en  fu  liés  par  femblant,  &  dift  que 
ores  eftoit  il  afegur  &  que  l'a  gent  y  ert  délivre  &  netée 
des  traïtors,  &  dift  qu'il  les  amoit  meaus  encontrer  en  la 
bataile  &  trover  les  devant  luy  que  derieres,  car  tant  corn 
il  le  fiveient,  atendoit  il  adès  que  il  le  feriiïent  par  les 
efpaules,  &  puis  qu'il  eftoyent  foy  menti(e)  à  lor  feignor, 
&  qu'il  l'avoient  guerpi  en  champ,  &  parjur  vers  lui  & 
vers  les  fuens,  il  n'eitoient  pas  gens  quy  les  deiïft  douter  ; 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  8^ 

&  de  ce  fait  fe  tenoit  il  amendé,  &  Pautre  partie  moût  «31 
enpirée.  Maintenant  le  ieignor  de  Baruth  &  les  gens 
murent  par  terre,  &  lor  navie  par  mer;  le  premier  jour 
vindrent  par  mi  le  Boutron;  là  relurent  il  moût  grant 
damage  de  lor  navie,  car  le  port  eft  malvais,  &  le  mau- 
tens  enforfa:  prefque  tous  les  vaiffeaus  briferent,  &  le 
remanant  ala  en  perdecion.  Toutes  voies  les  gens  murent 
de  là,  &  chevauchoient  par  pluie  &  par  mautens  &  par 
grans  flumaires,  par  fondes  &  delrivées,  &  par  le  Pas 
paien,  &  par  le  Pas  dou  chien,  quy  eft  moût  perillous  à 
palcer;  &  tant  firent  que  par  force  que  par  lens  vindrent 
au  flum  de  Baruth.  Ceaus  dou  chafteau  de  Baruth  firent 
merveilloule  joie  &  grant  luminaire,  quant  il  les  virent. 
Grant  meftier  avoient  de  fecors,  car  le  chafteau  eftoit  fi 
miné  que  il  cheoit  par  pièces,  &  les  engins  &  le  chafteau 
dou  Chaufor  les  guerreoyent  moût. 

163.  Les  novelles  elpandirent  par  toute  Surie  que  le 
feignor  de  Baruth  eftoit  venus  fecorre  fon  chaftel,  &  fi  toft 
corn  fon  nevou,  le  juene  feignor  de  Cezaire,  Poy  dire,  que 
en  cel  termine  fe  trova  en  Surie,  il  proumift  fiés  <5c  douna 
moût  richement  &  aiïembla  tant  de  gent  corne  il  pot, 
[&]  vigouroufement  vint  aider  (on  oncle  &  les  coufins. 
Le  patriarche  de  Jerufalem,  les  .ij.  maiftres  dou  Temple 
&  de  TOlpital,  le  feignor  de  Saete,  le  couneftable  dou 
royaume  vindrent  mètre  pais.  Au  paffer  devant  Sur  y  ot 
beloiome  dou  feignor  de  Cezaire  &  de  la  garnifon  de  la 
ville,  car  le  feignor  de  Saete  avoit  ja  rendu  Sur  as  Lon- 
guebars  par  le  comandement  de  l'empereor.  Le  feignor 
de  Cezaire  les  enchaffa  julques  dedens  la  porte  de  la 
cité.  Moût  fu  volentiers  veii  en  Loft  &  moût  fu  profi- 
table fa  venue.  Les  .v.  ieignors  deffus  noumés  parlèrent 
de  pais,  mais  ne  pot  eftre;  le  mautens  dura  moût  lon- 
guement; fi  avint  grant  chareftié  en  l'oft  de  viandes  & 
d'orge,  fi  que  près  tous  les  chevaus  ne  manjoyent  que 


84  LES    GESTES   DES    CHIPROIS. 

i*3'  foillcs  de  calemeles.  Poy  i  avoit  tentes,  car  toutes  eftoient 
perdues  en  la  navie  qui  perdi  devant  le  Boutron.  Les 
Longuebars  eftoyent  à  aife,  car  il  avoyent  viandes  à 
planté,  &  bounes  maîfons  &  bien  ailles  en  la  ville. 

164.  Un  jour  bien  matin,  iflirent  les  Longuebars  de 
la  ville  de  Barut,  &  vindrent  as  eleheies  faites  jufque 
fur  le  flum,  que  trop  eftoit  grant.  Lors  s'il  ne  fuft  fi  grans, 
il  ne  ruilent  ja  venus  :  toute  jour  y  furent  en  tele  ma- 
nière tant  que  la  nuit  les  chafla.  Le  tens  abounafla  puis, 
&  le  flum  apetiiïa.  Maintenant  Pofl  dou  roy  Henry  & 
dou  feignor  de  Baruth  paiïa,  &  vint  devant  la  ville  de 
Baruth  as  efcheles  faites,  &  ferirent  des  efperons  jufques 
au  folié.  Une  povre  iflue  firent  ceaus  dedens,  mais  vigou- 
roufement  les  rebouta  l'on  dedens  la  ville.  Ceaus  dedens 
fe  tindrent  en  la  ville  affegé,  &  partirent  les  defences  de 
la  ville  ceaus  enemis  qui  eftoyent  parti  dou  roy  &  de 
mon  feignor  de  Baruth,  &  eftoyent  aie  de  l'autre  part. 
Ces  devers  les  Longuebars  furent  eftably  à  .j.  canton  de 
la  ville,  où  avoit  une  grant  tour,  &  pour  eaus  fu  elle  puis 
apelée  la  Tour  des  traîtres  fouvent,  félon  la  traïlon  de  ce 
que  il  avoient  guerpy  lor  feignor  en  champ.  Les  Longue- 
bars faifoient  garder  moût  eftroytement  par  terre  &  par 
mer,  que  l'on  n'entraft  au  chafteau,  &  avoient  arengié 
lor  p-alées  &  liées  à  une  grant  chaene  de  fer  &  bien 
ormegées  tout  en  tour  le  chafteau  en  la  mer,  &  n'avoyent 
laiftié  que  une  petite  voie  par  où  il  entroyent  &  ifïbient. 
Le  feignor  de  Baruth  mandoit  chafeune  nuit  à  noe  ce 
que  il  pooit  mander  de  gens  d'armes  au  chafteau  5  tels  y 
avoit  qui  plonjoyent  defous  les  galées  &  venoyent  tous 
nus.  Laens  au  chafteau  trovoyent  robes  &  armeiires  & 
viandes  à  planté,  car  laens  n'avoyent  foufraite  que  de 
gens  à  armes  &  cheveteines.  Ceaus  qui  palToyent  à  noe 
n'eftoyent  par  tels  qu'il  peiifîent  deffendre  le  chafteau. 
Si  porchafta  le  feignor  de  Baruth  tant  qu'il  ot  une  nuit 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  Sf 

.).  vaiiïeau,  &  mift  dedens  .j.  fuen  fis  que  l'on  apele  fire  1231 
Johan  de  Foges  pour  l'achailon  que  vous  avés  autre  fois  oï. 
Celui  fu  puis  feignor  de  Sur  &  coneftable  dou  royaume 
de  Jerulalem  &  bail  plulors  feis,  &  lot  &  valu  afles; 
ovec  celui  Johan  de  Foges  ot  au  vaiiïeau  .c.  homes 
armés,  entre  chevaliers  &  fergens  &  valès,  qui  tous  furent 
de  la  maihnée  &  de  la  noreture  dou  lignage  dTbelin  ; 
mefîîre  Balian,  l'ainfné  des  frères,  le  corrouiïa  moût  & 
tenfa  Ion  père,  por  ce  que  il  ne  iailToit  entrer,  &  diloit 
que  il  eftoit  heir;  &  greignor  raiion  eftoit  que  ilalaft  que 
autre.  Meflîre  Bauduin  &  tous  les  autres  le  par  offrirent 
moût  &  moût  le  corroulîerent  de  ce  que  il  y  entracent, 
&  lors  relpondy  il  que  greignor  beloing  avoit  il  dehors 
que  dedens,  car  il  atendoyent  la  bataille  de  jour  en  jour; 
&  enlî  les  apayla;  &  les  autres  vavaffors  de  l^oft,  H  toll 
corne  il  forent,  y  acorurent,  qui  meaus  à  meaus,  &  tant 
y  entra  que  a  poi  le  vaiiïeau  ne  noia  tous  ceaus  as  quels 
le  feignor  de  Barut  otroyoit  l'aiée.  Le  merfierent  moût 
les  privés  &  les  eflranges;  &  fi  eftoit  le  péril  de  paffer 
les  galées  &  d'entrer  au  chafteau  &  de  poyer  le  défendre  5 
&  parut  là  &  aillors  que  nus  hom  fu  onques  tant  amé 
de  fa  gent,  car  le  vaiiïeau  eftoit  (1  chargié  de  gent  que 
l'aiguë  eftoit  jufque  au  bort,  &  quant  il  vint  à  l'entrée 
de  la  voie  eftroite  par  où  les  Longuebars  aloyent  à  lor 
galées,  ceaus  des  galées  s'en  aparfurent  ;  le  cris  fu  moût 
hidous  &  moût  y  ot  lancié  &  trait.  Par  le  piailler  de  Deu 
il  paiïerent,  &  elchaperent  des  galées  &  ariverent  à  la 
roche  deiïous  le  chafteau,  ne  lavoient  rien  de  lor  venue. 
Il  lancèrent  &  traïftrent  tant  que  moût  fournirent;  en  la 
fin  les  conurent  &  les  recuillirent  [à]  grant  joie  &  grant 
luminaire  leaus  dou  chafteau,  mais  au  cri  qui  fu  au  paiïer 
des  galées,  le  feignor  de  Baruth  s'eftendy  à  terre  en  cruis 
vers  orient  &  cria  mercy  à  Noftre  Seignor,  &  quant  il  vy 
le  luminaire  au  chafteau  &  les  entrefeignes  de  l'entrée, 


86  LES    GESTES   DES    CHIPROIS. 

1231  humblement  rendy  grâces  à  Deu,  &  tous  ceaus  de  l'oft 
aucy;  &  puis  que  le  fis  dou  leignor  dou  Barurh  &  tant  de 
bounes  gens  furent  entré  dedens  le  chafteau,  moût  le 
défendirent  vigourouiement  &  minèrent  à  Fencontre  des 
mineors,  &  ociftrent  les  mincors  dehors  &  dedens  la 
mine,  &  recovrirent  les  fofcés  à  force,  &  ardirent  la  rue 
coverte  que  les  Longuebars  avoient  faite  au  focé,  puis 
firent  ceaus  dou  chafteau  maintes  belles  iffues  &  gai- 
gnerent  affés  fur  ceaus  dehors,  &  ardirent  plufors  engins. 
i6f .  Adonc  vit  bien  &  conut  le  feignor  de  Baruth  que 
ion  chafteau  eftoit  en  bon  point  de  defence,  mais  lever 
le  fiege  &  vencre  fes  enemis  quy  eftoient  pour  .j.  dis,  ne 
pooit  il  mie  par  la  gent  que  il  avoit  oluy  là,  mais  la 
planté  d'eaus  ne  doutoit  il  mie,  car  moût  volentiers  fe 
conbatift,  mais  il  eftoyent  dedens  la  ville  qui  eftoit  bien 
fermée  de  bons  murs  &  avoyent  le  poyer  de  la  mer.  Si 
penfa  à  Ion  cuer  qu'il  yroit  en  Accre  &  porchaiîeroit 
grant  pietallie  &  grant  navie,  dont  il  n'avoit  point,  & 
mandèrent  l'on  fis,  lire  Balian,  à  Triple,  &  le  juene  roy 
Henry,&(luy)ly  dounerent  plein  poier  de  finer  &  parfaire 
le  mariage  de  la  fuer  le  roy  au  fis  dou  prince,  &  dou- 
ner[ent]  li  grant  fié  en  Chipre  en  mariage  par  enfl  que 
le  prince  lor  aidaft  de  chevaliers  <3c  de  navie  &  de  gens 
d'armes  :  la  parole  dou  mariage  eftoit  ja  comencée.  Grant 
tens  avoit  enfi  corne  il  le  penfa  ;  enfi  le  fift,  mais  toutes 
voyes  le  fift  il  affaver  à  ceaus  dou  chafteau  que  il  ne 
s'eimayaffent  pas,  car  s'alée  eftoit  por  toft  revenir  à  lor 
délivrance,  &  il  relpondirent  iéiirement  alaiïent  en  nom 
de  Deu,  car  il  fe  defenderoyent  bien  à  l'aye  de  Noftre 
Seignor  &  à  la  foue,  &  eaus  s'i  firent. 

166.  Ouant  que  monfeignor  de  Baruth  s'en  partift  dou 
fiege,  mut  meftîre  Balian,  Ion  fis,  por  aler  à  Triple.  Oluy 
ala  (ire  Guillaume  Vefconte,  quy  eftoit  fages  hom  dou 
privé  conieil  de  mon  leignor  de  Barut,  &  avoit  comencié 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  87 


la  parole  de  ceft  mariage,  &  fi  eftoit  né  de  Triple.  Phe-  «3» 
lippe  de  Nevaire  y  ala,  quy  de  luy  ne  le  parteit,  &  plu- 
fors  autres  moue  parlèrent  de  maus  paffages,  &  par  grans 
flums,  &  par  devant  Gyblet  qui  eftoit  de  l'autre  partie; 
&  les  moftres  le  faiibient  toute  nuit  par  my  la  montaigne. 
Toutes  voies,  fi  corn  Deu  plot,  parlèrent  &  vindrent  à 
Triple  &  herbergerent  dehors  en  une  mailbn  dou  Temple, 
qui  a  nom  Moncoqu.  Le  prince  l'es  enf^ns  l'ennor[er]ent 
moût  au  commencement,  &  traitoit  on  chafeun  jor  les 
paroles  &  les  covenances  dou  mariage,  &  de  l'aye  que 
le  feignor  de  Baruth  demandeit. 

167.  Sur  ce  avint  que  l'on  lot  à  Triple  que  l'oft  de 
Chipre  eftoit  party  de  Baruth;  fi  ot  mainte  gent  qui  cui- 
derent  que  tout  fuft  perdu.  Les  paroles  dou  mariage  re- 
froydirent  moût,  &  toutes  voyes  le  tenoyent.  Un  jour 
ala  melîire  Balian  &  la  compaignie  chevauchant  vers 
Monpelerin  pour  trover  ceaus  quy  menoyent  les  paroles 
dou  mariage.  Au  revenir  la  porte  de  Montquocu  lor  fu 
clole  à  Fencontre,  &  diftrent  ceaus  de  la  mailbn  que 
pour  luy  il  ne  voloyent  eftre  mau  de  la  gent  de  l'empe- 
reor.  A4e(îire  Balian  manda  querre  herberge  à  la  mailbn 
de  TOfpitau  &  à  ceaus  de  Beauleu  aucy,  qui  font  moines 
de  Cifteaus  &  à  ceaus  qui  tenoyent  Montpelerin,  qui  eft 
de  l'evefque  de  Bethléem.  Chafeun  li  refpondy  corne  le 
Temple  avoit  fait.  Un  chevalier  eftoit  à  Triple  au  jour, 
quy  eftoit  à  Triple  vicaire  de  l'evefque  de  Triple.  Celuy 
les  herberja  en  une  boverie  dou  dit  evelque  de  Lyglize 
que  l'on  apelle  l'aire  de  l'evefque  de  Lyglize,  &  fi  eft 
devant  la  porte  de  Triple.  Melîîre  Balian  fift  delcor(d)er 
&  netoyer  &  garnir  celé  mailbn  au  meaus  que  il  pot  de- 
dens.  Si  avint  que  le  cheveteine  des  Longuebars  qui  bien 
favoit  que  meffire  Balian  eftoit  devant  Triple,  (&)  fift  faire 
unes  letres  fauces  de  par  l'empereor,  &  furent  faites  à 
Sur  en  parchemin  farazinés,  boulées  d'une  boule  de  l'em- 


88  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1231  pereor  que  il  avoir.  En  ces  lettres  fe  contenoit,  après 
moût  grant  falus,  que  il  prioit  le  prince  &  fes  enfans 
coumc  les  chers  coufins  &  Tes  feaus  homes,  que  il  ne 
recetaiïent  l'es  enemis,  ne  que  il  ne  lor  dounaiïent  ni 
force  ni  aye.  Le  prince  6c  l'es  enfans  mandèrent  ces  letres 
à  Phelippe  de  Nevaire  6c  en  une  autre  remenbrance 
efcrite,  en  quei  il  avoit  plufors  paroles;  &  diioient  enfi  : 
«  Bounes  g-ens  ne  tenés  à  mau.  »  En  la  fin  de  la  remen- 
brance,  eftoit  efcrite  que  il  prioyent  Phelippe  que  il 
moftraft  ces  letres  à  médire  Balian  &  à  fa  gent,  &  les 
excufafl.  Et  devant  eftoit  avenu  que  le  prince  avoit  douné 
fié  au  dit  Phelippe,  6c  de  fon  avoir  meïfme  ly  avoit  il 
douné  que  il  ly  faifoit  volentiers  à  tous.  Phelippe  Pamoit 
&  s'en  loet  moût,  mais  le  fié  ne  volt  il  onque  retenir  ne 
decervir,  &  de  ceftuy  mandement  li  lot  maugré,  6c  toutes 
voyes  il  ly  fift  letres  à  fon  feignor,  &  li  conta  tout  le 
fait,  &  puis  fift  fans  le  feli  de  fon  feignor  une  (impie  rime, 
6c  la  manda  au  prince  : 

cMalvaifes  gens,  failly  de  ceur, 
fe  ne  pues  foufrir  à  nul  fuer 
Que  Von  ne  die  que  vous  ejies. 

168.  En  l'aire  de  Pevefque  de  Triple,  mefîîre  Balian 
&  fa  compaignie  orent  moût  d'angoiiTes  &  de  doulors 
&  de  defpis,  &  ne  pooit  partir,  car  la  [ifTue]  li  eftoit 
défendue  &  par  mer  6c  par  terre  6c  bien  gardée,  dont  il 
avint  que  il  manda  au  foldan  de  Doumas  que  il  ly  dou- 
naft  conduit  6c  aye,  fi  que  il  peuft  pafler  par  la  paenime 
6c  aler  à  Acre.  Le  foldan  ly  otroia  moût  volentiers,  mais 
choies  avindrent  après  porquoi  il  ne  fu  beloing.  Sire 
Betram  Porcelet,  qui  eftoit  parellre  de  fire  Heimery  6c  fa 
compaignie  6c  les  homes  de  fire  Hue  de  Gibleth,  qui 
efloient  en  la  terre  de  Triple,  tornerent   moût  fouvent 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  89 

encor  la  herberge  &  moftroyent  au  doit  par  011  il  monte-  1231 
royent,  car  il  atendoient  de  jour  en  jour  galées  des  Lon- 
guebars,  &  bien  cuidoient  prendre  &  ocirre  médire  Ba- 
lian  &  les  fuens  en  celé  herberge,  &  longuement  foutïry 
celle  angoilTe. 

169.  Il  avint  quant  l'oft  des  Chiprois  s'en  party  devant 
Baruth,  que  les  Longuebars  diloient  que  Ton1  de  Chipre 
fuoyt;  fi  mandèrent  fire  Heimery  Barlais  &  fire  Aumaury 
de  Bethfan  &  lire  Hue  de  Gibeleth'Sc  lor  gent  &  le  conte 
Richart  qui  eftoit  longuebart.  Ceaus  prièrent  toute  la 
terre  fors  que  le  chafteau  de  Deudamour,  où  les  fuers 
dou  roy  &  les  gens  dou  païs  s'enchaftelerent,  &  puis 
priflrent  Cherines.  Ains  que  Cherines  fu  prife,  melîîre 
Balian  d'Ybelyn  porchafla  tant  privéement,  que  Jenevés 
qui  eftoient  venus  à  Triple  [en]  .ij.  (ayties  devindrent  les 
homes,  &  lor  douna  fiés,  &  ly  orent  en  covenant  que  il 
le  porteroyent  en  Chipre,  &  il  entendoyent  bien,  le  il 
peiift  venir,  que  il  vendroit  à  chef  de  ceaus  qui  eftoient 
en  Chipre.  Le  prince  s'en  aparfut;  fi  arefta  à  force  les 
gens  &  les  vaifieaus,  &  li  toly  fa  muete. 

170.  Après  orrés  de  mon  feignor  de  Baruth,  qui  eftoit 
aie  à  Acre  :  il  porchaffa  &  mollra  tant  de  railons  à  les  gens 
dou  pais,  qui  doutoient  la  feignorie  des  Longuebars,  qu'il 
eftoient  lor  deftrucion,  que  il  le  firent a  maire  de  la  comune 
d'Accre,  &  les  Jenevés  s'acompaignerent  moût  volentiers 
o  luy,  que  pour  l'amour  de  luy,  que  porce  que  l'empereor 
Federic  avoit  mandé  en  Surie  que  l'on  le  preïït  en  avoir 
&  en  perione.  Tant  fift  le  feignor  de  Baruth  que  il  ot 
moût  grant  navie  6c  grant  planté  de  gent  à  pié  &  à 
cheval,  que  legierement  pooit  lever  le  fiege  de  Baruth. 
Les  Longuebars  Poïrent  dire;  fi  ardirent  lor  engins,  & 
guerpirent  le  fiege  de  Baruth  &  à  grant  honte  s'en  fuyrent. 


a.  Mf.  feroient. 

c  12 


QO  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


I23i  171.  Quant  la  novelle  fu  feue  devant  Triple,  meffire 
Balian  cTYbelin  trova  plus  d'amis  &  de  conduit;  fi  s'en 
party,  &  vint  à  Baruth,  &  trova  le  leu  moût  defgarochié; 
&  moût  ot  grant  pièce  efté,  &  moût  ly  fift  l'on  grant 
joye,  &  là  atendy  le  comandement  de  mon  ieignor  de 
Baruth,  ion  père. 

172.  Le  roy  Henry  &  le  ieignor  de  Baruth  &  tout 
l'oft  des  Chiprois  eftoient  ifîus  d'Accre  au  Cazal  Ymbert. 
Là  forent  la  délivrance  de  Barut.  Yqui  fe  logierent  & 
atendirent  pour  avoir  conieil  qu'i  feroient.  L'endemain 
vint  à  eaus  .).  defleal  patriarche  d'Antioche,  qui  eftoit 
lombart  &  eftoit  pafTé  par  Sur  &  avoit  moût  parlé  à 
Longuebars.  Il  fift  entendant  au  roy  Henry  &  au  ieignor 
de  Baruth,  que  il  avoit  plein  pooir  de  par  les  Longuebars 
de  faire  pais  entr'eaus,  &  que  il  feroit  tant  que  la  pais 
ieroit  à  l'ennor  &  à  la  volenté  le  roy  &  dou  ieignor  de 
Baruth  &  de  tous  ceaus  de  Chipre  &  de  Surie.  Le  preu- 
dome  qui  onques  ne  refuia  pais  covenable,  &  (quy)  plus 
volentiers  quant  il  eftoit  au  deiïus,  ala  après  le  patriarche 
à  Acre;  o  luy  mena  de  fon  conieil  &  douna  [dou]  plus 
beau  &  dou  mellor  de  l'oft.  Le  fuit  &  grant  partie  de 
Toft  demoura  à  Acre  qui  n'eftoit  mie  meii  encores,  &  la 
navie  encores  eftoit  au  port  pour  les  novelles  qu'il  avoit 
oï  dire  de  Baruth. 

173.  Le  roy  Henry  fu  au  Cazal  Ymbert  en  fa  herberge 
moût  efchierement.  Toutes  voies  furent  o  luy  les  treis 
fys  de  mon  feignor  de  Baruth,  s'eft  à  faver  iîre  Bauduyn 
&  fire  Hue  &  fire  Guy,  qui  puis  fu  coneftable  de  Chipre 
&  preudome  &  vaillant,  &  fi  y  fu  meffire  Johan  d'Ey- 
belin,  qui  puis  fu  conte  de  JafTe  &  eftoit  chevalier  noveau, 
qui  n'avoit  que  .xvij.  ans  d'âge,  &  fu  meffire  Anceau  qui 
eftoit  cheveteine  de  Loft  en  leuc  de  mon  feignor  de  Baruth. 
Malvaifement  eftoyent  herbergié  l'un  sa,  l'autre  là  ;  de  rien 
ne  fe  doutoyent,  ains  dilbient  que  il  yroient  prendre  Sur. 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  Çl 

174.  Les  Longuebars  quy  eftoient  à  Sur  efpierent  &  1231 
forent  que  il  eftoient  malvaifement  herbergiés,  &  poy  de 
gent  eftoyent.  Murent  de  Sur  fi  toft  corne  il  fu  anuityé  ;  il 
menèrent  ovec  eaus  la  gent  de  Sur  à  force,  &  il  eftoit 
bounace.  Si  vindrent  les  .xxij.  galées  à  Cazal  Ybert  & 
aiïaillirent  Loft  des  Chiprois  de  nuit  ;  fi  les  troverent  en- 
dormis &  defarmés.  Aucunes  gens  avoyent  dit  à  meflîre 
Anceau  que  les  Longuebars  venoient,  mais  il  ne  crut  mie 
ni  ne  deigna  faire  afaver,  dont  il  dut  eftre  moût  blahmés. 
Onques  gens  fi  lorpris  meaus  [ne]  le  defendyrent  ;  les  .iij.  fis 
de  mon  leignor  de  Barut,  meflîre  Bauduyn  &  meflîre  Hue 
&  meflîre  Guy  y  firent  merveilles  d'armes  ;  meflîre  Bauduyn 
y  fu  perillouiement  naffré  &  Ion  nevou,  meflîre  Johan,  quy 
eftoit  juene  y  fift  tant  que  toute  fa  vie  fu  plus  prifié.  Meflîre 
Anceau,  pour  la  valour  quy  eftoit  en  luy  &  por  ce  qu'il 
eftoit  cheveteine,  (&)  le  fenty  colpable  de  ce  qu'il  avoit 
01,  6c  ne  l'avoit  noncié.  Il  filt  merveilloufes  prouefles,  le 
roy  s'en  efchapa  près  que  tous  nus.  11  fu  mis  fus  .j.  cheval, 
&  s'en  alerent  à  Acre  ;  &  tant  com  la  nuit  dura,  ne  per- 
dirent les  Chiprois  la  herberge;  tout[e]nuitfe  combatirent. 
Les  Chiprois  eftoient  à  pié,  les  uns  fur  les  chevaus  fans 
felle,  les  uns  armés  de  lor  haubers  tous  nus,  les  autres 
tous  defarmés.  Tel  eftoit  à  cheval  quy  n'avoit  frein,  qui 
n'avoit  lance  n'avoit  efpée.  Toutes  voies  abatirent  il  moût 
de  Longuebars  &  ociftrent.  A  l'aube  dou  jour  defcendirent 
ceaus  de[s]  galées,  &  la  clarté  dou  jour  def covry  la  petite 
quantité  des  Chiprois.  Si  fu  prile  la  herberge  de  tout  & 
robée;  &  furent  perdues  toutes  les  chevaucheiires,  faus 
celés  où  eftoient  montés  cil  quy  efchaperent  :  .xxiiij.  cheva- 
liers priftrent  &  poy  en  ociftrent,  plufors  en  nafrerent,  & 
toute  la  herberge,  &  le  plus  des  armes  gaaignerent.  Les 
chevaliers  chiprois,  qui  bien  le  défendirent,  s'arefterent 
fur  .j.  petit  touronet  à  une  aubaleftée  de  la  herberge;  les 
Longuebars  les  veoyent  bien,  mais  n'aloyent  pas  à  eaus. 


92  LES   GESTES    DES   CHIPROIS. 

1231  ij1).  Le  roy  Henry  vint  à  Acre;  le  feignor  de  Baruth 
failly  au  cri,  &  cous  ceaus  qui  le  voftrent  livre,  moût 
doulourous  &  angoiiïbus.  Tout  premièrement  encontra 
le  roy,  dont  il  rendy  grâces  à  Deu  ;  après  trova  autres 
gens  qui  fuoyent.  Quant  il  le  virent,  fi  eichiverent  le 
chemin  ;  un  luen  lergent  s'efmut,  &  dift  que  il  ireit  veir 
le  aucuns  des  enfans  de  Ion  feignor  fuft  en  celé  route. 
Il  l'elcria,  &  dift  :  «  Ne  faire  !  aillors  les  troverons.  Il 
n'oferent  pas  fi  loins  fuir  ne  venir  là  où  je  fufe.  »  Un 
poy  avant  il  encontra  .j.  luen  lergent  vieill,  qui  fuoit; 
celuy  ploura  &  li  dift  :  «  Tous  vos  beaus  enfans  avés 
perdus,  &  mors  lont.  >■>  Le  preudome  relpondy  &  dift  : 
a  Et  qu'en  eft,  lire  vilain  punais  ?  Enfi  doivent  morir  che- 
valiers, défendant  lor  cors  &  lor  ennors.  »  Grant  aleiire 
paiïa  avant;  quant  il  aprocha  dou  Cazal  Ymbert,  il  choifi 
ceaus  qui  eftoyent  fur  le  toron,  6c  û  toit  corne  il  le  choi- 
firent,  il  feryrent  chevaus  des  efperons  après  les  Longue- 
bars,  quy  ja  le  partoient.  Les  Longuebars  choifirent  les 
venans  d'Acre;  li  le  miftrent  à  la  fuye,  &  tout  fuyant 
palïerent  les  pas  de  PalTepoulain.  Le  leignor  de  Baruth 
trova  là  les  luens  quy  fe  mehloyent  à  Tarière  garde  des 
Longuebars,  &  vit  &  conut  que  la  mehlée  ne  la  chalTe 
ne  valoit  rien,  car  les  enemis  avoient  ja  pris  le  pas  & 
avoient  moût  d'aubaleftriers  &  d'archiers.  Si  en  remena 
les  luens,  moût  merciant  Noftre  Seignor  de  ce  qu'il  les 
trova  vis  &  qu'il  s'eftoient  fi  bien  porté.  Là  trova  tous 
les  coraus  amis,  fors  que  Ion  fis  lire  Hue.  Celuy  trova  il 
lus  une  vieille  maylon  crénelée,  quy  eft  au  cazal.  A 
celuy  avoit  l'on  ocis  Ion  chevau,  près  de  celé  maifon. 
Entre  luy  &  .j.  chevalier  qui  li  fift  compaignie,  montèrent 
en  une  maifon  &  la  défendirent  à  pieres,  tant  qu'il 
conurent  le  fecors;  l'on  cuidoit  que  il  fuft  mort  ou  pris: 
grant  fu  la  joie,  quant  il  fu  là  trové. 

176.  Après  ce  que  Richars,  li  marefehaus  de  l'empe- 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  Ç} 

reor  Federic,  oc  douné  l'efchac  as  Chiprois  à  Cazal  Ym-  1232 
berc,  il  s'en  ala  à  Sur  à  moue  grant  gaain,  car  encre 
ceaus  de  cerre  &  ceaus  des  galées,  enporcerenc  couc  ce 
que  il  avoienc  gaaignié,  &  por  ce  que  il  gaaignerenc  cane 
&  le  plus  dou  harnois  des  armeiires  &  des  chevau- 
cheiires  as  Chiprois,  lor  fu  avis  que  il  eftoyenc  moue  au 
deflus  de  lor  guerre,  &  que  lor  enemis  ne  porroyenc  pas 
recovrer  en  Chipre  ne  palier  julque  à  .).  lonc  cens.  Si 
ordenerenc  lor  afaire  &  lailTerenc  garnifon  à  Sur,  &  can- 
coft  pafTerenc  en  Chipre  à  granc  effbrs  &  à  granc  bonaiïe, 
pour  prendre  Tihle. 

177.  Ence  fu  en  Tan  de  M.  CC.  &  xxxil. 

Maincenanc  que  les  Longuebars  furenc  en  Chipre,  le 
chafteau  de  la  Candare  lor  fu  rendu.  Avanc  avoic  l'on 
rendu  la  cour  dou  porc  de  Famagoufte  à  lire  Heimery 
Barlais  &  à  (ire  Aumaury  de  Bechian  &  à  lire  Hue  de 
Gibelech,  &  le  chafteau  de  Cherines  auci,  fi  que  couces 
les  forcereffes  de  Chipre  ne  fe  cenoyenc  nule  au  leignor 
de  Baruch  ny  au  roy,  que  cane  foulemenc  Deudamors. 
Laens  s'eftoienc  recuilly  les  .ij.  luers  le  roy,  dameiiele 
Marie  &  Yzabeau,  &  (ire  Henris  a  de  Gibelech,  qui  eftoic 
au  jour  bailly  de  la  lecrece,  que  le  fire  de  Baruch  avoic 
laiffié  cheveceine  de  la  cerre,  quy  moue  poy  i  mile  de 
confeil,  &  fi  avoic  Phelippe  de  CafTran  qui  adonc  eftoic 
chaftelain.  Laens  le  rececerenc  .j.  poy  de  chevaliers  & 
de  dames  &  de  damoiieles,  que  moue  fe  recuillirenc  iur 
fauc  &  d'aucre  genc,  qui  moue  eftoienc  maugarny  de  vi- 
caille  &  de  ce  que  meftier  lor  eftoic,  qu'à  poi  qu'il  ne  fu 
perdu  par  foufraice  de  viande;  &  à  granc  meiaiie  &  à 
granc  mefehef  le  cindrenc  cane  qu'il  furenc  refeous;  & 
couc  plus  des  dames  &  des  damoiieles  &  des  enfans  de 
Chipre  furenc  (î  lorpris  qu'il  ne  porenc  aler  à  Deuda- 

a.  Mf.  hernis. 


94  LES    GESTES    DES  CHIPROIS. 

1232  mors.  Si  fe  receterent  as  yglizes  &  as  religions,  &  plu- 
fors  en  y  ot  qui  fe  receterent  &  mulTerent  as  monteignes 
&  dedens  caves.  Les  herbiers  &  lor  enfans  corne  ber- 
gerons  &  ces  femes,  aloyent  glener  les  efpis  cheans  qui 
eftoyent,  &  de  ce  vivoyent  entre  les  &  leur  enfans.  Auci 
a  fi  très  grant  doulor  que  pitié  feroit  de  retraire.  Dame 
Efchive  de  Monbeliart,  qui  au  jor  eftoit  feme  de  fire  Ba- 
lyan  d'Ybelin,  fis  de  monieignor  de  Baruth,  ii  efloit  re- 
cetée  à  l'ofpitau,  &  l'es  enfans  ovec  ly;  &  quant  elle  oy 
que  les  Longuebars  eftoyent  arivés,  elle  ot  fi  grant  paour 
qu'ele  fe  vefty  en  abit  de  frère  menor  &  guerpi  fes  en- 
fans &  fon  fié  ;  &  monta  en  une  roche  que  l'on  apele 
Bufevent.  Là  fus  la  receta  .j.  viel  chevalier  qui  avoit 
nom  fire  Guinart  de  Conches,  qui  là  fus  eftoit  de  par  le 
roy,  &  elle  s'aporvea  tant  qu'elle  Tôt  garny  de  vitaille, 
dont  il  n'i  avoi(n)t  point. 

178.  Les  Longuebars  vindrent  haftivement  à  Nicoffie, 
&  maintenant  firent  toutes  les  abominations  &  les  otrages 
&  les  vileinies  que  il  forent  &  porent.  Il  briferent  les 
yglizes  &  les  temples,  &  la  maifon  de  l'Ofpitau  &  toutes 
les  religions,  &  traînèrent  hors  les  dames  &  les  enfans 
quy  lé  tenoyent  as  autiers  &  as  preftres  quy  chantoyent 
les  meffes  ;  dont  il  avint  en  aucun  leu  que  il  elpandirent 
de  la  main  dou  preftre  le  cors  de  Noftre  Seignor,  &  le 
facrement  à  terre,  &  chargèrent  les  dames  &  les  enfans 
fur  charetes  &  fur  ahnes  moût  vileinement,  &  les  menèrent 
à  Cherines  en  prifon,  &  poignant  d'aguillons  celés  qui 
ne  voloyent  toft  aler.  Les  Longuebars  gaignerent  Cherines 
&  moût  y  miftrent  vitaille,  car  lor  galées  &  lor  vaiffeaus 
y  mandèrent,  tout  quanque  il  troverent  de  par  toutes  les 
marines  de  Chipre. 

17g.  Les  Longuebars  &  les  autres  traîtres  alerent  aflfe- 
ger  Deudamors,  &  le  tindrent  moût  près,  car  il  favoyent 
bien  que  ceaus  dedens  eftoient  maugarny  de  vitaille.  Il 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  95" 

miftrent  au  fiege  pour  plus  deftreindre  le  chafteau  le[s]  I232 
plus  mortels  enemis  que  le  roy  &  le  feignor  de  Baruth 
eiifTenr,  &  fi  miftrent:  ne  fai  quantes  maiflries  d'auba- 
leftriers  parjurs  &  traïtors,  quy  s'enfuirent  de  l'oft  des 
Chiprois,  &  s'en  entrèrent  à  Gibelet,  quant  Loft  des 
Chiprois  paffeit  par  devant,  pour  aler  à  la  refcouffe  de 
Barut. 

180.  Atant  fe  taift  le  conte  des  Longuebars  quy  font 
en  Chipre,  &  cuident  tout  avoir  gaigné  &  retorné  au 
roy  Henry  &  au  feignor  de  Barut  qui  font  à  Acre,  qui 
haftivement  &  vigouroufement  fe  contindrent  félon  le 
grant  melchef  en  quey  il  fe  troverent. 

181.  Le  roy  Henry  de  Chipre  ot  .xv.  ans  conplis,  & 
pot  douner  &  faire  ion  plaifir  corne  feignor  d'âge  ;  Ci 
proumift  &  douna  plufors  fiés  à  ceaus  quy  o  luy  alerent, 
&  as  Jenevés  pour  franchife  &  court  au  royaume  de 
Chipre,  pour  aler  o  luy.  Tant  foulement  que  il  arivaft 
en  Chipre,  le  leignor  de  Baruth  quy  adonc  eftoit  maire 
de  la  comune  d'Acre,  fi  corne  le  conte  a  dit  sa  en  ariere, 
vint  devant  le  patriarche  Girot  de  Jerufalem  en  la  pref- 
fence  dou  roy  Henry  &  de  moût  de  gens  qui  là  furent, 
&  s'en  plainft  au  patriarche,  qui  eftoit  légat,  dou  damage 
que  les  Longuebars  avoyent  fait  au  roy  &  à  luy  meïfmes 
des  chofes  devant  dites.  Entre  les  autres  chofes  devant 
dites,  fe  recorda  &  dift  f\  corne  les  Longuebars  avoyent 
pris  toute  la  navie  le  roy,  &  quant  le  roy  eftoit  venus  de 
Chipre,  car  ce  quy  en  eichapa  au  Botron  avoit  le  roy 
mandé  en  Chipre,  &  avoyent  pris  celé  navie,  &  tout  le 
remanant  avoient  faifi  <Sc  le  royaume  de  Chipre  &  afTegés 
les  fuers  dou  roy  en  j.  chafleau  ;  &  le  roy  les  voloit  aler 
refcorre,  mais  il  n'avoit  point  de  navie  corne  befoing  ly 
fuft,  &  les  iïalandres,  en  quey  les  Longuebars  eftoient 
venus,  [eftoient]  au  port  d'Accre  :  dont  il  requeroy(en)t 
au  patriarche  corne  à  légat,  que  il  comandaft  que  l'on 


96  les  gestes  des  chiprois. 

1*32  preïft  les  iïalandres  qu'il  avoient  au  port  corne  ceaus  qui 
eftoyent  efcomenié  &  quy  avoient  abatu  le  chafteau  de 
la  creftieneté,  &  au  roy  avoyent  tolu  fa  navie  &  Ion 
royaume.  Le  bon  patriarche  relpondy  qu'il  ne  s'entre- 
metoit  dou  fait  d'armes,  mais  il  avoit  veli  aucune  fois  en 
Ion  païs,  quant  li  veneour  venoyent  à  la  proye,  &  la 
befte  eftoit  dedens,  qu'il  le  menoient  lor  berfiers  &  s'ef- 
crioient,  &  moflroient  à  la  main  &  diloient  :  «  Or  pren 
le  !  »  Lors  corurent  chevaliers  &  lergens,  &  les  Polains 
dou  port  as  barches  &  as  autres  petis  vaiiïeaus  que  il 
troverent  au  port  <5c  vindrent  as  iïalandres.  Si  en  prièrent 
.xiij.  par  force,  fi  com  Deu  voit.  Les  autres  naves  &  iïa- 
landres  fuirent  à  Sur;  le  roy  Henry  &  le  feignor  de  Ba- 
ruth  retindrent  quanque  il  porent  de  gent,  mais  moût 
avoyent  grant  foufraite  de  moneye,  dont  il  avint  que  le 
jeune  ieignor  de  Cezaire  vendy  partie  de  fa  terre  de 
Cezaire,  &  mon  feignor  Johan  d'Eybelin,  qui  puis  fu  conte 
de  Jafe,  vendy  .j.  fuen  grant  maner  qui  eftoit  à  Acre  & 
prefta  les  deniers  au  roy.  Hartivement  s'apareillerent  & 
murent  aiïes  de  Pouleins  dou  port  qui  avoient  ne  l'ay 
quans  vaiffeaus  armés,  &  le  roy  lor  douna  fiés,  failfant 
le  fervize  de  mer. 

182.  Le  roy  Henry  &  li  Chiprois  qui  o  luy  eftoyent, 
chargèrent  lor  hernois  es  vaiiïeaus,  &  montèrent  lus,  & 
paiïerent  devant  Sur  onque  lor  vaiiïeaus.  Les  galées  des 
Longuebars  quy  eftoyent  venus  de  Chipre  vindrent  contre 
eaus  &  fe  miftrent  fur  vent,  mais  n'oferent  aiïembler  à 
Loft,  &  tous  jors  venoyent  fur  vent,  gaitant  fe  il  lor 
porroyent  faire  damage.  L'oft  des  Chiprois  ariva  devant 
Saete  ;  là  vint  mefllre  Balian,  qui  eftoit  venus  de  Triple 
à  Baruth  &  fa  compaignie  deffus  noumée,  &  fi  vint  ion 
frère  mcftire  Johan  de  Foges  &  fa  compaignie  deiïus 
noumée,  qui  avoit  efté  o  luy  en  garnifon  à  Baruth  &  de 
Saete,  &  le  roy  Henry  de  Chipre  lor  douna  plufors  fiés. 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  97 

1S3.  Dou  port  de  Saete  celèrent  les  Chiprois  &  vin-  1232 
drent  en  Chipre  &  ariverent  à  la  grée  ;  &  les  galées  des 
Longuebars  venoient  adès  o  eaus  fur  vent  de  nuit.  Man- 
dèrent en  terre  par  une  elpie  où  eftoit  l'oft  des  Longue- 
bars  &  forent  verayement  que  Loft  &  tout  le  pooir  eftoit 
à  Famagoufte  &  lor  galées  au  port. 

184.  L'oft:  des  Chiprois  vint  de  Famagoufte  5  les  Lon- 
guebars eftoyent  en  la  ville  &  avoient  moût  grant  planté 
de  gent  à  cheval  &  à  pie  &  moût  avoient  de  chevau- 
cheiires  &  d'armeiïres,  car  il  avoyent  gaaignés  au  Cazal 
Ymbert,  &  toutes  celés  qu'il  avoyent  trovées  en  Chipre; 
ovec  eaus  eftoyent  ceaus  traîtres  quy  s'en  partirent  dou 
roy  au  Puy  dou  couneftable,  fi  com  le  conte  la  devile 
devant,  &  autres  gens,  qu'il  avoyent  eu  de  Triple  &  d'Er- 
menie,  &  tricoples  qu'il  avoyent  en  Chipre  tant  que  l'on 
les  efmoit,  que  bien  avoient  .ijm.  chevaucheiires  en  lor 
oft;  le  roy  Henry  &  le  feignor  de  Barut  n'avoient  que  .ce. 
&  .xxxiij.  chevaucheiires. 

18).  Quant  l'oft:  dou  roy  Henry  fu  venu  devant  Fa- 
magoufte, il  aloient  .j.  poy  loins  de  terre.  Le  feignor  de 
Baruth  regarda  &  vit  que  le  rivage  eftoit  moût  garny  de 
gent  d'armes  encontre  luy,  &  grant  péril  y  avoit  au 
deicendre  en  terre.  Il  regarda  une  yfle  devers  terre,  h  a 
.j.  gué  que  l'on  puet  bien  deicendre  à  terre  &  à  chevau 
à  la  marine,  quant  les  aiguës  font  mermes  que  la  terre 
gette  &  fait  bounace.  En  celé  yfle  defeendy  l'oft  des 
Chiprois  à  moût  grant  mefehef  por  les  roches  qui  font, 
ne  onques  mais  n'avoit  l'on  cuidé  que  oft  pelift  là  def- 
cendre.  Maintenant  corrurent  au  chef  de  l'ifle  devers  la 
terre  là  où  eftoit  Faiffue,  &  là  eftablirent  gent  d'armes 
pour  garder  le  pas  tant  que  l'on  fuft  defeendu  &  bien 
apareillié.  La  gent  de  l'empereor  le  traïftrent  vers  là  & 
y  miftrent  tout  le  débat  que  il  porent,  trayant  ovec  les 

arbaleftres.   Là   ot  moût  lancié  &   trait   d'une   part  & 
c  13 


9  8  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1232  d'autre  ;  toutes  voyes  y  defcendirent  li  Chiprois  à  loifir 
grans  &  petis,  eaus  &  lor  chevaus.  La  nuit  herbergerent 
en  celé  ylle  <3c  rirent  bien  garder  la  nuit  le  chef  devers 
le  gué  par  là  011  il  devoyent  pafter  à  terre,  &  après  mie- 
nuit  millrent  barches  &  aucuns  petis  vaiiïeaus  armés  au 
port,  &  corut  à  .j.  des  leus  de  la  ville.  Le  cry  fu  moue 
grant  ;  maintenant  les  Longuebars  millrent  feu  en  toute 
lor  navie  qui  eftoit  dedens  le  port,  &  guerpirent  la  ville 
&  chevauchèrent  6c  s'en  alerent  à  Nicofîie,  &  les  gens  à 
pié  de  Loft  le  roy  y  corurent  &  priftrent  la  ville  de  Fa- 
magoufte de  nuit. 

186.  Le  bien  matin,  le  roy  o  fes  Chiprois  s'armèrent 
&  firent  courir  lor  chevaus  &  montèrent  à  cheval  & 
pafferent  par  celuy  gué  en  terre  &  as  efcheles  faites,  & 
bien  cuiderent  avoir  la  bataille  au  pafter  dou  gué,  mais 
ne  troverent  nul,  &  alerent  en  la  ville  de  Famagoufte.  Là 
lé  herbergerent  .ij.  jors  ou  .iij.  pour  eaus  aifer.  Les  Lon- 
guebars  avoyent  laiftié  la  tour  de  mer  garnie  de  gent. 
Le  roy  fina  à  eaus  &  douna  fiés  as  cheveteines  &  li  ren- 
dirent la  tour  dou  port  de  Famagoufte.  Là  meïfme  vin- 
drent  à  eaus  .iij.  homes  dou  roy  qui  gardoyent  la  Can- 
dare,  por  les  Longuebars.  Le  roy  lor  douna  ce  que  il 
requiftrent  &  il  ly  rendirent  la  Candare  &  Bufevent  ;  & 
le  feignor  de  Baruth  &  fes  enfans  pardounerent  à  l'un 
d'eaus  qui  avoit  nom  Anfrey  de  Monaigre,  que  moût  lor 
avoit  mesfait.  Le  recovrier  de  la  Candare  &  la  tour  de 
Famagoufte  ordena  &  porchaiïa  Phelippe  de  Nevaire, 
Treis  jors  demora  le  roy  de  Chipre  en  la  ville  de  Fa- 
magoufte, &  fina  à(s)  cheveteine(s),  quy  avoit  nom  fire 
Guillaume  de  Lovre,  qui  eftoit  confele  &  home  de  bien. 
Le  roy  li  fift  quanque  il  requift;  franchifes  &  court 
douna  à  Jenevés,  par  toute  Chipre,  fauve  la  juftize  de  .iij. 
choies,  c'eft  aflaver  de  murtre  &  de  rapine  &  de  traïfon  ; 
&  lor  douna  maifon  à  Nicoffie  &  la  court  deffus  la  mer 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  99 


&  .j.  cazal  qui  a  nom  Defpoire.  Et  là  fu  tenu  au  rey  de  1232 
fairement,  &  le  rey  à  eaus  cTaye  &  dounement  à  .j.  terme 
moty  :  le  don  que  le  roy  Henry  lor  fift  fu  à  tous  jors  par 
Ton  bon  gré,  &  de  mon  feignor  de  Baruth.  Les  Jenevés 
remontèrent  en  lor  naves,  &  alerent  àLymeiïbn.Là  furent 
tant  que  il  forent  l'ennor  que  Noftre  Seignor  fift  puis  au  roy 
de  Chipre,  &  as  fuens,  &  quant  il  forent  ce,  fi  s'en  alerent 
en  Jene.  Les  calées  des  Longuebars  le  forent  adès  tant 
corn  il  furent  as  aiguës  de  Chipre,  mais  onques  n'oferent 
adezer  as  naves,  quant  les  naves  s'enpalegerent.  Les  galées 
vindrent  à  Cherines  que  les  Longuebars  tenoyent,  & 
Toit  des  Longuebars,  quant  il  partirent  de  Famagoufte, 
miftrent  feu  par  my  les  aires,  &  par  tout  le  plain  &  fift 
grant  damage,  car  tout  le  plus  dou  blé  eftoit  ja  as  air[e]s; 
&  avoyent  brifé  tous  les  molins  de  la  Queterie,  neïs  ceaus 
des  mains  firent  il  brifer  à  Nicoflie.  Quanque  il  porent 
de  celle  chofe,  fe  confortoyent  moût  li  Chiprois,  &  di- 
foyent  que  bien  eftoit  aparant  que  il  ne  s'apareilloient 
pas  de  tenir  la  terre,  quant  il  ce  faifoyent,  &  Noftre  Sires 
avoit  douné  une  tele  grâce  as  Chiprois  o  tout  ce  que  il 
eftoyent  fi  poi  de  gens,  que  il  lor  lembloit  avis  veraye- 
ment  que  enfi  toft  corne  il  troveroyent  les  Longuebars 
en  champ,  que  il  les  defconfiroient. 

187.  Le  roy  Henry  &  le  feignor  de  Baruth  &  les  fuens 
murent  de  Famagoufte  &  vindrent  par  lor  jornées  à 
Nicoflie  à  grant  mefchef  de  hernois  &  à  poi  de  gent.  Si 
toft  corne  Richart  Philanger,  qui  eftoit  marelchal  de  l'em- 
pereor  Federic,  fot  que  les  Chiprois  aprochoient,  il  & 
toute  fa  gent  guerpirent  la  ville  de  Nicoflie,  &  alerent 
herberger  par  les  montaignes  en  une  avalée  d'un  pas 
qui  eft  en  haut  fur  le  chemin  par  où  l'en  vait  de  Nicoflie 
à  Cherines,  &  yleuc  fe  tindrent.  Lor  herberge  eftoit  belle 
&  fort  fi  que  nulle  gent  ne  pooit  venir  à  eaus  fors  que 
par  un(e)  petit  chemin  &  par  une  grant  montaigne,  & 


100  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

32  là  eftoit  le  pas  bien  garny,  ne  les  Chiprois  ne  pooyent 
iecorre  le  chafteau  de  Deudamor  que  par  là  meïïme,  & 
les  Longuebars  avoient  quanque  befoin  lor  eftoit  par  de- 
vers Cherines,  &  au  chafteau  de  Deudamors  n'avoit  viande 
qu'à  .ij.  jors  foulement. 

188.  Le  roy  Henry  &  le  feignor  de  Baruth  &  lor  gent 
encrèrent  à  Nicoffie  ;  poi  y  troverent  de  ce  que  befoing 
lor  fu  :  grant  foufraite  y  ot  de  pain.  Le  feignor  ne  douna 
garde  qu'il  eftoit  folement  herbergié  &  elparpeillié  par 
la  ville.  Si  douta  la  mail'née  des  Longuebars,  qui  volen- 
tiers  affailloient  la  gent  de  nuit,  &  à  hore  de  vei'pre 
fin1  crier  as  armes,  &  dift  que  les  Longuebars  venoyent; 
fi  fe  partirent  tous  hors  de  Nicoffie  celuy  jour  meïfmes 
que  il  vindrent.  Si  toft  corne  les  gens  furent  hors  de  la 
ville  as  efcheles  faites,  le  feignor  de  Baruth  fift  dire  que  les 
Longuebars  eftoient  retrais  &  aparu;  mais  fi  fyft  défendre 
de  par  le  roy  que  nus  n'entraft  en  la  ville.  Dehors  la  ville 
choifirent  une  place  &  .j.leu  qui  a  nom  leTrahona,  où  il  y 
avoit  jardins  d'une  part  &  une  petite  foie.  Là  fe  herber- 
gerent  celé  nuit  &  moût  bien  fe  firent  gaiter  &  à  bounes 
entrefeignes,  car  bien  lor  fouvenoit  de  Cazal  Ymbert. 

189.  Lendemain  matin  quy  fu  par  .j.  mardy,  tout 
droit  à  .xv.  jors  de  juing,  fe  murent  les  Chiprois  &  che- 
vauchèrent pour  aler  vers  là  où  leur  enemis  eftoyent,  & 
ce  fu  après  .v.  femaines  que  l'afaire  de  Cazal  Ymbert 
avoit  efté.  Le  roy  &  le  feignor  de  Baruth  &  lor  con- 
feil  orent  porpenfement  que  il  vendroyent  defous  la 
herberge  de  lor  enemis  au  plein,  &  fe  les  Longuebars 
defcendoient  à  eaus,  les  Chiprois  defiroient  la  bataille. 
Si  alerent  tant  que  il  vindrent  près  dou  cazal  que  l'on 
nome  la  Gride,  qui  eft  près  d'ileuc  el  pié  de  la  mon- 
taigne,  &  de  là  mandèrent a  par  nuit  aucun  confort  & 

a.  Mf.  manderoient. 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  10 1 

fecours  de  gent  à  pié  à  ceaus  de  Deudamors  par  .j.  fen-  1232 
tier  roifte  &  eftreit  qui  monte  par  celé  roche.  En  tel  pro- 
prement vint  Port  des  Chiprois  entre  Tort  des  Longue- 
bars  à  la  Gride,  fi  que  une  partie  de  leur  hernois  <5c  de 
leur  fergens  à  pié  s'eftoient  ja  mis  au  dit  cazal,  &  li 
autre  venoyent  après.  Si  toft  corne  les  Longuebars,  qui 
eftoyent  en  haut,  virent  les  Chiprois  en  fi  poy  de  gens, 
&  à  fi  povre  hernois,  il  eurent  defpit  &  honte  d'efchiver 
la  bataille,  &  crièrent  à  une  vois  :  «  A  eaus!  à  eaus!  aions 
les  prendre  !  »  Quant  les  Chiprois  virent  ceaus  de  Puille 
deiïendre  contre  val  le  pas,  les  efcheles  devilées,  chaf- 
cune  efchele  à  Ion  cheveteine  tous  apreftés  à  la  bataille, 
le  feignor  de  Baruth  defcendy  lors  à  pié,  &  mercia  Noftre 
Seignor  à  genoils  de  ce  que  les  enemis  venoient  à  la 
bataille,  car  bien  iavoit  &  difoit  que  ce  eftoit  la  déli- 
vrance &  le  meaus  que  lor  peiïft  avenir.  Tendrement 
requift  &  proya  Noftre  Seignor  que  il  en  ceft  jour  dou- 
naft  honour  <3c  victoire  au  roy  &  as  mens.  A  cel[e]  houre 
dift  Ton  que  il  voa  privéement,  ce  que  il  fift  après,  de 
loi  rendre  en  religion.  Les  efcheles  furent  ordenées  & 
devilées  :  meffire  Balian  d'Ybelin,  ion  fis,  avoit  tous 
jors  conduit  en  cefte  guerre  la  première  bataille.  En  cel 
point  il  le  fift  venir  devant  luy  &  li  requift  que  il  jurait 
le  comandement  de  fainte  yglize,  car  il  eftoir  en  cen- 
tence  pour  l'on  maryage.  Celuy  refpondy  que  il  ne  pooit 
faire  la  requefle.  Le  preudom  li  refpondy  &  dift  :  «  Ba- 
lian, je  m'en  fi  plus  à  Deu  que  à  voftre  chevalerie,  Se, 
puis  que  vous  ne  volés  faire  ma  requefte,  laides  Tefchele, 
car,  le  Deu  plaift,  efeoumenié  ne  fera  ja  conduifour  de 
noftre  bataille.  «  Enfi  le  dift  &  enfi  le  fift  :  il  eftabli  che- 
veteine de  la  première  bataille  lire  Hue  fon  fis,  &  lire 
Anceau  de  Brie  en  la  féconde,  &  lire  Bauduyn  d'Ybelin 
en  la  tierce,  &  le  jeune  feignor  de  Cezaire  en  la  quarte  3 
&  fu  en  Tarière  garde,  car  plus  n'i  ot,  &  en  celé  fu  le 


102  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1232  roy  &  le  feignor  de  Baruth  &  fon  juene  nevou,  fire 
Johan  &  autre  plufors,  qui  moût  vofiiïent  eftre  en  la 
première  bataille.  Le  feignor  de  Baruth  comanda  à  fire 
Balian,  l'on  fis,  que  il  fuit  o  luy  à  Tarière  garde,  &  il  li  dift 
de  par  Deu,  mais  il  le  fin1  autrement  ",  que  il  s'en  embla,  & 
s'en  ala  à  la  première  elchele  où  eftoit  fon  frère  fire  Hue, 
&  fire  Anceau  fi  lor  enorta  &  enfeigna  ce  que  il  lot  de 
bien,  &  puis  s'en  party  d'eaus,  &  le  tint  devant  eaus 
encolle,  &  avoit  .j.  poi  de  gens  qui  o  luy  eftoient,  car 
au  jour  n'avoit  que  .v.  chevaliers  quy  o  luy  parlafTent, 
car  tous  les  autres  avoyent  juré  le  comandement  de 
fainte  yglize.  De  ceaus  .v.,  l'un  eftoit  Phelippe  de  Ne- 
vaire  &  l'autre  Raimont  de  Flace  ;  ces  .ij.  eftoyent  les 
homes  &  tenoient  de  luy  ;  Piere  de  Montholif  eftoyt  li 
tiers  &  eftoit  l'odoyer  &  bien  de  luy,  &  les  autres  .ij. 
eftoient  Robert  de  Mauneni  &  Eude  de  la  Fierté,  qu'il 
avoit  norry,  &  fait  chevalier. 

190.  Si  toft  con  li  Chiprois  conurent  que  la  première 
efchele  des  Longuebars  venoient  por  combatre  o  eaus,  li 
s'aprefterent  &  adrecierent  vers  eaus,  &  s'aprocherent 
tant  que  il  hurterent  enlemble.  Médire  Balian  d'Ybelin 
fery  des  efperons  par  moût  mau  leu,  par  pieres  &  par 
roches,  &  ala  aiïembler  as  autres  a  mont  en  mi  le  pas,  & 
tant  les  enconbra  &  fift  d'armes  que  l'on  ne  poeit  entrer 
ne  iflir  en  celuy  pas;  &  tant  y  foufry  que  tuit  cil  qui  le 
virent  garentiiîbyent  &  diloient  que  il  ne  porroyent 
cuider  c'un  foui  home  peuft  ce  faire,  &  plufors  fois  fu 
apoié  de  tant  de  lances  que  chalcun  cuidoit  que  jamais 
il  peiift  efchaper,  <5c  ceaus  quy  eftoient  aval  o  le  roy,  le 
veoyent  &  le  conoylfbient  bien  as  armes  &  cryoient 
aucuns  d'eaus  à  mon  feignor  de  Barut:  c<  A!  fire,  lecorons 


a.  Apres  ce  mot  le  mf.  répète  que        autrement, 
il  li  dilt  de  par  deu  mais  il  le  filt 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  10^ 


melîlre  Balyan,  car  nous  veons  que  Ton  l'ocit  là  lus!  »  Et  1232 
il  lor  dift:  «  LaiiTés  ly  faire!  Noltre  Sires  ly  aidera,  fe  il 
li  plaift,  &  nous  chevaucherons  eftroit  lié  grant  pas,  car 
le  nous  deroyons,  to(l  poriens  perdre.  »  La  bataille  eftoit 
férue  grant  en  ceie  houre  d'une  part  &  d'autre,  &  dura 
longuement  &  en  i  ot  aiïes  d'abatus.  Le  conte  Gautier  de 

c> 

Mounepeau  conduift  la  première  bataille  desLonguebars; 
il  aifembla  malvaifement  [&]  ala  touchant  toutes  les 
efcheles  dou  roy,  [mais]  alchela  fort  court  tout  outre  fans 
faire  grant  damage.  Aucuns  de  l'efchele  dou  roy  le  voft 
gaiter,  mais  le  leignor  de  Baruth  defendy  bien  que  nus 
d'eaus  ne  retornaft  ce  devant  deriere,  mais  chevaliers 
chaffant  tous  jors  devant  le  conte  Gautier  &  médire 
Joffrei  de  Mofie,  fis  dou  Juitizier,  toutes  les  efchieles 
efchiver[ent]  la  bataille  &  tornerent  vers  la  quarte  el- 
chiele;  &  de  là  s'en  fuirent  julque  à  la  Quafhrie,  fans 
plus  faire.  Le  conte  Berart  de  Manope  qui  menoit  la 
féconde  efchele  eftoit  moût  preu  de  chevalerie,  &  avoit 
bounes  gens  d'armes.  Celuy  affembla  trop  vigouroufe- 
ment  &  moût  defconroia  la  première  efchiele  des  Chi- 
prois,  mais  l'efchele  de  meflire  Bauduin  les  fecorut 
vigouroufement,  &  médire  Bauduin  fe  porta  bien,  ck  moût 
y  fift  d'armes.  Meffire  Anceau  de  Brie  s'acofta  dou  conte 
Berart,  &  le  prift  par  le  heaume,  &  le  torna  à  cenelire, 
&  il  eftoit  moût  fort  des  bras  &  avoit  bon  cheval  & 
aracha  à  force  le  conte  de  la  celé  &  abati  le  conte  à  terre, 
&  cria  :  «  Tue!  tue!  »  Et  adonc  eftoyent  venus  ja  en  la 
place  jufque  à  finquante  ou  .lx.  fergens  à  pié  que  les 
Chiprois  avoyent  devant  mandés  à  laGride  pour  prendre 
la  herberge.  Ceaus  coperent  la  telle  au  conte  Berart  & 
à  .xvij.  chevaliers  de  fa  maifnie,  que  tous  eftoyent  def- 
cendus  pour  luy  monter.  Celuy  "  mot  c*  tue  !  tue  !  »  corut 

a.  Le  mf.  répète  celuy. 


104  LES   GESTES   DES   CHIPROIS. 

1232  par  la  bataille,  que  chafcun  crioit  :  «Tue!  tue!  »  En 
celé  bataille  avoit  .j.  chevalier  devers  les  Longuebars  que 
l'on  difoit  qui  eftoit  aieman,  qui  eftoit  covert,  luy  &  l'on 
cheval,  d'orpeau.  Celuy  affembla  trop  de  feis,  &  moût 
fift  d'armes,  &  eftoit  fi  fors  &  fi  vigorous  que  Ton  ne 
le  pooit  abatre.  En  la  fin  fu  ocis  l'on  cheval,  &  les  gens 
à  pié  s'afemblerent  entour  ly,  &  Fociftrent.  Moût  en  pela 
as  Chiprois  qui  avoient  veii  fa  proueffe;  moût  y  ot  de 
gens  vers  les  Longuebars  quy  afprement  aflemblerent  & 
moût  eftoient  grant  gens,  &  une  choie  i  ot  quy  moût 
aida  as  Chiprois,  de  ce  qu'il  avoient  fergens  à  pié,  dont 
il  avint  que  quant  .j.  de  luer  chevaliers  eftoit  abatus,  que 
ly  fergens  le  relevoient  &  le  remontoyent a  à  cheval,  & 
quant  .j.  des  autres  chevaliers  longuebars  eftoit  abatus, 
pieftant  l'ocyoient  ou  le  menoyent  pris;  &  par  ce  y  ot 
moût  ocis  &  pris  de  ceaus  de  Puille  en  celé  bataille,  & 
des  Chiprois  n'i  ot  ocis  que  .j.  chevalier  qui  avoit  nom 
Série  &  eftoit  né  de  Tofcane,  &  fu  norri  &  adoubé  à 
chevalier  en  Chipre,  &  de  ceaus  de  Puille  y  ot  ocis  plus 
de  .lx.  chevaliers,  &  pris  bien  .xl. 

191.  Quant  la  bataille  ot  grant  pièce  duré(e),  ceaus 
de  Puille  ne  porent  plus  foufrir  le  fait,  car  il  recevoyent 
trop  grant  damage,  fi  le  partirent  dou  champ,  &  le 
miftrent  à  defconfiture  tout  contremont  le  pas  à  aler 
vers  Cherines,  &  les  Chiprois  les  acullirent  à  chafcier  & 
s'en  aloyent  o  eaus  enfemble  pehle  &  mehle,  &  enfi  les 
menèrent  trufques  as  portes  de  Cherines,  où  il  recuillirent 
à  grant  mefchef.  Quant  li  Chiprois  orent  vencu  la  ba- 
taille &  gaaigné  le  champ  &  chafcié  f\  con  vos  avés  oï, 
il  fe  retornerent  en  une  place  qui  eftoit  en  la  coftyere 
au  pié  de  la  montaigne,  &  là  fe  herbergerent. 

192.  Richart  Philanger,  le  marelchal  de  l'oft  des  Lon- 

a.  Mf.  rementoient. 


II.  PHELIPPE   DE    NEVAIRE.  lof 

guebars  vit  que  il  eftoit  enclos,  &  que  il  n'avoit  gens  1232-1234 
alTes  &  poy  de  vyande  :  il  ot  confeil  &  manda  à  Bafe 
pour  les  galées  qui  là  eftoient;  &  quant  elles  furent  ve- 
nues à  luy,  il  eitably  les  gens  que  il  voit  qu'il  demora  fient 
à  Cherines,  &  il  &  li  autre  le  recuillirent  es  galies  & 
s'en  alerent  en  Hermenie,  &  entrèrent  en  la  fois  de  Tor- 
lot;  &  là  les  relut  ly  roys  Haiton  &  fon  père  Conftans, 
&  moût  les  honorèrent.  Il  demorerent  grant  pièce  au 
païs,  fi  que  une  enfermeté  les  y  prift,  dont  il  en  y  ot 
mort  moût  d'eaus,  &  tout  le  plus  en  furent  malades. 
Quant  il  virent  que  il  ne  porent  durer  en  la  terre,  fi  s'en 
partirent,  &  s'en  alerent  à  Sur. 

193.  Si  toff  corn  ceaus  que  vous  avés  oy,  fe  furent  par- 
tis de  Cherines  pour  aler  en  Hermenie,  li  roys  Henris  de 
Chipre  &  fi  home  s'en  alerent  herberger  de  lés  [les]  murs 
de  Cherines,  &  là  le  logierent  &  fi  près  que  nul  ne  pooit 
iffir  ni  entrer  ;  &  par  celé  bataille  qui  ot  eflé,  demora  le 
roy  Henry  en  fa  feignorie  bien  &  en  pais,  luy  6c  fi  home, 
ceaus  qui  o  luy  efloyent.  Ly  fiege  fu  devant  Cherines 
trufque  après  la  Pafque,  &  lors  fut  faite  fin  que  le  roys 
rendi  &  délivra  tous  les  priioniers  que  il  tenoit  en  fa 
prifon;  &  il  li  rendirent  Cherines  &  tous  les  prifoniers 
que  il  avoyent  à  Sur  &  quy  avoient  efté  pris  à  Cazal 
Ymbert,  &  toutes  les  dames  que  il  avoyent  prifès  à  Ni- 
coffie  par  les  yglizes  &  es  maifons  des  religions,  en  leur 
venir  de  la  terre.  End  fu  rendu  le  chafteau  de  Cherines 
au  rey  &  au  feignor  de  Baruth,   en  l'an  de  M.CC.  & 

XXXIIII. 

194.  En  tant  com  li  lièges  efloit  devant  Cherines,  la 
reyne  Aalis,  feme  le  roy  Henry,  &  fille  le  marquys  de 
Monferat,  qui  s'apeloit  Longuebarge,  por  ce  que  l'em- 
pereor  li  avoit  douné,  elle  s'eftoit  mile  dedens  Cherines 
o  ceaus  de  Puille  &  au  coumandement  del'empereor,  & 
fe  coucha   malade    d'une    maladie,   dont   elle   morurh. 

c  14 


IOÔ  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1232-1234  Quant  clic  fu  trefpacée,  ceaus  qui  eftoyent  dedcns  Che- 
rines  l'atornerent,  fi  con  l'on  doit  atorner  reyne,  puis 
firent  demander  fiance  d'envoyer  .j.  home  parler  au  rey. 
Cil  qui  ot  la  fiance  vint  au  roy,  <Sc  li  dift  que  [l'a]  feme  la 
reync  eftoit  trefpaiïee  de  ceft  fiecle,  &  que  ceaus  quy 
eftoyent  dedens,  li  mandoyent  que,  fe  il  li  plaifoit,  que  il 
la  feift  prendre  &  enterrer  (1  com  il  afiert  à  reyne,  &  que 
il  en  fcïft  fi  corne  de  l'a  feme.  Li  roys  s'i  aiïenti  &  furent 
dounées  triues  que  l'en  ne  traifift  ni  lanfaft  defors  ni 
dedcns,  tant  que  la  reyne  fuft  portée  à  la  herberge  le 
roy.  Lors  la  mirent  ceaus  de  Cherines  fors  dou  chafteau, 
&  ceaus  de  la  herberge  dou  roy  la  relurent,  &  fu  portée 
à  Nicoflie  à  grant  compaignie  par  la  main  des  chevaliers 
tout  à  pié,  &  fu  enterré[e]  honoréement  en  la  mère  yglize 
de  Sainte  Soufie,  &  l'enterra  l'arcevelque  Eftorgue.  Ci 
endroit  lairons  à  parler  de  Longuebars  &  des  Chiprois, 
tant  que  tens  y  ert. 

19)".  Si  grant  honour  &  (\  grant  grâce  fift  Deu  au  roy 
Henry  &  au  feignor  de  Baruth  &  as  fuens,  que  en  une 
hore  dou  jour  defeonfirent  lors  fors  enemis  &  chaffierent, 
fi  con  vous  avés  oy  dire  devant,  &  délivrèrent  Deuda- 
mors,  qui  eftoit  afifegé  ;  &  allégèrent  Cherines  où  les 
Longuebars  eftoyent  receté  *;  &  les  lergens  qui  eftoyent 
au  fiege  de  Deudamors  de  parles  Longuebars  s'en  fuirent, 
&  n'oferent  fuir  vers  Cherines  pour  les  Chiprois,  qui  ja 
eftoyent  devant  ;  fi  fe  defruperent  devers  Plaiftîé,  &  tor- 
nerent  devers  Nicoftîe,  mais  il  n'i  olerent  entrer  de  jour, 
car  de  nuit  cuiderent  receter  as  maifons  des  religions; 
dont  il  avint  que  Phelippe  de  Nevaire  qui  eftoit  retorné 
à  Nicoffie  pour  aucunes  befoignes  par  le  comandement 
dou  roy  Henry  &  dou  feignor  de  Baruth,  il  lot  que  les 
fergens  dévoient  venir  :  fi  aftembla  ce  que  il  pot  avoir 

a.  Le  mf.  ajoute  :  Se  les  fergens  qui  eftoient  recete. 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  107 


de  gent  &  les  ala  encontrer  hors  de  la  ville.  Un  poi  de-  i232-i234 
vanc  la  mienuit  vindrenr  Phelippe  de  Nevaire  &  la  loue 
gent,  lor  corrurent  fure  &  ociftrent,  que  priftrent  .iijc. 
fergens  ou  plus,  &  plufors  en  efchaperent  pour  la  nuit,  qui 
le  garirent  es  yglizes,  &  en  maifons  de  religions.  Phelippe 
fift  venir  devant  luy  les  .iij.  maiftres  des  lergens  qui  avoyent 
guerpi  le  roy  Scie  leignor  de  Baruth  devant  Gibelet,  dont 
il  eftoyent  parjurs  &  traïtors;  fi  les  fift  tous  delmembrer, 
&  volentiers  les  eiift  fait  pendre,  mais  il  n'en  ot  loifir, 
car  il  avoit  poi  de  mailnée  &  trop  de  priions. 

196.  L'endemain  lot  l'on  que  le  conte  Gautier  de 
Manepeau  &  le  fis  dou  Juftizier  &  lor  efchiele  eftoyent 
foies  à  la  Caftrie  el  focé  dou  chaftel,  car  les  Templiers 
ne  les  voloyent  receter  dedens,  por  ce  qu'il  avoyent  brilié 
devant  lor  màifon  &  traï(ft)  les  dames  ôcles  enfans,  corne 
les  avés  oï  au  conte  devant  ;  dont  il  avint  que  le  roy  & 
le  leignor  de  Baruth  y  mandèrent  melfire  Johan  le  Jeune, 
qui  puis  fu  conte  de  Jaffe  &  une  efchele  de  chevaliers  o 
luy.  Dedens  le  focé  les  troverent  &  là  les  priftrent  &  les 
amenèrent  à  Nicollîe;  là  furent  mis  en  prifon  ovec  les 
autres  qui  furent  pris  le  jour  de  la  bataille.  Tous  lurent 
livrés  à  Phelippe  de  Nevaire,  quy  les  failbit  garder.  En 
celé  prilbn  avoit  .c.  &  .xlv.  prilbniers  [qui]  y  furent 
mort  de  nafres  5  lire  Hue  de  Sorel,  (ire  Ente  de  Cheligen, 
fire  Gent  de  Cors  y  morurent,  mais  fire  Phelippe  Obuii- 
fion  gary  de  moût  fieres  playes. 

107.  Le  liège  fu  devant  Cherynes,  <5c  ceaus  dedens 
eftoyent  moût  grans  gens  &  avoyent  toute  lor  navie,  en 
quoi  il  eftoyent  venus  en  Chipre  &  les  .xij.  galées  :  h 
avint  qu'il  eftablirent  cheveteine  à  garder  le  chaftel  &  le 
bourc,  Phelippe  Chenart,  quy  eftoit  frère  de  fire  Gauvain 
de  par  mère  5  &  li  laifterent  .1.  chevaliers,  dont  eftoit  che- 
vetaine  .j.  gentil  hom  de  Puille,  quy  avoit  nom  Gautier 
de  Eguevine,  &  mellire  Richart  Filanger  le  baill  &  grans 


108  LES    GESTES    DES    CH1PROIS. 

1232-1234  gens  o  luy  alerent  en  Hermenie  quere  fecors, demandèrent 
en  Antioche  &  à  Triple,  &  difoyent  que  il  revendroienr 
&  fe  conbateroient  autrefois  as  Chiprois.  En  Hermenie 
ot  alTés  de  malades  &  de  mors  d'eaus  ;  à  Cherines  re- 
vindrent  fans  nul  efploit,  &  diftrent  que  trop  eftoyent 
grant  gent  de  terre  &  de  mer,  &  trop  gaftoient  de  la 
viande  dou  chafleau.  Sur  celé  achaifon  rentrèrent  à  lors 
galées  &  retornerent  à  Sur.  Oveques  Filanger  lor  bail, 
s'en  alerent  lire  Heimery  Bariais  &  (ire  Amaury  de  Beth- 
lan,  Ion  coufin,  &  fire  Hue  de  Gibeleth  demora  baill  à 
Sur,  &  ceaus  .iij.  alerent  en  Puille  querre  fecors  à  l'em- 
pereor. 

198.  Phelippe  Chenart  demora  à  Cherines  cheveteine 
&  .1.  chevaliers  o  luy  &  en  tour  .m.  homes  à  pié  entre 
abaleftriers  &  gens  de  marine,  il  y  ot  de  moût  bons 
faifeors  d'engins;  plufors  en  i  filt.  l'on  faire  trabus  & 
perieres  &  mangueneaus,  &  moût  bien  filt,  garder  le 
chaftel,  &  le  bourc  afprement  fu  gardé  longuement. 

199.  Le  roy  Henry  fift  aiTembler  toute  fa  court  &  fe 
clama  à  fa  court  de  hre  Heimery  Bariais  &  de  fire 
Amaury  de  Bethfan  &  de  lire  Hue  de  Gibeleth  &  de 
tous  les  homes  liges  qui  avoient  elle  contre  luy  à  la 
bataille  puis  qu'il  fu  en  âge.  Par  comun  elgart  de  court 
furent  tuit  déshérité  &  fortjugié  en  cors  &  en  avoir,  &  le 
roy  douna  lor  fiés  à  ceaus  quy  l'avoi[ent]  fervy  &  aidié. 
Moût  ennuyoit  as  Chiprois  de  ce  qu'il  n'avoient  galées 
pour  alléger  le  chafteau  par  mer  ;  les  galées  des  Longue- 
bars  aloyent  de  Cherines  à  Sur  &  de  Sur  à  Cherines.  La 
volenté  de  Deu  fu  puis  tele  que  .xiij.  galées  de  Jenevois 
vindrent  d'outremer  à  Lymeffon  en  .ij.  carevanes,  en 
l'une  .iiij.,  &  une  autre  .ix.  Le  feignor  de  Baruth  i  ala 
grant  aleiire  à  Lymeiïbn  &  les  retint  as  fos  dou  roy,  & 
les  mena  devant  Cherines.  Adonc  fu  affegié  le  chafteau 
par  mer  &  par  terre  que  d'eaus  que  de  ceaus  qu'on  pot 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  IOÇ 

avoir  de  Chiprc.  Moût  firent  ceaus  dehors  engins,  perieres  «32-1234 
de  mangueneaus  &  de  grans  trabucs  &  .ij.  grans  chai- 
teaus  de  fuit  &  moût  d'autres  garides  pour  venir  as  murs. 
Affaus  y  ot  plufors  &  de  jour  &  de  nuit,  moût  y  ot  fait 
d'armes  &  dehors  &  [de]dens,  moût  en  y  ot  de  nafrés 
&  d'une  part  &  d'autre,  car  grant  planté  y  avoit  d'a[r]- 
baleftiers.  Les  chafteaus  de  fuft  furent  trait  fur  le  foffé; 
de  ceaus  dedens  y  avoit  meillor  piétaille  que  de  ceaus 
dehors  ;  par  force  y  miftrent  le  feu  &  moût  le  tindrent 
vigouroufement  pour  doute  de  prifon  &  de  mort.  Les 
chevaliers  dehors  montèrent  &  ferirent  des  efperons 
jufques  au  focé  ;  là  dépendirent  &  entrèrent  dedens  le 
chalfeau  de  fuft  qui  ardoit,  &  eftainftrent  le  feu  à  force 
&  les  refcouftrent  &  les  ratirent  arieres.  Moût  y  ot  des 
chevaliers  nafrés  ;  ceaus  dedens  parlèrent  de  nuit  au  che- 
veteine  des  fergens  de  ceaus  dehors,  qui  avoit  nom  Martin 
Rouffeau,  &  tant  ly  dounerent  &  proumiftrent  que  il  lor 
otroya  à  trayr  ceaus  dehors,  &  il  lor  ot  en  covent  que 
il  lor  feroit  affavoir  quant  l'ofh  feroit  plus  efchery;  fi 
faudroyent  ceaus  dedens  as  armes  &  iftroyent  esforiée- 
ment,  &  celuy  Martin  &  les  fergens  quy  ieroyent  dehors, 
&  ociroyent  tous  ceaus  que  il  poroyent,  &  trop  legiere- 
ment  pooyent  ocirre  mefTire  Hue  &  meffyre  Anceau  de 
Brie  qui  eftoit  herbergié  plus  près  dou  charteau  que  les 
autres,  &  aloient  trop  fouvent  efchargaitié  à  l'agait  des 
fergens  bien  près  des  murs.  Celuy  Martin  Roufceau  pooit 
moût  de  maus  faire,  car  il  elloit  moût  privé  dou  feignor 
de  Baruth  &  de  les  enfans,  &  il  avoit  efté  le  plus  dou 
tens  de  la  guerre  ovec  eaus,  &  il  li  avoient  fait  moût  de 
bien,  &  le  fioyent  moût  en  luy  &  l'efchargaite  dou 
chaffeau  eftoit  tout  fur  luy;  fi  metoit  &  traioit  dou  chaf- 
teau  ce  qu'il  voloit.  Le  plailir  de  Noftre  Seignor  fu  tel 
que  celé  traïfon  fu  defcoverte  par  .j.  home  qui  iffi  dou 
chafteau.  En  celé  hore  avint  que  Martin  Roufceau  fu  aie 


110  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1232-1234  à  Nicofîîe  pour  aubaleftiers  &  avoit  garnilon  qu'il  la 
voloit  mètre  el  chafteau.  Le  leignor  de  Baruth  mena 
Phelippe  de  Nevaire,  quy  le  prift,  auci  autres  faileors 
d'aubalelHers,  qui  eltoyent  homes  liges  le  roy  &  con- 
fentant  a  de  cefte  traïlon,  &  maintes  arbaleftes  &  autres 
armeiires  lor  avoit  baillés  en  ïol\.  Phelippe  de  Nevaire 
les  mena  en  Toit  quy  eftoit  devant  Cherines,  &  reconurent 
la  traïlon  en  pleine  court.  Là  furent  jugié  &  treigné  & 
pendu,  &  Martin  Roulceau  fu  geté  au  grant  trabuc  as 
murs  dou  dit  chafteau.  Adonc  le  hafterent  moût  cil 
dehors  de  mener  lor  engins  au  mur. 

200.  Un  jour  lor  avintpour  lor  grant  melchance,  que 
melîire  Anceau  de  B[r]ies,  quy  faifoit  mener  .).  engin 
avant,  &  il  meiïme  boutoit  &  haftoit  les  autres,  fi  fu 
nafré  en  la  cuifle  d'un  careau  (de)  d'aubaleftre  de  .ij.  pies. 
Il  aracha  la  flèche  &  le  geta,  &  cuida  avoir  geté  le  fer, 
mais  il  remeft  dedens  la  cuifïe  par  melaventure.  Il  leigna 
moût  de  fane,  &  ne  voft  louner  mot  tant  corn  l'engin  fu 
mené  avant  tant  corn  il  dut.  Adonc  fen  aparlurent  ceaus 
quy  eftoyent  près  de  luy  5  f\  li  aidèrent  tant  quy  vint  en 
la  herberge;  tant  ot  feigne  b  que  il  le  pahma;  tout  Loft  y 
corut,  très  grant  duel  en  orent  tous  les  amis,  &  fur 
tous  homes  le  leignor  de  Baruth,  quy  l'apeloit  fon  rouge 
lyon;  &  il  avoit  droit,  car  il  le  penoit  plus  &  travailloit 
de  l'araire  de  l'oll  que  nus,  &  moût  valoit.  Il  l'empor- 
tèrent à  Nicofîîe  à  Ion  hoitel  &  bien  jut  demy  an  au  lit 
&  plus,  que  onc  le  fer  ne  pot  élire  trové  jufque  au  tiers 
jor  devant  la  mort;  &  Deu  fift  Ion  comandement  de  luy. 
Grant  duel  en  fift  le  roy  &  tous  les  bones  gens  de  Chipre 
aucy,  mais  au  jor  que  il  trefpaiîa,  le(s)  leignor  de  Baruth 
eftoit  en  Surie,  car  le  chafteau  de  Cherines  eftoit  ja  rendu  5 
&  adès  orrés  &  cornent  ce  fu. 

a.  Mf.  concetent.  —  b.  Mf.  feigna. 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  I  I  I 

201.  Si  com  vous  avés  oy,  le  roy  &  les  gens  avoient  1232-12.34 
fait  moût  d'engins,  &  les  menoyent  avant  &  eftablirent 

lor  aiïaut;  meflire  Balian  d'Ybelin  affaily  devers  le  chal- 
teau  &  la  gent  o  luy.  Le  feignor  de  Baruth  &  les  .iij. 
anfans  affaillirent  de  toutes  pars  le  bourc  tout  en  tour  & 
bien  le  cuidi[e]rent  prendre,  car  les  engins  avoient  moût 
empirié  les  murs.  Ceaus  dedens  furent  grans  gens  & 
doutèrent  mort  ou  prifon,  &  fe  défendirent  vigouroufe- 
ment.  Ceaus  dedens  s'enbatirent  eftoutement,  moût  y  ot 
de  nafrés;  des  en  fan  s  dou  feignor  de  Barut  y  ot  plufors 
nafrés  perilloufement,  &  de  ceaus  dedens  y  ot  moût  de 
mors  &  de  narfrés  ;  à  l'anuiter  fe  retraïftrent. 

202.  Le  feignor  de  Baruth  blahma  moût  &  reprift  loy 
meïlme  &  dift  en  haut  que  bien  fu  entendu  :  «  Hailas  ! 
corne  il  m'eft  mefavenu  à  celle  fois,  &  de  ce  qu'il  avint 
jadis  pour  .j.  home  de  mon  lignage  !  Et  ce  fu  quant  le 
roy  Amaury  entra  en  Babiloine,  fi  comanda  à  lire  Hue 
d'Ybelin  que  il  affaillift  &  feïft  affailir  la  cité  de  Belbeis 
qu'il  avoyent  aiïegié,  &  il  li  refpondy  que  il  yroit  à 
l'alaut  ;  &  fi  toft  com  il  vint  fur  le  folTé,  il  fery  des  efpe- 
rons  &  failly  ens  luy  &  fon  cheval.  Et  le  cheval  brifa 
le  col  &  mon  oncle  la  jambe  ;  &  tout  Loft  corut  à  la 
relcoufce  ;  lî  refut  moût  grant  damage,  car  moût  en  y  ot 
de  mors  6k  de  nafrés.  Meflire  Phelippe  de  Naples,  le  bon 
chevalier,  quy  eltoit  fon  oncle,  failly  au  foiïe  après  fon 
nevou  &  fu  tel  conreé  que  par  poy  ne  morut.  Si  con  à 
Deu  voft  &  plot,  la  ville  fu  prii'e,  &  le  roy  Amaury  & 
l'es  homes  firent  une  aflïiè  que  jamais  chevalier  ne  deuft 
n'i  feïft  fuervife  à  afaire  de  ville  ne  de  chafteau,  ni  en 
leuc  que  cheval  nel  peiift  porter,  fe  il  ne  fuft  affegié,  ou 
fur  fon  cors  défendant;  &  je,  las!  cheitif,  qui  bien  l'ai 
l'affilé  quy  fu  faite  pour  mon  lignage  meïfme,  j'ay  huy 
en  cell  jour  livré  moy  &  mes  enfans  à  mort,  &  tous  mes 
amis  pour  l'affaut  d'un  cheitif  chafteau,  (quy)  qui  .j.  de 


112  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


1232-1234  ces  jors  le  rendra  de  fain  !  »  Tous  ceaus  quy  là  eftoyent 
le  réconfortèrent,  &  li  diftrent  :  a  Sire,  ne  vous  en  chaut 
trop!  y  ont  plus  perdu  ceaus  dedens  que  vous,  a  Le 
fiege  dura  longuement,  &  moût  y  ot  grans  coftenges 
faites  &  grans  Iodées  dounées  as  fergens  &  as  galées  ; 
plus  grans  tailles  firent  faire,  car  il  ne  fufTent  jamais  aleiir, 
s'il  ne  preyfTent  Cherines. 

203 .  En  Tan  de  M.CC  &  xxxn,  la  reyne  Aalis  de  Chipre 
ala  en  France,  pour  recovrer  le  conte  de  Champaigne. 

204.  Et  le  patriarche  Geroit  de  Jerufalem  fu  aculés  à 
Rome  par  l'emperere  Federic,  &  ly.fu  tolue  la  légation, 
dont  il  ala  à  Rome,  &  ot  ariere  la  légation  en  l'on  pa- 
triarchié  perp[et|uelment. 

20  f.  L'emperere  Federic  oy  les  novelles  de  la  Surie 
&,  cornent  que  ce  fuft  qu'il  n'en  eiïft  loifir  ou  qu'il  ne 
vofift  venir,  mais  il  manda  l'evelque  de  Ciete  en  Surie  & 
lettres  moût  amyables  &  lozengerefles,  dilant  que  il  ne 
lor  favoit  nul  maugré  de  ce  qu'il  avoyent  fait  &  qu'il  lor 
pardonoit  &  lor  rendoit  fa  grâce,  &  que  il  le  teniffent 
bien  &  loyaument  à  lui  &  à  l'on  fis,  &  que  le  il  voloyent 
que  l'on  baill  qui  eftoit  à  Sur  fuft  lor  baill,  il  lor  otroyeroit 
bien  q'un  de  les  homes  de  la  terre  fuft  lor  baill  à  Acre.  Et 
Richart  Philangier  fuft  à  Sur  ;  es  letres  fu  dit  &  moût 
noumé  qui  devoit  eftre  baill.  C'eftoit  .j.  chevalier  qui 
eftoit  à  Sur  &  avoit  nom  Phelippe  Maugafteau.  Poi  eftoit 
prifié  &  dil'oit  l'on  qu'il  afaitoit  fa  chiere  corne  une  feme, 
&  moût  eftoit  privé  dou  baill  de  Sur.  En  celé  manière 
cuydoit  l'emperere  atraire  ceaus  de  Surie  &  tolyr  Paye 
au  feignor  de  Baruth  &  as  Chiprois  ;  &  puis  fi  toft  con 
il  eiift  loifir,  feïft  dou  pis  que  il  poïft.  Après  ce  que 
l'evefque  de  Sayete,  quy  eftoit  venus  à  Acre,  ot  tant  por- 
parlé  &  fait,  le  feignor  de  Sayete  &  le  coneftable  furent 
acordé  à  ce  fait  <5c  orent  fait  venir  le  peuple  à  Sainte 
Cruis,  &  l'evangelier  fupre(n)lent;  &  enfi  corne  il  durent 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  11^ 

jurer,  le  bon  juene  ieignor  de  Sezaire,  quy  eitoit  nevou  1232-1234 
de  mon  ieignor  de  Baruth  &  quy  eitoit  venu  de  Chipre 
à  Cezaire  pour  ion  araire,  &  enrendy  ceft  fait:  f\  vint  à 
Acre  haflivement,  &  en  l'ore  que  le  iairement  devoir 
eftre  fait,  il  entra  dedens  la  mère  yglize  de  Sainte  Cruis, 
&  comanda  à  iouner  la  campane  de  la  comune.  Ouant  à 
la  frariede  laint  André  le  lot,  il  furent  as  armes  &  crièrent 
tuit  :  «  Muire  !  muire  !  o  L'eveique  de  Sayete  les  vit,  fi 
s'en  fui  en  la  maiion  de  l'eveique  d'Acre,  &  fu  enclos 
en  la  chapele,  &  fe  le  ieignor  de  Cezaire  ne  fuit  def- 
cendu,  l'eveique  de  Sayete  eiïft  eilé  celuy  jour  ocis,  & 
le  ieignor  de  Sayete  &  le  conneftable  auci.  Mais  le 
ieignor  de  Cezaire  les  fin1  eitre  en  pais,  &  en  mena  les  .ij. 
hors  de  laens  o  luy,  &  il  fift  tantoit  favoir  tout  le  fait  à 
ion  oncle,  le  ieignor  de  Baruth,  qui  eitoit  en  Chipre  au 
fiege  dou  chafteau  de  Cherines.  Tantoit  fe  party  dou 
fiege  le  ieignor  de  Baruth  &  laiila  en  ion  leu  fire  Balian, 
ion  fis  l'ainfné,  o  le  roy  Henry,  &  voit  mener  o  luy  Phe- 
lippe  de  Nevaire,  mais  fire  Balian  ne  le  voit  foufFrir. 

206.  Le  ieignor  de  Baruth  ala  à  Acre,  &  tant  ordena 
&  fift  que  les  fairemens  des  Poulains  furent  tous  refreichis, 
&  qu'il  fu  maire  de  nouveau.  L'eveique  de  Sayete  manda 
au  ieignor  de  Baruth,  priant  pour  Deu  &  por  fon  honour 
&  pour  fon  profit  que  il  le  feïfl:  conduire  devant  luy, 
car  il  voloit  à  luy  parler.  Le  ieignor  de  Baruth  refpondy 
que  de  par  Deu  venift.  Il  manda  pour  luy,  &  le  fift  con- 
duire; f\  toit  corn  il  fu  en  la  prefence,  il  ly[t]  unes  letres 
de  par  l'empereor,  en  queles  il  avoit  falus  &  créance. 
L'eveique  dift:  a  Sire,  il  s'en  contient  es  letres  que  vous 
me  devés  croire  :  l'empereor  vous  mande  que  il  fe 
repente  moût  de  ce  quy  a  eité  entre  vous  &  luy,  &  il  fe 
portera  de  ci  en  avant  en  tel  manière  vers  vous  que  vous 
&  tous  les  voftres  en  ferés  riches  &  manant.  Mais  il 
veaut  que  vous  ly  faites  .j.  poi  d'ennor5  por  ce  que  les 

c  15 


114  LES    GESTES    DES   CHIPROIS. 

1232-1234  gens  ne  puilfent  dire  que  vous  Pavés  vencu;  l'enour 
qu'il  vous  requiert  [eft]  que  vous  venés  en  aucun  leu  où 
il  femble  que  il  ait  poer,  &  que  vous  dites  enfi  fimple- 
ment,  cornent  qu'il  l'oit  ne  cornent  que  non  :  «  Je  me 
«  met  en  la  mercy  de  l'empereor  corne  de  mon  feignor 
a  de  Baruth.  »  —  «  Sire  evefque,  à  la  fin  de  ma  parole, 
ferai  rel'pons  à  voftre  requefte;  mais  tout  avant  vous 
diray  .j.  conte  &  une  efTample,  quy  efl:  eferite  au  livre 
des  fableaus  de  Renart;  ce  m'efl  avis  qu'il  afiert  bien  à 
celle  rail'on  que  vous  m'avés  dite  : 

207.  «  11  avint  en  une  forell  plantive  &  pleine  de  toutes 
manières  de  belles,  qu'il  y  avoit  .j.  moût  grant  lion  & 
moût  mal  richignant,  maladif  <5c  malenconious.  Un  jour 
le  gifoit  devant  fa  cave  5  fi  vit  palier  une  grant  route  de 
fers  grans  &  de  laitons.  Le  lion  diil  à  la  privée  maihnée  : 
«  Se  je  ne  manjue  de  cel  ferf  gras,  quy  vait  devant  les 
c  autres,  les  mieges  m'ont  dit  que  je  fui  mors,  a  Main- 
tenant manda  au  ferf,  priant  pour  Deu  que  il  venift  à 
luy  parler,  car  il  eftoit  fi  malades  que  il  moroit;  le  ferf 
y  ala  volentiers  corne  à  Ion  feignor.  Si  toft  corne  il  vint 
à  l'entrée  de  la  cave,  le  lion  le  hafîa  de  luy  prendre  ;  fi 
l'atainfl:  de  la  paute  à  la  chiere  &  ly  avala  la  peau  jufque 
fur  le  mufeau.  Le  ferf  fu  fort  &  fain,  &  le  lion  foible  & 
malade  ;  fi  chey  en  ariere  de  fon  cop  meïfme.  Ly  ferf  s'en 
ala  la  chiere  fanglantée,  &  dift  que  jamais  en  fa  court 
n'en  entreroit.  Toute  voies  gary  le  ferf  de  fa  playe  un 
grant  tens.  Après  avint  que  le  lion  manda  au  ferf  &  dilt 
que  le  Deu  ly  aidait,  il  ly  cuida  faire  joie  à  l'entrée  de 
fa  maifon,  &  luy  acoler,  &  fi  avint  par  mefehance  que 
les  ongles  s'acrocherent  en  fa  chiere,  &  il  de  la  foibiete 

au  cheïr  le  grafigna  mau  Ion  gré, &  por  Deu  qu'il 

venill  à  luy.  Tant  y  ot  de  proyeres  qu'à  luy  râla.  Le  lion 
failly  à  l'encontre  (5c  lanfa  pour  prendre  le;  les  pautes 
l'atainftrent  julques  à  fa  coue  de  lonc  en  lonc  de  fon  dos;  fi 


IL    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  I  I  f 


enleva  .ij.  grans  corroies.  Le  ferf  failly  esforféement  corne  123^-1234 

bleciés.   Le  lion  eftoit  encores   foibles;  fi  chey  de   fon 

cop  meïfme  ;  le  ferf  s'en  fuy  &  fu  longuement  malades 

de  celés  nafres  prefque  tout  .j.  an.  Au  chef  de  Tan  le  lion 

remanda  à  luy  de  les  barons  &  tant  le  farmonerent  & 

proyerent  que  traï  fu  le  ferf,  &  revint  à  court.  Le  lion 

fu  amendé  &  eftably;   fa  privée  maihnée  le  ferf  prift,  & 

[o]cift  &  comanda  que  il  fuft  efcorchés  &  apareillés  & 

overt  &  desfait,  car  il  voloit  ma[n]ger  de  luy;  les  beftes 

quy  manjuent  char,  fi  corne  Yzengrin   &  Renart,  s'en 

entremyflrent  de  l'apareiller.  Renart  bouta  fon  groin  & 

prift  le  cuer  &  le  manga.  Les  autres  beftes  furent  moût 

effr[e]ées;  le  lyon  s'en  prift  garde  &  corne  defloal  s'en  volt 

excufer  par  la  parole,  &  dift  :  c  Seignors,  ne  cuidés  pas 

a  que  pour  félonie  ne  por  lechiere,  j'ai  ocis  le  ferf,  mais 

v  por  ma  garilon  l'ai  fait,  car  tuit  li   miege  moftrerent 

«  que  je  ne  pooye  garir,  fe  je  ne  manjoye  del  cuer  dou 

a  ferf.  »  Le  cuer  ne  pot  eftre  trové,  que  Renart  l'avoit 

ja  mangié.  Le  lion  jura  que  ce  avoit  fait  Renart,  car  il 

avoit  la  barbe  fanglantée  ;  chafeun  le  moftra  au  deit  & 

tuit  diftrent  &  jugierent  que  Renart  en  devoit  morir. 

Renart  dift  en  audience  que  preft  fu  au  comandement 

dou  roy,  &  au  jugement  de  la  court  fe  metoit  :  «  Sei- 

«  o-nors,  »   ce  dit  Renart,   «  le  ferf  vint  antan  à  court, 

ce  fi  s'en  party  la  chiere  fanglante  ;   une  autre  fois  après 

«  revint  &  laifta  .ij.  corroyés  de  fon  dos  ;  la  tierce  fois 

c  revint  morir  fi  nicement,  corne  cil  quy  n'avoit  point  de 

«  cuer,  car  fe  il  eiift  cuer,  il  ne  fuft  pas  revenus  la  tierce 

c«  fois,  &  l'on  dift  .j.  proverbe  :  Ce  que  ni  eft,  ne  puer,  on 

p  trover.  Le  ferf  n'avoit  cuer,  ne  je  ne  l'ay  mangié.  Mon 

cr  erroin  en  eft  fanglant  de  Pelcorcher  c5c  de  l'ovrir.  Je 

v  pry  chafeun  en  Ion  endroit  que  por  Deu  &  por  s'arme 

ce  me  juge.  »  Si  diftrent  tuit  à  une  vois  que  le  ferf  n'avoit 

point  de  cuer,  &  enfi  fu  Renart  délivré. 


I  1 6  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1232-1234  208.  «  Et  je  vous  di,  fîre  evefque,  »  fait  le  lire  de  Baruth, 
«  que  je  pues  bien  dire  de  Pempercor  &  de  moy  ceft 
efTample.  il  elt  le  lion  &  je  fuy  le  lerf,  .ij.  fois  m'a  deceii: 
la  première  fois  à  LymelTon,  dont  je  os  bien  langlante 
chère;  la  féconde,  quant  je  party  de  Deudamor  le  chaf- 
teau,  &  vins  à  luy  :  encontre  les  covenances,  il  retint  les 
fortereces  &  toute  Chipie  à  Ion  eus  &  puis  vendy  le  roy 
&  Chipre  à  mes  enemis.  Ce  furent  les  .ij.  corroyés  de 
mon  dos;  &  le  ores  vieng  en  la  tierce  fois  en  fa  mercy, 
je  otroy  que  je  foye  mort,  corne  fu  le  lerf,  que  Ion  juge 
feiirement  que  je  n'ai  point  de  cuer;  dont  je  vous  di, 
lire  eveique,  <3c  veuill  bien  que  il  fâche  qu'en  fa 
manaye  ne  me  tenra  il  jamais,  ck  le  maugré  mien  par 
meichance  [deùiïe]  eftre  devant  luy,  &  il  eiïft  tout  Ion 
pooir  &  je  ne  eùfïe  pooir  ni  en  fans  ni  amis  ne  pooir 
plus  que  dou  petit  doit  de  ma  main,  o  celuy  me  defen- 
deroie  jufques  à  la  mort,  a  Atant  fina  fa  parole. 

209.  Quant  le  (ire  de  Baruth  ot  bien  eftably  Ion  fait 
en  Surie,  il  lailla  en  Surie  en  l'on  leuc  l'on  nevoule  feimior 
de Cezaire, &  tantolt  revint  en  Chipre.  Le fiege  dou challeau 
de  Cherines  dura  plus  d'un  an.  Cil  dedens  avoyent  fou- 
fraite  de  moût  de  choies  &  lavoyent  que  nul  fecors  ne  lor 
pooit  venir  de  l'empereor,  &  il  avoient  feu  dou  baill  de  Sur 
de  finer.  Il  parlèrent  de  pais.  Sire  Arneis  de  Gibeleth  & 
Phelippe  de  Nevaire  traitèrent  celé  pais;  la  fin  fu  tele 
que  il  rendirent  le  challeau  &  le  bourc,  &  tant  d'armeiires 
&  de  garnilon  corne  il  avoyent  fait  &  dedens  trové. 
Phelippe  de  Nevaire  lor  livra  tant  de  galées  &  de  vaif- 
feaus  corne  il  orent  meilier,  por  aler  dedens  à  Sur  faus 
&  leurs,  eaus  &  lor  choies,  &  tel  fu  le  covenant  que 
fi  toft  corne  il  feroyent  à  Sur,  le  leignor  de  Baruth  yroit 
à  Acre  &  menroit  o  luy  tous  les  priloniers  quy  avoient 
efté  pris  en  la  bataille,  quy  vis  eltoyent,  &  l'on  li  rendroit 
les  fuens  quy  avoyent  elle  pris  au  Cazal  Ymbert  &  quy 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  117 


eftoyent  à  Sur.  Si  fu  fait  enfi  con  il  le  dift.  :  il  mena  à  1234-1236 
Acre  les  prifonniers  ;  là  fu  porparlé  qu'en  my  voye  d'Acre 
6c  de  Sur  furent  menés  les  prifoniers  d'une  part  & 
d'autre;  &  là  furent  délivrés  les  uns  por  les  autres.  Adonc 
demora  Chipre  en  pais,  mais  en  Surie  demora  .j.  malvais 
ni,  car  lire  Richart  Filangier  &  l'es  frères  &  plul'ors 
demorerent  à  Sur. 

210.  Adonc  l'an  de  M.cc  &  xxxv,  vint  la  reyne 
Aalis  de  Chipre;  puis  que  ele  ot  recovert  le  conte  de 
Champaigne,  elle  revint  d'outremer  à  Acre,  faine  & 
fauve. 

211.  En  l'an  de  M.CC  &  xxxvi,  le  feignor  de  Baruth 
&  fon  nevou  Johan,  feignor  de  Cezaire,  &  l'Olpital 
&  le  Temple  alerent  afîeger  Monferant;  grant  honour 
&  grant  lervile  firent  |à|  l'Ofpital;  après  retornerent  en 
Chipre  à  grant  joie,  &  furent  en  prant  pais  &  en  bon 
eftat. 

212.  En  celuy  an  mon  feignor  Johan  d'Ybeiin,  le  bon 
feignor  de  Baruth,  quy  bien  reconoilToit  les  grans  grâces 
que  Noltre  Seignor  ly  avoit  faites  &  les  grans  honors  en 
achailon  d'une  belle  quy  chey  defous  luy,  il  fill  fon  tef- 
tament  (1  ordenéement  que  toutes  le[s]  gens  fe  merveil- 
lerent  de  fa  très  grant  mémoire.  Ses  tors  fais  amenda  de 
maintes  choies,  fift  amende  que  meinte  gent  ne  tenilTent 
pas  à  tort  fais,  les  detes  paia,  car  il  avoit  au  jour  grant 
mueble  &  eftable  làns  les  fiés,  &  tout  douna  por  Deu  & 
por  l'arme  de  luy,  de  fa  main  à  boune  mémoire,  &  plu- 
l'ors fiés  douna  il  à  les  enfans,  &  comandaque  il  fuffent 
homes  &  tenilTent  de  lor  aihné  frère.  Après  fe  rendy  il 
frère  dou  Temple,  fi  corne  il  avoit  voué.  Grant  contredit 
miltrent  les  enfans,  &  grant  duel  en  firent  tous  les  gens 
dou  pays,  mais  riens  ne  valut,  ains  fe  rendy  maugré 
eaus  &  tout  quite  au  Temple,  &  fe  fift  porter  à  Acre; 
poy  dura  frère,  &  h  très  bêle  fin  fift  à  là  mort  qu'à  mer- 


1 1  8  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1236-1239  veille  en  creroyt  Ton  vérité  quy  tout  contait  ;  &  quant  il 
dut  l'arme  rendre,  requift  il  que  l'on  ly  aportail:  le  cru- 
lefis.  Phelippe  de  Nevaire  ly  aporta  devant  luy,  &  il 
tendy  les  mains,  &  baila  les  pies  deNofîre  Seignor  Jhefus 
Crin1,  &  dift  fi  corne  il  pot:  «  In  manus  tuas,  domine, 
commendo  fpiritum  meum!  »  Et  enly  rendy  Fefperit  à 
Deu.  Le  cors  onques  ne  le  remua  à  la  mort,  &,  le  Ton 
croit  que  bone  arme  vait  devant  Deu,  l'on  deit  bien  eftre 
certein  que  la  loue  arme  y  ala  en  paradis.  Maintenant 
me(îire  Balian,  Ion  fis,  demora  leignor  de  Baruth  en  l'on 
leuc,  quy  bien  le  contint  &  vigourofement,  &  il  ot  bons 
frères  &  couhns,  <3c  bons  amis  quy  moût  bien  ly  aidèrent. 
213.  En  celé  faifon,  Tan  de  M.cc  &  xxxix,  avint 
que  une  grant  cruifee  s'efmut  dou  royaume  de  France 
por  palier  en  la  Terre  Sainte.  Dont  ly  plufors  parlèrent 
par  Marleille  &  li  autre  par  Brandis.  En  celé  muete  y 
furent  Theobals,  le  roy  de  Navare,  quy  eftoit  cuens  de 
Champaigne,  Hugues,  li  ducs  de  Borgoigne,  Piere  de 
Dreues,  que  l'en  clamoit  Piere  Mauclerc,  li  cuens  de 
Bretaigne,  Johans  de  Dreues,  cuens  de  Malcon,  li  cuens 
de  Foroys,  li  cuens  de  Nevers,  Henris,  li  cuens  de  Bar 
le  duc,  Amaury,  li  cuens  de  Monfort  &  autres  plufors 
riches  homes,  des  quels  li  cuens  de  Bar  <5c  ly  cuens  de 
Monfort  à  lor  compaignie  paiïerent  de  Marleille.  Celuy 
paffage  fù  apelé  ly  paiïage  des  barons  por  ce  qu'il  y 
furent  tant  de  grans  barons,  corne  vos  avés  01  nomer. 
Quant  cift  baron  furent  venus  &  arivés  à  Acre,  le  jour  de 
fainr  Gille,  quy  eft  le  premier  jor  dou  moys  de  fetembre, 
bien  le  troverent  en  tor  de  .m.  chevaliers,  &  furent  her- 
bergiés  par  my  la  ville  &  dehors  au  Sabelon.  Là  fi  orent 
conleil  &  par  acort  murent  por  aler  fermer  Efcalone,  & 
chevauchèrent  tant  que  il  vindrentà  Jaffe  &  orent  les  gens 
dou  pais  ovec  eaus.  Quant  il  furent  là  venus,  une  elpie 
lor  fift  lavoir  que  il  avoit  à  Gadres  mil  Turs  herbergiés, 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  I IÇ 

&  leur  cheveteine  eftoit  .j.  amirail  que  l'on  nomoit  le  1239 
Roquene  Hegeni.  Quant  les  creftiens  forent  ces  novelles, 
fi  s'acorderent  qu'il  iroyent  à  celé  befoigne  .iiijc.  cheva- 
liers. Si  y  ala  li  cuens  de  Bar  le  duc  &  ly  cuens  Amauris 
de  Monfort,  &  Balyan,  feignor  de  Saete  &  Heude  de 
Monbeliart  &  Johan  d'Ybelin,  feignor  d'Arfuf.  Il  murent 
de  Jaffe  à  prime  foir,  6c  chevauchèrent  fi  que  il  furent  au 
jour  près  de  Gazere.  Lots  s'armèrent  &  chevauchèrent  les 
efcheles  rengées  celé  part  où  li  Turs  eftoyent.  Quant  li  Turs 
le[s]  virent  venir  vers  eaus,  fi  montèrent  6c  le  retreïffent  en 
une  tertre,  6c  ly  Roch  a  ot  conleil  à  lagent  qu'il  en  feroit, 
6c  il  ly  loerent  que  il  le  partift  d'enquy;  6c  s'en  alaft,  car 
il  n'avoir  mie  gent  por  combatre  à  eaus.  Li  Roch  ref- 
pondy  que  au  partir  venroit  il  tout  à  tens,  mais  il  en- 
veyeroit  fon  gros  harneis  6c  yroit  aiïayer  lor  couvine. 
Lors  le  fift  enfi  com  il  avoit  dit,  fi  que  il  envoya  .ijc.Turs 
por  hardoier,  dont  il  avint  que  f\  toft  com  ly  hardeour 
aprocherent  as  creftiens,  il  fe  mirent  à  corre,  ly  creftien  6c 
comencierent  à  ferboillier  6c  bouter  foy  li  .j.  en  l'autre. 
Quant  ly  charceour  virent  ce,  fi  les  comencierent  plus 
à  hafter  6c  à  tenir  près.  Ly  Roch  aparfut  le  malvais  con- 
tenement  des  creftiens,  fi  s'avala  dou  ter[t]re  où  il  eftoit  6c 
fe  mift  à  aler  grant  aleiire  vers  la  befoigne.  Si  toft  com 
il  vint,  il  6c  fa  gent  ferirent  des  efperons  6c  fi  eftoutey- 
ment  fe  ferirent  en  my  les  creftiens  por  le  malvais  fem- 
blant  que  il  lor  avoyent  veù  faire,  que  moût  les  menèrent 
mal,  dont  les  creftiens  fans  mètre  nul  conroy  entr'eaus 
fe  miftrent  à  defconfiture;  6c  quy  s'en  pot  aler,  G  s^en  ala. 
Là  fu  pris  Aumauris,  li  cuens  de  Monfort,  6c  y  fu  ocis 
Henris,  le  cuens  de  Bar  le  duc;  6c  y  ot  grant  mafte  de 
chevaliers  que  pris  que  mors;  6c  Templiers  6c  Holpita- 
liers   6c  d'autre  gent  à  pié  y  furent  tous  perdus  6c  dou 

a.  Mf.  royh. 


120  LES  GESTES  DES  CHIPROIS. 

1239  hernois  tout  le  plus.  Ceaus  quy  efchaperent  de  la  ba- 
taille, s'en  vindrent  à  Efcalone,  où  il  troverent  le  roy  de 
Nevaire  &  le  conte  de  Bretaigne  o  tout  lor  oft.  Si  toft 
com  il  furent  là  venus,  fi  grant  esfroy  fe  mift  en  eaus 
tous,  que  il  lor  fembloit  que  ly  Sarazin  les  deiïffent  venir 
prendre  tous,  dont  il  avint  que  fi  toit  com  il  fu  anuitié 
chaicun  fe  mift  à  aler  vers  JafTe,  fans  conroy  &  fans 
atendre  l'un  à  l'autre,  ains  s'en  aloyent  aucy,  corne  def- 
confis,  fi  que  il  lailïerent  grant  planté  de  viandes  &  de 
hernois.  Ouant  il  furent  à  Jaffe,  il  y  demorerent  moût 
poy,  ains  le  partirent  por  aler  vers  à  Acre,  &  ne  finerent 
tant  que  il  furent  là  venus  :  fi  le  tindrent  &  y  demorerent 
.j.  lonc  tens  fans  rien  faire  de  profit.  De  celé  bataille 
efchaperent,  entre  les  autres  des  gens  dou  païs,  Balian, 
feignor  de  Sayete,  &  Phelippe  de  Monfort  &  Johan  d'Y- 
behn,  feignor  d'Arfuf,  &  Eude  de  Monbeliart  <5c  plufors 
autres  des  pèlerins. 

214.  Dedens  ceft  fait  .j.  clerc  de  Triple,  quy  avoit 
nom  Guillaume,  Champenés  en  furnom,  mais  il  eftoit 
nés  de  Triple  &  eftoit  moût  acointe  dou  feignor  de  Ha- 
man,  &  uloit  moût  entor  luy,  vint  en  l'oit  dou  roy  de 
Navare  &  dift  as  barons  que  le  foldan  de  Haman  lor 
mandoit  que  fe  il  voloyent  venir  vers  fa  terre,  par  quoy 
il  eiift  la  force  &  l'aye  des  creftiens,  il  lor  metroit  en 
main  lés  forterefies  &  devendroit  creftiens,  &  de  ce  lor 
mandoit  il,  moût  priant  &  requérant  que  il  ne  demo- 
raft  en  eaus  que  il  cefte  choie  n'atainfiiîent.  Lors  le  party 
l'oft  d'Acre  &  chevauchèrent  toute  la  marine  tant  que  il 
furent  à  Triple.  Là  s'arefterent  &  herbergerent  devant  la 
cité  delous  Montpelerin,  &  de  là  envoyèrent  lor  meffages 
au  foldan  de  Haman  en  la  compaignie  dou  devant  dit 
Guillaume  le  clerc,  por  l'avoir  fe  il  vodroit  porfivre  & 
parfaire  ce  que  il  lor  avoit  mandé.  Celuy  loldan  fift 
femblant  de    demander    covenances,  &  les  mena  par 


IL    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  I2l 

paroles  une  pièce,  &  en  la  fin  lor  failly  dou  tout,  corne  I239 
celuy  quy  ne  le  faifoit  fors  que  garer;  &  ceft  Semblant  que 
il  en  fift  ne  fu  que  por  paour  de  la  dame  de  Halape,  la 
mère  dou  ioldan,  quy  avoit  à  luy  guerre.  Icele  dame 
tenoit  la  feignorie  de  Halappe,  por  ce  que  fon  fis,  le 
Ioldan  de  Halappe,  eftoit  enfant  &  merme  de  aage. 
Quant  li  creftiens  le  furent  aparceùs  de  la  menfonge  & 
dou  barat  dou  Ioldan  de  Haman,  après  ce  que  il  orent 
demoré  une  pièce  devant  Triple  où  Beymons,  iy  princes 
d'Antioche,  les  ot  moût  honorés  &  fait  à  plaifir,  il  s'en 
partirent  &  retornerent  à  Acre  ;  mais  Johans,  li  cuens 
de  Mafcon,  morut  à  Triple,  <Sc  fu  enterrés  au  mouftier. 

21  y.  Quant  nos  pèlerins  furent  revenus  à  Acre,  ne 
targa  gaires  que  il  s'en  alerent  herbergier  en  la  paumerée 
de  Cayphas  pour  douner  herbe  à  lor  chevaus,  &  quant 
Ferbe  fu  faillie,  il  s'en  alerent  herbergier  à  la  fontaine 
de  Saphorie;  &  en  tant  con  il  eftoient  là,  lor  vint  .j. 
meflfage  de  par  le  Ioldan  de  Damas  por  traiter  de  la 
triue.  Iceluy  foldan  avoit  nom  le  Salah  &  avoit  efté  & 
eftoit  encores  lor  feignor  de  Maubec,  &  fï  fu  fis  de  Sei- 
fedin  le  Heidel.  La  chofe  ala  tant  d'une  part  &  d'autre 
que  la  triue  fu  faite  de  luy  as  creftiens,  &  leur  rendy  par 
la  triue  le  chafteau  de  Beaufort  &  le  chafteau  de  Saphet 
au  Temple  &  toute  la  terre  de  Jerufalem  que  ly  Franc 
tindrent  de  la  marine  jufques  au  flum  Jordein  ;  &  ly 
creftien  ly  orent  en  covent  que  il  ne  feroyent  triues  ne 
fin  au  Ioldan  de  Babiloine  fans  luy  &  fans  fon  acort,  & 
que  il  feroyent  enfayé  encontre  celuy  foldan  &  que  il 
s'en  iroyent  herbergier  à  Efcalone  ou  à  Jaffe  o  tout  lor 
pooir  por  défendre  que  [le]  foldan  de  Babiloine  ne  paf- 
laft  la  terre  &  entraft  en  la  terre  de  Surie  ;  &  le  devant 
dit  Ioldan  fe  devoit  herberger  delés  eaus,  là  où  le  flum 
de  Jaffe  lourt.  Toutes  ces  covenances  que  vous  [avés] 
oies  furent  juré[e]s  de  tous  les  barons  de  l'oit  &  dou 

16 


122  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1239-1240  foldan,  &  de  fes  amiraus,  &  de  comfail  le  lor  rendy,  le 
devant  dit  chafteau  de  Beau  fort  &  la  terre  de  Sayete  & 
celé  de  Thabarie. 

216.  Quant  la  triue  fu  jurée  tele  corne  vous  avés  oï 
ci  ariere,  les  creftiens  s'en  alerent  herberger  à  JafTe  &  le 
Salah  de  Damas  o  luy,  &  le  lire  de  la  Chamele  ;  fi  le 
herbergerent  au  chef  dou  flum  à  tout  lor  oft.  Icefte  triue, 
dont  vous  avés  oy,  avoit  efté  porchafcée  &  faite  par 
l'atrait  dou  Temple  &  fans  l'acort  de  l'Ofpitau  de 
Saint  Johan,  dont  il  avint  que  FOipitau  reporchaffa, 
enfi  que  le  loldan  de  Babiloine  fïft  triues  à  partie  des 
creftiens,  &  là  jurèrent  le  roy  de  Navare  &  le  conte 
de  Bretaigne  &  moût  d'autres  pèlerins,  ne  onques  ne 
regardèrent  au  fairement  que  il  avoient  fait  au  loldan 
de  Damas  en  ce  que  celé  triue  fu  faite  en  la  manière 
que  vous  oies.  Ly  rois  de  Navare,  &  ly  cuens  de  Bre- 
taigne &  li  autre  pèlerin,  quy  celé  triue  de  Babiloyne 
avoient  jurée,  fe  partirent  de  JafTe  &  alerent  à  Acre  & 
louèrent  lor  nés  pour  pafler  outre  mer  en  lor  pais.  Ly 
maiftre  de  FOipitau,  frère  Piere  de  Vilebride,  quy  celé 
triue  avoit  jurée  &  n'avoit  riens  juré  au  foldan  de  Damas, 
fe  party  de  JafTe  o  tout  ion  couvent,  &  s'en  ala  à  Acre, 
&  enquy  fe  tint.  Les  gens  de  la  terre  &  ly  Templier 
&  le  conte  de  Nevers  &  une  partie  des  pèlerins  demo- 
rerent  à  JafTe  &  ne  fe  voftrent  partir  ne  retraire  des  cove- 
nances  qu'il  avoyent  eiies  au  foldan  de  Damas.  Enfy  fu 
le  fait  des  creftiens  en  débat  &  en  diicorde,  que  les  uns 
fe  tindrent  à  l'une  triue  &  les  autres  à  l'autre  triue. 

217.  En  celan  morut  meiîire  Balian,  feignor  de  Sayete. 

218.  En  ceft  point  que  li  pèlerin  eftoient  à  Acre,  la 
royne  Aalis  de  Chipre  efpoufa  .j.  haut  home  de  France, 
quy  avoit  nom  meiîire  Raoul  de  Saiflons,  &  eftoit  frère 
dou  conte  de  Saiftons. 

219.  Encore  en  l'an  de  M.CC  &  XL,  vint  à  Acre  le 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE. 


I25 


conte  Richart  de  Cornoaille  &  frère  dou   roy   Henry  1240 
d'Engleterre,  &  mena  belle  conpaignie  de  chevaliers  & 
porta  grant  avoir;  &  quant  il  fu  venus  à  Acre,  il  feher- 
berga   en  la  maifon   de  l'Ofpital  de   Saynt  Johan,   & 
quant  il  ot  efté  une  pièce,  <5c  il  ot  harneifîîé  &  atiré  foi 
&  fes  gens,    il  s'en  ala  à  Jaffe,  &  là  le  herberja  o  les 
autres  creftiens   quy  là  eftoient  ;  &  en  ce  qu'il  eftoit  là, 
li  Templiers  le  tindrent  moût  près  que  il  le  tenift  à  la 
triue  &  as  covenances  dou  foldan  de  Damas  &  que  il 
la  jurait  Ly  Hofpitalier  auci  mandèrent  à  luy  &  le  ren- 
preiiferent  moût,    que  il  fe  tenifl  à  celé  dou  foldan  de 
Babiloine  ;  &  à  Acre  meïfme  en  avoyent  il  affés  parlé  à 
luy,  dont  il  ne  voft  faire  ne  l'un  ne  l'autre,  ains  dift  que 
fe  li  creftien  quy  eftoyent  à  Jaffe  vofifent  aler  herberger 
à  Efcaione,  il  eftoit  preft  de  fermer  le  chafteau.  Ly  baron 
de  l'oit  &  ly  Temple  &  ly  Hofpital  des  Alemans  orent 
confeil  &   virent  que  ce  que  il  requeroit  eftoit  porflve- 
ment  de  covenans  que  il  avoyent  au  foldan  de  Damas 
&  le  profit  de  la  crefiienté.  Si  s'acorderent  &  murent  de 
Jaffe.    Quant  il  orent  porchafcié  ovriers  &  ce  que  mef- 
tier  fu   au  labour,  fi  s'en  alerent  à  Efcaione.  Ouant  il 
furent  là  venus,  il  établirent  lor  afaire  &  comencierent 
lor  labour,  &  fu  li  challeaus  fermés  en  la  manière  que 
ly  roys  Richart  d'Engleterre,   l'oncle   de   ceftuy   conte 
Richart  quy  ores  le  fermoit,  l'avoit  fermé  ;  li  le  garny 
de  ce   que  il  pot,    &  lors  manda  il  en  Jerufalem  à  .j. 
chevalier  quy   avoit  nom   Gauter  Pennenpié,   quy    en 
eftoit  baill  de  par  Pempereor  Federic  &  tenoit  la  cité  de 
Jerufalem  par  la  fiance  &  la  triue  dou  foldan  de  Babi- 
loine. Si  toft  corn  feluy  Gauter  Penne  fu  venus  à  Efcaione, 
ly  cuens  Richars  ly  rendy   &  livra   le  chafteau  que  il 
deiift  garder  por  l'empereor.  Quant  le  conte  Richart  de 
Cornoaille  ot  ce  fait,  il  aferma  la  triue  o  le  foldan  de 
Babiloine  ck  fift  délivrer  de  prifon  le  conte  Amaury  de 


124  LES    GESTES    DES  CHIPROIS. 

1240-1 241  Monfbrc  &  les  autres  chevaliers  que  le  Roch  avoit  pris  à 
la  defconfiture  que  les  creftiens  orent  à  Gazere.  Ouanc 
le  conte  Richart  ot  tout  ce  fait,  il  s'en  retorna  à  Acre 
&  loa  la  nef  &  s'en  ala  en  fon  païs  en  ceiuy  an  meïfme, 
&  où  que  l'oft  des  creftiens  aloit,  le  foldan  de  Damas  o 
tout  ion  oft  eftoit  tous  jors  herbergiés  près  d'eaus. 
Quant  il  orent  efté  grant  pièce  à  Jaffe,  li  pèlerin  quy 
eftoient  demoré  après  les  autres,  s'en  vodrent  retorner 
en  lor  païs,  fi  que  il  s'en  alerent  à  Acre  &  enquy  loerent 
lor  nés  &  s'en  parlèrent,  <5c  tuit  li  autre  creftien  s'en  re- 
tornerent  lors  à  Acre. 

220.  En  l'an  de  M.CC.XLI,  Johan  d'Eybelin,  fis  dou 
leignor  de  Baruth,  comenfa  à  fermer  le  chafteau  d'Arfuf 

221.  Ci  en  droit  vous  dirons  aucunes  choies  des  gens 
de  l'empereor  Federic  qui  eftoyent  à  Sur.  Les  Longue- 
bars  quy  eftoient  à  Sur  quoy  &  en  pais  une  pièce, 
Richart  Philanger,  ly  marelchaus  de  l'empereor,  por- 
chafla  tant,  &  fift  que  il  atraïft  à  fa  partie  les  frères 
de  l'Ofpital  &  .ij.  gransborjois  d'Accre  quy  moût 
avoyent  grant  pooir  fur  le  peuple  de  la  ville.  L'un  avoit 
nom  Johan  Vaalin,  &  l'autre  Guillaume  de  Conches. 
En  cel  tens  eftoit  fi  avenus  que  en  Acre  n'eftoit  nus  de 
ceaus  de  Ybelin  que  .j.  tout  foui,  quy  avoit  nom  mefîire 
Phelippe  de  Monfort.  Celuy  eftoit  d'outremer  venu, 
quant  le  roy  de  Nevaire  vint  à  Acre.  Il  avoit  efpoufée 
une  haute  dame  dou  païs,  quy  le  nomoit  la  dame  dou 
Toron,  &  por  elle  fu  il  leignor  dou  Thoron  apelé  de 
par  fa  mère  &  eftoit  coufin  germain  à  meflire  Balian  le 
Juene,  leignor  de  Baruth  &  de  fes  frères.  Adonc  eftoit 
venu  de  l'oft  le  roy  de  Navare,  meffire  Balian  d'Ybelin, 
leignor  de  Baruth,  où  il  avoit  grant  tens  efté  &  grans 
menfions  faites;  fi  fejornerent  à  Baruth  -,  fes  .ij.  frères, 
meflire  Guy,  &  meflire  Bauduyn,  quy  puis  furent  de  moût 
grant  a  faire,  eftoient  en  Chipre.  Meflire  Hue,  lor  frère,  & 


II.    PHELIPPE    DE   NEVAIRE.  12^ 


le  juene  feignor  de  Cezaire  eftoyenr  ja  crefpaiïés  de  ceft  1241 
fiecle,  donc  moût  eftoit  grant  damage  &  granc  perce  à 
tous  lor  amis  &  à  les  .ij.  royaumes;  mefîîre  Johan  de 
Foges,  lor  frère,  eftoit  à  Sur  &  Eude  de  Mobeliarr,  le 
coneftable,  quy  avoit  lor  cou  fine  &  eftoit  en  leu  de  baill 
à  Acre,  eftoit  à  celuy  jor  à  Cezaire,  entre  luy  <5c  li  Tem- 
plier en  oft,  o  partie  des  chevaliers  de  la  terre,  &  por  ce 
Richart  Philanger  fift  plus  leiiremenr  celé  emprife. 

222.  Adonc  avinc  que  le  baill  de  Sur,  memre  Richarc 
Philanger,  quy  tant  avoit  efpié  &  f'eii  &  avoit  fait  le 
porchas  de  ceaus  .ij.  borgés  deffus  moty[s],  s'elmut  &  vint 
coyement  de  nuic  à  Acre  &  entra  par  une  fauce  pofterne, 
quy  eft  au  bore  en  .j.  jardin  de  l'Hofpital;  &  de  là  ala 
droit  à  l'Ofpital  de  Saint  Johan,  &  laens  fu  recuillis, 
&  demora  .j.  jour  &  une  nuit.  Encore  eft  apelée  celé 
pofterne  la  Porte  de  Maupas  ;  les  .ij.  borgés  deiïus  nou- 
més  alerenc  à  l'Ofpital  &  parlèrent  à  luy.  Il  alerent  après 
par  la  ville,  requérant  ceaus  de  lor  jure,  ôefaifoient  jurer  ^ 
tous  ceaus  qui  les  voloyent  croire  d'eftre  au  comande- 
ment  dou  baill  qui  eftoit  venu  de  Sur.  Lor  fait  fu  def- 
covert  par  aucuns  de  ceaus  de  la  jure,  fi  que  Phelippe  de 
Monfort  le  fot,  &  le  cry  fu  en  la  ville.  Il  lailly  as  armes 
o  tant  de  gent  com  il  pot  avoir;  li  Jenevois  &  ly  Venef- 
fien,  quy  n'amoyent  point  fempereor  ne  fa  gent,  s'ar- 
mèrent tantoft  &  fouftindrenc  lor  rue  en  fore.  Meffire 
Phelippe  de  Monfort  lift  tant  que  il  prift  les  .ij.  borgés 
&  les  mift  en  bons  fers.  Il  manda  tantoft  faire  afaver  la 
convine  au  feignor  de  Baruth.  Il  s'en  vint  haftivement 
&  amena  tout  fon  esfors  &  grant  planté  de  fergens  de 
la  montaigne.  Moût  vint  haftivement  &  paffa  devant  les 
portes  de  Sur.  Richart  Philanger  le  baill  quy  eftoit  à 
Acre  muffé  à  fofpical,  foc  bien  la  venue  dou  feignor  de 
Baruch  &  la  prife  de  fes  .ij.  amis.  Tancoft  s'enfùy  de 
nuit  par  la  fauce  pofterne,  &  s'en  revint  à  Sur.  Moue 


I2Ô  LES   GESTES    DES   CHIPROIS. 

1241  poy  failly  qu'il  n'e[n]contra  le  feignor  de  Baruth.  Entra  à 
Acre,  tantoft  fu  toute  la  ville  à  fon  comendement  ;  l'en 
ly  douna  à  entendre  que  ly  Hofpitalier  avoyent  elle  con- 
fentant  à  ceftuy  fait.  Il  ailega  l'Olpital  tout  environ  &  le 
tint  moût  près,  &  maumena,  &  le  pot  lors  legierement 
faire,  car  ly  maiftre  frère  Piere  de  Villebride  &  ly  covens 
de  l'Olpital  eftoyent  adonc  au  chafteau  de  Margat  por 
une  guerre  que  il  avoyent  au  ioldan  de  Halappe  por  le 
fait  des  marches  dou  Margat  &  de  la  cité  de  Gibel.  Le 
feignor  de  Baruth  lot  puis  que  Richart  Filanger  le  bail 
s'en  eftoit  fuy  de  l'Olpital  &  aie  [à]  Sur.  Le  coneftable 
&  les  gens  de  la  terre  quy  eftoyent  à  Cezaire,  revindrent 
de  l'oit  à  Acre,  &  furent  au  comandement  dou  ieignor 
de  Baruth  &  demorerent  .j.  grant  tens  enfy  à  Accre. 

225.  Le  lire  de  Baruth  tint  la  maifon  de  l'Olpital  Saint 
Johan  d'Acre  allégée  entor  de  .vj.  mois,  lî  que  riens  n'i 
laiffoit  entrer  ne  ifîir  de  la  maifon,  lans  ce  que  nul 
autre  forfait  y  peuiïent  faire.  Car  trop  de  bounes  gens 
s'en  eftoyent  mis  en  garnilon  dedens  la  maifon,  mais  il 
y  avoit  poy  de  frere[s]  por  ce  que  ly  maiftre  &  li  covens 
eftoyent  de  fors,  enfi  con  vous  avés  oy  dire  devant. 
Sur  ce  ly  maiftre  <5c  ly  covent  de  l'Olpital  acorderent  le 
fait  de  lor  befoigne  &  s'en  vindrent  vers  Accre  &  le 
herbergerent  de  hors  la  ville  en  leur  vigne  nueve.  Comuns 
amis  s'entremiftrent  &  miftrent  acort  entr'eaus,  <5c  le 
feignor  de  Baruth,  &  ly  lièges  de  la  maifon  en  fu  oftés, 
dont  le  lire  de  Baruth  lé  rendy  moût  colpable  vers  la 
maifon  de  celuy  fait,  &  lor  requift  pardon,  &  lor  dift 
en  apert  que  cely  avoyent  fait  faire  aucunes  gens  quy 
n'amoyent  pas  l'Olpitau,  quy  li  dounerent  à  entendre 
que  ce  que  Richars  Filanger  enprifl  de  faire  en  la  cité 
d' Accre  <5c  tout  celuy  remuement  avoit  elle  par  le  por- 
chas  &  l'atrait  de  la  maifon  de  l'Olpital,  &  que  Richars 
Filanger  eltoit  encores  dedens  la  maifon  de  l'Olpital,  & 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  1 27 

que  por  cefte  raifon  avoit  il  la  maifon  allégée,  de  quoi  1241 
li  en  pefoit  tant  con  il  pooit  plus.  Lor  dift  ly  maiftres  de 
l'Oipital  au  feignor  de  Baruth  :  «  Sires  de  Barut,  vous  ne 
devés  pas  croire  que  la  maifon  de  POfpital  feïfl  ou  con- 
fentifl  à  faire  fi  grant  emprife  là  où  nous  &  noflre  cou- 
vent eftiens  hors  d'Accre  &  fi  loins  &  fi  enbefoignés  con 
nous  eftiens  lors  au  chafleau  de  Margat,  &aviens  fi  poide 
frères  laiffié  en  la  maifon  d'Acre,  con  chafcun  fait,  6k 
fufl  encores  que  aucuns  de  nos  frères,  quylors  efloyent 
en  la  maifon  d'Acre,  le  fuiïent  en  aucune  manyere  male- 
ment  portés  en  celuy  fait,  portant  ne  devoit  toute  la 
maifon  eftre  chargée  de  recevoir  fi  vilain  charge  ne  fi 
grant  honte  con  d'eftre  afFegée  por  fi  faite  raifon.  Ne 
por  quant,  puis  que  les  chofes  font  acordées  au  gré  des 
.ij.  parties,  les  chofes  quy  font  paiïées  font  dou  tout  à 
obliver.  » 


Corne  T^icharr  Filanger  party  de  Sur  pour  aïer  outremer. 

224.  En  cefi  point  efloit  avenu  que  Fempereor  Fede- 
ric  avoit  mandé  à  fire  Richart  Filanger,  fon  baill,  quy 
efloit  à  Sur,  que  il  alaft  à  luy,  car  il  voloit  mander  en 
Surie  .j.  autre  en  fon  ieuc.  Le  devant  dit  fire  Richart  fe 
mift  en  une  grant  nef  por  paffer  en  Puille,  &  o  luy  fe 
miftrent  Henry,  fon  frère,  Johan  de  Sorent,  fe[n  |  nevou, 
&  lor  femes  &  lor  enfans  &  toute  lor  maihnée  ;  &  au 
partir  laiffa  en  fon  leu  Lotier,  fon  frère,  &  li  livra  la 
cité  de  Sur  &  le  chafteau,  car  il  eftoit  marefchal  dou 
reyaume  de  Jerufalem  par  Fempereor,  en  ce  que  Richart 
Philanger  fu  partis.  Les  gens  de  Sur,  quy  moût  hayoient 
les  Longuebars,  fi  vindrent  .iiij.  d'eaus  au  feignor  de 
Baruth,  &  ly  offrirent  que  il  ly  renderoyent  la  cité  de  Sur 
6c  ly  deviferent  cornent.  Il  en  ot  confeill  à  mefFire  Phe- 


128  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


1241  lippe  de  Monfort  &  à  feignor  dou  Touron  &  à  Phelippe 
de  Nevaire,  quy  moût  eftoit  privé  de  luy.  Le  confeil 
s'acorda  à  ce  que  il  s'acordaft  à  Tes  gens  ;  lors  relut  lor 
fairemens  des  .iiij.  borgois  de  Sur. 

22f.  Sur  ce  Phelippe  de  Nevaire  s'apenfa  une  nuit,  & 
s'en  vint  à  fon  feignor,  le  fire  de  Baruth,  &  ly  dift  :  «  Sire, 
je  ay  pencé  une  choie,  quy  vous  gardera  de  blahme: 
vous  lavés  que  vous  &  les  autres  dou  reyaume  de  Jeru- 
faiem, feïftes  homage  à  Tempereor  por  le  bailliage  de 
l'on  fis  le  roy  Corat;  vous  avés  bien  gardé  voftre  foy 
tous  jors,  &  il  la  loue,  fi  corne  il  pert  ;  je  vos  fais  affaver 
que  le  roy  Conrat  efl:  d'aage,  &  par  railon  efr.es  vous 
mais  quite  à  Fempereor  ;  mais  bien  feroit  que  chafcun  le 
fâche  ains  que  vous  preignés  Sur,  ne  que  vous  ly  tolés 
ion  baillage,  car  encor  crie  l'on  le  ban  de  fempereor  à 
Sur,  corne  baill,  &  vous  poés  tenir  bone  voye  &  hono- 
rable, s'il  vous  plaid.  Il  efl:  couftume  au  royaume  de 
Jerufaiem  que  le  plus  dreit  heir  &  le  plus  aparant  en- 
porte  l'étirage  par  raifon  tant  que  plus  dreit  heir  de  ly 
veierne,  &  vous  avés  en  celle  ville  madame  la  reyne 
Alis,  mère  dou  roy  Henry,  quy  efl:  voftre  coufine  ger- 
maine, &  elle  efl;  le  plus  dreit  heir  aparant  dou  royaume 
de  Jerufaiem,  corne  celé  quy  efl:  fille  de  la  reyne  Yzabeau 
quy  fu  dreit  heir  dou  royaume  de  Jeruialem  &  fille  dou 
roy  Amaury.  Bien  efl:  voir  que  le  roy  Co[n]rat  efl:  del- 
fendu  de  l'ainhnée  fuer  ■  &  s'il  fuit  prefent,  il  devroit 
avoir  l'eritage,  mais  jufque  atant  que  il  veigne,  celé  efl; 
le  plus  droit  heir  aparant.  Por  ce  vous  loe  ge  que  vous 
faciès  aiïembler  tous  ceaus  dou  royaume  de  Jerufaiem 
&  que  la  reyne  Alis  veigne  avant  &  requière  le  royaume 
de  Jerufaiem  par  la  raifon  devant  dite,  &  moftre 
cornent  vous  elle  quite  à  l'empereor.  Et  vous  ferés  tant 
que  la  reyne  fera  en  la  feignorie,  &  quant  elle  requerra 
Sur,  &fe  l'on  ne  li  rent,  [à]  elle  ou  à  fon  comandement, 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  I  20, 

(&)  ou  à  ion  lervile,  &  au  conicnt  que  vous  avrés  des  1241 
gens  de  la  ville,  le  Deu  plaid,  vous  prendrés  la  ville  de 
Sur  moût  bien  &  à  grant  hennor  de  vous,  &  delivrerés  les 
Longuebars  de  toute  la  Surie.»  Quant  le  feignor  de  Baruth 
ot  oye  celle  raifon,  moût  en  fu  liés  &  bien  s'acorda  main- 
tenant; tantoft  manda  por  mon[leignor]  Phelippe  de 
Monfort,  feignor  dou  Toron;  6c  Phelippe  de  Nevaire, par 
le  comandement  dou  feignor  de  Baruth,  fon  feignor, 
retraïfl:  au  feignor  dou  Toron  tout  ce  qui  eft  deffus  dit. 
Celuy  s'acorda  maintenant  &  moût  loa  l'emprife,  &  le 
crut,  &  moftra  bounes  raifons  affes  corne  celuy  quy 
eftoit  moût  fages  &  avilies.  Tantoll  mandèrent  Phelippe 
de  Nevaire  :  ala  à  la  reyne  Aalis  &  à  mefîïre  Raoul  de 
Saiffons,  un  haut  baron  de  France,  quy  eftoit  fon  mary. 
Phelippe  de  Nevaire  li  retraïft  la  volenté  des  riches  homes 
deiTus  noumés,  quy  anduy  eftoyent  coulin  germain  de 
la  reyne  Aalys.  Moût  en  orent  grant  joie  &  diftrent  à 
Phelippe  de  Nevaire  qu'il  voloyent  que  il  fuft  le  couteau, 
&  eaus  feroyent  la  pièce  de  char  &  poroyent  tailer  & 
partir  à  fon  gré.  Phelippe  porparla  &  ala,  &  vint  tant 
que  tout  fù  adrecé.  Moût  y  ot  de  covenans:  entre  les 
autres  choies  fu  ordené  &  juré  que  le  feignor  de  Baruth 
&  celui  dou  Toron  devoyent  tenir  &  garnir  toutes  les 
fortereiïes  dou  royaume,  por  ce  que  fe  le  roy  Courat 
y(n)  venift,  qu'il  ly  peiiflent  faire  ce  qu'il  devroyent; 
entre  Phelippe  de  Nevaire  &  .j.  borgés,  quy  avoit  nom 
Phelippe  de  Bauduyn,  qui  eftoit  fage  &  moût  privé  dou 
feignor  du  Toron,  ordenerent  &  ecriftrent  toutes  les 
covenances  fi  privéement  que  parole  ne  fu  feue  par  le 
païs. 

226.  Le  feignor  de  Baruth  &  le  feignor  dou  Toron 

firent  aiïembler   tous    les  homes  liges    de  la  feio-norie 

d'Acre  chés  le  patriarche  de  Jerufalem.  Les  Jenevés  & 

les  Veneciens  &  les  Pifans  y  furent,  &  toutes  frairies  de 

c  i7 


I^O  LES   GESTES   DES   CHIPROIS. 

1242  la  ville  aufy.  La  reyne  Alis  &  fon  mary,  Raoul  de  Saif- 
fons,  y  vindrent.  Phelippe  de  Nevaire  fu  à  lor  confeil,  & 
moftra  lor  parole  &  dift  moût  hautement  toutes  les 
raifons  &  les  paroles  que  vous  avés  devant  oyes,  que  la 
reyne  Alys  eftoit  la  plus  droite  heir  aparant  à  avoir  &  à 
tenir  la  feignorie  dou  royaume  de  Jerufalem;  pourquoy 
elle  &  Ion  mary  lor  requeroient  l'omage  &  le  fervyfe 
dou  royaume.  Donc  offrirent  à  tenir  les  bons  ufages  & 
les  bons  coftumes  dou  royaume.  Ceaus  dou  royaume 
Te  traïftrent  à  une  part,  &  apelerent  Phelippe  de  Nevaire 
à  lor  confeil,  &  lor  requièrent  confeil  &  avéement  de 
faire  refpons.  11  lor  moftra  toutes  les  raifons  que  vous 
avés  defus  oyes,  fi  corne  la  reyne  Alis  eft  la  plus  dreit 
heir  aparant,  &  cornent  il  eftoyent  quite  à  Tempereor 
Federic,  puis  que  fon  fys  Corrat  eftoit  d'âge;  &  bien  lor 
loa  &  confeilla  que  il  meïfïent  la  reyne  Alis  en  faizine  dou 
reyaume  de  Jerufalem,  corne  le  plus  dreit  heir  aparant, 
&  ly  feïffent  homage  &  fervife  par  enfi  que,  tantoft  corne 
le  roy  Courat  venroit  au  royaume  de  Jerulalem,  que  il 
fuiïent  quite  à  la  reyne  Alis,  &  à  luy  feïffent  ce  qu'il 
deiïffent.  Au  confeil  de  Phelippe  de  Nevaire  s'acorda 
toute  la  court,  &  le  prièrent  que  il  meïfme  fift  les  refpons 
à  la  reyne  Alis,  &  il  le  fift  volentiers.  Adonc  ly  avint  ce 
que  l'on  ly  fo[lo]it  dire  à  gas  que  il  meïfme  [feïft]  le 
claim  &  le  refpons  &  l'efgart.  Maintenant  fu  mile  la 
reyne  Alis  en  la  faifine  dou  royaume  de  Jerulalem;  tout 
premier  ly  fift  homage  le  feignor  de  Baruth  &  puis  le 
feignor  dou  Toron,  &  après  tous  les  autres  chevaliers 
d'Acre,  &  ce  fu  en  Pan  de  M.CC  &  XLII. 

227.  Phelippe  de  Nevaire  en  fu  honorés  &  riches, 
car  la  reyne  li  douna  .m.  farazinas  de  fié  &  li  fift  payer 
fa  dete,  quy  bien  monta  .m.  mars  d'argent.  Phelippe 
fu  baillys  &  tous  fires,  &  tant  aftembla  des  rentes 
que   dedens   .îij.  jors  paya  les   fodoyers   &   les   galées, 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  I  3  I 


quy  alerent  au  liège  de  Sur,  car  la  reyne  Alis  avoir  ja  1242 
fair  requerre  Sur  5  &  les  Longuebars  ne  ly  voftrent a 
rendre  fire  Raoul  de  Saifïbns,  le  baron  de  la  dire  reyne 
Alis  ;  &  monfeignor  de  Baruth  &  le  feignor  dou  Toron 
retindrent  grant  planté  de  fodoyers  &  armèrent  galées, 
&  Phelippe  de  Nevaire  acheta  une  grant  nef  à  ceaus  de 
la  feignorie,  quy  fu  bien  garnie  de  gens  d'armes.  Les 
Jenevés  &  Veneciens  y  alerent  ;  moût  ot  grant  gent, 
Loft  mut  de  nuit  par  terre  &  par  mer,  &  alerent  tant 
que  il  vindrent  devant  Sur.  Le  feignor  de  Baruth  fift  tant 
que  il  parla  aucun  de  ceaus  quy  devant  ly  avoient  cove- 
nant  de  rendre  la  ville,  fi  com  vous  avés  oï  ;  li  ne  le  porent 
faire  en  la  manière  qu'il  avoyent  en  couvenant  de  rendre 
la  ville,  mais  ceaus  quy  eftoyent  de  luer  content  furent 
tous  armés  à  la  pofterne  devant  la  Boucherie  devers  la 
mer,  &  firent  enfeignes  à  ceaus  de  hors  de  corre.  Le 
feisnor  de  Baruth  fift  crier  as  armes,  &  comanda  à 
ceaus  des  galées  d'aler,  &  qu'il  entraiïent  par  my  le  port, 
le  il  deùlTent  mit  morir,  &  il  monta  entre  luy  &  la  gent, 
&  ferirent  des  efperons  &  s'en  alerent  par  la  mer  rés  à 
rés  des  murs  de  la  ville,  de  lés  l'Olpital  des  Alemans  où 
fes  amys  l'atendoyent  vers  la  pofterne  de  la  Boucherie. 
La  mer  eftoit  groce,  &  les  chevaus  cheoyent  por  les 
pieres;  plufors  gens  en  y  ot  en  péril  de  morir.  Celuy 
chey  en  la  mer  quy  portoit  la  baniere,  un  juene  cheva- 
lier qui  eftoit  fis  de  Phelippe  de  Nevaire,  quy  avoir  nom 
Balian,  por  le  feignor  de  Baruth,  quy  eftoit  l'on  parein. 
Celuy  s'abailla  &  prift  la  baniere  quy  flutoit  en  la  mer, 
&  le  porta  après  de  la  ville  le  feignor  de  Baruth,  &  les 
gens  y  entrèrent  en  la  ville  par  la  pofterne  moût  eftoute- 
ment  que  par  poy  ceaus  des  tours  &  des  defences  ne  les 
ociftrenc.  Tous  ceaus  des  galées  y  entrèrent  aucy  moût 

a.  Le  mf.  répète  ne  ly  votèrent. 


1^2  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1242  eftoutement;  quant  les  autres  gens  de  l'oft  quy  ne  fa- 
voient  que  ce  eftoit,  virent  ce,  fï  corurent  de  toutes 
pars  en  la  ville.  Sire  Raoul  de  Saiffons  y  monta  par  les 
murs  moût  eftoutement,  &  le  feignor  dou  Toron  fuit  le 
feignor  de  Baruth  par  la  poflerne.  Quant  les  gens  de  la 
ville  les  virent  fi  abandounéement  entrer,  fi  coururent 
lus  as  Longuebars.  Quant  Lotier  Filanger  fenty  &  conut 
le  fait  &  l'euvre,  Ci  s'arma  &  s'en  party  de  l'oftel  où  il 
eftoit,  &  s'en  ala  courant  au  chafteau,  &  tous  ceaus 
de  Puille  quy  en  la  ville  eftoyent,  corurent  au  chafteau 
quy  meaus  meaus.  Plufors  en  ot  que  mors  que  pris,  & 
perdirent  quanqu'il  avoyent  en  la  ville. Enfi  fu  prife la  cité 
de  Sur,  quy  eftoit  une  des  plus  fors  dou  monde.  Cil  quy 
orent  la  cité  de  Sur  prife,  le  miftrent  à  afegier  le  chafteau, 
&  moût  le  tindrent  près,  car  moût  avoit  de  gens  au  fiege 
&  grant  planté  de  piétaille.  Moût  y  ot  fait  d'engins  &  de 
perieres,  quy  getoyent  au  chafteau  &  deftreignoient  ceaus 
dedens  en  quanque  il  pooyent.  Sire  Lotier  Filanger,  quy 
eftoit  fage  &  vigourous  chevalier  &  eftoit  cheveteine 
dedens,  &  avoit  boune  compaignie  de  gens  d'armes  o  luy 
au  chafteau  défendre,  le  defendy  moût  vigouroufement, 
que  ceaus  de  hors  n'i  gaignoient  riens  fur  eaus. 

228.  Endementiers  que  ceaus  de  hors  tenoyentle  chaf- 
teau aiïegié,  une  tele  aventure  lor  avint,  com  vous  orrés 
dire,  par  laquele  il  orent  lor  entendement  dou  dit  chaf- 
teau, dont  Noftre  Sires  lor  fift  grant  grâce.  Car  fire  Ri- 
chart  Philanger,  quy  s'en  eftoit  party  de  Sur,  luy  &  fa 
gent,  en  fa  grant  nave  pour  aler  en  Puille,  fi  com  vous 
avés  oy  avant,  quant  il  orent  efté  .ix.  jors  fur  mer,  une 
fortune  les  prift  quy  les  mena  en  Barbarie.  Là  troverent 
il  lor  nef  en  foible  point,  com  celé  quy  faifoit  aiguë  en 
plufors  lues.  Il  &  fa  gent  le  recuillirent  en  la  barque  de 
cantier  o  grant  avoir  que  il  portoyent,  &  devant  ce 
avoyent  il  pris  .j.  petit  vaifeau  des  Sarazins  que  les  Sara- 


II.    PHELIPPE    DE    NEVAIRE.  13  3 

zins  apelent  en  lor  lengage  karaque  ;  fi  avoir  mis  dedens  1242 
un  fuen  grant  amy,  quy  eftoit  en  fa  compaignie,  quy 
avoit  nom  Piere  de  Greil  &  eftoit  .j.  granc  gentil  home 
de  guerre.  Moût  ly  aida  à  defcendre  de  fa  nave  en  la 
barche  &  en  la  quaraque,  &  recuillir  [luy]  &  les  choies, 
&  dounerent  lor  nef  as  Sarazins,  ne  s'ofoient  mètre  en 
pelagre  por  ce  qu'il  avoyent  petit  vaiiTeau,  car  volentiers 
fuiïent  aie  vers  la  Cezile,  mais  li  tens  lor  fu  moût  con- 
traire.  Si  fe  retornerent  toute  la  rivere  en  Surie,  fi  corn 
Deu  plot;  &  la  volenté  de  Noftre  Seignor  fii  tele  que  de 
Barbarie  le  tens  les  ramena  julques  au  port  de  Sur  qu'il 
ne  forent  noveles.  Il  ariverent  de  nuit  corne  ceaus  quy 
cuidoient  eftre  à  fauveté  &  venir  en  lor  hoftels,  com  cil 
quy  riens  ne  lavoient  des  choies  quy  eftoient  avenues  en 
la  cité  de  Sur,  car  fe  il  Peuiïent  feu,  aies  s'en  fuifent  vers 
Triples  ou  vers  Hermenie.    Il  ariverent  &  calèrent  lor 
voiles  droit  encofte  la  grant  nave  que  Phelippe  de  Ne- 
vaire  avoit  achetée  &  garnie  por  la  feignorie,  quant  l'on 
vint  au  f\ege.  Il  demandèrent  de   quy  eftoit  la  nave. 
Atant  vint  le  fait  que  ceaus  de  la  nave  les  conurent  & 
priftrent  lor  cors  &  lor  avoir,  &  recuillirent  tout  à  la 
nave.  La  novelle  vint  au  feignor  de  Baruth  que  Richart 
Philanger  eftoit  joint  au  port.  Il  le  fift  afaver  au  feignor 
dou  Toron,   &  eaus  .ij.  alerent  à  meflire  Raoul  de  Saif- 
fons.  Le  cry  leva  par  toute  la  ville;  toutes  les  gens  corurent 
au  port  &  plulors  fe  miftrent  en  barches  &  en  autres 
vaiiïeaus  à  la  dite  karaque.  Meffire  Raoul  de  Saifîbns  & 
le  feignor  de  Baruth  s'arefterent  à  la  chaene  &  mandèrent 
le  feignor  dou  Toron  &  Phelippe  de  Nevaire  en  la  nave. 
Ceaus  priftrent  Richart  Philanger  o  toute  fa  conpaignie 
&  quanque  il  oc  d'avoir  &  d'autres  richefles  fans  nule 
defence  que  il  ne  nul  des  fuens  y  meift,  car  il  n'avoient 
pas  le  pooir,  &  miftrent  à  terre,  &  furent  menés  à  la 
herberge  de  meffire  Raoul  de  Saiffons;  les  femes  &  les 


1^4  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


1242  enfans  les  lapidèrent  de  pierres  fi  que  par  poy  n'ociftrent 
luy  &  feaus  qui  le  menoyent.  Le  feignor  de  Baruth  a  les 
requirt  por  avoir  les  en  la  prifon  corne  fes  enemis  mor- 
tels, quy  li  avoient  abatu  l'on  challel  de  Baruth  &  fait 
moût  de  damages.  Sire  Raoul  de  Saiiïons  ne  ly  voloit 
livrer;  Phelippe  de  Nevaire  li  dill  :  ce  Por  Deu,  lire,  bailés 
ly,  car  il  avra  fi  grant  paour  de  luy  que  maintenant  vous 
fera  rendre  le  chaflel.  »  Et  fur  ce  ly  baillya  &  le  livra,  & 
le  feignor  de  Barut  li  fill  autels  aneaus  de  fer  corne  l'empe- 
reur li  avoir  fait,  quant  il  le  tint  en  prifon  &  en  oftages  à 
LimelTon.  Moût  ot  grant  paour  de  luy  &  de  la  conpaignie. 
Ded.ens  ce  avint  que  melfire  Johan  dTbelin,  quy  puys  fu 
conte  de  JafTe,  vint  au  fiege  dou  chafteau  de  Sur.  11  orent 
en  conleil  &  firent  dire  à  lire  Richart  Filanger  que  il 
feïffent  tant  que  le  chafteau  fuit  rendu,  ou  il  le  feroient 
pendre  par  la  goule  devant  ceaus  dou  h  chafhau.  Sire 
Richart  Philanger  manda  melfage  à  lire  Litier,  fon  frère, 
quy  elloit  chevetaine  dou  chalïeau,  &  ly  fill:  afavoir  fon 
couvine.  L'on  ne  lot  de  veir  que  il  manda  ne  que  il  rel- 
pondy  par  Ion  meiïage,  mais  ce  lot  l'on  bien  de  voir  que 
il  relpondy  à  ceaus  de  hors  que  il  feiflent  lor  volenté  de  Ion 
frère  &  de  Ion  nevou,  car  le  chalteau  ne  rendroit  il  ja. 
Les  forches  furent  drecées  &  miles  fur  une  haute  tour 
qui  eft  à  l'encontre  dou  challeau  bien  près.  Sire  Richart 
Philanger  &  Ion  frère  &  Ion  nevou  furent  menés  laiïus 
&  orent  les  euis  bendelés,  &  la  hart  au  col  &  furent  tiré 
lamont  as  forches  6c  as  cordes  quy  lor  envoient  lies 
lamont  as  pies;  &  n'i  avoit  que  de  tirer  les  chiés  de  la 
corde,  le  las  correiill,  &  chafeun  demoraft  pendu  par 
la  goule.  Melfire  Lotier  les  vit  en  tel  point  ;  grant  duel 
&  grant  pitié  en  ot,  &  cria.  L'on  manda  Phelippe  de 
Nevaire  là  :  la  pais  fu  par  luy  traitée  &  faite  en  tele  ma- 

a.  Le  rnf.  répète  le  feignor  de  Baruth. —  h.  Le  mf.  répète  dou. 


II.    PHELIPPE   DE    NEVAIRE.  I^j 

niere  que  il  rendirent  le  chafieau,  <5c  Phelippe  de  Nevaire  1242 
le  relut  &  lor  jura  &  fin1  jurer  que  Ton  delivreroit  fire 
Richart  Philanger  o  toute  fa  conpaignie  ;  &  toutes  les 
choies  quy  avoient  elle  priles  o  luy  li  devoyent  enre 
rendues,  &  delivreroit  les  prifoniers  lains  &  laus,  & 
conduiroit  ceaus  dou  chafteau  à  iauveté  o  toutes  lor 
choies,  &  .j.  de  ceaus  dTbelin  iroit  ovec  eaus  &  les 
conduiroit  à  fauveté  en  lor  requelle  là  où  il  vodroient 
aler,  &  en  celuy  meïfme  couvenant  tu  que  Ton  payeroit 
ce  que  l'on  devroit  as  fodoyers  dou  chafteau  &  que  Ton 
rendroit  la  perte  qu'il  avoient  fait  en  la  ville,  quant  il  le 
recuillirent  fur  faut  au  chafteau.  Tant  demora  Phelippe  de 
Nevaire  au  chafteau  porefiablir  ces  covenances  que  ceaus 
dehors  cuiderent  que  ceaus  dedens  Peùftent  tué,  fi  que  par 
poi  médire  Balian  n'ocill  (ire  Richart  Filanger  &  toute  la 
conpaignie;  &  le  leignor  de  Baruth  meïfme  comanda  à 
Balian,  fis  dou  dit  Phelippe  de  Nevaire,  &  ditl  que  le 
l'on  puet  laver  «  que  l'on  ait  ocis  ton  père,  ocis  les  tous 
de  ta  main.  » 

229.  Quant  Phelippe  de  Nevaire  ot  parfaitement  or- 
denées  &  eftablies  les  covenances  à  ceaus  dou  chalteau, 
il  iflî  hors  &  retraïll  tout  ce  qu'il  avoit  fait,  &  tout  fu 
otroyé  &  maintenu  bien  entrinement  à  grant  joye,  &  à 
bon  gré  &  de  grant  volenté.  Moût  y  ot  plus  douné  que 
Phelippe  ne  covenenla.  Le  bien  matin  ifîirent  dou  chaf- 
teau,  &  Phelippe  de  Nevaire  livra  la  fortereffe  au  leignor 
de  Baruth  &  au  leignor  dou  Thoron,  qu'il  dévoient  gar- 
der les  fortereiïes,  fi  com  le  contenoit  as  convenances 
quy  furent  faites  à  Acre  entre  la  reyne  Alis  Se  eaus. 
Meffire  Johan  d'Ybelin  conduill  les  Longuebars  là  où  il 
voftrentaler.  Adonc  fu  defraciné(e)  &  araché(e)  le  pefme 
ni  des  Longuebars,  fi  qu'onques  puis  n'orent  pooir  en 
Surie  ni  en  Chipre.  Enfi  fu  priie  la  cité  de  Sur  &  le 
challeau,  en  l'an  de  M.CC  &  xlii. 


12,6  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


1242  230.  Richart  Filanger  fe  mift  en  une  nef  o  Ion  avoir 
&  fa  gent  &  le  remanant  de  la  gent  l'empereor  quy 
avoient  efté  au  chafteau,  &  s'en  paiïa  en  Puille,  &  fi  toft 
corne  il  fu  arivés,  li  emperere  fift  prendre  luy  &  Henry 
&  Johan  de  Sorent,  fon  nevou,  &  les  fift  mètre  en  pri- 
fon,  où  il  demorerent  lonc  cens,  tant  que  il  furent  déli- 
vrés par  la  prière  dou  conte  Reymont  de  Thoulouze,  enfi 
con  vous  oirés  dire  sa  après. 

23  1.  Lotier,  frère  dou  devant  dit  Richart  Filanger,  s'en 
ala  au  prince  d'Antioche  quy  le  reiïut  moût  liement  & 
ly  douna  .j.  haut  mariage  en  Antioche  &  riche,  où  il  fe 
porta  moût  bien  tant  com  il  vefquy. 

232.  Raoul  de  Saiiïons  requift  à  meflire  Balian,  feignor 
de  Baruth  &  à  médire  Phelippe  de  Monfort,  feignor  dou 
Thoron,  la  cité  de  Sur  por  luy  &  pour  la  reyne  Alis,  fa 
efpouze,  que  il  voloient  avoir  en  la  manière  que  il 
avoyent  les  autres  chofes  dou  royaume  de  Jerufalem. 
Ceaus  ly  refpondirent  que  il  ne  l'en  livreraient  point  ni 
ne  bailleroyent,  ains  la  garderoyent  tant  que  il  feùffent 
à  quy  il  la  devroyent  rendre  ;  memre  Raou  vit  lors  que 
il  n'avoit  pooir  ne  comandement  &  qu'il  eftoit  auci 
corne  .j.  ombre.  Dou  defpit  6c  de  l'engaigne  que  il  en 
ot  guerpi  tout,  laiiîa  fa  feme  la  reyne,  &  s'en  ala  en  fon 
pais.  Aucuns  diftrent  que  la  dite  requefte  de  lire  Raoul 
de  Saiffons  &  de  la  reyne  Aalis  fu  faite  devant  ce  que  li 
chafleaus  de  Sur  fuit  pris;  ou  fuft  avant,  ou  fuit  après, 
il  n'orent  mie  lor  entendement. 


Cornent  li  cuens  T{eymont  de  T/wuloufe  s'en  ala  à  l{ome 
pou?-  querre  abfolunon  du  pape  Grégoire. 

233.  En  celé  faifon  li  cuens  Reymont  de  Tholoufe, 
quy  avoit  efté  blafmés  &  efcomeniés  por  aucune  raifon 


II.  PHELIPPE   DE    NEVAIRE.  I  37 


de  herefie,  s'en  vint  à  Rome  au  pape  Grégoire  por  foi  1242 
purger  &  abiblurion  querre.  Ly  pape  l'acuilly  allés  cor- 
toifement,  &  après  moût  de  paroles,  ly  pape  comanda 
qu'il  fuft  abfos,  &  fu  comile  fa  ablblution  à  l'arcevelque 
de  Saint  Nicolas  de  Bar,  quy  lors  eftoit  à  Rome.  Ly  arce- 
vefque  l'afToft  par  l'aclorité  &  le  comandement  dou  pape. 
Li  arcevefque  eiloit  grant  clerc  &  Cages  hom  &  gentil 
home  dou  règne,  car  il  yert  frère  germains  de  fire  Richart 
Filanger,  de  quy  vous  avés  oï  parler  sa  ariere.  Il  s'acointa 
moût  au  conte  de  Theloufe,  &  li  cuens  le  tint  bien  à 
payés  de  luy. 

234.  Il  avint  que  li  cuens  de  Theloufe  prift  congié 
dou  devant  dit  pape  por  aler  veïr  l'empereor,  car  il  avoit 
felonc  Ion  dit  grant  volenté  de  foy  travailler  de  mètre 
aucun  adre[ce]ment  entre  le  pape  &  l'empereor  ;  & 
quant  ce  vint  qu'il  dut  partir  de  Rome,  ly  arcevelque  de 
Bar  ly  preia  moût  &  hit  preyer  par  plufors  de  cardenaus 
que  il  fe  travaillait  de  la  délivrance  de  les  frères  &  de 
fon  nevou,  quy  eftoient  en  la  prifon.  L'empereor  &  li 
cuens  otroya  volentiers  de  faire  ent  Ion  poeir.  Li  cuens 
s'en  ala  en  Puille  &  fu  moût  honoréement  receii  &  traitié 
de  l'empereor.  Il  lejorna  .j.  tens,  &  parlèrent  alTés  en- 
femble  d'un  &  d'autre,  ly  empereres  &  luy,  enli  con 
à  eaus  plot;  de  l'adrecement  de  l'empereor  à  l'ygiize,  n'en 
pot  il  riens  faire-,  fi  s'en  laiiïa.  Lors  fe  mil!  à  requerre  .j. 
don  à  l'empereor,  &  il  ly  otroia.  Si  li  requit!  Richart  Fi- 
lager  &  fon  frère  &  ion  nevou  que  il  avoit  en  la  prifon. 
A  l'empereor  defplot  moût  la  requelle  que  ly  cuens  avoit 
faite  &  moût  elill  volu  que  li  cuens  s'en  foufrift  de  celé 
requeile  faire,  &  moût  charja  lire  Richart  Philanger  & 
les  fuens  de  plufors  fautes  que  il  avoient  faites  vers  Ion 
empire,  &  tout  ce  faiioit  il  à  ce  que  li  cuens  s'en  foufrift 
de  celé  requelle  faire,  mais  ly  cuens  ne  s'en  lailTa  por  tant, 
ains  le  tint  fi  court  que  Lempereres  le[s]  fill  traire  de  prilon 


12,8  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1242  &  lyvrer  au  conte  par  enfy  que  il  devoyent  vuider  tout 
ion  régner.  Li  cuens  l'en  mercya  &  priil  congié  à  Tem- 
pereor,  &  s'en  retorna  en  fon  païs,  &  mena  o  foy  fire 
Richart  Filanger  &  (on  frère  &  Ion  nevou.  Là  luer  douna 
il  boune  chevance,  &  il  demor[e]rent  juiques  à  ce  que  ly 
empereres  Federic  fu  depoié  par  pape  Innocent  le  quart, 
&  mort  efcomenié,  enfi  con  vous  oirés  dire  sa  après. 

23  5.  Ceflui  lyvrefu  conply  le  mercredy  à  .ix.jors  d'avril, 
fan  de  M.  CCC.  &  XLIII  de  Crijl. 

236.  Et  il  Va  ejcrit,  JoHAN  LE  MlEGE, pri\ounier  à  mon 
feignor  Heymery  de  éMilmars,  tenant  leuc  dou  chajlelain  à 
Cherines. 


111 


CHRONIQUE  DU  TEMPLIER  DE  TTR 


LIVRE  III 

CHRONIQUE  DU  TEMPLIER  DE  TTR 


EPUIS  que  vos  avés  oy  retraire  tous  les  1242 
erremens  quy  font  avenus  de  sa  la  mer  en 
Surie  &  en  Chipre,  quy  apartient  foule- 
ment  de  l'empereor,  à  fiaus  de  Chipre,  fi 
vos  viaus  retraire  pluiîbrs  autres  chozes 
quy  font  avenues  en  Surie  &  en  Chipre  &  en  aucuns  leus 
as  parties  d'outremer,  des  chofes  quy  à  tourner  font. 

238.  Entre  tant  con  iefte  guerre  dura  entre  fiaus  de 
Chipre  &  la  gent  de  l'empereor,  fi  corn  vos  avés  oy,  le 
dit  empereor  entendi  cornent  les  Jenevés  abondonée- 
ment  aveent  aydés  les  Chiprois  contre  fa  gent  &  aveent 
meïfmes  efté  contre  luy.  Quant  il  fu  à  Acre  en  Faye 
dou  feignor  de  Baruth,  &  pour  ce  il  voft  grant  mal  à 
Jenevés,  &  comanda  par  tous  les  leus  de  fa  feignorie  que 
Jenev[é]s  ne  demoraft,  en  peine  de  la  telle,  à  un  terme 
quy  lor  mift,  &  defendy  que  forment  ni  autre  vitaille 
ne  delift  aler  de  fa  terre  en  Jeune  fous  une  grant  peine; 
&  por  ce  devint  le  froment  fi  cher  en  Jeune,  que  la  mine 
valut  .c.  fos  de  fêle  monée,  &  la  cité  de  Jeune,  le  peut 
bien  fouftenir  de  tout  fe  que  meftier  ly  eft,  fauf  que  de 
fourment. 


142  LES  GESTES  DES  CHIPROIS. 

1242  239.  Dedens  fe,  le  pape  Selefhn  de  Milan  avoic  mandé 
à  plufors  perlas  de  venir  à  luy  à  Rome;  &  pour  ce  que  les 
perlas  n'ozerent  paiïer  par  la  terre  de  l'empereur  ny  par  a 
Pize,  fi  vindrent  en  Jeune,  &  firent  armer b  plufors  gual- 
lées  pour  pafTer  en  Rome.  Dont  le  dit  enperor  entendy 
cornent  les  perlas  dévoient  pafTer  ofîes  guallies  de  Jeune: 
fi  fift.  armer  en  Pize  .xl.  guallées;  <5c  alerent  les  gualées 
&  Tes  perlas.  Et  ce  fu  por  rnau  que  il  voloit  as  Jeneus 
&  por  defcorde  que  il  avoit  à  l'iglife,  &  prirent  les  dites 
guallées  &  les  damagerent&  tuèrent  plu fïors  &  menèrent 
les  perlas  en  Pize,  dont  aucuns  eurent  les  courones  de 
lor  telles  efcorchées,  &  autres  furent  mort  en  prifon. 

240.  Quant  le  pape  entendy  celte  chofe,  efcomenia 
le  comun  de  Pize,  dont  il  fu  Ion  tens  efcoumenié,  & 
quant  le  Jeneus  furent  damages,  fi  armèrent  guallies  & 
autres  leins,  &  alerent  en  cours  lur  les  Pizans  &  fur  la 
gent  de  l'empereor,  &  lor' firent  menuement  damage. 

24 1 .  L'empereor  tantoft  fi  fift  armer  .lxv.  guallées  de 
Sezille  &  de  Puille,  &  vint  en  Pize,  &  Pizans  armèrent 
.xl.  guallies,  quy  furent  .cv.  guallées,  &  fift  Ion  amirail  .). 
Jeneus,  quy  ot  nom  fire  (<3cJ  Anfaut  Damar,  lequel  eftoit 
amirail  de  l'empire;  &  aufîi  ordena  l'empereor  .j.  hoft 
de  jens  à  chevau,  que  manda  en  Jeune  par  terre,  &  gent 
à  pié;  &  alerent  fés  .ij.  ho(l  par  terre  &  par  mer  afeger 
Jeune,  &  fiaus  des  guallées  de  l'empereor  geterent  plufors 
piles  &  caryaus,  quy  avoient  lor  fers  d'argent,  &  fe  firent 
il  aulTy  corne  par  une  gra[n]t  noblece;  &  l'autre  hoft 
(quy)  vint  par  terre  en  .j.  leuc  quy  fe  nome  Levant,  quy 
eft  .j.  leuc  moût  eftroit  &  moût  afpre  de  roches  por  gens  à 
chevau,  &  fi  a  .ij.  bours  as  coifieres  des  montaignes,  & 
par  mi  leuc  de  les  ij.  bours  f\  a  une  valée  moût  eftroite 
qui  vait  ver  la  mer,  où  il  y  a  une  efplage  de  fablon 

a.  Mf.  por.—  b.  Mf.  armes. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  143 

joinanr  à  la  mer,  &  en  celuy  Ieuc,  les  Jenevés  quy  de-  1242-1243 
morent  là  &  autres,  que  le  comun  manda,  defconfirent 
la  gent  de  l'empereor  malemenr,  &  en  y  oc  aies  mors 
de  lanies  longues  &  de  caryaus,  &  en  fefte  manière  furent 
delconfis  par  terre  la  gent  de  l'empereor. 

242.  En  ieluy  meilme  jour  Jenevés  par  mer  niflîrent 
à  conbatre  à  guallées  de  l'empereur,  à  .lxxx.  guallées 
moût  bien  armés,  que  chafcun  en  perione  i  monta  de 
lus  por  défendre  lor  terre  &  lor  henor,  &  Dieu  les  ayda 
en  lor  droit  &  voft  que  les  perlas  fuient  vengés  de  fiaus, 
que  les  .c.  guallées  de  Tempereor  furent  delconfis  devant 
la  cité  de  Jene,  &  prirent  les  Jenevés  .xxj.  guallée[sj,  les 
.viij.  de  fiaus  de  l'empereor  <3c  les  .xiij.  de  fiaus  de  Pizans  ; 
&  fu  cette  bataille  faite  en  fel  an  que  les  Chiprois  prirent 
Sur  des  Longuebars,  quy  fu  Tan  de  l'incarnafion  de 
Notre  Seignor  Jhefu  Crift  M.CC.XLII,  le  mois  de  jung. 

245.  Ceftu  emperor,  quy  fu  moût  cruel  home  de  cuer 
&  ians  pité,  &  fu  moût  contraire  &  perfecutor  de  fainte 
yglife,  &  por  ce  li  mefchut,  ala  à  nient,  luy  &  ces  hairs,  & 
entre  les  cruautés  que  il  fift,  [eft]  une  que  je  vos  diray, 

244.  11  avint  que  plufors  des  homes  chevaliers  &  bor- 
gois  &  autres  gens  mesfîrent  envers  luy  felonc  le  dit  de 
feaus  quy  les  gardèrent  ;  lequel  mesfait  il  atainft  en  ve- 
ryté  ou  autrement:  il  les  fift  prendre,  yaus  <3c  lor  femes, 
&  lor  enfans  grans  &  petis,  quy  eftoient  nés  de  .viij. 
jours,  &  fill  crever  les  ziaus  à  plulours,  &  puis  treftous 
enfemble  les  fift  ardre  en  .j.  feue,  &  furent  par  tout  bien 
.vc.  periones. 

24f.  Quant  vint  l'an  de  l'incarnafion  de  Noftre  Seignor 
Jhefu  Crift  M.CC.XLIII,  pape  Seleftin  morut,  &  fu  fait 
pape  Inoient  cart,  quy  fu  né  de  Jene,  d'un  grant  lingnage 
quy  s'apelet  Dallïes  ;  &  ceftu  pape  amonefta  moût  l'em- 
pereor de  venir  à  amendement  de  fainte  iglize,  &  que  il 
le  reievreit  volentiers,  mais  l'empereor  ne  voft  onques 


144  LES  GESTES  DES  'chiprois. 


1243  riens  oïr,  &  pour  ce  le  dit  pape  defpoza  l'empereor  de 
l'empire,  &  afembla  oft,  &  ala  contre  luy  &  fe  combaty 
à  ly  devant  la  cité  de  Baline,  <3c  fu  defconfit  malement 
le  dit  emperour  &  l'on  holl  en  tel  point  que  onques  puis 
il  n'en  ot  poier  de  grever  lainte  iglize,  &  vefquy  après 
fe  que  poil,  &  puis  morut  .vj.  ans  après  ce  que  il  fu 
defconfit,  &  remell  après  luy  Ton  fis  le  roy  Courat,  quy  fu 
fis  de  la  reyne  de  Jerufalem,  &  feftu  Courat  efpouza  la 
fille  dou  duc  d'Ofteriche,  qui  ell  .j.  grant  menbre  d'Ale- 
maiffne  &  moût  riche  ;  &  fi  élit  le  dit  Corrat  de  celle 
dame,  fa  feme,  .j.  fis  quy  ot  nom  Coradin,  dou  quel  vos 
orés.  encore  aparler  de  luy  en  ce  livre. 

246.  Celluy  Courat,  dont  je  vos  parle,  en  fon  tens  le 
porta  aies  pis  contre  lainte  yglize,  que  Ion  père  l'em- 
pereor n'avoit  fait,  &  morut  aufi  elcomenié,  con  fill  ion 

père. 

247.  Se  dit  emperour  avoit  encores  .j.  autre  fis,  quy  ot 
nom  Manfrey,  quy  fu  nés  en  avoltire,  &  vous  dirai(s) 
cornent. 

248.  H  avint  que  le  dit  emperor  Federic  fi  ama  gen- 
tille dame  de  Lonbardie,  quy  elloit  marquizane;  mais 
quant  à  l'empereor,  elle  ni  eltoit  mye  pareille.  Et  de  celle 
dame  il  eiit  felluy  lien  fis  Manfrey;  &  avint  que  la  dite 
dame  fu  malade  près  de  mort,  &  i'emperor  qui  elloit 
fans  feme,  fi  la  voll  efpouzer  por  aliauter  fon  fis  Man- 
frey que  il  amoit  moût;  &  pour  ce  il  enquift  as  mieges 
fe  elle  poiet  garir  de  felle  maladie,  &  tous  les  mieges  le 
lénifièrent  que  elle  ne  poiet  guarir  en  nule  fin  dou  monde. 
Et  por  celle  ieiirté  l'empereor  l'elpouza,  &  fi  corne  il 
ploll  à  Nollre  Seignor,  la  dite  dame  guary  de  lelle  ma- 
ladie &  vefquy  .j.  tens,  &  par  lelle  manière  fu  Manfrey 
aleauté,  dont  il  avint  que  quant  le  roy  Courat  morut, 
felluy  Manfrey  le  milt  en  avant,  &  prift  &  faify  la  lei- 
gnorie  &  les  biens  de  l'empereor  Federic  fon  père  & 


III.   LE    TEMPLIER    DE    TYR.  14^ 

avocre  a  &  difet  que  il  eftoit  aleiauré  &  que  il  eftoit  plus  1243-1244 
droit  hair,  qui  eftoit  fis  de  l'empereor,  [que  le]  fis  dou 
roy  Courat,  Ion  frère,  dou  dit  Manfrey. 

249.  Dont  tous  les  barons  dou  royaume  de  Sezile  & 
de  Principat  &  de  Poulie  fi  le  relurent  au  feignor  &  le 
couronerent  dou  royaume  de  Sezile,  &  e[n]  fu  feignor. 

2^0.  Quant  la  mère  dou  Coradin,  fis  dou  roy  Courat, 
01  dire  que  Manfrey  s'eftoit  fait  feignor  &  corouner,  Ci 
li  fembla  bien  qu'il  avoit  dezerité  fon  fis  Couradin,  & 
douta  moût  que  le  dit  Ma[n]frei  n'en  feïft  enpoiiïbner 
fon  fis  par  aucun  engin,  por  foi  délivrer  quy  ne  le  cha- 
longaft,  quant  fuft  en  aage;  &  por  ce  la  dite  dame  norry 
fon  fis,  enfemble  o  luy  .xij.  an  fans  de  ion  aage,  &  les 
veftoir  tout  d'une  colour  &  moftroit  auffi  grant  amour  à 
l'un  corne  à  l'autre  ;  &  por  le  ne  poiet  nulle  perfoune 
conoiftre  bien  ferteinement  lequel  des  anfans  efloit  fon 
fis,  &  en  tel  guize  garda  celle  dame  ce  fien  fis. 

2f  1 .  Ceftu  Manfrey  quy  ce  fift  roy,  con  vos  avés  oy 
ce,  efpouza  une  dame,  fille  d'un  haut  home  de  Grèce, 
quy  ot  nom  Micalichie,  de  la  quele  il  élit  enfans  &  fis 
autre  fés,  &  vos  diray  d'autre  raylon  por  devizer  les 
chozes,  mais  je  là,  je  laray  aparler  d'eaus  jufques  à  un[e] 
autre  fés,  &  vos  diray  d'autre  rayfon  pour  devizer  les 
chozes  quy  lont  avenues  par  les  années. 

25*2.  Quant  lé  fu  en  l'an  de  M.CC.  &  XLIIII  de  Crift, 
avint  au  reaume  de  Jerufalem  que  une  lignée  de  Sarazins 
quy  font  apelés  Hourfemins,  fe  conbatirent  as  creftiens 
en  .j.  leuc  quy  s'apelle  Forbie,  &  avint  par  la  foufrance 
de  Dieu  que  les  creftiens  furent  defconfis  malement,  & 
furent  mors  &  pris  frère  Harmant  de  Guor,  maiftre  dou 
Temple,  &  frère  Guillaume  dou  Chaftel,  neuf  maiftre  de 
l'Ofpital,  &  le  conte  Gautier  de  Jafe,  &  l'arfevefque  de 

a.  Mf.  auota. 

C  19 


146  LES    GESTES   DES    CHIPROIS. 

1244-1247  Sur,  &  Raoul,  vefque  de  Saint  Jorge,  &  les  .ij.  fis  dou 
feignor  dou  Boutron  &  le  marefchau  dou  Temple,  frère 
Hugue  de  Montagu,  &  plufors  autres  barons  &  che- 
valiers. 

2^3.  En  Tel  an,  Ballyan,  noviau  feignor  de  Baruth,  fu 
féru  au  bras  deftre  d'un  Haffifi,  fi  corn  il  paffet  par  le 
Change  d'Acre,  &  fu  le  cop  d'un  coutiau,  mais  ne  morut 
mie,  ains  fu  mahanié. 

2f4.  En  fel  an  meïfmes,  Jofrey  de  Sardeine  tint  herbe, 
&  le  Temple  o  luy  à  Jafe,  6c  ly  fu  aferme  la  triue  o  le 
foudan  de  Domas,  quy  rendy  as  creftiens  Jerufalem  & 
la  terre  de  sa  le  flum,  fors  Naples  6c  Jerico. 

iff.L'an  M.CC.XLV,  le  fufdit  pape  Ynofent  tint  con- 
feil  à  Lion,  6c  par  le  confeil  delpouza  (a)  Federic  de 
l'empire,  pour  ce  que  l'on  difoit  que  le  pape  l'avoit 
defpozé  avant  par  la  volenté,  &  pour  ce  que  il  eftoit 
Jenevés,  mais  le  confeil  jeneral  le  delpoza  por  les  maies 
heuvres. 

2^6.  En  celuy  confeil  fu  doné[e]  la  crus  au  bon  roy 
Lois  de  France  por  le  fecours  de  la  Terre  Sainte,  &  fe 
crufferent  fes  frères  o  luy  6c  autres  contes  6c  barons 
chevaliers. 

2^7.  En  l'an  de  M.CC.xlvi  de  l'incarnafion  de  Crift, 
trelpaiïa  de  fe  fiecle  la  raine  Aalis  de  Chipre,  mère  dou 
roy  Henry  gras,  6c  remeft  tout  le  royaume  de  Chipre 
au  dit  roy  Henry,  6c  le  feignor  de  Baruth  fu  baill  dou 
royaume  de  Jerufalem,  6c  Phelippe  de  Monfort,  feignor 
dou  Thoron,  fi  ot  Sur  alfa  garde. 

2f8.  Et  en  Tan  de  M.CC.XLVII  de  Crift,  le  fouldan 
de  Babiloine  fi  prift  la  cité  de  Thabarie,  6c  là  furent  mors 
6c  pris  moût  de  creftiens,  6c  fi  fift  afeger  le  louldan  Efca- 
lone  par  terre  6c  par  mer  de  .xxj.  guallée[s]  6c  une  nave, 
que  toutes  brylerent  par  fortune  de  tens,  6c  toute  fois 
prifi  Elcalone,  quy  fu  grant  damage  à  creftiens. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  147 

2^9.  En  cel  an,  morue  le  feignor  de  Baruth,  baill  dou  1247-1249 
royaume  de  Jerufalem,  &  fu  baill  après  luy,   Ion  frère 
Johan  d'Yblin,  feignor  d'Arfur. 

260.  En  cel  an  morut  Gille,  feignor  de  Sayece,  quy 
fu  fis  de  Balian,  &  remeft  de  luy  .j.  fis  quy  or.  nom  Julien, 
quy  vendi  puis  Sayete  au  Temple. 

261.  Et  en  fan  de  M.CC.XLVin,  à  .xxvij.  jours  de 
fetembre,  ariva  le  roy  de  France  Lois  en  Chipre  à  Limelîon, 
&  amena  moût  grant  naville,  entre  la  quele  naville  i  ot 
.xv.  guallées  de  Jenevés,  &  .iiij.  naves  grans  à  fos  dou  roy, 
&  mena  la  royne  de  France  s'efpouze  &  ces  frères,  mon 
feignor  Charle,  conte  d'Ango,  &  mon  feignor  Anfois, 
conte  de  Poitiers,  &  le  conte  d'Artois,  lor  couzin  jermain, 
&  Guillaume,  conte  de  Flandres,  &  fi  mena  autres  barons 
que  je  ne  peu  treftous  nomer,  &  furent  par  tout  cheva- 
liers viije. 

262.  Le  roy  Henry  de  Chipre  &  les  autres  feignors  de 
Yblin  la  refurent  à  moût  grant  henour  &  à  moût  grant  joie, 
&  demoura  en  Chipre  tout  fel  yver,  &  vindrent  d'Acre 
au  leur  [oftel]  les  maiftres  dou  Temple  &  de  l'Ofpitau, 
&  chevaliers  &  autres  gens,  &  en  Chipre  confeillierent 
&  ordenerent  de  paffer  au  primtens  en  Egipte,  &  quant 
vint  après  Pafques,  que  le  roy  manda  la  raine  de  France 
en  Acre,  &  d'Acre  elle  ala  au  Chaftiau  Pèlerin,  quy  eft 
dou  Temple,  <5c  ert  fur  mer  près  d'Acre  .vij.  liues. 

263.  Et  en  fan  de  M.CC.XLIX,  à  .xx.  jours  de  may, 
fe  party  le  roy  de  France  de  Limefïbn  de  Chipre,  &  alerent 
o  luy  Temple  &  Ofpital  &  grant  chevalerie  de  Chipre  & 
de  Surie,  &  demora  fur  mer  .xiiij.  jours  ;  prift  terre  par 
force,  &  à  .vj.  jours  de  jugnet,  prift  la  fité  de  Damiate, 
fans  cop  ferir;  &  jafoit  fe  que  il  avoient  novelles  de  la 
venue  dou  roy  de  France  de  sa  mer,  toute  fois  il  ne 
faveent  mye  bien  où  il  devoit  ferir,  &  por  ce  i(l)  mirent 
il  poy  de  pourveance,  &  furent  furpris,  dont  noftre  gent 


148  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1249  1258  mirent  efcheles  as  murs,  &  y  montèrent  fans  defence, 
car  en  Damiate  n'en  i  avoit  menue  gent,  6c  fi  y  avoit 
aucuns  défendeurs,  ft  y  avoit  moût  poy. 

264.  Quant  la  choie  fu  enfy  avenue,  le  léguât  &  le 
patriarche  de  Jerufalem  &  le  roy  de  France  6c  les  autres 
barons  fi  rendirent  grâces  à  Noftre  Seignor  de  celle  belle 
aventure  que  Dieu  lor  avoit  fait  en  lor  première  venue,  de 
le  que  nulle  defence  ne  lor  fu  encontre  au  prendre  de 
la  terre,  &  fembla  que  ce  fu  volenté  6c  euvre  de  Dieu. 

26 f.  Les  Sarazins  de  Babiloine  &  d'Alixandre,  quant 
il  entendirent  que  les  creftiens  aveent  priiïe  Damiate,  il 
furent  moût  esfreés  &  à  grant  paour,  <5c  le  louldan  de 
Babiloine  afembla  tout  le  quy  poft  aver  de  gens  à  che- 
vau  &  à  pié  por  défendre  foy  contre  les  creftiens,  &  le 
Dieu  eùft  volu  confentir,  le  roy  de  France  6c  Ion  hoir, 
eùft  pris  toute  Babiloine  6c  la  terre  de  là  entor,  mais 
Deu  ne  voft  plus  confentir  à  creftiens,  fi  con  vos  en- 
tend[er]és  Ç\  avant. 

266.  Quant  le  roy  de  France  J  entra  en  Damiate,  con 
je  vos  ai  dit,  6c  qu'y  ne  trova  nule  defence,  fi  troverent 
la  terre  toute  plaine  de  biens  acés  6c  efpecyaument  de 
vitaille,  dont  la  menue  gent  roberent,  6c  prirent  tout  6c 
s'en  aifie[re]nt  une  pieiïe. 

267.  Le  roy  de  France  6c  les  autres  barons  furent  au 
confeil  par  plufTbrs  fois,  cornent  devreent  faire  de  lor 
prendre  les  autres  terres  là  entour,  6c  fur  ce  ot  plufors 
paroles  dites  entre  aus  que  je  ne  peus  tout  retraire,  6c 
fu  la  fin  de  lor  confeil  de  chevaucher  de  hors  par  la 
terre  6c  damager  les  Sarazins,  quant  que  l'on  poroit,  Ci 
corne  il  firent,  ce  Dieus  eiift  conlenty  que  lor  fait  fuft  aie 
en  avant;  mais  je  vos  layray  à  parler  dou  roy  de  France 
6c  de  fon  hoft  6c  de  fa  naville,  quy  font  en  Damiete,  6c 

a.  Le  mf.  répète  le  commencement  du  paragraphe. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  149 


vos  diray  d'une  guerre,  quy  avint  à  Acre  entre  Pizans  1249-1*58 
&  Jenevés,  &  après  retornerons  à  noflre  matière. 

268.  Les  Venefiens  mandèrent  confermer  cette  com- 
pagnie en  Veneife  par  .j.  bourgois  d'Acre,  quy  fe  nou- 
moit  fire  Piere  Briffe,  quy  revint  de  Venife,  &  vint  fire 
Lorens  Cape  capitaigne  de  .xiiij.  gallées,  &  portèrent 
fur  gallées  deus  banieres  de  Pize  &  de  Veneife,  &  les 
portèrent  puis  fur  lor  naves  longuement,  &  avint  que  le 
prince  Baimont  par  le  trait  dou  conte  de  Jaffe  Johan 
d'Yblin  &  par  le  maiftre  dou  Temple,  frère  Thomas 
Berarr,  manda  querre  fa  leur  la  rayne  PlailTance,  quy 
eftoit  veuve  de  fon  elpous  le  roy  Henry  gras,  &  avoit 
.j.  fis  quy  ot  nom  Huguet,  enfant  dou  roy  Henry  gras 
&  eir  dou  baillage  dou  royaume  de  Jerufalem,  pour 
mener  la  à  Acre  contre  les  Jenevés,  &  des  Pizans  & 
Venefiens. 

26g.  La  guerre  &  l'apareill  de  guerre  fe  faizoit  à 
grant  force,  &  au  tens  d'adons  avoit  un  cons[e]le  de  Pize 
à  Acre,  quy  avoit  nom  meffire  Siguer  de  la  Seete,  quy 
fu  moût  vaillant  home  &  favoit  moût  de  guerre  &  fu 
moût  artillous  home  &  fi  faizoit  ordener  de  guarnir  la 
tour  de  Pize;  &  avint  que  .j.  jour  eitoit  fur  la  tour  de 
Pize,  &  le  conte  de  Jaffe  o  luy  qui  ot  nom  meffire  Johan 
de  Yblin,  &  eiloit  le  conte  tout  à  defcovert;  &  fur  la  tour 
de  Jene  quy  eftoit  moût  près  de  la  tour  de  Pize  avoit  à 
fel[e]  houre  .j.  moût  bon  abaleltrier  quy  tendy  l'abaleltre 
&  voit  ferir  le  conte  de  Jaffe,  mais  .j.  des  .ij.  confeles  de 
Jene  le  trova  là,  quy  fe  nomoit  Aufiau  d'Infeba,  &  de- 
fendy  as  fergens  de  non  ferir,  pour  ce  que  la  nïue  duroit 
encores;  dont  celte  bonté  que  fe  confele  fift,  fu  retraite 
au  conte  de  Jaffe,  que  puis  la  guerre  li  rendy  bon  guer- 
redon,  car  il  le  fili  chevalier  &  ly  douna  fié  à  Jafe  .vc. 
bezans  l'an,  toute  fa  vie,  mais  il  en  ot  grant  charge  dou 
coumun  de  Jeune,  cuydant  que  le  conte  li  eiift  fe  fait 


I^O  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1249-1258  par  aucune  traïfon,  que  il  Peuft  fait  contre  le  comun  ; 
mais  quant  il  fu  feiï  la  vérité,  fiaus  de  Jene  Forent  pour 
elcuze  &  Forent  ce  que  il  fift,  pour  ce  que  il  fift  loyauté, 
&  lors  le  repaira  en  Jene. 

270.  Les  Jenevés  aveent  por  ufage  de  mander  chafcun 
an  [en]  Acre  .ij.  cons[e]les,  fi  que  au  tens  de  celle  guerre 
furent  cons[e]les  meffire  Lion  de  Grimaut  &  meflire 
Anfiau  d'inieba,  de  que  je  vos  ai(s)  parlé  orendroit;  & 
quant  les  feignors  d'Acre  virent  fi  grant  aparaill  faire,  fi 
fe  travaillèrent,  feculiers  &  religious,  &  les  aiemblerent 
en  .j.  grant  hoftel  quy  eftoit  dou  feignor  de  Sur.  Meffire 
Phelippe  de  Monfort  &  les  Alemans  à  Acre  parlèrent 
entre  yaus  de  faire  aucun  acort,  <5c  avint  entre  pluiïours 
paroles  que  lire  Lorens  Copecape  dift  au  cons[e]le  de 
Jeune  que  il  ne  partiroit  d'Acre  tant  que  il  porteroit  en 
Veneize  une  piere  dou  fondement  de  la  tour  de  Jene.  Et 
lâchés  que,  enfi  corne  il  le  dift,  tout  enffi  le  fift,  fi  con 
vos  Fentenderés.  Si  toll  corne  fire  Lion  de  Grimaut,  Pun 
des  cons[e]les,  oy  lefte  parole,  fi  mift  main  à  Fefpée  &  la 
traïll  &  courut  fus  au  dit  fire  Lorens  Cope,  &  ce  failly 
poy  que  il  n'en  eut  grant  mortalité  des  uns  as  autres, 
mais  les  feignors  d'Acre  &  Temple  &  Ofpitau  les  dépar- 
tirent, &  adons  comenlà  la  guerre  entr'iaus,  quy  fu  moût 
mortal,  &  geterent  les  uns  as  autres  de  plulors  manières 
d'engins  &  grans  &  petis,  a  &  tel  engin  avet,  quy  getet 
une  piere  fi  grant,  quy  pefet.c.  zotes,  &  avoient  les  engins 
chafcun  l'on  nom.  Les  Jenevés  aveent  .ij.  moût  grans  que 
l'un  s'apelet  Bonerel  &  l'autre  fe  nomoit  Vincheguerre  & 
l'autre  Peretin,  &  Venefiens  (&)  aveent  .j.  moût  grant  quy 
fe  nomoit  Marquemofe,  &  damagerent  moût  les  uns  à  les 
autres,  &  abatirent  plulors  mailons,  <5c  dura  fefte  guerre 
entour  de  .xiiij.  mois. 

a.  Le mf. ajoute:  les  uns  as  autres        grans  &  petits  les  uns  as  autres, 
de   pluffors  manières  dengins   & 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  if  I 

271.  En  ceftuy  mileuc,    le   prince  Baimont,   prince  i*49-I258 
d'Antioche  &  conte  de  Triple,  qui  avoit  fait  venir  fa  fuer 

à  Triple,  quy  ce  dizoit  la  rayne  Plaiiïance  de  Chipre,  & 
mena  fon  fis  Huguet  droit  hair  dou  royaume  de  Jerufa- 
lem,  &  fu  par  l'atrait  dou  conte  de  Jafe  &  de  frère  Tho- 
mas Berart  maiftre  dou  Temple,  &  la  mena  le  prince  à 
Acre  &  l'on  fis  Huguet,  dont  la  dite  raine  par  le  conleil 
de  fon  frère  le  prince  fift  reverfer  tos  les  homes  de  la 

feignorie  en  l'aie  <5c  as  Iodées  des  Pizans  &  des  Venefiens 
t> 

contre  les  Jenevés,  défendant  leur  étroitement  de  non 
prendre  fodées  o  les  Jenevés  ;  mais  aucuns  gens  furent 
quy  ne  le  partirent  nule  fés  de  Jenevés,  quy  efteent  Suriens 
de  la  loy  de  Grèce,  quy  eftoient  de  la  flarie  de  faint 
Jorge  &  de  Belian,  &  le  teneent  homes  de  l'Olpitau,  & 
fOlpitau  meïfmes  fu  aidant  à  Jenevés  de  Safour  &  vint 
le  feignor  de  Giblet  à  Acre,  &  amena  en  Paye  de  Jenevés 
.ce.  archiers  creftiens,  vylains  de  la  montagne  de  Giblet, 
quy  furent  puis  tous  mors  en  lelle  guerre. 

272.  11  avint  .j.  jour  que  les  Jenevés  coururent  par 
une  rue  de  la  Raine  por  ce  que  fêle  rue  avoit  une  mai- 
fon,  quy  fu  de  la  raine  Aalis,  &  pafferent  en  .j.  autre 
rue  quy  le  dizoit  la  Carcaifferie,  &  s'arefterent  là  &  le 
cry  le  leva  en  iéluy  leuc,  dont  le  prince  vint  là  à  chevau 
covert,  &  chevaliers  armés  o  luy,  &  entre  les  autres  y  fu 
meflîre  Betran  de  Giblet,  fis  de  meflire  Hue;  &  le  prince 
coumanda  au  dit  metîîre  Betran  de  poindre  premier 
contre  les  Jenevés,  dont  mefîire  Betran  li  pria  de  luy  el'pa- 
ragner,  pour  lé  qu'il  eftoit  élirait  d'iaus,  mais  le  prince  le 
fift  aler,  vozift  il  ou  non,  &  quant  il  y  ala,  fi  mift  le  fer 
de  fa  lance  derier  l'a  lelle,  dii'ant  à  Jenevés,  quant  il  lor 
fu  près  :  c«  Je  fuy  Bertran  de  Giblet!  »  &  pour  ce  de  puis, 
le  prince  l'y  lot  trop  mavais  gré  &  le  moftra  bien  après 
au  feignor  de  Giblet,  con  vos  entenderés  fi  après. 

273.  Cefte  haine  que  le  prince  aveit  à  Jenevés  n'en 


If  2  LES    GESTES    DES    CHIPROTS. 

1249-1258  eftoit  mye  por  mes'fais  quy  ce  furent  fais  de  rien,  mais 
le  prince  &  (on  père  &  ion  ayol  lor  tenoit  la  rayfon 
quy  dévoient  aver  à  Triple,  la  quele  il  conquyrent  à 
prendre  la  cité  de  Triple,  quant  il  furent  en  l'aie  dou 
conte  de  Toulouze  Raymont  quy  la  prift,  &  les  Jenevés 
furent  o  lor  guallées,  f\  corn  il  contient  au  Livre  dou 
Conquejl,  &  pour  ce  le  prince  doutoit  que  les  Jenevés 
ne  veniiïent  au  defus  de  la  guerre,  &  le  metreent  plus 
tofl  en  bregue  &  en  carelle  plus  toft  &  plus  hardiment, 
&  pour  ce  fi  le  travailloit  d'eaus  grever. 

274.  Depuis  que  le  prince  fu  venu  à  Acre,  fi  con  je  vos 
ai  dit,  toute  la  gent  lor  fu  encontre  &  lor  failly  la  vitaille 
devenir  en  lor  rue,  fauve  que  por  l'Olpitau  de  Saint  Johan 
quy  avoit  .ij.  portes,  l'une  porte  ver  le  Seignor  &  l'autre 
ver  la  rue  de  Jeune,  &  par  l'Olpitau  pafer[ent]  la  vitaille 
quy  lor  veneit. 

27 f.  Médire  Plielippe  de  Monfort,  feignor  de  Sur  & 
dou  Toron,  fi  ayda  moût  les  Jenevés  de  tout  ce  qui  eft, 
&  de  fa  fité  de  Sur  venet  à  Acre  en  la  rue  de  Jeune  & 
vitaille  &  fergenterie,  quy  lor  pafoit  par  la  maifon  de 
l'Olpitau  de  Saint  Johan. 

276.  En  la  rue  de  Jeune  avoit  de  toutes  lengues  bien 
.viijc.  homes  d'armes,  fans  ferries  &  anfans  &  villars  & 
nafrés,  quy  palTerent  aies  de  mezaizes. 

277.  Les  Veneffiens  aveent  .xx.  guallées,  quy  lor 
vindrent  de  Veneife  autre  que  les  .xiiij.,  quy  vindrent 
avant. 

278.  Le  prince  &  la  rayne  Plaiiïance,  fa  leur,  &  ion 
fis,  heir  de  Chipre,  partirent  d'Acre,  &  retornerent  à 
Triple,  a  &  la  dite  rayne  &  Ion  fis  alerent  en  Chipre. 

27Q.  Quant  vint  à  l'an  de  M.CC  &  LVIII  de  Crilt,  arive- 
rent  à  LimelTon  .xlviij.  guallées  de  Jenevés  &  .iiij.  naves, 

a.  Le  tuf.  ajoute:  la  dite  rayne. 


III.    LE    TEMPLIER    DE   TYR.  I  f  3 

quy  vindrent  au  fecours  de  lor  rue  &  des  Jenevés  d'Acre,  1258-1260 
les  quels  guallées  &  naves  ariverent  à  Sur,  &  là  ordene- 
renr  o  le  feignor  de  Sur  ce  quy  deveent  faire,  &  fu  cheve- 
teine  &  amiraill  Rous  de  la  Turque. 

280.  [TJout[e]  fois  le  feignor  de  Sur  &  les  Jenevés 
ordenerent  que  le  fegnor  de  Sur,  à  tout  ce  que  il  poroit 
aver  de  gent  à  chevau  &  à  pié,  iroit  à  Acre  &  le  teroit 
en  .j.  leuc  quy  fe  dizoit  la  Vignie  Neuve,  &  là  averoit 
à  luy  le  maiftre  de  l'Ofpitau  &  fon  poer,  quy  fe  teroit 
là  ou  luy,  &  quant  il  verrent  que  les  guallées  des  Jenevés 
eùiïent  guaigné,  quy  deùiïent  entrer  à  Acre  &  prendre 
les  .ij.  rues  de  Pizans  &  Venefiens  ;  &  enfi  con  il  orde- 
nerent le  firent,  que  le  feignor  de  Sur  vint  à  Acre,  &  fe 
tint  en  lel  leuc,  &  là  vint  à  luy  le  maiftre  de  l'Ofpitau. 

28 1.  Les  guallées  de  Jenevés  partirent  de  Sur  6c  alerent 
devant  Acre,  &  furent  .xlviij.  guallées  &  .iiij.  naves,  & 
chafcune  nave  avoit  .j.  engin,  &  s3il  eùiïent  féru  tant 
toft,  il  eùiïent  tout  guaigné,  car  les  gualées  des  Venef- 
fiens  quy  furent  .xl.,  n'en  eftoient  encores  reculis,  & 
l'achaiiïbn  fu  que  Pizans  &  VenefTiens  doutèrent  de  mon- 
ter ck  abandoner  lor  rue,  &  que  Jenevés  de  terre  ne  le 
treïiïent,  &  s'il  ne  monteent  fur  les  gualées,  &  Jenevés 
de  mer  defendreent  en  terre,  il  per[dr]eent  tout,  dont  il 
furent  en  grant  balanfe  de  ce  fait  &  en  paour,  &  par- 
lèrent de  ce  fait  au  conte  de  Jafe,  quy  lor  confeil  lya 
d'aler  au  maiftre  dou  Temple,  frère  Thomas  Berart  ;  & 
le  dit  maiftre  dou  Temple  eftoit  aie  demourer  à  la  mai- 
fon  des  chevaliers  de  Saint  La(n)dre,  pour  eftre  loins  de 
la  bataille  des  engins,  quy  fe  lanfoient,  car  la  maifon 
dou  Temple  eftoit  moût  près  des  Pizans. 

282.  Le  conte  de  Jaffe  &  le  cons[e]le  de  Pize  &  le 
baill  de  Veneife  parlèrent  au  dit  maiftre  a  de  lor  afaire 


a.  Le  mf.  répète  maiftre. 

C  20 


rf4  LES    GESTES   DES    CHIPROIS. 

1258-1260  lur  le  fait  que  vos  avés  oy,  &  le  dit  maiftre  fi  lor  prou- 
mift  que  il  lor  manderoit  tant  de  frères  &  d'autre  gent 
à  cheval  &  à  pié  quy  gardèrent  lor  rues  &  lor  maifons, 
tant  que  la  bataille  fera  faite  en  mer;  &  tout  enfy  com 
il  dift,  enfi  le  lift,  &  pieftant  les  frères  montèrent  à  chevau 
covers,  &  tricoples  &  autres,  &  alerent  au  confanon  levé 
guarder  les  .ij.  rues  de  Pizans  &  de  Venefiens,  &  en  lor 
pafer  les  Jenevés  de  terre  cuyderent  qu'il  veniffent 
contr'iaus  <5c  iaillierent  au  cry,  &  gardèrent  lor  rue. 

283.  Le  feignor  de  Sur  vint  de  Sur  par  terre  à  Acre, 
&  fi  ot  o  luy  .lxxx.  homes  à  chevau  &  .ccc.  archers  vilains 
de  fa  terre  de  hors,  &  le  herberga  à  la  Vigne  Neuve  près 
d'Acre,  &  le  maiftre  de  l'Ofpitau,  frère  Guillaume  de 
Chaftiauneuf,  fi  niffi  hors  d'Acre  <5c  mena  o  luy  fe  qu'il 
poft  de  ces  frères  &  tricoples,  &  fe  tint  aveuc  le  feignor 
de  Sur  là,  &  atendirent  de  veïr  fe  les  guallées  fereent 
pour  parfaire  lor  entendement. 

284.  Les  Venefiens  &  les  Pizans,  quant  il  eurent  quy 
garda  lor  rues,  fe  firent  crier  lor  banc  par  la  fité,  que 
quy  voroit  lor  fodées  à  monter  fur  lor  guallées  pour 
luvre  faillant,  fi  le  venift  prendre  .x.  bezans  farazins  le 
jor  &  .ix.  bezans  pour  la  nuit;  &  pour  ce  il  eurent  moût 
de  gens  &  montèrent  fur  lor  guallées  quy  furent  .xl.,  & 
fi  armèrent  autre[s]  barques,  &  par  efcalmes  &  panfles 
quy  furent  plus  de  .lxx.,  en  que  avoit  en  chafcun  abalef- 
triers,  quy  firent  à  Jenevés  trop  de  damages  &  d'enuis; 
&  quant  l'oft  des  guaiées  &  barques  furent  tous  reculis 
&  hiiïus  hors  contre  les  guallées  des  Jenevés,  tant  toft 
les  Jenevés  le  mirent  tout  par  eaus  en  rout,  &  aucunes 
guallées  atendirent  quy  fe  combatirent.  Si  furent  prizes 
.xix.,  &  mors  &  pris  .m.  &  .vijc.  perfones,  car  apareillés 
i  ot  quy  ofterent  lor  lamieres  &  lor  chapiaus  de  fer,  & 
fe  recullirent  as  autres  guallées,  que  par  force  de  rins 
efchaperent  &  alerent  à  Sur,  &  autres  .v.  guallées  furent 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  I  )  f 

des  Jenevés,  quy  foirent  les  .iij.  à  Caïfas  &  les  .ij.  à  i258-I26o 
Chaftiau  Pèlerin,  quy  eftoir.  dou  Temple,  donc  les  Vene- 
fiens mandèrent  de  lor  guallées  après  &  les  prirent,  c'eft 
afaver  .v.  guallées  fans  les  homes.  En  cède  manière 
prirent  des  guallées  des  Jenevés  .xxiiij.,  &  homes  entre 
mors  &  pris  .m.vij0.,  fi  com  je  vos  ay  avant  dit,  car 
av(r)é[s]  conu(ltre)  que  Jenevés  furent  de  lor  gent  à  Sur, 
tant  en  troverent  mains,  &  les  .iiij.  naves  des  Jenevés. 
Quant  fiaus  des  naves  virent  que  lor  gallées  furent 
vencus  &  desbaratés,  fi  firent  vêle,  &  alerent  à  Sur. 

28  f .  Le  léignor  de  Sur,  quy  eftoit  à  la  Vigne  Nue(e)ve, 
com  je  vos  ai(s)  dit,  &  fa  gent  o  luy  à  cheval  &  à  pié,  & 
le  maiftre  de  l'Ofpitau  &  aucuns  des  frères  quy  eftoient 
aufi  venu,  cuydant  que  Jenevés  deiïffent  guaigner  por 
faire  lor  entendement,  quant  il  virent  le  que  Jenevés 
furent  defconfis,  fi  furent  moût  dejugiés  &  coroulés,  & 
le  parti  le  feignor  de  Sur  &  retorna  à  Sur  en  la  terre,  & 
le  maillre  de  l'Ofpitau  le  tint  là,  y  demoura  tant  que  .j. 
maladie  le  prift,  dont  il  morut,  &  les  frères  firent  .j.  autre 
maillre  prodome  &  lage,  quy  ot  nom  frère  Hugue 
Revel,  quy  adons  eftoit  grant  comandor.  En  tel  manière, 
con  vos  avés  oy,  furent  delconfites  les  guallées  des 
Jenevés  &  ce  lor  avint,  por  ce  que  il  armeent  de  gent 
à  los  Lonbars,  quy  ne  faveent  riens  de  mer  &  perdirent  de 
puis  en  autre  leus  gualées,  con  vos  orés,  mais  il  puis 
defconfirent  Pizans  6k  Venefiens,  con  vous  entenderés  en 
fe  livre,  fi  con  chafcun  fet. 

286.  Les  Jenevés  quy  teneent  lor  rue  &  quy  s'efloyent  fi 
grant  pièce  défendus  &  loufert  grant  travaill  &  paie  grant 
charellié,  que  un  euf  fe  trovoit  à  envis  por  un  nafré,  quant 
il  virent  lor  guallées  delconfites,  fi  guepirent  lor  rue,  <3c  fe 
mirent  en  l'Ofpitau,  &  puis  alerent  demourer  à  Sur;  &  les 
Pizans  &  Venefiens  abatirent  lor  rue  &  la  tour  &  toutes 
lor  maifons,  fauve  l'yglize,  &  lire  Lorens  Cope  porta  en 


I  f6  LES    GESTES    DES  CHIPROIS. 

1258-1260  Veneize  .j.  piere  dou  fondement  de  la  tor  de  Jene  &  des 
autres  pieres;les  Pifans  &  Venefiens  murèrent  lor  rues. 

287.  En  ce  dit  an  avint  par  le  plaizir  de  Dieu  que  le 
feignor  d'Arfur,  baill  d'Acre,  Johan  de  Yblin,  morut. 

288.  Quant  vint  l'autre  ifté  après  fe  fait,  Jenevés 
armèrent  .xx.  guallées  &  firent  .ij.  amirails,  &  fu  l'un 
fïre  Beneit  Sacarie,  &  l'autre  ne  vos  fais  nomer.  Et  vindrent 
les  .xx.  gualées  à  Sur,  &  les  Venefiens  armèrent  .xxiiij. 
guallées  &  vindrent  à  Acre,  &  d'Acre  à  Sur,  &  par 
devant  Sur  nefirent  les  .xx.  guallées  des  Jenevés,  &  fe 
conbatirent  as  Venefiens  en  tel  manière  que  fire  Beneit 
Sacarie  fery  as  .x.  guallies,  &  (&)  l'autre  amiraill  tourna 
en  deriere  fans  ferir  &  entra  dedens  le  port;  &  fire  Beneit 
Sacarie  fu  pris,  &  fi  fu  mené  en  Veneiiïe,  là  où  il  fu 
en  prifon  .j.  tens,  &  li  firent  jurer  les  Venefiens  de  non 
venir  à  nul  tens  contre  Venefiens,  &  ly  firent  fouffrir 
en  prifon  mezaifes  aies  ;  <5c  en  celle  manière  les  Jenevés 
perdirent  devant  Sur  fes  .x.  gualées. 

28g.  De  puis  vous  diray  encores  que  il  avint  as  Jenevés 
de  mefchef:  il  armèrent  .xxvj.  guallées  l'autre  ifté  après, 
&  les  mandèrent  por  damager  les  Venefiens  par  là  où 
il  les  trovaffent,  &  fu  lor  amirail  .j.  quy  fu  apelé  Borborin, 
&  feftu  vint  à  Trappe  &  fu  fi  poy  curious,  ou  que  il  le 
feïft  de  fon  gré  por  deniers  que  l'on  veut  dire  que  Vene- 
fiens ly  donerent,  que  feftu  laiffa  défendre  les  gualées  en 
terre  par  les  jardins  de  Trape,  quy  ne  remeft  pas  en 
chafcune  gualie  .lx.  homes,  &  furvindrent  .xxviij.  guallées 
de  Venefiens  quy  les  enclorent  au  port  &  prirent  tous 
les  .xxvj.  guallées  fans  nul  home,  car,  f\  con  vos  avés  oy, 
tous  eftoient  en  terre,  &  fiaus  qui  fe  troverent  fur  les 
guallées,  fi  fe  virent  poy  &  fe  lanferent  en  terre,  & 
meïfmes  lor  amiraill  Borborin  &  fon  fis  quy  fe  troverent 
en  terre,  (1  fouyrent  hors  de  la  ville  par  terre  ;  &  par 
tel  manière  furent  perdus  fiaus  guallées. 


III.   LE    TEMPLIER    DE    TYR.  I  f  7 


290.  Encores  armèrent  .j.  autre  fés  les  Jenevés  .xxviij.  1258-1260 
guallées  &  mirent  defus  .iiij.  amirails  que  fes  font  lor 

nons  :  l'un  fu  apelé  Oric,  duc  quy  eftoit  de  fiaus  d'Efpine, 
&  l'autre  fu  nomé  Otevent,  &  l'autre  fi  ot  nom  Simon 
de  la  Charité,  &  le  cart  ne  vos  fais  nomer  5  &  vindrent 
les  .xxviij.  guallées  fufdites  en  .j.  leuc  quy  s'apele  Sette- 
pons,  &  là  s'encontrerent  as  Venefiens,  quy  furent  autre 
.xxviij.  guallées,  &  fe  combatirent  les  uns  as  autres,  & 
avint  au  derain  que  les  Jenevés  furent  defconfis  &  per- 
dirent .xiij.  guallées  &  efchaperent  les  .xv.,  &  furent 
mors  en  la  bataille  moût  de  gent  d'une  part  &  d'autre, 
&  morurent  .ij.  des  iiij.  amiraus,  s'eft  afaver  lire  Oric  duc 
&  lire  Othevent,  &  Simon  de  la  Charité  &  l'autre  efcha- 
perent. Et  quant  les  Jenevés  fe  virent  ainffi  mefdit,  fi  fe  lail- 
ferent  d'armer  .j.  grant  tens,  fauve  tant  que  il  armèrent 
lains  menuement,  &  damagerent  moût  lor  henemis  par 
plufors  leus,  &  n'entendeit  mie  que  fes  .ij.  armées  que 
Jenevés  furent  &  perdirent,  &  furent  faites  en  [un]  an, 
ains  furent  faites  en  .iij.  années  par  .iij.  ifïés,  &  dedens 
ce,  moût  de  chofes  furent  avenues  outremer,  &  en  Surie, 
fi  con  je  vos  devizerai(s)  fi  avant. 

29 1 .  Il  avint  chofe,  que  depuis  que  cefte  guerre  des 
Jenevés  fu  finée,  que  le  prince  d'Antioche  &  conte  de 
Triple  fu  moût  efcur  &  de  maie  volenté  contre  le  fei- 
gnor de  Gibleth  &  contre  fire  Betran  de  Giblet  &  lor 
lingnage.  Atant  moftra  le  prince  de  fenblant  &  en  fait  & 
en  dit  que  le  feignor  de  Giblet  &  fire  Betran  de  Giblet 
&  lor  lingnage  s'en  aperfurent  bien  &  ne  moflrerent 
nul  femblant,  &  l'achaifon  i\  fu  por  ce,  con  vous  avés 
oy,  que  le  feignor  de  Giblet  manda  fecours  as  Jenevés  en 
Acre  en  .j.  fien  lein,  quy  le  dilbir  poindor,  quy  voguet 
.c.  rins,  &  de  ce  meïfmes  en  perfone  fu  aucuns  jours 
dedens  la  rue  de  Jene  à  Acre,  &  de  fe  aufi  que  fire  Be- 
tran de  Gibelet  ala  contre  les  Jenevés  o  le  bot  de  fa 


1^8  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1258-1260  lance  6c  le  fer  deriere  fa  fêle,  con  vos  oyftes,  &  eftant  à 
fel  eftat  le  prince  de  volenté,  con  je  vous  dis,  avint  que 
les  chevaliers  de  Triple  eurent  contens  au  prince  pour 
chaifon  des  Romains. 

292.  Donc  il  avint  que  le  feignor  de  Giblet  &  le  fei- 
gnor  dou  Botron  &  les  autres  chevaliers  le  révélèrent 
au  prince,  6c  le  partirent  de  Triple  &  firent  chef  fur 
yaus  Betran  de  Giblet;  &  feftu  Betran  fi  fu  celuy  qui 
parla  en  Damiate  devant  le  roy  de  France  pour  henor 
de  ceftuy  prince,  con  je  le  vos  ai  dit,  6c  efteit  chevalier 
preu  6c  hardy  &  fort  &  bien  menbrant;  dont  il  &  la 
gent  que  il  ot  à  chevau,  6c  la  favor  de  l'Ofpirau  de  Saint 
Johan,  chevaucha  par  la  terre  dehors  &  damagïerent  la 
terre  dou  prince,  dont  le  prince  fu  moût  couroulé,  6c  an 
ifir  en  champ  contre  iaus  il  n'en  avoit  la  gent,  6c  le 
Temple  ii  eftoit  en  Paye  dou  prince,  fi  con  l'Olpitau 
eftoit  en  aye  de  fiaus  dehors,  fortant  que  fu  [eflajbly 
cornent  il  ne  le  moflreent  pas. 

293 .  Il  avint  un  jour  que  ceftu  meffire  Betran  de  Gi- 
blet fi  vint  par  devant  la  cité  de  Triple  6c  mena  o  luy 
moût  de  gens  à  chevau  6c  à  pié,  car,  fi  con  je  vos  ai  dit, 
tous  les  chevaliers  la  plus  grant  partie  fi  efteent  tos 
dehors  révélés  contre  luy,  mais  quant  il  fe  vy  afegé,  fi 
en  élit  grant  defpit,  6c  afembla  fe  qu'il  poft  aver  de 
gens,  6c  niffi  dehors,  6c  fe  combaty  à  ciaus  de  hors; 
6c  en  la  fin  le  prince  fu  defconfit  6c  fe  mil!  à  aler  tant 
corne  il  poil:  à  Triple,  mais  le  dit  Bertran  l'aparfut,  fi  ly 
courut  après  6c  Latainfi:  à  l'entrer  de  la  porte  de  la  fité, 
6c  le  fer  l'atainfl  à  l'efpaule,  6c  li  fift  une  plaie  criant:  «  Le 
vil  6c  mauvais,  retornés  ariere,  6c  ne  foies  mie  !  » 

294.  Le  prince  entra  en  la  fité  6c  pour  fa  plaie  jut  au 
lit  grant  pièce,  6c  puis  qu'il  vint  à  amendement,  il 
s'apenfa  moût  de  pourchaler  privéement  par  vilains  des 
cazaus  cornent  il  meift  à  mort  le  dit  Bertran,  6c  tant  fifi: 


III.  LE   TEMPLIER   DE   TYR.  I  f  9 


&  pourchafay  que  par  Tes  vilains  meïfmes,  dou  dit  Bertran  12s8-1260 
il  élit  la  tefte,  fi  con  je  vos  diray. 

295".  11  avint  que  le  dit  Bertran,  luy  &  .j.  chevalier 
jeune  ion  compagnon,  ala  pour  veïr  .j.  fien  cazau  & 
fes  rentes,  &  quant  il  fu  à  la  montée  dou  dit  cazau, 
&  il  fu  fur  .j.  replait  dur  &  efquyllant  près  d'un  mur 
bais  d'une  vingne  &  derere  feluy  mur,  faillirent  vilains 
en  tour  de  .x.  ou  .xij.,  quy  là  faillirent  as  ars  &  li 
traïftrent  piles,  dont  il  cuyda  torner  à  yaus  &  atorner. 
Le  chevau  ly  chey  defîus  luy  fur  feluy  replat  efquillant 
en  tel  manière  que  le  chevau  ly  jut  fur  la  cuffe,  quy 
ne  fe  poft  redrefer,  &  il  avoir  Pefpée  nue  en  la  main 
que  autre  arme  il  n'en  aveit,  &  fe  defendeyt  que  nul  n'en 
ozet  aprocher  à  luy,  mais  tant  ly  traïftrent  de  piles  qu'il 
le  tuèrent  &  taillèrent  fa  tefte,  &  l'autre  chevalier  fon 
compaignon  fu  féru,  luy  &  fon  chevau,  de  plufors 
piles,  &  s'eftoit  mis  à  aler  &  eftoit  ja  venu  à  pié  de  la 
montaigne,  mais  les  vilains  li  coururent  après,  &  li 
coperent  la  tefte,  dont  les  vylains  portèrent  la  tefte  dou 
dit  fire  Bertran  en  .j.  profiniau  au  prince,  quy  en  ot  grant 
joie  &  les  paia  moût  bien. 

296.  La  novelle  fu  dite  entre  les  chevaliers  quy  furent 
moût  doulouros  &  perdirent  le  cuer  trop  malement  que 
nul  rien  ne  les  pot  conforter  ny  afeùrer,  &  meffire  Hue 
de  Giblet,  père  dou  dit  Bertran,  C\  les  reconfortoit  &  difoit 
que  il  lors  feroit  en  leuc  de  fon  fis, a  &  les  amoneftoit  de 
maintenir  la  guerre  &  non  abandoner  le  fait,  quar  il  feroit 
pis  pour  yaus,  moftrant  leur  pluzours  rayions,  mais  il  ne 
voftrent  entendre,  ains  porchafterent  lor  pais  au  prince, 
&  tornerent  à  Triple  fauf  le  feignor  de  Giblet,  quy  fu 
enconfiné  à  Giblet;  &  le  feignor  dou  Boutron  ala  en 
Acre,  &  fu  fait  coneftable  dou  reyaume  de  Jerufalem, 

a.  Le  mf.  répète:  à  que  il  lors  feroit  en  leuc  de  Ton  fis. 


6o  LES    GESTES    DES   CHIPROIS. 


1258-1260  tant  com  il  fu,  &  meffire  Johan  de  Giblet,  frère  de  meffire 
Hue,  ala  aufi  à  Acre  6c  fu  fait  marefchau  dou  royaume 
de  Jerufalem  &  morut  à  Acre  après  .j.  tens,  &  meffire 
Hue  de  Gibier,  père  dou  dit  Betran,  mena  o  luy  les 
anfans  de  fon  fis  à  Acre,  6c  demoura  à  Acre,  &  toute  fa 
vie  porta  barbe  pour  deul  de  Ion  fis.  Or  vos  laira  d'eaus 
à  parler,  &  fi  vos  parleray  d'autre  rayibn. 

297.  En  celuy  tens  que  ce  fait  avint,  .j.  haut  home  de 
France,  qui  ot  nom  meffire  Jofrey  de  Sardeigne,  fu  fait 
baill  dou  royaume  de  Jerufalem  à  Acre,  6c  le  fu  après 
que  meffire  Johan  de  Yblin,  feignor  d'Arfur,  qui  efloit 
bail,  fu  mort. 

298.  Ceftu  meffire  Jofrey  C\  fu  moût  fort  juftizier,  6c 
en  fon  tens  pendy  moût  de  larons  6c  de  murtriés,  ni 
onques  ne  vofl  nul  efparaigner  pour  lingnage  ny  por 
aver  que  Ton  li  peiïft  doner,  ni  por  amifté  ni  por  autre 
chofe,  6c  entre  les  autres  pendy  .j.  chevalier  quy  ot  nom 
lire  Johan  Renia,  quy  avoit  tué  .j.  vefque  de  Famagoufte, 
6c  le  prift  par  force  à  gens  d'armes  de  la  rue  de  Pize  où 
il  s'eftoit  refeté,  6c  Pizans  le  rendirent;  6c  C\  vos  laira  à 
parler  de  luy  6c  vous  diray  d'un[e]  autre  eftoire. 

299.  En  l'an  de  l'incarnafion  de  Noflre  Seignor  Jhefu 
Crift  M.CC.LX,  que  le  plus  grant  feignor  quy  fu  chef  fur 
tous  les  Tatars  quy  font  dever  nos  parties,  quy  ot  nom  Ha- 
laon,  lequel  avoit  .iij.  frères,  6c  il  efloit  le  cart,6c  furent 
fis  dou  haut  feignor  des  feignors  des  Tatars,  lequel  quant 
il  morut,  fes  .iiij.  fis  quy  demorerent  après  luy  fi  furent 
en  contens  de  partir  la  feignorie  entre  iaus,  6c  en  la  fin 
s'acorderent  quy  partirent  Paver  6c  la  gent  au  tel  part  à 
l'un  corne  à  l'autre,  6c  lor  abitacle  fu  geté  afîort,  car 
enfemble  il  ne  porent  vivre  fi  grant  gent,  6c  fu  fait  .iiij. 
pars,  l'une  ver  levant  6c  l'autre  ver  ponent,  6c  à  tramon- 
tane 6c  à  demy  jour,  6c  avint  chofe  que  la  part  de  ceftu 
Halaon  vint  ver  nos  parties,  6c  les  autres  frères  dirent 


III.    LE    TEMPLIER    DE    TYR.  IOI 


lor  parties,  en  la  quele  chafcun  ala  demourer  en  fa  partie,  1x60 
&  conquift  chafcun  en  dreit  fei  le  qu'il  poil  conquerre 
&  acreiftre  de  ieignorie. 

300.  Ceflu  Halaon,  dont  je  vos  parle,  fi  fu  moût  vail- 
lant home  &  plus  prous  entreprenant  que  nul  de  les 
frères  5  fi  conquift  &  fift  plus  de  biaus  fais  que  nul  de  les 
frères  ne  firent,  &  fi  ot  à  fa  part  la  meillour  gent  d'armes 
qui  demorerent  de  Loft  de  fon  père,  fi  con  s'aventure 
fu  à  partir,  quant  les  frères  partirent  l'aver  &  l'a[r]gent 
quy  demora  de  lor  père. 

301.  Ceftu  Halaon  f\  conquift  Baudac  &  Toris  6c 
Perce,  fi  con  je  le  vos  devizerai  après  en  ceflu  livre,  & 
ores  chevaucha  vers  la  Surie  &  conquift  <3c  prift  Halape 
&  Harant  &  Haman  &  La  Chamele,  &  vint  à  Doumas, 
&  la  prift,  quy  eft  moût  grant  cité  &  moût  abitée  de 
gens  &  de  jardins;  &  toutes  fes  cités  eftoient  des  Sarazins 
&  les  prift  fans  defence  nule  que  il  feïiTent,  car  les  Tatars 
eftoient  bien  .c.xxm.  homes  à  chevau. 

302.  Haiton,  roy  d'Ermenie,  fi  ala  à  le  puiiïant  tei- 
gnor  Halaon,  &  ala  en  (a  terre  avant  le  qu'il  le  mift  à 
venir,  &  le  fift  fon  home,  &  tant  l'enorta  &  conleilla 
que  il  le  mift  à  venir  à  fi  grant  hoft,  con  vos  entendes, 
&  ci  fift  &  porchaiïa  le  bon  roy  d'Ermenie  pour  mau 
des  Sarazins  &  par  pourchas  dou  roy  d'Ermenie,  &  le 
prince  Baimont  quy  ce  dizoit  le  biau  prince,  &  fu  moût 
en  la  grâce  de  ce  haut  feignor  Halaon,  car  le  dit  prince 
eftoit  gendre  dou  roy  d'Ermenie. 

303.  Le  roy  d'Ermenie  &  le  prince  d'Antioche  devant 
dis  fi  alerent  en  Poftel  des  Tatars,  &  furent  à  prendre  Do- 
mas-,  &  quant  Domas  fu  prife,  le  prince  pour  delpit  des 
Sarazins  &  pour  lor  honte,  i\  fift  faire  neteer  &  enfenfer 
une  moût  bêle  iglile,  quy  fu  dou  tens  des  Grés  des  crel- 
tiens,  au  tens  que  Eracles  fift  labourer  Domas,  en  la  quele 
yglize  aourerent  par  dedens  les  Sarazins  à  Mahomet,  quy 

c  2 1 


IÔ2  LES    GESTES   DES    CHIPROIS. 

1260  fu  anfienement  des  Grés  lor  yglize,  &  fift  laens  chanter 
meffe  des  Frans  &  foner  campane,  &  en  les  autres  mel- 
quylées  de  Mahomet,  là  où  Sarazins  aouroient,  fi  fift 
faire  mètre  ronfins  &  ahnes,  &  elpandre  vin  par  les  murs, 
&  oindre  de  char  de  porc  freche  &  ialée,  &  fi  coman- 
doit  à  la  gent  de  faire  .j.  ordure,  il  en  failfoient  .x.  Et 
puis  que  le  dit  Halaon  ot  priies  ces  fîtes  que  je  vos  ais 
només,  il  fift  (on  retor  &  le  paira,  &  s'en  ala  en  fa  terre 
&  fifl:  de  biaus  dons  au  prince  afles,  &  facuilly  en  s'amifté 
de  là  en  avant  ;  &  remeft  en  la  terre  dou  royaume  de 
Jerulalem  .j.  grant  feignor  tatar,  quy  ot  nom  Coutbaha, 
&  une  grant  gent  de  Tatars  quy  alerent  à  Seete,  &  la 
prirent  fubitement;  &  au  prendre  y  ot  aucune  defence 
par  le  feignor  de  Seete,  médire  Julien,  quy  efloit  fur  Ion 
chevau  à  l'entrée  de  la  porte,  &  defendoit  l'entrée,  aufi 
poy  de  gens  com  il  ot,  fi  vigourouiement,  &  ofift  .ij.  che- 
vaus  fos  ly,  &  tant  maintint  à  défendre  l'entrée  que  la 
menue  gent  &  eiirent  grant  ef'pafe  d'eaus  recullir  à  .ij. 
chafteaus  de  terre  &  de  mer.  Et  lor  avint  .j.  autre  aven- 
ture, quy  vient  bien  à  la  menue  gent,  que  .ij.  guallées  des 
Jenevés  veneent  de  Sur  &  aleent  en  Ermenie,  &  efteent 
de  fire  Franlelquin  de  Grymaut,  &  le  troverent  leluy  jour 
à  Seete,  quy  recullirent  moût  de  gens,  &  les  mirent  en 
une  ihle,  quy  eft  devant  Seete  bien  près  dedens  le  chafteau 
de  mer,  &  en  la  fin  le  feignor  de  Seete  ne  poil  loufrir 
le  charge  des  Tatars,  defquels  il  en  ofilt  &  abaty  aies  fur 
le  pont  devant  la  porte,  &  s'en  repaira  &  entra  au  chaf- 
tiau  de  terre.  Et  les  Tatars  entrèrent  adons,  &  prirent  la 
vile  &  taindrent  aucunes  menues  gens  qu'il  tuèrent,  & 
autres  que  il  prirent,  &  tindrent  tant  Sayete  que  il  abatirent 
les  murs  de  la  ville  &  dounerent  aucun  alaut  au  chafhau 
de  terre,  mais  il  ne  firent  rien,  &  le  partirent  &  alerent; 
&  en  fel  an  meflîre  Julyen  (1  vendy  Sayete  au  Temple,  car 
il  n'en  ot  de  que  refaire  là  des  murs  quy  furent  abatus. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  163 

304.  Ceftu  Julien  fu  .].  chevalier  prou  &  hardy  ôc  1260 
vygourous,  moue  eltordy  ôc  legier  de  la  celte,  ôc  de  per- 
fone  grant  &  menbru,  &  gros  os  &  fournis  [avoit]  & 
eftoit  moût  lulfirious  de  les  chars  &  grant  jouour  de 
hazart,  ôc  y  le  milt  por  le  jeuc  à  nient.  Il  fii  fis  dou 
nevou  de  meflîre  Phelippe  de  Monfort,  leignor  de  Sur 
&  de  Thoron,  ôc  par  la  eftotie  filt  guerre  à  ceftu  fien 
oncle,  ôc  vint  devant  Sur  à  chevaliers  ôc  tricoples,  ôc 
là  filt  damage  à  Ta  terre  dehors,  ôc  s'en  torna  à  Saiete  ; 
mais  je  vos  laira  à  parler  de  celte  rayfon,  ôc  dirai(s)  autre 
choie. 

30)".  En  celt  an  avint  que  le  Temple  &  le  co vent  d'Acre 
&  de  Safet  ôc  de  Chaftiau  Pèlerin  &  de  Biaufort,  6c  meffire 
Johan  d'Yblin,  leignor  de  Barut,  fis  quy  fu  de  Balian 
d'Yblin,  leignor  de  Barut,  quy  prilt  Sur  des  Longuebars, 
&  Johan  de  Giblet,  maurelchau  dou  royaume  de  Jerufa- 
lem,  ôc  chevalier  plulors  d'Acre  le  partirent  ôc  alerent 
brizer  une  grant  herberge  de  Turquemans  ver  Thabarie, 
ôc  furent  malement  def  confis;  &  furent  pris  meffire 
Johan  d'Ybelin,  leignor  de  Barut,  &  Johan  de  Giblet, 
marelchau  dou  royaume,  &  le  coumandour  dou  Temple, 
frère  Mahé  Sauvage,  &  plulors  autres  chevaliers  d'Acre; 
ôc  moût  de  lergans  à  chevau  &  à  pié  furent  mors  & 
pris,  &  perdi  le  Temple  tout  Ion  harnés,  Ôc  elehapa  frère 
Eltience  de  Saili,  marelchau  dou  Temple,  dou  quel  fu 
dit  que  il  filt  ion  poindre  fur  les  Turquemans  mauvaife- 
ment  &  ne  fery  mie,  ains  torna  au  parfait  dou  cuer,  ou 
que  il  le  filt  volentiers,  par  maie  volenté  que  on  diioit 
qu'il  portoit  au  leignor  de  Barut  por  envie  d'une  foie 
jelouzie  d'une  dame  de  fe  païs,  mais  ou  qu'il  fuft  en(i 
ou  autrement,  le  maiitre  dou  Temple  le  manda  outre- 
mer, ôc  li  leva  l'abit,  lequel  demoura  à  la  court  de  Rome 
tant  que  pape  Grégoire  Plailenty,  que  eltoit  à  Acre  quant 
il  fu  ehlit  à  pape;  ôc  celtu  frère  Eitiene  de  Saifi  vint  por 


164  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1260  lUy  à  Acre,   &  adons  par   ce  pape  recovra  l'abit  dou 
Temple,  &  ala  outremer  o  le  dit  pape. 

306.  Le  feignor  de  Barut  fu  pris  des  Turquemans,  co[n] 
vos  avés  oy,  &  furent  pris  frère  Guillaume  de  Biaujeu, 
quy  fu  puis  maiftre  dou  Temple,  &  fu  pris  Tibaut 
Gaudin,  &  fu  puis  comandor  de  la  terre  dou  Temple 
longuement,  &  aucun  autre  frère. 

307.  [L]a  raenfon  dou  feignor  de  Baruth  &  d'aucuns 
autres  o  luy,  fu  parlé  &  fu  racheté  por  .xxm.  bezans 
farazinas,  &  furent  délivrés  luy  &  meffire  Johan  de 
Giblet,  marefchau  dou  royaume  de  Jeruialem,  &  Jaque 
Vidore  &  autres  chevaliers,  &  frère  Guillaume  de  Biau- 
jeu  par  fes  amis  fu  délivré  &  .j.  lien  conpaignon,  &  frère 
Tibaut  Guaudin  &  autres  .xiij.  frères,  car  plus  ne  le  tro- 
verent  vis;  &  ores  vos  laira  à  parler  de  celte  raifon,  que 
autre  choze  ne  fu,  &  vos  diray  des  Sarazins  de  Babiloine. 

308.  Qant  les  Tatars  eurent  prize  Halape  &  Harent 
&  Hama  <3c  La  Chamele  des  Sarazins,  &  puis  Sayete  des 
creftiens,  con  vos  avés  oy,  le  lbudan  de  Babiloine  fu 
moût  couroufé  &  alembla  quant  que  il  poil:  aver  de 
gens  à  chevau  &  à  pié,  &  iiïy  de  Babiloine,  &  avint  au 
royaume  de  Jeruialem,  &  manda  mefages  à  Acre  preant 
les  creftiens  qu'il  les  deiiiïent  foufrir  à  paler  par  lor 
terre  à  aler  contre  les  Tatars.  Les  creftiens  lor  otroierent 
volentiers,  &  ce  fu  por  ce  que  les  creftiens  furent  cou- 
roufés  as  Tatars  por  le  mau  que  il  afeent,  &  le  foudan 
vint  à  tout  l'on  hoft  devant  à  Acre,  &  le  herberga  au 
plain  bien  près  de  la  fité  d'Acre,  &  entrèrent  pour  iaus 
dehdure.  Et  entre  les  autres  entra  .j.  grant  amiral  quy 
ot  nom  Bendocdar,  quy  fu  puis  foudan,  6c  fift  mous  de 
maus  à  la  creftienté,  con  vos  orés  après,  &  por  ce  que  il 
entrèrent  tant  des  Sarazins,  que  fiaus  d'Acre  doutèrent 
d'eftre  traïs,  &  les  boutèrent  hors  par  force  &  par 
amour. 


III.    LE    TEMPLIER    DE    TYR.  l6f 


309.  Les  creftiens  traicerent  .j.  marché  as  Sarazins  que  1260 
toutes  les  beftes  chevalines  quy  guaignireent  des  Tatars, 

les  deveent  vendre  as  creftiens  à  .j.  iertain  pris,  quy  fu 
dit  entre  iaus,  dont  il  avint  que  Sarazins,  quant  il  heiirent 
gaaigné,  ne  firent  point. 

310.  Ce  dit  foudan  feiit  noveles  par  fes  [es]pies  que 
Tatars  eftoient  moût  eipandus  par  celés  contrées  :  fi  le 
parti  dou  plain  d'Acre  &  ala  à  iaus,  &  fift  cheveteine  de 
l'izeq  de  Ton  hoft,  s'eft  à  laver  l'avant  garde,  ceftu  fien 
amirail  Bendocdar,  lequel  avoit  efté  fon  memelouc,  acheté 
de  fes  deniers,  &  portet  Tare  de  mot  dou  foudan,  &  pour 
ce  fu  il  apelé  en  farazins  Causbondoc.  Et  feftu  Bendoc- 
dar fut  moût  hardy  &  moût  prou,  &  afronta  premier  à 
Tatars,  &  les  defeonfift,  &  desbarata  malement  &  en 
ofift  afés,  &  Tatars  le  ralierent,  &  en  tant  fu  venu  le  fou- 
dan à  fon  grant  esfors,  &  fu  la  bataille  entre  yaus  moût 
fort;  mais  l'esfors  des  Sarazins  fu  fi  grant  que  Tatars  ne 
le  porent  foufrir,  &  le  mirent  à  defeonfiture,  &  fu  mort 
en  la  bataille  lor  cheveteine  Cotbaha,  &  fiaus  quy  fouirent 
de  la  defeonfiture,  les  vilains  de  la  terre  par  les  cazaus  fi 
les  tuèrent  &  fiaus  quy  le  porent  ralier,  alerent  en  Er- 
menie,  &  là  a  le  fauverent,  &  fefte  bataille  fu  à  .iij.  jours 
de  fetembre  de  ce  dit  an,  as  plains  de  Thabarie. 

511.  De  puis  cefte  bataille  que  vos  avés  oy,  le  lou- 
dan  de  Babiloine  le  mift  à  retorner  en  Babiloine  à  moût 
grant  boubanfe  &  à  grant  joie,  que  poy  li  dura,  car  entre 
vées  fi  com  il  le  tornoit,  feftu  amirail  Bendocdar,  par 
affent  des  autres  amiraus,  quy  furent  la  plus  grant  partie 
de  Ion  aient  &  de  fa  fuite,  fi  ofift  le  foudan  &  s'en  parti 
pieftant  luy  &  aucun  des  amiraus  de  s'amifté,  &  ala  en 
Babiloine,  &  entra  au  chaftiau  dou  Caire,  &  trova  feluy 
quy  gardoit  le  chaftiau  quy  ot  nom  Tebec,  &  s'apelet 

a.  M/,  le. 


l66  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1260-126 1  f[r]eres  Cataie,  lage  home  &  moût  anfien  de  la  païnime, 
&  quy  favet  moût  bien  dou  fiecle.  Sefluy  Bendocdar  li 
fift  entendant  cornent  le  foudan  eltoit  mort  entre  vées, 
&  que  il  ne  conufTet  nul  autre  en  la  païnime  plus  lage 
ni  plus  digne  à  eftre  foudan  que  luy,  &  de  ce  il  le  re- 
veltoit;  &  à  cell:  parole  il  traïït  s'efpée  &  la  voft  mètre 
en  la  main  en  manière  de  luy  reveftir  de  la  feignorie, 
mais  feluy  fu  lage  &  ne  voft  prendre  l'efpée  &  dift  que 
la  foudanie  aferet  miaus  à  luy  que  à  nul  autre  que  il  cou- 
neiift  au  monde,  pour  la  grant  promeiTe  &  valour  de 
luy,  &  Bendocdar  refpondy  :  «  ....puis  que  il  vos  lemble 
que  je  foie  digne  d'eftre  foudan,  &  que  vos  avés  .j.  autre 
foudan  fait,  quy  a  nom  Melec  el  Vahar,  »  quy  vient 
à  dire  en  francés  le  roy  aparant,  car  les  foudans  ont  par 
ufage  quy  le  font  apeler  quei  non  que  il  veullent  autre 
que  lor  non  propre,  fi  com  les  papes  font.  Et  enfi  fu  fait 
foudan,  &  filt  crier  le  banc  par  la  terre,  con  vos  avés  oy 
devizer,  &  tous  les  autres  Sarazins  de  Toft  entrèrent  en 
biau[s]  troupiaus,  les  uns  amiraus  après  les  autres,  &  lï 
com  il  entrèrent,  aleent  au  foudan  nouviau  jurer  à  luy  & 
i  faire  reverenle. 

3  1 2.  Et  en  Fan  de  Tincarnafion  de  Jehfu  Crift  M.CC.LXI, 
morut  pape  Alixandre,  &  après  luy  fu  fait  pape  Urbain, 
qui  fu  patriarche  de  Jerufalem.  Ceftu  rapela  le  don  que 
pape  Alixandre  avoit  doné  faint  Lardre  de  Betanie,  6c 
Montetabor  à  TOlpitau  de  faint  Johan. 

3  13.  Et  en  le  dit  an,  morut  la  raine  Plaiffance,  quy  fu 
feme  de  Henry,  roy  de  Chipre,  &  mère  de  Huguet,  heir 
de  Chipre,  la  quele  trefpaffa  à  .xxvij.  jours  de  fetembre. 

514.  Et  en  le  dit  an  meïfmes,  fu  fait  bail  dou  royaume 
de  Chipre  Huguet  de  Lezingniau,  quy  fu  fis  de  Henry 
dou  prince  &  de  madame  Yzabiau,  leur  dou  dit  roy 
Henry  de  Chipre. 

3 1  y.  Et  en  ce  dit  an  meïfmes  à  .xxv.  [jours  de  jungnet, 


III.  LE   TEMPLIER   DE   TYR.  167 


les  Grés]  prirent  Coftantinople  des  Latins,  &  Palilogue  1262-1263 
le  fift  enperor,  &  ce  fift  nomer  Coftantin. 

316.  Et  en  l'an  de  l'incarnafion  M.CC  &  LXII,  le  fou- 
dan  de  Babiloine  Bendocdar,  quy  le  fin:  nomer  Melec  el 
Vaher,  ala  al'eger  Antioche,  mais  le  roy  d'Ermenie  fi  elloit 
aie  à  Tatars,  &  les  fift  ehmeuer  de  venir,  &  les  Sarazins 
laiierent  le  lîege  d'Antioche,  &  s'en  tornerent  en  Babi- 
loine. 

317.  Et  en  le  meïfmes  an,  Tan  de  M.CC  &  LXII  de 
l'incarnafion  de  Crift,  Charle,  conte  d'Ango,  frère  dou 
roy  de  France,  fi  afega  Marfeille,  dont  fil  dedens  le  ren- 
dirent à  ly  par  force,  &  en  fu  leignor,  &  mift  juftizier 
en  la  terre  de  par  luy. 

3 18.  Et  en  Tan  de  l'incarnation  de  Crift  M.CC  &  LXIII, 
Bendocdar,  quy  eftoit  novyau  foudan,  manda  mefages 
à  Acre  à  la  creftienté,  que  il  voloit  changer  les  efclas 
creftiens  quy  tenoit,  por  les  efclas  farazins  que  creftiens 
tenoient,  &  dounés  a  .ij.  Sarazins  pour  .j.  creftien.  Et  fur 
fefte  chofe  furent  au  confeil  creftiens,  <5c  fi  lor  lembla  bien 
afaire  &  amohne,  mais  le  Temple  &  Ofpitau  ne  s'acor- 
derent  pas,  dilTent  que  lor  efclas  eftoient  lor  grant  prou- 
fit,  car  il  eftoient  tous  gens  de  meftier,  &  que  trop  lor 
coufteroit  à  tenir  à  Iodées  autres  gens  de  meftier,  & 
pour  ce  ne  le  voftrent  acorder  à  fe,  &  ja  loit  fe  que  il 
diffent  vérité,  toute  fois  il  le  deuffent  avoir  fait  pour 
Dieu  &  pour  la  delyvranlé  des  povres  efclas  creftiens. 

319.  Le  conte  de  Jaffe,  Johan  d'Yblin,  fift  efchange 
de  fes  efclas  au  foudan,  &  le  foudan  ly  fift  triue  &  tint 
fa  terre  en  pais  &  à  repos,  &  envers  les  autres  creftiens  fu 
il  pour  ceftu  fait  moût  couroufé  &  le  moftra  bien  après, 
car  il  vint  devant  Acre  à  .xiij.  jours  d'avril  en  dit  an. 

320.  Et  à  .xv.  jours  d'avril  * ,  courut  julques  as  portes 

a.  Mf.  doutes.  — b.  Ces  mots  dans  le  mf.  finirent  le  §  précèdent. 


l68  LES   GESTES    DES    CHIPROIS. 


1 263-1264  d'Acre  dont  la  fité  fu  en  grant  péril,  &  adons  fii  nafré 
de  piles  le  bail  d'Acre,  mefîïre  Jofrey  de  Sardeignes,  & 
plufors  autres  chevaliers  &  fergans,  de  quei  plufors  en 
furent  mors  ;  &  en  iel  an  vint  à  Acre  Izabiau,  feme  de 
Henry,  dou  prince,  &  leur  dou  roy  Henry  gras,  de 
Chipre,  &  Ton  efpous  requit  le  baillage  dou  royaume 
de  Jerulalem,  &  requift  les  homages  des  homes  quy  ne 
li  vofl:rent  faire,  pour  ce  que  le  droit  heir  n'en  eftoit  en 
prezence.  Et  toutes  fois  le  refurent  à  baill,  &  vint  fel  an  à 
Acre  à  .xxv.  jours  de  fetembre,  léguât  &  patriarche  de 
Jerufalem  &  meniftre  del  vefque  d'Acre,  Guillaume,  quy 
avoit  efté  vefque  d'Agent,  &  s'en  torna  à  Rome  là  léguât 
Thomas  de  Lentin  ;  &  ores  vos  lairay  de  ce  à  parler,  & 
vos  diray  d'un[e]  autre  aventure. 

321.  Et  en  l'an  de  Crift  M.CC  &  LXIIII,  les  Jenevés  en 
Jene  armèrent  .xxj.  guallée[s]  de  la  gent  de  la  cité  de 
Jene  &  de  lor  rivière  ;  &  fu  amirail  &  cheveteine  .).  grant 
home  de  Jeune,  fage  &  counoiiïant,  &  quy  s[av]oit  moût 
de  guerre,  quy  fu  nomé  meflire  Simon  Gril.  Quant  feftu 
party  de  Jeune,  fi  fu  dit  que  fiaus  de  fa  contraire  part 
de  Jenevés  meymes  firent  alaver  le  fait  des  guallées  à 
Venefliens  en  Veneyffe,  &  cornent  les  guallées  des  Jene- 
vés efleent  iffues  ;  &  por  ce  armèrent  Venefliens  tant 
toft  .1.  guallé[e]s  por  aler  après  les  guallées  des  Jenevés  ; 
mais  je  vos  diray  l'engin  que  feilu  Simon  Gril  filt  en  fon 


viage. 


322.  Il  fe  party  de  Jene  à  fes  .xxj.  guallée[s]  &  vint 
en  Sezille,  &  jeta  la  vos  que  il  aloit  à  Sur  de  Surie;  & 
meifmes  avoit  leuc  en  Gène  marchans  aucuns,  cuydant 
fes  marchans  que  il  alaft  à  la  Surie,  &  de  fon  corage 
n'en  voit  dire  à  nulluy,  &  party  de  Sezille  &  ala  à  l'en- 
trée dou  goulf,  &  tous  les  ieins  quy  trovoit,  difloit  à  la 
gent  que  il  aiet  à  Sur  ;  &  de  puis  que  il  ot  bien  pully 
que  par  tout  que  il  aloit  à  Sur,  fi  repaira  &  fe  miit  à  l'ihle 


III.    LE    TEMPLIER    DE    TYR.  169 

de  Maute,  &  mil!  à  l'agait  de  Tiflue   dou  goulf  de  Ve-  1264 
neile  .j.  lein  foutil  pour  defcovrir.  Et  eftant  il  à  Maure, 
les  Veneffiens  quy  aveent  armé  .1.  guallées,  con  je  vos  ay 
dit,  niffirent  de  lor  goulf  par  cil  leins  quy  aveent  trové 
les  guallées  des  Jenevés,  &  lor  diftrent  qu'il  efteent  alées 
à  Sur  ;  &  pour  celle  feiïrté  lés  Venefiens  de  les  guallées 
mandèrent  .j.  lein  à  VeneiiTe  faire  alTaver  à  la  caravane 
des  marchans  veneffiens  quy  dévoient  aler  à  lor  veage, 
car  il  eftoient  lertains  que  les  guallées  des  Jenevés  eftoient 
aies  à  Sur,  &  que  il  aleent  après;  &  pour  lefte  novele  les 
marchans  partirent  à  lor  caravane  de  Veneife,  &  le  mirent 
en  lor  veage,  &  les   .1.  guallées  des  Veneffiens  alerent 
dreit  à  Sur.    Mais  je  retornerai(s)  à  dire  de  Simon  Gril 
&  des  guallées  de  Jene  qui  eftoient  à  Maute.  Le  lein  quy 
avoit  laiiïé  por  defcovrir,  quant  il  vy  les  guallées  dou 
Veneife  paler  outre  &  niffir  dou  goulf,  (i  vint  en  Maute, 
&  le  fift  alaver  à  Simon  Gril,  que  tant  toft  le  parti  de 
luy  à  toutes  fes  gualées,  &  entra  entre  le  goulf  de  Ve- 
neife ;  &  par  .j.  bien  matin  defcovrirent  la  caravane  des 
marchans  veneffiens,   quy  efteent   .xxij.  tarides   &  une 
grant  nave  quy  le  nomoit  Roquaforte.   Et  fy  toft  con 
les  Venefiens  virent  les  gualées,  fi  le  tindrent  à  enginiés, 
&  le  recullirent  treftous  en  la  grant  nave  dou  Roqua- 
forte  lor  perlones&  Paver  foutil;  dont  les  Jenevés  prirent 
toutes  les  dites  tarides  &  le  levèrent  ce  que  il  lor  ploft  ; 
&  puys  mirent  le  feue  à  toutes  les  tarydes,  &  cuyderent 
bouter  une  des  tarides  alumé[e]s  de  feue  par  delus  la 
nave  de  Roquaforte  ;  mais  le  vent  s'esforla,  &  la  nave 
fift  vêle,  &  entra  en  Veneyfe  ;  &  le  dit  Simon  Gril  le 
paira  en  Jene,  &  là  où  il  avoit  bien  fait,  fi  fu  il  chargé, 
por  ce  que  il  n'en  ala  en  Surie,  fi  corn  il  fu  coumandé. 
Or  vos  laira  de  Simon  Gril,  &  vos  diray  des  .1.  gualées 
des  Veneffiens,  quy  aleent  après  Simon  Gril,  con  vos 
avés  oy.  Si  vindrent  par  .j.  bien  matin  à  l'aube  dou  jour, 


170  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1264  &  s'enbatirent  fubitement  devant  la  fité  de  Sur  6c  le  fayly 
poy,  s'il  le  fucent  avertis,  que  il  Teuflent  prife,  car  tout 
le  plus  de  la  gent  dormeent  encores,  6c  toute  fois  fail- 
lirent la  gent,  6c  s'armèrent.  Et  les  Jenevés  quy  demou- 
reent  à  Sur  aveent  .j.  cons[e  |le,  quy  avoit  nom  lire  Melian 
de  Marin,  quy  favoit  de  guerre  &  fift  en  la  defenfe  aies 
de  bien,  car  les  Venefiens  prirent  aucunes  de  lor  tarides, 
des  plus  grans,  &  firent  des  .ij.  piefes  de  lance  ne  de 
proe,  &  les  lièrent  Pun  à  l'autre,  un  pont  ;  6c  au  chef 
dou  pont  avoit  une  guage  rionde  encurée  faite  à  la 
forme  de  cage  de  nave,  &  mirent  .j.  home  dedens,  & 
colerent  les  antenes  haut;  &  s'acofta  la  guallée  à  mur  de 
la  ville  en  .j.  leuc  qui  eft  entre  la  Tor  de  la  Cheene  & 
la  Tour  de  fainte  Cateline,  &  veneit  fêle  cage,  &  l'orne 
quy  eftoit  de  dens  fi  haut  fur  le  mur,  quy  lanfeit  javelos 
&  pieres  fur  fiaus  qui  efleent  fur  le  mur,  fi  que  nul  n'en 
ozeit  eftre  fur  les  murs,  en  feluy  leuc,  la  quele  choie  poet 
eftre  à  grant  péril.  Et  avint  choie  que  le  cons[e]le  des 
Jenevés,  fire  Milian  de  Marin,  fi  le  trova  cel  endreit,  & 
l'orne  de  la  cage  li  lanfa  .j.  javelot,  6c  le  fery  lur  la  tefte, 
6c  li  faufa  .j.  elme  pizanés  tout  outre;  6c  s'il  n'en  eiïft  eu 
defous  une  ferveliere,  mortl'eùft;  &  le  cop  fu  veii  de  moût 
de  gent,  &  adons  le  cons[e]le  &  les  Jenevés  prirent  arbres 
de  gualiées  &  de  grans  vaufliaus,  &  les  claverent  fur  le 
mur,  6c  firent  cages  corn  cage  de  nave  encurée,  ck  les 
coulèrent  en  fiaus  arbres  ;  &  veneent  plus  haut  de  guages 
des  Venefîiens,  dont  les  homes  venefliens  quy  de  dens 
eftoient  n'ozerent  pariifre  ny  ferir  ni  lanlîer  ;  &  fe  par- 
tirent dou  mur  &  alerent  o  lor  autres  gualiées.  Et  d'Acre 
lor  avint  autre  .vij.  gualiées  de  Venefiens,  &  le  feignor 
de  Sur  fift  venir  à  Sur  fergans,  archiers,  Sarazins,  vilains 
de  fa  terre,  6c  d'Acre  meïfmes  ly  vindrent  gens  en  s'aye, 
ces  amis,  fi  que  Venefiens  fe  partirent  6c  alerent  à  Acre, 
6c  là  entendirent  fertainement  cornent  les  gualiées  des 


III.    LE    TEMPLIER    DE    TYR.  171 

Jenevés  de  Simon  Gril  prirent  la  caravane  des  machans  1264-1265 
venefiens  entre  le  goulf. 

323.  Et  en  le  dit  an  morut  pape  Urban  cart,  &  fu  fait 
maiftre  Guy  pape,  cardenal,  quy  [fu]  vefque  de  Sabine 
&  arlevelque  de  Nebone,  &  le  fift  apeler  Climens  cart. 

324.  Et  en  le  dit  an  de  Crift  M.CC  &  LXIIII,  morut 
Johan  d'Yblin,  feignor  de  Baruth,  &  fi  laiiïa  .ij.  filles, 
&  morut  à  Acre  Huet,  heir  de  Sezare. 

3  25".  Et  en  le  dit  an,  le  roy  de  Cartel  le  combaty  as 
Sarazins  de  Grenate  entre  Corde  &  Sebille,  &  ofift  Sara- 
zins  .iiijm.  à  chevau,  fans  fiaus  quy  eftoient  à  pié,  que 
furent  aies. 

326.  Et  en  fe  dit  an,  paffa  en  la  Terre  Sainte  à  Acre 
melîire  Oliver  de  Terme,  quy  fu  .j.  haut  home  d'Efpaigne 
prou  &  fage  d'armes. 

327.  En  ceftu  an,  le  pape  fart  fenatour  de  l'iglife 
Charle,  le  conte  d'Anguo  &  de  Provence,  frère  dou  roy 
de  France  Loys. 

328.  En  l'an  de  M.CC.LXV,  le  foudan  de  Babiloine 
Bendocdar,  &  fe  faifoit  dire  Melec  el  Vaher,  vint  de 
Babiloine  &  prijft  Seffaire  &  Surie  à  .vij.  jours  de  mars, 
&  puis  afega  le  chaftiau  d'Arfur,  quy  eftoit  de  l'Ofpitau 
de  faint  Johan  de  lor  achet,  quy  l'achetèrent  de  mefîire 
Balian  d'Yblin  de  que  il  eftoit,  le  quel  chafteau  fu  moût 
bien  garny  des  gens  d'armes  &  d'autres  chofes,  mais  le  dit 
foudan  le  prift  par  force  d'engins  &  de  mines,  de  .xv.  jours 
de  mars  julques  au  derain  jour  d'avril  que  il  le  prift,  & 
furent  pris  dedens  chevaliers  de  religion  &  de  fiecle  & 
fergans  d'armes  .m.  &  plus,  &  fu  veii  en  Acre  .j.  ligne 
cler  corne  efpée  dou  lonc  d'une  lanfe  &  large  d'un[e] 
paume  &  venoit  devers  orient  6c  le  fery  par  lemblant 
dedens  le  campagnier  de  Sainte  Crois  d'Acre,  &  meftîre 
Hugue  de  Lezingniau,  quy  eftoit  bail  de  Chipre,  vint 
au    lecours   d'Acre   &   amena  belle   navie   de   giialées 


172  LES  GESTES  DES  CHIPROIS. 

1265  6c  d'autre[s]  vauffiaus  6c  x.xxx.  chevaliers  6c  fergans  6c 
valès  à  chevau  plurTors  ;  mais  ores  vos  laira  à  parier  de 
luy,  6c  vos  diray  .j.  autre  aventure  quy  avint  outremer. 

329.  En  ceftuy  meïfmes  an,  il  avint  que  .j.  haut  home, 
qui  avoit  nom  Simon  de  Monfort,  qui  eftoit  en  Engle- 
terre  6c  avoit  pour  feme  la  leur  dou  roy  d'Engleterre,  de 
quei  il  en  avet  plufors  anfans  6c  eftoit  conte  de  Glo- 
feftre,  6c  fi  ot  grant  guerre  aveuc  le  roy  d'Engleterre,  fi 
corne  je  le  vos  moftreray. 

330.  Il  avint  que  ceftu  roy  d'Engleterre  ne  laifoit  rien 
quy  ne  dounaft,  6c  lovent  venoit  à  luy  gens  eftrangers 
de  pluizors  provinces,  les  quels  il  acuilloit  6c  avanfoit 
en  toutes  choies,  6c  ja  foit  le  que  il  poiet  tout  le  faire 
com  leignor,  toute  fois  les  chevaliers  d'Engleterre  la  plus 
grant  partie  fe  couroulerent  moût  de  pareils  a  fès,  en  par- 
lèrent de  ce,  6c  en  la  fin  vindrent  au  roy,  6c  li  dirent 
debonairement  que  il  ne  deiift  plus  acullir  gens  effranges 
au  païs,  dont  le  roy  pour  ce  qu'il  requ[i]ftrent  le  amiable- 
ment  6c  pour  ce  que  li  moftreent  par  plufors  raifons 
que  ce  eftoit  le  profit  de  luy  6c  de  fa  terre,  û  conpli  lor 
proieres  6c  lor  promift  en  prezence  les  uns  6c  des  autres 
que  il  plus  ne  doit  doner  fieis  ni  terre  à  nul  arme  dou 
monde  que  par  le  gré  de  les  homes,  6c  manda  pour  le 
conte  Simon  de  Monfort,  6c  voft  que  il  fuft  chef  de  les 
homes  en  ce  fait,  dont  il  s'en  efcuza  moût,  6c  ne  voft 
eftre,  6c  defconfeila  moût  le  roy;  tant  l'esforfa  que  il  li  fift 
otroer  6c  jurer  fur  fains,  dont  le  conte  Simon  li  dift  bien 
que  il  fe  gardaft,  puis  que  il  les  faifoit  jurer,  que  il  poroit 
aler  contre  fon  fairement.  Sefte  choie  pafa  un  grant  tens, 
6c  quant  la  chofe  fu  enveillie,  le  roy  failly  de  fe  fait 
contre  les  homes,  dont  avint  choze  que  les  chevaliers 
requiftrent  au  conte  Simon  de  Monfort,  quy  fuft  chef  de 

a.  Mf.  pareille. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  173 


fefte  bezoigne,  par  le  fairement  que  il  avoit  fait,  &  pour  1265 
le  fairement  maintenir,  le  mill  en  Paye  des  chevaliers 
cTEngleterre  ;  &  quant  le  roy  d'Engleterre  entendy  lor 
afaire,  fi  le  confeillerent,  luy  &  l'on  frère,  le  conte  Richart 
quy  le  nomoit  roy  d'Alemaigne,  &  .j.  lien  fis,  qui  le  nou- 
moit  Odoart,  qui  eftoit  ja  parcreiis  a  &  grant  &  biau 
chevalier,  de  prendre  le  conte  de  Monfort  &  aucuns 
autres  contes  &  vavafours,  &  puis  autres  venreent  bien 
à  chef;  mais  avant  fe  qu'il  eùffent  mis  à  euvre  lor  propres, 
le  conte  Simon  de  Monfort  &  les  autres  fe  partirent  & 
yffirent  hors  de  la  fité  où  li  rois  eftoit,  &  firent  .j.  hoft 
contre  le  roy,  dont  le  roy  veant  les  venir  contre  luy,  fi 
lor  vint  à  l'encontre  à  cel  poy  de  gens  qu'il  poil  avoir, 
mais  fiaus  dou  conte  furent  aies  grant  gens,  &  dura  la 
bataille  poy,  &  en  la  fin  le  roy  &  les  fiens  furent  delconfis, 
&  fi  ot  pluftors  mors  d'une  part  &  d'autre,  &  fu  le  roy 
fon  cors  pris,  &  fu  pris  fon  fis  meffire  Odoart  &  le  frère 
dou  roy,  qui  ot  nom  Richart,  &  fe  dilbit  roy  d'Alemaigne, 
&  aucuns  autres  chevaliers,  &  pluftors  efchaperent  de  la 
bataille,  quy  fouftindrent  &  maintindrent  les  chafteaus 
&  les  forteréces  dou  roy. 

331.  Le  roy  d'Engleterre  &  Ion  fis  meffire  Odoart  fi 
furent  en  la  prifon  dou  conte  Simon  de  Monfort  de 
Gloceltre,  &  pour  ce  qu'il  eftoient  moût  prochains  à  la 
conteffe,  fa  feme,  dou  conte  Simon,  fi  furent  en  large 
prizon  &  fans  deftrece,  &  meffire  Odoart,  quy  eftoit 
jeune  chevalier,  fi  chevauchet  tous  les  jors  aveuc  le  conte. 
Et  quant  meffire  Odoart  vi  que  le  conte  le  tint  afeùr  de 
luy,  fi  manda  porchalîer  .j.  chevau  fort  &  ihnel  &  bien 
courant,  &  feluy  qui  li  porchalïa  li  en  fift  prelent,  & 
quant  ileuc  le  dit  chevau  &  l'eut  chevauché  &  efprové 
por  bon,  il  manda  à  les  homes  chevaliers   de   fa  partie 

a.  Mf.  pour  treus. 


174  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1265  quy  deiifTent  venir  en  .j.  leuc,  qui  lor  manda  devizer, 
qui  eft  près  de  fel  chafteau  où  il  eftoit,  &  quant  il  fereenr 
venus  là,  qu'il  li  feïffent  à  laver  pieftanr,  &  que  il  le 
meïfent  là  de  nue  tous  enflî,  com  il  lor  manda.  Enfi  le 
firent,  &  furent  .ccc.  chevaliers  armés  &  bien  montés  lur 
lor  chevaus  fans  nul  autre  maihnée,  &  le  mirent  de  nut 
en  celuy  leuc,  6c  pieftant  le  firent  afaver  à  meflire  Odoart 
par  .j.  garfon  &  entrefeignes. 

332.  Quant  vint  à  l'aube  dou  jour,  le  conte  Simon 
de  Monfort  fi  chevaucha,  fi  com  il  eftoit  uzé,  &  médire 
Odoart  o  luy,  quy  fu  monté  fur  celuy  fien  chevau,  fi  le 
mift.à  gualoper  à  deftre  &  à  feneftre,  foi  aloignant  tout 
jour  de  la  route  dou  conte  ;  &  quant  il  fu  bien  aloignés, 
f\  fe  mil!  à  courre  diiïant  :  «  Adieu,  conte  de  Montfort!  » 
Et  s'en  ala  ver  le  a  leus  où  ly  chevaliers  de  l'enbuchement 
eftoient,  quy  faillirent  tantoft  hors,  &  le  refu(e)rent.  Le 
conte  &  fa  gent  li  aleent  après  &  ne  le  porent  ataindre, 
&  quant  il  virent  les  chevaliers  yflîr  de  l'enbuchement, 
fi  réparèrent  arier,  &  fiaus  enmenerent  meflîre  Odoart, 
quy  fu  délivré,  con  vos  entendes. 

333.  MeAire  Odoart  fi  afembla  gent,  tout  ce  qu'il 
poft  aver  à  chevau  &  à  pie,  &  vint  encontre  Simon  de 
Monfort,  &  quant  il  fu  près,  (i  manday  avant  un  b  poy  de 
gens  à  chevau,  quy  porteent  banieres  as  armes  de  Mon- 
fort. 

334.  Le  conte  Simon  avoit  mandé  à  ces  .ij.  fis,  quy 
efloient  en  .j.  autre  chafteau,  cornent  médire  Odoart  eftoit 
efchapé  de  fa  prifon,  &  cornent  il  afembleit  moût  de  gens 
pour  venir  ly  encontre,  &  que  iaus  le  venifient  fecourre; 
&  por  ce  quant  le  conte  Simon  vy  la  gent  de  meflîre 
Odoart  venir,  quy  porteent  banieres  de  Monfort,  f\  ylfi 
encontre  pour  iaus  refevoir,  &  toute  fois  nifli  il  armé 

a.  Mf.  ly.  —  b.  Mf.  en. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  I"tf 


luy  &  fa  gent,  mais  Tans  nul  ordenement,  con  fil  qui  ne  fe  1*65 
prenoit  guarde  de  cell  aguait  ;  &  s'il  fufl  yflu  ordonée- 
ment,  ne  li  fuit  pas  mezavenu,  car  il  eftoit  prou  chevalier 
&  hardy  &  de  grant  cuer,  dont  il  avint  que  quant  il  fu 
hors  o  partie  de  fa  gent  &  de  fon  poer,  fi  fe  trova  defeii, 
con  vos  avés  oy,  car  la  gent  de  meffire  Odoart,  quy 
veneent  premier,  jetèrent  à  terre  les  banieres  de  Monfort 
&  levèrent  les  armes  de  meffire  Odoart,  &  coururent  fus 
au  conte  Simon  de  Monfort  &  à  fa  gent,  &  fu  la  ba- 
taille entr'eaus,  &  meffire  Odoart  furvint  après,  quy  lor 
corut  fus  tous  frès,  &  fu  la  bataille  moût  afpre,  &  morut 
gens  aies  d'une  part  &  d'autre,  &  en  la  fin  le  conte 
Simon  de  Monfort  fi  fu  defconfit,  luy  &  fa  gent,  &  le 
conte  fon  cors  fi  fu  pris  en  perfone  vif,  &  quant  il  vint 
meiïmes  de  la  bataille,  meffire  Odoart  demanda  confeil 
à  .j.  fien  couzin  germain,  qui  ot  nom  meffire  Henry  d'Ale- 
maigne,  lequel  eftoit  aufy  couzin  germain  des  anfans 
dou  dit  conte  Simon,  enfans  de  .ij.  leurs,  fe  que  il  feroit 
dou  conte  Simon.  Le  dit  meffire  Henry  li  confeilla  &  li 
difl  que  [s']il  voloit  aver  repos  &  mètre  fin  à  la  guerre,  que 
il  feïft  tailler  la  telle  dou  conte  Simon,  &  fereit  dire  que 
il  fu  mort  en  la  bataille,  por  fe  que  l'on  ne  le  tenift  à  lai- 
dure  d'aver  le  tué  puis  que  il  fu  pris  ;  dont  meffire  Odoart 
par  le  confeil  dou  dit  meffire  Henry  d'Alemaigne  fifl  fêle 
nut  coper  la  telle  au  dit  conte  Simon  de  Monfort,  &  f\ 
le  fifl  jeter  au  champ  entre  les  autres  mors.  Saches  que 
en  felle  bataille  furent  mors  moût  de  chevaliers  &  autres 
gens,  dont  aucunes  y  ot  contes  &  barons,  de  quey  le 
pais  en  fut  moût  amerme. 

35  y  Après  cell  mortel  bataille,  tous  fiaus  de  la  partie 
dou  conte  Simon  de  Monfort  furent  moût  defconfortés 
&  efmaiés  fans  plus  d'efperance,  &  delyvrerent  le  roy 
d'Engleterre  &  fon  frère  le  roy  d'Alemaigne,  &  les  autres 
quy  eltoient  en  priffon. 


176  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


1265  336.  Ly  roy,  quant  il  fu  en  Salibiere,  il  mill  main  fur 
les  averfaires  &  fill  morir  aucuns,  &  plufors  autres  tint 
en  prilïon  là  où  il  moroient  de  fain  &  de  melaile  &  par 
deilrece. 

337.  Or  vous  diray  de  puis  qu'il  avint  celle  guerre, 
celluy  haut  home,  meffire  Henry  d'Alemaigne,  vint  en 
une  vile  qui  a  nom  Viterbe,  &  aleit  à  Rome  por  élire 
empereor  d'Alemaigne;  &  efljoit]  là  à  Viterbe  dedens  une 
yglile,  où  il  oyet  meiTe,  Guy  de  Monfort,  fis  qui  fu  dou 
conte  Simon  de  Monfort,  dont  je  vos  ai  parlé,  &  le  dit 
Henry  confeila  à  médire  Odoart  de  talyer  la  telle  au  dit 
conte  Simon  de  Monfort.  Si  vint  là  à  Viterbe,  6c  entra 
en  la  cha(m)pele,  &  fery  d'un  bourdon  par  mi  le  cors 
dou  dit  Henry  d'Alemaigne,  en  vangance  de  le  qu'il 
confeilla  de  tallier  la  telle  de  l'on  père,  con  vos  l'avés 
oy;  &  le  party,  &  ala  en  Tofcane. 

3 3  S.  Celluy  Guy  de  Monfort  fi  avoit  à  feme  la  fille 
dou  conte  Rous  de  Toufcane,  &  amena  o  luy  de  la  gent 
de  Ion  fengneur  .1.  chevaliers  &  autres  gens  à  chevau 
por  le  fait  faire,  dont  le  pape  l'efcomenia  .j.  tens,  & 
puis  fu  afot;  &  fâchés  que  cellu  Henry  d'Alemaigne 
eftoit  couzin  jermain,  enfans  de  .ij.  leurs,  f\  con  je  vos 
ay  dit  autre  fois  5  &  ores  vos  lairai  à  parler  de  ce,  &  vos 
diray  .j.  autre  aventure. 

339.  Il  avint  en  le  dit  an  de  .M  &  CC  &  LXV  de  l'in- 
carnafion  de  Crill,  que  .j.  faint  home  des  haus  barons  de 
France,  quy  fu  conte  de  Never(e)s,  &  le  conte  de  Nan- 
tuel,  &  meffire  Alart  de  Valérie  &  .lx.  chevaliers  de 
France,  f\  vindrent  en  la  terre  fainte  de  Surie  &  au  fer- 
vife  de  Dieu,  &  ploll  à  Nollre  Seignor  que  fe  prodome, 
conte  de  [Ne]ver(e)s,  morut  à  Acre  &  fill  Ion  teitament 
de  tout  ce  quy  fe  trova  dou  fien  de  monoie  &  de  har- 
neis  douner  tout  pour  Dieu  as  povres  gens  ;  &  fâchés 
que  Nollre  Seignor  fill  pour  luy  miracles,  car  tous  ma- 


III.  LE   TEMPLIER    DE    TYR.  177 


lades  quy  atouchoi[en]t  à  Ton  monyment  eftoient  tant  tofl:  1265 
guaris  de  lor  maladie.  Or  vos  laira  a  parler  de  ce,  &  vos 
diray  .j.  autre  grant  fait,  quy  avint  en  ce  dit  an  l'an  de 
M  &  ce  &  lxv  de  Crift. 

340.  Charle,  conte  d'Ango  &  de  Provence,  frère  dou 
roy  Loys  de  France,  quy  prift  Damiate,  fi  vint  à  Rome 
&  mena  o  luy  .m.  chevaliers  francés,  &  fu  coroné  dou 
royaume  de  Sezile  par  le  comandement  dou  pape  Cli- 
mens  ;  &  après  ala  contre  Manfré,  quy  eftoit  conte  de 
Sezille,  de  quei  je  vos  [ai]  autre  fois  parlé,  dou  fis  de 
l'empereor  Federic,  ney  avant  dou  mariage,  &  vos  ai(s) 
dit  cornent  l'empereor  elpouza  fa  mère,  quant  elle  vint 
à  mort,  pour  luy  aleauter. 

341.  Cefluy  Manfrey,  quant  il  oy  que  Charle  le  fu 
encourouné  de  Ion  royaume,  &  li  venoit  encontre,  fi  por- 
chafa  gens  par  deniers  &  par  amifté,  tant  que  il  afembla 
.j.  grant  hoft  à  chevau  &  à  pié,  &  elpeciaument  aprocha 
à  luy  les  Sarazins  de  Nocheres,  &  ce  fia  de  tout  à  la 
force,  ni  ne  le  voft  de  tout  premier  acorder  à  l'iglize.  Si 
ala  en  la  bataille  eleomenié,  &  er[t]  rebel  contre  Figlife  ; 
&  fâchés  que  gens  quy  regardèrent  à  lors  à  qu'il  fift 
reguarder,  &  li  aveent  dit  que  il  trovoient  en  lor  fors 
&  par  lor  reguart,  que  il  devoit  morir  en  la  bataille  en 
.j.  champ  des  flours;  &  por  celle  paor  il  elehiva  quant 
que  il  poil:  d'encontrer  loy  au  roy  Charle,  &  por  ce 
efchiva  tant  quy  ne  poft  puis,  car  tant  con  le  roy  Charle 
entroit  en  fa  terre,  &  Manfrey  aloit  droit  de  lonc  par 
devant,  &  li  corne  aventure  done,  le  roy  Charle  prift  à 
torner  en  deriere,  &  non  à  penleement,  &  fift  fon  tor 
par  une  autre  vée  contre  Manfré.  Et  Manfré  que  riens  ne 
favoit  de  fe,  li  aloit  tous  jours  de  lonc,  cuydant  que  le 
roy  Charle  li  venirt:  deriere,  mais  quant  vint  le  matin  à  a 

a.  Mf.  au. 

C  23 


178  LES   GESTES   DES   CHIPROIS. 

1265  l'aube  dou  jour,  les  .ij.  oft  le  vont  encontrer,  &  quant 
Manfré  le  vy,  ne  voit  retorner  por  non  mètre  la  gent  en 
route  ;  &  areftant  en  h  Manfré  demanda  de  ieluy  leuc  le 
nom.  L'on  li  dift  que  ce  eftoit  de  Saint  Jermain  l'Aguil- 
lier,  &  que  ce  champ  où  l'on1  eftoit,  avoit  à  nom  le 
Champ  des  flours.  Manfrey  de  lefte  parole  fu  moût  def- 
conforté,  &  douta  la  devinaille,  &  toute  fois  le  prift  à 
conforter,  &  atendy  la  bataille.  Et  le  roy  Charle  fift 
armer  la  gent  &  devizer  les  batailles  &  fift  chanter  mêle 
à  l'henor  de  Dieu,  &  ala  vers  la  bataille  de  Manfrey,  qui 
venoit  efcomeniés  à  la  bataylle,  y  venoit  perilliouzement, 
&  por  ce  li  mefchut,  ck  le  roy  Charle  ot  chevaliers  fran- 
cés  .m.  ehlis  adurés  a  d'armes,  &  fi  ot  fergans  à  chevau 
&  vellès  <3c  mehnée,  gens  aydans  autres  .m.  largement, 
&  fergans  à  pié  une  grant  cantité.  Manfré  en  avoit  de 
toutes  gens,  .vm.  à  chevau  &  plus,  &  gens  à  pié  une 
grant  cantité,  fi  que  la  bataille  comenfa  moût  près,  &  Ci 
ot  de  cos  donés  &  pougneïs  fais  les  uns  as  autres  5  &  en 
le  mileuc,  nus  ne  le  conufîoit  mye  bien,  quy  avoit  le 
meillior,  fi  que  une  aventure  avint  que  Manfrey  fe  tenoit 
d'une  part  fur  .).  tertre,  &  avoit  .xl.  chevaliers  en  tour 
ly.  Si  avint,  fi  corne  aventure  doune,  que  .j.  cariau  d'aba- 
leftre  fery  en  la  main  de  feluy  quy  tenoit  le  con fanon  de 
Manfré  devant  luy,  &  perla  la  main  o  tout  la  tefte,  fi 
que  le  confanon  chanfela  fi  bas,  quy  fembla  as  chevaliers 
francés  quy  fu  abatu  par  lor  gens,  &  crièrent  moût  haut  : 
«  Alons  avant  !  que  tout  eft  noftre  !  o  Et  courut  le  roy 
Charle  &  le  meillor  de  fon  hoft  en  fêle  place,  fi  que 
l'oft  de  Manfrey  ne  poft  durer  &  fe  mift  en  defconfiture 
lans  retour. 

542.  En  celle  bataille  fi  ot  mort  gens  aiïes  à  cheval 
&  à  pié  entor  .xm.  perfones,  &  fu  trové  mort  le  roy 

a.  Mf.  adurer. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  17g 

Manfrey,  &  fi  toft  ciaus  de  Sezille  &  de  Principaut&  de  1265-1266 
Poylle  &  de  Calabre  le  rendirent  au  roy  Charle. 

343.  Le  roy  Charle  prift  la  feme  dou  roy  Manfré  & 
.j.  lien  fis  &  une  loue  fille  damoifele,  &  les  tint  en  prilon 
en  .j.  chaftiau. 

344.  Ceftu  Manfrey  fi  avoit  .j.  autre  fille,  qui  ot  nom 
Coftance,  quy  eftoit  mariée  au  roy  Piere  d'Aragon,  quy 
avoit  .j.  fis  ahné,  quy  fu  nomé  Jame,  que  puis  fu  roy 
d'Aragon,  &  l'autre  fu  apelé  Federic,  des  quels  je  vos  par- 
leray  fi  avant,  quant  tens  fera. 

34f.  Et  quant  fu  en  l'an  de  Crift  M.CC.LXVI,  Bondoc- 
dar  [fu]  loudan  de  Babiloine  &  de  tous  les  Sarazins,  car  à 
fon  tens  il  n'en  avoit  en  nulle  terre  foudan  nul  des  Sara- 
zins for  ly,  &  toute  la  païnime  fu  fous  fa  leignorie. 

346.  Le  foudan  vint  devant  Acre,  &  demoura.  viij.  jours 
au  mois  de  gun,  &  puis  ala  aleger  Safet,  chaftiau  dou 
Temple,  moût  biau  &  moût  fort  en  la  montaigne,  loins 
d'Acre  une  jou[r]née,  &  manda  à  fiaus  dou  dit  chaftiau 
fon  prelent  à  l'ufage  des  Sarazins;  mais  fiaus  dou  chaf- 
tiau li  geterent  fon  prelent  as  manganiaus,  de  quei  le 
loudan  fut  moût  couroufé,  &  jura  par  fon  Mahomet  qui 
les  meteroit  tous  à  Pefpée,  &  tant  tort  fin1  drefier  l'es  en- 
gins, &  faillirent  le  chaftiau,  &  li  douna  moût  d'afaus 
jufques  à  .xxij.  jours  de  jungnet  que  il  le  prift;  &  f\  vos 
diray  la  manière  cornent  il  le  prift. 

347.  Quant  la  gent  dou  foudan  prirent  la  barbacane 
dou  chaftel,  il  perdy  moût  de  fa  gent,  car  au  chaftel  avet 
bones  gens  d'armes,  frères  &  lergans,  &  douta  le  foudan 
de  prendre  le  par  force  quy  ne  perdiit  de  fa  gent,  &  de- 
fendy  l'afaillir,  <5c  fift  crier  fon  banc  que  tous  les  Suriens, 
lergans,  archiers  puifTent  nilîîr  hors  dou  chafteau  à  la 
fiance,  &  ce  fift  il  pour  mètre  defcorde  entre  lesFrans  & 
les  Suriens,  Ç\  que  les  Frans  diftrent  as  Suriens  quy  les 
aveent  trais,  &  firent  d'aun  bataille  entre  yaus;  &  adons  le 


l8o  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1266  foudan  lor  fift  doner  fort  afaut,  &  fiaus  dou  chaftel  avoient 
perdu  la  barbacane,  &  afeblis  [eftoient]  durement,  <3c  fï 
eftoient  en  grant  delcort  les  uns  as  autres,  &  fi  n'en  aten- 
deent  fecours  de  nule  part,  car  le  chaftiau  eftoit  avironé 
des  Sarazins  de  toutes  pars,  &  le  crièrent  as  Sarazins  quy 
fe  tenifent  de  non  conbatre,  car  yl  voleent  mander  lor 
mefage.  L'on  dift  au  foudan,  quy  fift  remai[n]dre  le  com- 
batre,  &  daus  dou  chaftiau  fi  furent  au  confeill  &  orde- 
nerent  de  mander  au  foudan  .j.  frère  fergant  dou  Temple, 
quy  avoit  nom  frère  Lion  Cazelier  des  cazaus  de  Safet,  <3c 
iavoit  moût  bien  la  lengue  farazinefe,  &  li  enchargerent 
à  demander  au  foudan  fiance  pour  les  Frans,  fi  com  il 
avoit  doné  as  Suriens  par  le  banc  quy  fift  crier.  Ceftu 
frère  Lion  nifîi  hors,  &  ala  au  foudan,  <5c  li  dift  fa  mefa- 
gerie,  &  le  foudan  li  fift  en  audiens  fi  bon  relpons  corne 
il  poft,  mais  il  après  foui  à  foui  parla  au  dit  frère  Lion, 
&  li  dift  que  il  eftoit  moût  couroulé  vers  fiaus  dou  chaf- 
teau,  quy  li  lanferent  fon  prêtent,  &  li  aveent  mort  moût 
de  fes  gens,  &  que  il  les  voloit  tous  faire  morir,  i\  que 
il  lor  voloit  doner  fa  fiance  par  la  main  d'un  amiraill 
quy  avoit  tout  fa  femblance,&  puis  le[s]  feroit  mètre  tous 
à  l'eipée,  &  fe  il  fe  voloit  travailler  à  porchafcer  feftu 
fait,  que  il  li  feroit  moût  de  biens,  ou  fe  non,  le  chaftiau 
quant  il  le  perroit,  il  ly  feroit  faire  afpre  mort.  Ouant 
frère  Lion  entendy  le  foudan,  fi  ot  grant  paour  que  il  li 
otrea  de  faire  cant  que  il  voft,  &  torna  au  chaftel,  &  lor 
dift  que  le  foudan  li  avoit  otroié  fiance  à  treftous  &  que 
il  en  perfone  lor  jurera  lor  veant.  Se  firent  moût  grant 
joie  feaus  dou  chaftiau,  &  quant  vint  l'e[n]demain  matin, 
le  foudan  fift  venir  fel  amyrail  quy  li  refembloit  &  le  fift 
aier  par  devant  le  chaftel  à  tel  henor  con  Ton  faifoit  à  fon 
cors,  &  quant  fiau  dou  chafteau  le  virent,  fi  cuyderent 
que  fe  fuft  le  foudan,  &  fe  tindrent  moût  afeiir,  mais  il 
furent  traïs  6c  defeùs,  &  feluy  amirail  lor  jura  fiance  de 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  l8l 

conclure  les  à  Acre  fauf  &  feiirs,  &  nyfîîrent  dehors  le  1266 
chaftiau  à  toute[s]  les  mulaies  troiees  de  lor  harneis,  con 
pour  aler  pieftant  à  Acre,  car  il  non  y  a  de  chemin  de 
Safec  à  Acre  que  mains  d'une  journée.  Et  le  foudan  lor 
fift  dire  que  il  le  repozafent  fêle  nut,  &  le  matin  le  feroit 
mener  à  Acre,  &  enfi  lor  covint  faire,  &  au  matin  fi  les 
fift  tous  prendre  &  mener  loins  de  Safet  demi  liue  fur 
un  toron,  &  là  les  fift  morir  les  telles  tallées,  &  de  puis 
fift  faire  .j.  lerne  d'un  mur  entour  yaus;  &  encore  perent 
lor  os  &  lor  telles,  &  dit  on,  &  fu  fertaine  choie,  que 
luminaire  dou  fiel  vint  lur  lor  cors  plufors  fois,  &  cref- 
tiens  &  Sarazins  aucuns  le  virent,  &  .ij.  frères  menors 
furent  aveuc  yaus,  quy  les  tindrent  fermes  en  la  foy  pour 
lor  prefcher,  qui  lor  fu  grant  profit  à  l'arme.  Et  frère  Lion 
le  Cazelier,  que  pour  paour  de  mort  fift  fefte  traïfon,  fi 
le  regnea  &  devint  Sarazin;  &  ores  vos  diray  autre  choie 
que  le  foudan  fift. 

348.  Quant  le  foudan  prift  le  chafteau  de  Safet,  con 
vos  avés  oy  tant  toft,  le  party  &  ala  a  au  royaume  d'Er- 
menie,  quy  a  moût  fort  entrée  &  moût  eftroite,  mais 
il  y  entra  par  la  grant  force  &  courut  toute,  &  là  guafta 
&  deftruft  moût  de  cazaus,  &  prift  menue  gent;  &  le  roy 
d'Ermenie  n'eftoit  pas,  ains  eftoit  aie  à  Tatars,  (\  que  il 
avoit  lailfé  les  .ij.  fis  :  l'un  avoit  à  nom  Toros,  &  l'autre 
Livon,  &  le  foudan  ofift  Toros,  &  Livon  prift  vif  &  le 
mena  en  Babiloine,  &  mena  moût  de  grant  peuple  de 
menue  gent. 

349.  Et  quant  vint  au  mois  d'aouft,  meflire  Hugue  de 
Lezingniau,  baill  dou  royaume  de  Chipre,  vint  à  Acre  & 
mena  moût  belle  compaignie  de  gens  d'armes,  chevaliers 
&  autres,  &  puis  que  il  vint,  luy  &  le  Temple  &  l'Ofpi- 
tau,  &  les  Alemans  &  les  chevaliers  franfois  &  moût 

a.  Le  mf.  répète  &  ala. 


l82  LES    GESTES   DES    CHIPROIS. 

1266-1267  d'autre  gent  à  pié  &  à  chevau,  5c  alerent  en  une  che- 
vauchée vers  Tabarie,  &  en  lor  chemin  damagerent  moût 
de  leus  de  Sarazins  ;  donc  le  cry  Ce  leva  par  la  terre,  fi 
que  lesTurs  dou  Safet  de  fyaus  leus  entour  s'enbucherent 
au  Caroublier,  &  au  plain  d'Acre  frirent  fur  l'avant  garde 
de  noftre  gent,  que  pour  covoitize  dou  guaign  eftoient 
bien  .iij.  liues  devant  les  autres,  &  les  deiconfirent  laide- 
ment, s'eft  à  faver  l'Ofpitau  &  les  Alemans  &  les  cheva- 
liers franfés  de  la  compaignie  de  mefTire  Jofrey  de  Sar- 
deignes  &  pluiïors  autres,  &  en  morut  bien  .vc.  homes 
ou  plus,  que  à  pié  que  à  chevau,  des  qués  moût  en  fufïent 
elchapés,  mais  les  vilains  de  la  terre,  quy  l'ont  tous  Sara- 
zins, les  tuèrent  la  nut,  trovant  les  amufes  par  les  boirions, 
por  lor  armeùres  &  por  lor  robe  prendre  ;  &  fi  avint  en 
tel  £uize  de  celé  chevauchée  de  la  creftienté,  &  en  lel  an 
au  mois  de  délier  morut,  .j.  moût  haut  home  quy  ot  nom 
monfeignor  Johan  de  Yblin,  conte  de  JafTe,  de  quey  je 
vos  ais  autre  fois  parlé  fi  ariere. 

3  yo.  Et  quant  vint  en  Pincarnafion  de  Crin1  M.CC.LXVII, 
celluy  foudan  de  Babiloine  vint  devant,  &  tout  l'on  hoft, 
le  fegont  jour  de  may,  portant  banieres  dou  Temple  & 
de  l'Ofpitau  &  de  Sur,  &  furprift  la  povre  gent  de  menue 
au  plain  d'Acre,  quy  eftoient  nifïus  pour  guariter*;  & 
courut  jufques  as  portes  de  la  ville,  &  ocift  des  menues 
gens  qu'il  ot  pris  .vc.  6c  plus,  dont  il  n'en  ot  nul  de  que 
ne  ly  fu  trait  le  fiel  dou  cors  &  rongnies  les  teftes  à  tout 
les  cheviaus  d'entour  par  de  fus  les  oreilles,  quy  portèrent 
au  Safet,  &  les  pafferenr  par  une  corde,  &  les  lyerent 
entour  la  grant  tour  dou  Safet,  &  tant  y  demoura  con 
la  corde  poft  durer.  Et  l'endemain  retorna  au  Safet,  &  à 
.xvj.  jour  de  may,  retourna  devant  Acre,  &  condut  Bu- 
hohan  deprès  le  toron  que  l'on  apele  Toron  Salahdin, 

a.  Mf.  guarirer. 


III.   LE    TEMPLIER    DE    TYR.  1 83 


&  fill  coure  au  plain  d'Acre  bien  .iijm.  homes  à  chevau,  1267 
dont  la  gent  d'Acre  faillyrent  as  armes,  &  fonerent  la 
campane  por  ce  que  tous  gens  yffifent  dehors.  A  fel  tens 
efloient  venus  à  Acre  .ij.  haus  leignors,  frères  andeus, 
mais  il  efloient  de  bas  fis  dou  roy  Jame  d'Aragon  le 
veill  :  les  iffirent  dehors  &  le  Temple  &  l'Ofpitau  furent 
fur  .j.  toron,  quy  efl  devant  Acre,  ii  près  des  murs  corne 
une  abaleflre  traieret  &  poy  plus,  &  virent  les  .iijm.  Sara- 
zins  par  devant  eaus,  &  dou  foudan  qui  eftoit  enbuché 
au  Toron  Salaheldin,  con  je  vos  ay  dit,  ne  lavoir  l'on 
novelles,  fi  que  [les]  ij.  leignors,  fis  dou  roy  d'Aragon  que 
je  vos  ais  només,  (1  voleent  ferir  as  Sarazins,  &  hallerent 
moût  les  Templiers  &  les  Ofpitaliers,  &  lor  diflrent  de 
grofes  paroles,  miaus  fiaus  ne  lor  voflrent  croire  de  rien, 
car  s'il  eiïffent  féru,  la  fité  fufl  eflé  perdue,  Ii  con  je  vos 
le  diray  après  fe. 

3  f  1 .  Eflant  enfi  les  Sarazins,  con  je  vos  dis,  bien  matin, 
vos  diray  que  mefchance  avint  as  crefliens.  Nos  aveemes 
de  sa  la  mer  .j.  haut  home  de  France,  quy  fe  nomoit 
meffire  Robert  de  Crezeque,  que  felle  nuit  avoir,  luy  & 
meffire  Oliver  de  Terme  &  autres  chevaliers  &  rricoples, 
eftoienr  ifîus  hors  pour  briffer  cazaus  de  Sarazins,  & 
furent  bien  x.xxx.  homes  à  chevau  d'armes  fans  les 
efcuers,  &  chevauchèrent  as  parties  d'un  chafliau  quy 
a  nom  Monforr  des  Alemans,  &  à  felle  houre  que  les 
Sarazins  efloient  au  plain,  &  le  foudan  enbuché,  fi  com 
je  le  vos  ays  dit,  meffire  Robert  de  Crezeque  &  meffire 
Olivier  de  Terme  retornoient  de  lor  chevauchée,  &  en 
lor  venir  firent  fi  grant  poudrière  que  les  Sarazins  fe 
aperfurent,  &  chevauchèrent  encontre  yaus,  &  s'arefterent 
entre  noftre  gent  quy  efloient  fur  le  touron  &  fiaus  quy 
veneent,  &  quant  les  uns  furent  fi  près  des  autres,  fi  furent 
coneiis.  Mefîîre  Olivier  difl  à  meffire  Robert  que  les  Sa- 
razins efloient  trop  grant  gent,  &  que  meillour  Ci  feroit 


184  LES    GESTES    DES   CHIPROIS. 

1267  d'efchiver  la  bataille,  car  meffire  Olivier  counuflet  bien 
quy  le  pooient  bien  mecre  dedens  la  ville  d'Acre  fave- 
menc  par  les  jardins  devers  la  Porte  de  Maupas;  mais 
meffire  Robert  li  refpondy  que  il  eftoit  venu  de  sa  la 
mer,  pour  morir  pour  Dieu  en  la  Terre  Sainte,  &  que  il 
yroit  en  toutes  manières  en  la  bataille ;  &  toute  fois  .j.  fien 
fis  que  meffire  Robert  avoit  o  luy  por  ce  que  il  eftoit 
enfant,  manda  il  aveuc  meffire  Olivier,  &  s'en  party 
meffire  Olivier  &  entor  de  .vij.  ou  de  .viij.,  &  tint  fon 
chemin  par  les  jardins,  &  le  mill  dedens  Acre.  Entre- 
tant  le  furent  aprochés  les  uns  as  autres,  quy  n'en  avoit 
que  de  ferir  as  Sarazins,  quy  eftoient  entour  de  .iijm. 
A  tout  le  n'en  ozerent  premier  envers  noftre  gent  en- 
batre  quy  n'eftoient  pas  .ijc.,  &  meffire  Robert  ne  targa 
mie,  ains  fery  luy  &  la  compaignie  par  les  Sarazins  quy 
lor  ovrirent  vée  &  les  paiïerent  outre,  &  tindrent  le  che- 
min ver  à  Acre,  &  fi  com  il  repairoient,  &  Sarazins  les 
covrerent  derieres  &  laillirent  .j.  chevalier  francés,  meffire 
Bauduin  de  Saint  Jorge,  frère  fu  de  f.  Henry  de  Guines, 
&  li  tuèrent  ion  chevau,  f\  que  mefiîre  Robert  adons  fe 
fery  dedens  les  Sarazins  pluiftors,  &  le  défendirent 
fi  longuement  que  Sarazins  ne  les  poient  abatre,  ains 
crièrent  les  uns  Sarazins  as  autres  que  l'on  deuil  ferir 
les  greniers  de  l'orge,  ce  eft  à  entendre  de  ferir  as  che- 
vaus;  &  fefte  parole  diftrent  covertement  que  Frans  au- 
cuns ne  l'entendifient,  &  Ç\  toft  con  les  Sarazins  enten- 
dirent à  ferir  &  à  tuer  les  chevaus,  fi  fu  la  bataille  plus 
toft  délivre,  car  fi  toft  corne  .j.  des  nos  eftoit  à  pié,  fi 
eftoit  mort,  &  en  la  fin  furent  les  defconfis  &  mors  les 
noftre,  quy  furent  plus  de  .iiijc.  perfones  à  conter  o  les 
efcuers,  de  quey  ot  pris  vif  aucuns,  &  de  les  que  l'on 
prift  vif  quy  furent  bien  poy,  (\  furent  les  .ij.  nevos  de 
meffire  Olivier  de  Treme,  que  puis  furent  mors  en  pri- 
fon  de  Babiloine,  &  .j.  autre  chevalier  catelan,  qui   ot 


III.  LE    TEMPLIER    DE   TYR.  1 8  f 

nom  Cordate.  Et  ceftu  puis  qu'il  fu  pris,  fu  mis  en  une  1267 
maifon  à  .j.  cazau  de  fout  Safet,  quy  avoit  une  feneftre 
o  milieuc  de  la  tarafe  que  avoir  .j.  ballon  de  bûche  tra- 
vers la  feneftre,  &  le  feft  de  la  maifon  n'eftoit  mie  fi 
haut,  mais  bais  corne  maifon  de  vilain  ;  &  feftuy  Cordate 
efloit  chevalier  moût  ligier  &  bien  aidant,  &  li  valut,  car 
ligierement  failly  en  haut  à  la  feneftre,  &  le  prift  au  baf- 
ton  de  la  taraiïe,  quy  efloit  de  terre  &  defendy  de  la 
taraffe,  &  fe  mift  en  chemin  vers  Acre  [par]  champ  &  tra- 
vers hors  dou  droit  chemin,  par  feignau  d'aucun[e]  eftele, 
&  fu  à  l'aube  dou  jour  à  Acre,  &  fu  devant  le  patriarche 
&  les  autres  feignors,  que  il  conta  tout  fon  errement,  con 
vos  avés  oy,  &  dift  tant  que  celle  gens  d'Acre  quy  eftoient 
lur  le  toron,  s'il  eiifent  féru,  que  la  terre  fuft  efté  perdue, 
car  le  foudan  l'on  cors  [eftoit  là]  à  .xvm.  homes  à  a  che- 
vau[s]  efcheris,  chafcun  lur  fa  befte  aparaillés,  &  aten- 
dant  que  ciaus  d'Acre  feriffent  fur  les  Sarazins  dou  plain, 
&  le  foudan,  fon  enbuchement  feroit  tant  toft  failly  & 
féru  vers  la  ville. 

3  f  2.  Les  gens  d'Acre  yiïirent  &  mandèrent  querre  les 
cors  des  mors  creftiens,  quy  eftoient  fans  tefte,  car  les 
Sarazins  lor  aveent  levé  les  teftes  à  tous  yaus  quy 
eftoient  mors  à  la  bataille,  que  à  paine  poiet  on  co- 
noiftre  Ion  parent  par  aucun  figniau  que  il  y  eiift  en 
fa  char. 

3  T3  •  Encores  après  poy  de  jours  revint  le  foudan  de 
Safet  à  Acre,  &  fift  abatre  les  molins  &  les  tors  des  jar- 
dins &  tayllier  les  arbres  &  les  vignes  quy  eftoient  hors 
d'Acre,  &  fift  moût  de  maus,  mais  tout  en  fome  vous  viaus 
dire  de  fes  afaires  que  fift  en  Surie,  que  il  prift  à  fon  tens 
jufques  à  ce  jour  &  le  Crac  de  l'Oipitau  &  Gibelcar,  & 
prift  encore  autre  leuc  après  fe  que  ja  vos  ays  dit;  mais  je 

a.  Mf.  au. 

C  24 


86  LES    GESTES   DES   CHIPROIS. 


1267  vyaus  laifler  à  parler  de  luy  ores,  por  dire  vos  aucunes 
autres  choies,  quy  avindrent  en  fefle  dite  année. 

3^4.  Il  avint  que  les  Jenevés  quy  aveent  grant  enten- 
dement de  yaus  vengier  de  lor  henemis  pifans  &  vene- 
fiens, fi  ce  voftrent  aiïaier  encores  d'eaus  venger  de  lor 
henemis,  &  armèrent  en  Gène  .xxviij.  guallées,  &  fu  lor 
amiraill  Luquet  de  Grimaut,  &  fi  ot  o  luy  en  l'a  com- 
paignie  .ij.  fages  homes  &  artyllous  de  mer,  meffire 
Pafquet  Mallon  &  Papon  Mallon,  &  vindrent  à  Acre  fu- 
bitement  à  .xvj.  jours  d'aoufl:  de  ce  dit  an  de  M  &  CC  & 
LXVII  de  Crift,  [en]  le  port  d'Acre,  &  ardyfrent]  .ij.  naves 
de  Pizans  dedens  le  port,  &  mirent  lor  enfeigne  defus  la 
Tour  des  mohches,  &  demourerent  au  port  .xij.  jors;  & 
dedens  ce,  le  dit  Luquet  de  Grimaut  fe  party  &  amena 
o  luy  .xv.  guallies,  qui  aveent  bezoign  d'adouber,  &  ala 
à  Sur,  &  fi  laiiïa  au  port  d'Acre  .xiij.  gualées,  &  [en]  l'on 
leuc  fe  mift  Pafquet  Malloun,  quy  ot  o  luy  Papon  Mallon, 
&  eftant  là  à  Sur,  l'amirail  de  les  Venefiens  vindrent  à 
.xxviij.  guallées  à  Acre  quy  furent  armés  à  Veneize,  & 
furprirent  lés  .xiij.  guallées  des  Jenevés.  Mais  quant  les 
Jenevés  virent  les  Venefiens,  fi  fe  partyrent,  &  lor  alerent 
encontre,  &  fe  firent  il  por  aver  plus  large  mer  à  efcha- 
per,  car  s'il  les  euiïent  trovés  au  port,  toutes  les  eiiflent 
prifes,  mais  à  la  manyere  que  il  firent,  ne  perdirent  mie 
tant,  car  il  fe  mirent  par  my  les  Venefiens  &  paferent 
outre,  fi  que  les  Venefiens  en  retindrent  .v.  à  toute  la 
gent  quy  furent  mors,  &  après  les  autres  .viij.  guallées 
alerent  à  Sur  &  fure[n]t  o  les  autres  guallées  quy  s'adou- 
beent  dedens  le  port  de  Sur,  fauve  .iij.  guallées  quy 
aleent  vers  Sayete  pour  parler  au  maifixe  dou  Temple, 
&  l'amirail  Luquet  de  Grimaut  dedens,  à  quy  l'on  manda 
la  novele,  &  tantoft  il  torna  en  deriere,  car  il  n'eftoit 
mie  aie  trop  loins,  &  fu  durement  courefié.  Et  tant  toft 
celé  nuit  meïfmes  s'en  partirent  de  Sur  &  repairerent  en 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  1 87 


Jeune,  mais  les  Venefiens  à  lor  .xxviij.  guallées  vindrent  1267-1268 
devant  Sur,  &  cuyderent  trover  les  guallées  des  Jenevés, 
&  quant  il  ne  les  troverent,  fi  le  repairerent  d'Acre  a  en 
Veneyfe,  &  firent  triues  entre  Jene  &  Veneife  à  .iij.  ans, 
&  chafcun  .iij.  ans  renovelleent  la  triue,  por  le  que  les 
Jenevés  voleent  corte  triue,  car  lor  entendement  eftoit  de 
yaus  vengier,  fi  com  il  firent,  &  l'orés  en  ce  livre. 

2ff.  Il  avint  en  le  dit  an  que  Huguet,  hair  dou 
royaume  de  Chipre,  &  fu  fis  dou  roy  Henry  gras  &  de 
la  raine  Plaiffanfe,  fi  trelpalTa  de  le  fiecle  au  mois  de 
novenbre,  &  fu  fait  roy  après  luy  Hugue  de  Lezigniau, 
le  jour  dou  Nouel,  par  le  patriarche  Guillaume,  qui  eftoit 
aie  pour  viziter  les  yglifes  de  Chipre;  &  leltu  Hugue  fu 
coufin  jermain  de  feftuy  Huguet  qui  morut,  car  le  dit 
Huguet  fu  fis  dou  frère  que  fu  roy  Henry  gras,  &  Hugue 
de  Lefigniau  fu  fis  de  la  luer,  &  .j.  autre  Hugue  a  voit 
quy  fu  fis  de  une  autre  leur  &  dou  conte  Gautier  de 
Breine,  que  morut  en  pryfïbn  des  Sarazins,  con  je  vos  ay 
dit  avant,  dont  feftu  Hugue,  conte  de  Brene,  chalonga 
te  royaume  de  Chipre,  mais  il  n'efploita  nient,  &  fe  party 
dou  païs  &  ala  outremer,  6c  remeft  le  roy  Hugue  de  Le- 
zigniau roy  fallu"  &  tenant  par  elgart  de  court. 

2  c6.  En  ce  dit  an,  fe  crufferent  pour  palier  en  Surie 
le  roy  Lois  de  France  &  les  enfans,  &  le  roy  Charle  &  le 
roy  de  Navare  &  meflire  Odoart,  fis  dou  roy  d'Engle- 
terre,  &  fon  frère  &  plufors  autres  barons  d'Alemaigne 
&  d'Engleterre  &  d'Efpaigne,  que  depuis  alerent  à  Tunes, 
con  vos  entenderés  f\  avant. 

35-7.  En  l'an  de  M.CC.LXVlii  de  Crift,  morut  pape  Cli- 
mens,  &  fu  fait  pape  Grégoire  Plailenty,  qui  eftoit  arce- 
diaque  dou  Liegerat,  le  quel  eftoit  au  jour  quy  fu  ehlit 
en  la  fité  d'Acre,  &  fu  mené  à  Rome. 

a.  Mf.  en  acre. 


l88  LES   GESTES    DES    CHIPROIS. 

1268  3^8.  En  celuy  meïfmes  an,  avint  que  Corradin,  qui  fu 
fis  dou  roy  Courrat  &  de  la  fille  dou  duc  d'Ofteriche 
d' Alemaigne,  entendy  cornent  le  roy  Charle  avoit  def- 
confir  &  mort  le  roy  Manfré  Ton  oncle  ;  fi  fift  un  grant 
hofl  de  gens  à  chevau  &  à  pié,  pour  aler  encontre  le  roy 
Charle,  &  tout  ce  fifl:  il  par  l'arifiement  des  Pizans,  &  le 
conte  Girart  de  Pize  ala  il  meïfmes  o  luy  en  Alemaigne 
&  vint  o  ly  en  la  bataille,  &.  fi  vint  aufy  .j.  grant  home 
de  Jene,  frère  de  Aubert  Eipine,  quy  fu  capitaine  de  Jeune 
.j.  tens,  &  le  party  le  dit  Couradin  d' Alemaigne  &  vint 
encontre  le  roy  Charle,  &  mena  o  luy  fon  oncle  le  duc 
d'Ofi;eriche  &  autres  barons  d' Alemaigne. 

5^9.  Le  roy  Charle  afembla  fa  gent  &  ly  ala  à  l'en- 
contre,  &  quant  il  fe  furent  entrevées,  fi  ordenerent  lor 
batailles  &  lor  efchelles,  fi  corne  il  deveent,  dont  la  gent 
de  Corradin  ferirent  primier  &  chargèrent  fi  fort  la  gent 
dou  roy  Charle,  que  il  les  boutèrent  dedens  lor  paveil- 
lons,  &  tant  con  la  gent  dou  roy  Charle  fe  defendoyent 
dedens  lor  paveillons,  le  roy  Charle  fi  fu  fur  .j.  tertre  haut 
&  avoit  une  grant  elchele  des  chevaliers  des  meillours 
qu'il  avoit,  &  fi  fu  o  luy  .j.  chevalier  de  France  quy  fu 
nomé  meffire  Alart  de  Valérie,  chevalier  prou  &  hardy 
&  de  grant  renomée  &  favoit  moût  de  guerre,  &  à  fêle 
oure  que  le  roy  Charle  vi  fa  gent  G  rebutés  entre  les 
tentes,  i\  fu  moût  efmaiés  &  demanda  à  meffire  Alart  de 
Valéry  s'il  y  avoit  aucun  chaftiau  où  il  fe  peiifTent  réfé- 
rer, fe  bezoigne  fuft  5  &  meffire  Alart  li  refpondy  que  il 
y  avoit  Paris,  ni  autre  il  ne  favoit,  &  que  il  penfaft  d'autre 
chofe  faire  ;  &  adons  vint  à  luy  .j.  valet  quy  ly  dift  : 
«  Sire,  penfés  de  fecoure  voftre  gent,  quy  font  trop  mau- 
menés  !  »  Et  le  roy  Charle  li  refpondy  :  «  Laiiïes  faire, 
car  les  bons  &  les  fors  &  hardis  nos  remaindront,  car 
la  paille  vait  au  vent,  &  le  forment  demoure.  »  Sur  ces 
paroles  meffire  Alart  de  Valérie  vy  niffir  des  herberges 


III.    LE    TEMPLIER    DE   TYR.  l8ç 


de  la  gent  de  Couradin  chargés  de  robe  qu'il  enpor-  1268 
teent,  &  dift  au  roy  Charle  :  a  Alons,  fire,  fecoure  nos 
gens,  &  vaincrons  nos  henemis  !  » 

360.  Le  roy  Charle  delendy  au  plein,  frès  &  repofés, 
&  chevaliers  des  meilleurs  qu'il  avoir,  &  s'enbati  fur  la 
gent  de  Couradin,  &  les  troverent  las  &  travaillés,  & 
autres  eftoient  chargés  des  robes  &  harnès  que  il  aveent 
guaigné  de  la  herberge  &  efparpoulliés  les  uns  des  autres: 
fi  les  foulèrent  primier  de  cos  de  lances  &  après  de  bor- 
dons, fi  que  la  bataille  fu  moût  mortal,  &  y  morurent 
moût  de  gens.  Et  en  la  fin  Corradin  &  l'on  oncle  duc 
d'Olteriche  &  le  conte  Girard  de  Pile  &  .j.  home  de 
Jene  de  grant  lingnage,  quy  avoit  nom  Thomas  Elpine, 
quy  eftoit  capitaine  de  Jene,  les  .iiij.  foïrent  de  la  ba- 
taille, &  alerent  près  de  la  mer  &  le  mirent  en  une  grote. 
Là  il  furent  .ij.  jours  fans  manger,  &  lur  ce  vint  là  une 
barque  pour  peheher,  &  feflu  Thomas  Efpine  niffi  & 
parla  à  yaus,  cornent  feaus  vofiftent  lever  luy  &  autres 
.iij.  chevaliers  efchapés  de  la  bataille  &  mener  les  aiïa- 
vement,  &  les  paier[e]ent  moût  bien;  s'oyrent  parler  de 
tel  rayfon,  (\  lor  otroerent  &  lor  vendirent  pain  de  quey 
il  mangèrent,  &  entre  tant  .j.  de  fiaus  de  la  barque  ala  à 
Naple,  &  le  fifl:  afaver  à  court  quy  mandèrent  gens  quy 
les  prirent  &  les  menèrent  à  Naples,  &  quant  il  furent 
là,  le  roy  Charle  les  fift  juger,  &  par  juges  furent  jugés, 
&  taillier  lor  telles. 

361.  Corradin  fi  ot  taillé  fa  tefte  premier,  &  puis  le 
duc  d'Ofteriche,  fon  oncle,  &  diftrent  que  il  ne  le  voft 
confecer,  ains  le  defpera  dilant  tous  les  maus  qu'il  poiet 
de  defperafions;  &  après  fu  taillée  la  telle  dou  conte 
Girart  de  Pife,  &  fire  Thoumas  Efpine  i\  ot  crevé  les 
ziaus  &  taillé  le  nés  &  les  .ij.  mains,  &  le  laiiïerent  aler. 

362.  Ceftu  Couradin  que  je  dis,  fi  fu  fis  dou  roy 
Courat,  fon  père,  de  ceftu  Couradin,  fi  fu  fis  de  l'em- 


ICO  LES    GESTES    DES  CHIPROIS. 

126S  pereor  Federic  &  de  la  raine  de  Jerulalem,  de  quy  je  vos 
ais  devilé  &  parlé  cornent  l'empereor  l'efpoza  ;  &  à  cef- 
tuy  veneit  le  royaume  de  Jerulalem  de  par  la  mère  de 
ion  père,  &  puis  quy  fu  mort,  (1  com  vos  avés  oy,  & 
n'en  aveit  nul  heir,  le  royaume  de  Jerulalem  retourna 
au  ligniage  de  la  mère  de  Ion  père. 

363.  La  novelle  de  fa  mort  vint  à  Acre,  &  cornent  le 
roy  Charle  avoit  guaigné  la  bataille,  fi  que  la  gent  d'Acre 
firent  grant  fefte  &  grant  luminaire,  quy  dura  aucuns 
jours,  &  fu  fefte  de  la  mort  de  celuy  quy  [de]voit  eftre  lor 
feignor,  mais  la  fefte  ne  fu  faite  par  mavaifté  nulle,  mais 
pour  apaiiïer  lainte  yglile  pour  le  roy  Charle,  quy  eftoir 
défendeur  de  fainte  yglize  &  fanatour,  &  l'autre  [raifon  fu] 
que  Dieu  le  volt  enfi  confentir  pour  déshériter  les  heirs  de 
l'empereor  &  fes  fis,  le  roy  Courat  &  Manfré,  quy  furent 
parfecutour  de  fainte  yglize  tous  tens  de  lor  vie,  &  mo- 
rurent  efcomeniés  ;  &  je  vos  vès  ores  laifer  de  fefte  rai- 
fon, <3c  vos  dirais  de  la  terre  de  Surie  fe  qui  avint  en  le 
dit  an. 

364.  Ceftu  foudan  que  je  vos  ais  autre  fois  parlé,  quy 
fe  diloit  Melec  el  Vaher,  mais  l'on  nom  plulors  fés  fi 
eftoit  dit  Bendocdar,  le  yflî  de  Babiloine  &  junft  à  Jafe 
à  terre  des  creftiens,  &  la  prift  à  .viij.  jours  de  mars  par 
traïlon  &  dedens  triue,  &  ofift  moût  de  menues  gens, 
&  les  autres  laifa  aler  en  Acre  ou  toute[s]  lor  chofes,  & 
lor  douna  condut,  &  prift  la  terre  de  Saint  Jorge,  &  l'en- 
porta,  &  fift  ardre  le  cors  de  fainte  Creftiene  que  l'e- 
veique  Johan  de  Troies  avoit  laiiTé  à  Jaffe. 

56 f.  De  là  fe  party  le  foudan  &  [a]la  à  Biaufort,  quy 
eftoit  dou  Temple  &  le  prift  par  force  à  .xv.  jours  d'avril, 
&  après  ala  en  Antioche,  &  l'afega,  <Sc  la  prift  fans  nule 
defence,  à  .xix.  jours  de  may,  &  furent  ofis  dedens  la  fité, 
puis  que  ele  fu  prilé,  .xvijm.  perfones  &  plus,  &  furent  pris 
homes  &  femes  &  enfans,  que  de  religion  que  d'autres, 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  191 


plus  de  .cm.  perlbnes,  &  le  Temple  abandonerent  .ij.  chai-  1268-1269 
tiaus  quy  font  là  de  près,  Guafton  &  Roche  de  Roifîel,  & 
la  terre  de  Porbonel  à  l'entrée  d'Ermenie. 

366.  Et  dedens  le  dit  l'oudan  pourchafla  la  delivranfe 
d'un  haut  home  farazin,  qui  avoit  nom  Zencor  el  Elcar, 
que  Tatars  teneent,  lequel  fu  délivré  &  vint  en  Babiloine 
pour  change  de  Livon,  fis  dou  roy  d'Ermenie. 

367.  Et  en  ce  dit  an,  fu  fait  baill  dou  royaume  de  Jeru- 
falem Balian  de  Yblin,  feignor  d'Arfur. 

368.  Et  Tan  de  M.CC  &  LXIX,  fu  .j.  grant  croie  en 
Ermenie,  quy  fondy  .v.  chaftiaus  &  .iij.  abaïes  d'Ermins, 
&  .xij.  cazaus;  &  morut  meffire  Jofrey  de  Sardeignes,  à 
.xj.  jours  d'avril,  quy  fu  fenelchau  dou  reyaume  de  Jeru- 
falem  &  cheveteine  des  gens  dou  roy  de  France.  Or  veus 
moftrer  .j.  autre  raylon  quy  avint  en  le  dit  an. 

36g.  Il  avint  que  le  roy  Hugue  de  Chipre,  quy  fu  fis 
de  Henry,  dou  prince,  &  lé  faifoit  dire  Huguet  de  Lezin- 
gniau  de  par  fa  mère,  par  quey  le  royaume  li  vint  de 
Chipre,  quant  il  vy  que  Couradin  fu  mort,  le  quel  fu 
luy  &  le  dit  roy  Hugue,  enfans  de  couzin  &  de  couzine 
jermaine,  car  Corrat  quy  fu  fis  de  l'empereor  Federic,  & 
fu  père  de  Couradin,  &  la  mère  dou  roy  de  Chipre  Hugue 
de  Lezegniau  &  le  roy  Courat  furent  jermains  de  .ij.  leurs, 
de  là  où  le  royaume  de  Jerufalem  meut,  &  por  ce  le  dit 
roy  Hugue  le  fift  courouner  dou  royaume  de  Jerufalem 
&  fu  courouné  à  Sur.  Or  avint  choie  que  le  roy  Hugue 
de  quey  je  vos  parle,  Ci  avoit  une  fiene  ante,  leur  de  fon 
père  &  de  par  mère,  &  fi  eftoit  la  dame  apelée  damoilelle 
Marie,  pour  ce  que  elle  nen  ot  onques  baron,  &  avoit 
à  le  jour  plus  de  .xl.  ans  d'aage.  Celle  damoifele  Marie 
chalonga  au  roy  Hugue  le  royaume  de  Jerufalem,  & 
dilbit  que  elle  eftoit  plus  prochaine  d'un  degré  à  aver 
le  royaume  que  le  roy  Hugue  de  Chipre  n'en  eftoit,  & 
avint  que  Phelippe  de  Mon  fort  &  Temple  &  Ofpitau  & 


IÇ2  LES   GESTES   DES   CHIPROIS. 

1269  autres  gens  de  religion  fï  fe  migrent  à  adreffer  les,  &  ne 
porent,  &  que  celte  damoifele  s'aprocha  à  la  maifon  dou 
Temple,  &  ala  outremer  requerre  fon  droit  devant  le 
pape;  &  quant  avint  que  le  jour  que  le  roy  fe  courona 
dou  royaume  de  Jerulalem,  vint  dedens  l'iglize  .j.  clerc 
&  un  notaire  o  luy,  &  cria  à  haute  vois  en  la  prezence  de 
la  gent  qu'il  con[tre]dielîoient  le  couronement  dou  roy, 
fi  com  il  fu  comandé  de  contredire,  &  s'en  fbuy  tant 
toft  par  la  prezence  de  la  gent  que  l'on  ne  lot  que  il 
devint,  &  de  demoifele  Marie  ne  vos  diray  plus  oren- 
droit  que  autre  les,  car  je  viaus  fi  dire  d'autre  chofe. 

370.  P[h]elipe  de  Monfort,  quy  tenoit  Sur  de  don  dou 
roy  Henry  de  Chipre,  lequel  don  n'eftoit  mie  ferme  pour 
ce  que  Couradin  vivoit,  f\  douta  que  le  roy  Hugue  ne  li 
vofifh  requere  Sur,  &  por  ce  il  porchaiïa,  &  fift  tant  que 
le  roy  Hugue  dona  Ta  Tuer  à  Jehan  de  Monfort,  fis  dou 
dit  Phelipe  de  Monfort,  &  le  roy  Hugue  conferma  le  don 
de  la  fité  de  Sur  à  ceftu  Johan  de  Monfort,  en  telle  ma- 
nière que  ce  la  dite  feme  eiifl  enfant,  que  la  fité  de  Sur 
lor  demouraft  à  iaus  &  à  lor  heirs,  &  s'il  mefavenift  de 
Johan  de  Monfort,  &  la  dame  n'en  eiifl:  enfant  nul,  que 
la  cité  de  Seur  [deiift]  retorner  au  roy  Hugue  ou  à  fes 
heirs,  donant  le  roy  Hugue  ou  fes  heirs  as  hairs  dou 
dit  Johan  de  Monfort  .clm.  bezans  farazinas  pour  les 
grans  defpenfes  que  meffire  Phelippe  de  Monfort  aveit 
fait  en  esforcier  la  ville  &  amender  la;  &  enfi  fu  le  ma- 
riage conformé,  &  ala  Johan  de  Monfort  en  Chipre,  & 
conferma  &  elpouza  la  dite  feur  dou  roy,  6c  fu  fait  moût 
gran  fefte,  com  il  fe  deveit  faire  pour  (\  haut  noies,  & 
la  mena  Johan  de  Monfort  à  Sur  &  le  roy  l'aconpaigna 
jufques  à  Famagouite,  &  ly  fift  armer  .iij.  gualées  quy  la 
condurent  aveuc  une  guallée  de  Sur,  quy  s'apeloit  panfle, 
&  armèrent  à  Sur  là  où  fu  faite  grant  fefte. 

371 .  Cefte  dame,  quant  elle  fu  mariée,  fi  eftoit  grant 


III.    LE    TEMPLIER    DE    TYR.  If)} 

damoifele  de  .xxiiij.  ans,  &  fu  la  plus  belle  dame  ni  da- 1269 
moifele  quy  fuft  de  sa  mer  à  ion  tens,  6c  efpeciaument 
de  vilage,  &  fi  le  peus  bien  dire  ferteinement,  car  je  la 
vis  moût  lovent,  con  fil  quy  fus  .j.  des  .iiij.  vallès  quy  la 
fervimes  le  premier  an  ;  &  fi  fu  moût  bone  dame  6c  moût 
lage  6c  moût  amohniere,  6c  s'aimèrent  moût,  elle  &  mon 
feignor  fon  elpous.  Et  de  puis  elle  engraiïa  trop  hors  de 
raifon,  &  fembla  à  fon  père,  quy  [fu]  moût  gras,  &  mon- 
feignor  de  Sur  fi  fu  (1  travaillé  de  goûte  à  pies  6c  à  mains 
qu'il  en  fu  tout  desfait,  car  il  fu  moût  biau  chevalier  & 
moût  piaillant,  6c  prodome  6c  lage,  6c  bien  aidant  che- 
valier ;  6c  fi  avoit  .j.  frère  quy  ot  nom  Anfré  de  Mon- 
fort,  biau  chevalier  6c  grant,  quy  n'en  avoit  per  à  luy 
6c  à  fon  tens,  le  quel  avoit  por  efpoze  la  fille  quy  fu  de 
Johan  de  Yblin,  feignor  de  Barut,  quy  avoit  une  leur 
aheiné[e]  d'elle,  quy  fu  a  medame  de  Barut.  Mais  je  laira 
ores  d'eaus  à  parler,  6c  vos  diray  d'autre  rayffon  quy 
avint  à  l'incarnafion  de  ce  dit  an,  por  fivre  à  dreit  ma 
matière. 

372.  Vous  favés  cornent  je  vos  ay  retrait  que  le  roy 
de  France  6c  le  roy  de  Navaire  6c  les  anfans  dou  roy  de 
France,  6c  le  roy  Charle  6c  mefîîre  Odoart,  fis  dou  roy 
d'Engleterre,  6c  Ion  frère,  6c  autres  contes  6c  barons 
d'Engleterre  6c  d'Alemaigne  6c  d'Efpaigne,  s'eftoient 
crufés  pour  palfer  en  la  terre  fainte  de  Surie  :  il  s'afem- 
blerent  tous,  6c  fu  lor  confeil  d'aler  prendre  Tunes,  quy 
eft  une  grant  fité  des  Sarazins,  6c  afemblerent  moût  de 
navillie,  6c  alerent  à  Tunes,  C\  com  il  eurent  ordené,  6c 
prirent  terre  fans  nul  contredit,  6c  fe  troverent  de  toutes 
gens  à  chevau  entor  de  .xixm.,  6c  de  gens  à  pié  eiirent 
trop  grant  cantité,  6c  de  gens  de  mer  fi  ot  grant  naville 
6c  grant  gent;  6c  entre  les  autres  fi  ot  .xvijm.  Jenevés  o 

a.  Mf.  te. 

c  z5 


IÇ4  LES  GESTES  DES  CHIPROIS. 


1269-1270  tout  lor  naville,  car  lor  entendement  eftoit  quy  peùiïent 
recouvrer  lor  droir  d'Acre. 

373.  Eftant  enl'y  Pofh  devant  Tunes,  les  Sarazins  lor 
rirent  moût  d'enuy  &  de  contraires*,  que  il  chevauchoient 
les  Sarazins,  quant  il  faizoit  grant  vent,  &  la  poudrière 
venoit  (1  fort  fur  nos  gens  que  l'un  ne  veet  l'autre,  & 
avoient  fait  une  foce  entre  noftre  gent  &  aus  que  l'on 
poiet  aler  à  yaus,  &  fe  nos  gens  à  pié  lor  lanceent  jave- 
los  d'aubaleftres  de  quey  l'on  ofioit  pareills,  fâchés  il 
eftoient  fi  grant  gent  que  l'on  ne  les  poroit  par  tel  chofe 
confumer;  &  pour  ce  que  Dieu  quy  conut  &  quy  feit 
tout  &  que  noftre  gent  aveent  deflorné  le  fien  fervize 
de  fa  Terre  Sainte,  &  eftoient  aies  011  n'eftoit  mie  fi  grant 
bezoin,  fi  ne  le  voft  guaires  confeillier,  par  coy  une  grant 
enfermeté  vint  en  l'oft,  de  tel  manière  qu'il  morut  moût 
de  gens,  &  entre  les  autres  morut  le  bon  roy  de  France 
Lois  &  le  roy  de  Navare,  &  Johan  Triftan,  fis  dou  roy 
de  France  fus  dit,  &  pluffors  barons  &  autres  chevaliers 
que  je  ne  peus  treftous  nomer,  &  autres  quy  remeftrent 
en  vye  conurent  bien  que  lor  bezoin[e]  eftoit  toute  def- 
faite.  Et  eftant  enfy  les  creftiens  con  je  vos  dis,  fi  com  il 
plofl  à  Dieu,  le  foudan  de  Tunes  manda  traiter  au  roy 
Charle  aucun  acort,  &  pour  ce  que  autre  ne  fe  poiet 
faire,  f\  s'acorderent  à  luy  pour  une  cantité  d'aver  que  il 
promift  à  doner  tous  les  ans  au  roy  Charle,  &  de  ce  lor 
fift  tel  feiirté  com  il  s'acorderent,  &  dona  en  .j.  cop  de 
mon[e]ée  qui  fu  de  ce  que  l'oft  avoit  courte,  &  fe  partirent 
&  repaira  chafcun  en  fa  terre  ;  &  fi  après  vous  viaus  re- 
traire aucunfe]  autre  aventure  quy  avint  en  Surie. 

374.  En  l'an  de  M.CC  &  LXX  de  Chrift,  Bendocdar, 
foudan  de  Babiloine,  que  volentiers  pourchafoit  &  fai- 
foit  maus  as  cretiens,  fi  favet  bien  que  meffire  Phelippe 

a.  Mf.  contraites. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  IQf 


de  Monfort,  feignor  de  Sur,  efteit  moût  fage  feignor,  &  i*7° 
que  riens  ne  le  faifoit  entre  les  creftiens  de  Surie  que  par 
ion  fens,  &  faveit  meiïmes  cornent  il  mandeit  letres  & 
mefages  as  rois  &  leignors  d'outremer  por  faire  les 
meuvre  à  venir  de  sa,  dont  le  dit  ibudan  fi  le  voft  ocirre, 
&  pour  ce  il  prift  des  Sarazins  que  l'on  apele  HafliiTes,  & 
les  vefty  en  abit  d'ome[s]  d'armes,  &  les  manda  à  Sur,  & 
lor  comanda  de  tuer  le  dit  feignor  de  Sur  &  le  feignor 
de  Sayete,  celuy  quy  la  vendy  au  Temple,  &  quy  eftoit 
nevou  dou  feignor  de  Sur,  car  feftu  feignor  de  Sayete,  ja 
foit  ce  que  il  efteet  home  de  volenté  &  avoit  maufait  fes 
afaires,  toute  fois  en  confeill  de  fait  d'armes  il  eftoit  bien 
alage  &  bien  conuffant  &  prou  &  hardy  &  grant  &  fort, 
&  por  ce  voft  aufli  le  foudan  quy  fufl  mort.  Ses  .ij.  Hal- 
fiifes  vindrent  à  Sur  à  chevau,  faint  d'armes  turquezes  & 
de  fainture  d'argent  à  la  manière  de  gens  d'armes  lara- 
zins,  &  vindrent  droit  au  feignor  de  Sur,  &  li  requièrent 
batehme.  Le  feignor  de  Sur,  que  de  le  ne  le  gardoit,  li  les 
fift  batier,  &  à  l'un  mift  fon  nom  &  l'apela  Phelippe,  & 
à  l'autre  le  feignor  de  Sayete  le  fifr.  batier,  &  fu  Ion  pa- 
rain,  &  li  mift  l'on  nom  Julien;  &  le  feignor  de  Sur  retint 
tous  les  .ij.  en  Ion  lervize  corne  tricoples,  &  ce  fia  le 
feignor  de  Sur  moût  à  yaus,  6c  toute  fois  fu  dit  au  lei- 
gnor  de  Sur  que  il  le  deiift  garder,  car  le  foudan  pour- 
chaffoit  Ta  mort  &  ly  avoit  mandé  Haiïiffes  pour  tuer, 
dont  le  feignor  de  Sur  fi  refpondy  que  il  n'en  eftoit  plus 
feignor  de  Sur,  &  que  fon  fis  en  eftoit  feignor,  fi  que  le 
foudan  n'en  avendroit  ryen  de  luy  ocirre,  &  toute  fois 
faiiïbit  il  à  fon  vilconte  fercher  &  conoiftre  les  eftranges 
gens  quy  veneent  à  Sur,  mais  il  ne  le  garda  mie  de  ces 
.ij.  dis  que  il  tenoit  en  fon  hoftel.  Or  avint  .j.  jour  que 
fes  .ij.  Halfiifes  aveent  pris  une  grant  acointance  à  un 
Surien  dou  levant,  quy  fervet  le  feignor  de  Sur,  Faraifs, 
c'eft  afaver  de  efcouer  &  neteer  &  arozer  d'aiguë  le  pa- 


196  LES    GESTES   DES    CHIPROIS. 

1270  lais  &  la  court  &  afure[r]  tentes,  quant  il  eft  bezoing;  & 
ceftuy  Farais  ala  un  jour  à  manger  aveuc  Tes  .ij.  Haffifins, 
&  quant  il  fu  en  lor  oftel,  &  l'un  d'iaus  fu  aie  acheter 
pain  en  la  plafe  &  fu  l'autre  aie  à  la  couzine,  ceftuy 
Farais  tira  .j.  pillée  de  lor  tarquais,  &  avet  au  tarquais  .j. 
coutyau  oint  de  venim  enveloupé  d'un  drap  ;  &  par  ce 
counut  il  que  il  eftoient  Haffifins.  Et  quant  il  furent  en- 
semble en  la  table  &  mangèrent,  ceftuy  Faraifs  lor  voloit 
defeovrir  tout  l'afaire  cornent  il  avoit  trové  le  dit  couf- 
tiau  ;  &  quant  fiaus  virent  quy  furent  defeovers,  fi  le 
gehirent  lor  fait,  &  li  diftrent  que  il  dévoient  tuer  de  par 
le  foudan  le  feignor  de  Sur  &  le  feignor  de  Sayete,  &  li 
promirent  à  doner  .c.  bezans  veills  dedens  dimenche. 
Et  fefte  choie  fu  le  jeufdy,  &  quant  vint  après,  fes  .ij.  Haf- 
fiffins  fe  penferent  que  s'il  ne  douneent  les  .c.  bezans  au 
dit  Faraifs  le  dimenche,  que  il  les  defeovreret,  &  por  ce 
penferent  de  heter  lor  fait  fe  dimenche  venant  ;  &  en 
mileuc,  le  feignor  de  Sayete  eftoit  aie  fejourner  à  Barut, 
dont  l'un  des  .ij.  Haflîffins,  ceiuy  quy  fu  filleul  dou  fei- 
gnor de  Sayete,  s'en  ala  à  Baruth  por  tuer  le  feignor  de 
Sayete,  &  l'autre  remeft  à  Sur;  &  ordonerent  que  fe  di- 
menche venant,  l'un  feret  fon  fervize  à  Sur,  &  l'autre  à 
Barut  tout  en  .j.  jour.  Ceftuy  dehleau  Faraifs  Ci  tint  l'afaire 
fecrete  a  atendant  à  aver  les  .c.  bezans  que  yaus  ly  aveent 
promis,  &  ne  le  fift  à  faver  ny  à  feignor  ni  à  baill,  corne 
defleau;  &  quant  vint  le  jour  dou  dimenche,  le  Haffifi  vint 
bien  matin  à  court,  &  ala  ver  la  chapele  dou  feignor,  & 
trova  meffire  Phelippe  de  Monfort  à  l'avant h  de  fa  cha- 
pele, quy  eftoit  en  pié,  &  parloit  avé  .j.  fien  borgois,  & 
fe  Hafiîfi  vint  ver  luy  &  le  falua,  dont  le  feignor  li  dirt 
qu'il  eftoit  bon  creftien  &  faizoit  bien  de  venir  à  la  méfie, 
&  li  douna  deniers,  por  ofrir,  car  un[e]  autre  méfie  eftoit 

a.  Mf.  feere.  -   b.  Mf.  len  vant. 


III.   LE   TEMPLIER   DE   TYR.  IÇ7 


comenlee  au  feignor  jeune  fon  fis  meflire  Johan  de  Mon- 1270 
fort,  &  à  fel[e]  oure  eftoit  l'ofrande;  &  le  Haflîfi  prift  le 
denier  &  ala  ofrir,  &  adons  il  vy  que  il  n'en  avoir  en  la 
chapele  que  le  jeune  feignor  &  .j.  chevalier  foulement 
quy  le  nomoic  Guillaume  de  Pinquegny  :  fi  li  iembla 
quy  poiet  fon  mau  faire,  &  au  niflîr  que  il  fift,  il  s'acofta 
de  grant  feignor  meflire  Phelippe  de  Monfort,  &  le  fery 
dou  coutiau  par  la  tétine,  &  por  ce  que  à  cel[e]  oure  le 
dit  feignor  maniet  .j.  aniau  fien  dedens  fon  deit  &  l'autre 
main,  fi  ly  perla  au  ferir  la  main  quy  tenoit  fon  pis,  & 
ly  biffa  le  coutiau,  &  milî  main  à  la  efpée  &  entra  à  la 
chapelle  pour  tuer  l'autre  feignor,  mais  quant  il  fery  le 
grant  feignor,  le  cop  fona  fi  fort  que  le  jeune  leignor 
quy  eftoit  en  la  chapele  liffant a  fon  livre,  torna  fa  chère 
faver  que  ce  efteit,  &  adons  vy  venir  le  Haflîfi  l'efpée  en 
la  main  nue,  fi  que  il  le  bouta  dedens  l'autier  quy  avoir, 
une  table  enpainte  de  fains  par  devant,  &  eftoit  entré 
dedens,  &  au  bouter   que  le  feignor  jeune  fift  dedens 
l'autier,  le  Haflifi  lanfa  l'efpée  pour  luy  ferir  fur  la  table 
de  l'autier,  &  le  tint  (1  fort  quy  ne  la  poft  aracher;  &  fire* 
Guillaume  de  Pinquegni  vint  &  enbrafa  derier  le  Haflîfi 
fi  fort  can  qu'il  poft,  &  dirt  au  feignor  que  il  yfift  hors,  & 
le  feignor  yfli  &  le  prift  par  les  cheviaus  de  l'une  main  & 
[de]  l'autre  main  li  voit  ofter  l'efpée,  &  fe  trencha  .ij.  deis 
de  fa  main  ;  &  en  le  mileuc,  le  grant  feignor  de  Monfort 
ifli  de  l'avant  de  fa  chapele,  &  ala  bellement  fur  fes  pies 
&  s'afift  fur  .j.  banc  de  piere  devant  l'entrée  de  fa  chambre, 
&  feluy  qui  parleit  à  luy  fi  fe  leva  &  jeta  le  cry  à  fergens 
que  tantoft  montèrent  lamont  &  alerent  vers  le  grant 
feignor  quy  lor  dift  :  «  Aies  ayder  mon  fis  à  la  chapele, 
que  le  Sarazin  le  tue  !  »  Et  tous  coururent  à  la  chapele,  & 
tant  toft  tuèrent  le  Haflîfi,  &  délivrèrent  le  jeune  feignor 

a.  Mf.  lifleit.  —  b.  Mf.  f.  guillaume. 


ig8  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1270  de  Sur  quy  vint  vers  ion  père,  &  le  père  ovry  les  ziaus 
&  le  vy  fain  &  fauf,  fi  leva  Tes  .ij.  mains  ver  le  fiel,  mer- 
fiant  Dieu  fans  parler  plus,  &  l'arme  li  party  &  fu  mort  5 
&  le  Halîîfi  fu  mort  corne  il  fu.  Si  fu  traîné  &  pendu, 
&  tantoft  fu  mandé  à  Baruth  une  barque  par  mer,  &  par 
terre  .j.  tricople  faire  alaver  au  feignor  de  Sayete  quy  le 
gardafl:  dou  Halîîfi  &  prendre  le,  mais  fi  toft  corn  le 
Halîifi  oy  parole  de  ce,  fi  monta  fur  fa  belle,  &  fe  foy  as 
Sarazins,  &  fu  fauf,  car  il  n'en  aveent  guene  à  aler  des 
crefUens  as  Sarazins;  &  le  dehleau  dou  Farais,  quant  il  vy 
le  fait  h  avenir,  fi  fe  deftorna  là  où  nul[e]  arme  ne  favoit 
rien  de  Ion  fait,  <5c  por  ce  fu  aparfeii  quant  il  fu  demandé, 
fi  que  il  fu  quis,  &  après  &  fu  mis  en  gehine,  &  confela 
ce  qu'il  en  faveit,  don  la  lengue  li  fu  traite  defous  le 
monton  &  la  main  délire  taillée,  &  trayné  &  pendu. 
Le  feignor  de  Sur  fu  enteré  à  la  mère  yglife  de  Sur  quy 
a  nom  Sainte  Crus,  don  la  creflienté  en  relut  grant  da- 
mage. Or  lairons  à  parler  de  luy,  que  Dieu  en  ait  l'ame, 
&  vous  diray  un[e]  autre  raylon. 

37 f.  Et  en  fellu  meymes  an,  damoifele  Marie,  ante 
dou  roy  Hugue  de  Lezigniau,  quant  elle  vit  que  Ion 
nevou  le  roy  Hugue  ce  fu  fait  roy  &  encourouné  dou 
royaume  de  Jeruialem,  fi  con  je  vos  ay  dit,  &  qu'ele  fift 
mètre  débat  par  clerc  &  .j.  notaire,  fi  con  je  le  vos  ay 
devifé  fi  avant,  elle  fe  parti  d'Acre,  &  ala  à  la  court  de 
Rome,  &  fe  plainft  au  pape  dou  dit  roy  Hugue.  Et  fu 
pape  Grégoire,  dont  le  pape  &  fa  court  entendyrent  la 
raizon,  mais  en  ce  mileuc  que  la  requeite  duroit,  la  dite 
damoifele  Marie  s'acofla  au  roy  Charle  &  trayta  &  pour- 
chafia  o  luy  que  elle  ly  fift  don  de  Ion  droit  &  de  la 
raizon,  &  le  roy  Charle  adons  ly  fu  en  aye,  quant  que 
il  poil,  &  quant  la  question  fu  condute  à  le  qu'ele  dut, 
&  que  fentence  fe  dut  doner,  elle  fe  douna  par  le  pape 
&  par  fa  court  cornent  la  dite  damoylTele  Marie  efloit 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  IÇ9 

plus  droit  heir  dou  royaume  de  Jerufalem  &  que  le  roy  1270-1271 
Hugue  n'eftoit,  &  fu  confermé  par  le  pape  &  par  la 
court  le  don  que  la  dite  damoifele  Marie  avoit  fait  au 
roy  Charle  de  l'on  droit,  que  le  requeroit  dou  royaume 
de  Jerufalem,  &  le  roy  Charle  douna  à  la  dite  damoifele 
une  cantité  de  monoie  chaicun  an  à  lence  fur  la  terre  en 
Franfe,  mais  après  .j.  tens  il  afena  en  fa  terre  a  en  Poille. 

376.  En  Pan  de  M  &  CC  &  LXXI  de  Pincarnafion  de 
Critt,  à  .xviij.  jours  du  mois  de  février,  Bendocdar,  lou- 
dan  de  Babiloine,  afega  le  chafteau  dou  Crac,  quy  fu  de 
FOfpitau  de  Saint  Johan  de  Jerufalem,  &  le  prit!  à  fiance 
à  .viij.  jors  d'avril,  fauve  lor  vies.  Et  en  fel  an  meymes, 
à  .ix.  jours  de  may,  ariva  à  Acre  monfeignor  Odoart,  fis 
dou  roy  d'Engleterre,  que  en  l'on  veage  ot  moût  de  tem- 
pefte  de  mer,  que  .j.  fifon  fery  en  fa  nave  que  poy  ne  la 
nea;  &  amena  fa  feme  o  luy,  &  vint  le  conte  de  Bretaine, 
&  au  mes  de  fetembre,  vint  à  Acre  mefllre  Arniot,  frère 
de  médire  Odoart.  Et  en  le  dit  an  afega  Bendocdar,  fou- 
dan  de  Babiloine,  Gebelacar,  quy  eltoit  dou  prince  d'An- 
tioche,  &  le  prill  à  fiance. 

377.  En  ce  dit  an,  vos  diray  une  autre  aventure,  que 
le  foudan  fift  armer  .xj.  guallées  de  Sarazins,  &  les  manda 
pour  damage  faire  en  Chipre,  &  quant  il  vindrent  as 
aiguës  de  Limeffon,  elles  eftraquerent  &  brizerent  toutes 
par  faute  de  pedot  par  la  volenté  de  Dieu,  &  non  par 
autre  rayfon,  car  il  eftoit  grant  bounafe  &  de  vent  &  de 
mer,  &  furent  tous  pris  elclas,  &  .ij.  guallées  efchaperent 
&  alerent  e[n]  Alixandre,  &  s'enfi  ne  fuft  avenu,  il  eùffent 
deftrut  Limefon  &  autres  leus  de  Chipre. 

378.  En  cel  an,  afega  le  foudan  Monfort  des  Alemans, 
.j.  chaftyau  bien  près  d'Acre,  &  le  prift  à  .xij.  jours  dou 
mois  de  jun  à  fiance,  fauve  lor  vies,  &  à  .xvj.  jours  de 

a.  Le  mf.  répète  en  fa  terre. 


200  LES   GESTES   DES   CHIPROIS. 

1271-1272  gunet  mena  les  gens  devant  Acre,  &  les  laiiïa  aler  ;  & 
feluy  jour  la  gent  d'Acre  fi  furent  tous  as  armes  pour 
défendre  la  terre,  &  adons  meflire  Odoart  vy  Fort  dou 
foudan  &  fon  grant  poier,  &  conut  bien  que  il  n'en 
avoit  pas  gens  de  combatre  au  foudan,  &  por  ce  n'en 
oza  nul  des  creftiens  yffir  à  luy,  &  l'endemain  le  parti 
le  foudan,  &  ala  en  Babiloine. 

379.  Et  de  puis  meffire  Odoart  fift  une  chevauchée,  6c 
ala  briler  unfe)  riche  cauzau  quy  a  nom  Saint  Jorge,  qui 
efl  près  d'Acre  à  .iij.  liues,  &  furent  o  luy  Temple  & 
Ofpitau,  &  l'autre  gent  d'Acre,  &  ce  fu  à  l'ilTue  de  gunet 
quy  faifet  moût  grant  chaut,  &  brizerent  le  dit  cazau  & 
tuèrent  moût  de  Sarazins,  &  firent  grant  guain,  mais  de 
noflxe  gent  y  morut  acés  par  chaifon  dou  miel  d'abeille 
&  d'autre  chofes  quy  mangèrent,  f\  con  ge[n]s  à  pié  fon|  t] 
ufés  de  faire,  fi  que  il  moreent  par  le  chemin  &  pour  le 
chaut  &  pour  le  travaiil  <3c  pour  les  viandes  chaudes  qu'il 
aveent  mangé. 

380.  Le  roy  Hugue  de  Jerufalem  &  de  Chipre  pafa 
de  Chipre  à  Acre,  &  fift  grant  henor  à  meflire  Odoart, 
&  orent  grant  amor  eniemble,  &  aufi  meymes  i  vint 
Baymont,  prince  d'Antioche  &  conte  de  Triple,  quy  eftoit 
couzin  germain  dou  roy  Hugue  de  Lezigniau,  nés  de  .ij. 
frères,  mais  le  prince  demoura  poy  à  Acre,  &  fe  party 
&  ala  à  Triple  en  fon  païs. 

581.  A  .xxiiij.  jours  dou  mois  de  novembre  dou  dit 
an,  monleignor  Odoart  &  le  roy  Hugue  &  la  chevalerie 
de  Chipre  &  d'Acre,  &  le  Temple  &  Ofpitau  alerent 
brizer  .j.  cazau  quy  a  non  Cacon,  qui  efl:  en  la  terre  de 
Sezaire  loins  d'Acre  .xij.  liues  &  plus,  &  firent  grant  da- 
mage à  Sarazins  &  gaignerent  .ij.  herberges  de  Turque- 
mans,  &  tuèrent  Sarazins  aies  &  prirent  befliail  gros  & 
menu  .xijm.,  &  afegerent  aucuns  Sarazins  dedens  une 
tour  quy  efl:  à  Caco  moût  fort  environée  de  focés  plains 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  201 

d'aigue,  &  bien  l'eùffent  prife,  mais  nos  gens  doutèrent  1272-1273 
de  trop  demorer  pour  le  cry  quy  eftoit  par  la  terre,  &  [l]à 
Sarazins  eftoient  ja  afemhlés  de  toutes  pars,  dont  noftre 
gent  le  partirent  &  vindrent  à  Acre  à  tout  lor  guain  lain 
&  fauf. 

382.  Or  vos  diray  le  quy  avint  à  monleignor  Odoart  : 
il  avint  que  .j.  Sarazin  home  d'arme  le  vint  batier  à  Acre, 
&  médire  Odoart  le  fill  faire  creltien,  &  le  tint  de  l'on 
hoftel.  CeMu  fi  fill  atendant  à  meffire  Odoart  que  il  yroit 
efpier  les  Sarazins  là  où  Ton  lor  poroit  maufaire,  &  avoit 
ja  fait  ce  fervize  aucune  les;  &  par  luy  alerent  nos  gens 
à  Saint  Jorge  &  à  Caco,  dont  meffire  Odouart  fe  fia  tant 
en  luy,  que  il  comanda  que  il  ne  fuit,  défendu  de  parler 
à  ly  ni  de  jour  ni  de  nut.  Si  que  il  avint  une  nut  que  il 
vint  à  la  chambre  où  monleignor  Odoart  ce  dormoit  o 
la  raine,  &  mena  o  luy  le  durgeman,  &  fill  entendant  que 
il  venoit  d'elpier  6c  voloit  parler  à  monfeignor  Odoart, 
fi  que  monleignor  ly  ovry  fa  chambre  il  meiïmes,  vertu 
foulement  en  chemife  &  braie,  <5c  le  Sarazin  s'acofta  à  luy 
<3c  le  fery  d'un  coutiau  fur  la  hanche,  quy  ly  fill  un[e] 
parfonde  plaie  &  perelyoufe,  &  meffire  Odoart  le  fenty 
féru  &  le  fery  .j.  cop  dou  poin,  par  mi  le  temple,  quy 
Fabaty  eftordi  à  terre  une  pieiïe,  &  puis  prift  .j.  coutiau 
de  table  quy  eftoit  en  la  chambre,  &  le  fery  en  la  telle 
&  l'ocift.  Le  cri  le  leva  entre  la  mahnée,  &  virent  lor 
feignor  féru,  &  jetèrent  le  cry  par  la  ville  d'Acre,  dont  les 
feignors  s'afemblerent  là  &  firent  venir  tous  les  mieges 
&  eiclas  quy  li  fuferent  fa  plaie  &  en  traïftrent  le  venim, 
dont  il  fu  bien  guary,  la  mercy  Dieu,  &  fe  party  à  .xxij. 
jors  de  letembre,  &  ala  outremer  en  la  terre. 

383.  Et  quant  vint  l'an  de  l'incarnafion  de  Crifl:  M.CC 
&  LXXIII,  frère  Thomas  Berart,  maiftre  dou  Temple,  li 
morut,  &  fu  fait  maiflre  frère  Guillaume  de  Biaujeu,  quy 
fu  moût  gentil  home,  parent  dou  roy  de  France,  &  li  lu 

c  26 


2o2  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1273-1276  mout  large  &  lyberal  en  moût  de  rayions  &  moût  amo- 
nier,  dont  il  fu  mout  renomé,  &  fu  le  Temple  à  ion  tens 
mout  henoré  &  redouté,  &  quant  il  fu  fait  maiftre,  il 
eftoit  en  Poille  comandour,  &  demoura  outremer  .ij.  ans, 
vifita  toutes  les  maylbns  dou  Temple  au  royaume  de 
France  &  d'Engleterre  &  d'Efpaigne,  &  amala  grant  tre- 
zor  &  vint  à  Acre. 

384.  En  Pan  de  M.CC  &  LXXIIII,  au  mois  de  may,  Ci 
fu  le  confeil  dou  pape  à  Lion  fur  le  Rofne  a,  &  furent 
adons  delpofés  les  Frères  du  Sac*&  les  Frères  Apoftles 
&  autres  religions. 

38 f.  Et  en  l'an  de  M.  &  CC  &  LXXV  de  Crift,  le  prince 
Beymont  que  l'on  difoit  le  Biau  Prince  morut,  &  fu  fait 
prince  fon  fis,  quy  fu  aufi  nomé  Baymont,  &  ce  fu  ceftuy 
le  fin  de  tous  les  princes  d'Antioche  &  contes  de  Triple, 
mais  il  avoit  une  leur  quy  efloit  en  Poille  mariée  à  mef- 
fire  Narguo  de  Toufi,  amiraill  de  Poille,  &  l'y  avoit  la 
mère  quy  eftoit  feur  dou  roy  d'Ermenie.  Ceftu  dit  Bey- 
mont, pour  ce  que  il  eftoit  mout  jeune,  fa  mère  fill  venir  à 
Triple  .j.  parlât  quy  eftoit  vefque  de  Tourtouze  &  vicaire 
dou  patriarche  d'Antioche,  qui  avoit  nom  Bercheleme 
&  fu  nés  d'Antioche,  mout  grant  clerc.  A  feftu  dona  la 
princeffe,  mère  dou  prince,  tout  fon  poier,  &  le  fift  go- 
verneor  de  Triple,  fi  que  les  chevaliers  eurent  à  grant 
defdain  d'eftre  governés  par  clerc,  &  toute  fois  le  fou- 
fryrent  &  ne  firent  femblant.  Et  quant  ores,  je  ne  vos 
diray  plus  de  lor  fait,  ains  vous  diray  d'autre  rayfon. 

386.  Et  en  Tan  de  M.CC  &  lxxvi,  à  .xxvj.  jours  dou 
mois  de  mars,  Bendocdar,  foudan  de  Babiloine,  niiïy  o 
tout  fon  hoft  de  Babiloine,  &  ala  en  Ermenie,  &  là  corut 
&  dellruft  &  mift  à  l'efpée  &  tous  (iaus  qu'il  atainft c. 

387.  Et  en  le  dit  an,  meflire  Guillaume  de  Rozelon  vint 

a.  Mf.  règne.  —  b.  Mf.  dofac.  —  c.  Mf.  que  la  taift. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  20^ 


à  Acre  au  mois  de  huytovre  &  amena  gens  à  chevau  &  1276 
à  pié  de  par  le  roy  de  France,  &  fu  lor  cheveteine. 

388.  Et  en  ce  dit  an,  morut  pape  Grégoire,  &  fu  fait 
pape  Clymens  quint,  &  en  fe  dit  an,  à  .xxviij.  jors  de  gun, 
fu  neé  devant  Sur  médire  Henry  dou  prince,  qui  fu  père 
dou  roy  Hugue,  roy  de  Jerufalem  &  de  Chipre,  fi  corne 
il  venoit  en  une  nave  des  Alemans,  &  aloit  à  Triple,  & 
la  nave  fery  en  une  roche  &  briza,  &  le  dit  meflïre  Henry 
fu  trait  de  la  mer  &  porté  dedens  Sur  à  fa  fille,  quy  eftoit 
dame  de  Sur,  feme  de  Johan  de  Monfort,  feignor  de  Sur 
&  dou  Toron,  qui  le  firent  enterrer  à  TOipitau  de  Saint 
Johan. 

389.  Et  en  ce  dit  an  meïfmes,  morut  pape  Clemens 
quint,  &  fu  fait  pape  Andrian  quy  morut  Fan  meymes; 
mais  je  vous  veul  devizer  une  grant  riote  quy  avint  en 
Surie  en  fe  dit  an  meïlmes. 

390.  Vous  avés  oy  coument  la  princefie,  mère  dou 
prinfe  l'enfant,  fift  venir  le  vefque  de  Tourtoufe,  &  le  fift 
gouverneor  de  Triple.  Or  aveit  en  ion  tens  un  feignor 
de  Giblet,  quy  avoit  nom  Guy  &  eftoit  fis  de  la  leur  dou 
feignor  de  Baruth,  Johan  de  Yblin  le  jeune,  que  mort 
eftoit  ;  fi  fe  faizoit  apeler  le  feignor  de  Giblet  Guy  de 
Yblin,  mais  il  fu  eftrait  de  la  lire  de  Jeune  dou  ligniage 
quy  fe  dit  Enbriac  &  de  Guillaume  FEnbriac  quy  fu  fire 
de  Giblet,  &  de  la  leur  dou  prinfe  fu  ion  comenfement  ; 
&  por  ce  que  feluy  prince  &  cefte  foue  leur  fu  eftrait  de 
fiaus  des  baus  quy  o[n]t  lor  armes  à  eftele,  tous  les  feignors 
de  Giblet  &  lor  linnyage  portent  lor  armes  à  eftele. 

391.  Ceftu  feignor  de  Giblet  avoit  grant  amor,  &  fe 
novyau  prinfe  fon  feignor,  &  avoit  pour  efpouze  la  cou- 
zine  jermaine  dou  prince,  quy  eftoit  fille  dou  feignor  de 
Seete,  que  mors  eftoit,  Julien,  &  fu  ce  feignor  de  Giblet 
moût  bel  home  de  grant  manière,  car  il  fu  grant  &  bien 
menbru  &  blanc  &  blond  &  vair  &  couloury  d'une  vive 


204  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1276  coulour,  &  prou  &  hardy,  mais  il  fu  un  poy  eftout  &  de 
volenté,  &  avoit  .ij.  frères:  .j.  chevalier  qui  ot  nom  fire  Jo- 
han,  quy  fu  aufi  moût  biau  chevalier,  &  l'autre  fu  vallet, 
qui  ot  nom  Baudinet.  Dont  il  avint  que  fe  feignor  de 
Giblet  prya  le  prince  de  otroer  à  fon  frère  le  mariage 
d'une  damoilele  quy  avoit  .j.  grant  fié  de  par  fon  père 
mefîïre  Hugue  Salamon,  &  le  ly  otrea,  dont  le  vefque  de 
Tortoufe,  qui  avoit  .ij.  liens  nevous,  voft  aver  la  dite  da- 
moyfele  pour  .j.  fien  nevou  &  converty  tant  le  prince, 
quy  li  otroia;  &  quant  le  feignor  de  Giblet  fenty  le  fait, 
(1  ala  tant  tort  &  ferma  le  mariage  de  la  dite  damoyfele 
à  Ion  frère,  de  quey  le  prince  &  le  vefque  furent  moût 
courolés  vers  luy,  &  fe  partirent  de  Triple  le  feignor  de 
Giblet,  &  fon  frère,  &  alerent  à  Giblet;  [&  le  feignor  de 
Giblet]  ala  à  Acre  &  fe  fift  confrère  dou  Temple,  &  eiit 
grant  amifté  au  mailtre  frère  Guillaume  de  Biaujeu,  quy 
ly  promift  de  luy  aider  de  quant  que  il  porra,  &  tourna 
le  feignor  de  Giblet  à  Giblet,  &  fe  mift  à  uler  dou  fié 
&  des  rentes  que  Ion  frère  avoit  pris  en  mariage,  dont 
le  prinle  ne  le  voft  ioufrir,  &  le  mut  enfi  le  contens  en- 
triaus,  ja  foit  fe  que  il  avoit  autre  achaylon  par  anfienes 
haynes. 

392.  Il  avint  que  le  feignor  de  Giblet  ala  esforcéement, 
&  prift  par  force  de  la  terre  de  fon  frère  fe  que  il  en  poft 
aver,  dont  le  prinle  fu  moût  couroufé  &  le  fift  femondre 
par  court,  fi  que  le  feignor  de  Giblet  ala  à  Acre  &  parla  au 
maiftre  dou  Temple,  qui  li  dona  .xxx.  frères  qu'ijl]  mena 
o  luy  à  Giblet,  &  adons  guerroia  le  prince  en  aparant, 
&  ly  fift  plufors  damages  en  fa  terre,  dont  le  prinfe  fift 
abatre  la  maillon  dou  Temple  de  Triple,  &  le  bois  dou 
Temple  quy  a  nom  Moncucu;  &  quant  le  maiftre  dou 
Temple  l'e[n]tendy,  fi  arma  guallées  &  autres  vauflaus,  & 
ala  à  Giblet  &  mena  o  luy  .j.  grant  covent  de  frères,  & 
vint  de  Giblet  à  Triple  &  l'afega  pluzors  jours,  dont  ne 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  20f 

fu  nul  quy  nifift  contre  luy  ni  à  chevau  ni  à  pié,  ains  1276 
gardèrent  les  murs  de  la  ville,  dont  le  maiftre  &  l'a  gent 
partirent  &  retornerent  à  Giblet,  &  en  lor  chemin  fill  le 
maiilre  abatre.j.  grant  maner,  quy  eftoit  à  Boutron,  que 
Ton  Fapelet  le  Chaftiau,  <5c  alerent  les  Templiers  afeger 
Nefin,  un  chadiau  dou  prinie  fur  mer,  moût  fort;  &  avint 
choie  que  .j.  jour  .xij.  frères  &  .j.  chevalier  feculier  qui 
ot  nom  Pol  de  la  Teffaha,  s'enbatirent  à  cors  de  chevaus 
dedens  Nefin  par  my  la  porte,  mais  le[s]  fergans  furent  iur 
la  porte  en  haut  &  valerent  la  porte  clofe,  &  furent  enfi 
pris,  ja  foit  le  que  dedens  le  challiau  meïlmes  il  ne  le 
voftrent  rendre  que  à  fiance,  fauve  lor  vies,  dont  il  furent 
pris  &  mis  en  prilon,  &  puis  furent  mandés  à  Triple;  le 
prince  les  tint  en  fa  prifon  dedens  fa  court. 

393.  Le  maiftre  parti  de  Giblet,  &  vint  à  Acre,  &  laiiïa 
.xxx.  frères  au  ieignor  de  Giblet  &  lor  chevetaine  qui  ot 
nom  frère  Mafé  Goulart,  &  depuis  que  le  maiftre  party, 
le  prince  fin1  .j.  hon1  de  gens  à  chevau  &  à  pié,  &  vint 
pour  afeger  Giblet;  mais  quant  il  fu  entre  le  Boutron  & 
le  Pié  dou  coneflable,  novelles  ly  vindrent  que  fiaus  de 
Giblet  eftoient  nylus,  fi  que  le  prince  ot  confeill  que  fon 
cors  ne  deuil  aler,  &  de  feluy  ieuc  torna  à  Triple,  & 
manda  fa  gent  encontre  fiaus  de  Giblet,  &  fiaus  de 
Giblet  eftoyent  yfius  à  .xxx.  frères  &  chevaliers  &  valès 
&  tricoples,  tant  quil  furent  bien  .c.  à  chevau  fans  les 
eicuers,  &  la  gent  à  pié  de  Triple  furent  plus  de  .ijc.  à 
chevau  &  grant  gent  à  pié  &  lor  eicuer,  &  s'enbatirent 
les  uns  as  autres,  &  en  la  fin  fiaus  de  Triple  furent  def- 
confis  malement,  &  fu  pris  Raimont,  frère  dou  prince  de 
bas,  &  fire  Manlel,  nevou  dou  vefque  de  Tourtouze  qui 
ot  .ij.  cos  d'elpée  en  fa  chère,  &  fi  ot  taillé  la  telle  de 
fire  Rogier  de  la  Colée,  chevalier,  &  ot  taillé  la  telle 
fire  Guillaume  Trabuc,  fis  dou  marefchau  de  Triple,  & 
autres  y  ot  mors  &  pris  que  je  ne  fay  nomer,  6c  fu  mort 


20Ô  LES    GESTES   DES    CHIPROIS. 

1276-1278  mefîîre  Balian,  feignor  de  Sayete,  fis  de  lire  Julien,  frère 
de  la  feme  dou  i'eignor  de  Giblet  &  coufin  jermain  dou 
prince,  &  morut  eftaint,  fi  corne  il  eftoit  à  pié,  &  fe  de- 
farmet,  &  l'overture  le  trova  clofe  fur  la  chère  de  fa  cu- 
race,  &  fu  trové  la  tefte  dedens  la  curaffe,  &  morut,  & 
le  fane  li  niiïbit  dou  nés,  &  après  fefte  bataille  fu  fait 
triue  entre  le  prince  &  le  feignor  de  Giblet  à  .j.  an. 

394.  L'incarnafion  de  Noflxe  Seignor  Jehfu  Crifl  M  & 
CC  &  lxxvii,  fu  fait  pape  Johan  ;  à  .xij.  jours  dou  mois 
de  may  dou  dit  an,  morut  le  dit  pape  Nicole  en  novenbre, 
le  jour  de  la  fefte  de  Sainte  Cateline. 

39^.  En  ce  dit  an,  avint  que  Bendocdar,  foudan  de 
Babiloine,  ala  à  Tatars  &  fe  combaty  à  yaus  &  fu  def- 
confit  malement,  &  perdy  moût  de  fa  gent  &  repaira  en 
Babiloine. 

396.  Et  en  l'an  de  Cv'iil  M.CC.LXXVIII,  au  mois  de 
gunet,  le  roy  Hugue  de  Jeruialem  &  de  Chipre  le  parti 
d'Acre  &  abandouna  la  feignorie,  &  ne  voit  que  de  luy 
j  eiift  nul  gouvernement,  &  manda  lettres  au  pape  cornent 
il  ne  poiet  plus  gouverner  la  terre  por  le  Temple  &  POf- 
pitau,  &  s'en  ala  en  Chipre,  &  ce  fin1  il  par  coverture 
pour  ce  qu'il  avoit  entendu  que  s'ante  damoilele  Marie 
quy  li  chanlongoit  le  royaume  de  Jerufalem  à  la  court 
dou  pape,  &  que  celle  avoit  fait  don  au  roy  Charle  de 
fa  railon,  &  que  le  roy  Charle  mandoit  le  conte  Rogier 
de  Saint  Sevrin  à  Acre  de  par  luy  pour  faiffir  le  royaume, 
&  le  roy  ne  fe  voft  trover  à  Acre. 

597.  Et  de  puis  que  le  roy  fu  en  Chipre,  il  manda  en 
fon  leuc  baill  mefiire  Balian,  feignor  d'Arfur. 

398.  En  ce  dit  an,  au  mois  de  fetembre,  vint  à  Acre 
le  conte  de  Saint  Sevry,  conte  de  Marfeille,  de  par  le  roy 
Charle  en  .vj.  guallées,  &  porta  letres  dou  pape  &  dou 
roy  Charle  &  damoilele  Marie,  cornent  damoilele  Marie 
avoit  guaigné  le  royaume  de  Jeruialem  par  la  lentenfe 


III.  LE   TEMPLIER   DE   TYR.  20"J 


de  la  court  de  Rome  &  avoit  doné  fon  droit  au  roy  1278-1279 
Charle,  &  que  Ton  Feiïft  pour  roy  de  Jeruialem  &  fei- 
gnor; il  furent  leuiies  les  letres,  oyant  tout  le  peuple,  & 
fe  party  dou  chaftiau  Balian  de  Yblin,  feignor  d'Arfur, 
&  guerpy  le  baillage,  &  le  conte  Rogier  s'afift  o  chaftiau, 
&  le  herberga  dedens.  Le  dit  conte  fift  grant  femblant 
d'aler  à  Sur  ;  mais  le  comun  de  Veneyfe  voft  aufi  aler 
pour  lor  rayfon  aver,  dont  il  furent  en  riote,  mais  meffire 
Johan  de  Monfbrt,  feignor  de  Sur  &  dou  Toron,  pour- 
chaifa  que  le  baill  de  Veneize,  Aubert  Morifin,  vint  au 
Cazal  Inbert  &  s'acorda  à  ly,  &  rendy  à  Venefiens  fe  qu'il 
aveent  de  dreit  à  Sur. 

399.  A  M  &  CC  &  LXXIX  de  l'incarnafion  de  Crift, 
le  maiftre  dou  Temple,  quant  la  triue  failly  de  luy  au 
prinfe,  il  fift  armer  .xiij.  guallées,  &  les  manda  à  Giblet, 
&  pluibrs  frères  alerent  dedens  &  furent  à  un  fort  cazau 
dou  prinfe,  quy  a  nom  Dôme,  &  fe  combatirent  as  che- 
valiers dou  prince,  &  les  defeonfirent,  &  en  ot  aucuns 
mors;  &  alerent  les  guallées  dou  Temple  devant  Triple, 
&  avint  que  mautens  fe  mift,  quy  fift  ferir  à  terre  .m.  gua- 
lées  vers  Nefin,  mais  la  gent  dou  Temple  &  de  Giblet, 
quy  avoient  afegé  Nefin,  guaretirentles  homes  des  gualées. 

400.  Après  fe  le  prince  fift  armer  .xv.  gualées  &  les 
manda  à  Sayete,  quy  eft  fi  té  dou  Temple,  <5c  roberent  & 
damagerent  une  yhle,  quy  eft  la  devant,  &  prirent  aucuns 
frères  &  lor  mehnée,  &  retornerent  à  Triple  atout  lor 
guaign. 

401 .  En  cel  an,  vint  à  Sur  le  roy  Hugue  de  Jeruialem 
&  de  Chipre,  &  amena  o  luy  grant  gent  à  chevau  &  à 
pié,  cuydant  recovrer  Acre,  mais  ne  poil:  riens  faire  pour 
ce  que  le  maiftre  dou  Temple  li  fu  contraire,  &  s'en  tourna 
en  Chipre  &  lift  abatre  la  mayfon  dou  Temple  à  Limei- 
fon,  &  arefta  tous  lor  biens  en  Chipre. 

402.  Et  en  ce  dit  an,  le  maiftre  de  l'Ofpitau,  frère  Hugue 


2o8  LES    GESTES    DES   CHIPROIS. 


1279  Revel  morut,  &  fu  fait  maiftre  frère  Nicole  le  Lorgne,  quy 
ala  à  Triple  &  fin1  pais  entre  le  prinfe  &  le  Temple,  à  .xvj. 
jours  de  jugneit  ;  mais  je  vos  diray  une  belle  aventure  quy 
avint  à  la  creflienté. 

403.  Et  en  fe  dit  an,  [an]  l'y  lue  d'eutoubre,  frères  de 
l'Oipitau  dou  Marguat  firent  une  chevauchée  fur  Sarazins 
de  hors,  &  lor  firent  grant  damage,  car  il  troverent  la 
terre  guarnie  a,  &  firent  grant  guain  de  beftial  &  d'autre, 
&  fi  corne  il  retornerent  à  Marguat,  pacerent  par  Chaf- 
tiaublanc,  fi  que  .ij.  herberges  de  Turquemans  <5c  plulors 
Turs  de  Babiloine  s'alemblerent,  &  firent  bien  .vm.  homes 
à  chevau  &  plulours  à  pié,  &  vindrent  après  l[es]  Olpi- 
talliers  jufques  à  Mareclée  &  les  hafterent  moût;  dont 
les  Ofpitalliers  fi  tornerent  à  yaus,  quy  ne  furent  que  .ijc. 
homes  à  chevau,  &  defconfirent  les  Sarazins,  &  tuèrent 
grant  cantité  &  firent  grant  guain,  &  retornerent  à  Mar- 
guat, &,  la  Dieu  mercy,  il  ne  perdirent  que  .j.  foui  frère 
fergant. 

404.  Il  avint  en  fe  dit  an  meïmes  que  Bendocdar,  fou- 
dan  de  Babiloine,  à  moût  grant  hoft  &  ala  contre  Tatars 
jufques  as  Aiguës  Froydes,  &  paffa  l'aiguë  en  cefte  manière 
que  il  dift  à  fes  amiraus  :  «  Oui  m'a[i]nt  fi  me  foie h  !  »  & 
s'en  lanfa  lor  veant  à  toute  fa  befte  au  flum,  <5c  paifa  à 
noe  de  l'autre  part,  &  les  amiraus  &  tout  les  autres,  veant 
cefi,  fe  lanlerent  après  &  pafferent  outre,  &  f\  ot  tant  neés 
homes  &  belles  que  les  uns  paffent  fur  les  mors  c,  &  trova 
les  pons  tous  labourés  que  Tatars  avee[n]t  fais  pour  lor 
pafer,  &  n'eftoient  pas  mis,  mais  le  foudan  les  fi  il:  mètre  & 
paferent  tout  l'on  hoil:,  &  chevaucha  .ij.  journées;  &  au 
tiers  jor  furprift  une  herberge  des  Tatars,  quy  furent  bien 
.xxm.,  &  ne  fe  preneent  guarde  ;  &  lor  corut  defius,  &  en 
ocift  la  plus  grant  partie,  &  guaigna  toute  felle  herberge, 

a.  Le  mf.  ajoute  Se  firent  garnie.  —  b.  Mf.  foie.  —  c.  Mf.  murs. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  209 

&  fe  repaira  &  paffa  les  pons,  &  puis  les  fift  desfaire,  &  i*79 
fe  vint  à  Domas,  &  là  le  prift  une  maladie  fubitement 
donc  il  morur,  &  dient  qu'il  fu  enpoiiîbné,  &  fu  fait  Ion 
fis  foudan  après  luy  ;  fu  noumé  Melec  el  Sahit. 

40  f.  En  la  painime  avoit  .j.  grant  miraill,  qui  le  no- 
moit  Lelfi  ;  ceftu  fi  fu  l'âge,  &  defenuza  moût  le  foudan, 
quy  morut,  Bendocdar,  &  ceflu  ot  une  fille,  la  quele  il 
douna  pour  feme  à  ceflu  novyau  ioudan  Melec  el  Sahit, 
mais  il  avint  que  dedens  poy  de  jours  feftu  novyau  Iou- 
dan Melec  el  Sahit  morut  en  Babiloine  &  fu  porté  à  Do- 
mas &  enteré  près  dou  moniment  de  l'on  père  Bendoc- 
dar, &  ceftu  grant  amiraill  Lelfi  fe  fift  foudan,  &  prift  .j. 
garfon,  frère  de  feftu  Melec  el  Sahit,  &  fis  de  Bendocdar, 
quy  avoit  nom  Haure,  &  le  manda  en  Coftantinople  en 
effil;  feftu  dit  Melec  el  Sahit  .j.  fien  oncle,  frère  de  fa 
mère,  l'ocift,  quy  avoit  nom  Beidera,  qu'il  cuyda  eftre 
foudan. 

406.  Et  en  fe  dit  an  de  l'incarnalïon  de  Crift,  avint  une 
belle  aventure  à  creftiens,  quy  avint  au  chaftiau  de  Mar- 
guat,  quy  eftoit  de  l'Ofpitau  de  Saint  Johan  de  Jerulalem, 
s'eft  afaver  que  les  Sarazins  de  fêles  contrées  s'afemblerent 
de  toutes  pars,  quy  furent  entor  de  .vijm.  homes  à  chevau 
&  pluiffors  gens  à  pié,  &  vindrent  à  penféement  aufi  corn 
pour  afeger  le  chaftiau  de  Marguat,  &  dounerent  alaus  au 
dit  chaftiau,  &  gafterent  la  terre  d'entor  &  firent  tous  les 
maus  que  il  porent  faire.  Dont  il  avint  que  les  frères  de 
l'Ofpitau  quy  eftoient  dedens  le  dit  chaftiau  de  Margat, 
nifirent  à  yaus  &  frire[n]t  dedens  Toft  des  Sarazins,  & 
tant  firent  d'armes  que  o  l'aye  de  Dieu  defconfirent  les 
Sarazins  &  en  tuèrent  aies,  &  guaignerent  moût  de  beftes 
chevalines  &  d'autre[s],  harneis  &  autres  chofes;  &  fâchés 
que  en  feft  hoft  avoit  moût  de  Turs,  gens  d'avantage  & 
bien  adurés  d'armes,  quy  eftoient  venus  des  chaftiaus,  & 
les  autres  eftoient  Turquemans  &  autres  Sarazins,  &  les 
c  27 


2IO  LES    GESTES   DES   CHIPROIS. 


1279-1282  Ofpitaliers  ne  furent  que  .vjc.  à  chevau,  &  ne  perdirent 
que  .xij.  fergans  &  .j.  frère,  la  mercy  de  Dieu. 

407.  En  Tan  de  M  &  CC  &  lxxxi  de  l'incarnafion  de 
Crilt,  les  Tatars  nyfîîrent  de  lor  terres  &  paiïerent  les 
Aygues  Froides  à  moût  grant  hoft  &  coururent  la  terre 
de  Halape  &  de  Haman  &  de  La  Chemele,  &  là  s'aref- 
terent  &  firent  grant  damage  as  Sarazins,  &  en  tuèrent 
aies,  &  fu  le  roy  d'Ermenie  aveuc  yaus  &  aucuns  cheva- 
liers frans  de  Surie. 

408.  Quant  le  foudan  Melec  el  Monfour  entendy  fefte 
novelle,  (\  afembla  tout  fe  que  il  poft  aver  de  gens  à  che- 
vau  &  à  pié,  tant  qu'il  furent  .lxxxm.  homes  à  chevau  & 
entor  de  .c,n.  periïbnes  à  pié,  &  yflî  de  Babiloine,  &  vint 
à  La  Chemele,  &  trova  les  Tatars,  &  fe  combaty  à  yaus 
à  .xv.  jours  de  fetembre  devant  La  Chemele.  Le  cheve- 
taine  des  Tatars  fi  ot  nom  Manguodamor,  &  eftoit  frère 
d'Abohale,  grant  feignor  des  Tatars,  dont  il  avint  que  Sa- 
razins refurent  moût  grant  damage  &  perdirent  moût  de 
gens,  &  furent  fi  reuzés  &  parpouliés  que  Mangodamour 
cuyda  qu'il  fuient  defconfis  fans  retour,  &  cuyda  aver 
tout  guaigué,  &  fi  fe  retraïft  en  derier;  mais  Sarazins  fi  fe 
ralierent  &  coururent  fus  as  Tatars,  &  les  defconfirent, 
dont  Mangodamor  fu  fi  efperdu,  quy  fe  mift  à  defcon- 
fiture,  &  guerpi  le  champ,  &  le  roy  d'Ermenie  fi  min:  aufi 
à  aler,&  à  l'entrée  qui  fllVen  Ermenie,  Turquemans  l'afail- 
lierent  &  li  tuèrent  de  fa  gent  tant  que  il  [n']entra  en 
Ermenie  o  luy  que  .xxx.  homes  à  cheval. 

409.  Et  en  l'an  de  Noftre  Seignor  Jehfu  Chrift  M.CC 
&  LXXXII,  Guy  de  Yblin,  feignor  de  Giblet,  une  gualée 
arma  &  .ij.  faities,  &  retint  à  fos  fergenterie,  que  tout  le 
plus  furent  Jenevés;  pour  ce  que  il  eftoit  de  yaus,  f\  s'en 
fioit  plus,  &  fe  party  de  Giblet  à  .xij.  jours  [de]  jenvier  de 
nut  &  mena  o  luy  les  .ij.  frères  &  .j.  fien  coufin  Guillaume 
de  Giblet,  Pourcelet  6c  autres  chevaliers,  &  fergans  à  che- 


III.   LE    TEMPLIER    DE    TYR.  2  I  I 


vau  .xxv.,  6c  gens  à  pié  bien  .iiijc.,&  vint  à  Triple  &  ariva  1282 
entre  la  mayfon  dou  Temple  &  les  Frères  P[r]echours,  & 
defendy  entre  luy  &  Ta  gent  &  les  chevaus,  &  puis  fift 
esfondrer  la  guallée  &  la  grant  faitie,  &  laiffa  la  petite 
entière,  &  s'en  ala  au  Temple  &  demanda  le  coumandour 
frère  Renddecuer,  &  il  n'y  eftoit  pas,  dont  il  fu  moût  mel- 
coragés,  &  s'en  party  &  ala  vers  l'oftel  dou  prince,  & 
manda  .j.  chevalier  Pol  Teffaha  querre  le  hezoign  de  la 
guallée,  &  feluy  Pol  fe  mirt  au  colonbet  &  .iiij.  banieres, 
&  s'en  fuy  à  Barut.  Le  feignor  de  Giblet  fu  à  l'oftel  dou 
prince,  &  vit  que  le  bezoing  de  la  gualée  &  leluy  Pol 
[qui]  le  mift  au  couflombet]  ne  venoit,  &  que  la  gent 
l'avoient  léntu  &  eftoient  yfus  armés  &  venoit  au  cry,  & 
de  fîaus  de  s'amifté  (&)  ne  vy  nul  venir,  fi  fu  de  tout 
mefcouragé,  &  fe  party  &  ala  dedens  l'Ofpitau  de  Saint 
Johan,  qui  eft  juignant  dou  mur  de  la  ville,  &  avoit  une 
porte  par  laquele  il  s'en  poieit  yffir,  mais  il  fu  fi  efperdu 
qui  fe  mift  dedens  la  tour  &  la  gent  o  luy. 

410.  Le  prince  quy  fe  dormoit  s'etvilla,  &  s'arma  & 
vint  à  l'Ofpitau  &  fa  gent,  &  aiega  la  tour,  le  l'eignor 
de  Giblet  &  les  chevaliers,  dont  le  comandour  de  TOI  pi- 
tau  fu  mancier,  &  f\  fift  .j.  acort  entre  yaus  que  le  leignor 
de  Giblet  feroit  .v.  ans  en  prifon  dou  prince,  &  les  .ij. 
frères  &  toute  la  gent,  &  après  les  .v.  ans  le  devoit  dé- 
livrer &  rendre  ly  fa  terre;  &  ly  jura  le  prince  fur  la  fainte 
évangile  de  Dieu  :  mais  le  prince,  puis  que  il  les  ot  en 
fon  poier,  û  fift  crever  les  ziaus  à  tous  fiaus  quy  eftoient 
Jenevés  &  eftrangiers,  mais  ces  que  furent a  de  Giblet, 
n'en  orent  mau  por  ce  que  il  eftoient  les  homes,  &  lor 
covint  venir  par  force,  &  le  feignor  de  Giblet  &  fes  .ij. 
frères  &  lor  couzin  Guillaume  de  Giblet  &  Andrey  de 
Clapiere,  le  prince  les  manda  à  Nefin  &  les  fift  mètre 

a.  Mf.  firent. 


2  12  LES   GESTES    DES    CHIPROIS. 

128a  en  une  foce  6c  mafouner  6c  clore  les  dedens,  &  morurent 
de  fain. 

41 1.  Celle  novele  fu  feiie  par  tout,  dont  mon  feignor 
Johan  de  Monfort,  feignor  de  Sur  &  dou  Toron,  pieftant 
chevaucha,  6c  fa  gent  o  luy,  &  ala  à  Baruth  &  manda 
une  guallée  quy  eftoit  à  Sur  de  Jenevés  de  fire  Papon 
Mallon  à  Giblet;  mais  fi  toll  con  mon  feignor  de  Sur  fu 
à  Barut,  &  cuyda  mètre  confeill  de  défendre  Giblet  ;  fêle 
nuit  fu  veii  fur  les  murs  de  Giblet  le  feue  dou  luminaire 
quy  failîeent  de  la  ville  quy  eftoit  rendue  à  la  gent  dou 
prince,  6c  fu  la  dite  guallée  fi  près  que  il  oyrent  crier  le 
los  dou  prinfe,  &  retourna  à  Sur,  6c  mon  feignor  de  Sur 
s'en  torna  à  Sur. 

412.  Les  Pifans  d'Acre  fi  firent  moût  grant  fefte  de 
la  prife  dou  feignor  de  Giblet,  6c  firent  grant  lumynaire 
par  la  rue  &  fur  lor  mailons,  &  tronbes  6c  chalemiaus  6c 
nacares  6c  moût  d'eftrument,  6c  firent  danfes  6c  beveries  6c 
autres  feftes  de  pluilors  manières, ôc  veftirent  .j.  home  riche- 
ment de  belle  robe,  fainture  d'argent  6c  efpée  argentée, 
6c  l'aciftrent  en  une  chayere  6c  le  contrefirent  au  prince, 
6c  avoit  fergans  devant,  6c  prirent  un  home  grant  de  per- 
fone  6c  le  veftirent  d'unes  efpaulieres  6c  .j.  mantiau  forré 
de  bone  forrure  de  vair  fur  ly  6c  le  contrefirent  au  feignor 
de  Giblet,  6c  le  faylToient  prendre  as  fergans,  6c  mener 
devant  le  prince,  6c  s'agenoilla  par  devant  luy,  6c  le  prince 
ly  difoit  :  c  Guy  de  Yblin,  me  counus  tu  ?  ne  fuy  je  le 
prince,  ton  feignor  ?  a  Et  feluy  refpondy  :  «  Oïl,  fire.  » 
Et  puis  li  difoit  :  «  Je  te  feray  morir  corne  traître,  a  Et 
eniïi  le  firent  celle  nuit  .iij.  fois  ou  .iiij. 

413.  La  nuit  que  Pifans  fayfoient  cefte  fefte,  fire  Tho- 
mas Efpine,  quy  eftoit  de  la  cité  de  Jeune  .j.  grant  home 
6c  de  grant  lignage,  f\  eftoit  à  Acre  pour  aucune  bezoigne, 
6c  eftoit  herbergé  à  l'Ofpitau  de  Saint  Johan,  6c  vy  le  lu- 
minaire 6c  la  fefte  que  Pifans  faifoient  pour  le  feignor  de 


III.    LE    TEMPLIER    DE   TYR.  21 3 


Gibier,  dont  ill  oc  grant  defpic  ;  &  proumift  &  jura  que  1282 
le  il  aloir  en  Jene,  quy  lor  feroir  damage  en  quanque 
il  poier,  &  fâchés  que  enfi  le  fiil  il,  car  il  fu  feluy  que 
plus  atiiïa  &  confeilla  encontre  Pile,  de  quei  les  Piiïans 
relurent  grant  damage,  corn  il  fu  feu  après,  &  il  fu  celuy 
quy  primier  lor  fill  damage,  fi  com  vos  l'entenderés  fi 
après  en  fe  livre  ;  mais  je  larais  ores  à  parler  de  ce,  & 
vos  dirais  aucun[e]s  aventures  quy  vindrent  en  fe  dit  an 
de  M  &  CC  &  LXXXII  de  l'incarnafion  de  Crift. 

414.  11  avint  que  le  roy  d'Aragon  fift  armer,  xxx.  gual- 
lées  &  .iiij.  faities,  &  fu  fon  entendement  d'aler  en  Grefe 
faire  aucun  aqueft,  &  fe  meïfmes  entendement  il  avoit 
d'aler  fur  le  grant  roy  Charle,  mais  n'en  avoit  encores 
nul  femblant  moflré. 

41  f.  L'enperour  de  Coflantinople  Palilogue  quy  avoit 
tous  jours  fous  pité  &  paour  que  Frans  ne  ly  veniifent 
fus,  fi  avoit  porté  les  oreilles  là,  &  quant  il  entendi  l'ar- 
mement dou  roy  d'Aragone,  fi  élit  efpié  fon  entendement, 
fi  manda  de  par  luy  .j.  mefage  au  roy  d'Aragon,  &  fu  le 
mefage  au  roy  d'Aragon  .j.  bourgois  de  Jene  quy  ot  nom 
s[ire]  Benêt  Zaquerie,  &  traita  &  pourchafa  l'acort  en- 
tr'iaus  pour  une  cantité  d'aver  que  le  dit  empereor  manda 
au  roy  d'Aragon  ;  &  fire  Benêt  Zaquerye  li  porta  après, 
&  le  retint  d'aler  en  Grefe,  &  quant  le  roy  d'Aragon  eiit 
l'aver  &  les  guallées  toutes  aparaillies,  fi  enprilt  d'aler 
en  Sezille,  &  manda  en  Païenne  porchaffer  de  révéler 
la  terre,  dont  il  avint  que  lendemain  de  Pafques  fe  révéla 
Palerme  contre  le  roy  Charle,  &  au  mes  de  may  fu  ré- 
vélé Mefine,  &  tuèrent  moût  de  gent  d'outre  les  mons. 

416.  Le  roy  Charle  fur  fe  fift  une  grant  armée,  &  mena 
chevaliers  &  autres  gens  à  chevau  &  à  pié  o  luy,  &  ala 
devant  Mefine  &  l'afega,  &  fiaus  de  Mefine  yiîirent  &  de- 
peferent  &  taillèrent  les  vignes  &  les  jardins,  veant  le  roy 
Charle;  &  quant  il  vy  que  fiaus  de  Mefine  meymes  del- 


214 


LES    GESTES   DES  CHIPROIS. 


1282-1283  trueent  tout,  h  s'en  party  pour  ce  qu'il  ne  voloit  pas  le(s) 
deftruement  dou  païs,  car  il  avoit  entendement  de  reco- 
vrer  l'afainement. 

417.  Et  quant  vint  au  mois  d'aouft,  le  roy  d'Aragon 
vint  en  Palerme,  &  amena  .xxiiij.  gualées  &  laines,  &  fiaus 
de  Palerme  le  relurent  volentiers,  &  puis  vint  à  Mefine. 
Siaus  de  Mefine  le  relurent  à  grant  henor,  &  le  tindrent 
au  roy  6c  au  leignor.  En  après  il  manda  querre  la  feme, 
quy  ot  nom  Coiîance,  qui  fu  fille  dou  roy  Manfré  ;  de 
par  elle  le  tenoit  droit  heir  dou  royaume  de  Sezille,  mais 
je  vos  lairay  à  parler  de  fe,  &  fi  vos  diray  d'autre  rayfon. 

418.  Vous  lavés  cornent  je  vos  ay  dit  que  le  royCharle 
avoit  la  leignorie  dou  royaume  de  Jerulalem  de  par  da- 
moifele  Marie,  &  s'apeloit  roy  de  Jerulalem,  dont  il  fift 
lire  Heude  Pelechien  fenefchau  dou  royaume  de  Jerula- 
lem, &  le  manda  en  Acre  en  leuc  de  luy  baill,  &  retorna 
outremer  le  conte  Rogier  de  Saint  Sevrin,  &  fift  .j.  cheva- 
lier de  France  maurefchau  dou  royaume,  quy  vint  à  Acre, 
aveuc  lire  Heude  Pelechien,  dedens  le  chafteau  d'Acre. 

419.  Et  quant  vint  l'an  de  M  &  CC  &  LXXXIII,  le  pre- 
mier jor  d'aouft,  aryva  à  Barut  le  roy  Hugue  de  Jerula- 
lem &  de  Chipre,  &  mena  o  luy  .ij.  de  les  enfans,  que 
l'un  fu  nomé  Baymont,  fegont  fis,  &  l'autre,  aihné  de  tous, 
ot  nom  Johan  quy  eftoit  remés  en  Chipre  ;  &  l'autre  fu 
nomé  Henry,  qui  fu  après  roy,  fi  con  vos  orés,  &  mena 
o  luy  bêle  gens  d'armes,  chevaliers  &  autres,  &  à. vj.  jours 
dou  dit  mes,  lé  party  de  Barut  &  ala  à  Sur  ;  &  le  jour  que 
il  aiïva  à  Sur,  une  loue  baniere  as  armes  de  Lezingniau 
chay  en  la  mer,  &  à  l'entrée  de  la  ville  fu  deffendu  en 
terre.  La  tore  des  Juis  ly  fu  porté  à  l'encontre,  f\  corn  eft 
ufage  que  l'on  fait  as  roys,  &  [un]  Jude  quy  avoit  nom 
Samouel  le  Miege,  au  palier  que  il  fifl:  après  la  tore,  coty 
le  clerc  quy  portoit  la  crus  devant  la  prefefion,  que  la 
crois  qui  fu  ly  haut,  chay  fur  ce  Jude,  &  li  bryfa  la  telle. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  2 If 

Et  tout  fois  fù  li  roys  à  l'iglife,  &  puis  monta  à  chevau,  1283 
&  ala  herberger  à  Foftel  de  monleignor  de  Sur,  &  les 
belles  qui  demourerent  à  Barut  &  partie  de  fa  gent  de 
mehnée  qui  veneent  par  terre  à  Sur,  &  quant  il  furent  à 
Sur  entre  Challelet  &  le  [Flun]  d'amor,  en  .j.  mauvais 
pas,  les  Sarazins  les  afïailierent,  &  fu  tué  .j.  chevalier  & 
plulors  autres  menues  gens,  &  aucuns  furent  pris  vif. 

420.  En  ce  dit  an,  enfi  com  il  pion1  à  Noftre  Seignor,  à 
.xxvij.  jors  de  novenbre,  treipaiTa  le  bon  leignor  &  de- 
bonaire  mon  leignor  Johan  de  Monfort,  noble  leignor  de 
Sur  &  dou  Toron,  qu'il  a  efté  moût  grant  damage,  &  fu 
enterés  à  la  mère  yglife  de  Sur  dedens  le  moniment  de 
fon  père,  &  le  fu  la  vegile  de  fainte  Cateline.  Ce  leignor 
fu  moût  prodome  en  toutes  rayions  &  à  Dieu  &  à  la 
gent,  &  pour  ce  fu  il  aymé  de  toutes  maniere[s]  de  gens; 
elpeciaument  fa  mehnée  l'aymeent  moût,  &  le  plourerent 
moût,  &  il  avoit  à  feme  la  leur  dou  roy  Hugue,  fi  con 
je  vos  ay  dit  devant,  quy  ot  nom  Marguerite,  moût  bone 
dame  &  fage  &  de  grant  biauté,  laquele  n'en  ot  de  luy 
nul  enfant.  Mon  leignor  Anfrey,  fon  frère,  quy  tenoit 
Barut  de  par  s'eipouze  madame  Elchive,  quy  fu  fille  de 
monleignor  de  Barut  Johan  de  Yblin,  quant  Ton  le  manda 
querre,  il  vint;  fon  aihné  frère,  monleignor  de  Sur,  fus 
celle  nut  morut,  &  fu  fon  enterer. 

421.  Le  roy  Hugue  de  Lezingniau  fin1  além[bler]  la 
court,  &  les  Jenevés  &  Pifans  &  Venefiens,  &  en  prezence 
de  tous,  revefty  &  faizi  le  dit  monleignor  Anfrey  de  Mon- 
fort de  la  terre  dou  Toron,  &  mefîîre  Anfrey  li  en  fift  ho- 
mage,  &  de  la  fité  de  Sur  fi  le  faifi  par  condifion  de  dens 
terme,  c'eft  afaver  por  tout  may  prochain  venant,  &  le 
dedens  fe  dit  terme  le  roy  li  eiifi:  doné  .cl111,  bezans  fa- 
razinas,  que  Sur  deuil:  revenir  au  roy,  &  fe  le  fus  dit  terme 
eftoit  palfé,  &  que  le  roy  ne  li  eiift  doné  .clm.  bezans 
larazinas,  que  Sur  demouraft  au  dit  monleignor  Anfrey, 


2l6  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1283-1284  mais  fe  fair  que  je  vous  dis,  fi  ala  pis  outremer  a7  con  vous 
en  pores  oïr. 

422.  Et  a  vint  à  fiaus  jours  que  le  bon  enfant  &  le  de- 
bonaire  &  large  <5c  courtois  Beymont,  fis  dou  roy  Hugue, 
coucha  malade,  &  ly  monta  au  col  une  leveùre  moût  laide, 
&  furent  mandés  querre  .ij.  myeges  d'Acre,  qui  le  fleme- 
rent,  fi  que  por  l'enfleiire  &  por  autre  déliait  trefpaïîa 
de  fe  fiecle  à  l'autre,  à  .iij.  jors  dou  mois  de  novenbre 
dou  dit  an,  quy  fu  moût  grant  damage,  car  il  fu  biau  & 
bon  &  cortois. 

423.  Et  quant  vint  à  .xij.  jours  dou  mois  de  février  dou 
dit  an,  trefpaffa  monfeignor  Anfrey,  frère  de  monfeignor 
Johan  de  Monfort,  feignor  de  Sur,  <5c  fu  enterey  à  la  mère 
ygliie  de  Sur  en  un  moniment  d'un  fien  frère  quy  fu  apelé 
Johan,  quy  fu  fis  d'un[e]  autre  dame  que  fon  père  avoit 
eii  outremer,  couzine  jermaine  dou  roy  de  France,  le  quel 
eftoit  venu  de  sa  mer,  valet,  veïr  fon  père,  &  morut  feftuy 
monfeignor  Anfrey,  qui  fu  moût  biau  chevalier  de  grant 
manière,  que  quant  il  vy  le  roy  de  France,  li  douna  te(- 
moin  que  il  efloit  le  plus  biau  chevalier  que  il  onques  vit 
jufques  à  fel  jour.  Se  feignor  meffire  Anfrey  f\  laiiîa  .v. 
fis  &  une  fille,  quy  furent  moût  biau[s]  enfans,  &  l'aihné 
ot  nom  Johanin,  &  l'autre  Phelippe,  &  l'autre  Guyotin  & 
l'autre  Aumaury,  &  l'autre  Rupin,  &  la  fille  Alifon,  les 
queles  morurent  anfans  les  .iij.  fis,  &  la  fille  en  .j.  poy  de 
tens  morut chevalier  jeune  &  Rupin  morut  aufi  che- 
valier moût  jeune,  &  laiffa  .iij.  anfans,  .j.  fis  quy  ot  nom 
Anfrion  &  .ij.  filles,  Johanete  &  Heluis. 

424.  Et  quant  vint  à  .xxiiij.  jours  dou  mes  de  mars, 
que  define  en  l'an  de  M  &  CC  &  LXXXIII,  &  comenfe 
à  M  &  CC  &  LXXXIIII,  trefpafîa  le  très  noble  roy  Hugue 
de  Lezingniau,  &  fu  grant  damage  à  la  crefhenté  pour 

a.  Mf.  pus  autremer. 


III.    LE    TEMPLIER    DE    TYR.  217 

le  grant  fens  &  bonté  de  luy  ;  5c  fi  fu  roy  de  Jerufalem  1284 
&  de  Chipre,  &  iï  fu  biau  &  fi  noble  que,  s'il  fuft  entre 
.m.  chevaliers,  l'euft  Ion  coneii  pour  roy,  le  quel  fu  mis 
en  .iij.  tabous,  l'un  dedens  l'autre,  bien  calafatés  &  bien 
enpeelchés,  &  vint  à  Sur  le  conellable  Simon  de  Mont- 
holif,  &  enporterent  en  Chipre  le  cors  dou  roy  &  feluy 
de  fon  fis  &  le  cors  de  Ion  père  dou  roy  Hugue  quy 
morut  neé,  &  furent  portés  en  Chipre  &  mis  à  la  mère 
ygliie,  quy  a  nom  Sainte  Sofie.  Mort  furent  à  Sur  fes  .iiij. 
feignors,  le  roy  &  les  autres;  morurent  en  .iiij.  mes,  con 
vos  avés  oy. 

42)".  Et  après,  en  mois  dou  may  dou  dit  an,  fu  cou- 
rouné  en  Chipre  à  roy  monfeignor  Johan,  ahné  fis  dou 
devant  dit  roy  Hugue,  &  fu  fait  moût  grant  fefte,  mais 
il  ne  vefquy  guaires,  C\  con  vous  orés  dire. 

426.  Et  fe  dit  an  de  M  &  CC.LXXXIIII,  à  .v.  jours  de 
gunet,  fiaus  de  Mefine  aveent  armé  .xxiiij.  guallées  & 
vindrent  devant  Naples,  quy  eft  dou  roy  Charle-,  &  le  fis 
dou  roy  Charle,  quy  avoir  nom  Charle  &  eftoit  à  fel  jour 
prince  de  Salerne,  arma  .xxx.  guallées  &  il  monta  Ion 
cors  fur  les  guallées,  &  ala  ferir  as  guallées  de  Mefine, 
dont  les  gualées  dou  prince  furent  defconfites,  &  il  fu 
pris  en  perlone  &  autres  bones  gens  chevaliers  &  autres, 
[&]  menés  à  Meflîne  en  pryfon. 

427.  En  ceftuy  an  meiïmes,  à  .vij.  jours  de  jenvier,  tref- 
paiïa  le  roy  Charle  le  grant  en  .j.  chaftiau,  quy  a  nom 
Foges. 

428.  Et  à  .xij.  jours  de  mars  dou  dit  an,  trelpafTa  frère 
Nicole  de  Lorgne,  maiftre  de  l'Olpitau  de  Saint  Johan, 
&  fu  fait  maiflre  frère  Johan  de  Villier. 

429.  Et  en  fe  dit  an  de  M  &  CC  &  Lxxxilll,  vint  le 

foudan  Melec  el  Mon  four  à  Domas  &  fift  fon  atir,  &  ala 

afeger  Marguat,  chaftiau  de  POlpirau  de  Saint  Johan,  & 

le  tint  fiegé  de  .xvij.  jours  d'avril  en  jufques  à  .xxvij.  jours 
c  28 


2l8  LES   GESTES    DES    CHIPROIS. 

1285  dou  mois  de  may,  qu'il  le  prift  à  fiance,  car  il  eftoient 
minés  devers  la  Tour  de  l'Efperance  quy  eftoit  cheiie, 
&  le  foudan  manda  toute  la  gent  à  fauveté  à  Triple  & 
à  Tertoule. 

430.  En  Tan  de  M  &  ce  &  Lxxxv  de  Crift,  fu  délivré 
de  la  priibn  de  Mefine  le  roy  Charle,  fis  dou  grant  Charle, 
&  les  autres,  quy  furent  pris  o  luy. 

43 1 .  En  ce  dit  an,  à  .x.  jours  de  may,  morut  le  roy  Jo- 
han  de  Chipre,  fis  dou  roy  Hugue,  &  ne  fu  roy  que  .j.  an. 

432.  Et  en  le  dit  an  meïfmes,  fu  courouné  après  luy 
dou  royaume  de  Chipre  Henry,  Ion  frère,  quy  deftruft 
les  Jenevés. 

433.  Et  en  le  dit  an,  le  roy  de  France  Phelippe,  fis  de 
Lois,  quy  eftoit  aie  à  Gironde  en  Aragon  &  l'avoit  prife 
par  force  d'efpée,  fi  morut  là  (là),  &  fu  fon  cors  porté 
à  Paris,  <5c  trefpafTa  Lois  de  Biaujeu,  couneftable  dou 
royaume  de  France,  à  Gironde,  &  autres  vavaf  ors,  &  ceftu 
couneftable  eftoit  frère  dou  maiftre  dou  Temple,  frère 
Guillaume  de  Biaujeu. 

454.  Et  à  .xx.  jours  depuis  la  mort  dou  roy  de  France, 
morut  le  roy  Piere  d'Aragon,  &  s'en  party  l'oft  des  Fran- 
cés  &  retourna  en  France;  &  ores  laira  de  ce,  &  vous 
diray  autre  aventure. 

43  f .  Et  en  lé  dit  an  de  M  &  ce  &  Lxxxv,  le  roy  Henry 
de  Chipre  voft  venir  à  Acre,  &  pour  ce  que  il  eltoit  mau 
dou  Temple,  li  iémbla  que  il  ne  poroit  venir  fans  guerre; 
fi  manda  .j.  chevalier,  s[ire]  Julien  le  jaune,  mefage  au 
maiftre  dou  Temple,  frère  Guillaume  de  Biaujeu,  &  fu  her- 
bergé  dedens  POlpitau  de  Saint  Johan  de  Jerufalemà  Acre, 
lequel  parla  par  plu  fors  fés  au  dit  maiftre  dou  Temple 
en  manière  que  la  bezoine  fu  mize  en  acort,  lequel  acort 
fu  premier  eferit  par  ma  main,  &  pour  ce  que  il  feroit 
trop  lonc  à  mètre  par  eferit,  pour  ce  ne  i'ay  je  pas  mis 
en  le  livre. 


III.  LE    TEMPLIER    DE   TYR.  2IÇ 


436.  En  ce  dit  an  de  M  &  CC  &  lxxxv,  à  .v.  jours  de  1285-1286 


gunet. 


457.  Et  quant  vint  en  Tan  de  l'incarnation  de  Crift 
M  &  CC  &  LXXXVI,  le  roy  Henry  de  Chipre  ariva  à  Acre 
le  jour  de  la  fefte  de  laint  Johan  Batille,  au  mes  de  gunet, 
&  vint  o  luy  mefllre  Bauduyn  d'iblin,  Ton  oncle,  cou- 
neftable  dou  royaume  de  Chipre,  &  mena  moût  belle  che- 
valerie &  autres  gens  à  chevau  &  à  pié  &  belle  naville 
de  guallées  &  d'autres  vauffiaus,  &  fu  refeii  de  toute  gens 
à  trop  grant  henor  &  à  grant  joie,  &  li  vint  à  rencontre 
la  prefeflon  &  tout  le  peuple,  &  le  menèrent  à  la  mère 
yglife,  quy  a  nom  Sainte  Crus.  Et  quant  il  fu  là,  il  dift 
qu'il  ne  herbergeroit  que  au  chaftiau,  &  lire  Heude  Pele- 
chien  quy  tenoit  le  chaftiau  pour  le  roy  Charle,  avoit  mis 
aucuns  jours  avant  la  gent  dou  roy  de  France  &  autres 
gens  d'armes  dedens  le  chaftiau,  &  flft  atirer  engins,  &  mift 
le  chaftiau  en  defence  contre  le  roy  Henry. 

438.  Sur  ce  le  maiftre  dou  Temple  &  le  maiftre  de 
l'Ofpitau  &  le  maiftre  des  Alemans  eftoient  tous  .iij.  au 
Temple,  &  ne  vindrent  mye  à  l'encontre  dou  roy  à  luy 
acullir,  &  fe  firent  il  pour  la  raylon  de  ce  que  il  eftoient 
gens  de  religion  [&]  ne  fe  voleent  travailler  de  ce  fait,  por 
non  aver  le  maugré  d'aucunes  des  parties,  &  toute  fois 
quant  ill  oyerent  la  riote  quy  conmenloit  <5c  que  il  y  ot 
trait  carryaus  &  piles  d'une  part  &  d'autre,  &  que  fiaus 
dou  chaftiau  avoient  trait  des  engins,  &  que  grant  péril 
poiet  eftre,  il  fe  vindrent  tous  les  .iij.  maiftres  devant  no- 
mes là  où  le  roy  eftoit  à  l'iglife,  &  li  firent  grant  joie,  & 
parlèrent  à  luy  &  alerent  au  chaftiau  &  parlèrent  à  (Ire 
Heude  Pelechien,  &  menèrent  la  chofe  à  ce  que  meiïire 
Heude  Pelechien  proumift  de  rendre  le  chaftiau  à  .iij. 
religions,  &  le  roy  s'en  ala  herberger  à  l'oftel  quy  fu 
dou  feignor  de  Sur  [au]  delà  dou  Sépulcre,  &  .iiij.  jours 
après  fu  rendu  le  chaftiau,  &  il  ala  herberger  dedens. 


220  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1286  439.  En  fe  dit  an  meïmes,  à  la  fefte  de  Noftre  Dame 
d'aoult,  le  dit  roy  Henry  fu  encouroné  à  Sur  dou  royaume 
de  Jerufalem,  &  le  courona  frère  Bonacours,  arfevefque 
de  Sur,  &  fu  fait  moût  grant  feite  à  Sur,  &  puis  que  le 
roy  vint  à  Acre,  il  tint  felte  .xv.  jours  dedens  .j.  leuc  à 
Acre,  quy  le  dit  à  la  Herberge  de  l'Ofpitau  de  Saint  Jo- 
han,  là  où  il  y  avoit  .).  moût  grant  palais,  &  fu  la  fefte 
la  plus  belle  que  Ton  fâche  .c.  ans  a  d'enviiïures  &  de 
behors,  &  contrefirent  la  table  reonde  &  la  raine  de 
Femenie,  c'eft  alaver  chevaliers  veftus  corne  dames  <5c  jof- 
teent  enlemble;  puis  firent  nounains  quy  eftoient  avé 
moines  &  bendoient*  les  uns  as  autres;  &  contrefirent 
Lanielot  &  Triftan  &  Pilamedes  &  moût  d'autres  jeus  biaus 
&  delitables  &  plaiiïans,  &  puis  laiffa  en  Acre  baill  en 
fon  leuc,  fon  oncle  monfeignor  Bauduyn  de  Yblin,  cou- 
neftable  dou  royaume  de  Chipre,  &  paiïa  le  roy  en  Chi- 
pre;  &  ores  vos  lairay  à  parler  dou  roy,  &  vous  diray 
d'autre  raifon. 

440.  En  fe  dit  an  de  M  &  ce  &  lxxxvi  de  Crift,  avint 
que  .).  grant  feignor  quy  fe  dizoit  juge  de  (de)  Chinere, 
feignor  d'une  ihle  quy  a  nom  Corfe^  (\  eftoit  home  dou 
comun  de  Jene,  &  le  voft  faire  home  de  comun  [de]  Pize, 
(&  les)  &  les  Jenevés  C\  ont  en  fêle  ihle  .j.  moût  fort 
chaftiau,  quy  a  nom  Boniface,  &  autres  leus  aufi  ont  les 
Jenevés  là,  &  fâchés,  le  comun  de  Jene  fait  doner  à  tous 
les  enfans  mahles  quy  naiiïent  en  fe  chaltiau  de  Bonyface 
.xij.  deniers  le  jour  pour  fon  vivre  tant  que  il  foit  de  .xx. 
ans,  &  la  fille  quy  i  nain1,  fi  doune  .vj.  deniers  le  jour,  tant 
que  elle  ait  .xv.  ans  d'aage,  &  fe  fait  le  comun  de  Jene 
pour  maintenir  en  abitafion  le  dit  chaftiau. 

441.  Or  avint  que  le  comun  de  Jene  entendirent  co- 
rnent le  juge  de  Chinere  fe  voloit  faire  home  dou  cou- 

a.  Mf.  bendois.  —   b.  Mf.  corre. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  221 


mun  de  Pize;  dont  les  Jenevés  le  tindrent  à  mau  &  man-  1286 
derent  en  Pize  mefage  rel  home  quy  ne  deiïflent  cellu  lor 
home  relever,  h*  corn  il  ne  voreent  que  Jenevés  feyiïent 
à  yaus  dou  tel  cas;  Scies  Pizans  ne  voftrent  oïr  celle  choie 
&  s'en  firent  moût  efchif,  pacant  toutefois  en  biau  ref- 
pons  fans  euvre;  &  l'enemy  d'infer  quy  volentiers  pour- 
chaiTe  difcort  &  guerre  entre  la  gent,  fi  conduit  la  chofe 
à  ce  que  une  nave  vint  de  Surie  en  Jene&  porta  novelles 
des  oltrages  &  des  maus  que  Piiïans  fayiTeent  à  Jenevés 
à  Acre,  &  fu  il  grant  remour  en  Gène  que  chafcun  cria 
guerre  à  Pize.  En  feluy  jour  elloit  un  lain  armé  de  Pizans12 
en  Jene  quy  avoit  porté  .j.  mefage  de  Pife  à  faire  le  rel- 
pons  as  Jenevés  fur  le  fait  de  juge  de  Cheniere,  quy  fe 
party,  &  tourna  en  Pife  fans  bien  faire. 

442.  Le  comun  de  Jene  arma  .xx.  guallées,  &  fu  lor 
chevetaine  le  dit  amiral  fire  Thomas  Efpine,  qui  [a]la  [à] 
.ij.  ihles  quy  font  des  Pizans  &  près  de  Pife,  &  les  prift  & 
depefa  &  deftruil  l'un[e]  ihle,  celle  quy  a  nom  Planoge; 
&  l'autre  quy  ot  nom  ÎElbe,  (\  prirent  les  abitans  de  iele 
ihle,  &  donerent  lor  femes  &  lor  enfans  en  hoflages  as 
Jenevés,  &  promirent  qui  lé  ter[re]ent  pour  le  coumun 
de  Jene,  mais  dedens  poy  de  tens  tournèrent  au  comun 
de  Pize  &  laifTerent  lor  oltages. 

443.  Sire  Thomas  Efpine  demoura  en  fiaus  ihles,  &  li 
fembla  quy  ne  faifoit  rien  entre  .ij.  de  partir  ou  de  de- 
mourer,  &  fa  gent  meïfmes  le  hafteent  moût  de  partir, 
mais  tel  fu  l'aventure  qu'il  promill:  de  tendre  .j.  jour  là 
&  nient  plus;  &  quant  vint  Lendemain,  il  virent  pariftre 
.ij.  coulonbès  armés,  &  alerent  encontre  yaus,  &  li  toft 
corne  les  coulonbès  virent  les  guallées,  fi  le  myrent  à 
fouir,  &  geterent  .j.  barill  en  l'aiguë,  mais  les  guallées 
les  chafierent  tant  que  les  prirent,  &  prirent  le  baril  au 

a.  Le  mf.  répète  de  pizans. 


22  2  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1286-1287  quel  il  croverent  dedens  moût  de  letres  par  les  queles 
furent  feiïs  cornent  .v.  naves  6c  .v.  guallées  de  Pizans  ve- 
neent,  &  porteent  argent  qu'il  aveent  amafé  de  l'argen- 
tiere  de  lor  a  chafHau  quy  a  nom  Cartel  de  Caftre,  dont 
Pize  relut  grant  damage. 

444.  Et  en  l'autre  an  après,  les  Jenevés  armèrent  .xv. 
guallées,  &  fu  lor  amiraill  fire  Origue  Damar,  6c  ala  en 
cours  fur  Pifans  ceflu  Oric  Damar  :  (i  prift  une  petite  nave 
por  la  quele  il  ot  novelles  par  les  gens  quy  eitoient  de- 
dens, cornent  en  Pize  s'armet  .xxv.  guallées,  quy  deveent 
condure  .iij.  naves,  quy  porteent  gens  d'armes  en  Sardeine 
à  Cartel  de  Caftre,  6c  fur  fefte  chofe  que  je  vos  dy,  .v. 
guallées  de  marchans  Jenevés  qui  aleent  6c  veneent  de 
Romanie,  pafferent  par  fes  guallées  d'Oryc  Damar,  &  le 
dit  fire  Oric  f\  les  retint  par  force  o  luy,  6c  fe  fift  à  élire 
plus  fort.  Si  fe  trovafent  aveuc  fiaus  de  Pizans  quy  furent 
.xxv.,  &  eftant  enfi  atendant  les  .xxv.  guallées  de  Pizans 
6c  les  .iij.  naves,  niffirent,  &  les  trova  .j.  f\  fort  tens  quy 
les  defparty  des  naves,  car  les  naves  velegierent  toute  la 
nut,  &  le  matin  eurent  grant  bonafe,  &  les  guallées  de 
Jene  les  aveent  veiï  paffer  de  la  nut  avant,  6c  les  traffeent 
toute  la  nut  à  petit  velles  de  chanavas  à  grant  travail  6c 
à  grant  doulour,  6c  le  matin  fe  troverent  à  la  ville  des 
naves  [6c]  esfondrerent  l'une,  là  où  il  efteent  les  chevaus, 
6c  les  conbatirent  une  fés  moût  fort,  6c  à  la  fegonde,  les 
Pizans  ne  porrent  plus,  6c  fe  rendirent,  6c  les  menèrent 
en  Jene,  6c  fu  pris  entre  les  autres  naves  .j.  grant  conte 
de  Pize  quy  fu  nomé  conte  Face,  mais  le  jour  que  il  furent 
pris,  fi  con  je  vos  ay  dit,  les  .xxv.  guallées  de  PifTans  quy 
les  conduyiïoient  joingnierent  là  à  my  jour,  6c  virent  lor 
naves  prifes,  6c  les  Jenevés  les  envairent  6c  les  envelhrent, 
6c  fu  la  bataille  entr'eaus,  mais  PifTans  aveent  toute  nut 

a.  Mf.  1er. 


III.   LE    TEMPLIER    DE    TYR.  222. 


foufert  grant  paine  de  la  fortune,  &  n'en  ont  pas  fi  ufé  1286-1287 
ni  apris  le  travaill  de  la  mer  con  les  Jenevés,  &  fi  furent 
de  mau  corage  de  lor  naves,  quy  les  virent  prifes,  f\  fu- 
rent venais;  &  prirent  les  Jenevés  .xij.  ou  .xiij.  guallées, 
&  les  autres  furent  d'autre  part  en  une  flote.  Les  Jenevés 
efteent  las  &  travaillés,  &  le  foulaill  efloit  couché  :  fi  laif- 
ferent  le  combatre,  &  firent  de  lor  guallées  un  ierne  en- 
tour  fêles  des  Pifans  pour  prendre  les  le  matin,  mais  il 
avint  autrement  que  à  minut  efcure  fiaus  gualées  des 
Pizans  .xij.  ou.  xiij.  que  il  furent  fe  partirent  fi  coyement 
que  il  ne  furent  fentis,  &  s'en  alerent  fauvement,  fauve 
le  damage  qui  relurent  à  la  bataille. 

44f .  Quant  le  comun  de  Pile  ot  reffeii  fi  grant  damage, 
con  vos  avés  oy,  l'an  plulTors  vaifiaus  menus  &  naves  que 
Jenevés  lor  aveent  pris,  fi  étirent  confeil  de  mètre  tout 
pour  tout,  &  armèrent  .xxxv.  guallées.  Et  à  Tel  tens  avoient 
fiaus  de  Pize  .j.  apoftau  en  Pize  quy  eftoit  un  grant  home 
de  Veneyfe,  quy  avoit  nom  melfire  Aubert  Morizin,  & 
fin:  venir  de  Veneyfe  plufours  gens  afés  dou  coumun  de 
Pilé,  &  les  mirent  devant  la  cité  fur  lor  guallées,  &  fe 
partirent  &  vindrent  devant  la  fité  de  Jene,  &  fu  lor 
capitan  feftu  dit  Aubert  Morizin,  &  y  demourerent  .ij. 
jours. 

446.  Les  Jenevés  tantoit  armèrent  .ixx.  gualées,  &  de- 
dens  fe  un  mautens  fe  mift,  &  Pizans  doutèrent  le  mau- 
tens  pour  ce  que  leiuy  leuc  e(l  alpre  &  mauvais,  5c  leuc 
de  leur  enemis.  Si  s'en  partirent,  <3c  tournèrent  en  Pife  les 
Jenevés  quy  furent  aparaillés.  Si  tofl;  con  le  tens  abonafa, 
fi  fe  mirent  aler  après  les  Pifans,  &  aloient  par  lor  traffe 
celon  les  chofes  qui  troveent  en  la  mer  quy  chaye[en]t 
des  gallées,  &  alant  enffi,  il  encontrerent  .xx.  guallées  de 
Jene  d'un  lor  chevetain  quy  a  nom  meffire  Benoit  Zaca- 
rie,  au  quel  il  moftrerent  le  fignal  quy  eft  ufé  entr'eaus, 
&  s'afemblerenc  tous  enfemble,  &  fu  lor  confeil  de  non 


224  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1286-1287  moflrer  tout  lor  gallées  a,  mais  moftrer  .lx.  ou  .lxx.,  par 
ce  que  Pilans  nifîent  plus  volenciers,  6c  le  firent  enfi 
qu'il  moilrerent  .lx.  alant  à  vêle,  &  les  autres  .xxx.  efleent 
derieres  fans  vêles  ;&  quant  fiaus  de  Pife  virent  fi  poy  de 
gualées,  fi  remontèrent  fur  lor  guallées  &  furent  .lxxxiiij., 
&  armèrent  pluzours  barquetes  &  faities  en  quei  avoit 
aubaleflriers  dedens. 

447.  Quant  les  guallées  de  Pize  furent  hors,  médire 
Aubert  Moryfin  fu  defus,  &  feluy  les  mift  à  celle  enprize, 
&  fi  furent  .ij.  eftendars;  l'un  elloit  tout(e)  vermeil(le),  & 
avoit  la  fugure  de  Nollre  Dame  quy  elloit  toute  blanche, 
tenant  Jhefu  Crifl  en  (es  bras,  &  quant  Pizans  furent  yf- 
fus  &  virent b  que  Jenevés  aveent  aies  plus  de  guallées 
quy  ne  pareent,  (1  furent  repentis  de  lor  yffue,  mais  riens 
ne  lor  valut  que  partir  ne  poeent,  ains  eiloientàla  veryté, 
&  le  fu  à  un  jor  d'une  fefte  que  Jenevés  apelent  faint 
Sifte  c,  quy  vient  à  .vj.  jours  d'aouft,  &  nous  faizons  en 
Surie  celuy  jour  la  felle  de  Saint  Sauvor. 

448.  Ertant  les  uns  devant  les  autres  dou  matin  juiques 
au  vefpres,  &  Pizans  furent  moût  chargés  d'armes,  &  fay- 
foit  grant  chaut,  fi  que  il  fuerent  fi  fort  que  il  devindrent 
tout  aiguë,  &  les  Jenevés  tout  le  jour  furent  fans  armes 
frès  &  repos,  &  (e  vos  volés  dire  cornent  Pilans  ne  les 
aleent  enoier,  fâchés  que  il  eiilent  bien  fait,  mais  les  Jene- 
vés n'eùfent  pas  atendu  con  fil  quy  guayteent  lor  point, 
f:  corne  vos  orés,  ni  partir  Pizans  n'i  poeent  qu'il  ne  lor 
fuit,  efté  honte  &  damage.  Pizans  avoient  lor  guallées 
groces  &  chargées  par  les  bandes  des  efcus  grans,  [au- 
tant] que  en  prendre  [pooient],  por  ce  que  il  moftreent 
&  fait  avoient,  car  pluyiïburs  guallées  avoient  par  engin 
fait  à  lor  proe  ce d  arganel,  que    quant   il   tourneent, 


a.   Le  mf.  répète  mais   moftrer       pète  &  vyrent.  —  c.  Mf.  faint  ifift. 
tout  lor  gualées.  —  b.  Le  mf.  ré-        —  d.  Mf.  proefie. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  22f 

avoient  efpées  longues  de  .ij.  paumes  chafcune  &  large[s]  1286-1287 
d'un  paume,  de  cant  quy  tourneenc  corne  un  molin,  6c 
auli   avoient  flayaus  quy  tornoyent,  aufi    corne  je  vos 
devife. 

449.  Quant  les  Jenevés  virent  que  Piiïans  furent  bien 
efté  à  Jfoulail  armés,  &  le  foulail  fu  deriere  les  efpaules, 
firent  douner  pain  6c  vin  à  lor  gens,  &  puis  s'armèrent 
&  alerent  envefhr  les  guallées  des  Pizans,  6c  fu  la  bataille 
moût  mortau,  dont  il  avint  que  (ire  Beneit  Sacarie  lift  ar- 
bourer  .ij.  de  fes  gualées,  6c  le  fifl  lier  une  longue  corde 
6c  forte  de  l'arbre  de  l'une  guallée  à  l'arbre  de  l'autre,  6c 
enfy  que  fes  .ij.  guallées,  quy  aveent  celle  dite  corde  à 
travers  de  l'un  arbre  à  l'autre,  f\  prirent  une  voge  de  bien 
lyés,  6c  alerent  envelHr  la  gualée  de  l'amirail  des  Pizans 
là  où  eftoi(en)t  l'eftendar  vermeil,  dont  la  corde  vint  à  tra- 
vers la  perche,  dont  le  dit  eftendar  d'oune  part  à  l'autre 
fu  bandé  a,  &  brizerent  la  perche  de  l'eftendar,  6c  chay, 
dont  les  Jenevés  prirent  baudour,  &  haflerent  les  Pifans, 
&  jetèrent  cry  :  «  Sus  !  fus  as  Pizans  !  » ,  qui  le  defcon- 
firent,  &  perdirent  à  lelle  fois  .xlviij.  gualées,  6c  fu  pris 
lor  capitaine  lire  Aubert  Morylîin,  qui  féru  b  en  la  chiere 
.ij.  fes  aparans. 

4^0.  Les  Jenevés  alerent  en  Jene,  &  menèrent  moût  de 
Pizans  pris,  &  rendirent  grâce  à  Noftre  Seignor  de  celle 
victoire. 

4f  1.  De  puis  feffce  grant  perte  que  Pizans  relurent,  il 
furent  de  tout  rous,  &  ne  orent  plus  de  poer  armer  ;  & 
les  Jenevés  mandèrent  s[ire]  Beneit  Zacarie  &  gualées  au 
port  des  Pizans,  &  abatirent  .ij.  tours  dou  port.  Et  [sire 
Beneit]  coingnia  monée  &  fe  party,  &  laiffa  .vj.  gualées 
pour  garder  le  port  que  nul  n'y  entrai!:  n'en  iflïft,  6c  furent 


a.  On  lit  dans  le  mf.  :  dit  lef-        part  a  lautre  lu  de  lautre  bande, 
tendar  en  lune  gualee  fu  doune       —  b.  Mf.  furu. 

c  29 


22Ô  LES    GESTES   DES    CHIPROIS. 

1286- 1287  Pizans  moût  deftroit  ;  &  lâchés  que  Pizans  perdirent  à  celé 
fois,  &  par  pluzors  autres  fois,  homes  d'armes  .xxijm.,  des 
qués  le  trova  en  Jene  .xvijm.  en  priffon,  6c  perdirent  gual- 
lées  .lxviij.  &  autres  leins  .1.  &  plus,  &  en  tel  point  eftoit 
Piffe  con  je  vos  dis,  &  tous  fiaus  quy  faizeent  elcale  par 
Pize,  la  firent  par  Jene,  pour  naveger  en  mer. 

4f  2.  Syaus  de  Jene  armèrent  autre  fois  &  vindrent 
à  Plonbin  dou  coutei  de  Pize,  &  défendirent  en  terre,  6c 
Pizans  laillirent  d'un  agait,  &  tuèrent  pluzours  Jenevés, 
&  prirent  aucuns,  entre  les  quels  fu  pris  .j.  des  gentils 
homes  de  Jene  quy  ot  nom  Nicoloze  Damar  ;  &  Pizans 
à  feluy  tallierent  la  tefte,  veant  les  Jenevés  des  guallées, 
&  les  Jenevés  taille[re]nt  les  pour  feluy  à  .iijc.  Pizans  quy 
ave(ne)ent  pris. 

4f2,.  Syaus  de  Plonbin  armèrent  après  le  .ij.  guallées 
&  .j.  lain,  quy  furent  moût  bons  &  tigiers,  pour  corfe- 
gier,  6c  le  partirent  dou  Plonbin,  &  le  mirent  à  aler  en 
cours  fur  Jenevés,  &  firent  damage  à  la  rivyere  de  Jene 
par  les  viletes,  6c  cy  tort  corne  il  furent  defeovers,  fî  le 
partirent  6c  alerent  en  autres  aiguës,  6c  avint  en  le  que 
le  comun  de  Jene  armèrent  .v.  gualées,  quy  lor  alerent 
après,  6c  les  troverent  as  aiguës  de  Tunes,  6c  lor  doune- 
rent  chafle  fi  près  que  il  furent  afaillis  de  fus,  &  fu  chaf- 
fant  à  vêle,  mais  la  vêle  chay  jus  de  la  galiée  de  Jene 
par  l'arbre  quy  brifa,  &  enfi  efchaperent  les  Plonbinés  ; 
&  ceft e  gualée  quy  elehapa  enfi,  con  vous  oyés,  Ç\  fu  d'un 
vaillant  bachelier  de  Plonbin,  quy  avoit  [nom]  Maillyant, 
à  quy  je  oy  le  retraire  au  maiftre,  &  le  chevetaine  des  .v. 
guallées  des  Jenevés  fi  fu  .j.  vaillant  home  &  anfien,  mais 
il  lavoit  affés  de  guerre  de  mer. 

4^4.  Les  lains  de  Plonbin  alerent  en  Surie  &  à  Acre. 
Selfu  fireRolant  Daller  elloit  tourné  en  Jene,  &  fu  ordené 
fire  Thomas  Efpine  pour  aler  mefage  au  prince  Baymont 
de  Triple,  &  ly  fu  armé  une  gualée,  6c  les  .v.  gualées 


III.    LE    TEMPLIER    DE    TYR.  227 


de  Rolant  le  deveent  aconpaigner,  pour  ce  que  l'on  favet  1286-1287 
que  les  leins  de  Plonbin  eftoient  venus  en  Su  rie,  ôcaveent 
fait  aucun  damage  as  Jenevés;  il  fe  vindrent  de  Jene,  & 
ariverent  à  Bafe,  &  (ire  Thomas  Efpine  le  party  de  Rolant 
DalTer,  &  ala  en  la  guaiée  foule  en  Alixandre  mefage  au 
lbudan  ;  <5c  Rolant  DalTer  s'en  vint  droit  au  port  d'Acre 
de  nut  fubitement,  &  dehors  le  port  troverent  pluiffors 
barques  de  pefqours,  Poulains  Pizans,  &,  pernans  les,  furent 
lentis  fi  que  les  .ij.  leins  des  Plonbinés  eftoient  yffus  hors 
des  efquelfes]  de  la  Tour  des  Moches,  ne  fay  où  il  dévoient 
aler,  &  s'en  fouirent  dedens  le  port,  &  les  gualées  des 
Jenevés  les  chafferent  jufques  devant  le  port  de  cheene, 
&  Tune  guaiée  à  dure,  &  faillirent  les  guallées  à  l'aiguë, 
&  tirèrent  hors  la  guaiée.  Le  matin  au  jour  fait,  quy  fu 
le  famedy,  la  vegile  de  paintecoufte,  ardirent  au  port 
d'Acre  une  grant  nave  de  Pizans,  quy  eiioit  de  lire  Ray- 
mont  Drapier,  charget  de  nouzilles  &  d'autres  biens,  & 
le  comandour  dou  Temple,  frère  Tibaut  Gaudin,  requift 
en  grade  les  povres  pefqours  que  il  avoient  pris,  &  il  les 
manda  ;  &  party  feluy  jour,  &  ala  faire  la  pentecolte  à  Sur. 
Le  maiftre  dou  Temple  eftoit  au  Chaftiau  Pèlerin,  &  Mayl- 
lant  de  Plonbin  à  fon  lein  eftoit  là,  pour  parler  au  maiftre 
dou  Temple  &  prendre  congé  de  luy  pour  aler  outre 
mer,  mais  avet  autre  entendement,  car  luy  &  les  autres 
.ij.  leins  de  fa  conferve  deveent  aler  ver  Alixandre  pour 
encontre  fire  Thomas  Efpine  qu'il  iauveent  qu'il  eftoit  là, 
&  quant  il  fot  que  les  gualées  de  Jenevés  eftoient  venus 
à  Acre,  f\  tira  fa  guaiée  de  fous  les  murs  dou  chaftiau,  & 
mift  la  gent  en  terre,  &  Lendemain  eiit  novelles  que  mon 
feignor  le  maiftre  qu'il  eftoit  aies  à  Sur,  &  Maillan  à  fon 
lain  ala  à  Acre. 

4^f .  Monfeignor  le  maiftre  vint  à  Acre,  &  Pizans  & 
Veneliens  fi  armèrent  plulors  leins  tant  qu'il  furent  .xj. 
leins  de  tire,  c'eft  aifaver  .iij.  de  Plonbin  &  .ij.  de  Vend- 


2  28  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1286-1287  fiens  6c  .vj.  tarides,  mais  il  n'avoit  as  tarides  que  .j.  home 
par  banc  quy  voguer,  6c  combators  aiïes,  6c  panfles  bar- 
boutes  plus  de  .xl.,  en  quei  avec  abaleftriers,  6c  les  tarides 
eftoient  barboutes  tout  entour  de  tables  &  de  efcus,  quy 
eltoient  grevées,  6c  mirent  .j.  grant  eftendar  de  faint 
Marc,  6c  fu  lor  amiraill  .j.  Veneflien  que  je  ne  vos  fais 
nomer. 

4f6.  Et  quant  vint  le  famedy  les  huytaines  de  la  pen- 
tecoufte,  les  gualées  de  Jene  vindrent  à  la  Cale  dou  mar- 
quis, 6c  furent  .v.  &  une  grofe  faitie  de  .lxxx.  rins  &  .ij. 
coulonbiaus  ;  6c  mon  feignor  le  maiftre  iffi  parler  à  yaus, 
&  lor  pria  de  tourner  à  Sur,  &  s[ire]  Rolant  Daffier  pro- 
my  de  tourner,  6c  par  enffi  que  lès  henemis  n'en  yffifent, 
car  après  luy  feroit  honte  de  partir.  Et  le  maiftre  li  dift 
que  Pizans  &  Venefiens  ly  aveent  promis  de  non  yffir 
hors  dou  port,  tant  que  lor  feroit  refpons  ;  &  fur  les  pa- 
roles l'armement  des  Pizans  y(îî,  &  s[ire]  Rolant  Daiïèr 
ala  encontre  à  biais  en  poy  pour  tirer  les  hors  à  fe  que 
le  vent  les  parpereilliaft,  6c  fur  le  biaffer  cuyderent  Pi- 
zans que  il  fouyiïènt,  &  les  hulerent  fort  ;  &  fiaus  alerent 
&  prirent  le  port  (\  toft  que  il  furent  armés  à  grant  ayffe 
avant  ce  que  Pizans  furent  retornés,  mais,  quant  il  furent 
près  Jenevés,  les  aiaillirent  de  lanlès  longues  &  de  pieres 
&  de  cariaus,  que  il  en  tuèrent  aucuns,  &  nafrerent  plui- 
fours,  dont  les  Pifans  s'en  alerent  vers  le  pont  de  Veneyfe, 
quy  miaus  à  miaus  :  fiaus  des  tarides  fe  lanferent  à  l'aiguë, 
&  jetèrent  les  Jenevés  .j.  rampagour  fur  la  taride  là  où 
eftoyt  l'ellendar  de  Veneyfe,  pour  tirer  la,  mais  mailliate 
ly  fift  lourgre  .j.  ancre  de  proue,  &  quant  les  Jenevés  la 
fentirent  dure  à  tirer,  h  taillèrent  le  caf  dou  rampagour, 
&  laifferent  fur  la  taride  atout  la  chaene,  le  quel  fu  veii 
devant  la  loge  de  Veneyfe.  Sire  Rolant  Daiïèr  fi  fu  au 
port  .iij.  jors,  que  onques  pour  rien  que  l'on  feiïft  faire 
nul  ne  voft  monter  fur  l'aiguë,  6c  les  Jenevés  fe  partirent 


III.   LE    TEMPLIER    DE    TYR.  2 29 

&  alercnt  à  Sur,  6c  revindrent  au  port  d'Acre,  &  1286-1287 

atendy  luy,  &  Ci  fe  party,  &  ala  à  Sur. 

457.  Sire  Thomas  Efpine  fift  Ton  mefage  au  ibudan,  & 
s'en  party,  &  vint  droit  à  Triple,  6c  dift.  fa  mefagerie  au 
prince,  &  puis  fi  s'en  vint  ;  &  puis  qu'il  fu  party  dou 
prince,  ordena  que  quant  le  dit  s[ire]  Thomas  tornereit 
à  ly  pour  aver  relpons,  il  le  devet  prendre  6c  mètre  en 
prifon,  mes  .j.  chevalier  dou  confeil  dou  prince  fifl:  afa- 
ver  au  maiftre  mon  feignor.  Le  mainxe  me  douna  (elle 
letre  que  le  chevalier  li  manda,  mais  il  ofta  le  nom  à  force, 
&  je  fans  le  nom(s)la  mandais  à  fireThoumas  Efpine,  por 
la  quel  letre  il  le  garda  d'aler  au  prince. 

4^8.  Encores  autre  fois  vindrent  les  gualées  de  fire  Ro- 
lant  DaefTer,  &  fire  Thomas  o  luy,  &  furent  .vj.  guallées, 
&  afegerent  le  port  fi  que,  Piffans  ny  Venefîîens,  nul  n'en 
vin"  à  yaus,  &  prirent  .j.  grant  leing  de  Piffans  quy  venoit 
deDamiate,quy  eftraça  la  pelage  a,  &  efchaperent  les  per- 
fones,  6c  fire  Thomas  Efpine  parla  au  maiftre  au  Cazal 
Ynbert,  &  puis  le  party,  &  ala  à  Sur. 

4f9-  Encores  vint  un  autre  fois  fire  Rolant  DaefTer  au 
port,  &  demoura  .iiij.  jours,  6c  difi:  qui  ne  fe  partiroit  dou 
port  d'Acre,  fe  l'on  n'y  chafafi:  les  Plonbinés^. 

460.  Les  feignors  d'Acre  virent  que  cefie  chofe  qu'il 
faizoit  eftoit  layde  à  la  creftienté,  &  perelioufe  que  Sara- 
zins  poreent  prendre  fample  de  ce  faire  :  fi  li  mandèrent 
mefages  .ij.  frères  menors,  priant  ly  de  partir  dou  port. 
Son  refpons  fu  qu'il  le  partiroit  à  lor  prière  par  enffi  que 
tous  les  feignors  d'Acre  ly  feïiïent  une  chartre  cornent  à 
lor  prière  eftoit  il  party  dou  port  ;  &  li  firent  de  ce  une 
chartre  fee[lée]  dou  (eau  dou  baill  quy  tenoit  leuc  dou 
roy,  &  dou  Temple  &  de  l'Olpitau,  6c  en  tel  manière  fe 
party  que  depuis  ne  revint,  6c  autrement  ne  le  porent 

a.  Mf.  lafpelage.  —  b.  Mf.  blonbines. 


230  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1287  chaiïer,  car  il  avoit  ligieres  gualées,  &  atendoit  quant  il 
voloit  &  aleit  quant  il  voloit,  &  Pizans  ne  fu  nul  quy  vo- 
zift  plus  monter  as  gualées  por  combatre.  Et  ores  ne  vous 
dirais  plus  de  celle  rayfïon,  car  il  n'en  y  a  plus  à  dire,  & 
vos  diray  autre  chofe. 

46 1 .  En  fe  dit  an  de  M  &  CC  &  LXXXVl[i],  avint  que  le 
ibudan  de  Babiloine  fî  ot  grant  riote,  &  contens  à  .j.  grant 
amiraill,  quy  avoit  nom  Sencor  Lefquar,  leluy  qui  fu  dé- 
livré des  Tatars  pour  change  dou  fis  dou  roy  d'Ermenie, 
con  je  le  vos  ais  dit  fi  arier.  Ceftu  dit  amiraill  fe  party  de 
Babiloine  à  grant  cantité  de  gens,  &  vint  à  Domas,  & 
la  cuyda  fufmetre  à  ion  poyer,  mais  il  ne  poft,  &  le  parti, 
&  ala  à  .j.  chailiau  que  Sarazins  tenoient,  &  a  nom  Sa- 
hone,  &  fu  avant  dou  prince,  &  le  prift  6c  fe  mift  dedens. 

462.  Le  foudan,  quant  il  entendy  que  ceftu  li  eiit  pris 
fon  chaftiau,  manda  .j.  grant  hoft  de  Babiloine,  ôc.j.fien 
amiraill  chevetaine  Turentay,  quy  vint  atout  ceft  hoft  à 
feluy  chaftiau  de  Saoune,  &  l'afege  ;  &  Sencor  Lefcar  quy 
nen  avoit  pas  tant  de  gent  quy  peiift  yffir  contre  luy,  fi 
rendy  le  chaftiau,  &  feilu  Turentay  s'en  party,  &  vint  en 
une  ville  dou  prince,  quy  a  nom  la  Liche,  &  la  prift. 

463.  Et  ore  vous  veul  dire  ce  qu'il  avint  à  Naples  au 
conte  d'Artois  en  fe  dit  an,  à  .xxiiij.  jours  dou  mes  de 
gun,  la  vegile  de  Saint  Johan  Batifte.  De  Mefïne  vindrent 
à  Naples  .xliiij.  guallées,  &  le  conte  d'Artois,  quy  eftoit  en 
leuc  dou  roy,  (i  fift  armer,  &  nyffi  encontre,  &  fe  com- 
baty  à  fiaus  de  Mefine,  &  dura  la  bataille  de  tyerfe  jufques 
à  vefpres,  &  en  la  fin  furent  defeonfis  fiaus  de  Naples,  & 
fi  eiit  que  pris  que  mors  de  frans  homes  de  la  lengue  de 
France,  &  y  f u  pris  le  conte  de  Bretaine,  &me(îire  Johan 
de  Monfort,  conte  d'Efquilac  &  de  Montecaius,  &  mef- 
fire  Guy  de  Monfort,  quy  morut  là  en  prizon,  &  fe  fu 
feluy  quy  tailla  la  tefte  à  Henry  de  Lemaigne,  &  plulours 
autres  que  je  ne  fais  nomer,  dont  le  damage  fu  grant. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR. 


2^1 


464.  Et  en  le  meymes  an  de  M  &  CC  &  LXXXVli,  à  1287-1288 
.xix.  jours  dou  mois  de  huitovre,  le  prince  Beymont, 
prince  d'Antioche  &  conte  de  Triple,  trefpaffa  de  le  liecle 
&  morut,  &  depuis  luy  nen  élit  autre  prinie,  car  il  n'en 
eut  nul  enfant,  &  elchut  le  prinleé  à  une  foue  leur,  feme 
de  meAire  Marguo  de  Tocy,  quy  eftoit  amiraill  dou  roy 
Charle  en  Poille  au  jour. 

46  f.  Et  en  Tan  de  M  &  CC  &  Lxxxvin  de  Crift,  vos 
diray  une  grant  melchance,  quy  avint  à  la  creflienté  de 
Surie. 

466.  Il  avint  choie,  que  le  prince  devant  dit  fu  mort, 
que  les  chevaliers  s'afemblerent  &  alerent  à  la  princefTe, 
mère  de  ce  dit  prince,  &  ly  diflrent  que  il  voreent  volen- 
tiers  que  li  pleuft  de  mètre  aucune  perlone  quy  gouver- 
nail la  fité,  car  elle  n'i  poiet  entendre  pour  Ion  deul  que 
elle  demenoit,  &  elle  lor  relpondy  que  elle  manderait 
querre  tel  perlone  que  bien  governeroit  eaus  &  la  terre, 
&  yaus  li  refpondirent  que  bien  lor  plaifleit. 

467.  Quant  vint  aucuns  jours  après,  il  entendirent  que 
elle  devoit  faire  venir  le  velque  de  Tourtoufe,  por  le  quel 
il  avoient  eu  contens  &  ryote&  grant  elcandele  entr'iaus, 
&  troverent  letres  coument  la  princefTe  por  luy  faire  ve- 
nir :  fi  dillrent  entre  iaus  quy  ne  le  fouleraient,  &  alerent 
à  la  princele,  <3c  li  moftrerent  les  letres,  &  li  dillrent  que 
ce  vefque  eftoit  lor  henemy,  &  quy  ne  ferait  ja  lor  gover- 
neor,  &  le  partirent  &  alerent  à  conieill,  &  adons  orde- 
nerent  une  coumune  à  lhenor  de  la  béate  Virge  Marye, 
mère  de  Dieu,  &  ordenerent  chevetaines  &  prévoit,  & 
le  qu'il  lor  fembla  à  faire,  &  le  maintindrent  par  yaus, 
&  à  ce  que  il  lucent  plus  fors,  h  mandèrent  .j.  melage 
en  Jene,  quy  ot  nom  Pierre  d'Auberguamo,  notaire,  & 
qu'il  mandatent  à  Triple,  &  eaus  mandèrent  toutes  lor 
rayxons  ;  dont  le  coumun  fi  lor  manda  mefîïre  Beneit  Za- 
carie  [&]  .v.  gualées,  &  vint  à  Triple  ;  le  relurent  à  grant 


2^2  LES  GESTES  DES  CHIPROIS. 

"88  henour  &  à  grant  joie,  &  quant  il  ariva  à  Triple,  il  trova 
le  maiftre  dou  Temple,  &  le  maiftre  de  fOfpitau,  &  des 
Alemans,  &  le  baill  de  Veneyfe  quy  eftoit  dehors  les  portes 
de  Triple  en  tentes  &  pavelions  herberges,  &  eftoient  ve- 
nus por  mètre  acort  entre  la  leur  dou  prince,  dame  Lufie, 
&  les  gens  de  Triple. 

468.  Et  ores  vous  diray  cornent  Telle  dame  Lucie  de 
Puille,  quant  le  prince  morut,  la  novelie  ala  outremer,  & 
me(îîre  Marguo  deToucy,  amirail  dou  roy  Charle,  manda 
fefte  dame,  quy  eftoit  fa  efpouze  &  leur  dou  prince  à  Acre, 
&  la  manda  recomander  à  l'Ofpitau  de  Saint  Johan,  dont 
les  Olpitalliers  la  prirent  à  maintenir,  &  la  menèrent  à  .j. 
chaftiau  quy  a  nom  Nefin,  quy  eft  près  de  Triple  à  .iij. 
liues,  &  le  tenoit  por  la  dite  dame,  corne  felle  quy  eftoit 
dame  &  heir  dou  prince,  &  pareiil[e]  fois  les  Olpitalliers 
aveent  eii  bataille  à  fiaus  de  Triple,  de  quey  aucuns  frères 
&  autres  furent  mors.  Et  mandèrent  fiaus  de  Triple  une 
lettre  à  la  dame  delus  dit[e],  par  la  quelle  yaus  li  faiffoienc 
faver  que  à  elle  neftoit  mye  choie  fêlée,  cornent  elle  de- 
voit  bien  faver  les  outrages  que  fon  frère  le  prince  lor 
avoir,  fait,  &  encores  ly  faifeent  faver  que  fon  père  le  prince 
&  fon  ayol  lor  aveent  tous  jours  fait  moût  de  maus,  & 
d'outrages,  &  de  force  à  chevaliers  &  as  bourgois  &  as 
autres  gens,  que  il  ne  voleent  plus  foufrir  à  ce  que  yaus 
&  lor  anfeftres,  qui  furent  au  conqueft  de  la  terre  de  Triple, 
aveent  foufertck  pacé,  &  pour  non  venir  plus  à  celle  con- 
decion  aveent  ordené  &  fait  .j.  coumun  entr'iaus  à  Ténor 
de  Dieu  &  de  Nollre  Dame  à  quy  nom  lor  comun  eft 
noumé,  &  que  il  ne  lon[t]  fait  pour  dezeriter  nul[e]  arme 
ny  contre  fainte  yglife,  ains  eftoit  fait  por  maintenir  chal- 
cun  en  fon  droit  &  en  fa  raifon,  &  que  il  l'ont  aparaillés  de 
relever  la  corne  dame,  par  enffi  qu'elle  juraft  àlacoumune 
de  fouftenir  &  maintenir  la  dite  coumune,  &  le  elle  ne 
vyaut  jurer,  bien  ly  faifeent  à  faver  que  il  ne  la  foufe- 


III.  LE   TEMPLIER    DE    TYR.  2^ 

roient  d'entrer  à  Triple  à  nul  rens,  fi  deiiiïent  enguager  1288 
ou  vendre  tout  le  que  il  ont  jufques  à  la  chemife  de  lor 
femes  &  de  lor  enfans.  Et  lur  ce  que  il  li  firent  ce,  man- 
dèrent les  dites  gualées  venir(ent)  des  Jenevés,  dont  il  en 
furent  plus  eichif  de  l'acorder,  &  fe  partirent  les  feignors 
le  maiftre  dou  Temple  &  de  FOipitau  <Sc  des  Alemans, 
&  le  baill  de  Veneyfe,  quy  eftoyent  là  venus  pour  mètre 
aucun  acort,  &  s'en  vindrent  à  Acre  fans  rien  faire. 

46g.  Le  dit  fire  Beneit  &  la  coumune  de  Triple  firent 
compaignie  au  coumun  de  Jene,  &  lor  proumirent  de 
rendre  &  douner  tout  le  quy  eftoit  de  lor  raifon,  mais 
au  coumenlement  lor  donerent  par  dedens  la  ville  de 
Triple  une  devife  de  rues  qui  de[ve]e[nt]  eftre  delorapar- 
tenanfes,  &  ma  dame  Lufie  s'en  vint  à  Acre,  &  s[ire]  Be- 
neit Zacarie  ala  en  Ermenie. 

470.  L'entendement  de  meflire  Berthelemi  de  Giblet 
li  fu  d'aver  la  fille  dou  leignor  de  Giblet  à  ion  fis,  &  fa 
fille  deùft  eftre  feme  dou  leignor  de  Giblet,  quy  eftoit  an- 
fant;  &  plulors  autres  franchifes  fuient  otr[e]ées  à  cheva- 
liers &  à  bourgés,  que  trop  feroit  lonc  à  mètre  par  efcrit, 
&  de  cefte  choze  mandèrent  une[s]  letres  que  ce  elle  vof- 
fift,  ma  dame  Lucie,  otreer  cefte  lor  requefte  &  otroer  as 
Jenevés  le  que  lor  aveent  douné,  foulement  fans  douner 
lor  plus,  que  yaus  la  refevere[e]nt  pour  dame,  &  ne  do- 
vreent  as  Jenevés  nul[e]  autre  choze. 

471.  La  dame  relut  cefte  letre,  <3c  fe  confeilla  fur  la 
forme  de  la  letre,  fi  que  cefte  letre  ala  par  aucune  mains, 
tant  quy  fu  une  perfone  quy  là  encontre  efcrift,  &  la 
manda  à  fire  Beneit  Zacarie  en  Ermenie. 

472.  Le  dit  s[ire]  Beneit  refut  fêle  dite  letre  entrevées 
venant  vers  Triple,  &  quant  fire  Beneit  refut  la  letre,  & 
rendy  la  ténor,  il  ne  fift  nul  femblant,  &  entra  à  Triple, 
&  fu  .j.  jour,  &  s'en  party,  &  ala  à  Sur,  &  là  manda  à 
Acre  à  ma  dame  Lucie  que,  fe  elle  vofift  venir  en  adrefe- 

c  30 


2^4  LES    GESTES    DES   CHIPROIS. 


1288  mène  o  luy  des  raizons  dou  coumun(e),  qu'ele  venift  à  Sur, 
&  amenait a  l'on  confeill,  &  le  elle  ne  vozilt  venir,  feiift 
elle  bien  qu'il  ferec  venir  de  Jene  .1.  gualées  à  Triple,  & 
après  elle  ny  en  l'eroit  jamais  dame.  Et  quant  la  dame  oy 
ce  mandement,  le  que  le  dit  Beneit  Zacarie  avoir  mandé, 
li  le  conleilla  à  l'on  confeil  l'Ofpitau,  quy  li  armèrent  une 
faitie,  &  la  menèrent  à  Sur,  dont  frère  Bonyface  de  Ca- 
lamandrane  de  l'Ofpitau,  .j.  grant  feignor,  vint  à  la  dite 
dame,  &  parlèrent  enfemble  au  dit  s[ire]  Beneit  ;  &  tant 
y  ot  dit  &  debaty  d'une  part  &  d'autre,  quy  s'acorderent 
au  gré  des  .ij.  parties,  &  alerent  à  Triple;  mais  je  vos 
laira  de  lor  fait,&  vos  diray  un[e]  autre  raylon,  quy  touche 
à  yaus. 

473.  Il  avint  enffi  que,  quant  les  Jenevés  furent  venus 
à  Triple,  car  vos  avés  oy,  .ij.  perlbnes  montèrent  d'Ali- 
landre  au  l'oudan,  que  je  por  ce  dire  que  il  font,  le  je 
vorée,  &  parlèrent  au  l'oudan,  &  li  moftrerent  coument 
Triple  par  elle  fans  les  Jenevés  armereit  ligierement  de 
.x.  à  .xv.  leins,  &  ores  que  Jenevés  l'ont  à  lor  main,  il 
en  armeront  .xxx.,  car  Jeneveus  de  toutes  pars  veront  à 
Triple,  &  s'il  ont  Triple,  il  feront  leignors  de  l'es  aiguës, 
&  convera  que  liaus  quy  veront  en  Alyllandre  feront  à 
lor  mercy,  alant  &  venant,  &  dedens  le  port,  la  quel 
choze  tourne  à  grand  péril  des  marchans,  quy  huzent  en 
vollre  royaume. 

474.  Quant  le  loudan  l'oy,  li  ly  lembla  que  celte  eftoit 
raylon  quy  lembloit  bien  que  enfi  deuil  élire,  &  le  my  en 
euvre,  fi  corn  il  moltra  après,  &  par  my  tout  le,  il  avoit 
grant  volenté  contre  Triple  pour  le  prince  quy  fu  à  Do- 
mas,  quant  les  Tatars  le  prirent,  &  fift  moût  de  honte  as 
Sarazins  ;  dont  le  l'oudan  eiill  confeil  à  lés  amiraus,  &  or- 


a.  Le  mf.  répète  &  ce  elle  nen        des  rayfons  dou  coumun,  que  elle 
vernit  venir  en  adrefenient  o  luy        venift  à  Sur  &c  amenait, 


III.   LE    TEMPLIER    DE    TYR.  2^f 

denerent  d'aler  à  Triple,  &  fifr.  aparailler  les  gens  d'armes,  1288 
&  les  camés  par  les  chemins,  mais  il  y  àvoit  .j.  amirail 
quy  eftoit  anllen,  &  .j.  des  .iiij.  quy  ioftenoient  la  paï- 
nime  ;  fi  fift  à  laver  à  mon  (eignor  le  maiftre  dou  Temple 
fefte  novele,  <3c  avoir  nom  feftu  amirail  hemir  Salah  quy 
eiloic  hulé  d'avertir  le  maiftre  don  Temple  dou  proufit 
de  la  creftienté,  quant  le  loudan  voloit  grever  la  creftienté 
en  aucune  manière,  &  coftoit  au  maiftre  de  biaus  prezens 
chalcun  an,  que  il  ly  mandoit.  Et  quant  le  loudan  fu  hors, 
ala  [à]  Salahie,  <3c  tout  Ion  hoft  :  le  maiftre  manda  .j.  home 
de  la  mahnée  à  haus  de  Triple,  cornent  le  loudan  venoit 
fur  yaus  à  Triple,  dont  il  ne  le  vollrent  croire,  &  dyzeent 
quy  venoient  prendre  Nefin,  &  autres  dileent  laides  pa- 
roles dou  maiftre,  que  ce  faifeent  il  pour  eaus  esfreer  por 
ce  que  il  eùftent  bezoing  de  faire  le  menejer  vers  le  lou- 
dan, &  lemblerent  que  il  l'eiift  fait  retorner,  mais  il  ne 
venoit  mie.  Et  quant  le  loudan  tu  venu  plus  avant,  le 
maiftre  manda  .j.  autre  melage  de  grant  aparance  :  fi  fu 
frère  Reddeceur,  frère  chevalier  elpaignol,  &  lor  fift  laver 
coument  le  foudan  [venoit];  &  à  tout  le  furent  il  entre  .ij. 
dou  creire  ou  non,  &  toute  fois  ordenerent  lor  fait,  &  Red- 
deceur revint  à  Acre,  &  le  loudan  vint  devant  Triple,  & 
mon  feignor  Aumaury  de  Lezingniau,  frère  dou  roy  Henry, 
roy  de  Jerulalem  &  de  Chipre,  quy  s'apelet  feignor  de 
Sur  &  couneftable  dou  royaume  de  Jerulalem,  vint  à  Triple, 
&  mena  belle  gent  d'armes,  chevaliers  &  autres,  &  y  vint 
le  marefchau  dou  Temple  frère  Jofrey  deVendac,  &  frère 
Piere  de  Montade,  coumandour  d'Acre,  &  frère  Redde- 
ceur, &  plulTors  frères  de  l'Ofpitau,  &  plulTors  chevaliers 
&  fergans  dou  roy  de  France,  &  avoir  des  Jenevés  .iiij. 
gualées  &  .ij.  de  Venefiens  quy  vindrent  puiftes,  &  Pi- 
fans  y  vindrent  affés,  quy  eftoient  henemis  des  Jenevés 
&  de  fiaus  de  Triple,  de  quey  le  failly  poi  que  il  n'en 
y  ot  entre  yaus  .j.  mavais  haitin,  &  meiïmes  Ofpitaliers 


2^6  LES   GESTES    DES    CHIPROIS. 

avoient  grofe  volenté  à  fiaus  de  Triple  pour  la  guerre  que 
il  avoyenc  eu.  Quant  il  teneent  Nefin  enfement,  y  avoit 
.iij.  grans  dames  :  il  avoir  la  feme  dou  prince  6c  ma  dame 
de  Sur,  la  feme  qui  fu  de  mon  feignor  Johan  de  Monfort, 
feignor  dou  Toron,  quy  avoit  tenu  le  baillage  de  Triple, 
corne  le  plus  prochain  hair  aparant,  tant  que  ma  dame 
Lucie  fu  venue,  &  eftoit  meymes  la  terre  moût  puplée, 
6c  plaine  de  moût  bones  gens,  chevaliers  6c  bourgeis  6c 
d'autres  gens. 

47^  .Le  loudan  Melec  el  Menfour  afega  la  cité  de  Triple, 
le  jour  dou  jeuidy  à  .xvij.  jours  dou  mois  de  mars  dou  dit 
an,  &  toute  lefte  gent,  que  je  vos  ais  devant  només,  fi 
vindrent  à  fecoure  là,  aucuns  avant  que  elle  fu  alegée,  6c 
autres  après. 

476.  Le  loudan  drefa  les  engins  6c  grans  6c  petis,  6c  fift 
l'on  bûcher  par  devant  la  ville,  6c  les  carabohas,  6c  failly 
la  terre,  6c  fifl:  les  mines  defous  terre,  6c  vint  dedens  les 
premiers  focés. 

477.  La  fi  té  fu  moût  forte,  6c  de  fors  murs  malonés, 
mais  le  foudan  f\  la  fift  aiailir  6c  charger  par  le(s)  plus 
faible  leuc  quy  fuft  en  la  ville,  ce  fu  la  Tour  dou  vefque, 
qui  eftoit  veille  durement,  6c  tant  y  ferirent  les  engins 
qu'elle  fu  toute  depefifée,  6c  enlement  la  Tour  de  l'Ofpi- 
tau  quy  eftoit  forte  6c  neuve  ;  fi  fu  meymes  fi  fendue  que 
chevau  peiift  pafer  par  my.  Le  loudan  avoit  fi  grant  gent 
que  en  chafcune  archere  eftoit  ordené  de  traire  .xx.  ar- 
chers larazins,  fi  que  nul  de  nos  abaleftriers  nen  ozet 
moftrer  l'eul  pour  traire  dJarc  ni  d'abaleftre,  6c  s'il  aloit 
pour  trayre,  fi  eftoit  tantoft  féru  5  fi  que  la  ville  eftoit  en 
moût  mal  condicion,  6c  par  my  tout  le  les  marchans  ve- 
nefiens  quy  avoient  là  les  ij.  gualées,  s'i  recuillirent  pour 
aler  en  Ermenie,  pour  ce  que  il  virent  que  la  terre  eftoit 
fur  prendre.  Et  quant  Beneit  vi  que  Venefiens  eftoient  re- 
cuillis,  fi  le  douta  quy  ne  le  preïiïent  les  gualées  6c  le 


III.  LE    TEMPLIER    DE   TYR.  237 

layffafent  en  terre,  luy  &  fa  gent,  fi  n'en  avereent  ou  re-  iaî 
cuillir  au  bezoing,  <3c  poreent  eftre  perdus,  &  pour  cefte 
dout[e]  fi  fe  recully  luy  <5c  la  gent  fur  les  gualées,  6c  adons 
s'aperfurent  Sarazins  que  il  avoit  poy  de  défendeurs,  <3c 
la  hafterent  tant  que  au  derain  la  vylle  fu  fi  afeblie  que 
à  un  afaut  la  prirent  Sarazins,  à  .xxvj.  jours  dou  mois  d'a- 
vril dou  dit  an,  &  fu  par  faute  de  defendeors,  que  Tun 
pour  l'autre  guerpi  fa  defence,  <3c  elchaperent  les  .iij.  dames 
que  je  vos  nomay,  la  feme  dou  prince,  &  la  leur  dou 
prince,  ma  dame  Lufie,  &  la  dame  de  Sur,  feme  quy  fu 
de  médire  Johan  de  Monfort,  &  tous  les  grans  feignors 
que  je  vos  nomeray  :  meffire  Aumaury,  frère  dou  roy 
Henry,  qui  s'apeloit  feignor  de  Sur,  porce  que  le  roy  puis 
la  mort  de  meffire  Johan  de  Monfort  &  de  meffire  An- 
frey,  fon  frère,  le  roy  Henry,  douna  Sur  à  feftu  fien  frère 
meffire  Aumaury,  <5c  le  fift  couneftable  dou  royaume  de 
Jerufalem;  &  efchapa  aufi  le  mareichau  dou  Temple  & 
le  comandour  de  POlpitau,  frère  Mahé  de  Clermont,  <3c 
meffire  Johan  de  Grill,  chevetaine  des  gens  dou  roy  de 
France  &  lenefchau  dou  royaume  de  Jerufalem.  Tous 
les  que  je  vos  ays  només  fe  recuillirent  povre  gent,  <3c 
entre  les  quels  fu  mort  meffire  Berthelemé  de  Giblet, 
maire  &  chevetaine,  meffire  Henry  de  Giblet  efchapa, 
&  morut  en  la  bataille  frère  Piere  de  Moncade,  cou- 
mandour  dou  Temple,  &  Guilerme  de  Cardone,  frère 
dou  Temple,  &  fu  pris  vif  frère  Reddecuer,  &  frère 
Huguet,  fis  dou  conte  d'Enpures,  frère  dou  Temple,  & 
meymes  furent  mort  &  pris  aucuns  frères  de  TOipitau 
de  Saint  Johan. 

478.  Et  enffi  avint  fefle  grant  mefaventure  de  la  fité 
de  Triple,  con  je  vos  ais  dit,  oc  le  foudan  la  fift  abatre 
toute  à  terre,  que  vos  ne  troverés  une  foule  maylon  en- 
tière, &  ce  a  efté  pour  achailTon  d'une  ville,  que  Sarazins 
ont  labouré  en  un  leuc,  quy  a  nom  Montpelerin,  qui  eft 


2}8  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1288  loins  de  la  mer  en  fus  de  Triple  mains  d'une  liue,  &  s'a- 
pele  la  vile  de  Triple  la  neuve. 

479.  De  puis  la  perte  de  Triple,  le  roy  Henry  party 
de  Chipre,  &  vint  à  Acre  .iij.  jors  après,  &  ferma  la  triue 
de  Surie  &  de  Chipre  au  foudan,  &  le  jura  le  roy  au  fou- 
dan,  &  le  foudan  au  roy;  &  le  foudan  au  mes  d'aoufi: 
tourna  en  Babiloine,  &  le  roy  Henry  retorna  en  Chipre 
à  .xxvj.  jours  de  letembre  dou  dit  an,  &  fi  lailfa  à  Acre 
à  Ion  leuc  meffire  Aumaury,  feignor  de  Sur,  fon  frère  ;  & 
ores  vos  diray  la  manière  &  la  rayfon  cornent  Acre  fu 
prize  des  Sarazins. 

480.  Il  avint  enffi  que  pour  achaifon  de  la  perte  de 
Triple,  le  pape  manda  .xx.  gualées  de  fecours  à  la  fité 
d'Acre,  lequés  gualées  furent  armés  en  Veneyze,  &  fu  lor 
capitaine  .j.  grant  home  de  Veneyze  quy  le  noumoit  Lef- 
cople,  quy  fu  fis  dou  duc  de  Veneyle  s[ire]  Lorens  Tou- 
pie quy  mors  eftoit,  &  il  vint  .j.  chevalier,  grant  vavafour, 
quy  ot  nom  Lerous  de  Souly,  &  lé  cruyferent  &  vindrent 
à  Acre  moût  de  menues  gens  d'Itaille,  &  eftant  celle  gent 
à  Acre,  la  triue  que  le  roy  avoit  fait  au  foudan  le  main- 
tenoit  bien  entre  les  .ij.  parties,  &  les  povres  vilains  Sa- 
razins entreent  à  Acre,  &  porteent  les  biens  à  vendre,  f\ 
com  il  avoient  ulé  à  faire.  Si  avint  .j.  jour  par  l'euvre  de 
l'ennemy  d'infer,  que  volentiers  porchaile  maies  heuvres 
entre  bones  gens,  fi(l  enflfy  que  les  cruyffés  qui  efloient 
venus  pour  bien  faire  &  pour  l'arme  d'yaus  au  fecours 
de  la  fné  d'Acre,  f\  vindrent  afia  deftruffion,  car  il  cou- 
rurent .j.  jor  par  la  terre  d'Acre,  &  mirent  à  l'elpée  tous 
les  povres  vilains  qui  porteent  les  biens  à  Acre  à  vendre 
&  forment  &  autres  choies,  quy  elloient  Sarazins  des  ca- 
zaus  dou  pourpris  d'Acre,  &  auli  meïmes  tuèrent  pluif- 
lors  Suriens  qui  porteent  barbes,  &  elloient  de  la  ley 
de  Greffe,  que  pour  lor  barbes  les  tuèrent  en  change 
de  Sarazins,  la  quele  choie  fu  trop  maufaite,  &  ce  fu  la 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  2^9 


choie  por  coy  à  Acre  fu  pril'e  de  Sarazins,  con  vos  en-  i*ss 
tenderés. 

48 1 .  Quant  le  vilains  furent  mors,  fi  corn  vos  avés  oy, 
la  novele  fu  dite  au  loudan  en  Babiloine,  le  quel  en  fu 
moût  couroulé,  &  menalfa  moût  la  gent  d'Acre,  &meil- 
mes  G  ly  fu  porté  les  chemizes  banies  de  fane  de  fiaus 
quy  furent  mors,  &  ja  u  (bit  le  que  le  loudan  élit  eu  pro- 
pres de  grever  la  fité  d'Acre,  toute  fois  il  manda  les  mê- 
lâmes as  leitrnors  d'Acre,  couinent  il  avoit  trové  as  crel- 
tiens,  &  que  fur  triue  l'on  li  avoit  fait,  &  tué  les  gens 
vilains  Sarazins,  &  requeroit  l'amende  &  la  jullize  de  fiaus 
qui  avoient  le  fait.  Les  leignors  d'Acre  furent  fur  ce  fait 
au  conleil,  &  entre  plulburs  paroles  dites  entre  yaus,  mon 
feignor  le  maiitre  dou  Temple  conhllya  que  l'on  preïlt 
de  tous  b  les  pnioniers  de  la  prilon  reau  &  dou  Temple, 
&  de  l'Ofpitau  &  des  Pizans  &  Veneffiens,  fiaus  quy  dé- 
voient morir  pour  les  malefaites,  &  dire  que  les  efloient 
fiaus  quy  avoient  route  la  triue,  &  [tuéj  tous  b  les  vilains 
Sarazins,  &  en  l'y  le  tera  à  payé  le  loudan,  &  le  débouterons 
de  nos  grever  par  celle  jullize  que  l'on  fera  de  les,  puis 
que  il  deveent  morir.  De  l'efle  choie  lurent  aucuns  que 
fi  acorderent,  mais  pluilors  autres  ne  s'en  acorderent  mye, 
&  remeft  la  choie  que  riens  ne  le  fin1  ;  &  firent  rei'pons  au 
loudan  fi  com  il  lor  l'embla  à  faire  ;  mais  celon  le  que  je 
peus  entendre,  il  mandèrent  dire  au  loudan  que  l'es  cruyl- 
l'és  qui  avoient  le  fait  elloient  gens  eltrangiers  d'outremer 
&  non  pas  de  lor  jullize,  as  quels  il  ne  lor  pooient  mètre 
main  de  lus  ;  de  quei  le  loudan  le  tint  mal  à  payé,  & 
atira  fon  fait,  &  les  engins,  &  acrut  l'on  holl  de  gens 
d'armes  allés,  &  fill  aparellier  les  camés  par  la  berrie  pour 
l'on  palier,  c'ell  alaver  les  piaffes  &  les  viandes,  &  manda 
.j.  lien  amyraill,  quy  ot  nom  Toclo,  as  parties  d'Acre, 

a.  Mf.  je.  —  b.  Mf.  tout. 


240  LES    GESTES   DES    CHIPROIS. 

1288-1290  quy  demoura  .iiij.  mes  entre  Chaftiau  Pèlerin  &  Sezaire,  & 
firent"2  tailyer  bûche  de  quey  il  deveent  faire  lor  buhcher, 
aufi  corne  guarides  contre  la  fité  d'Acre,  &  diioit  que 
cefte  bûche  devoit  aler  en  Babiloine,  por  Te  que  creftiens 
ne  s'aparfeuffent  ;  &  de  dens  le  émir  Salah,  amirail  quy 
eftoit  amy  dou  maiftre  dou  Temple,  fift  alaver  au  dit 
maiftre  que  le  loudan  en  toutes  manyeres  devoit  venir 
afeger  Acre,  dont  le  maiftre  dou  Temple  le  fift  aiaver  à 
tous  les  feignors  d'Acre,  &  ne  le  voftrent  croire. 

482.  Et  quant  il  vint  en  l'an  de  F  incarnation  de  Noftre 
Seignor  Jehfu  Crift  M  &  CC  &  XC,  au  mois  de  huitovre, 
le  loudan  parti  de  Babiloine  Melec  el  Menfour,  &  vint  à 
tout  fon  poier  en  .j.  leuc  qui  le  dit  la  Salahie,  de  quei  il 
morut,  &  l'achaifon  de  fa  mort  je  la  vos  devizerais  en  ce 
livre. 

483.  Ceftu  foudan  fi  avet  noury  .j.  garfon  qui  eftoit 
turc,  &  tant  Pavanfa  que  après  le  foudan  n'en  avoit  nul 
en  païnime  quy  fuft  plus  puiftant  de  luy,  &  avoit  nom 
Turentay.  Or  fu  dit  que  par  fa  grant  puiftance  il  monta 
à  fi  grant  orgueil  quy  cuida  eftre  foudan,  le  le  loudan 
moreit  ;  <5c  pour  ce  il  fift  tant  que  il  enpouzouna  le  fou- 
dan, en  manière  que  il  en  fu  aperfeii  ;  &  quant  le  loudan 
vint  à  mort,  il  fift  venir  Ion  aihné  fis,  &  li  dift  cornent 
il  moreit,  &  que  il  ly  enchargoit  &  prioit  de  parfaire 
l'enprize  que  il  avoit  enpris  d'aler  prendre  Acre  &  ven- 
gier  le  fane  des  Sarazins,  qui  furent  tués.  Le  fis  ly  pro- 
mift;  &  après  ly  pria  de  faire  morir  Turentay,  par  fe  que 
il  l'avoit  mort  par  poilfons  ;  le  fis  tint  tout  le  que  le  père 
li  encharga,  f\  corne  vos  l'entendrés. 

484.  Le  foudan  fur  ce  morut  &  fut  enterés,  &  tantoft 
celé  nuit  fift  prendre  feftu  Turentay,  &  le  fift  eftrendre 
devant  luy  à  revers  les  mains  fort  liés,  &  li  monta  à 

a.  Mf.  faite. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  24 1 

genoulls  fur  le  pis^  &  de  les  mains  meymes  li  aracha  la  129° 
barbe,  &  ly  diir.  :  0  Dehliau,  tu  as  rué  mon  père,  &  je 
re  fëray  morir.  »  Et  puis  le  fift  prendre  6c  tuer,  &  def- 
membrer  fans  fepulture,  dont  aucuns  diftrent  que  il  gehi 
cornent  que  il  enpoulfona  le  foudan  ;  mais  coument  que 
ce  fu,  il  morut  enfly.  L'ofi:  de  Babiloine  ne  fe  mut  de  là 
où  il  eftoit,  hors  de  Babiloine,  <5c  le  foudan  novyau,  fis  de 
ceflu  quy  fu  mort,  qui  fe  fift  apeler  Melec  el  Elferaf,  vy 
Toft  aparaillie,  &  les  camés  par  les  chemins,  &  le  mil!  à 
venir  à  Acre  à  moût  grant  gent  à  chevau  &  à  pié;  &  dit 
l'on  que  il  furent  plus  de  .lxxm.  homes  à  chevau,  &  gens 
à  pié  plus  de  .c.  &  .lm.  &  plus.  A  Acre  n'en  avoit  de  tout 
entre  femes  &  homes  &  enfans  que  de  .xxx.  à.  xlm.,  des 
quels  efloient  à  chevau  de  .vijc.à.viijc.,  &  à  pié,  à  conter 
les  cruilTés,  avoit  entour  de  .xiiijm. 

48  f.  Syaus  d'Acre,  quant  il  (Virent  que  le  foudan  Me- 
lec el  Menfour  [eftoit  mort],  con  vos  avés  oy,  il  orent 
grant  joie,  &  cuyderent  eftre  delyvrés,  mais  ne  penleent 
pas  que  ceftu  autre  foudan  Melec  elElTeraf  delill  au  pre- 
mier an  de  fa  feignorie  fl  toit  chevaucher  en  oft,  8c  por 
fe  dounerent  grant  merveilles,  &  s'atirerent  de  la  venue 
d'engins  &  d'autres  choies  que  meftier  lor  fu,  &  garni- 
rent bien  leur  garides,  &  y  comencerent  à  faire  lor  guais, 
fi  corne  l'on  doit  faire,  quant  Ton  a  henemy,  &  ordene- 
rent  un  mefage  tous  liaus  d'Acre  &  prelent  qui  ly  man- 
[derent].  Et  furent  les  melages  meffire  Phelippe  Mainebeuf, 
chevalier  d'Acre,  quy  iavoit  moût  bien  le  lenguage  fara- 
zine,  &  .j.  frère  dou  Temple  chevalier,  quy  ot  nom  frère 
Berthelomé  Pizan,  &  eftoit  nés  de  Chipre,  <5c  .j.  frère  de 
l'Oipitau,  &  .j.  efcrivain  quy  ot  nom  Jorge  ;  &  furent 
devant  le  foudan,  quy  refuza  les  letres  &  le  prefent,  & 
retint  les  melages  en  prilon,  con  le  foit  choie  que  avant 
fe  que  les  melages  furent  mandés  au  foudan,  le  foudan 

manda  letres  au  maiilre  dou  Temple  qui  furent,  encontre 
c  31 


242  LES    GESTES   DES   CHIPROIS. 


1290  efcrites  de  letres  farazinezes,  en  letres  franfezes  efcrites 
de  ma  main,  le  quel  contre  efcrit  je  portay  &  moftray 
à  mon  feignor  le  maiftre  &  à  tous  les  feignors  d'Acre, 
c'efl:  al'aver  au  patriarche,  6c  léguât,  &  au  maiftre  de  l'Ol- 
pitau,  frère  Johan  de  Villiers,  &  au  coumandour  des  Ale- 
mans,  carlor  maiftre  eftoit  partis  outre  le  gré  des  feignors 
d'Acre,  &  ala  en  Poille  demourer,  6c  le  moftray  a  au  con- 
s[e]le  de  Pize,  &  au  baill  de  Veneize  que  nui  ne  voft  afer- 
cefier  que  le  foudan  venift,  tant  que  le  fuft  bien  aproché, 
&  que  fiaus  d'Acre  le  mandèrent  lor  mefages,  con  vos 
l'avés  oy. 

486.  Or  vous  vyaus  moftrer  la  ténor  de  la  dite  letre, 
que  le  foudan  manda  au  dit  maiftre  dou  Temple  :  û  pores 
favoir  en  quel  guyze  eft  devizé(e)  le  falus  que  le  foudan 
manda  en  fes  letres,  quy  devizeent  enfy  : 

487.  <■'  Le  foudan  des  foudans,  le  roy  des  roys,  le  fei- 
gnor des  feignors,  Melec  el  EfTeraf,  le  puyffant,  le  redouté, 
le  chafteours  de  rebels,  le  chaiïeour  des  Frans  &  des  Ta- 
tars  &  des  Ermins,  aracheour  des  chaftiaus  des  mains  des 
mefcreans,  feignor  des  .ij.  mers,  ferveour  de[s]  .ij.  fains 
pèlerinage  Calohonel  [&]  Salahie,  [à]  vous  le  maiftre, 
noble  maiftre  dou  Temple,  le  véritable  6c  fage,  falus  6c 
noftre  boune  volenté  !  Pour  ce  que  vos  avés  efté(s)  home 
véritable,  fi  vous  mandons  letres  de  noftre  volenté,  6c  vos 
faifons  afaver  que  nous  venons  en  vos  parties  por  amen- 
der les  tors  fais,  pour  quey  nos  ne  volons  que  la  comu- 
nauté  d'Acre  nous  dee  mander  letres  ny  prezent,  car  nos 
ne  le  relevons  point.  » 

488.  Et b  tel  fu  le  mandement  6c  la  tenour  de  la  dite 
letre  dou  foudan,  con  vous  avés  oy,  mais  ja  pour  ce  ne 
laifferent  de  mander  leur  mefages,  fi  con  je  le  vos  ay  dit, 


a.    M/,    maiftray.    —    b.    Ce       mence  plus  haut  a  vous  le  maiftre. 

paragraphe    dans    le    mf.     com- 


III.   LE    TEMPLIER    DE    TYR-  243 


les  quels  furent  areftés  &  mandés  en  prifon  en  Babiloine,  1290-1291 
là  où  il  moururent  de  puis  à  grant  melaize. 

489.  Le  foudan  vint  devant  Acre  &  l'afega  par  .j.  jeufdy 
à  .v.  jours  d'avril,  en  l'an  de  M  &  CC  &  XCI  de  l'incarna- 
fion  de  Crift,  &  la  prift  à  .xviij.  jours  dou  mois  de  may 
prochain  venant  dou  dit  an  ;  ores  entenderés  coument 
il  avint. 

490.  Le  foudan  fi  fift  fermer  les  tentes  &  les  pavellions 
moût  près  l'un  de  l'autre,  quy  tenoient  dou  Toron,  alant 
julques  vers  la  Semerrie,  que  tout  le  plain  fu  couvert  de 
tentes  ;  &  la  tente  dou  foudan,  quy  s'apele  dehlis,  eftoit 
fur  .j.  toron  hautet,  là  où  ele  avoit  une  bêle  tour  &  jardins 
&  vignes  dou  Temple,  lequel  dehlis  eftoit  tout  vermeill, 
&  une  porte  overte  vers  la  fité  d'Acre,  &  eft  enl'y  huzé 
des  foudans  que  vers  [là  où]  la  porte  dou  dehlis  eft  overte, 
chafcun  feit  que  le  foudan  doit  aler  par  iel  chemin-,  .viij. 
jours  demoura  devant  Acre  fans  riens  faire,  fors  aucune 
fois  avoit  aucun  hutin  de  nos  gens  à  la  leur,  quy  aucuns 
en  moroit  d'une  part  &  d'autre  ;  &  à  terme  de  fes  .viij. 
jours,  adreferent&afeïrent  au  point  lor  engins,  que  lapiere 
quy  getoit  pezoit  un  quintar.  L'un  de  fes  engins  quy  avoit 
nom  Haveben,  quy  vient  à  dire  yrious,  fi  eftoit  devers  la 
garde  dou  Temple,  &  l'autre  engin,  quy  getet  contre  la 
o-arde  des  Pizans,  avoit  nom  le  Menlour,  ce  eft  à  dire 
le  victoire,  &  l'autre  grant,  que  je  ne  vos  le  iay  nomer, 
getoit  contre  la  garde  de  FOfpitau,  &  le  cart  engin  getoit 
contre  une  grant  tour,  quy  a  nom  la  Tour  maudite,  qui 
eft  à  fegons  murs  &  eft  de  la  garde  dou  roy. 

49  r .  Il  mirent  efcus  grans  &  efcus  fais  de  verges,  la 
première  nut  rengés  contre  nos  murs,  &  la  fegonde  nut, 
les  acofterent  plus  avant,  &  la  tierce  nut,  aufli  les  acofte- 
rent,  &  tant  les  acofterent  que  il  vindrent  fur  la  doune 
dou  focé,  &  deriere  les  dis  efcus  avoit  les  gens  d'armes 
défendus  de  lor  chevaus  en  terre  &  l'arc  en  la  main,  & 


244  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1291  fe  Ton  vozift  dire  cornent  Ton  les  layfoit  aprocher  tant 
avant,  Ton  ne  les  poiet  défendre,  &  vos  diray  pour  coy  : 
fefte  gent  avoient  lor  gent  à  chevau  tous  armés,  à  che- 
vaus  covers,  de  l'un  chef  de  la  fité  julques  à  l'autre,  qui 
eft  à  entendre  de  l'un[e]  mer  julques  à  l'autre",  &eftoient 
les  plus  de  .xvm.,  &  le  changeent  .iiij.  changes  le  jour, 
fi  quy  lor  venoit  poy b  de  travaill,  &  le  nul  de  nos  gens 
fuffent  ylïus  à  fiaus  quy  eftoient  deriere  les  elcus,  les  quy 
lor  eftoi[en]t  ariere  dos,  il  les  eiiiïent  lecourrus  &  défen- 
dus, con  le  loit  choie  que  aucune  fois  nyffirent  nos  gens 
à  yaus,  dont  les  à  chevau  les  defendeent,  fi  que  en  la  fin 
vindrent  fur  la  doune  dou  focé,  con  je  vos  ais  dit,  & 
porteent  fiaus  à  chevau  la  bûche  chalcun  fur  le  col  de 
Ion  chevau  à  .iiij.  &  à  .v.  les  bulches,  &  les  jeteent  de- 
riere les  elcus,  que  quant  veneit  la  nuit,  {\  les  meteent  par 
devant  lor  elcus,  &  lyeent  une  corde  par  delus,  &  deve- 
neit  corne  .j.  mur  que  .j.  engin  n'i  eiift  riens  fait,  car  au- 
cuns de  nos  meens  engins  lanleent  &  fereent  de  lus,  <3c  ne 
faizeent  riens  à  yaus,  [mais]  reboutoit  la  piere  au  focé;  & 
après  drelerent  lor  carabouhas,  quy  font  engins  petis  tur- 
queis,  quy  fe  tirent  as  mains,  &  geteent  moût  fouvent,  6c 
faizoient  plus  de  maus  à  la  gent  que  les  grans  engins,  que 
le  leuc  où  le  carabouha  lanfer,  nul  n'en  ozet  acofter,  <3c 
par  devant  lor  carabouha  avoient  fait  dehauchée  bien  fort 
&  Cî  haut  que  nul  n'i  poiet  ferir  ni  lanfer  à  fiaus  quy  le 
tire[e]nt;  &  enfi  dura  fefte  beloine  tant  corne  il  mineent, 
car.j.  grant  amiraill,  qui  ot  nom  Lelgay,  f\  eltoit  ordené 
contre  une  tourete  neuve  as  premiers  murs  devant  la  Tour 
maudite,  quy  fe  difoit  la  Tor  dou  roy.  Ceftu  Elefgay  fift 
miner  contre  lele  dite  tor,  &  aufy  minèrent  .j.  baril,  qui 
fe  difoit  le  baril  dou  roy,  &  l'apuerent  tout,  dont  noftre 


a.  Le  mf.  répète  quy   eft  a    en-        huître.  —  b.   Le  mf.  répète  poy. 
tendre    de  lune    mer   julques    a 


III.    LE    TEMPLIER    DE   TYR.  24^ 

gent  mirent  le  feu,  &  le  firent  chayr  tout  en  .j.  mont;  &  1--91 
meymes  firent  un  autre  mine  les  Sarazins  contre  la  Tour 
de  la  conteffe  de  Blois,  que  elle  fift  faire  quant  elle  vint 
de  sa  mer  por  Parme  d'elle,  &  nos  gens  lor  faiioient  mynes 
encontre,  &  le  defendeent  vigourouzement;  mais  Sarazins 
veneent  tous  jours  gens  frès,  por  fe  que  il  eftoient  grant 
gent.  Et  quant  vint  .j.  jour  noftre  gent  furent  au  conieill  de 
niflir  de  toutes  pars  à  chevau  &  à  pié,  &  ardre  le  bulcher, 
fi  avint  que  mon  feignor  le  maiflre  dou  Temple  &  fa  gent 
&  mefiire  Johan  de  Granfon  &  autres  chevaliers  [vin- 
rent] une  nuit  devers  la  partie  dou  Temple,  qui  eftoit  à 
Putremer  de  la  Porte  de  Saint  Ladre,  &  ordena  le  maiftre 
.j.  provenlau,  quy  eftoit  vifconte  dou  Bort  à  Acre,  de  mètre 
le  feue  à  buhcher  dou  grant  engin  dou  loudan,  &  nil- 
firent  celle  nuit,  &  furent  jufques  au  dit  buhcher,  &  feluy 
qui  dut  geter  le  feue,  &  le  geta  fur  paour  en  tel  manière 
quy  vint  court,  &  chay  à  terre,  &  alumet  fur  terre.  Tous 
fiaus  Sarazins,  quy  là  fe  troverent,  furent  tous  mors,  gens 
à  chevau  &  à  pié,  &  de  noftre  gent,  frères  &  chevaliers 
dou  fiecle  alerent  fy  avant  entre  les  paveillons,  que  lor 
chevaus  s'enconbrerent  as  jambes  des  cordes  des  tentes 
&  trabucheent,  &  adons  les  Sarazins  les  tueent,  &  en  tel 
manière  perdimes  fêle  nuit  .xviij.  homes  à  chevau,  frères 
dou  Temple  &  chevaliers  dou  fiecle,  mais  Pon  prift  plu- 
zours  efeus  &  targes  farazinezes  &  trombes  &  nacares; 
&  retorna  mon  feignor  &  fa  gent  à  Acre.  Entrevées  Pon 
trova  pluilours  Sarazins  enbulchés  que  Pon  les  ocift  tous, 
car  la  lune  luyfeit  corne  le  jour,  &  pour  ce  les  vi  Pon  i\ 
bien;  &  tant  vous  dis  qu'e[n]  feluy  leu  fi  lu  le  ieignor  de 
Haman,  quy  fe  ralia  o  fa  gent,  &  nos  vint  acoftant  par 
le  labelon  as  piles  quy  traioient  à  noftre  gent,  &  nafre- 
rent  aucuns,  &  n'en  ozerent  enveïr  nos  gens  ;  &  lâchés 
que  il  eftoient  un  grant  parfemblant  de  .ijm.  perfounes 
à  chevau,  mais  noftre  gent  n'en  eftoient  de  gens  cheva- 


246  LES    GESTES   DES  CHIPROIS. 

1291  liers  &  autres,  &  frères,  &  valès,  &  tricoples  .iijc.,  &  en 
les  autres  leus  quy  fu  ordené  enfi  à  faire,  ne  fu  rien  fait, 
car  Sarazins  s'en  apariurent  &  s'en  prirent  garde,  car  il 
chargèrent  creftiens  fi  fort  que  iltornerent  lans  riens  faire. 

492.  Encores  fu  ordené  que  tous  les  feignors  ckle  poier 
d'Acre  à  chevau  [deuffent]  yiïir  à  demy  nut  de  la  Porte 
Saint  Antoine,  &  ferir  fubitement  fur  les  Sarazins,  &  fu 
ce  fait  ordené  fi  privéement  que  nul  ne  le  lot  tant  que 
Ton  coumanda:  c  Montés  à  chevau  !  »,  &  quant  nos  gens 
furent  montés  &  yiïus  hors  de  la  Porte  de  Saint  Anthoine, 
&  la  lune  à  fel[e]  oure  nen  rayeit  mie,  ains  efteit  moût 
efcur[e],  &  Sarazins  furent  avertis,  &  firent  .j.  fi  grant 
luminaire  [de]  fanons,  quy  lémbloit  eftre  jour  entre  yaus, 
&  fe  vindrent  lur  noflre  gent  une  fi  grant  efchelle,  011  il 
y  eut  bien  .xm.,  &  chargèrent  noflre  gent  fi  durement  de 
piles  traire,  qui  lémbloit  que  ce  fuft  pleve,  de  quei  noftre 
gent  ne  le  porent  endurer,  <Sc  repairerent  dedens  la  fité, 
&  fi  ot  gens  à  chevau  blefiés  pluffors.  En  tel  douiour  & 
en  tel  condefîion  eftoient  noftre  gent  à  la  fité  d'Acre,  & 
ja  fe  difoi[en]t  no  vêles  que  le  roy  Henry  devet  venir  de 
Chipre  à  bon  fecours  qu'il  amenoit,  &  l'on  l'atendoit  de 
jour  en  jour. 

493.  Le  roy  avoit  femons  fa  gent  en  Chipre,  &  les 
alembla,  &  fe  party  de  Famagoufte,  &  ariva  à  Acre  à  .iiij. 
jours  de  may;  la  vylle  eftoit  en  mauvais  point,  car,  f\  con 
je  vos  ais  dit,  le  bail  fu  mené,  &  eftoit  chëu  de  la  tour 
[qui]  eftoit  minée,  mais  toute  fois  fu  grant  confort  à  la 
gent  la  venue,  &  fur  ce  que  le  roy  vint  après  poy  de  jors, 
mandèrent  mefages  au  foudan  meffire  Guillaume  de  Vil- 
lyer,  chevalier,  &  .j.  home  de  la  maihnée  dou  maiftre  dou 
Temple,  Guillaume  de  Cafrane,  &  le  foudan  vint  de  l'on 
dehlit  par  devant  la  porte  de  la  ville,  qui  diloit  l'on  Porte 
dou  léguât,  &  fu  défendu  d'une  part  &  d'autre  de  non 
traire.  Les  melTages  nyffirent  delarmés,  &  furent  par  de- 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  247 

vant  le  foudan  quy  eftoit  dedens  .j.  petit  pavillion,  &  tant  129' 
toft  con  les  mefages  l'eurent  falué  à  genoullons  par  .iij. 
fois,  fi  les  aprocha  vers  luy,  &  lor  dift  :  «  M'avés  vous 
porté  le[s]  clés  de  la  ville  ?  »  Et  les  mefages  refpondirent 
que  ce  n'eftoit  mie  fité  que  fe  doit  rendre  de  ligier,  &  que 
il  venoient  à  luy  por  ly  requerre  aucune  manyere  de  pitié 
pour  le  povre  peuple,  &  adons  le  foudan  lor  dilt  :  «  Je 
vos  feray  tant  de  grâce  que  vous  me  vudés  les  pieres  fou- 
lement,  &  enportés  tout  l'autre,  &  yfles  &  aies  vos  ent, 
&  fe  vous  fai  ge  pour  voftre  roy,  qui  eft  venu  &  qui  eft 
enfant,  fi  con  je  fus,  &  autre  choffe  je  ne  vos  feray.  »  Et 
les  mefages  adons  ly  diftrent  que  fe  ne  poiet  eftre,  car  la 
gent  d'outremer  nos  tereent  à  traytours,  &  il  dift  :  c  Donc 
vos  en  aies,  que  je  ne  vos  feray  autre  !  >j  Et  lur  fes  pa- 
roles .j.  engin  eftoit  que  les  cruffés  governerent  à  la  Porte 
dou  léguât,  &  ne  fay  par  quel  aventure  il  traift  &  vint  la 
piere  fi  près  dou  paveillon  où  le  foudan  eftoit  &  les  mef- 
îages,  que  le  foudan  par  bachelerie,  non  volant  maufaire, 
fi  fe  leva  en  pies  &  mift  fa  main  fur  s'efpée,  &  traïft  bien 
une  paume,  &  dift  :«A!  pors  punais,  quy  me  tient,  que  je 
ne  vos  taille  les  telles  !  »  &  Lefejay  fi  ly  dift  :  «  Sire,  Dieu 
nos  en  gart  de  foulier  le  fer  de  voftre  efpée  au  ianc  des 
pors,  car  fiaus  quy  ont  trait,  fi  ont  fait  que  traytours,  mais 
vos  les  lairés  aler  com  fiaus  quy  lont  vos  remanans.  »  Et 
s'en  tournèrent  les  mefages  à  Acre,  &  comenfierent  puis 
lor  labour  de  traire  les  uns  as  autres  de  manguenyaus,  & 
de  fe  qui  l'avoient  uzé  au  faire  corne  henemis. 

494.  La  tour  neuve  que  l'on  difoit  la  Tour  dou  roy  f\ 
fu  fi  menée,  que  la  frontière  devant  chey  en  .j.  mont  par 
dedens  le  focé,  fi  que  par  de  fus  les  pieres  ne  le  poyeent 
paffer,  dont  les  Sarazins  firent  laques  petis  de  chanevaus 
plains  de  fablon,  &  chafcun  home  à  chevau  porta  .j.  fac 
fur  le  col  de  fa  befte,  &  le  geta  à  Sarazins  dou  bufcher, 
quy  eftoient  là  en  fel  endroit  ;  &  quant  vint  la  nut,  fiaus 


248  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

129!  prirent  les  facques  &  les  eftendirent  fur  les  pierres,  &  pla- 
nèrent coum'un  pauvement,  &  l'endemain  le  mecredy  à 
vefpres  paflerent  lur  les  facs,  &  prirent  la  dite  tour,  quy 
avoit  encore  la  moytié  de  la  vote  entière  devers  la  ville 
tout  en  pies,  &  furent  noftre  gent  main  à  défendre  la  tour, 
&  ne  valut  rien  la  defence,  que  il  la  prirent;  &  myrent 
Tenleigne  dou  foudan,  (1  que  nos  atorfames  les  engins, 
&  efcandelyames  à  lanler  à  la  tour;  &  lanferent  &  au- 
cun tuèrent,  ny  ja  pour  ce  ne  la  guerpirent,  &  noftre  gent 
quant  il  virent  la  dite  tour  prife,  fi  labourèrent  vendifie- 
ment  de  marain  encuré,  quy  s'apelle  chat,  &  mirent  gens 
par  dedens,  que  fiaus  Sarazins  quy  avoient  pris  la  tour  ne 
peiiiïent  paiïer  avant. 

49 y.  Cant  la  tour  fu  enfîi  priffe,  con  je  vos  deviffe,  la 
gent  furent  moût  elmaiés,  6c  tout  le  plus  montèrent  lor 
femes  &  leur  an  fans  fur  mer,  6k  quant  vint  lendemain 
le  jeufdy,  il  fift  un  moût  mautens,  &  fu  la  mer  fi  grofe 
que  les  femes  &  les  an  fans  qui  eftoient  montés  au[s]  vauf- 
fiaus,  ne  le  porent  loufrir,  &  défendirent  en  terre  &  tour- 
nèrent en  lor  mayfîbns. 

496.  Et  quant  vint  le  jour  dou  vendredy  avant  jour,  une 
nacare  founa  moût  fort  *',  &  à  Ion  de  felle  nacare,  quy 
avoit  moût  oryble  vois  &  moût  grant,  les  Sarazins  alail- 
lierent  la  cité  d'Acre  de  toutes  pars,  &  le  leuc  dont  il  en- 
trèrent premier,  fi  fu  par  celle  maleite  tour,  que  il  avoient 
prife,  &  vos  diray  la  manière  coument  il  veneent. 

497.  Il  vindrent  tous  à  pié  quy  furent  tant  fans  nonbre; 
&  par  devant  veneent  leaus  quy  porteent  grans  targes 
hautes,  &  après  veneent  feaus  quy  jeteent  le  feue  gryzés, 
&  après  eftoient  fiaus  qui  trayoient  les  piles  &  feetes  en- 
penées  b  fi  elpeffement  quy  fenbloit  pleve  quy  venift  dou 


a.  Tout  ce  commencement  de  pu-        dans  le  mf.  en  tête  du  paragraphe 
ragraphefe  trouve  déjà  par  erreur       précédent.  —  b.  MJ\  enpenfes. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  249 

fiel,  &  noftre  gent,  quy  eftoient  dedens  le  chat,  l'abando-  1291 
nerent.  Sur  fe  fes  Sarazins  que  je  vos  dis,  prirent  .ij.  vées, 
puis  que  il  furent  entre  les  .ij.  murs  de  la  vylle,  c'eft  à  en- 
tendre entre  les  premiers  murs  <5c  focés,  quy  le  dizoit  la 
barbaquane,  <5c  entre  les  grans  murs  &  les  focés  de  la  fité  : 
dont  les  uns  entrèrent  par  une  porte  d'une  grant  tour,  quy 
fe  difoit  la  Tour  maudite,  &  alerent  vers  Saint  Romano, 
là  où  les  Pizans  avoient  lor  grant  engins  ;  les  autres  en 
tindrent  lor  chemin,  alant  à  la  Porte  de  Saint  Antoine. 

498.  Le  maiftre  dou  Temple,  quy  eftoit  affa  herberge, 
&  l'on  couvent  qui  eftoit  à  lor  defence,  fi  corn  il  fenty  la 
nacare  founer,  s'il  lembla  que  Sarazins  douneent  aucun 
alaut,  &  prift  .x.  ou  .xij.  frères  &  la  mehnée,  &  vint  vers 
la  Porte  de  Saint  Antoine  tout  par  entre  les  .ij.  murs,  & 
paffa  par  la  garde  de  l'Ofpitale,  &  mena  le  maiftre  de 
TOlpitau  o  luy,  lequel  mena  aucuns  de  fes  frères  o  luy; 
&  vindrent  à  la  Porte  de  Saint  Antoine  &  troverent  fes 
Sarazins  venant  à  pié  :  s'atirerent  à  yaus  &  riens  ne  va- 
lut, fi  con  je  vos  ais  deviié,  &  aucuns  chevaliers  de  Chipre 
&  de  la  terre,  &  fergans  à  pié,  car  Sarazins  furent  trop 
de  gens.  Et  quant  les  .ij.  maiftres  dou  Temple  &  de  TOl- 
pitau furent  venus  là  fi  poindans  fur  eaus,  f\  fembloit  ferir 
fur  .j.  mur  de  piere;  &  fiaus  quy  getoient  le  feue  grizés 
le  getoient  en  C\  fouvent  &  fi  efpès  que  la  fumée  eftoit  fi 
grant,  que  l'on  ne  veoit  l'autre  à  grant  poine;  &  par  my 
la  fumée  les  archiers  trayeent  efpeiïement  les  piles  enpe- 
né(e)s,  qui  bleieent  noftre  gent  &  nos  beftes  trop  mate- 
rnent. Et  avint  que  par  le  feue  qu'il  getoient,  fu  pris  dou 
feue  .j.  povre  valet  englès  fi  malement,  que  fon  fuvrefei- 
gniau  fu  alumé,  qui  n'ot  nul  quy  le  lecouruft,  que  il  ot  ars 
la  chère,  &  puis  tout  fon  cors  &  alumet  aufi  con  fe  fuit  .j. 
chauderon  de  puis,  &  là  morut  ;  &  quant  fe  le  avint,  il  eftoit 
à  pié,  que  la  befte  li  fu  tuée  de  fous  luy.  Et  quant  Sarazins 

avoient  en  poy  demouré,  fi  leveent  lor  efeus,  &  pafferent 
c  32 


2fO  LES   GESTES    DES    CHIPROIS. 


1291  .j.  poy  avant,  &  quant  [on]  lor  pounoit  de  fus,  &  il  encaleent 
tantoft  lor  efcus  &  arefteent;  &  tout  jour  le  jeter  dou 
feue  &  des  piles  ne  fefoit  de  labourer,  &  demoura  fefte 
ryote  &  feftu  huitein  jufques  à  tierce,  &  en  ce  my  leuc 
avint  une  grant  mefaventure,  par  laquele  fes  Sarazins  qui 
Ç\  entroyent,  que  je  vos  dis,  entrèrent  plus  legierement, 
&  que  toute  la  gent  furent  mefeouragés  :  l'achaifon  fi  fu 
que  .j.  pilet  vint  vers  le  maiftre  dou  Temple,  &  au  lever 
que  le  maiftre  lift  de  fa  main  feneftre,  &  n'en  avoit  point 
d'efeu  fors  fon  dart  à  fa  mayn  deftre  ;  afel  pilet  le  fery 
fous  Fafelle,  &  li  entra  une  paume  de  canne  dedens  le 
cors,  quant  il  vint  au  vent  là  où  les  plates  ne  joinent 
point,  car  fes  ne  furent  mye  fes  curaffes  fiables,  ains  fu- 
rent curafte  legiere,  d'armer  ligierement  à  .j.  cry.  Et  quant 
il  fe  fenty  féru  à(u)  mort,  fi  le  mift  à  aler,  &  l'on  cuyda 
que  il  s'en  alaft  volentiers  pour  foy  fauver  ;  &  celuy  dou 
confanon  le  vy  aler,  C\  fe  mift  aler  devant  luy,  &  adons 
toute  fa  mehnée  le  feguyrent,  &  enfi  corne  il  s'en  aloit 
bien,  .xx.  des  crufTés  do  Val  d'Efpolite  li  vindrent  au  de- 
vant, &  ly  diftrent  :  «  A  pour  Dieu,  fire,  ne  vous  partes, 
car  la  ville  fera  tant  toft  perdue  !  »  Et  il  lor  refpondy  hau- 
tement, que  chafeun  Yoy:  «  Seignors,  je  ne  peus  plus, 
car  je  fuy  mort;  veés  le  cop.  »  Et  adons  veyme  nos  le 
pilet  clavé  en  fon  cors  5  &  fur  celé  parole,  il  jeta  le  dart 
en  terre,  &  torfa  le  col,  &  voft  chair  de  la  befte,  mais 
fa  mehnée  faillirent  jus  de  lor  belles  &  le  fouftindrent,  & 
le  defehevaucherent,  &  le  myrent  fur  .j.  efeu,  quy  trove- 
rent  là  jeté,  quy  eftoit  pauvés  grant  &  lonc,  &  le  portè- 
rent à  enterer  par  la  Porte  de  Saint  Antoigne,  &  la  tro- 
verent  cioze,  &  troverent  une  petite  porte  quy  avoit  .j. 
po(i)nt  alant  fur  le  focé  en  l'oftel  de  damoyfele  Marie,  quy 
jadis  [fu]  de  meftire  Jaque  de  La  Mandelée,  &  là  le  defar- 
merent  fa  mehnée,  &  ly  taillèrent  les  curafes  fur  les  efpaules, 
car  autrement  ne  fe  poft  faire,  pour  le  cop  que  il  avoit, 


III.    LE    TEMPLIER    DE    TYR.  2f  I 


&  puis  atout  fes  efpaulieres  le  mirent  dedens  un  cover-  1291 
tour,  &  le  portèrent  vers  la  marine,  c'eft  aiaver  en  la 
fplage  qui  eft  entre  la  boucherie  où  Ton  tueit  les  beftes, 
&  la  mayfon  quy  fu  dou  feignor  de  Sur.  Et  là  aucun  cry 
vint  dever  la  Tor  dou  léguât  que  il  efteent  les  Sarazins, 
fi  que  aucuns  de  fa  mehnée  fe  mirent  en  la  mer  pour  ave- 
nir à  ij.  barques  quy  eftoient  là,  que  plus  n'en  y  avoit,  car 
la  mer  eftoit  fi  malement  tempeflouze  &  il  grant  ondes 
que  barche  n'i  poiet  durer,  &  pour  ce  furent  moût  de 
gens  perdus;  &  aucuns  autres  de  la  maihnée  dou  maiftre 
le  portèrent  au  Temple  par  l'aide  d'autre  gent,  &  le  mirent 
par  dedens  la  maizon,  non  pas  par  la  force  qui  ne  vo- 
taient ovrir,  mais  par  un  leuc  le  mirent  d'une  court  où 
il  getoient  le  fumier,  &  vefquy  tout  feluy  jour  ians  par- 
ler, car  puis  que  l'on  le  mift  de  fon  chevau  jus,  il  ne  parla, 
fors  une  parole  foule  au  Temple,  quy  fenty  le  brut  de  la 
gent,  quy  foueent  de  la  mort,  &  demanda  que  le  efloit, 
&  Ton  ly  dift  que  gent  fe  mehleyent,  &  coumanda  que 
l'on  le  mift  en  pais,  &  depuis  ne  parla,  &  rendy  l'arme 
à  Dieu,  &  fu  enteré  par  devant  fon  tabernacle,  quy  eftoit 
Pautier  où  l'on  chantoit  méfie,  &  Dieu  ait  l'arme  de  luy, 
que  grant  damage  fu  de  fa  mort! 

499.  Or  vous  diray  que  avint  puis  quy  fu  féru:  quant 
chafcun  lot  de  fe  quy  fu  féru,  &  le  vyrent  porter,  fi  fe 
mirent  abandonéement  à  fouir  chafcun,  car  Sarazins  quy 
pafoient,  con  je  vos  ai  dit,  par  la  Tour  maudite,  &  alerent 
droit  par  Saint  Romano,  &  mirent  le  feue  o  grant  engin 
des  Pizans,  &  fe  mirent  par  la  droite  rue  à  aler  as  Ale- 
mans,&  prirent  Saint  Linart,  &  mirent  à  l'efpée  quanqu'il 
troverent  devant  fîaus;  &  autre[s]  Sarazins  conbatirent  à 
la  Tour  dou  léguât,  quy  eft  fur  mer,  &  levèrent  le[s]  Sa- 
razins dou  fons  de  la  mer  au  pié  de  la  tour  un  trelis  quy 
avoit  clo[ée]s  les  pointes  contre  mont,  par  fe  que  chevaus 
n'i  poïiïent  pafer.  Adons  entrèrent  grant  gent  à  chevau 


2f2  LES  GESTES  DES  CHIPROIS. 

1291  Sarazins,  fe  que  meffire  Johan  de  Grill,  &  meffire  Ote  de 
Guaianfon,  &  la  gent  dou  roy  de  France  firent  grant  de- 
fence,  de  quey  il  y  ot  aies  narrés  &  mors  ;  &  meffire  Jo- 
han de  Grely  &  meffire  Ote  de  Guaianfon  ne  porent  plus 
foufrir  le  charge  des  Sarazins,  &  le  defpartirent  dou  leuc 
&  fe  fauverent,  &  fu  meffire  Johan  de  Grely  nafré. 

yoo.  Le  roy  Henry  de  Jerufalem  &  de  Chipre,  quant 
il  vy  fefte  mefchanfe,  fi  vint  au  maiftre  de  POlpitau,  & 
vyrent  bien  que  nul  confeil  ny  fecours  ne  valloit  plus  :  fi 
fe  lavèrent  &  montèrent  es  gualées. 

foi.  Saches  que  feluy  jour  fu  oryble  à  veyr,  car  les 
dames  &  les  bourgoizes  &  damoizelles  [furent]  refon- 
dues, &  autre  menue  gens  aioyent  fouyant  par  les  rues, 
lor  enfans  en  lor  bras,  &  efloient  ploureuzes*  &  efper- 
dues,  &  fouyeent  as  marines  pour  yaus  guarentir  de 
mort  5  &  quant  Sarazins  les  encontreent,  l'un  pernoit  la 
mère  &  l'autre  Tarifant,  &  les  portoient  de  leuc  en  leuc, 
&  les  departoient  l'un  de  l'autre,  &  tel  fés  efloit  que  il 
eftoient  en  tenfon,  l'un  Sarazin  &  l'autre,  pour  la  feme, 
que  elle  efloit  tuée  par  yaus;  &  aucunes  [fois]  efloit  que  la 
feme  efloit  enmenée,  &  l'anfant  alaitant  en  efloit  gezé  à 
terre,  que  chevaus  le  fouloient,  6c  enfy  eftoient  mors  ;  & 
de  tel  dames  aveent  [qui]  eftoi[en]t  grofes  &  efloient  fi 
dreites  en  la  prefie  quy  moroient  eftaintes,  &  la  créature 
qui  efloit  en  lbn  cors  auffi,  &  teles  avoit  que  l'on  baron 
ou  Ion  enfant  efloit  malade  au  trait  à  l'oflel  ou  nafré, 
quy  le  laifoient  foui,  &  s'en  fouoient,  &  Sarazins  les 
ofioent  tout.  Se  fâchés  que  Sarazins  mirent  le  feue  as 
engins  &  as  guardes,  que  toute  la  terre  alume[ren]t  de 
feue;  la  plus  grant  partie  de  la  gent,  homes  &  femes  & 
enfans,  fe  mirent  dedens  le  Temple,  &  furent  plus  de 
.xm.  perfounes,  car  le  Temple  efloit  le  plus  fort  leuc  de 

a.  Mf.  plourinzes. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  2f2. 

la  ville,  &  eftoit  fur  mer  en  granr  leuc,  com  .j.  chaftiau,  1291 
car  il  aveent  fur  l'entrée  une  haute  tour  &  fort  que  le  mur 
eftoit  efpès,  maffis  .xxviij.  pies,  &  fur  chafcun  canton  de 
la  tor  avoit  une  tourete,  &  de  fur  chafcune  des  touretes 
avoit  .j.  lion  paiTant,  grant  corne  .j.  ahaie,  doré,  quy  couf- 
terent,  les  .iiij.  lions  &  l'or  &  le  labour,  .m.  <3c  .vc.  bezans 
farazinas,  &  eftoit  une  grant  noblece  à  veïr;  &  [en]  l'autre 
canton  de  vers  la  Rue  de  Pize,  &  avoit  une  autre  tour,  & 
de  près  fêle  tour  fur  la  Rue  Sainte  Anne  avoit  .j.  moût 
noble  palais,  qui  eftoit  dou  maiftre,  &  en  là  avant  fur  la 
mayfîon  des  nonains  de  Saint  Anne  avoit  une  autre  tour 
haute,  où  eftoit  canpanes,  &  moût  noble  yglife  &  haute, 
&  fi  avoit  une  au[tre  t]our  lur  la  mer  moût  anhene,  que 
Salahdin  l'avoit  faite,  c.  ans  avoit,  en  quei  le  Temple  tenoit 
l'on  trezor,  &  eftoit  fi  fur  la  mer  que  les  ondes  y  batoient; 
&  autres  biaus  maners  avoit  dedens  le  Temple  moût 
nobles,  de  quey  je  ne  fais  menfion  ores. 

^02.  L'ofpitau  de  Saint  Johan  eftoit  bien  herbergés  des 
tours  &  de  biaus  palais  affés,  mais  il  eftoit  au  myleuc  de 
la  cité;  &  avoit  .j.  autre  leuc,  quy  s'apeloit  la  Herberge,  en 
quei  avoit  .j.  moût  noble  plalTe,  moût  lon[gu]e  <5c  moût 
belle  a,  quy  tenoit  de  longeiïe  .c.  &  .1.  canes,  &  avoit  moût 
grant  propris  de  court  ;  &  là  fu  fait  la  fefte  dou  courou- 
nement  dou  roy  Henry,  fi  con  vos  avés  oy  devizer,  &  yquei 
herbergoit  le  marefchau  &  le  covent  de  l'Ofpitau. 

$"03.  Les  Alemans  avoient  aufi  moût  bel  hoftel  &  moût 
noble  tour,  quy  eftoit  fi  groce  &  fi  belle  corne  celé  dou 
Temple,  &  les  Pizans  &  Venefiens  eftoient  moût  bien  her- 
bergés de  tours  &  de  palaifs,  &  d'autres  nobles  mayfons  de 
chevaliers  &  de  bourgois  eftoit  la  lue  plaine  &  bien  fournie, 
ckverayement  il  avoit  .j.  chaftiau  grant  &  biau,  mais  n'en  y 
avoit  point  de  focés,  fi  ne  fuft  d'une  part  devers  le  bourc. 

a.  Mf.  biau, 


2^4  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1291  Je  ne  vos  viaus  plus  devizer,  mais  elle  eft  des  belles  & 
des  nobles  cités  dou  monde  de  Ion  grant;  &  fi  eftoit 
port  &  rivage  de  tous  les  gens  quy  veneent  en  Surie,  &  fu 
grant  damage  de  la  perdecion,  &  orés  viaus  tourner  à  par- 
faire ma  matière.  Toute  la  gent  porent  avenir  au  Temple  ; 
fi  le  mirent  layens; &  le  roy  &  tous  les  autres,  quy  eftoient 
reculis  as  guallées  &  as  vauffiaus,  [y  fe  partirent  &  firent 
velle,  &  les  tarides  &  naves  de  la  caravane  de  Veneife 
le  partirent  aufi,  <5c  le  bon  proudome  patriarche  &  léguât, 
frère  Nicole,  Ç\  le  recully  fur  une  nave  de  VenerTiens,  & 
.j.  marenier  le  prift  par  la  main,  &  il  elchapa  &  chay  en 
mer,  &  fu  neé.  Or  ne  fait  on  pas  f\  celuy  qui  le  prift  par 
la  main  le  layifaft  aler,  pour  ce  que  il  avoit  mis  en  fêle 
nave  fon  aver,  ou  fe  il  ly  elchapa  de  main,  pour  ce  que 
il  ne  le  poft  tenir;  mais  en  quel  que  manière  que  ce  fuit, 
le  predome  morut  neé,  fi  con  je  vos  dis.  Et  quant  tous 
fes  leins  firent  velles,  tous  en  une  fés  enfemble,  fiaus  dou 
Temple  qui  là  s'eftoient  recullis,  jetèrent  .j.  moût  haut  cry, 
&  fe  partirent  les  vafiaus,  &  alerent  en  Chipre,  &  furent 
déguerpis  la  boune  gent  quy  dedens  le  Temple  c'efteent 
mis,  corne  vos  avés  oy,  &  fâchés  que  il  y  avoit  .vj.  leins 
armés  de  flglife,  &  [..]  guallées  dou  roy,  &  .ij.  guallées  de 
Jenevés  quy  firent  moût  de  bien,  com  chalcun  le  fait,  car 
il  recuyliirent  les  gens  de  la  mer,  &  les  meteent  fur  les 
naves  &  fur  les  autres  leins,  &  eftoit  fur  ces  .ij.  guallées 
.j.  Jenevés,  quy  avoit  non  André  Peleau. 

^"04.  Or  vous  diray  de  la  fité  de  Sur  qui  eftoit  une  des 
fortes  cité[s]  dou  monde  :  il  avoit  .j.  bail  en  leuc  dou  roy, 
qui  avoit  nom  meffire  Adan  de  Cafran,  que  fy  toft  corne 
il  vy  les  valfiaus  à  vêle  quy  eftoyent  partis  d'Acre,  fi  vuda 
&  abandonna  la  fité  de  Sur,  &  tous  les  autres  chevaliers 
&  riche[s]  gens;  &  les  povres  gens  chaitis  demourerent, 
homes  &  femes  &  anfans,  que  n'en  avoyent  vaulfiau  ou 
recullir. 


III.    LE    TEMPLIER    DE    TYR.  2ff 

foy.  Or  vous  dyrons  des  gens  quy  eftoient  dedens  le  1291 
Temple  :  il  y  avoir  le  marelchau  frère  Piere  de  Sevry,  & 
frères  dou  Temple  aucuns,  &  aucuns  aucre[s]  frères  quy 
gezoient  layens  nafrés,  &  chevaliers  dou  fiecle  aucuns,  & 
dames  &  bourgoizes  &  autres  gens  afés.  Celuy  jour  quy 
fe  recuillirent  layens,  vint  au  Temple  frère  Mahé  de  Cler- 
mont,  marelchau  dou  l'Ofpitau  de  Saint  Johan,  &  vy  le 
maiftre  dou  Temple  quy  eftoit  mort,  con  je  vos  ay  [dit],& 
retourna  à  la  bataille,  &  mena  o  luy  tous  les  frères,  que 
nul  ne  le  voft  abandoner,  &  aucuns  frères  dou  Temple 
y  alerent,  &  vyndrent  en  la  place  de  la  rue,  quy  fu  des 
Jenevés,  quy  eftoit  place  vude  de  mayfons,  &  là  fe  con- 
baty  vigourouzement  le  dit  frère  Mahé,  qui  eftoit  maure- 
fchau  au  jour  de  l'Ofpitau,  &  ofift  luy  &  fes  compagnons 
moût  de  Sarazins,  &  en  la  fin  il  fu  mort,  luy  &  les  autres, 
corne  chevaliers  preus  &  hardis,  bons  creftiens,  &  Dieus 
ait  l'arme  de  yaus  ! 

5"o6.  Saches,  biau  leignors,  nul  ne  porroit  dire  ni  con- 
ter le  plour  &  la  doulour  quy  fu  feluy  jour,  &  la  pitié 
des  petis  esfondrés  &  esbouclés  des  chevaus,  quy  lor  paf- 
fent  defus,  ni  eft  home  au  monde  que  bien  eiift  du  ceur, 
quy  n'en  plouraft  à  veïr  felle  juftize,  &  pour  ce  fu  ge  fer- 
tain  que  tout  gent  creftiens  ploureent  fel  jor  quy  le  virent, 
car  Sarazins,  fi  corne  l'on  a  feiï,  avoient  eli  depuis  pité 
&  ploureent. 

C07.  Le  Temple  fe  tint  .x.  jours,  &  le  foudan  fift  par- 
ler à  fiaus  quy  eftoient  au  Temple,  s'il  fe  voloyent  rendre 
à  fiance  à  yaus,  &  li  mandèrent  dire  qu'il  fe  renderoient 
par  enffy  quy  les  feyftent  condure  à  faveté  là  où  il  voreent 
aler;  &  le  foudan  lor  manda  otroyer,  6c  fi  manda  layens 
au  Temple  .j.  amirail,  quy  mena  o  luy  .iiijc.  homes  à  che- 
vau  dedens  le  Temple  :  il  vyrent  tant  de  gent  &  de  peuple, 
&  voleent  prendre  les  femes  quy  plaifeent  &  ahontir,  fi 
que  les  creftiens  ne  le  porent  foufrir,  &  mirent  main  as 


2f6  LES    GESTES   DES    CHIPROIS. 

1291  armes,  &  coururent  fus  as  Sarazins,  &  cous  les  tuèrent  & 
decoperent,  que  nul  n'en  efchapa  vif,  &  le  mirent  en  vo- 
lenté  de  défendre  lor  cors  jufques  à  la  mort,  mais  le  fou- 
dan  qui  fu  moût  couroufé  de  ce  fait,  fi  ne  moftra  nul 
femblant,  &  lor  manda  une  autre  fés  que  il  favoit  bien 
que  par  la  folie  de  les  homes  furent  il  mors,  &  por  lor 
otrage,  &  que  il  ne  lor  favoit  nul  maugré,  &  poieent  ifiîr 
feiirement  à  fiance.  Le  marefchau  dou  Temple  quy  fu  moût 
proudome  bourgognon,  &  avoit  nom  frère  Piere  de  Se- 
vry,  &  autre  fois  le  vos  ais  nomé,  fi  eut  foy  au  dit  fou- 
dan,  &  niffi  à  luy,  &  demourerent  à  la  tour  aucuns  frères 
quy  eftoient  nafrés. 

y  oS.  Tant  toft  corne  le  foudan  tint  le  marefchau  &  les 
gens  dou  Temple,  &  fil  t  taïllier  les  teltes  à  tous  les  frères 
&  les  homes  trellous;  <5c  quant  les  frères,  quy  eftoient  de- 
dens  la  tour,  quy  n'eftoient  mye  fi  malades  quy  ne  a  fe 
peùfTent  bien  ayder,  oïrent  dire  que  le  maurefchau  <5c  les 
autres  eurent  les  telles  taillyes,  fi  le  mirent  en  defence, 
dont  les  Sarazins  fe  myrent  à  miner  la  tour,  &  la  minèrent 
&  eftancelerent,  &  adons  iiaus  dedens  la  tor  fe  rendirent. 
Et  les  Sarazins  entrèrent  tant  de  gens  dedens  la  tour,  que 
les  eftanfons  quy  la  foufteneent  faillirent,  &  la  dite  tour 
chay,  &  fiaus  frères  dou  Temple,  &  les  Sarazins  quy  de- 
dens eftoyent  furent  mors,  &  meylmes,  au  chair  de  la  tour, 
elle  verfa  vers  la  rue,  &  efckaka  plus  de  .ijm.  Turs  à  che- 
vau.  Et  enfîi  fu  prife  &  délivre  la  dire  fité  d'Acre  le  jour 
dou  veredy,  à  .xviij.  jours  de  may  dou  dit  an,  &  la  mai- 
fon  dou  Temple  .x.  jours  après,  tout  en  la  manière  que 
je  vous  ais  devyfé. 

^09.  Or  vos  diray  de  la  ville  de  Seete,  quy  efloit  dou 
Temple.  Le  grant  coumandour  de  la  terre,  quant  il  vy  le 
maiflre  Guillerme  de  Biaujeu  quy  fu  mort,  &  il  y  a  au- 

a.  Le  mf.  répète  quy  ne. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  2f7 


cuns  frères  qui  eftoient  efchapés  as  vaufiaus,  qu'il  alerent  1291 
droit  à  Seete,  &  fe  mirent  dedens  le  chaftiau  de  mer,  & 
troverent  toutfe]  la  gent,  quy  eftoient  montés  en  un[e] 
yhle,  en  quey  a  .).  molin.  Ceftu  coumandour  de  la  terre 
(quy)  fe  fift  maiftre  dou  Temple  par  l'ehlafion  des  frères 
que  il  avoit  o  luy  &  dedens  ;  fe  manda  le  foudan  un  n'en 
amiraill  le  Segay,  qui  afega  le  dit  chafteau  de  mer  d'en- 
gins, &  de  le  que  il  les  poft  grever,  fi  les  greva,  &  prift  la 
ville  de  Sayete  quy  les  abitans  avoient  abandonnée,  & 
eftoient  montés  à  l'ihle,  &  de  finie  alerent  en  Chipre. 

<)  10.  Le  maiftre  novyau  fi  avoit  nom  frère  TibautGaudy; 
fi  le  vy  [affailly]  &  penfa  que  à  fon  comenfement  il  ne 
abandoneroit  mye  le  chaftiau,  &  eu  conleil  à  les  frères, 
&  par  lor  volenté,  proumetant  leur  quy  lor  manderoit 
fecours,  &  s'en  ala  en  Chipre  ;  &  quant  il  fu  en  Chipre, 
fe  porta  lahchement  de  mander  lor  fecours,  dont  il  avint 
que  les  frères  dou  Temple  quy  eftoient  en  Chipre  amis 
des  frères,  quy  eftoient  à  Sayete,  fi  lor  mandèrent  dire  quy 
penfafent  de  tout  abandouner,  car  le  maiftre  ne  fayiïoit 
nul  femblant  de  mander  lor  fecours  nilfum.  Et  quant  fiaus 
frères  dou  chaftiau  oyrent  fe,  fi  fe  furent  moût  mefcora- 
gés,  &  de  l'autre  part  Sarazins  les  aveent  moût  haftés,  & 
aveent  geté  frehehes  &  par  de  fus  lablon,  quy  tenoit  de 
terre  de  la  rive  de  mer,  jufques  au  mur  dou  chaftiau,  quy 
veneent  par  de  fus  apieftant,  &  fecha  toute  fêle  mer,  dont 
les  frères  eurent  conleill  entre  yaus  d'abandoner  &  aler 
en  Chipre,  &  meyfmes  il  fe  doutèrent  que  Sarazins  ne 
mandalfent  de  la  Liche  leins  armés,  &  ne  poreent  puiffes 
partir  à  lor  volenté,  &  por  fe  une  nut  fe  partirent  fi  coye- 
ment,  que  Sarazins  ne  les  fentirent  point  jufques  à  l'en- 
demain  au  jour. 

)  1 1 .  Quant  Sayete  fu  Ci  abandonée,  con  je  vos  devyfe, 
&  les  Sarazins  prirent  le  chaftiau,  fi  l'abatirent  en  .j.  mont, 
&  eftant  le  Segay  à  Sayete,  fiaus  de  Barut  ly  mandèrent 


33 


2f8  LES   GESTES    DES    CHIPROIS. 


1291  mefage,  &  ly  mandèrent  quy  lor  fift  afaver  ques  eftoit  fa 
volenté  ver  yaus  ;  &  il  lor  manda  qu'il  aveent  bone  tryue 
au  foudan,  &  que  il  le  reniflent  à  feiïr,  mais  que  il  deiïf- 
fent  faire  fefte  de  la  prifle  de  Sayete,  &  que  quant  il  paf- 
feroit  par  yaus  à  l'aler  ver  Doumas,  quy  ly  veniflent  à 
l'encontre.  Et  il  le  firent  enfi,  que,  quant  le  dit  Segay  fe 
party  de  Sayete,  il  pafla  par  Barut,  &  niflîrent  dou  chaf- 
tiau  de  Barut,  &  ly  vindrent  à  rencontre  pour  luy  heno- 
rer,  &  pour  ce  qui  lor  avoit  enfi  mandé,  con  vous  l'avés 
oy  ;  &  il,  corne  dehleau,  le[s]  fift  tous  prendre,  &  prift  la 
ville  &  le  chafliau,  &  fift  abatre  les  murs  de  la  ville,  & 
puis  abatre  tout  le  chafliau  à  terre. 

y  12.  Or  fâchés  que  fiaus  dou  Chafleau  Pèlerin,  quant 
il  virent  que  tout  fu  perdu,  fi  virent  bien  que  il  n'en  aveent 
poier  de  défendre  le  chafliau;  fi  l'abandonerent  [& 
alerent]  en  l'ihie  de  Chipre,  &  Sarazins  depuis  le  firent 
abatre  tout  à  terre. 

y  13.  Enfi  con  vos  poés  entendre,  fu  toute  la  Surie 
perdue,  &  la  prirent  &  définirent  Sarazins,  ja  foit  fe  que 
devant  furent  prizes  pluzors  leus  que  je  vos  ay  devizés. 
Cefte  fois  fu  tout  perdu,  que  treftous  crefliens  ne  tindrent 
.j.  paume  de  terre  en  Surie. 

C14.  Près  de  cefte  Surie,  eft  une  ihle  qui  a  nom 
Chipre,  moût  riche  &  bone  &  bien  plaintive  de  tous 
biens,  &  a  pluflbrs  bounes  villes  en  cefte  dite  ihle,  que 
je  vous  noumeray.  La  fité  où  demourerent  les  cheva- 
liers, qui  eft  chef  des  autres,  a  non  Nicoffie,  &  eft 
en  f  [e]r[m]e  terre,  [&  l'autre]  quy  eft  fur  marine  a  nom 
Famagoufte,  &  l'autre  fur  marine  a  nom  Limeflbn,  & 
l'autre  fur  marine  a  nom  Bafe,  &  l'autre  fur  marine  eft 
chaftiau  &  bore  clos  de  mur,  fi  a  nom  Cherines;  &  en 
ferme  terre  a  .iij.  chaftiaus,  Dieudamour  &  Bufevent  & 
la  Candare. 

f  1  <j .  Cefte  ihle  fi  eft  reaume,  &  en  eftoit  roy  &  feignor 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  2f9 


le  roy  Henry  de  Lezingniau,  de  quey  je  vos  ay  parlé,  dou  i*9' 
roy  de  Jerulalem. 

c  1 6.  En  cefte  ihle  de  Chipre  fe  recuillirent  la  gent  quy 
efchaparent  d'Acre  &  des  autres  leus  de  Surie,  &  là  furent 
à  grant  povreté,  &  lé  aucun  fu  qui  eiïft  peu  traire  dou 
fien  &  aporté  o  luy,  fi  valut  mains  la  mité,  por  ce  que 
les  chofes  de  vitaille  enchérirent  moût,  &  meiïmes  les 
mailbns,  qui  fe  ieueent  à  .x.  bezans  l'unje]  le  mes,  mon- 
tèrent a  à  .c.  bezans  l'an,  &  tous  lor  amis  de  Chipre  le  [s] 
meiconurent  ni  fayzoient  d'yaus  menfion  de  mité  & 
d'amifté  aucune,  mais  le  roy  Henry  confillia,  &  le  fill 
mètre  à  fodées  les  povres  chevaliers  &  fergans,  dont  il 
firt  grant  amone  &  grant  bien,  &  *  la  rayne  établirent  & 
le  roy  amohnes  ordenées  à  douner  à  povre  gens. 

C  i  j.  Or  avés  oy  cornent  le  reaume  de  Jerulalem  a  efté 
tout  perdu,  &  m'a  femblé  de  mètre  à  mon  livre  les  no[n]s 
des  fîtes  &  chaftiaus  de  la  Surie,  fi  con  je  les  ay  en  .j.  ef- 
crit,  quy  de  fus  font  noumés. 

f  18.  La  première  fité  fi  le  doit  nomer  Jerulalem,  quy 
eft  chef  de  tous  les  autres  ;  la  terre  de  Naples  vous  dyray 
pour  ce  que  elle  eft  près  de  Jerulalem,  &  la  terre  d'Acre, 
&  la  terre  de  Sur,  &  la  terre  dou  Toron,  &  la  terre  de 
Jafe,  &  la  terre  d'Efcalone,  &  la  terre  de  Guadre,  &  la 
terre  de  Safet,  &  la  terre  de  Sayete  &  Biaufort,  &  la  fité 
de  Sezaire,  &  la  terre  de  Belfan  &  le  Crac  de  Monreal, 
&  la  terre  de  Saint  Abraham,  &  la  terre  de  Beliem,  &  la 
terre  de  Gerycop,  &  la  terre  de  la  Blanchegarde,  &  la 
terre  de  Saint  Jorge,  &  la  terre  dou  Ledde,  &  la  terre  de 
Arfur,  &  la  terre  de  Saint  Jorge  dou  Sabaft,  &  la  terre 
dou  Merle,  &  la  terre  de  Chaftiau  Pèlerin,  &  la  terre  de 
Cayfas,  &  la  terre  de  Caymon,  &  la  terre  de  Nazerel,  & 
la  terre  dou  conte  Jolélin,  &  la  terre  dou  chaftiau  dou 

a.  Mf.  monta.  —  b.  Le  mf.  répète  Se. 


260  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1291  roy,  6c  Efcandelion  o  s'apartenanfe,  6c  la  terre  de  Bely- 
nas  &  Chaltiauneuf,  6c  la  terre  de  Barut. 

y  19.  Or  avés  oy  les  nons  des  terres,  &  ores  vos  diray 
les  fervizes  que  chafcune  terre  doit  faire  au  reaume,  quant 
il  eft  bezoing  de  chevaliers  &  de  fergans. 

y 20.  A  Jerufalem  doit  chevaliers  .xlj.,  &  la  barounie 
de  la  fité  de  Jaffe,  6c  Elcalone,  &  de  Rames,  &  de  Mira- 
biau,  &  Yblin  l'ont  .c.  chevaliers,  6c  la  princeé  de  Gua- 
lilée  font  .c.  chevaliers,  6c  la  feignorie  dou  Crac  de  Mon- 
real  .lx.  chevaliers,  6c  la  feignorie  dou  conte  Jofelin  doit 
.xxiiij.  chevaliers,  6c  la  fité  de  Naples  doit  .lxxxv.  cheva- 
liers, ôc  la  feignorie  d'Acre  doit  .lxxx.  chevaliers,  6c  la 
feignorie  de  Sur  doit  .lxxviij.  chevaliers,  que  .vclxviij. 

f2i.  Et  ores  vous  diray  la  cantité  des  fergans  que  chaf- 
cun  doit  doner  de  fervize  :  le  patriarche  de  Jerufalem 
doit  fergans  .vc.,  &  le  chapitle  dou  Sépulcre  doit  fergans 
.vc.,  6c  le  Safet  doit  fergans  .cl.,  6c  la  latine  doit  fergans 
.c,  6c  le  vefque  de  Thabarie  doit  fergans  .1.,  6c  la  fité  de 
Jerufalem  doit  fur  la  gent  de  la  ville  fergans  .vc.,  6c  la 
fité  d'Acre  doit  fergans  .vc.,  6c  la  fité  de  Naples  doit  fer- 
gans .iijc.,  6c  la  fité  de  Sezaire  doit  fergans  .1.,  6c  le  vefque 
de  Belien  doit  fergans  .ijc.,  6c  Yblin  6c  Mirabel  doit  fer- 
gans .cl.,  6c  le  velque  de  a  Saint  Jorge  doit  fergans  .ijc., 
6c  Arfur  doit  fergans  .ce,  6c  le  vefque  de  Saint  Abraham 
doit  lergans  .1.,  6c  l'arfevefque  de  Sur  doit  fergans  .cl., 
6c  le  vefque  de  Seete  doit  lergans  .1.,  6c  l'arfevefque 
de  Sezaire  doit  fergans  .1.,  6c  Elcalone  doit  lergans  .cl., 
6c  le  Ligon  doit  .c.  fergans,  6c  le  Gerin  doit  .xxv., 
Caifas  doit  fergans  .1.,  6c  Thabarie  doit  fergans  .1.,  que 
.iiijmlxxvA 

y22.  Or  vos  ay  retrait  la  doulourouze  perte  d'Acre, 
6c  de  toute  la  terre  de  Surie,  6c  les  nons  des  terres,  6c  les 

1 

a.  Le  mf.  répète  de.  —  b.  On  lit  dans  le  mf.  .iijmvclxxx. 


III.  LE    TEMPLIER    DE   TYR.  26 1 

fervizes.  Or  nos  vous  retrayerons  les  aventures  que  depuis  1291 
font  avenues. 

^23.  Quant  la  nouvelle  ala  outremer,  le  pape  &  toute 
la  creftienté  de  là  fi  en  furent  moût  douloros  de  cuer,  l'un 
des  povres  creftiens,  quy  eftoient  perdus,  &  l'autre  pour 
honte  de  la  creftienté. 

y 24.  Le  pape  de  Rome  f\  fift  tant  toft  armer  .x.  gual- 
lées  en  Ancone,  &  les  manda  en  Chipre  pour  garder 
Tihle  de  Chipre,  &  les  povres  creftiens,  quy  ens  efteent, 
&  aufi  manda  autre[s]  .x.  gualées,  quy  furent  armés  en 
Jene,  laquel  chofe  fu  grant  confort  contre  l'orgueul  que 
le  foudan  avoit,  &  Ion  propos  eftoit  de  venir  en  Chipre. 

<j 2 y.  Le  roy  Henry  de  Chipre,  quant  lés  gualées  furent 
venues,  il  fift  armer  .xv.  guallées,  &  toutes  les  gualées 
enfemble  alerent  à  .  j.  chaftiau  de  Turs,  quy  a  nom  le  Can- 
delor,  &  prirent  la  tour  quy  eft  fur  la  mer,  &  cuyderent 
prendre  l'autre,  &  ne  la  porent  prendre,  car  les  Turs  Ci 
forent  lor  venue,  &  le  gardèrent  &  le  garnirent,  &,  ce 
par  grant  esfors  d'armes  ne  fuft,  l'on  n'en  eiift  ja  pris  celle 
tour,  quy  fu  prize,  mais  puis  qu'il  ne  porent  autre  chofe 
faire,  fi  abandonerent  la  dite  tour,  &  le  partirent  &  ale- 
rent en  Aliffandre;  &  firent  aucuns  jours  là  devant,  &  puis 
revindrent  en  Chipre. 

y  26.  Et  quant  fu  l'an  de  l'incarnafiondeNoftreSeignor 
Jehfu  Crift  M  &  CC  &  XCI a  de  l'incar[na]iion,le  foudan  de 
Babiloine,  quy  avoit  eniïi  deftruite  la  creftienté  de  Surie, 
que  les  gualées  vindrent  afeger  Ion  port  d'Aliffandre,  con 
je  vos  dis,  fi  en  élit  moût  grant  defpit,  &  douta  &  penla 
que  Chipre  li  poroit  faire  mal  affés,  &  por  ce  il  afembla 
les  amiraus,  &  lor  dift  que  il  voloït  fans  faille  prendre 
Chipre,  &  por  ce  il  ordena  .c.  amiraus,  quy  li  deliffent 
faire  x.  gualées  chafeun  amirau,  lelon  Ion  poier,  dont  les 

a.  On  lit  dans  le  mf.  m  Se  ce  8c  lxxxi. 


2Ô2  LES    GESTES   DES   CHIPROIS. 


1291  amiraus  li  otroicrent,  con  fiaus  que  moût  le  doutoient.  Enfi 
con  vos  avés  oy,  voloit  il  deftrure  de  tout  la  creftienté, 
&  le  povre  peuple  quy  eftoit  refet  en  Chipre,  mais  Dieu, 
quy  eft  plain  de  mercy,  atourna  le  fait  autrement,  &  en 
tel  manière  con  je  le  vos  diray. 

^27.  Le  foudan  afembla  .j.  autre  fés  les  amiraus  &  lor 
dift  :  «  Biau[s]  feignors,  je  me  f  uy  apencé  que,  après  que 
je  averay  pris  Chipre,  me  covient  faire  une  grant  euvre 
pour  quei  je  fuy  fi,  &  fi  veull  que  vous  foies  aparaillés 
de  fivre  moy,  car  je  veus  aler  prendre  Baudac,  &  feïr  au 
fiege  de  la  Halife.  »  Et  quant  les  amiraus  virent  que  il  en- 
prenoit  fi  fors  enprizes  &  fi  perelioul'es,  fi  parlèrent  entre 
yaus  de  luy  omre,  car  il  ne  pooient  foufTrir  l'on  orgueil, 
&  enfy  corne  il  le  penferent,  enfi  le  firent,  &  fe  jurèrent 
l'un  à  l'autre;  &  avint  fi  corne  il  eftoient  aies  .j.  jour  à 
la  chaife,  il  ly  coururent  fus  &  le  tuèrent,  &  lcluy  que 
premier  le  fery,  fi  fu  Beidera,  quy  eftoit  fon  oncle,  frère 
de  fa  mère,  &  le  fery  fi  lahchement,  qui  ne  li  fift  nul  cop 
mortau,  &  adons  le  fery  un  amirau,  quy  ot  nom  le  Chin, 
quy  dift  à  Beidera  :  «  Tu  n'en  a[s]  mye  fera  cop  d'orne 
quy  veulle  eftre  foudan,  mais  je  ly  dourai(s)  cop  de  bras 
d'orne.  »  Et  tant  le  fery  qu'il  le  partua,  &  fu  enfi  vengé 
la  creftienté  des  maus  quy  lor  fift. 

<î  28.  Sur  fe  fait  furent  Sarazins  en  efcandle,  car  chaf- 
cun  voloit  eftre  foudan,  &  fu  grant  bataille  entre  yaus, 
&  en  morut  aiïes,  &  en  fu  levé  foudan  Beidera,  que  Ven- 
demayn  lui  &  fa  partie  furent  tués,  &  fu  fait  foudan  Cot 
Boha;  &  le  Chin,  de  quey  je  vous  parlay,  quy  tua  le  fou- 
dan, fi  chaffa  ceftu  Cot  Boha,  &  ly  toly  la  iéignorie,  & 
ofift  tous  fiaus  de  fa  partie,  &  puis  fu  [mort]  ceftu  le 
Chin  &  tous  les  fiens,  &  meïfmes  le  Segay,  quy  fu  grant 
amirau  de  la  païnime,  morut  tué  de  maie  mort. 

^29.  Enfi  furent  mors  &  deftrus  tous  les  amiraus  per- 
fecutours  de  Jehfu  Crift,  &  ja  foit  fe  que  Dieu  foufry  que 


III.  LE   TEMPLIER    DE   TYR.  263 

nos  fumes  punis  par  eaus  pour  no(u)s  maies  euvres,pour  I29i 
ce  ne  demeure  que  Dieu  ne  les  puny  dou  mau  quy  nos 
firent,  &  meïfmes  voir.  Dieu  punir  le  peuple,  pour  les 
hontes  que  il  firent  à  la  creftienté  de  batre  les  yglizes  & 
trayner  les  ymages,  quy  font  fais  en  remenbrance  de  Dieu 
&  de  Noftre  Dame;  f\  lor  manda  Dieu  grant  chareftié  & 
grant  famine,  quy  n'en  orent  onques  tant,  &morut  moût 
grant  cantité  de  peuple,  &  de  la  mortalité  nafTi  fi  grant 
enfermeté  entre  yaus  que  les  plus  riches  en  morurent  af- 
iés  ;  enfi  prit!  Dieu  venganfte  des  meffcreans  Sarazins. 

f^o.  Par  my  tout  l'es  erremens,  vous  veull  je  moftrer 
une  raiibn,  quy  fe  doit  bien  retraire,  &  chafcun,  je  croy, 
Ta  auffi  bien  coneii  fi  con  je  fay,  c'eil  afaver  que  de  puis 
que  Acre  &  la  Surie  fu  perdue,  la  geht  furent  fi  malement 
changés  de  bon  en  mau,  que  nul  ne  voloit  amer  à  Fautre 
ni  fervir  ni  fecorre,  &  fi  vis  la  noble  gent  f\  abayffés  & 
fi  avilies,  que  menfion  ne  fe  faizoit  de  yaus,  &  me  fin1  fi 
grant  mau  &  pitié  que  je  me  dollée  tout,  dont  je  meïfmes 
[me  mis]  à  trover  par  rime  fur  l'eftat  dou  fiecle  qui  eft 
ores,  après  que  Acre  &  Surie  fu  perdue,  la  quelle  rime  que 
je  ais  trové,  Tais  mize  dedens  fe  livre  fi  après,  por  ce 
que  elle  foit  tous  jours  trovée  &  remenbrée,  la  quelle 
comenfe  enify  : 

Tour  ce  que  je  voy  treschanger 
zMout  de  chofes  de  blanc  en  ner, 
cA  fe  tens  d'ores  où  je  Jus, 
Selonc  les  biens  que  j'ai  veus  a, 

Je  fuy  par  ./'.  lalant  tremis 
TSeJcrire  a  rime\s\  aucuns  dis 
Sur  ce  fiecle  &  Jur  la  Jaifon 
Qui  Jait  Jon  cors  par  mejpriion. 

a.  Mf.  je  ais  veu. 


264  LES    GESTES   DES    CHIPROIS. 

1291  Tenir  ne  me  p eus  a  nul  feur, 

Car  trop  me  pefe  fort  au  cuer 
T>ou  lens  que  je  voy  fi  contraire 
oA  la  franche  gent  de  boun  aire. 

Et fe  nul  dit  que  n*  apar  tient" 
Tfoyr  tel  chofe  que  provient, 
Facent  rayfon  que  ./'.  fabliau 
Ont  oy  quy  eft  fait  nouviau, 

Et  ne  Vayent  pas  à  folie, 
Que  maint  prodome  seftudie 
cAucune  fois  &  fe  tremet\e\ 
Tïones  rayfons  en  ryme  à  mètre  b. 

Quar  en  rimes  6*  en  chanfons 
Veut  on  aprendre  samples  bons, 
Que  maintes  fois  peut  avenir 
Qu'aucun  parfait  peuent  tenir. 

Sur  fe  ciecle  coumenferay, 

Et  aucune  chofe  diray 

Que  à  chafcun  de(n)vra  fembler 

Que  que  je  diray  eft  [bien]  ver(s). 

Tuis  qu'cAcre  fu  déshéritée 
Et  toute  Surie  gaftée, 
Eft  noftre  '  fie  de  entalant\c  ] 
T>e  bonté  en  grant  mavaifté. 

Et  sil  furent  aucuns  mauvais  : 
Or  font  devenus  plus  punais, 

a.  Mf.  ma  partient.  —  b.  Mf.  En  b.  r.  a.  ryme  mètre.  —  c.  Mf.  le. 


III.  LE   TEMPLIER    DE   TYR.  26f 


Quar  félon  \ce\  qui  m'efl  avis,  1291 

Lun  à  l'autre  n'ejl  plus  amis  ; 

Car  ramure,  defcorde,  haine 
Entre  la  gent  a  fait  rafine 
Et  amour  d'iaus  [ejl]  départie, 
Et  ejl  cerné  entre  yaus  envie  ; 

Tar  coy  il  font  en  grant  débat 
Tor  aver  chafcun  meillor  part 
"De  fe  fiecle  &  \poi]  tant  monter 
Que  nul  ne  puiffe  ejlre  à  luy  per  a, 

Et  qu  il  f oient  b  plus  hennoré 
T>e  fon  vi^in  &  redouté, 
Et  grant  robes  faire  &  vejîir, 
Et  les  grans  orguels  maintenir. 

cMa[is]  pour  marier  orfenines 
Ou  foujlenir  veves  mefquynes 
5\V  verres  c  à  nul  amacer 
Deniers,  pour  amohne  douner. 

Tés  font  tout  le  plus  de  la  gent  ; 
Très  changés  font  trop  malement, 
Et  ja  foit  ce  que  fans  mefdis 
Chafcun  en  ejl  bien  avertys, 

Toute  fois  [veul]  mètre  &  metray, 
Et  par  rime  vos  mojîreray 
Que  fens,  bonté  &  courtoisie 
Fait  or  endroit  moût  poi  d'aye, 

a.  Mf.  ne  foit  a  luy  pareill.— b.  Mf.  que  il  font.  —  c.  Mf.  Ve  verrefi. 
c  34 


2Ô6  LES    GESTES    DES    CHIPROlS. 


1291 


5\j  par  biau  dire  ni  valoir 
qA  peine  à  nul  bien  ny  a  henor, 
oMais  de  blandir  &  de  flatir, 
Teut  on  plus  tojî  à  bien  venir; 

Tar  faver  eftre  en  beveries, 
Vire  mortes  de  rybaudies, 
Et  lo\enger,  &  pre^ens  faire, 
Tel  gens  peuent  lor  voloir  faire, 

Et  qui  fe  feit  afoutillier 
"D'un  barat  &  engin  mojlrer, 
Et  controver  novel  u\age, 
Seluy  fi  eft  tenu  àfage. 

Et  quy  fe  fera  orgueillous 
Et  chafcun  dehue  refpons 
Et  fera  baude  &  enbatant, 
Seluy  ejl  tenu  à  vayllant, 

cMais  .}.  fimple  home  debonaire 
Sans  maliffe  &  de  bon  afaire, 
"D'un  tel  n'en  ejl  fait  menfion, 
éMais  eft  tenu  pour  un  moton  ; 

Car  nuluy  pour  humelité 
5\7  por  dire  fens  ny  bonté 
S\j>  par  u-{er  de  bone  vie 
oA  peine  peut  [il]  aver  vye  ; 

Et  pour  ce  vos  puifs  dire  en  fome 
Que  poy  voit  on  que  nul  prodome 


a.  Mf.  vy. 


III.   LE    TEMPLIER    DE    TYR.  267 

Tour  honte  qu'il  ait  ny  faver  1291 

En  grant  prifs  venir  ni  monter. 

éMais  Jiaus  qui  prejîrent  à  u^ure^s) 

Henorés  font  [à]  ma  me  fur  e 

Et  acullis  &  bien  aymés 

Tlus  c'un  leau  prodome  [ ]. 

Et  gent  chaitis  de  vil  nayjfance 
Sont  acuillis  des  bons  en  dance, 
Et  lor  fait  \on\  henor  &  pris, 
Et  des  nobles  gens  accuillis, 

Tour  aucuns  deniers  que  il  ont  ; 
cMau  dahé  foit  en  my  le  front 
Que  tel  gent  pour  ce  henorera, 
For  de  tant  con  les  conujlra  ! 

"Dont  vait  le  fiecle  à  reculons, 
Quant  l'on  tient  le[s]  mavais  por  bons. 
'Bien  fu  ce  tens  profetifé 
Tar  la  febiïle  en  veryté. 

zMais  que  que  je  die  en  la  fin, 
Je  counus  bien  par  faim  éMartin 
Que  s'il  que  argent  nen  avra, 
Ja  bien  acuilly  nen  fera  ; 

Et  pour  ce  a  chafcun  fon  pencer 
"D'or  &  d'argent  bien  amaffer  ; 
Tor  fe  qu'il  n'ait  d'autruy  envye^ 
Ont  lor  confienfe  alargie  a. 

a.  Mf.  Ont  Ion  tonfi  en  fer  a  largie. 


2Ô8  LES    GESTES    DES   CHIPROIS. 


I29'  Et  fi  ne  Joie ent  pas  faire 

Les  bones  gens  fr ans  de  bon  aire, 
oiins  u^eent  de  vérité, 
De  bonté  &  de  leauté  ; 

{Mais  vil  gens  ne  font  mile  force, 
Se  lor  parole  vait  à  ïorce, 
Tour  amafer  or  &  argent 
Et  fur  ce  monter  (la)  bone  gent. 

Tel  gens  le  fiecle  [ont]  corronpu  ; 
Grant  perill  ejl  d'ahne  cornu  : 
Ces  ont  cornes  d'or  &  d'argent  ; 
Hurter  peu[ven]t  à  toute  gent; 

Et  fe  tous  font  [la]  créature 
"De  Dieu;  fi  n'ejî  mie  droiture 
Que  tous  f ornes  en  ./'.  degré 
Tar  la  volenté  de  Véa. 

oibraham  fi  mijl  Ifmael 
Sous  les  pies  d'IMac  jovenfel, 
Que  en  la  dame  engendré  fu  ; 
Ifmael  pour  ferf  fut  tenu, 

Quy  bajlard  [fu]  né  de  la  ferve. 
{Mais  nul  orendroit  ne  conferve 
Fors  qui  quy  foit,  s'il  a  deniers  : 
Tour  ce  font  les  gens  enpirés. 

Toute  riens  vait  orre(s)  à  rebours; 
Gens  devienent  en  tout b  le  cors 

a.  Mf.  dieu.  —  b.  Mf.  de  tout  en  tout. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  269 


Quy  font  de  [très]  vil  eftraiture,  ï*9i 

Si  ont  deniers  hors  de  mefure. 

Se  poi\e  moy,  ce  Dieu  m'ait  ! 

Or  vos  ay  de  moy  le  voir  dit, 

Car  grant  p\e\ché  eft  de  grans  a  mau\s\ 

Quant  ahne[s]  devien[en\t  chevau[s]. 

Encores  por  deniers  aver, 
Les  uns  vont  les  autres  rober, 
Et  Vun  à  Vautre  terre  prendre, 
Et  crefi[enté]  par  tout  vendre. 

zMout  m'en  poi^e  de  tel  faifon, 
Qui  fait  Jon  cors  contre  raifon, 
Que  fiaus  quy  font  de  bien  eftrais 
Sont  abayfiés  par  fi  fais  b  trais. 

Et  partout  vois  raifon  faillir 
Et  vérité'  de  tout  morir, 
Que,fe  aucun  a  acarele, 
oA  home  qui  avra  poier 

Ve  femonfes  ou  pre\ens  faire 
"De  bons  vins  &  de  laytuaire, 
Seluy  fera  bien  ef coûté, 
Et  Vautre  fera  rebuté. 

Toute  rien  vait  de  mal  en  pis  ; 
Je  ne  fay  que  autre  vos  dis  : 
cMais  T)ieu  ferai^y)  fon  jugement, 
Soies  f en ain,  tout  autrement. 

a.  Mf.  grant.  —  b.  Mf.  fait.  —  c.  Mf.  vente. 


270  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1291  Or  vous  vyaus  dire  de  cler^ie, 

Que  tous  u\ent  de  femonie, 
Que  nul  por  bonté  ny  faver 
D^avra  provende  fans  douner  ; 

5\7  benefiffe  de  Vigli\e 
U^en  avra  nul  en  nulle  gui\e, 
ZN^y  b aider  ni  enterer, 
Se  il  n'en  ejl  par  don  denier  ; 

Et  Je  nul  ovre  quiert  de  faire, 
Se  il  {ne)  counujfent  que  ï afaire 
Soit  pour  aucun  povre  mefdit, 
Si  fe  faignent  par  aucun  dit. 

£Wais  pour  [aucun]  riche  &  manant, 
Tojl  s'en  vienent  de  maintenant 
En  chantant  à  prefejîon  : 
Tel  ejl  or  endroit  la  faiffon. 

Saint  Tiere  nen  a  ordena  mie 
Que  en  fi  le  ffl  \la\  clergie  ; 
zMais  comunal  à  toute  gent, 
Sans  demander  or  ny  argent  ; 

Et  quant  aucun  en  fainte  yglife 
Devient  parlât  ou  ait  ofice, 
Tu(n)t  \en\  devient  fi  orguillous 
Que  d'un  anel  fe  fait  .).  ours. 

Trefchours  &  £Menors  n'ont  pas  mains 
D'orguel  aucunes  fois  hifertains, 

a.  Mf.  ven.  —  b.  Mf.  aucuns  fées  ce  fertains. 


III.    LE    TEMPLIER    DE    TYR.  27 1 

zMais  d'eaus  fe  peut  fejiu  bien  dire  :  1291 

Le  fiecle  fer  oit  afés  pire, 

Se  il  ne  fuffent  fertement, 
Que  par  lor  amonefement, 
Qui  fevent  bien  dire  &  re traire, 
cMout  de  gens  trayent  de  maufaire. 

Des  rqys,  des  princes  &  barons, 
De  jïaus  ne  fai  ge  menfions, 
Car  chafcun  voit  apertement 
Cornent  (z7)  font  leur  gouvernement. 

Je  fuy  fert,  que,  fans  le  mien  dire, 
Chafcun  voit  con  le  fiecle  enpire, 
Et  fe  Von  dit  que  doit  on  faire, 
Von  fe  doit  de  tous  maus  retraire, 

Et  des  orgueuls  dou  fiecle  eiffir. 
Et  Dieu(s)  henorer  &  fervir; 
Car  quant  ver  a  au  jugement, 
Tant  varra  fumier  com  argent. 

De  la  faifon  enfi  contraire 
Con  vos  m'avés  oy  retraire, 
£\V  foloit  point  en  Chipre  aver, 
Car,  bien  le  puis  dire  par  ver, 

C'ejloit  le  plus  ai\e  pais 
Con  feùjl  de  fi  à  Taris  ; 
Là  où  n'avoit  nule  defcorde, 
éMais  pais  &  amour  &  concorde. 

Les  uns  les  autres  s'entramoient, 
Leauté  &  foy  fe  port  oient, 


272  LES    GESTES   DES   CHIPROIS. 

1291  ^Qen  av oient  autre  penfer 

Que  faire  fejie  &  foulajfer  ; 

Frans  efloient  &•  de  bon  aire  a, 
Vers  toute  gens  de  bon  afaire, 
Si  avoient  pais  [as^feùr, 
C^en  avoient  afaire  à  nul. 

Tar  envye  furent  en  apart 
En  grant  difcort  &  en  débat, 
Dont  il  fe  font  moût  amermès 
Et  damages  &  enpirés  ; 

Et  ce  font  moût  entrehaïs, 
Les  uns  as  autres  ont  maumis  ; 
Si  n'en  a  mais  entre  yaus  amor, 
Fors  felenie  &  [fors]  errour. 

Dont  le  païs  ejl  enpirés  ; 
Grant  damage  eji,  bien  le  fâchés, 
Grant  perill  ejl  de  lor  difcorde, 
Se  Dieu  ne  met  entre  yaus  acorde. 

<f$  t  .  Or  avés  oy  la  rime  que  je  trovay  felonc  le  tens, 
quy  eftoit  adons,  6c  croy  que  fiaus  qui  ont  veii  feluy  tens, 
fi  con  je  ais  fait,  direent  que  elle  parle  bien,  &  à  droit  & 
veryté;  mais  je  laira  ores  efter  celte  rayl'on,  &  comenfe- 
ray  à  dire  fe  que  je  devray  dire  des  aventures,  quy  font 
avenues  puis  que  Acre  fu  perdue,  fi  con  je  vous  ay  re- 
trait les  autres  choies  avant. 

532.  Après  que  Acre  fu  perdue,  avint  en  Pan  de  L'in- 
carnafion  de  Crilt  M  &  ce  &XCI,  les  Sarazins  d'Flpaigne, 

a.  Mf.  dire. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  273 


quy  font  au  deftroc  dou  Maroc,  virent  que  le  foudan  de  1291 
Babiloine  avoir  deftruit  la  creftienté  de  Surie  ;  fi  vorent 
aufi  deftrure  lor  vizins  d'Efpaigne  creftiens.  Tout  foit  il 
chofe  que  d'un  grant  tens  avant  avoyent  ordené  les  Sa- 
razins  de  Surie  aveuc  fiaus  d'Efpaigne  d'ennuer  les  cref- 
tiens, les  uns  de  sa  &  les  autres  de  là  5  &  quant  fiaus  de 
la  Surie  eurent  fait,  fiaus  Sarazins,  que  je  vos  ais  només, 
fi  voftrent  aufi  faire,  &  armèrent  .xx.  leins,  guallées  &  lai- 
nes, &  pafferent  moût  de  gens  d'armes  par  çel  eftroit  dou 
Maroc  en  la  terre  dou  roy  d'Efpaigne  par  plufors  veages; 
&  quant  il  furent  paffés,  fi  afegerent  une  boune  fité  de 
creftiens,  quy  eftoit  dou  roy  de  Caftele. 

5"  3  3  •  QHant:  ^  r°y  ^e  Caftelle  le  l'or,  fi  arma  .xv.  gual- 
lées, &  fu  amiraill  meffire  Beneit  Zacarie  de  Gène,  qui 
eftoit  à  fel  tens  amiraill  dou  royaume  de  Caftele.  Le  dit 
meffire  Beneit  vint  o  les  .xv.  gualées,  là  où  les  guallées 
des  Sarazins  eftoient,  &  lor  douna  chafïe,  car  il  ne  les 
poft  jondre,  &  puis  retournèrent  les  gualées  des  Sarazins 
en  lor  leuc,  &  parlèrent  toute  jour  lor  gent. 

^34.  Le  roy  de  Caftelle  fîft  femondre  fa  gent  à  chevfau] 
d'armes  &  afembla  fon  hoft,  &  en  tant  corn  il  [peiit]  fa  gent 
pour  venir  contre  Sarazins;  le  dit  Beneit  Zacarie  avoit  ja 
douné  chafe  as  guallées  de  Sarazins  &  pris  Jàities.  Le 
leuc  eftoit  ftroit  par  là  où  il  pafeent  lor  gens,  mais  Sara- 
zins virent  que  lor  guallées  eftoient  plus  ligieres  que  felles 
des  creftiens  :  fi  avoient  grant  baudour,  &  parlèrent  la 
(yent  d'autre  part,  non  dounant  cure  de  nos  gualées. 

f3f.  Le  dit  fire  Beneit  Zacarie,  ja  foit  fe  que  il  fuft  .j. 
fage  home  de  mer  ou  foutil,  toute  fois  avoit  il  en  fa  com- 
paignie  Jenevés  plufours,  fages  &  foutils  mareniers,  quy 
avoient  Iodées  dou  roy  de  Caftelle,  &  fe  confeilla  à  yaus 
de  poer  enginier  le[s]  guallées  des  Sarazins;  &  entre  moût 
de  paroles  dites  entre  yaus,  lor  confeil  fu  de  faire  les  bans 
de  lor  guallées  fi  loins  que  .iij.  homes  peiiiïent  feï'r  defus, 

c  35 


274  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1291  &  les  labourèrent  tofl  &  hâtivement,  &  mirent  de  lor 
fuvre,  faillant  à  voguer  .iij.  par  banc,  quy  Te  dit  treleul. 
Et  quant  il  eiit  mizes  Tes  guallées  à  tel  point,  ce  Ton  vos 
dit,  il  avint  que  .j.  bien  matin  fire  Beneit  fe  mift  à  aler 
contre  les  guallées  des  Sarazins,  voguant  moût  lâchement, 
&  les  guallées  des  Sarazins,  fi  corne  il  aveent  ufé,  li  vin- 
drent  à  l'encontre  feiïrement;  &  quant  fire  Beneit  vy  que 
il  efteent  fi  près  quy  traieent  d'abaleflres,  &  Te  fyoient  en 
lor  ligerefe,  c'y  troverent,  la  mercy  de  Dieu,  enginés,  car 
pieftant  les  treuleul  mirent  main  à  voguer,&  lor  dounerent 
chaiïe  jufques  à  l'autre  terre,  dont  Sarazins  qui  fe  virent 
près  de  terre  le  lanferent  en  la  mer  pluyfours,  &  autres 
Te  défendirent,  &  prirent  toutes  les  .xx.  guallées,  &  de  la 
gent  [furent]  tout  mors,  &  pris  la  plus  grant  partie,  &  lor 
gens  meïfmes  de  terre  lor  coururent  fus,  &les  tuèrent;  & 
lor  gens  d'armes,  quy  avoient  afegé  la  ville  dou  roy  de 
Caflele,  oyrent  que  lor  guallées  furent  prizes,  fi  laifTerent 
le  fiege&  vindrent  à  la  marine,  pour  faver  aucun  confort 
de  trover  aventure,  quy  s'en  peiïfïent  repairer,  mais  au- 
cuns d'iaus  alerent  au  roy  de  Caflele,  &  Fencontrerent 
à  un  grant  hoft,  &  lés  Sarazins  fe  reneerent  &  devindrent 
creftiens,  &  menèrent  le  roy  de  Caflele  &  fa  gent  là  011 
les  Sarazins  eiloient,  que  le  roy  de  venue  les  defconfy  & 
mifl  tous  à  l'efpée  fans  mercy,  car  le  roy  de  Caflele  le 
fift  volentier,  por  afouager  la  pezance  de  l'on  cuer,  qu'il 
aveit  de  la  perte  d'Acre  &  de  la  defbucion  de  povres 
creftiens  de  la  Surie  ;  mais  nous  lairons  la  raifon  de  fe 
que  il  n'en  y  a  plus  que  dire,  &  fi  vos  dirons  d'un[e] 
autre  aventure. 

f3 6.  Vous  favés  cornent  je  vos  ais  devifé  la  guerre  des 
Jenevés  à  Acre,  &  puis  la  guerre  vos  ais  dit,  cornent  les 
Jenevés  eurent  guerre  as  Pizans,  &  les  defconfirent  con 
vos  l'avés  oy,  &  fe  fu  la  plus  grant  partie  pour  achaifon 
de  la  guerre  d'Acre  devant  dite  ;  &  de  puis  de  celle  guerre 


III.    LE    TEMPLIER    DE   TYR.  27 f 


d'Acre,  Venefïens  defpriferentmout  les  homes  de  Jene,  &  1391-1*92 
fouvent  lor  fayfoient  gourdeiïes,  &  d'autre  part  Jenevés 
dezireent  moût  d'aver  guerre  as  homes  de  Veneyfe,  por 
vengier  ou  croiftre  lor  honte,  mais  que  le  tort  venift  par 
les  Venefliens,  &  le  chemin  d'infer,  quy  bien  favet  que 
ne  remaignet  pour  autre  choie,  mais  que  .j.  d'iaus  le 
comenfaft,  fi  pourchaiïa  la  manière  toft,  fi  corne  je  vos 
diray. 

5^7.  Il  avint  en  l'an  de  M  &  CC  &  XCII  de  Crift,  que 
.iiij.guallées  de  Veneffiens  veneent  de  Veneyfe  en  Chipre, 
&  avoi[en]t  les  gens  d'armes  autrefs]  .ij.  guatyes  en  Chipre 
au  fervize  de  la  maiibn  dou  Temple,  &  venoit  dedens  .j. 
frère  dou  Temple,  quy  avoit  nom  frère  Guillerme  de  la 
Tour,  &  mon  feignor  Phelippe  de  Yblin,  oncle  dou  roy 
Henry  de  Jerufalem  &  de  Chypre,  venoit  de  [ojtremer 
dedens  les  .iiij.  gualies,  &  monta  defïus  en  Veneiiïe.  Or 
avint  enffi  que  venant  lor  chemin,  il  encontrerent  .vij. 
gualies  des  Jenevés  marchans,  quy  aleent  de  Romanie  en 
Jene,  &  pour  ce  que  il  eft  ulage  fur  mer,  des  .iiij.  guallées 
de  Veneiiïens,  ne  les  vorent  eichiver,  &  affés  lor  pria  mef- 
fire  Phelippe  de  Yblin  d'efchiver  les  ;  mais  il  ne  voftrent 
riens  faire,  <5c  toute  fois  Jenevés  basèrent  pour  eichiver 
le  mau  corne  gens  marchans,  qui  ne  querrent  pas  la  bregue, 
&  efloient  .vj.  guallées,  car  l'autre  aloit  bien  près  de  terre 
pour  deicovrir  qui  ny  eiift  autre  guallée,  &  les  Venei- 
iïens quy  eftoient  gens  aies,  &  deziroient  la  bregue  &  le 
fîoient  à  le  qui  avoient  la  chourme  de  .vj.  guallées,  fur 
fes  .iiij.,  con  je  le  vous  ay  dit,  &  virent  les  guallées  yflir 
de  lor  vée,  &  cuyderent  que  il  le  faiiïoient  de  paour.  Si 
p(e)ryrent  baudour,&  mirent  main  à  lor  efpees  &  les  traï- 
rent  nues,  criant  contre  les  Jenevés  :  «  Or  c'eft  à  dire, 
nos  vos  avons  de  guain  !  »  Et  quant  les  Jenevés  virent 
ié  faire  à  Venefiens,  &  que  il  eftoient  armés,  fi  armèrent 
&  alerent  contr'eaus,  &  à  l'afembler  fu  tué  d'un  carriau 


276  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


1293  frère  Guillerme  de  la  Tour,  frère  dou  Temple,  quy  amenet 
fes  guallées  des  VenelTiens,  con  je  vos  ay  dit  ;  &  quant 
il  furent  jointes  les  uns  as  autres,  Venefiens  furent  desba- 
ratés  &  vencus  &  pris,  &  aucuns  y  ot  mort.  Le  chevetaine 
des  guallées  de  Jene,  fi  fu  mcffire  Johanin  Marozel,  & 
guarenty  mefTire  Phelippe  de  Ybelin,  oncle  dou  roy  de 
Chipre,  &  ja  foit  fi  que  la  vaiiïeie  d'argent  dou  dit  mon- 
leignor  Phelippe  li  fu  toute  robée,  &  quant  à  fel[e]  oure 
l'on  ne  la  poiï  recovrer,  toute  fois  la  mandèrent  tout  à  Ton 
gré;  &  confecerent  les  Venefiens  fur  une  ihle  lor  tort  [&] 
outrage,  &  en  firent  Jenevés  de  ce  chartre  de  notaire,  & 
les  laylTerent  aler,  &  tout  en  cefte  manière  le  traïft  mon 
feignor  Phelippe  de  Yblin. 

f^S.  Le  feigan[t  an]  après,  quy  fu  l'an  de  Lincarnafion 
de  Noure  Seignor  Jehfu  Critl  M  &  CC  &  XCHI,les  Venef- 
fiens  armèrent  en  Veneiffe  .xxv.  gallées,  &  vindrent  en 
Chipre  por  damager  Genevés,  non  regardant  à  tort  quy 
vint  de  lor  gent,  con  vos  m'avés  oy  dire,  por  la  prezence 
de  le  franc  home  &  grant  feignor  meffire  Phelippe  de 
Yblin,  ni  mandant  mefage  en  Jene,  mais  [de  ]  lor  preupre 
volenté  &  par  defprizance,  vindrent  fes  .xxv.  guallées  de 
Veneffiens  en  Chipre  à  Limeffon.  Et  fu  lor  capitaigne 
Marc  Mazille,  &  abatirent  les  crenyaus  de  la  tour  de  Jene, 
quy  eft  à  Limeffon,  &  abatyrent  la  loge  des  Jenevés,  & 
prirent  le  bafton  point  as  armes  de  Jene,  &  le  traînèrent 
lié  d'une  corde  par  terre,  &  firent  grant  menales  à  Jene- 
vés, fi  que  nui  Jenevés  à  Lymeifon  ne  s'oza  moftrer.  Et  le 
partirent  de  Limeffon,  &  vindrent  à  Salines,  &  troverent 
là  le  roy  Henry  de  Jerufalem  &  de  Chipre  -,  &  le  capitaigne 
de  fes  guallées  defendy  tart  de  nut,  &  parla  au  roy,  &  li 
douna  letres  que  le  duc  li  mandeit,  &  parlant  de  plufors 
paroles,  le  roy  lor  demanda  coument  le  efteit  qu'il  efteent 
venus  aveuc  tant  de  guallées,  &  il  diflrent  que  il  fe  vo- 
loient  venger  de  pluzours  menus  otrages  que  Jenevés  lor 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  277 


avoit  fait,  &  le  roy  lor  dift  quy  fe  gardaiTent  que  Jenevés  ^n 
n'en  armaffent  après  yaus.  Le  capitaine  refpondy  que  il 
efteent  armés  de  tel  gent  qui  ne  doutere[e]nt  .1.  guallées 
de  Jenevés,  [qui]  les  counufTeent  bien  coument  il  font  les 
fis  de  fiaus  quy  les  defconfirent  le  tens  paffé  5  &  fes  pa- 
roles dift  au  roy  en  audienie  de  mon  ieignor  Phelippe  de 
Yblin,  &  de  plufors  chevaliers  &  maihnées  quy  furent  là 
&  je,  Dieu  le  feit,  lai  efcrit a  fe  con  je  l'o'i(s),  quy  eftee  là. 
C29.  Celé  nut  partirent  les  dites  guallée[s]  de  Salines, 
&  alerent  ver  Famagoufte.  Le  chaftelain  de  Famagoufte 
fi  eftoit  meffire  Phelippe  de  Brie,  quy  vint  fêle  nut  à  la  loge 
des  Jenevés,  &  dift  au  cons[e]le  &  à  Genevés  quy  là  le 
troverent,  queilpenfafent  d'eaus  laver,  que  fe  les  guallées 
de  Venefiens  vereent  à  Famagoufte  &  lor  voloient  mau- 
faire,  que  il  ne  les  poreent  guarentir.  Et  adons  b  le  cons[e]le 
amaffa  les  Jenevés,  &  parle  confeill  de  tous  le  partirent  de 
Fama.o-oufte,  &  alerent  à  Nicoftie  &  as  autres  leus,  &  fefte 
choie  que  le  chaftelain  dift,  fauve  fon  henour,  il  ne  deiïft 
aver  eniïi  dit,  car  félon  la  ténor  dou  provelige  des  Jene- 
vés, le  roy  les  det  fauver  &  guarder  en  fon  royaume  à  Ion 
poier,  ne  il  ne  promift  mie  d'eaus  défendre  à  lor  poer, 
ains  lor  dift  tout  de  bout  que  bien  lor  en  covenift. 

f40.  Toute  fois  fe  partirent  les  Jenevés,  fi  corne  eft  fus 
dit,  &  les  guallées  des  Venefiens  pafferent  outre  &  alerent 
à  Layas  en  Ermenie,  &  prirent  une  nave  des  Jenevés,  & 
la  firent  rechater  pour  .m.  &  .vc.  bezans  blans,&  levèrent 
toutes  les  armes,  &  traînèrent  les  banieres  de  Jene  par  la 
mer,  criant  :  <■<  Guère  !  »  &  demourerent  là  achetant  lor 
marchandies,  &  chargant  lor  guallées;  &  les  Jenevés  de 
Laias  s'en  fouyrent  par  les  cazaus,  &  dedens  Laias  lor  fu 
fait  aucune  damage  à  lor  chozes. 

^41.  Dedens  fe,  meffire  Gille  Doire  fu  à  Famagoufte, 

a.  Mf.  lainfe  rot.  Voy.  la  Préface,  —h.  Le  mf.  répète  &  adons. 


278  LES    GESTES    DES  CHIPROIS. 


1293  lequel  c'eftoit  conbatu  au  Cafà  une  gualée  des  Venefiens 
d'un  quy  avoit  nom  Polet  Dalfin,  &  l'avoyt  prize  fur  le 
y  défendre,  &  puis  la  laiiïa  aler,  &  eftoit  revenu  à  Fama- 
goufte,  con  vos  oies,  &  avoir  oy  &  feu  ce  que  les  Ve- 
nefiens avoient  fait  as  Jenevés  en  Chipre  &  à  Laias,  & 
devoit  prochainement  partir  de  Chipre  pour  aler  en  Jene, 
&  portoit  o  luy  frère  Nicole  &  fon  conpaignon,  frères 
menors,  quy  alerent;  &  le  party  &  ala,  <5c  en  fon  chemin 
encontra  .xiiij.  guallées  de  Jenevés,  quy  aleent  de  Jene  en 
Romanie,  &  parla  à  yaus  des  gualées  &  lor  conta  les  ou- 
trages que  Venefiens  avoient  fait  &  fayifoient  as  Jenevés, 
dont  il  en  furent3  moût  eouroufés  &  dirent  que  il  l'amen- 
dereent,  &  firent  retorner  le  dit  Gille  Doire  aveuc  yaus 
&  les  .ij.  frères  menors  que  il  meneit,  &  le  vindrent  en 
Collantinople,  &  deichargerent  lor  baies  &  lor  marchan- 
die  en  terre,  &  la  recoumanderent  à  l'emperour,  &  s'ef- 
forcèrent &  aparaillerent  d'armes  &  de  fe  quy  lor  fembla; 
&  le  baill  des  Venefiens  de  Collantinople  s'en  vint  en 
Père  à  la  ville  quy  eft  des  Jenevés  devant  Coftantinople, 
&  parla  à  fes  feignors  des  gualées,  priant  quy  le  layiïa- 
fent  aler  avant  d'iaus  en  Ermenie  à  lor  gent,  faver  s'il  po- 
roit  mètre  aucun  bien,  &  les  Jenevés  ne  le  voftrent  fou- 
frir,  &  encores  lor  pria  le  dit  baill  qu'il  le  lailTafent  venir 
aveuc  yaus  en  lor  guallées,  pour  mètre  aucun  bien,  &  les 
Jenevés  en  nulle  guylé  n'en  le  vorent  mener,  &  fe  party 
&  tourna  en  Collantinople. 

f  42.  Les  Jenevés  fe  partirent  de  lor  vylle  d'en  Père,  & 
furent  .xv.  guallées,  à  conter  la  guallée  de  fire  Gile  Doire, 
&  menèrent  les  ij.  frères  menors  ;&  en  lor  chemin  venant 
ver  Laias,  fi  encontrerent  .ij.  guallées  d'un  leur  Jenevés, 
quy  avoit  nom  André  Pelau,  que  il  le  remenerent  aveuc 
yaus,  &  furent  .xvij.  guallées,  &  aufi  troverent  .j.  autre 

a.  Mf.  firent. 


III.   LE    TEMPLIER    DE    TYR.  279 

Jenevés  à  un  lien  lein  armé,  quy  eftoit  mains  de  guallée,  1293 
&  le  menèrent  en  lor  conpaignie;  &  quant  il  furent  ve- 
nus au  Coure,  il  troverent  .j.  guallée  de  Chipre  armée  de 
gens  de  Surie,  Pizans  &  Venefiens,  gens  haïnos  à  Jenevés, 
en  qui  avoit  aucun  quy  avoient  ofendu  à  Jenevés,  en  la 
quele  eiloit  meffire  Ote  de  Gualanlbn  ;  &  le  dit  meffire 
Ote  de  Gualanlbn,  quy  elt  .j.  chevalier  d'outremer  de  grant 
renomée,  fi  parla  as  Jenevés,  &  moût  lor  prea  qui  lor 
pleiifl:  a  quy  peiifl:  aler  aveque  yaus  pour  mètre  aucun 
bien,  mais  le[s]  Jenevés  ne  le  vorent  foufrir,  &  li  prièrent 
que  il  deiift  alargir  fa  guallée  loins  des  lor,  pource  qu'il 
ne  peiifl:  par  aucun[e]  fo[is]  nairtre  aucun  mau,  que  fes 
guallées  eftoient  gens  quy  lor  aveent  ofendus  par  le  tens 
paffé,  &  pour  s'amour  ne  les  voleent  grever.  Meffire  Othe 
s'en  party  d'eaus,  &  vint  en  Chipre,  car  il  venoit  de  ve'ïr 
&  parler  au  roy  d'Ermenie. 

^43.  Les  Jenevés  furent  à  Laias,  &  furent  à  la  vifte  les 
uns  des  autres  aveque  les  guallées  des  Veneflens,  dont  les 
Jenevés  lor  mandèrent  fes  .ij.  frères  menors,  &  lor  man- 
dèrent quy  lor  deuffent  rendre  l'aver  des  Jenevés,  quy 
l'aveent  pris;  dont  il  ne  voflrent  riens  faire,  &  prirent  les 
.ij.  frères  menors,  &  les  jetèrent  en  terre  aveque  lor  barque, 
&  ne  les  biffèrent  venir  arieres  à  Jenevés,  &  voguèrent 
en  lor  gualées  vers  les  guallées  des  Jenevés  pour  afaillir 
les,  &  les  Jenevés  les  elehiverent,  alant  vers  la  Montaigne 
Nègre  quy  eft  loins  de  Laias,  alant  vers  demy  jour  .xxx. 
milles,  &  forgirent  lor  ancres  là,  &  les  Venefiens  à  lor 
gualées  vindrent  là,  &  fourgïrent  &  arefterent  devant  les 
guallées  des  Jenevés,  &  furent  les  uns  devant  les  autres 
tant  con  lor  ploft.  Et  le  partirent  les  Jenevés,  &  alerent 
à  Laias,  &  propozerent  en  lor  confeil  de  Surie  [de  por- 
chaiïer]    les   Veneffifiens    jufques  dedens  lor   goulf  de 

a.  Le  mf.  répète  quy  lor  pleuft. 


280  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


1293  Veneife,  &  diftrent  entre  yaus  que  il  efteent  guallées 
chargées  &  pezantes,  &  fe  aucun  vent  les  départir!:,  il  les 
per[dr]eent  toutes,  &  s'il  voleent  venir  à  la  bataille  qui 
les  atendereent,  &  s'aparaillierent  &  acrurent  de  gens  de 
la  terre,  &  atendirent,  &  le  lièrent  enfemble,  pour  ce 
qu'il  envoient  mains  aies  des  Veneffiens. 

^■44.  Les  Veneffiens  fi  eftoient  à  la  pointe  de  Maumiftre, 
&  eftoient:  .xxxij.  leins,  car  il  furent  de  Veneyfe  .xxv.  gua- 
lées,  &  le  comun  lor  manda  une  gualée,  faire  lor  faver 
cornent  feftes  guallées  de  Jenevés  eftoient  partis  de  Jene, 
&  quy  fe  deiiiïent  garder  d'yaus,  &  de  Romanie  lor  vin- 
drent  .iij.  guallées  &  .iij.  faities.  Et  eurent  confeill  les  Ve- 
neffiens de  combatre  à  Jenevés,  car  s'il  ne  fe  conbateent, 
&  fe  delivreent  d'eaus,  il  lor  vereent  après,  guaitant  lor 
point  de  faire  lor  damage,  &  pour  ce  lor  valoit  meaus 
le  conbatre,  &  propozerent  de  tenir  lor  antenes  en  poy 
hautes,  pour  ce  que  fe  les  Jenevés  voziiïent  refuzer  la  ba- 
taille, &  fe  meïlfent  à  aler,  deveent  adons  faire  velle  de 
lor  gualées,  &  ataindre  les,  &  pour  ce  aveent  il  lor  an- 
tenes a  hautes  qu'il  ny  eiïft  autre  à  faire  que  de  tirer  la 
poge  5  &  enfi  fe  mirent  à  venir  vers  le  port  de  Laias  là  où 
les  Jenevés  atendeent. 

f4^.  Quant  les  Jenevés  les  vyrent  venir,  fy  s'armèrent 
&  crièrent  à  lor  *,  &  les  guallées  des  Veneflens  les  alerent 
enveftir,  &  les  Jenevés  efteent  liés  enfemble  quy  ne  s'o- 
zerent  efparpolier,  pour  ce  qu'il  efteent  mains  des  gualées 
de  Ven [e]  liens  ;  &  fu  la  bataille  grant  &  fort  de  lanfes,  & 
de  pieres  &  de  carryaus,  quy  dura  grant  pielfe  dou  jour; 
&  en  la  fin  furent  les  Venefiens  defconfis,  &  les  Jenevés, 
quant  il  fe  virent  le  meyllour,  fi  dehlierent  lor  gualées 

a.  Le  mf.  ajoute  a  ce  mot  :  en  adons  faire  velle  de  lor  gualées 

poy   hautes  pour  ce    que  fe   les  &  ataindre  les,  &  pour  ce  aueent 

jeneues  voz.iiïent   refuzer   la  ha-  il  lor  antenes. 
taille  &  fe  m ey fient  a  aler  deueent  b.  Le  mf.  répète  a  lor. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  281 

&  prirent  des  gualées  des  Venefîens  .xxv.-  &  .iiij.  gualées  1293-1294 
&  .iij.  faities  efchaperent,  &  alerent  en  Veneyle,  &  guay- 
nerent  adons  les  Jenevés  coûte  la  marchandie  que  les  Ve- 
nefîens avoient  dedens  lor  gualées,  quy  valut  plus  de 
.vc.  mille  bezans  farazinas;  <3c  en  tel  manière  avint  à  Ve- 
nefîens lefte  grant  mefaventure.  Et  ore  je  laray  un*  poy 
à  parler  d'eaus  6c  des  Jenevés,  &  fi  parlerons  de  lé  quy 
covient  à  parler  des  chofes  quy  avyenent  l'un  an  après 
l'autre. 

y  46.  Quant  vint  en  Fan  de  Fincarnafion  de  Noftre  Sei- 
gnor  Jehfu  Crift  M  &  CC  &  XCIIII,  fu  ehleu  pape  frère  Piere 
de  Moron,  quy  eftoit  reclus  ;  fu  apelé  papeCelefhn.  Il  fu 
home  de  grant  fainteté,  &  plufïburs  gens  dient  que  Dieu 
fîft  moût  de  miracles  pour  iuy  en  l'a.  vye,  &  fi  ne  voft 
onques  chevaucher  que  ahne,  pour  dignité  nulle  que  il 
eiïit;  ains  velquy  moût  humblement,  &  f\  veiquy  poy.  Et 
vos  diray  que  fu  de  luy,  eftant  il  pape,  fi  con  je  vos  dis, 
&  que  il  vy  les  gens  efcandelés  <5c  delcordés  entre  la  crel- 
tienté,  &  meiïmes  en  la  court  de  Rome,  &  que  il  ne  le 
poiet  amender,  fi  guerpy  le  fîege  apoilolial,  &  retourna 
à  s'abaye  ;  &  furent  les  cardenaus  en  grant  débat  de  faire 
pape.  Or  avoit  .j.  cardenal,  quy  fage  &  artelliaus  &  moût 
entreprenant  [eftoit],  &  aveit  efté  notaire  en  la  court  dou 
pape,  &  moût  avoit  apris,  par  coy  il  favoit  aies,  &  parla 
à  pluzours  des  autres  cardenaus,  as  quels  .j.  à  un  il  lor 
promifl  de  faire  les  pape,  fi  li  voffiffent  doner  lor  vois. 
Et  l'un  de  l'autre  ne  favoit  rien,  dont  chafeun  por  le  il 
donerent  lor  vois,  &  ly  firent  grant  promeiTes;  &  quant 
vint  le  jour  de  la  ehlafion,  il  meymes  le  fifl  pape,  & 
furent  les  autres  tous  defeùs.  Cellu  eftoit  avant  Beneit 
Guaitan,  &  fu  nés  d'un  pays  quy  a  nom  Anaigne  b. 

^47.  Quant  ceftu  fu  pape,  il  manda  &  fifi.  venir  à  luy 

a.  Mf.  en.  —  b.  Mf.  iraigne. 

c  36 


282  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


1294  pape  Seleftin,  quy  fe  fut  degeté  dou  pape,  &  le  fift  tenir 
en  garde,  que  eicandle  coumenfoit  ja  entre  la  gent,  & 
dyfeent  qu'il  y  avoit  .ij.  papes,  &  que  ce  eftoit  choie  quy 
ne  fu  onques,  &  ne  fu  mais,  que  pape  ce  fuft  degeté;  ceftu 
pape  Seleftin  vefquy  poi,  &  morut. 

£48.  Ceftu  pape  Boniface  comenfa  moût  à  eftiver  & 
grever  fiaus  de  la  Colone,  quy  font  gent  de  grant  lignage 
à  Rome;  &  de  fe  lingnage  aveit  .ji.  cardenaus,  que  l'un* 
avoit  nom  médire  Jaque  &  l'autre  meflire  Piere,  les  qués 
meteent  fus  au  pape  de  lais  fais,  &  le  pape  meïfmes  preh- 
cha  contre  yaus,  &  les  dejeta  jufques  à  la  carte  jenerafion 
de  tous  les  bénéfices  de  fainte  yglife.  Et  fiaus  de  la  Co- 
lone coururent  fus  à  la  gent  dou  pape,  &  les  dérobèrent 
de  grant  deniers,  de  laquel  [gent]  la  guerre  comenfa  moût 
fort,  &  le  pape  les  afega  en  lor  chaftiau  de  la  Colone  & 
afega  puis  le  chaftiau  quy  a  nom  Paleftin  &  eft  de  fiaus 
de  Coulone,  qui  eft  moût  fort,  &  prift  l'un  chaftiau  &  puis 
l'autre;  &  les  .ij.  cardenaus  fe  rendirent  à  fa  mercy,  dont 
il  les  fift  mètre  en  garde,  mais  de  puis  il  s'enfouyrent  en 
Gène,  &  de  là  alerent  en  Sezile. 

^49.  Pape  Boniface  tranlata  pluzours  perlas;  entre  les 
autres  tranlata  l'arfevefque  Johan  Turc,  frère  menor,  & 
fu  né  d'Ancone,  &  le  fift  arcevefque  de  Sardeigne. 

yfo.  Et  fift  arfevefque  de  Chipre  meflire  Gerart,  le  deen 
de  Lengres,  quy  demoura  en  Chipre  .ij.  ans,  &  puis  s'en 
ala  outremer. 

f  y  1 .  En  l'an  de  leftfe]  incarnafion  de  M  &  ce  &  XCilil, 
avint  en  Hermenie  .j.  grant  efcandle  entre  le  roy  Haiton 
&  les  frères,  &  vos  diray  cornent  fu  l'achaifon. 

ff2.  Le  roy  Haiton  ala  à  Tatars  &  laiiïa  fon  frère 
Toros,  que  eftoit  fegont  de  luy,  en  fon  leuc;  &  quant  il 
revint  des  Tatars,  il  mift  fus  à  fon  frère,  que  il  li  voloit 

a.  Mf.  on. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  2S3 

tolir  fon  royaume,  &  chaifona  de  fe  fait  plulors  barons  1294 
de  fon  pais.  Après,  ceftu  roy  Haiton  s'en  ala  en  Coftanti- 
nople  &  mena  Toros,  Ion  frère,  aveuc  luy  ;  &  Senbat,  fon 
tiers  frère,  que  il  avoir  layiTé  en  fon  leuc,  fe  fift  tanttoft 
corouner  dou  royaume  d'Ermenie,  car  Haiton  à  fon  tens 
ne  fe  voft  onques  encorouner,  ains  vefty  i'abit  des  Frères 
Menors,  &  fe  fift  apeler  frère  Johan  d'Ennemie. 

y  fô .  Quant  le  devant  dit  frère  Johan  entendy  que  Sen- 
bat, fon  frère,  c'efloit  fait  roy  de  fon  royaume  d'Ermenie, 
fi  arma  .ij.  guallées  &  mena  o  luy  fon  frère  Toros,  &  Ci 
vint  en  Ermenye;  mais  fiaus  d'Ermenie  lor  défendirent  l'en- 
trée, &  frère  Johan  demanda  pour  coy  l'on  le  defendoit 
l'entrée  de  fon  pats,  &  l'on  li  dift  que  fon  frère  Senbat 
s'eftoit  encourouné,  &  que  il  ne  voloit  qui  deiift  entrer 
au  païs.  Et  le  dit  frère  Johan  &  fon  frère  Toros  vindrent 
en  Chipre,  <3c  de  là  s'en  alerent  en  Coftantinople,  &  de 
là  fe  mift  à  aler  à  Tatars,  pour  foy  clamer  de  fon  frère 
Senbat;  mais  le  dit  Senbat  fu  avant  de  luy  à  Tatars,  & 
avoit  efpouzé  feme  tatare  pour  avoir  plus  lor  amifté  ;  & 
enfi  corne  il  fe  revenoit  des  Tatars  en  fon  païs  d'Ermenie, 
il  encontra  en  fon  chemin  frère  Johan  &  Toros,  fon  frère, 
quy  aleent  à  Tatars  :  fi  les  prift  &  mena  aveuc  luy  en  Er- 
menie,  &  après  poy  de  jours,  il  fift  eftrangler  Toros,  fon 
frère,  &  fift  crever  les  ziaus  à  Haiton,  quy  eftoit  frère  Jo- 
han, mais  fi  corne  à  Dieu  ploft,  l'un  eull  li  remeft  que  il 
vy  de  luy  après.  Et  quant  il,  lor  cart  frère,  quy  ot  nom 
Coftans,  vit  que  le  roy  Sembat  avoit  tué  fon  frère  Toros 
&  l'autre  aveuglé,  fi  en  fu  moût  dolent,  &  pour  ce  parla 
à  plufors  des  plus  riches  d'Ermenie,  &  afembla  gens  & 
corut  fus  à  Sembat,  &  le  defconfy,  &  le  prift  &  le  mift 
en  prifon,  &  délivra  fon  frère  Haiton,  quy  eftoit  frère  Jo- 
han. Quant  Haiton  fu  hors,  il  ne  rendy  pas  bon  gré  à 
Coftans  quy  le  délivra,  ains  le  prift  &  mift  en  prizon,  & 
puis  manda  luy  &  Senbat  à  l'empereor  de  Coftantinople, 


284  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1294- 1296  &  tint  feftu  Haiton  fon  royaume,  tout  veftu  de  l'abit 
des  Frères  Menors,  tant  que  .j.  enfant  fu  grant,  quy  fu 
fis  deToros,  fon  frère  fegont,  quy  avoit  efté  eftranglé;  & 
la  mère  de  feftu  anfant  (quy)  fu  fuer  dou  roy  Henry  de 
Jerufalem  &  de  Chipre.  Ceftu  anfant,  le  roy  Haiton  le  fift 
encoroner  dou  royaume  d'Ermenie  à  Ion  vyvant;  &  vos 
layrons  à  parler  de  luy,  &  parlerons  d'un  autre  fait,  con 
vos  orrés. 

5^4.  A  M  &  CC  &  xcv  de  fincarnafion  de  Crift,  fu 
grant  remuement  en  Jene  &  en  Veneiiïe,  car  Venefîîens 
voleent  faire  grant  armement  pour  eaus  venger  dou  da- 
mage &  de  la  honte  que  les  Jenevés  lor  aveent  fait,  & 
Jenevés  meïfmes  s'atirerent  de  l'autre  part,  pour  eaus  dé- 
fendre. 

y  y  y.  Le  pape  manda  querre  les  plus  fages  de  lor  fités, 
&  le  travailla  moût  de  mètre  aucun  acort  entre  yaus,  mais 
ne  poft,  &  pour  fe,  fe  tornerent  chafeun  en  fa  fité;  &co- 
menfa  la  guerre  entre  yaus  moût  forte  &  moût  cruel,  fi 
con  vos  entenderés. 

yy6.  Les  Venefîîens  armèrent  .lxx.  guallées,  &  vindrent 
fodainement  en  Père,  qui  eft  une  ville  des  Jenevés,  &  eft 
afife  devant  Coftantinople,  <5c  mirent  le  feue  dedens,  <3c 
Pardirent  fans  autre  damage,  que  Jenevés  aveent  oy  no- 
veles  d'yaus,  &  aveent  trait  tous  lor  biens,  &  mis  dedens 
Coftantinople,  &  meïfmes  lor  tarides  il  les  esfondrerent 
&  les  laifferent  aler  à  fons,  &  puis  dou  partir  des  dites 
gualées,  fi  les  levèrent. 

<j-j.  En  Tautre  ifté  après,  les  Jenevés  armèrent  .Ixxx. 
gualées,  &  entrèrent  en  le  goulf  de  VeneifTe;  &  avoit  de 
fus  .ij.  amirail[s]  :  l'un  fu  lire  Thomas  Elpine  de  .xxx.  gua- 
lées, &  l'autre  fu  mefîire  Guoude  Damar  des  .1.  gualées. 
Et  furent  entre  le  goulf  de  Veneyfle  &  y  demourerent 
tant  que  le  belcut  lor  comenfa  à  faillir,  &  furent  au  con- 
feil  fi  que  fireThoumas  Elpine  fi  confeillet  d'atendre  pour 


III.   LE    TEMPLIER    DE    TYR-  2$f 


ce  que  honte  lor  feroit,  le  Venefliens  niffeent,  &  il  fufent  1296-1297 
partis  avant;  &  l'autre  amirail  lire  Guaude  Damar  diloit 
que  il  fe  voloit  partir  en  toute  guyfe  &  aler  en  Sardeigne; 
û  que  les  .ij.  amiraiis  furent  à  vylaines  paroles,  &  le  party 
meffire  Guaude  à  .1.  guallées,  &  s'en  ala  en  Sardeigne,  & 
fire  Thoumas  El'pine,  quy  n'en  avoit  que  .xxx.  gualées, 
n'en  oza  demourer,  &  fe  party,  &  vint  en  Sezille,  &  le 
mift  en  .j.  leuc,  quy  a  nom  la  Catune. 

f  y8.  Les  Venefliens  après  poy  de  jours  niflîrent  deVe- 
neize,  &  vindrent  au  leuc  où  les  Jenevés  les  aveent  aten- 
dus,&  troverent  que  il  eftoient  partis,  &  prirent  baudour, 
&  vindrent  en  Sezile,  &  troverent  lire  Thoumas  Efpine  à 
ces  .xxx.  gualées,  &  H  dounerent  chalTe,  mais  Thoumas 
El'pine  i  avoit  ligieres  gualées,  &  le  partirent. 

<jo.  Les  gualées  des  Venefliens  firent  le  tour  de  la 
Sezile,  &  en  pareil  leus  prirent  des  Jenevés  naves,  qui 
dévoient  charger  de  fourment,  bien  .xvij.,  &  enfy  reffut 
le  comun  le  damage. 

f6o.  Quant  vint  l'autre  yfté  après,  le  comun  de  Jene 
arma  .c.  &  .ixxvij.  guallées  &  .xx.  barques  de  par  eical- 
me(s),  &  vindrent  en  Sezille  &  à  Meflîne,  &  armèrent a 
.xxv.  guallées  que  il  layiTerent  à  garder  Jene  pour  les 
Pizans,  &  fu  amirail  de  les  .xxv.  guallées  melTire  Manuel 
Zacarie,  &  dou  grant  armement  fu  amirail  meflire  Aubert 
Doire,  quy  fu  jadis  capitaine  de  Jene.  Et  quant  le  grant 
hoft  fe  party  de  Jene,  mandèrent  letres  au  coumun  de 
Veneylfe,  que  il  eftoient  partis  de  Jene  .c.  &  .Ixxvij.  gua- 
lées, &  alerent  à  Mefine,  &  s'il  avoient  volenté  de  faire 
aucune  railon,  qu'il  venylTent  là  &  portaient  lor  cartulaire, 
car  il  l'avoient  porté  le  leur  aveuc  yaus;  6c  puis  quant  il 
furent  venus  à  Meflîne,  fi  lor  mandèrent,  par  .j.  courier 
quy  ala  de  Poille,  à  un[e]  autre  fi  faite  letre. 

a.  Le  mf.  répète  8c  armèrent. 


286  LES    GESTES    DES  CHIPROIS. 

1297-1298  y6  t  .  Les  Venefîiens  lor  firent  le  refpons,  &  lor  man- 
dèrent dire  que  il  eftoient  venus  esforfe[em]ent  volentiers 
pour  ce  que  Veneyle  ne  poroit  entendre  iî  toit  à  armer  tant 
de  gualées,  &  pour  ce  fembloit  que  il  ne  voleent  mye  la 
bataille,  mais  s'il  fucent  venus  ou  voziffent  venir  comunal, 
qu'il  fuflent  niflus  &  niflreent  bien  à  la  bataille  pour  eaus. 
Dont  les  Jenevés  s'en  tornerent  en  Gène  atout  lor  grant 
armement,  quy  fu  moût  noble  &  grant,  (ï  corne  fiaus  quy 
les  virent  le  dient,  que  tous  les  grans  homes  de  Jene  à 
preuve  les  uns  des  autres  armeent  lor  gualées,  bien  aor- 
nées  de  pluifors  coulours,  &  trop  em  pais  &  repos  ale- 
rent  &  tournèrent. 

fÔ2.  Et  quant  vint  en  l'an  de  M  &  CC  &  xcvifli|  de 
Crift,  les  Jenevés  armèrent  .lxxxiiij.  gualées,  &  nyflîrent  de 
Jene,  &  vindrent  entre  le  goulf  de  Veneiie,  &leur  amirail 
fu  .j.  vailliant  home  artillious  &  de  grant  cuer,  quy  avoit 
nom  meffire  Lanbe  Doire;  &  en  lor  veage  les  aflTailly  .j.  fi 
mau  tens  que  .viij.  gualées  Te  partirent  de  l'oit,  &  les  geta 
le  mau  tens  à  les  .viij.  gualées  en  Poylle,  de  quey  lor  mau 
vint  pour  lor  profit,  car  il  prirent  plufors  vaufiaus  de  Ve- 
neyle qu'il  n'exilent  pas  pris,  &  les  autres  .Ixxvj.  gualées 
traverlerent  le  goulf,  &  alerent  vers  l'Eiclavonie  en  .j. 
ihle  quy  a  nom  Efcurfle,  &  là  atendirent  les  Venefiens. 

^63 .  Le  comun  de  Veneyle,  quant  il  vyrent  bien  que 
Jenevés  eftoient  venus,  fi  armèrent  lor  guallées  quy  furent 
.xcvj.  gualées,  &  dévoient  avoir  autre[s]  .xiiij.  de  jarre;  & 
fu  lor  amirail  .j.  grant  home  de  Veneyle,  quy  avoit  [nom] 
Calo  Dandle,  &  le  vindrent  les  .xcvj.  gualées  à  la  vifie 
des  guallées  de  Jene;  &  le  fu  par  .j.  l'amedy  de  letembre, 
à  .vj.  jours  entrant,  que  fu  la  vegile  de  la  fefte  de  Noftre 
Dame,  mais  la  fefte  i\  devoit  eftre  le  lundy,  &  pour  achai- 
lon  de  la  fefte,  Telle  nuit  dou  famedy,  les  gualées  de  Jene- 
vés en  chalcun  de  lor  efcaloine  [alumerent]  une  chandele 
pour  henor  de  la  Vierge  Marie,  Ç\  que  les  Venefiens  les 


III.    LE    TEMPLIER    DE   TYR.  287 

virent  bien,  &  quant  fire  LanbeDoire,  amiraill  de  Jenevés,  1*9* 
vy  que  la  gent  firent  le  leminaire,  li  demanda  por  quoy 
fe  eftoit  que  il  fayzoient  le  luminaire.  Si  li  fu  dit  que  il 
le  faizoient  pour  la  fefte  de  Noftre  Dame  quy  lera  dou- 
main  le  dimenche  ;  &  il  manda  comandant  de  gualée  en 
gualée  qu'il  deuiïent  eftaindre  les  chandeies,  que  la  fefte 
de  Noftre  Dame  nen  eftet  mye  le  dimenche  qui  eftoit 
demayn,  mais  la  fera  le  iundy  :  «  Avérons  la  bataille 
demain  à  nos  henemis,  &  les  vequerons,  &  ferons  fefte 
de  Noftre  Dame,  &  por  la  victoire  que  nos  avérons.  »  Et 
fon  dit  fu  profecie,  car  enfli  fu.  Et  adons  furent  eftaintes 
les  chandeies  toutes,  dont  les  Venefiens  fi  firent  grant 
merveilles  de  le  que  il  avoient  veii  fi  grant  luminaire,  & 
puis  eftayndre  fi  toft  :  fi  cuyderent  par  ce  que  les  Jenevés 
fuftent  partis,  &  de  lor  fanon  quy  alumeit  encores, 
faizeent  raylon  Venefiens  que  ce  eftoit  une  lanterne 
qu'yl  avoient  layfté  fur  aucune  barque  pour  lembler  as 
Venefiens  que  il  fuffent  encores  au  leuc,  &  avereent  en 
tant  efpafte  d'aler.  Et  pour  faver  de  le  aucune  vérité,  (\ 
mandèrent  .j.  leur  Venefien,  quy  a  nom  Menegue  Efcla- 
fon,  en  .j.  colonbet  que  s'acofta  as  gualées  des  Jenevés, 
&  les  vy  de  loins  toutes  rengées,  &  vint  fi  près  que  il 
Poy  que  les  uns  dizeent  as  autres  :  a  Ves  tu  acheter  le 
que  je  guaigneray  doumain  ?  »  Et  autres  dizet  :  c<  Quant 
fera  jor  pour  faire  fefte  bataille  ?  »  Et  Menegue  tourna 
&  dift  à  lor  amiraill  cornent  les  gualées  font  encores  en 
leur  leuc,  &  as  paroles  qu'il  avoit  oy  d'eaus,  il  n'efteent 
mie  gens  de  fouir,  que  il  penfaft  d'aparailier  les  batailles 
&  ordener  fon  fait. 

f  64.  Quant  vint  l'endemain  matin  le  dimenche,  il  s'a- 
procherent  les  uns  as  autres,  &  s'abaleftrerent  aies  ;  &  Ve- 
nefiens eurent  conleil  de  ferir  fur  la  mité  des  guallées  des 
Jenevés,  &  averont  toft  defconbré  fêle  mité,  &  Tautre  mité 
après  avra  poier  à  yaus  ;  f\  fe  meteront  en  defconfi(ti)ture. 


288  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1298  Et  tout  enfi  corne  il  le  deviza  fift,  que  atout  lor  gualées  quy 
furent  .xcvj.,  feryrent  fur  la  mité  des  gualées  des  Jenevés, 
quy  ne  furent  par  tout  que  .lxxvj.  gualées,  que  les  autres 
.viij.  fe  partirent  d'yaus  par  mautens,  con  vos  l'a[vés]  oy 
avant,  &  nen  eftoient  encores  [revenus]  ;  &  donerent  les 
Venefiens  fi  grant  charge  fur  la  mité  de  roft  de  Jenevés 
quy  defconbrerent  .xiij.  gualées  de  Jenevés.  Et  l'autre  mité 
des  Jenevés,  qui  virent  que  lor  gualées  aveent  Ci  grant 
charge,  &  que  nul  n'en  eftoit  venus  conbatre  à  yaus,  fi 
tailerent  lor  goumes  hafhvement,  <Sc  layfferent  lor  ancres 
en  mer,  &  vindrent  ferir  fus  les  Venefiens,  &  ne  fouyrent 
mye,  fi  con  Venefiens  firent  rayfon,  &  en  tel  manière 
furent  les  Venefiens  au  myleuc  des  Jenevés,  &  fu  la  ba- 
taile  moût  mourtau  con  chafcun  peut  crere  bataille,  que 
quy  chait,  fi  efl:  mort;  &  les  morurent  &  armé,  &  en- 
cores creftien,  l'un  contre  l'autre;  &  en  la  fin  Venefiens 
furent  defconfis  malement,  &  perdirent  .ixxviij.  gualées, 
&  efchaperent  les  autres,  quy  furent  .xviij.,  ôcs'en  alerent 
en  Veneyze. 

f6y.  Adonc  élit  en  Veneyze  moût  grant  doulour  &  Ci 
ot  aufi  grant  paour,  car  aucuns  s'aparaillierent  d'ordener 
lor  defenffes  d'engins  &  d'autre,  qui  lor  covenoit,  doutant 
que  les  gualées  de  Jenevés  ne  voziffent  venir.  Là  des  Je- 
nevés vos  diray  quy  firent  [de]  toutes  les  gualées  de  Vene- 
fiens qu'il  guainerent  :  il  en  traïllrent  lé  quei  lor  ploll,  & 
puis  les  ardirent  toutes,  &  fu  pris  lor  cappitaine  fire  Carlo 
Dandle,  qu'il  morut  après  alant  en  Jene,  d'une  contine. 
Et  furent  pris  plulours  gentils  homes  de  Veneife  &  grant 
cantité  de  menues  gens,  qui  furent  bien  .xvjm.  perlones, 
fauve  les  mors  &  autres  quy  alerent  en  terre  des*  Efcla- 
vons,  qui  ne  font  pas  bien  des  Venefiens  ;  &  lâchés  que 
Jenevés  [feroient]  bien  aies  en  Veneyie,  mais  il  doute- 

a.  Mf.  que. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  289 

re[n]t  pour  la  part  contraire,  quy  eftet  en  Jene  des  Gri-  1298 
maus,  quy  efteent  Guelf,  &  pour  ce  vindrent  en  Jene  toit. 

^66.  Il  avint  que  les  Pizans,  quy  encores  eftoient  en 
Jene  en  prizon,  virent  que  l'on  voit  mètre  les  Venefiens 
aveuc  yaus  en  lor  prilon  :  fi  ne  les  vorent  aculir  en  nulle 
manière.  Si  covint  que  Ton  les  pouveaft  d'aucune  plaie, 
&  furent  en  prifon  poy  de  tens. 

5*67.  Or  vos  diray  fi  que  .vj.  gualées  de  Jenevés  firent, 
que  le  comun  arma  ;  &  fu  amirail  lire  Guavin  Tarcaro  : 
il  ala  en  Veneize  en  i'ihle  de  Saint  Nicolas,  qui  eft  port 
de  Veneize,  &  mift  l'en  feigne  de  Jene,  &  congnia  me- 
née, &  y  fu  tant  que  les  Venefiens  l'eurent  à  grant  honte 
&  à  deipit,  &  armèrent  .viij.  gualées.  Et  les  .vj.  gualées 
partirent  &  yffirent  hors  dou  gouif,  &  les  .viij.  gualées 
des  Venefiens  lor  alerent  après  juiques  hors  dou  goulf  ; 
&  les  .vj.  gualées  de  Jenevés  retournèrent  aryeres  à  l'ihle 
de  a  Saint  Nicolas,  &  furent  aucuns  jors,  &  fe  partirent, 
<3c  firent  damage  à  pluiors  Venefiens  par  la  Poulie,  &  fe 
tornerent  en  Jene,  &  toute  fois  je  ne  vos  fais  mie  bien 
dire  fe  les  .vj.  gualées,  le  que  je  vous  ay  devyzé,  que  il 
firent  avant  la  del confiture  des  Venefiens  ou  après,  mais 
bien  firent  que  je  vos  ay  dit,  f\  con  chafeun  bien  le  feit. 

)  68.  Dieu  par  fa  grant  mizericorde  quy  desfait  le  poier 
dou  diable,  en  .j.  moument  les  acorda  enfemble  en  bone 
pais  &  en  bon  amor. 

f  69.  Cefte  pais  fu  faite  &  acordé[e  |,  &  doune[nt  en] 
feiirté  les  uns  as  autres  .ij.  bones  fîtes  de  Lonbardie,  que 
je  ne  vos  fais  nomer;  &  fu  fire  Thoumas  Efpine  pour  le 
comun  de  Jene,  &  fire  Romecorin  de  la  Camajor  por  le 
coumun  de  Veneiie,  &  Dieu  par  la  pitié  les  mainteigne 
en  bon  amor  &  bone  pais  ! 

)70.  [D]e  tout  eniement  parfift  Dieu   tous  les  biens 

a.  Le  mf.  répète  de 

c  37 


29O  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


1298  enfemble,  que  Pizans  firent  lor  pais  au  comun  de  Jene, 
&  lor  donerent  les  Pizans  .cm.  flourin[s]  d'or,  &  relen- 
quirent  le  juge  de  Chinerc  de  Code,  le  quel  vint  puis  à 
la  mercy  dou  coumun  de  Jene,  quy  le  tienent  en  prifon 
[avec]  Pizans  &  Venefiens,  &  morut  après  le  dit  juge  de 
Chinerc. 

y-y  1 .  Quant  vint  en  cel  an  de  Jehfu  Crift  M  &  CC  & 
XCVl[ll],les  Jenevés  le  conbatirent  dedens  la  fité  de  Jene, 
les  uns  as  autres,  pour  les  pars  que  Ton  dit  Guelf  &  Gui- 
blin;  &  furent  de  la  part  Guelf  les  Grimaus  &  autres  lin- 
gnages,  &  de  la  part  Guybelin  furent  feaus  d'Eipine  & 
Doire  &  autres  lingnages.  Et  furent  les  uns  de  sa  &  les 
autres  de  là,  &  dura  felle  guerre  plufors  jours,  &  fe  failly 
poy  qui  ne  mirent  lor  fité  à  deftrure,  quy  eft  une  fité  moût 
belle  &  moût  ryche,  &  là  où  fe  treut  moût  de  fages  homes; 
&  en  fe  fait  fi  failly  malement  lor  fens  que  pour  main- 
tenir tel  parties  fe  veullent  deftrure,  la  quele  choze,  me 
femble,  il  eftoit  euvre  dou  diable;  &  tout  enfi  font  en- 
tachés de  fefte  maleté  par(t)  toute  Toufcane  &  Lonbar- 
die  &  Sezille  &  Poille  &  la  terre  dou  Principaut  &  Ca- 
labre,  &  le  coumence  à  eftraindre  entre  la  cierzie,  quant 
eft  par  volenté,  mais  non  pas  as  armes  palezes  ;  pourquei 
de  fefte  bataille  quy  avint  en  furent  mors  gens  aies  d'une 
part  &  d'autre,  &  en  la  fin  les  Guelf  furent  vencus  &  fe 
partirent  de  Jene  une  grant  partie  d'eaus,  efpeciaument 
tous  les  Grimaus,  quy  fe  recuilirent  dedens  aucunes  gua- 
lées,  quy  prirent  dou  part  de  Jene,  &  alerent  en  Provenfe, 
&  prirent  .j.  chaftiau  quy  a  nom  Maunegue,  le  quel  eft 
de  ryviere  de  Jene  &  dou  comun,  &  là  tindrent  lor  fiege 
les  Grymaus  &  lor  aydeours  aucuns,  quy  furent  de  lor 
part  &  roberent  &  prirent  pluyfors  Jenevés  &  lor  vau- 
fiaus,  fe  eft  à  faver  de  lor  contraire  part,  &  traitèrent,  & 
pourchafferent  à  lor  amis  quy  deveent  courre  vers  Gène 
par  terre,  &  yaus  courreent  par  mer  à  .vij.  gualées  armées, 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  2Q I 


&  ordenerent  fe  fait  en  .j.  jour  matin,  &  enly  corne  il  l'or-  1298-1299 
denerent,  fi  le   firent,  mais  il  vindrent  de  nuit  en  la  lité 
de  Jene  par  mer  <5c  frirent  de  dens  le  port  à  demy  nut. 

^72.  Les  Guiblins  furent  as  armes,  &  il  lor  furent  en- 
contre, &  la  plus  grant  partie  dou  peuple  lor  fu  en  aye, 
&  liaus  quy  deveent  ayder  les  Grimaus  aucuns,  lor  défail- 
lirent, &  pour  ce  de  ligier[ej  chaifon,  &  quy  furent  poy, 
fi  furent  les  Grimaus  deiconfis,  &  aucuns  y  ot  mort  d'une 
part  &  d'autre,  &  pris  furent  aucuns  &  mis  en  prilon,  & 
en  la  parfin  fu  fait  pais  entre  yaus,  &  furent  delyvrés  de 
pryfon  &  rendirent  le  chaftiau  au  coumun. 

ÏJ2.  En  ce  dit  an  de  l'incarnafion  de  Crift  M  &  CC  & 
xcvi[ll],  fu  une  guerre  entre  le  roy  de  France  Phelippe 
&  le  roy  d'Engleterre  Odouart,  [qui  voloit  marier  Ion  fis 
à  la  fille  dou  conte  de  Flandres  ;  &  fu]  en  i'aye  dou  roy 
d'Engleterre,  pour  fon  pourchas,  le  conte  de  Flandres,  & 
par  les  deniers  quy  li  douna.  Et  le  conte  a  tout  Ion  poier 
fi  fu  en  l'aye  de  meflire  Odoart,  roy  d'Engleterre,  car  le 
dit  conte  fu  mau  dou  roy  de  France,  à  quy  ie  dit  mariage 
n'en  playfoit  mye  :  f\  [avoit]  fortraite  la  fille  dou  conte 
de  Flandres  &  la  tenoit  en  fon  poer. 

^74.  Le  conte  de  Flandres  manda  Robert,  Ion  fis,  au 
roy  de  France,  qui  li  deuil  rendre  fa  fille,  dont  le  roy  de 
France  ne  le  voft  faire;  &  pour  ce  mift  le  conte  de  Flan- 
dres pluilbrs  contes  en  (elle  guerre,  &  furent  pluyfors 
barons  de  la  terre  de  la  partie  &  de  l'aye  dou  roy  d'En- 
gleterre. Et  par  tel  manière  comenla  felle  guerre  de  fes 
.ij.  puiiïans  &  haus  feignors,  que  de  puis  vindrent  à  bon 
acort  [&]  paiis  toft,  par  la  volenté  de  Dieu  Nonre  Sei- 
gnor;  &  ores  vos  diray  d'un[e]  autre  guerre  qui  avint. 

5"7f.  A  M  &  CC  &  xcix  de  i'incarnafion  de  Noftre 
Seignor  Jehfu  Crifl:,  Federic,  quy  tenoit  le  royaume  de 
Sezille,  fi  arma  .xl.  gualées,  &  yl  meyfmes  fu  de  fus  che- 
vetaigne  &  feignor,  &  fire  Conrat  Doire,  citain  de  Jene, 


2Ç2  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1299  (ï  en  fu  amirail,  &  le  roy  Charle  f\  filt  armer  autrefs]  .xl. 
gualées,  &  fu  chevetaine  le  roy  d'Aragone,  frère  de  fe 
devant  dit  Fedric,  car  il  s'eftoit  acordé  aveuc  le  pape  & 
aveuc  le  roy  Charle,  &  avoit  juré  maintenir  la  guerre 
contre  lbn  frère  Federic  &  contre  fiaus  de  Sezile. 

<j6.  Les  anfans  dou  roy  Charle  furent  à  cefte  bataille, 
le  duc  &  le  prince,  &  Rogier  de  Lorin,  quy  avoit  elle 
amiraill  de  Sezille,  fi  fu  amiraili  des  gualées  dou  roy 
Charle  ;  dont  fu  l'afenblée  de  les  gualées,  qui  fu  entre 
yaus,  &  fu  grant  la  bataille,  &  furent  mort  de  la  gent 
affés  d'une  part;  mais  en  la  fin  la  gent  dou  roy  Charle 
guaaignerent,  &  furent  defconfis  les  gualées  de  Federic, 
&  furent a  pris  pluzours,  &  fu  pris  fire  Conrat b  Doire,  & 
prirent  la  gent  dou  roy  Charle  une  ville,  quy  a  non 
Cataine,  &  autres  chafliaus. 

^77.  En  le  dit  an  aparut  une  eftele  quy  levoit  à  l'aube 
dou  jour,  &  avoit  une  longue  coue,  &  fe  levoit  dou  le- 
vant, &  aloit  droit  vers  demy  jour,  &  fu  veiie  en  lefte 
manière  bien  .viij.  jours  au  mois  de  jenvier. 

y 78.  Et  en  ceft  meïfmes  an  vos  diray  que  le  royaume 
d'Ermenie  eftoit  en  trop  mal  ellat  &  à  grant  mefchef  par 
les  Sarazins,  quy  avoient  moût  efpreiTé,  &  ly  avoient  pris 
les  Sarazins  aucuns  chafliaus,  ceft  à  faver  la  Roche  Guil- 
lerme,  &  un  chafliau  quy  a  nom  Kalat  el  rom  &  fel  Ven- 
degar  &  une  cave  qui  a  nom  le  Permis,  quy  eftmout  fort; 
&  puis  entrèrent  au  plain  d'Ermenie,  &  prirent  .j.  chaf- 
tiau,  [qui]  a  nom  Betil,  &  mandèrent  lor  baylis  à  la  vylle 
de  Layas,  qui  efl  fur  mer;  enfi  feignorierent  prefque 
toute  la  terre  d'Ermenie. 

579.  Haiton,  le  roy  d'Ermenie,  fe  tenoit  as  montaignes 
à  grant  doute  &  à  grant  mefchef  ni  nen  ozet  aprocher 
vers  le  plain,  &  en  la  fin  les  Tatars,  de  quey  il  fe  tenoit 

a.  Mf.  firent.  —  b.  Mf.  coran, 


III.   LE    TEMPLIER    DE    TYR.  2Ç3 


home,  ly  firent  aye,  fi  corne  je  le  vos  diray;  mais  je  vos  1199 
viaus  devizer  des  Tatars  aucune  raifon,  por  ce  que  vos 
Tachés  lor  comeniemenr,  &  cornent  il  vindrent. 

fSo.  Vous  lavés  coument  je  vos  ay  devilé  avant  en 
fe  livre  de  Halaon,  quy  prift  Doumas  &  Halape,  Haman 
&  La  Chamele,  &  que  .j.  lien  amiraill,  quy  ot  nom  Cot- 
boha,  prift  Sayete  de  Surie,  &  cornent  Sarazins  les  def- 
confirent  devant  Thabarie  en  .j.  leuc,  quy  a  nom  Hame- 
lielot. 

f8i.  Les  Tatars  font  gens  qui  font  Meinhlés,  pour  ce 
que  il  font  d'un  païs  quy  a  nom  Mehlie,  quy  fiet  fur  la 
mer  oefeane,  &  lor  païs  eft  enclos  de  moût  hautes  mon- 
taignes  dever  mer  &  devers  terre,  &  dit  on  que  AlylTan- 
dre  le  Grant  eftoupa  .j.  eftroit  pas,  dont  Ton  poiet  ifîir 
de  lor  païs  &  venir  en  autre  terre,  &  pour  ce  les  enclolt 
Alyiïandre,  que  il  ne  puyffent  ilîir,  tant  que  .j.  vaillant 
home  de  yaus,  quy  a  nom  Checan,  quy  fu  de  grant  en- 
prile,  iffi  de  lor  leuc  par  fa  vigour  &  par  fa  loutillanle; 
&  fu  fur  une  haute  montaigne  &  regarda  les  nobles  fités, 
quy  eftoient  abitées  en  tour  la  terre,  &  avoit  o  luy  acuns 
autres  de  fa  gent  menés  là,  afquels  il  parla,  &  lor  dilt 
que  les  terres  qu'il  veet  ly  fembleent  plus  belles  &  plus 
delitables  à  demorer  que  lor  païs  n'eftoit.  Meïfmes  deien- 
dirent  par  de  sa  jus  de  felle  montaigne,  &  vyrent  palier 
la  gent  de  felle  contrée  quy  lor  fembloit  trop  noble  gent 
&  richement  vefeus,  les  quels  fouyrent  de  fiaus,  quant  il 
les  virent  fi  lais,  &  aufi  petis  ziaus,  qu'il  furent  tous  el- 
paventés;  &  après  fe  fi  repairerent  en  lor  leuc,  &  con- 
teerenc  les  autres  Tatars  le  que  il  avoyent  veii,  &  fu  creii 
de  quant  que  il  lor  dift  ceftu  Checan. 

y  8  2.  Les  Tatars  vivont  fans  pain,  car  de  pain  ne  faveent 
que  le  eftoit  &  mangeent  char,  s'eft  à  laver  quant  un 
chevau  ou  .j.  ahne  ou  .j.  chien  moreit,  il  le  mangeent, 
mais  lor  vie  eftoit  de  lait  de  faryze  &  de  berbis  &  d'erbe 


2Ç4  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1299  lauvage  &  de  voletures  :  or  &  argent  &  fer  &  autre  métal, 
n'en  aveent  point. 

y 83 .  Quant  feluy  Checan  vy  le  qu'il  avoit  veli,  f\  con 
je  vous  ays  retrait,  fi  ylïï  hors,  &  tous  fiaus  quy  le  voftrent 
livre;  &  furent  fi  grans  gens  à  chevau  fan  fêles,  que  Ton 
ne  les  peiift  aver  nonbrés.  Si  fe  mirent  à  aier  ver  le  levant 
en  un  païs  quy  s'apele  le  Hâta  ;  &  les  gens  dou  Hâta 
pour  la  grant  multytude  de  f\  grant  gent  corne  il  vyrent, 
fe  rendirent  à  yaus  &  firent  lor  comandement,  dont  les 
Tatars  fe  tindrent  là,  quy  eft  un  païs  grant  &  large  &  bien 
delytable,  &  en  felu  leuc  aprirent  les  Tatars  à  conoiftre 
les  robes  à  veftir  &  pluifors  vyandes  à  manger  6c  conoiftre 
l'or  &  l'argent  &  les  armes  de  fer  &  autres  armeiires,  & 
de  fêles  &  de  maies  &  de  a  curafles  à  la  manière  de  felle 
terre,  que  orendreit  fe  dient  tatarezes. 

^  84.  Les  Tatars  troverent  fêles  gens  de  fêles  terres  à 
lahches  &  mole  gens  as  armes  &  delitouzes  à  lor  vivre, 
quy  les  prizerent  poy,  &  pour  ce  plus  feiirement  chevau- 
chèrent par  la  terre  &  conquyrent  une  fité  quy  a  nom 
Hau(a,qui  eft  moût  grant  à  levant,  &  fi  ois  que  marchans 
contèrent  à  mon  leignor  le  maiftre  dou  Temple,  quy  l'a- 
veent  veiie,  que  elle  eftoit  grant  .ij.  jornées  de  lonc  &  de 
large  ;  là  tint  fon  fiege  ceftu  Chequan  &  fa  gent,  &  là 
morut  il  près  d'une  fontaine  par  une  ferpent  ou  par  aiguë 
qu'il  but  d'une  fontaigne,  car  il  fu  trové  mort  près  de  la 
fontaigne  &  de  ferpent.  liij.  fis  demourerent:  l'un  ala  ver 
le  Marmajour,  quy  ot  a  nom  Bareque,  <5c  conquift  julques 
en  Hongrie  ;  &  les  autres  .ij.  conquirent  autres  provinces, 
&  l'un  d'iaus,  quy  ot  à  nom  Halaon,  fy  vint  vers  nos 
parties.  Et  fi  laira  des  autres,  &  vos  diray  de  leftu  Halaon, 
ce  qui  nft  en  Ion  tens  à  fon  coumenfement. 

y8).  Ceftu  Halaon  s'aprocha  de  Baudat,  qui  eft  chef 

a.  Mf.  du. 


III.    LE    TEMPLIER    DE    TYR.  2Qf 

de  toutes  les  terres  des  Sarazins,  &  là  où  lor  halife  tient  1299 
l'on  fiege,  quy  efï.  en  leuc  de  Mahomet  &  Ion  vycaire,  entra 
vers  les  Sarazins,  &  le  guerrea  plufors  ans,  &  gualteit  & 
ardeit  &  abatet  toutes  les  apartenanfes  de  Baudac. 

^86.  La  halife  vy  que  les  Tatars  l'aveent  li  efpreiflfé  & 
damage  &  guafté  l'es  terres  :  Il  fodea  plus  de  .cm.  homes 
à  chevau  de  fele(e)s  contrées,  &  les  tint  .j.  grant  tens,  & 
Tatars  ne  firent  lors  nul  femblant  de  venir  plus  avant, 
dont  la  halife  congea  toute  celés  gens  d'armes  qu'il  a  Io- 
dées; &  quant  il  le  furent  partis  de  Baudac,  Halaon  à  tout 
fon  holl:  vint  dreit  devant  la  fité  de  Baudac,  6c  l'aiega 
moût  près,  6c  iele  nut  meïimes  firent  les  Tatars  une  tren- 
chée  entour  la  dite  fité  de  Baudac,  6c  firent  entrer  dedens 
ielle  trenchée  aiguë  d'um  flum  qui  firent  venir,  quy  avy- 
rona  tout  en  tour  la  fité  de  Baudac,  que  nul  ne  poft  en- 
tre[rj  ny  ilîîr. 

C87.  Quant  halife  vit  le,  il  nen  ot  adons  poer  de  man- 
der pour  chafer  gens  d'armes  ni  autre  lecours,  6c  fu  moût 
efpaventé,  car  il  fu  chaitif  &  feble  de  cuer  6c  de  povre 
valour,  6c  la  gent  meïimes  eileent  chaitis  en  fait  d'armes 
6c  couars,  6c  gens  quy  aveent  ulé  les  delis  6c  les  ayzes  : 
fi  ne  porreent  ayder  par  force  d'armes,  dont  le  halife  ot 
conleil  à  les  amiraus  de  fe  que  il  deveit  faire,  6c  lîaus  li 
confeillerent  de  mander  melages  à  Halaon,  roy  des  Ta- 
tars, pour  traiter  pais.  Et  Halaon  parla  au  melages,  6c 
s'aparlut  6c  conut  que  halife  6c  fiaus  de  Baudac  eileent 
à  grant  mechef,  6c  lor  otrea  tout  le  que  le  melTage  re- 
quift  de  pais,  que  le  halife  yfliil  de  hors  parler  à  luy  6c 
que  il  aveit  grant  volenté  de  luy  veyr;  dont  la  halile  ly 
dona  fey,  6c  iiïy  à  luy  6c  mena  o  luy  pluilTors  de  l'es  grans 
amiraus,  dont  Halaon  bouta  de  fa  gent  de  dens  Baudac, 
6c  quant  il  eut  grant  poier  de  fa  gent  de  dens  Baudac, 
Halaon  adons  prift  la  halife  en  perlbne,  6c  les  amyraus 
quy  vindrent  o  luy,  6c  pry  la  fité  6c  fift  fondre  l'or  par 


296  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1299  dedens  la  goule  dou  halife,  pour  ce  que  il  laifîa  l'or  à  def- 
pendre  à  fa  defence  de  luy  6c  de  fa  terre,  &  fi  avoic  ores 
tout  perdu  &  for  &  la  terre;  &  font  ores. 

f88.  Ceftu  puyfîant  Halaon,  roy  des  Tatars,  après  que 
il  ot  conquis  Baudac,  il  chevaucha  Ôc  ala  en  Turquye,  & 
prift  la  fité  dou  Coine,  &  prift  Sezaire  la  grant  que  Ton 
apele  Caiferie,  ôc  toute  la  terre  de  Turquie  entrufques  à 
la  mer. 

^89.  De  puis  s'en  vint  as  Aiguës  Froydes,  Ôc  prift  une 
fité  quy  a  nom  le  Maufel,  ôc  s'aprocha  depuis  [d]e  nos 
parties,  ôc  prift  Halape  ôc  Haman  Ôc  La  Chemele  & 
Doumas,  il  con  je  vos  ay  retrait  avant  le,  dedens  fe  livre, 
ôc  cornent  les  Sarazins  delconfirent  les  Tatars  à  Tabarie, 
que  Halaon  avoit  laiffé  en  fon  leuc,  quant  il  tourna  en 
fa  terre  ;  ôc  ores  vous  diray  les  heirs,  que  de  leftu  Halaon 
nyflîrent. 

590.  Halaon  après  fe  que  il  fu  repaires  en  fa  terre,  ne 
demoura  guaires  que  il  morut  ;  &  fu  fait  feignor  en  Ion 
leuc  Abouha,  fon  fis,  &  après  Abouha,  fu  fait  Arguon,  fis 
dou  dit  Abouha. 

y  9 1 .  Ceftu  Argon  ama  moût  les  creftiens,  ôc  plufors 
fois  manda  au  pape  6c  au  roy  de  France  trayter  cornent 
yaus  &  luy  puiiïent  de  tout  les  Sarazins  deftruire;  dont  il 
avint  que  feluy  Arguon  manda  .j.  fien  frère,  qui  ot  [nom] 
Mangod'amor  contre  Sarazins,  5c  fe  conbaty  à  yaus  au 
plain  de  La  Chemele,  &  defconfift  la  plus  grant  partie,  & 
fi  fe  mift  à  retorner,  cuydant  aver  tout  guaigné,  mais  les 
Sarazins  fe  ralierent  après  &  delconfirent  les  Tatars,  tout 
enfi  con  je  le  vos  ay  retrait  avant  de  fe,  6c  vos  ais  dit  en 
quel  an  il  vint. 

y 92.  Ceftu  Manguod'amor,  puis  quy  retorna,  morut 
en  brief  terme,  &  après  [poi]  de  jours  morut  Arguon,  roy 
des  Tatars,  6c  demoura  fon  fis .  après  luy,  quy  fu  roy  des 
Tatars,  6c  fi  ot  nom  Cazan. 


III.    LE    TEMPLIER    DE    TYR.  297 

^93.  Ceftu  Cazan  au  comenfement  de  ia  ieignorie  fift  1299 
moue  de  mau[s]  as  creftiens  dou  levant,  6c  fift  abatre  les 
yglifes  des  creftiens  6c  ama  mour  Sarazins,  6c  il  meifmes 
fu  Sarazin.  Les  Tatars  font  ydolaftres,  &  de  puis  qu'il 
efteent  abités J  de  Sarazins,  tous  les  anfans  quy  nayiïeent 
de  puis,  deveent  eftre  Sarazins. 

^94.  Ceftu  Cazan  ne  layiTa  mye  pour  ce  que  il  eftet 
Sarazin,  qui  ne  penfaft  tous  jours  de  grever  le  loudan  6c 
les  Sarazins,  6c  pour  ce  manda  lovent  melages  au[s]  roys 
creftiens,  6c  les  metet  en  boune  eiperanle  de  coure  lus  à 
loudan,  6c  moût  s'elcuzet  des  yglifes  que  Sarazins  aveent 
abatues  des  creftiens  de  fa  Ieignorie,  6c  dizoit  que  le 
avoient  fait  .ij.  de  fes  grans  amiraus  quy  efteent  Sarazins, 
6c  eftoient  frères  6c  haieent  moût  les  creftiens;  mais,  fi 
corne  à  Dieu  ploft,  fes  .ij.  amiraus  mesfirent  de  pus  à  Ca- 
zan, qui  lor  fift  trencher  lor  telles,  6c  ne  poft  on  laver 
pour  coy  il  le  fift,  mais  je  croy  que  le  fu  euvre  de  Dieu, 
car  pus  qui  furent  mors,  les  creftiens  dou  levant  furent 
plus  à  repos,  6c  meymes  Cazan  lor  fu  plus  debonaire,  6c 
li  coumanda  as  creftiens  de  faire  lor  yglifes. 

^9^.  Or  vos  avons  dit  cornent  les  Tatars  yffirent,  6c  co- 
rnent les  frères  fe  partirent,  6c  cornent  feluy  qui  vint  vers 
nos  parties  eut  nom  Halaon,  6c  tous  fiaus  quy  de  luy 
iflirent  Tun  après  l'autre  jufques  à  ceftu  Cazan  de  quy  je 
vos  parle,  quy  fu  leignor  de  pus  que  Surie  fu  perdue  6c 
que  Ermenye  fu  [en]  auffy  mal  eftat  con  je  vos  ay  dit.  Et 
ores  vos  diray  des  homes  [6c]  des  heremens  de  le  dit 
Cazan,  6c  de  la  bataille  qu'il  ot  o  les  Sarazins. 

y  96.  Une  chofe  a  vint  adons  quy  hafta  moût  la  venue 
de  Cazan  :  il  avoit  .j.  lien  amirail  en  Turquie,  chevetaine 
de  par  luy,  quy  avoit  nom  Selemiche,  le  quel  eftoit  monté 
à  fi  grant  orgueul  quy  ne  voloit  rien  faire  pour  Cazan,  Ion 


a.  Mf.  abitee. 

C  38 


2û8  LES    GESTES   DES    CHIPROIS. 

1299  feignor;  &  Cazan  l'avoit  mandé  querre  pluzours  fois,  & 
il  nulle  fois  ne  voloit  aler  ;  &  por  ce  Cazan  ly  manda  .j. 
grant  hoft  pour  coure  ly  lus,  mais  quant  le  ditSelemiche  vit 
fel  hoft  venir  contre  luy,  fi  en  ot  moût  grant  paour,  & 
s'en  party,  &  ala  à  Domas,  &  requift  au  foudan  de  Babi- 
loine  quy  ly  aydafl:  de  gens  d'armes  pour  conbatre  en- 
contre fêle  gent;  &  le  foudan  le  fift  volentiers,  &  ly  dona 
.m.  homes  à  chevau,  quy  furent  de  la  terre  de  Halappe, 
&  payèrent  par  Ermenye,  &  le  roy  d'Ermenie  ne  l'oza 
contredire  pour  ce  que  il  n'en  avoit  le  poier. 

^97.  Enfi  ala  fel  oft  en  Turquie.  Quant  les  Tatars  qui 
là  eltoient  venus,  virent  que  Selemiche  avoit  amené  Sa- 
razins  encontre  yaus,  fi  en  furent  moût  couroufés,  &  toute 
fois  fe  conbatirent  à  yaus,  &  les  defconfirent  de  venue; 
ni  les  Sarazins  ne  les  ozerent  ataindre,  &  fe  mirent  à  foïr 
par  les  hautes  montaignes  d'Ermenie  efparpouliés,  &  les 
abiteours  des  montaignes  quy  font  tous  creftiens  ermins 
virent  fel  hoft  des  Sarazins  enfi  defconfit,  quy  ne  faveent 
tenir  vée:  fi  s'en  aperfurent,  &  les  afaillirent,  &  corurent 
fur  eaus,  &  les  prirent  &  ofiftrent  prefque  tous. 

yg8.  Quant  Cazan  entendy  que  le  foudan  deBabiloine 
avoit  [aydé]  fon  enemy  Selemiche  &  manda  fa  gent 
corre  de  fur  la  foue,  fi  en  fu  moût  couroufé,  &  pour  ce 
fift  femondre  fa  gent  haftivement,  &  fe  mift  à  venir  as 
partyes  de  Halape. 

5*99.  Et  en  Fan  de  l'incarnafion  de  Crift  M  &  CC  & 
XCIX,  fift  le  foudan  de  Babiloine  femondre  fa  gent  hafti- 
vement,  &  les  afembla  &  fe  mift  à  pafer  par  la  Berrie, 
c'eft  à  entendre  par  le  dezert,  &  vint  à  Guadres  quy  eil: 
l'entrée  de  la  Surie  à  venir  de  Egipte,  &  là  ot  le  foudan 
fertaines  novelles  que  Cazan  s'en  venoit,  &  pour  ce  che- 
vaucha avant  &  vint  par  lés  jornées  à  Domas.  Seftu  fou- 
dan dont  je  vos  parle,  fi  eftoit  moût  jeune  de  aage  de 
.xxv.  ans,  &  avoit  nom  Melec  elMenfour,  quy  prift  Triple, 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  2ÇÇ 

&  fu  frère  de  l'autre  foudan,  quy  prift  Acre,  quy  avoit  1299 
nom  Melec  el  Effraf,  <5c  ja  foit  ce  que  en  Babiloine  furent 
fais  pluzors  foudans  en  poy  de  tens,  tant  con  feftu  fu  an- 
fant,  toute  fois  en  la  fin  cefïu  fu  fait  foudan. 

600.  Cazan  ceftoit  ja  venu  as  parties  de  Halape,  &  tant 
s'aprocherent  les  uns  des  autres  Sarazins  &  Tatars,  que  il 
s'entre  virent,  6c  penfa  chalcun  de  lor  bezoin  faire,  con 
fil  quy  eftoient  henemis. 

60 1 .  Cazan  aufi  ordena  fa  gent  &  deviza  l'es  batailles, 
mais  toute  fois  fa  gent  n'en  eftoient  myc  encores  joins 
à  luy,  ne  il  ne  cuydoit  avoir  la  bataille  jufques  à  l'ende- 
mayn,  &  toute  fois  f\  le  mift  à  aler  vigouroulemcnt  en- 
contre Sarazins  acé  de  gens,  corne  il  avet,  fi  que  l'alem- 
blée  fu  moût  grant  des  .ij.  parties,  &  les  Sarazins,  quy 
venent  armés  fur  chevaus  covers  à  curafes  &  à  chapiaus 
de  fer,  &  le  flatirent  lanfes  fur  fuautre  fur  les  Tatars,  sa 
les  vos  rozerent  près  de  .iiij.  archées  en  deryeres,  &  en 
abatirent  plu  (Tors  par  les  cos  des  lanles. 

602.  Quant  le  roy  des  Tatars  vy  fa  gent  enfi  refortis 
dou  champ,  &  les  Turs  fi  vigouroufement  enbatre  entre 
yaus,  &  myaus  montés  &  myaus  armés  que  fa  gent,  & 
douta  que  fa  gent  ne  perdiiïent  le  cuer  de  combatre,  & 
fe  meyfrent  en  fouye,  (1  s'apeniïà  d'une  grant  enprize  que 
gent  à  chevau  ne  foleent  pas  faire  en  bataille,  car  il  mift 
pié  à  terre  &  coumanda  à  toute  fa  gent  aufi  au  faire 
aufîi  Mes  de  lor  belles,  fi  que  les  Turs  ne  fe  a  porent  en- 
batre entre  yaus.  Et  les  Tatars  adons  mirent  main  as  ars, 
des  quels  il  s'en  aydent  myaus  que  Sarazins,  &  traïftrent 
as  Turs  moût  efpeffement,  &  tant  en  nafrerent  &  ofiftrent 
de  Turs  &  de  lor  chevaus,  qu'il  covint  les  Turs  relortir, 
&  entant  furent  venus  la  gent  dou  Cazan  quy  faizeent 
Tarière  guarde.  Cazan  vit  fa  gent  aprocher  &  la  gent 

a.  Le  mf.  répète  ne  fe. 


300  LES  GESTES  DES  CHIPROIS. 

1299  farazine  refortir,  fi  coumanda  à  monter  fur  lor  beftes;  & 
montèrent  tous,  &  fe  flatirenr  vigourozement  fur  les  ba- 
tailles des  Sarazins,  &  à  fel  point  furent  defconfis  les  Sa- 
razins  que  onque  puis  ne  firent  defence  nulle.  La  chofe 
dura  trufques  à  la  nuit  &  pluzours  en  tuèrent,  &  fe  la  nut 
ne  fuft,  plus  en  eliffent  tué. 

603.  Quant  le  foudan  fu  defconfit  en  fefte  bataille  (fe 
fu  à  .xx.  jours  dou  mois  de  délier  dou  dit  an  de  M  &  ce 
&  XCIX  de  Crift),  il  fe  mift  à  fouyr  as  parties  de  Domas, 
&  là  fe  herberga  à  une  partie  de  fon  hoft,  mais  là  n'en 
oza  il  demourer,  car  la  paour  li  eftoit  Ci  entré  au  cuer  de 
luy  &  de  fa  gent,  que  il  cuyde[e]nt  tous  jours  que  les 
Tatars  lor  fuiïent  à  lor  efpales. 

604.  Le  foudan  s'en  party  de  Doumas  à  my  nut  &  fe 
mift  à  fouir  vers  les  parties  de  Guadres,  fans  tenir  route 
ni  corne  roy,  mais  qui  miaus.  En  feluy  chemin  lor  avint 
une  grant  mefchanfe,  que  il  eurent  tant  de  pleue  &  tant 
de  froit,  fî  corne  eft  au  mois  de  delyer,  que  pluzours 
d'yaus  morurent  de  mezaife,  &  perdirent  aufy  moût  de 
lor  chevaucheiires., 

60 y.  On  dit  que  le  foudan  entra  en  Babiloine  à  .xv. 
chevaucheors  foulement,  car  de  fa  gent  fu  perdue  en  la 
bataille  grant  cantité  de  gens,  <5c  fiaus  quy  efchaperent 
fouyrent  pluiifors  par  de[s]  chemins,  les  uns  sa,  &  les 
autres  là,  &  de  fiaus  quy  vindrent  aveuc  le  foudan  f\ 
furent  mors  de  froyt  &  de  mezaife,  con  je  le  vos  ais  dit; 
&  aucuns  fouyrent  vers  la  maryne,  des  quels  vos  dirai(s) 
ce  que  il  lor  avint  :  &  il  alerent  au  Crac,  viffin  de  Triple, 
&  puis  à  Giblet,  &  entre  fefte  gent  qui  eftoyent  .iiijm., 
avoit  iiij.  amiraus  dont  l'un  avoit  nom  Saindamor,  quy 
après  fu  bailly  &  roy  des  amiraus,  &  l'autre  ot  nom  le 
Hanimy,  &  le  tiers  fi  fu  dou  Veydar,  &  l'autre  ne  vos 
fais  nomer.  Et  quant  les  vilains  de  la  terre  de  Triple  & 
de  Giblet,  quy  font  tous  creftiens,  virent  venir  fes  ami- 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  30I 


raus  &  lor  gent  defconfis,  fi  lor  corurent  fus  que  de  tous  1299 
les  ,iiijm.  n'en  efchaperent  que  les  .iiij.  amiraus  &  entor 
de  .iijc.  ou  .iiij.  en  lor  compaio;nie,  par  force  de  chevaus, 
pour  ce  que  il  furent  bien  montés. 

606.  Cel  grant  oft  eftoit  yiïu  de  Babiloine  à  fl  grant 
orgueull  &  à  fi  grant  boubans,  C\  furent  homes  par  fert 
.lxxm.  à  chevau,  des  qués  la  plus  grant  partie  eftoient  iur 
chevaus  covers  &  armés  de  curafles  &  de  bons  chapiaus 
de  fer,  des  quels  ont  mors  en  la  dite  bataille  entor  de 
.xxvm.,  &  le  remanant  fu  moût  bezillié  &  ala  à  nient,  & 
par  les  marines  &  par  autres  leus  où  il  lé  myrent  pour 
entrer  en  Babiloine,  &  meïfmes  de  fiaus  quy  entrèrent  en 
Babiloine,  puis  que  le  lbudan  y  entra,  morut  &  afles 
d'yaus,  pour  les  travaills  que  il  eurent  par  les  vées. 

607.  On  treut  que  pluiffburs  ans  avoir  que  fel  hoft  de 
Babiloine  n'avoit  efté  defconfit,  ains  avoit  efté  viclorious 
contre  les  henemis,  &  pour  ce  eftoit  il  monté  à  Ci  grant 
orgueul,  qu'il  ne  prizeent  nul  gent  dou  monde. 

608.  Or  furent  à  tel  esfrey  que  neis  en  Babiloine  n'en 
eftoient  il  pas  afetir,  car  pluyiïbrs  de  yaus  s'en  foirent  as 
vafiaus  au  flum,  &  autres  s'en  aleent  à  les  plus  parfons 
dezers,  dont  pluizors  de  nos  gens  creftiens  marchans,  quy 
eftoient  en  Alixandre  &  en  Damyate,  quant  fi  vint,  qui 
tehmonioient  cefte  choze  [que  Cazan]  eiift  conquis  toute 
Babiloine. 

60g.  Or  vos  diray  de  Cazan  &  des  Tatars,  les  gens, 
quant  il  eurent  defconfit  les  Sarazins  :  Cazan  lé  herberga 
au  champ  de  la  bataille,  &  Pendemain  mift  à  livre  les 
defconfis,  non  pas  moût  esforcéement,  car  les  beftes  ef- 
toient moût  travaillées  dou  grant  vegage  qu'il  avoient 
fait  &  de  la  bataille  &  de  la  foufraite  qu'il  avoient  eu 
d'erbage,  &  toute  fois  il  chevaucha  après  les  Sarazins 
jufques  à  Guadres,  &  puis  lé  mift  vers  Domas,  concil- 
iant &  deftruyant  les  Sarazins. 


^02  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


1*99  6 10.  Le  roy  d'Ermenie,  quy  fu  Haiton,  &  fe  dizoir  frère 
Johan  de  Frères  Menors,  con  je  vos  ais  autre  fois  dit,  fi 
fu  en  cette  chevauchée,  &  par  luy  fu  fait  grant  damage 
as  Sarazins  en  toutes  manières  que  il  les  poft  ennuire  & 
damager. 

6 1 1 .  [Cjaçan,  quant  il  eiit  defconfit  les  Sarazins,  fe 
retorna  en  fon  païs,  &  laifia  à  Domas  .j.  fien  amiraill  en 
fon  leuc,  quy  ot  à  nom  Molay,  qui  ot  o  luy  .xm.  Tatars 
[&  .iiij.  amiraus].  Or  aveit  .j.  grant  amirail  de  Babiloine 
quy  ot  à  nom  Capaiïac,  &  .iiij.  autres  amiraus  o  luy  ;  fi 
eftoient  fouys  de  Babiloine  as  Tatars,  .j.  an  avoit,  pour 
paour  dou  foudan  quy  les  devoit  prendre  &  tuer,  &  fes 
aveent  moût  aride  le  fait  des  Tatars  contre  Sarazins,  & 
eftoient  venus  aveuc  eaus,  &  por  le  fait  fi  ce  teneent  à 
fertains  que  le  foudan  le[s]  haiet  moût.  Et  Cazan  avoit 
layfé  fes  .iiij.  amiraus,  Capaiïac  &  les  autres  .iiij.  aveuc 
Molay  à  Domas,  quant  il  tornay  à  fon  pays.  Dont  il  avint 
que  ceftu  Capaiïac  &  fes  conpaignons,  demorant  à  Do- 
mas aveuc  Molay,  f\  eurent  grant  paour  dou  foudan,  & 
pour  les  malefaites  que  il  ont  faites,  fi  con  je  le  vos  ai 
devizés,  &  mandèrent  à  lor  amis  en  Babiloine,  quy  tray- 
terent  lor  pais  au  foudan,  dont  le  foudan  lor  pardona,  & 
fi  lor  manda  fianfe;  &  adons  fe  parti  Capiïac  &  les  autres 
.iiij.  amiraus,  fans  fe  que  Molay  feiïft  riens,  &  alerent  en 
Babiloine. 

6 12.  Quant  Molay  vit  que  Capiïac  &  les  autres  fes 
conpaignons,  edoient  fouys  &  aies  en  Babiloine,  fi  douta 
moût  rayfon,  &  pour  ce  il  fe  party  &  fa  gent,  &  s'en 
torna  en  fon  païs.  Or  vos  ais  tout  retrait  les  erremens 
dou  Cazan,  &  cornent  il  delconfift  l'oft  des  Sarazins. 

613.  Saches  que  de  l'hoft  de  Cazan,  quy  fu  .cm.  homes 
à  chevau,  n'en  y  ot  perdu  en  fêle  bataille  que  vos  avés  oy 
que  tant  foulement  .c.  homes  tatars  à  chevau. 

614.  Et  après  que  Cazan  fu  partis,  aucuns  creftiens  de 


III.  LE    TEMPLIER    DE   TYR.  ^O^ 

Chipre  eftoient  aies  à  Giblet  &  à  Nefin,  &  en  (eles  terres  1299-1300 
de  fêles  marines,  les  quels  vous  nomeray  :  Guy  conte  de 
Jaffe  &  meffire  Johan  d'Antioche  &  lor  chevaliers;  &  de 
là  cuyderent  aler  en  Ermenie  quy  eftoit  à  l'oft  des  Tatars. 
Cazan  s'en  eftoit  retornés  :  il  le  mift  à  revenir,  <3c  ly  avint 
bien  au  conte  qu'il  trova  à  Giblet  une  gualée  de  Jene 
d'un  quy  ot  nom  Jaque  Davogaire,  quy  avoit  pris  &  faizi 
Giblet,  &  pour  ion  comun  &  pour  luy.  Mais  Cazan  le 
fu  retornés  ;  lesSarazins  de  fêles  contrées  fe  rafemblerent 
&  vindrent  envers  Giblet,  dont  la  guallée  &  les  autres 
petis  vauffiaus  recuillirent  le  conte  meffire  Johan  d'An- 
tioche  &  les  autres  creftiens,  &  furent  au  recuilir  aiTailis 
des  Sarazins  que  pluifors  creiliens  tuèrent  &  nafrerent, 
6c  fe  revint  en  Chipre  le  conte  Guy  de  Jafe  &  meffire 
Johan  d'Antioche,  &  la  gualée  des  Jenevés  &  les  autres 
creftiens. 

6 if.  En  Pan  de  M  &  CCC  de  l'incarnafion  de  Noftre 
Seignor  Jehfu  Crift,  le  roy  Henry  de  Jerufalem  &  de 
Chipre,  &  le  Temple  &  l'Ofpitau  armèrent  .xvj.  gualées 
<5c  .v.  faities  &  aucuns  panfles,  &  partirent  de  Famagoufte 
à  .xx.  jours  de  jungnet.  Et  fu  chevetaine  de  la  gent  d'armes 
meffire  Raimon  Vifconte,  ôc  amiraill  des  gualées  fu  mef- 
fire Bauduyn  de  Pinquenin  :  il  alerent  en  la  terre  de  Giblet 
en  .j.  leuc  quy  s'apelle  le  Refit,  là  où  eft  un  des  bouches 
dou  flum  quy  s'apelle  le  Nil,  le  quel  defent  de  Babiloine; 
&  là  troverent  .v.  gualées  armées  de  Sarazins,  les  quels 
.v.  guallées  fe  mirent  à  monter  contremont  le  flum.  Si 
toft  com  il  vyrent  noftre  armement,  &  nos  gens  furent 
au  confeil  de  monter  après  yaus  ou  non,  &  lor  conieill 
fu  fi  lonc  que  après  les  cuyderent  fivre  &  fe  fu  nient, 
car  il  le  furent  moût  aloignés,  dont  noftre  gent  mirent 
pope  en  terre,  &  dehehargerent  lor  chevaus  quy  furent 
.c,  &  chevauchèrent  &  alerent  une  liue  &  troverent  .j. 
cazau  qui  a  nom  Lagidie,  &  le  roberent  &  pryrent  le  leuc. 


304  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1300  Et  eftant  noftre  gent  là,  vindrent  entor  de  .xl.  homes  à 
chevau  farazins,  &  n'ozerent  aprocher  à  noftre  gent  & 
nos  gens  fe  tornerent  as  gualées  ;  fi  virent  .j.  enfeigne 
de  Cazan  fur  nos  gualées  &  l'aveent  mize  les  mefages 
de  Cazan,  les  quels  Cazan  avoit  mandé  en  Chipre  au  roy, 
&  montèrent  de  fus  nos  gualées,  &  pour  felle  enfeigne 
de  Cazan,  .iiij.  Tatars  quy  efteent  aveuc  les  .xl.  Sarazins 
à  chevau,  que  je  vos  ais  dit  que  l'on  les  avoit  mis  là  aufli 
corne  en  priiïbn,  fi  vindrent  ferant  des  efperons  à  nos 
gualées.  Nos  gens  les  refurent  tous  &  lor  belles,  &  fecou- 
r[ur]ent  le  grant  mefchef  où  Sarazins  eftoient  par  la  grant 
perte  que  il  relurent  par  la  perte  de  Cazan. 

616.  Les  gens  partirent  dou  Refîit,  &  vindrent  au  port 
d'AlifTandre,  &  entrèrent  par  de  dens  le  port  des  Sarazins, 
car  nul  creftien  n'en  y  ozet  entrer  nulle  fés,  car  les  Sara- 
zins le  gardeent  moût,  por  ce  que  il  ne  voleent  que  les 
creftiens  le  coneufient  :  nos  gens  là  troverent  moût  bon 
port. 

617.  [D]e  puis  s'en  partirent  nos  gualées  dou  port 
d'Aliffandre,  &  s'en  vindrent  au  port  d'Acre  &  troverent 
en  tour  de  .xxx.  homes  à  chevau,  &  bien  .iijc.  fergans  à 
pié.  Noftre  ferganterie  défendirent  &  s'en  conbatyrent  as 
Sarazins,  les  que  je  vos  ai  dit,  &  les  defconfirent  &  tuè- 
rent aucuns. 

618.  Et  de  puis  s'en  partirent  nos  gualées  dou  port 
d'Acre,  &  fe  vindrent  toute  la  marine  jufques  à  l'ihle  de 
Tourtoze,  &  s'aprocherent  à  la  vylle  de  Tourtoze,  &  là 
troverent  .c.  homes  à  chevau,  &  dépendirent  à  yaus,  & 
les  Sarazins  ne  s'ozerent  conbatre  à  noftre  gent;  &  nos 
[gens]  ferirent  fur  yaus,  &  Sarazins  fe  mirent  à  fouir, 
dont  nos  gens  ataindrent  .vj.  que  il  abatirent  &  tuèrent, 
&  de  là  s'en  partirent,  &  vindrent  à  Maraclée  Fendemain. 

619.  Les  Ofpitaliers  défendirent  en  .ij.  panfles,  &  plu- 
fours  fergans  en  lor  conpaignie,  &  entrèrent  au  Mareclée, 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  ^Of 

&  les  fergans  entendirent  à  dérober  la  ville  &  à  manger  1 300-1 301 
&  à  bevre;  &  quant  les  Sarazins  s'aperfurent  quy  eftoient 
hors  de  la  vyile,  que  nos  gens  n'en  aveent  mandé  en  terre 
que  .ij.  panfles,  &  que  les  gualées  eftoient  loins  ancrées, 
fi  le  flatirent  fur  les  Ofpitaliers,  &  les  chaflerent  trulques 
à  lor  panfles,  &  tuèrent  de  nos  gens  bien  .xx.  iergans  & 
.j.  chevalier;  &  de  Mareclée  s'en  partirent  nos  gens,  & 
corurent  en  Chipre. 

620.  En  Te  dit  an,  vint  en  Chipre  .j.  mefage  de  par  Ca- 
zan,  roi  des  Tatars,  quy  dift  que  Cazan  devet  venir  en 
lél  yver,  &  voloit  que  le  roy  &  tous  les  Frans  alaiïent 
atendre  fa  venue  en  Ermenie,  dont  le  roy  6c  fa  gent  firent 
lor  atir. 

621.  Dont  le  feignor  de  Sur,  en  fel  meïfmes  an,  quy 
eftoit  frère  dou  roy  Henry  de  Chipre  fegont,  avoit  nom 
meffire  Aumaury  de  Lezingniau  &  eftoit  coneftable  dou 
royaume  de  Jerufalem,  fi  paiïa  au  mois  de  novembre  en 
.j.  ihle  quy  eft  de  Tourtoze,  &  quy  eft  près  de  la  ville  de 
Tortouze,  aler  au  port  bien  demy  liue,  mais  à  aler  de  l'ihle 
droit  à  la  terre,  fi  a  mains  de  chemin,  &  mena  gens  à 
chevau  o  luy  .iij\,  &  le  Temple  ScTOlpitau  en  eurent  bien 
autant  ou  plus,  &  puis  que  il  défendirent  en  l'ihle,  alerent 
en  la  vylle  de  Tourtoze  &  là  defendyrent,  &  y  furent 
pluiffors  jours,  mais  quant  il  vyrent  que  Tatars  demore- 
rent  trop  à  venir  &  que  Sarazins  orent  grant  afemblée 
de  gent  pour  courre  lor  fus,  il  retornerent  en  la  dite  ihle 
de  Tortoze. 

622.  Et  quant  ce  vint  au  mois  de  février,  .j.  grant  amy- 
raill  des  Tatars,  quy  ot  nom  Cotleffer,  vint  bien  à  .xlm. 
homes  à  chevau,  as  parties  d'Antioche,  &  là  où  il  vint, 
manda  querre  Hairon,  roy  d'Ermenie,  quy  eftoit  frère  Jo- 
han  des  Frères  Menors,  le  quel  ala  à  ly  &  mena  o  luy 
meffire  Guy  d'Eyblin,  conte  de  JarTe  &  Johan  feignor  de 
Giblet.  Et  quant  il  furent  devant  Cotlefîe,  il  lor  dift  cou- 

c  39 


306  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


1301  ment  Cazan  s'en  venoit,  mais  grant  enfermeté  l'avoit  pris 
au  chemin,  de  grans  vens  &  de  grans  frois  que  il  avoit 
eli  par  fon  chemin,  &  que  pluyfïbrs  de  lor  belles  eftoient 
mortes.  Ceflu  Cotleiïe  courut  toute  la  terre  de  Halape 
entrufques  à  La  Chemele,  &  fe  torna  en  l'on  païs  fans  plus 
faire. 

623.  Et  quant  mefîîre  Aumaury,  feignor  de  Sur,  & 
Temple  &  Ofpitau,  &  les  autres  bones  gens  quy  eftoient 
en  la  dite  ihle  de  Tortoze,  fi  oïrent  dire  que  les  Tatars 
eftoyent  retornés,  C\  orent  confeil  de  retorner  en  Chipre, 
&  fe  retornerent,  con  fe  foit  choze  que  avant  lor  retor 
Sarazins  s'afemblerent  &  vindrent  devant  la  ville  deTour- 
toze,  pour  maufaire,  dont  noftre  gent  hardeerent  &  abati- 
rent  &  tuèrent  aucuns  Sarazins,  &  foufrirent  nos  gens  de 


gran    mezaizes. 


624.  [A]  M  &  CCC&i  de  Tincarnafion  de  Noftre  Sei- 
gnor  Jehfu  Crift,  le  pape  Bonyface  manda  en  France  les 
mefages  à  médire  Charie,  frère  dou  roy  de  France,  Phe- 
lippe,  quy  fu  biau  roy,  &  ly  manda  pryant  de  venir  à  luy" 
&  ly  manda  proumetre  de  faire  moût  de  biens  &  henors; 
dont  médire  Charie,  quy  avoit  efpouzé  la  fille  de  Tempe- 
reor  de  Coftantinople,  cuyda  que  le  pape  le  vozifl  moût 
ayder  &  recovrer  le  dit  enpire  que  Grés  tenoyent,  &  pour 
ce  ala  il  à  luy  o  .vjc.  chevaliers  de  haubers  de  France  par 
Lonbardie  &  par  la  Tofcane,  &  quant  il  fu  venus  à  Rome, 
le  pape  &  tous  les  cardenaus  lacuillirent  moût  henorée- 
ment,  &  le  pape  ly  dona  la  feignorie  d'Ancone  &  de 
Romargne. 

625".  Le  dit  mon  feignor  Charie^1,  frère  dou  roy  de 
France,  ne  fejorna  guaires  o  le  pape,  &  s'en  ala  en  Tol- 
cane  en  la  fité  de  Flourence,  où  il  fu  acuillis  moût  heno- 
réement,  &  ly  ofrirent  .vjc.  homes  à  chevau;  &  les  autres 

a.  Lemf.  répète  &  ly  manda  pryant  de  venir  à  luy.  —  b.  Mf.  phelippe. 


III,    LE    TEMPLIER    DE    TYR.  307 

fîtes  de  Tofcane  ly  ofry[rent]  henors  &  fervizes  aies,  &  le  1 301-1303 
dit  meffire  Charle  party  de  Toufcane  &  s'en  vint  à  Naples 
de  Principat  où  le  roy  Charle  efloit,  &  là  fift  Ion  acort  de 
paffer  en  Sezille,  &  aveuc  luy  pluzors  barons  de  France  -, 
&  parlèrent  au  mois  d'avril.  Et  lairay  à  parler  de  yaus, 
car  je  vous  vyaus  dire  .j.  grant  contens,  quy  avint  dou 
pape  &  dou  roy  de  France. 

626.  Ce  fu  en  Fan  de  Fincarnafion  de  Noftre  Seignor 
Jhefu  Crilt  M  &  CCC  &  III,  pape  Boniface  fift  fiter  le  roy 
de  France  fi  fort  qu'il  venift  ou  qu'il  mandaft;  &  fi  vos 
diray  le  comenlement  de  l'achaifon,  quy  fu  que  le  roy  de 
France  fe  fift  arefter  .j.  perlât,  fi  que  le  roy  n'i  voft  aler 
ni  mander.  Donc  le  pape  fift  rapeler  tous  les  preveliges 
&  dons  que  l'yglife  de  Rome  avoit  fait  à  les  anceffors, 
&  encores  fift  pape  Boniface  fiter  tous  les  perlas  &  ahés 
de  France  qu'il  venyiïent  au  jor  moty  à  ly. 

627.  [D]ont  le  roy  de  France  fift  défendre  par  tout  fa 
terre,  que  nul  ne  deiïft  traire  hors  de  fa  terre  ni  or  ni 
argent,  fauve  monoie. 

628.  Quant  les  perlas  oïrent  lefte  defence,  fi  virent 
bien  que  il  ne  poreent  aler  à  Rome,  fi  grans  corne  il  fo- 
leent,  &  qu'il  ne  fereent  pas  fi  bien  velis  aler  à  mains 
vudes,  &  meyfmes  virent  que  le  pape  les  travaillet  d'aler 
à  Rome  fans  grant  nefifité.  Si  ordenerent  jour  de  parle- 
ment tous  les  bons  clers  &  tous  les  nobles  barons  de 
France,  &  firent  entre  yaus  .j.  parlement  les  clers  &  les 
barons,  6k  par  comune  volenté  ordenerent  de  mander  .j. 
melage  au  pape,  pryant  ly  qu'il  deiift  rapeler  fa  lentenle, 
pour  efchiver  les  grans  efcandales,  quy  porreent  eftre 
entre  la  court  de  Rome  &  la  courone  de  France. 

629.  Quant  le  pape  entendy  la  mefagerie,  il  fu  plus 
enginiés  que  devant,  &  fift  citer  le  roy  en  perfone,  & 
dift  au  melage,  .j.  vefque  de  France  petit  de  perfone  & 
menu  &  chauve  &  fage  &  counuifans,  quy  tranluteroit 


308  les  gestes  des  chiprois. 

1303  le  roy  de  France  de  fon  royaume,  &  feroit  autre  roy  en 
fon  leuc  quy  gouvernèrent  le  royaume  de  France  myaus 
de  luy,  &  obeyreit  miaus  Sainte  Yglize  que  il  ne  faizeit, 
&  que  aimereit  6c  douteret  Sainte  Yglife,  con  fes  anfeflres 
avoient  fait. 

630.  Se  dit  evefque  mefage  refpondy  pour  le  roy  de 
France,  &  a  difl  que  il  efloit  bien  fi  puyfïant  feignor  de 
poier  paiïer  aufi  bien  &  myaus  les  menaffes  con  fiaus 
ont  paiïe  legierement  &  pafleent  les  menaffes  quy  lor  a 
faites  &  quy  lont  maindres  dou  roy  de  France.  Sur  ce  le 
pape  fu  moût  coroufé  ver  le  velque,  &  ly  dift  qu'il  fe 
tenift  en  pais,  &  ly  fift  lever  l'anyau  de  fon  deit,  &  le 
defpoza  de  fon  evefché  ;  &  le  dit  vefque  refpondy  au 
pape  qu'il  ne  fayzeit  force  de  ion  evefché,  car  il  eftoit 
au  roy  de  France,  quy  eftoit  Ci  puyffant  feignor  que  bien 
li  porra  fatifaire  le  damage  quy  li  faizoit  à  .cm.  doubles, 
dont  le  pape  le  couroufa  moût  encontre  luy,  &  le  fift 
arefter  en  perfone,  mais  après,  par  la  prière  des  cardenaus 
aucuns,  fi  fu  delyvré  &  pour  ce  meylmes  qu'il  efloit  me- 
iage; &  s'en  torna  en  France,  dont  le  roy  de  France  ly 
fift  uzer  de  fon  eveiquée  par  force,  &  ly  fift  autres  biens 
afés.  Et  enfli  fu  à  cel  tens  grant  efcandle  entre  le  pape 
&  le  roy  de  France;  &  fi  vos  layra  à  parler  de  fe,  &  vos 
retrayray  un[e]  autre  grant  malaventu(t)re,  quy  avint  as 
crefliens  de  Surie. 

6^  1.  Il  avint  en  fe  dit  an  que  le  foudan  de  Babiloine 
manda  au  royaume  d'Ermenie  .iiijm.  Sarazins  turs,  quy 
coururent  toute  Ermenie  juf  ques  à  la  maiftre  fité  qui  a  non 
Sis,  laquelle  a  moût  fort  chaftiau,  là  où  le  plus  de  la  gent 
fe  recuillirent,  &  fe  failly  poy  que  le  roy  Haiton  d'Ermenie 
ne  fu  pris,  car  il  fu  pris  &  efchery  de  gent;  &  Dieu  l'aida 
qu'il  efchappa,  &  fe  recuilly  de  dens  le  chaftiau  de  Sis. 

a.  Le  paragraphe  ne  commence  dans  le  mf.  quavec  les  mots  &  dift. 


III.    LE    TEMPLIER    DE    TYR.  309 

632.  Les  Sarazins  mirent  le  feue  de  dens  la  fité  de  Sis,  i3°3 
quy  eft  moût  grant,  6c  y  demourerent  .xij.  jours,  6c  virent 
bien  que  au  chaftiau  il  ne  poreent  maufaire,  6c  s'en  par- 
tirent &  tornerent  en  une  fité  quy  a  nom  Halepe,  loins 
d'Ermenie  .iiij.  journées. 

633.  Le  roy  d'Ermenie,  veant  le  damage  que  Sarazins 
ly  firent,  fi  manda  l'on  frère  as  Tatars,  moftrant  le  damage 
que  Sarazins  ly  aveent  fait,  car  Cazan,  roy  des  Tatars,  a- 
tout a  un  moût  grant  hoft  eftoit  en  fiaus  jours  en  Turquye, 
&  avet  entendement  de  venir  fel  yver  en  la  Surie  contre 
Sarazins. 

634.  Or  vos  vyaus  dire  ce  quy  avint  d'une  petite  ihle, 
quy  eft  devant  la  fité  quy  a  nomTortouze  en  Surye,  que 
les  frères  dou  Temple  teneent. 

ô^f.Le  foudan,  perfecutour  des  creftiens,  fi  fift  armer 
entre  gualées  <5c  fayties  .xvj.,  &  les  manda  à  Triple  de 
Surie  à  .j.  fien  amirail  quy  avoit  nom  Sandamour,  avoit 
efté  creftien,  fis  de  creftiene  &  de  creftien,  6c  fu  né  à  une 
terre  quy  avoit  nom  Corgie,  &  avet  mandé  au  loudan 
quy  li  mandai!:  ces  gualées;  &  fift  monter  lus  gens  d'armes 
aies,  &  s'en  vint  terre  à  terre  à  Tertoze,  6c  fift  l'on  orde- 
nement,  &  pafTa  en  la  dite  ihle  quy  eft  près  de  terre  à 
mains  d'une  mille;  &  quant  les  frères  les  virent  venir,  i\ 
les  doutèrent  moût,  car  il  n'en  aveent  nules  gualées,  fi  ne 
fuft  tarides. 

636.  Dont  il  avint  que  les  Sarazins  défendirent  en 
l'ihle  de  .ij.  pars,  &  aucuns  des  Templiers  poindrent  à  yaus 
&  les  reuzerent  en  la  rue  de  mer,  6c  fu  la  bataille  moût 
alpre;  6c  tant  jetèrent  Sarazins  de  piles  d'arc  quy  mahai- 
gnerent  les  chevaus  6c  nafrerent  pluyiors  frères,  h  que  par 
vive  force  les  frères  fi  le  mirent  lur  .].  toron  qui  eft  en 
l'ih[l]e,  6c  quant  Sarazins  les  virent  fi  aloignés  dou  rivage, 

a.  Mf.  acort. 


3IO  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1303  fi  défendirent  tous  de  lor  edyfiiïes  quy  efteent  gualées  en 
terre,  <3c  fe  mirent  dedens  les  edefifTes  quy  efteent a  en 
Pihle,  &  les  fergans  archiers  à  pié  furiens  fe  défendirent 
moût  vayllaument  &  tuèrent  moût  de  Sarazins,  mais  fe 
ne  valut  riens  que  gens  à  chevau,  frères  &  autres,  nen 
ozerent  plus  venir  avant,  &  efteent  moût  ehlongnés. 

637.  Les  Sarazins  s'esforcerent  moût  &  s'efpandirent 
par  tout  l'ihle,  &  mandèrent  mefages  as  frères  dou  Temple 
quy  le  deuftent  rendre  à  fiance,  &  quy  les  conduereent 
là  où  il  vorreent  de  la  creftienté,  &  les  Templiers  doune- 
rent  fé  à  lor  malice,  &  fe  revindrent  par  l'atrait  de  frère 
Hugue  d'Enpure,  &  efli  furent  les  Templiers  &  finie  pryze, 
quy  elt  devant  Tertouze. 

638.  Les  Sarazins  firent  trencher  les  teftes  à  tous  les 
fergans  furyens,  pour  ce  que  il  firent  grant  defenfe  & 
grant  damage  as  Sarazins,  &  les  frères  dou  Temple  furent 
menés  en  Babiloine  hontouzement.  Enfi  avint  de  Finie  de 
Tertouze,  con  vos  avés  oy-,  &  ores  tourneray  à  retraire 
vos  les  herremens  dou  pape  au  roy  de  France. 

639.  Vous  avés  oy  cornent  je  vos  ais  retrait,  coument 
le  pape  fita  le  roy  de  France  en  perfone,  &  coument  il 
rapela  tous  les  (&)  preveliges  &  grafes  que  TYglife  avoit 
doné  à  les  anfefours,  &  ala  lor  fait  tant  avant  que  le  roy 
de  France  l'acuza  de  .xij.  articles  moût  vylains,  &  le  per- 
noit  à  prover  que  par  le  plus  petit  de  fiaus  articles  il  ne 
poiet  ne  devet  eftre  pape. 

640.  Dedens  ce  avint  que  le  pape  ala  en  Arayne  & 
quant  [fu]  là,  le  roy  de  France  pourchafifa  tant  que  la  gent 
d'Araigne  le  prirent  en  perfone,  &  le  roy  de  France  manda 
fa  gent  là,  quy  eurent  le  pape  en  lor  garde,  &  le  menè- 
rent à  Rome,  &  fu  fi  gardé  que  nul  ne  poiet  parler  à  luy 


a.    Le  mf.  répète   guallees    en        fiffes  quy  efteent. 
terre  &  fe  mirent  dedens  les  ede- 


JII.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  $11 

que  par  congé   des  gens  dou  roy  de  France;  &  en  fel  1303 
eftat  fi  morut,  &  fii  fait  pape  en   Ton  leuc  frère  Nicole 
prechor,  quy  fu  lonbart,  &  nory  en  Veneyze,  le  quel  vef- 
qiiy  poy  de  tens  &  morut;  &  fu  fait  pape  Climens  quint a 
à  Lincarnafion  de  Crift  M  &  CCC  &  v(i). 

641.  En  ce  dit  an  avynt  .j.  grant  contens  entre  le 
roy  de  France  &  le  conte  de  Flandres,  &  fachaifon  fi 
fu  que  le  conte  de  Flandres  voloit  doner  la  fille  au  fis 
de  meffire  Odouart,  roy  d'Engleterre,  dont  le  roy  de 
France  ne  le  voft  conientir,  &  fi(l  le  roy  de  France 
prendre  la  damoizele  fille  dou  conte  de  Flandres,  &  la 
tint  en  ion  poier. 

642.  Dedens  fe  avint  que  le  duc  de  Bourgoyne,  &  le 
conte  de  Bar,  &  le  conte  de  Flandres  fe  révélèrent  contre 
le  roy  de  France,  &  mut  une  grant  guerre,  dont  les  Fla- 
mens  mirent  à  l'efpée,  &  tuèrent  tous  les  bayllis  dou  roy 
de  France,  &  le  roy  de  France  ala  aieger  le  conte  de  Bar, 
&  fur  ce  le  conte  de  Bar  vint  à  la  mercy,  &  le  roy  de 
France  ly  pardouna. 

643.  Le  roy  de  France  manda  fodeer,  fergenterie,  pie- 
taille  à  lanfes  longues  &  as  aubaleilres,  &  fi  manda  le 
conte  d'Artois  &  gens  à  chevau  &  contes  &  barons  de 
France(s)  pluyifours,  &  vyndrent  en  Flandres. 

644.  Les  Fiamens,  quant  il  le  virent  venir,  fi  firent  .j. 
focé  fec  entour  yaus,  que  les  Francés  ne  porent  paiïer  vers 
Fiamens  que  par  .j.  efiroit  pas,  dont  il  avint  que  la  gent 
piétaille  à  lanfes  longues  paiferent  outre,  ckle  conte  d'Ar- 
tois les  fift  retorner. 

64)'.  Les  Fiamens,  quant  il  virent  fi  grant  gent  contre 
yaus,  fi  en  eiirent  grant  paour,  &  aveent  fait  chevetaine 
fur  yaus  le  conte  de  Nemur,  nevou  dou  conte  de  Flandres, 
&  fe  dit  conte  &  les  Fiamens  mandèrent  .j.  mefage  au 

a.  Mf.  cart. 


^12  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

i3°3  conte  d'Artois,  le  quel  ot  nom  Piere  le  Roy,  qui  fu  moût 
i'age  &  bien  parlant,  &  ofryrent  au  conte  d'Artois  de  ve- 
nir à  fa  mercy  &  dou  roy  de  France  à  fon  plaizir,  fauve 
la  vye  d'eaus  &  de  lor  femes  &  de  lor  enfans.  Et  le  conte 
d'Artois  ne  les  voft  refevoir  que  dou  tout  à  la  mercy  & 
au  gré  dou  roy  de  France,  &  les  Flamens  ne  s'ozerent 
mètre;  dont  le  conte  d'Artois  fe  mift,  luy  <3c  fa  gent,  à 
chevau  aler  avant  contre  Flamens,  &  Flamens  lor  vindrent 
encontre,  &  les  reuzerent  &  efpreiïerent  tant  que  il  firent 
flatir  les  Franfles  dedens  fel  focé  iec  &  en  tuèrent  tant  à 
lor  gré  quy  furent  defconfis  de  tout,  &  fu  mort  le  conte 
d'Artois  &  moût  de  haus  a  barons  de  France,  de  quei  fu 
grant  damage. 

646.  Enci  aus  jours  &  à  fel  tens,  le  conte  de  Flandres 
eftoit  en  prizon  dou  roy  de  France,  quy  s'eftoit  mis  à  la 
mercy  dou  roy  de  France,  par  la  ma(a)nterie  de  mon  fei- 
gnor  Charle,  frère  dou  roy  de  France,  quy  le  mift  en  pri- 
fon  à  Pontoyfe  où  il  morut;  &  aufi  meïfmes  le  duc  de 
Bourgoine  <Sc  le  conte  de  Bourgoine  vindrent  à  la  mercy 
dou  roy  de  France,  6c  lor  pardouna. 

647.  Quant  felle  melàventure  avint  à  la  gent  de  France, 
il  y  ot  mors  gens  à  chevau  .vjm.  des  plus  nobles  <3c  des 
meillors  de  France. 

648.  La  novelle  ala  au  roy  de  France,  quy  en  fu  moût 
dolens  &  couroufé,  &  fift  afembler  .j.  grant  hoft  de  gens 
à  chevau  &  à  pié,  &  ala  meïfmes  fon  cors  en  Flandres; 
&  avoit  le  roy  de  France  pencé  de  grever  Flamens  aufi 
par  mer,  &  pour  ce  il  ordena  b  par  .j.  home  de  Jeune,  quy 
ot  nom  Renier  de  Grimaut,  vaillant  &  prou  <5c  entrepre- 
nant, quy  li  fift:  venir  privéement  meneftraus  de  labourer 
guallées  &  mareniers,  &  en  fift  .vij.  guallées  &  les  armè- 
rent les  Jenevés  à  lor  manière,  <5c  fu  lor  amirail  le  dit 

a.  Mf.  haut.  —  b.  Mf.  dorna. 


III.    LE    TEMPLIER    DE   TYR.  3  1 3 

Renier  de  Grimaut,  &  alerent  damagant  les  coques  des  1303 
Flamens,  fi  corne  vos  orés. 

649.  Le  roy  de  France,  quant  il  fu  en  Flandres,  il  afega 
une  fité  quy  a  nom  Lihlc,  &  les  Flamens  fe  défendirent 
vayllaument;  &  fu  la  bataille  moût  mortal,  car  ly  roy  de 
France  à  l'afemblée  fu  abatu  de  Ion  chevau,  &  fu  à  pié 
entre  fes  enemis  quy  l'afaillirenr,  mais  il  fe  defendoit  de 
tel  manière  que  il  aveit  une  efpée  en  la  main,  à  qu'il 
feroit  Ion  cop,  eftoit  (1  fort  &  fi  grief  que  tant  toft  eftoit 
mort  eftendu  à  terre,  car  le  roy  de  France  eftoit  grant  de 
cors  plus  que  .j.  grant  home,  n'eftoit  bien  .j.  paume  quy 
eft  plus  d'un  bras,  &  aveit  les  os  plus  gros  que  chevron,  & 
eftoit  de  cuer  prous  &  hardy  corne  lion,  &  fi  n'eftoit 
cheval  (1  haut  ne  f\  fort  quy  ne  le  féiil  pleer  defous  luy, 
&  avoit  fi  grant  forcheùïe  de  cuyiïe  &  de  janbes  que  fes 
pies  eftoient  près  de  terre  à  un  paume,  quant  il  chevau- 
choit,  &  fu  fi  biau  de  vyfage  &  f\  blanc  &  f\  blont  que 
à  fon  tens  ne  fu  au  monde  plus  biau  de  luy,  <5c  fiaus  qui 
l'ont  veii  lèvent  bien  que  end  eft  la  veryté,  com  je  vous 
ay  devifé.  La  bataille  fu  moût  grieve  &  moût  perelyouze 
d'une  part  &  d'autre  ;  &  fu  le  roy  de  France  à  pié  par  .ij. 
ou  .iij.  fois,  que  fon  chevau  ly  fu  mort  defous  luy,  &  puis 
que  il  fu  remontés,  avint,  fi  corne  le  dit  roy  de  Franfe 
eftoit  en  terre,  .xxiiij.  chevaliers  pour  fon  cors  garder  fur 
.j.  leuc  hautet  :  fi  vint  .j.  haut  home  de  la  part  de  Flamens, 
quy  eftoit  feignor  dou  Cuc,   &  s'enbaty  fur  le  roy  de 
France,  &  le  fery  d'un  bordon  par  my  le  cors,  mais  le 
roy  fu  fi  bien  armés  que  le  cop  ne  le  fift  nul  mal,  &  tant 
toft  fu  le  feignor  dou  Cuc  mort  &  depelîes  par  pieiTes. 
En  la  fin,  Flamens  ne  porent  fouffrir  ny  durer  la  bataille, 
&  furent  delconfis  de  tout,  &  le  roy  de  France  prift  la  fité 
de  Lihle,  de  dens  laquelle  fité  fift  faire  .j.  moût  biau  chaf- 
tiau  &  fort,  &  ordena  de  fa  gent  par  dedens  le  dit  chal- 
tiau  pour  luy  garder  &  pour  aver  la  gent  de  la  fité  plus 


40 


314  LES   GESTES    DES    CHIPROIS. 

1303  à  fon  coumandement.  En  tel  manière  avint  de  felle  ba- 
taille, corne  vos  avés  oy,  par  terre. 

6f  o.  Or  vos  viaus  dire  des  guallé[e]s  dou  roy  de  France 
&  de  fon  amiraill  Renier  de  Grimaut,  coument  il  efplai- 
terent,  &  fe  qu'il  firent. 

6f  r.  Le  dit  amiraill  fe  mift  à  fes  gualées  par  fiaus  leus 
où  il  cuyda  ou  qués  dévoient  parler  quy  aleent  &  veneent 
en  lor  veages,  &  tant  les  atendy  que  il  les  encontra  tout 
enfemble  à  caravane,  car  les  Flamens  aveent  oy  de  les 
gualées,  &  pour  ce  les  Flamens  aleent  enfemble,  con  vous 
l'entendes  ;  &  fi  toft  com  il  virent  les  dites  gualées,  tant 
toft  s'armèrent  pour  yaus  défendre,  &  fiaus  des  gualées 
quy  font  vaufiaus,  con  fet  chafcun,  bien  remuans,  ligiers 
d'aler  &  venir  à  lor  volenté.  Si  vindrent  les  qouques  bien 
armées  &  enchaftelées  en  tel  guyfe  qu'il  furent  près  aufy 
hautes  con  les  coques,  &  fe  conbatirent  enfenble  moût 
afprement,  &  les  coques  quy  ne  font  mye  vaufîiaus  de 
riens  ni  ne  poieent  fecourre  l'une  à  l'autre,  C\  furent  à 
grant  mefchef,  <3c  tant  alerent  fes  guallées  en  tous  fes 
coques,  afaiant  de  bataille  chafcune,  que  il  prirent  .xxiiij. 
à  tout  lor  charge,  &  entre  tant  con  fes  furent  priffes,  le 
vent  fe  mift  en  tel  fignal,  quy  fu  moût  boun  pour  les  autres 
cuoques,  &  firent  velle,  &  s'en  partirent  moût  damages 
&  nafrés. 

6f2.  De  dens  les  .xxiiij.  coques  quy  furent  prizes,  avoit 
moût  de  grant  richefïe,  que  tout  fu  dou  roy  de  France; 
&  fu  Renier  de  Grymaut  pour  feluy  guain  moût  hennoré, 
&  fait  chevalier,  &  ly  douna  le  roy  moût  biau  fié. 

6f  5.  Or  vos  diray  dou  conte  de  Flandres,  quy  eftoit  à 
la  prizon  dou  roy  de  France,  mais  il  chevauchoyt  partout 
là  où  il  ly  playfïbit. 

6^4.  Il  avint  .j.  jour  que  il  vint  devant  le  roy  de  France 
&  ly  prya  de  luy  laiiïer  aler  en  Flandres,  pour  veyr  fa  terre 
&  fa  gent  dont  il  en  avoit  grant  dezir,  &  le  roy  ly  de- 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  3  I  f 


manda  quy  leurré  il  avoir,  de  luy  qu'il  deiift  revenir.  Le  1303 
conte  relpondy  que  il  non  avoit  feurté  que  la  foy;&  le 
roy  lailTa  aler  le  conte  fur  le.  Il  ala  à  Flandres  &  vy  l'a 
terre  &  les  amys  quy  li  concilièrent  de  non  retorner  plus 
en  prilTon,  mais  il  ne  le  voft  croire  &  tint  la  promette 
&  fa  foy,  &  retorna  à  Ion  feignor  le  roy  de  France  en  la 
prilTon  de  Pontoize,  là  où  il  morut,  veil  de  .c.  ans. 

6f  f.  La  pais  fu  faite  de  Flandres,  quant  la  fité  deLihle 
fu  prize  tout  à  la  mercy  dou  roy  de  France  &  à  Ion  gré; 
&  ja  por  ce  que  il  avoit  relTeii  li  grant  damage,  il  ne  rendy 
à  nul  mau  guerredon.  Et  or  vous  layrai  de  le,  &  vos  diray 
d'un[e]  autre  aventure. 

6y6.  Quant  vint  en  ce  dit  an  de  M  &  CCC  &  III  de 
Crift,  à  .vij.  jours  dou  mois  d'aouft,  avint  en  finie  de 
Chipre  .j.  croie  moût  grant  &  moût  durable  tel  que  Ton 
ne  le  fenty  en  noftre  tens  lî  grant;  &  quant  en  Chipre, 
Dieu  mercy,  il  ne  fift  nul  damage,  mais  en  Candie,  quy 
eft  en  Crit[e],  &  à  Rodes,  fift  moût  grant  damage,  & 
morut  moût  grant  gent,  &  fu  fentu  par  tous  les  leus  dou 
monde,  con  les  marchans  font  reconté.  Ores  vos  lairay 
de  fe,  &  vos  diray  que  avint  en  Chipre. 

6)7-  Le  roy  Henry  de  Jerulalem  &  de  Chipre,  après 
la  mort  dou  roy  Johan,  fon  frère,  f\  avoit  autres  .iij.  frères 
maifnés  de  luy,  &  à  feluy  quy  fu  aihnés  des  autres  quy  ot 
nom  Aumaury,  à  feluy,  fift  il  don  d  une  fité  quy  a  nom 
Sur,  quy  eft  en  Surie,  &  le  fift  auffi  couneftable  dou 
royaume  de  Jerufalem  &  tout  foit  le  que  Sarazins  te- 
noyent  prize  au  jour  la  terre  de  Surie,  tou[te]fois  il  ly  fift 
fe  don,  par  ce  que  il  eft[oit]  renomée  de  feignor  &  eftoit 
maryé  à  la  leur  de  Haiton,  roy  d'Ermenie,  le  quel  dame 
eut  nom  Yzabiau,  &  l'ala  efpouzer  en  Ermenie. 

6  y  8.  L'autre  frère,  quy  ot  nom  Guy,  fu  marié  à  la  dame 
de  Baruth,  quy  avoit  etté  feme  de  Hanfré  de  Monfort,  quy 
fu  frère  de  mon  feignor  Johan  de  Monfort,  feignor  de 


^  1 6  LES    GESTES    DES  CHIPROIS. 

1303-1304  Sur  &  dou Toron;  &  à  ceftu  Guy  le  roy  Henry  dona  la 
coneftablie  dou  reaume  de  Chipre,  mais  il  ne  vefquy 
guayres  &  morut,  &  laiiïa  .j.  fis  &  une  fille  quy  eiïft  de 
fefte  dame  de  Barut,  s'efpouze;  &  le  fis  ot  nom  Huguet, 
<5c  le  roy,  fon  oncle,  le  norry  entour  luy. 

6f9.De  puis  la  mort  dou  dit  coneftable,  le  roy  Henry 
fift  couneftable  mefîîre  Haimery,  quy  fu  Ion  frère  le(s) 
maifnés  de  frères. 

660.  Le  roy  avoit  .ij.  oncles  de  la  rayne  fa  mère,  que 
l'un  fu  nomé  meffire  Balian  d'Yblin,  quy  eftoit  fenefchau 
dou  royaume  de  Chipre,  &  l'autre  qui  fu  mainés,  fy  ot 
nom  meffire  Phelippe  d'Yblin  ;  &  avint,  fi  corne  à  Dieu 
ploft,  que  le  fenefchau  morut,  &  fu  fait  fenefchau  dou 
royaume  de  Chipre  le  dit  meffire  Phelippe,  ion  frère.  Ores 
vos  ay  devilé  les  frères  &  les  oncles,  por  ce  que  vos  puif- 
fés  myaus  entendre  les  herremens  de  lor  afaire,  que  vos 
entenderés  devizer  fi  avant. 

66 1 .  Le  roy  Henry  en  feluy  tens  n'en  uzoit  ny  faizoit 
nul  eflroit  confeil  que  par  meffire  Phelippe  d'Yblin,  fon 
oncle,  le  fenefchau,  &  de  tous  les  autres  le  tenoit  efchif ; 
&  tant  ufa  le  roy  en  tel  manière  que  par  lor  porchas  de 
l'enemy  d'infer  l'envie  crut  entre  yaus  fi  avant  que  meffire 
Aumaury,  feignor  de  Sur,  enprill  à  eftre  gouvernor  dou 
royaume  de  Chipre  <3c  afenty  la  volenté  des  chevaliers, 
&  trova  la  plus  grant  partie  de  fon  affent. 

662.  Et  quant  vint  en  l'an  de  l'incarnafion  M  &  CCC& 
IV  a,  meffire  Aumaury,  feignor  de  Sur,  frère  fegont  dou 
roy,  fi  enprifl  tout  tronc  à  eftre  gouverneour  dou  royaume 
de  Chipre,  &  avint  que  .j.  chevalier,  quy  a  nom  Hue  de 
Prefterone,  fift  une  femonce  au  feignor  de  Sur  &  à  plu- 
fours  de  Chipre,  &  furent  le  matin  as  bains  &  en  la  dite 
femonce  :  fi  ordenerent  de  faire  gouvernour  le  feignor 

a.  On  lit  dans  le  mf.  m  &  ccc  Se  vj. 


III.   LE    TEMPLIER    DE    TYR.  317 

de  Sur,  &  tout  fe  que  il  fayfïbient  efloit  retrait  au  roy,  J3Q4-i3°5 
le  quel  ne  le  poiet  crere,  ains  relpondoit  quy  ne  l'oze- 
reent  faire. 

663.  Et  quant  vint  l'endemayn  de  l'efte  femonce,  quy 
fu  à  .xxvij.  jours  d'avril,  par  .j.  mardy,  mefllre  Aumaury, 
feignor  de  Sur,  fi  11  alembler  en  .).  fien  ho(lel  tous  les 
vauvallors  &  chevaliers  quy  poil  avoir,  pour  ioy  ordener 
à  gouverneour,  &  coumanda  que  la  porte  fuit  clole  & 
que  puis  que  aucun  chevalier  entrait,  qu'il  ne  peiilt  yflir; 
&  fu  le  conleil  entre  yaus.  Et  enfli  corne  il  eftoient  au 
conleil,  mefllre  Phelippe  d'Yblin,  oncle  dou  roy,  Ci  efloit 
ché  le  roy,  le  quel  avoit  feu  celte  choze  quy  fe  faizoit,  fi 
corne  l'on  le  fifl  alaver  à  Ion  cazau  Lamino;  &  quant  il 
entendy  que  il  eftoient  afemblés  ché  le  feignor  de  Sur, 
fi  s'en  party  dou  roy,  &  entra  ché  la  rayne,  la  leur,  &  li 
retraïlt  fe  fait,  &  la  rayne  tant  toll  chevaucha,  &  mef- 
fire  Phelippe  l'amena  délire  à  l'oltel  dou  s[eignor]  de 
Sur,  &  le  leignor  de  Sur  niiïy  hors  dou  conleill,  &  vint 
foui  à  la  rayne,  fa  mère.  Donc  la  rayne  le  rampona  <Sc 
ly  dilt  :  «  Aumaury  qués  euvres  font  feiles,  que  vous  fai- 
tes contre  le  roy,  qui  efl  voltre  frère  &  vollre  leignor  ?  » 
Et  le  feignor  de  Sur  relpondy  à  la  rayne,  la  mère,  que  le 
que  il  faizoit  fi  eitoit  par  les  euvres  de  mefîîre  Phelippe 
d'Iblin.  [Et  mefllre  Phelippe  d'iblin],  quant  il  oy  fe  charge, 
ly  relpondy  que  les  euvres  aveent  tous  jours  elle  bones 
entre  le  roy  &  luy;  &  le  feignor  de  Sur  ly  dilt  que  il  li 
moftreroit  prochainement  les  euvres;  &  la  rayne  quant 
elle  les  oy  ramponer  l'un  à  l'autre,  fi  fill  partir  mefllre 
Phelippe  d'Yblin,  l'on  frère,  car  elle  douta  que  les  paroles 
nen  engroifllcent  entr'yaus,  <Sc  mefllre  Phelippe  fe  party 
foui  fans  conpagnie,  por  ce  que  les  lergans  ne  laylïeent 
nul  chevalier  yfllr,  pus  que  il  fuit  entré,  con  vos  avés  oy, 
&  demoura  la  rayne  foulle,  dont  le  leignor  de  Sur  la  fill 
aconpaigner  à  les  chevaliers,  quy  elloient  de  fa  partie, 


5  l8  LES   GESTES    DES    CHIPROIS. 

1305  &  encores  le  roy  ne  favoit  rien  de  tout  fe  fait;  &  quant 
meffire  Phelippe  d'Iblin  retorna  ché  le  roy,  il  s'afift  près 
de  luy,  &  ne  le  voft  riens  dire  l'afaire. 

664.  Le  feignor  de  Sur  retorna  au  confeill,  &  tant  par- 
lèrent enfemble  quy  le  firent  governeor  dou  royaume 
de  Chipre,  &  monta  à  chevau  le  dit  gouverneor  &  toute 
la  chevalerie  o  luy,  &  vindrent  à  l'oftel  le  roy,  &  par  .j. 
efcrit  ly  diftrent  les  paroles  que  vous  orés;  &  celuy  quy 
dift  ce,  fi  fu  meffire  Hugue  dlblin,  quy  fu  frère  dou  co- 
neliable  Phelippe  d'iblin,  quy  mor(u)t  eftoit,  &  fu  la  pa- 
role en  fe  dite  : 

66 y.  «  Nous,  fire,  lbumes  venus  par  devant  vos,  &  vos 
fayfons  afaver  que  pour  ce  que  vous  eftes  mezaife  de 
voftre  cors,  &  ne  poiés  mye  bien  entendre  à  gouverner 
le  royaume  fi  corne  il  covient,  &  meïfmes  pour  moût 
de  riotes  quy  font  avenus  à  noftre  tens  de  vos  à  pluzors 
gens  &  efpefîiaument  avec  les  Jenevés,  nos  pour  ce  avons 
ordené  &  fait  par  court  governeor  voftre  frère,  monfei- 
gnor  Aumaury,  feignor  de  Sur.  »  [Sur]  ce  le  roy  ref- 
pondy  enfiy  : 

666.  «  Que  vos  volés  dire  que  par  ma  maladie  vos 
avés  fait  gouverneour,  il  eiit  à  nos  anfeftres  .j.  roy  quy 
fu  mezel,  ni  ja  pour  ce  ne  fu  fait  nul  governeor  à  fon 
leuc,  &  fe  vous  dites  dou  contens  &  de  la  riote  des  Je- 
nevés, je  Tais  fait  par  le  feignor  de  Sur,  &  fe  vos  avés 
fait  le  feignor  de  Sur  governeour,  tous  mes  homes  ne 
li  ont  pas  juré.  » 

667.  Le  feignor  de  Sur  relpondy  &  dift  enfli:  ce  Tref- 
tous  m'ont  juré,  &  s'il  y  ait  nul  quy  ne  viaut  jure[r],  il  me 
jurera,  &  feluy  qui  ne  vorra  jurer,  je  li  meteray  fe  bordon 
par  my  le  cors  à  ly  &  toute  fa  generafion  jufques  au  tiers 
degré.  »  Et  fe  party  le  dit  governeor,  &  nyfiy  de  hors  de 
la  chambre  dou  roy,  &  fift  crier  le  banc  par  la  terre  à 
fon  nom  corne  de  governeor,  &  par  tel  manière  fu  il 


III.  LE   TEMPLIER    DE   TYR.  ^  T9 


gouverneor,  &  aucuns  chevaliers  ly  jurèrent,  que  puis  1305 
ly  furent  à  F encontre,  coume  vous  orrés  fi  après  [en] 
fe  livre. 

668.  Le  dit  governeor  en  fbn  comenfement  fi  douna 
au  coumun  de  Veneize  franchiie  au  royaume  de  Chipre 
par  grafe.  Et  d  vous  lairra  à  dire  dou  governeour  jufques 
à  un[e]  autre  fois,  &  vous  diray  un[e]  autre  aventure  por 
ce  que  elle  avint  au  tens  de  certes  choies  qui  avindrent 
en  Chipre. 

669.  Il  avint  que  depuis  la  perte  d'Acre,  que  le  mail- 
tre  de  FOfpitau  de  f'aint  Johan,  frère  Johan  de  Viller,  fu 
mort,  &  fu  fait  après  luy  (fu)  maiftre  frère  Eude  dou  Pin, 
quy  vefquy  moût  poy  &  morut;  &  fu  fait  maiftre  après 
luy  frère  Gullaume  de  Vylieret,  provenfal,  quy  fu  priour 
de  Saint  Ygiiie= 

670.  Ceftu  maiftre  fi  eiit  .j.  nevou,  jeune  frère  de 
TOfpitau,  le  quel  il  fift  grant  comandor.  Ceftu  couman- 
dour  eftoit  nomé  frère  Fouque  de  Villeret,  qui  fu  large 
&  courtois  &  moût  libéral,  &  fu  de  fi  bon  portement  en 
fa  baillie,  quy  ce  fift  moût  amer  &  prizer  des  frères  & 
d'autres  gens,  &  fi  corne  aventure  avient  que  le  maiftre 
ion  oncle  fi  morut,  &  les  frères  de  la  maizon  firent  maif- 
tre ieftu  frère  Fouque,  grant  coumandour  à  Tincarnafion 
de  Crift  M  &  CCC  &  v. 

671.  Et  quant  le  maiftre  fu  afermés,  il  enprift  une 
prife,  corn  je  vous  dirais. 

672.  Il  y  a  un  ihle  quy  s'apele  Rodes,  quy  eft  de  l'em- 
pereur de  Coftantinopie,  la  quelle  eft  en  la  crois  de  la 
mer  &  voizin  de  la  Turquie  moût  près,  &  près  de  Fihle 
de  Chipre,  &  eft  au  chemyn  de  fiaus  quy  vont  en  la  terre 
de  Egipte,  &  fiaus  de  lefte  ihle  de  Rodes  eftoient  confen- 
tans  à  pafter  par  yaus  les  vauftîaus  chargés  de  marain  & 
de  fer  &  de  garfons  grifons  &  femes,  quy  fe  porteent  à 
vendre  as  Sarazins  de  Babiloine,  &  meïfmes  fiaus  de  la 


3  20  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

n°5  dite  ihle  de  Rodes  porteent  certes  meymes  marchandies 
fou  vent  as  Sarazins. 

673.  Frère  Fouque  de  Villeret,  maiftre  de  l'Ofpitau,  au 
coumenfement  de  fa  maiftrerie,  voft  avoir  gré  de  Dieu  & 
los  &  henor  au  fiecle  :  fi  enprift  d'aler  prendre  ceft[e]  dite 
ihle  de  Rodes,  &  pourpenfa  que  il  defenderoit  à  pafler 
les  marchandies  que  je  vos  ay  dites  de  lus,  quy  aleent  as 
Sarazins,  6c  poroit  aufi  meïfmes  foufmettre  fes  vizins  de 
la  Turquie  à  la  creftienté.  Et  pour  coumenfer  l'enpryfe 
qu'il  vos  dit,  manda  querre  de  Famagoufte  .j.  grant  home 
de  Jene  quy  a  nom  fire  Bonyface  de  Grimaut,  le  quel 
vint  au  mayftre  au  Colos,  .j.  cazau  de  l'Ofpitau  près  de 
Lymefïon,  &  là  parlèrent  &  ordenerent  lor  afaire  fi  corne 
il  lor  fembla,  qui  couvenoit  à  fel  bezoin  qu'il  avoient  en- 
prife,  &  entre  pluyzors  con  fiaus  quy  furent  pris  entr'yaus 
6c  pluyffors  paroles  meyfmes  dites,  la  choie  fu  à  ce  con- 
dute  6c  fermée  qu'il  firent  lor  armement,  &  monta  le  dit 
maiftre  ôc  fes  frères  fur  le  dit  armement, &  alerent  à  Rodes; 
6c  en  lor  venue  prirent  terre  par  force,  6c  afegerent  le 
chaftiau  de  Rodes,  &  ly  donerent  grant  bataille  d'engins 
6c  d'autre[s]  chozes,  &  eftant  au  fiege  de  fe  dit  chaftiau  de 
Rodes  avint  choie,  fi  corne  aventure  avient,  que  un  autre 
chaftiau  quy  a  nom  Filerme,  quy  eft  loins  de  la  mer,  6c 
Grifons  l'aveent  garny  de  fergenterie  &  de  vitaille  6c  avoir 
venu  en  lor  ayeTurs  de  la  Turquie,  des  quels  il  avoyent 
mis  .iijc.  de  dens  ceftuy  chaftiau  de  Filerme,  6c  avint  enfy 
que  le  chaftelain  de  fe  dit  chaftiau  baty  .j.  fergant  gri- 
fon,  quy  eiit  honte  6c  defpit,  6c  fur  fon  cors  vint  as  Of- 
pitauliers  en  l'oft  quy  eftoit  devant  Rodes,  com  vos  avés 
oy,  6c  lor  fift  entendant  6c  promift  de  rendre  le  dit  chaf- 
tiau, que  je  vos  ays  nomé,  de  Filerme,  dever  fêle  partie 
dont  il  guaitoit,  fe  il  les  voleent  prendre. 

674.  Ceftu  home  nyffi  de  nut  de  fa  plaiïe  que  nul  ne 
le  fenty,  6c  fu,  (\  con  je  vos  ais  dit,  entre  les  Olpitalliersj 


III.    LE    TEMPLIER    DE    TYR.  $2  1 


&  eftoit  ja  grant  pieflTe  de  la  nur,  dont  le  maiflrc  &  les  1305-1306 
frères  mandèrent  gent  d'armes  à  pie,  &  lor  dounerent 
fey,  &  alerent  o  luy,  &  le  dit  home  monta  en  fa  piaffe 
là  où  il  guaytoit,  &  les  Ofpitalliers  &  lor  fergans  mon- 
tèrent après  luy  de  là  où  il  monta,  &  prirent  le  dit  chaf- 
tiau  par  feluy  leuc,  &  myrent  à  l'efpée  les  .iij.  Turs  lara- 
zins  qu'yl  troverent  layens,  &  les  autres  homes  <Sc  femes 
&  enfans  le  mirent  as  yglizes  pour  i'auver  lor  vie. 

67^.  Celle  enprize  de  Te  challiau  (1  conforta  moût  les 
Ofpytaliers  &  acrut  lor  cuer  en  plus  fort  alaillir  &  mètre 
en  avant  lor  bezoigne,  ja  l'oit  fe  qu'il  demourerent  plus 
de  .ij.  ans  à  prendre  le,  car  le  challiau  eftoit  moût  fort 
&  avoit  bones  gens  d'armes  dedens  felonc  gens  gryfons 
qu'il  elleent,  &  meyfmes  l'Ofpitau  ne  le  voleent  fi  fort 
grever  quy  fe  desfeyft,  &  meyfmes  pour  ce  que  fiaus 
de  dedens  elleent  creftiens,  mais  en  covenable  manière 
firent  lor  poer  de  prendre  le,  &  por  ce  dura  tant  le  liège; 
&  quant  Dieu  voit  que  la  bezoigne  fuft  délivré  por  le 
bien  de  la  creftienté  por  ce  que  les  marchandies  n'en 
aialTent  as  Sarazins,  fi  con  je  vos  ay  devizé,  fi  manda  une 
aventure,  con  je  vos  devizeray. 

676.  Il  avint  que  Penpereor  avoit  refeii  letres  ôc  j. 
mefage  que  fiaus  de  Rodes  ly  mandèrent,  &  ly  aveent 
mandé,  quy  les  deiïft  fecourre  de  vytaille  &  d'armes: 
dont  l'empereor  lua  une  nave  d'un  Jenevés  &  la  charga 
de  fourment  &  d'armes  aies,  &  lor  manda  par  fe  dit  home 
que  fiaus  de  Rodes  ly  aveent  mandé;  &  quant  la  nave  fu 
as  aiguës  de  Rodes,  fi  ot  fi  fort  tens  qu'ele  ne  poil  prendre 
à  Rodes,  &  d'autre  part  il  troverent  .xij.  galées  armées:  de 
Provenlàs  .iiij.,  &  Saido  Doire  une;  Lafnjfranc  Seba,  quy 
fe  nemoit  la  pennate  jenevés,  fi  eiit  une,  &  de  Vingneull 
jenevés  .j.  autre,  &  l'Ofpitau  avoit  armé  les  autres  de 
Chipre  par  parties  &  d'autres  leus,  fi  que  la  dite  nave  fe 
layfta  courre  en  Chipre  6c  vint  au  port  de  Famagoufte; 

c  41 


3  22 


LES    GESTES   DES   CHIPROIS. 


1306  &  fur  ce  .j.  chevalier  de  Chipre,  quy  élit  nom  fire  Pierre 
le  Jaune,  &  avoit  .j.  lein  armé  de  l'Ofpitau,  &  vint  de 
Rodes  en  Chipre,  &  eftant  au  port  près  de  fêle  nave,  le 
marchant  jenevés  feignor  de  la  nave  douta  que  fêle  fai- 
tie  ne  preïft  Tome  devant  nomé  quy  eftoit  de  Rodes  & 
revenoit  à  Rodes  :  en  fefte  nave  avoit  aies  de  vitaille  & 
armes  que  l'enpereor  mandoit,  f\  le  voft  mètre  en  terre 
à  Famagoufte  pour  eftre  plus  feiir,  &  enfi  corne  il  eftoit 
à  la  barque,  un  des  mareniers  le  conut  de  fiaus  de  la  fai- 
tie  de  Pierre  le  Jaune,  &  voguèrent  vers  la  dite  barque 
où  il  eftoit,  &  le  prirent,  &  pieftant  fire  Piere  le  Jaune  le 
mena  au  maiftre  de  l'Ofpitau  à  Rodes,  dont  pour  paour 
de  mort,  feftu  pourchafla  &  trayta  vers  fiaus  de  Rodes, 
dizant  leur  de  par  l'enpereor  &  par  moût  d'entreieignes 
quy  lor  dift  que  fiaus  dou  chaftiau  fe  rendirent  à  fiance 
d'yaus  &  de  lor  biens.  Et  fu  le  dit  chaftiau  en  la  main  & 
au  poier  de  l'Ofpitau,  portant  les  clés  au  maiftre  fiaus 
dou  chaftiau,  &  par  covenanfes  devizées  que  lor  biens 
lor  demourerent  à  la  fiance  de  l'Ofpitau,  &  eftant  lor 
homes,  fi  corne  il  efteent  de  Temperour  de  Coftantinople. 
Les  Ofpitalliers  lor  tindrent  bien  lor  covenanfes,  &  adons 
après  les  refurent  à  lor  homes,  mais  il  les  myrent  à  her- 
bergfer  hors  de  la  fortereffe  dou  chaftiau,  &  fe  herber- 
gèrent  au  bourc;  &  fe  fu  en  l'an  devant  de  l'incarnafion 
de  Crift  M  &  CCC  &  VI,  &  quant  il  l'afegerent  fu  à  M 
&  CCC. 

677.  Le  maiftre  &  les  prodes  homes,  frères  de  l'Ofpi- 
tau, rendirent  grafes  à  Dieu  &  à  la  virge  Marie  de  fe  bien 
&  hennor,  quy  lor  avint,  &  labourèrent  le  dit  chaftiau  & 
l'esforferent  de  toutes  pars,  &  acuillirent  moût  de  bounes 
gens  quy  veullent  à  Rodes  venir  pour  anger  le  leuc,  & 
mouteplier  le,  &  de  puis  ont  fous  mis  de  lor  obedienfte 
pluyzours  leus  de  la  Turquie,  quy  lor  dounerent  truage; 
ni  onques  n'en  ozerent  les  mauvais  marchans  palier  de 


III.  LE   TEMPLIER    DE    TYR.  323 


là  ny  charger  en  Turquie  ni  marain  ni  melout  ni  autre  1306 
choze  pour  porter  en  Babiloine.  Et  le  nul  fi  met  à  aler, 
l'Oipitau  a  ces  gualées  :  fi  les  preignent  &  les  robent,  là 
que  choie  tourne  à  grant  bien  à  la  crellienté,  &  enflî  le 
porvea  Dieu  pour  le  miaus. 

678.  En  celle  manière  manda  Dieu  grâce  au  noble 

maiftre  de  l'Oipitau  &  au  prodes  homes  de  la  mayfon, 

que  il  furent  par  ce  leuc  en  grant  lyberté  &  en  grant 

franchife,  &  en  lor  feignorie  par  eaus,  &  hors  de  la  fuge- 

fion  de  autre  feignorie,  &  Dieu  par  l'a  grant  grâce  les  y 

teisrne  en  bounes  euvres  !  Amen  !  Or  veus  revenir  au  fait 
o 

dou  feignor  de  Sur,  quy  le  fifl:  governeor. 

679.  Il  avint  enfi  que  le  dit  governeor  ne  layffa  nul 
chevalier  uler  ni  chevaucher  o  le  roy,  fi  ne  fuft  meffire 
fenefchau,  lbn  oncle,  &  aucuns  autres  chevaliers  que  je 
vous  noumeray:  meffire  Johan  de  Giblet  de  la  Surie,  quy 
fe  dizet  Arneb,  &  lire  Lois  de  Nores  &  fire  Rolant  de 
la  Baume  &  lire  Balian  de  Mongezarvy  &  autres  .ij.  Eftant 
le  fait  en  celle  manière,  pluyiïburs  chevaliers  de  fiaus 
meymes  quy  eiirent  juré  au  governeor,  fi  furent  en  lor 
cuer  moût  repentant  de  ce  fait,  &  le  governeor  s'en 
aparfut,  &  les  eiit  couneiis,  &  moût  agaitoic  de  prendre 
les  à  point  fur  celle  coulpe  ;  fi  avint  en  fe  mileuc  que 
le  gouverneor  voll  que  le  roy  otreafl:  par  fa  court  que 
il  eftoit  governeor  par  Ion  gré,  &  en  voloit  de  ce  faire 
chartre  pour  loy  efcuzer  as  rois  de  là  la  mer  de  la  force 
que  il  avoit  fait  au  roy.  Le  roy  en  nulle  fin  difl  quy  ne 
le  fereit  &  que  il  le  laireit  avant  tout  delmenbrer,  &  le 
gouverneor  Petit  moût  à  grief;  &  monta  atant  fefle  re- 
gringne  que  le  feignor  de  Sur  governeor  vofl  alaillir  & 
prendre  le  roy  par  force  en  l'on  holtel,  &  s'arma  le  fei- 
gnor de  Sur  governeor  &  tout  les  liens,  &  vindrent  au 
confanon  levé  &  au[s]  chevaus  covers  en  tour  l'olïel  dou 
roy.  Et  fi  ot  à  fel  tens  .j.  apoftan  des  Jenevés  en  Chipre, 


324  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1306  quy  eftoit  à  Nicoiîie,  quy  vynt  en  perfone,  &  tous  les  Je- 
nevés  de  Nicoiîie  par  ion  coumandement  o  luy  à  con- 
fanon  levé;  6c  eftoit  Fapoftan  fur  .j.  grant  chevau,  que  le 
gouverneur  ly  douna  en  don.  Seftu  apofte  avoit  nom 
Jaque  Panlan,  6c  au  tens  pacé  par  le  roy  avoit  elle  da- 
mage, 6c  pris  en  perfone  par  le  vifconte  de  Famagoufte, 
&  mené  trop  hontozement  en  la  prizon  des  larons  ;  & 
por  ce  fiil  il  fe  quy  fift  de  venir  as  armes  contre  le  roy, 
con  le  foit  choie  que  il  en  fu  blahmés  6c  repris  en  Jene. 

680.  Le  roy,  quant  il  vy  que  Ton  le  venoit  afaillir  & 
prendre  en  ion  hoftel,  ii  fift  afembler  fe  quy  poil:  de  gens 
en  ion  hoftel,  &  y  fu  mon  feignor  Phelippe  de  Yblin,  lbn 
oncle,  fenefchau  dou  royaume  quy  fu  armé,  luy  &  les 
autres,  6c  le  roy  meïfmes  ion  cors  fu  armé,  <5c  dift  que  il 
voleit  yifir  pour  laver  quy  li  veroit  encontre.  Les  gens  dou 
gouverneor  à  pié  &  à  chevau  eftoient  rengés  &  armés 
par  la  rue  de  lonc  en  lonc  par  devant  l'oftel  dou  roy, 
mais  la  rayne  qui  avoit  de  tout  fe  grant  dolour,  &  frères 
Prechours  6c  Menors  6c  d'autres  religious  vindrent  au  roy, 
6c  s'agenoullierent  devant  luy,  6c  meyfmes  les  damoyieles 
lés  leurs  li  vindrent  devant  à  faire  li  prières  de  non  yiîîr 
encontre  le  governeor,  6c  firent  tant  que  il  repaira,  6c  fu 
fait  la  cort  en  tel  manière  que  meiîire  Phelippe  d'Iblin, 
fenefchau  dou  royaume,  qui  eftoit  oncle  dou  roy  6c  dou 
gouverneour,  6c  tous  les  chevaliers  6c  valès  6c  fergans  quy 
s'eftoient  mis  dedens  la  court  dou  roy  en  s^aye,  quant  il 
fu  afegés,  deveent  venir  à  pié  en  cors  fan  fai[n]ture  en 
Foftel  dou  feignor  de  Sur,  governeor  6c  cryer  ly  mercy; 
6c  le  dit  governeor  lor  devoit  pardoner  6c  laver  vye  6c 
menbre,  6c  non  priion  de  pain  6c  d'aiguë,  6c  quy  lor 
devoit  rendre  lor  fiés;  6c  eniy  con  celle  covenanfe  fu 
devizée,  tout  enfy  fu  fait. 

681.  Meffire  Phelippe  du  Yblin  fenefchau  ala  à  pié, 
mais  non  pas  en  cors,  6c  le  vefque  Guy  de  Famagoufte 


III.   LE    TEMPLIER    DE    TYR.  ^2) 


ly  aloit  de  près  jufques  à  l'oftel  dou  gouverneur,  &  après  1306- 1307 
luy  d'une  bone  pieiTe  dou  jour  alerent  cous  les  autres 
chevaliers,  vallès  &  tricoples  <Sc  fergans,  à  pié  &  en  cors 
fans  faintures,  fi  con  vos  l'avés  oy  devizer. 

682.  Et  quant  il  furent  venus  en  lofte!  dou  governeor 
&  fa  prezence,  il  lor  pardona,  &  délivra  à  qui  il  volt  [& 
mift]  en  prizon  fiaus  que  il  voit;  &  je  vos  noumerais 
acuns,  &  vos  dirais  les  chevaliers  : 

683.  Meffire  Haimery  de  Milmars,  &  meffire  Renaut 
de  SaifTon,  &  meffire  Jaque  de  Floury,  chevalier  d'Acre, 
&  meffire  Johan  Babin,  &  meffire  Anciau  de  Brie,  & 
meffire  Johan  l'Ayzé,  &  meffire  Hugue  d'Agullier,  &  fire 
Simon  d'Agulier,&  lire  Hugue  Beduyn,  &  fire  Gerar  de 
Bries,  &  lire  Thoumas  de  Bries,  &  autres  chevaliers  que 
ennu  feroit  de  tout  nomer.  Et  fi  furent  auffi  .ij.  vallès 
areftés  :  Thoumafin  dTblin  &  Berthelin  iMahé.  Or  avés 
oy  les  noms  de  fiaus  quy  furent  pris  &  maumenés  pour 
ayder  le  roy,  lor  leignor. 

684.  Et  quant  vint  fan  après,  quy  fu  de  l'incarnafion 
de  Crift  M  &  CCC  6c  vil,  meffire  Bauduyn  d'Ybelin,  pour 
ce  quy  li  fembla  maufait  à  aler  tant  avant  contre  le  roy, 
fi  con  le  governeor  moitroit,  i\  ne  le  voft  a 

acuylly  par  tout,  fi  ly  manda  .j.  fien  mefage  atout  le  fer- 
mau,  &  quant  le  roy  Hayton  vy  le  fermau,  f\  le  baiza, 
&  le  mift  fur  fa  tefte  &  fur  fes  ziaus,  &  defendy  fiable- 
ment,  &  fi  mena  o  luy  le  petit  roy  ion  nevou,  que  je  vos 
ai  dit. 

68f .  Si  toft  con  ceftu  grant  feignor  tatar  le  tint,  & 
aucuns  autres  chevaliers  o  luy  qui  eftoient  d'Acre,  l'un 
ot  nom  Gille  Antiaume,  il  cuyda  venir  à  l'on  entende- 
ment, ck  ly  requift  de  par  le  grant  cazan  le  reyaume  d'Er- 

a.  Un  feuillet  du  mf.  manque  ici. 


326  LES   GESTES   DES    CHIPROIS. 

1307  menie.  Haiton  li  refpondy  que  il  n'eftoit  mye  liens,  ains 
eftoit  de  fel  anfant,  fon  nevou,  quy  avoit  nom  Livon.  Se 
grant  feignor  tantoft  fans  nul  refpit  coumanda  à  fa  genc 
de  luy  ocirre;  dont  fa  gent  le  depeferent  as  efpées  &  tous 
les  chevaliers  &  autres  quy  efloient  o  luy.  Et  quant  l'en- 
fant  Livon  le  petit  vit  que  l'on  tuoit  fon  oncle  &  les  au- 
tres, fi  fouy  entre  les  tentes  des  femes  des  Tatars  pour 
fauver  fa  vie,  mais  riens  ne  ly  valut,  que  les  Tatars  l'ale- 
rent  prendre,  &  le  traïftrent  des  femes,  &  ly  taillèrent  la 
tefte,  quy  eftoit  enfant  quy  n'avoit  pas  .x.  ans  d'aage. 

686.  Quant  cefte  chofe  avint,  les  frères  dou  roy  Hai- 
ton, Hoiffin  &  Alinah,  fe  tind|r]ent  fort  lor  leuc  &  lor 
chaftiau  ;  &  quant  fes  Tatars  virent  quy  ne  porent  rien 
efploiter  à  lor  entendement,  fi  repairerent  moût  repen- 
tis &  en  grant  paour  que  Cazan  ne  lor  feïft  mal,  fi  corne 
il  lor  fift,  fi  con  vos  orrés. 

687.  Quant  [eft  de]  Hoifîin  &  Alinah,  frères  de  Haiton 
(mais  fes  .ij.  Hoifiîn  &  Linah  furent  nés  d'une  ventrée, 
mais  Hoifîin  nyffi  premier),  fi  voft  Hoiffon  que  Alinah 
fuft  roy  &  feignor,  mais  Alinah  quy  regarda  à  liauté  &  à 
rayfon,  ly  dift  que  la  hautece  venoit  miaus  à  luy,  pour 
fe  quy  nifly  premier  dou  ventre  de  lor  mère  avant  de 
luy;  &  enfïy  tint  Hoiffon  le  royaume  d'Ermenie  en  fon 
poier,  &  après  fe  fift  encorouner. 

688.  Et  de  la  mort  de  lor  feignor  &  frère,  le  roy  Hai- 
ton, furent  moût  dolens,  &  de  l'enfant  le  petit  roy  lor 
nevou,  &  puis  que  il  eurent  plouré  &  fait  lor  doulor  à 
lor  ufage  &  enterer  leur  cors,  le  dit  Hoiffon,  roy  d'Er- 
menie, manda  Alinah,  fon  frère  à  grant  can  Cazan  des 
Tatars,  foy  conplainant  de  la  mort  de  lor  frère  &  de  l'en- 
fant lor  nevou,  que  fa  gent  aveent  mors  fous  fa  fiance, 
venant  à  Ion  comandement  par  la  prezenfion  de  Ion 
fermau. 

689.  Le  roy  Cazan,  feignor  des  Tatars,  tint  fe  fait  moût 


III.  LE   TEMPLIER   DE   TYR.  327 

à  grief  &  à  granc  dehlcauté,  &  fift  venir  feluy  fien  che-  1307 
vetaine  de  (elle  gent  que  il  avoit  mandé  por  la  Turqie 
guarder,  &  ala  faire  fel  fait  dou  roy  d'Ermenie,  con  vous 
l'avés  oy,  &  fi  li  fin1  tailler  la  telle  &  à  tous  les  autres 
quy  aveent  féru  de  lor  elpée  à  tuer  les  .ij.  devant  nomes 
Haiton,  roy  d'Ermenie  &  a  l'enfant  le  petit  roy  Livon;  & 
fe  revint  Alinah  en  Ermenie. 

690.  Baron  Hoiffin,  quy  eftoit  roy  d'Ermenie,  fe  tint  le 
royaume  faizi,  &  tenant  or  avoit  il  encores  .ij.  frères  en 
Coftantinople,  que  l'un  fi  ot  nom  Sembat,  feluy  quy  s'ef- 
toit  fait  roy  &  avoit  fait  eftrangler  Ion  frère  Toros  & 
aforber  de  ziaus  Haiton,  lor  frère  aihné,  quy  eftoit  roy,  & 
l'autre  frère  avoit  nom  Dendin,  lequel  Dendin  n'avoit 
guaire  que  il  eftoit  mort,  &  eftoit  une  lor  leur,  feme  de 
Pempereour  de  Coftantinople,  <3c  eftoit  en  vye  encores. 

6g  1.  [D]ont  feftu  Sembat,  quant  il  oy  la  mort  de  Hai- 
ton, fe  party  de  Coftantinople,  &  vint  en  Chipre,  quy 
avoit  fa  feur,  feme  dou  feignor  de  Sur  governeor,  &  fu 
en  Chipre  aucun  jour,  &  puis  ala  à  une  gualée  en  Erme- 
nie, &  manda  fon  mefage  à  Ion  frère  HoiflTon  quy  li  ren- 
dift  le  royaume,  car  il  eftoit  aihné  de  luy,  &  à  luy  venoit 
de  raiiïon;  &  Hoiffin  ly  manda  que  il  avoit  crevé  les 
ziaus  au  roy  quy  eftoit  fon  frère  &  fon  feignor,  &  avoit 
fait  eftrangler  l'autre  frère,  &  que  par  fes  heuvres  eftoit 
il  traitre,  &  que  traitre  à  nul  leuc  de  droit  ne  doit  tenir 
terre  &  à  que  à  luy  venoit  le  dit  royaume,  le  quel  tenoit 
&  teroit  tous  jours.  Ceftuy  Sembat  oy  fes  refpons,  & 
vit  bien  que  il  ne  poret  enfy  efpleiter,  &  fe  party  <3c 
tourna  en  Chipre. 

692.  Le  roy  Hoiffin  le  fift  aguaiter  &  efpier,  &  fift  ar- 
mer .j.  lein  mains  de  gualée,  &  manda  .j.  fien  feel  Gene- 
vés  des  grans  homes  de  Jene,  quy  ot  nom  fir[e]  Baude 

a.  Le  mf.  répète  &. 


^28  LES    GESTES   DES    CHIPROIS. 

1307  Efpine  dei'us  le  lein,  pour  atendre  enfï  corne  il  yreit  en 
Coftantinople.  Sire  Baude  y  ala  &  l'atendy  grant  pieiïe 
en  (elle  mer  par  là  où  il  laveit  que  il  deiift  paifer,  mais 
le  dit  fire  Baude  Ci  fu  malade  &  vint  à  Rodes,  &  là  fi 
trova  fire  Sadon  Doire,  quy  [eft]  un  autre  grant  home 
de  Jene,  &  parla  à  luy  de  fe  fait,  &  ordena  o  luy  que  le 
dit  fire  Sadon  atendy  feftu  Sembat  en  vées. 

693.  [D]ont  il  avint  que  le  dit  Sembat,  puis  que  il  re- 
tourna d'Ermenie  en  Chipre,  fi  fe  mift  dedens  une  gua- 
lée  d'un  Jenevés,  quy  a  nom  fire  Jeany  de  Guyzolfe,  quy 
alet  en  Coftantinople;  &  alant  en  lor  vée,  il  troverent  lire 
Sadon  Doire  avec  la  galée,  &  s'acofterent  fiablement 
l'un[e]  guallée  à  l'autre,  &  le  parlèrent,  &  en  la  fin  fire 
Sadon  dift  que  il  voloit  aver  la  perlone  de  Sembat  en 
toute  manière,  dont  fire  Jouanyn  de  Grizofle  dift  que  il 
ne  ly  douroit  en  nule  manière,  &  fire  Sadon  dift  que  il 
le  prendereit  par  force.  Sire  Joanyn  de  Guizofle,  quy  ne 
le  poft  défendre,  pour  ce  que  fa  gualée  [eftoit]  mal  armée 
&  n'en  avoit  mye  tant  de  gens  con  felle  de  fire  Sadon,  fi 
monta  fur  la  dit[e]  gualée  à  gens  d'armes,  &  prift  le  dit 
Sembat,  &  le  mift  en  fa  gualée  &  i'enporta  en  Ermenye  au 
roy  d'Ermenye  Hoiflin,  Ton  frère;  &  s[ire]  Baude  Efpine 
quy  eftoit  venu  de  Rodes  en  Chipre  malade,  refut  une 
letre  de  fire  Sadon  par  .j.  fien  enfant,  par  laquele  letre 
ly  fift  afaver  cornent  la  bezoigne  eftoit  parfaite,  &  que 
Sembat  eftoit  pris  &  le  menoit  au  roy  d'Ermenie.  Et  tant 
toft  fire  Baude  quy  eftoit  à  Famagoufte  lua  .j.  panfle  & 
l'arma  &  fe  mift  dedens  tout  malade,  &  s'en  ala  à  Layas 
en  Ermenye,  &  après  fe  qui  fu  party  d'une  lieue,  fu 
feli  à  Famagoufte  ce  fait,  &  s'il  fuft  en  poy  demouré,  il 
fuft  efté  pris.  Et  enfi  avint  de  fefte  bezoigne;  &  le  roy 
Hoiftin  &  ion  Alinah  prirent  ceftu  lor  frère  Sembat  &  le 
tindrent  en  prizon,  &  dedens  fe  Alinah  morut  foudaine- 
ment,  car  il  eftoit  travayllié  moût  en  chaifer,  &  fur  fon 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  329 


travaill  manga  lait  quy  cil  moue  froit,  &  fubitement  ly  1307 
priil  un  mau  dont  il  morut  pieflant,  &  de  luy  fift  moût 
grant  deui  le  roy  Hoifîïn.  Dont  il  avint  depuis  la  mort 
de  ce  fien  frère,  que  gualées  vindrent  de  marchans  vene- 
fie[n]s,  entre  les  quels  gualées  vint  un  grant  home  de 
VeneyiTe,  quy  eut  nom  lire  Nicolet  Morifîïn,  mefage  en 
Chipre  <5c  en  Ermenie,  au  quel  le  roy  Hoiiîîn  d'Ermenie 
livra  ieflu  fien  frère  baron  Sembat,  quy  le  miil  fur  les 
gualées,  &  alant  les  dites  gualées  en  lor  chemin,  quant 
il  furent  en  poy  loins  de  là  de  Chipre,  le  dit  Sembat 
morut  fur  mer  de  maladie.  Enfi  remeil  au  roy  HoiiTin  le 
royaume  d'Ermenie  fans  nul  contredit.  Or  vos  veus  re- 
traire un[e]  autre  aventure,  quy  avint  fi  con  vous  enten- 
derés. 

694.  Il  avint  en  le  dit  an  de  M  &  CCC  &  VII  de  Criil, 
fi  con  je  vos  ais  dit,  que  pape  Nicole  morut  fan  paiTé, 
&  fu  fait  pape  en  ion  leuc  Clemens  Quint,  le  quel  le  tint 
en  Avingnon  &  à  Bordiaus,  &  ne  vint  à  Rome  nule  fés 
tant  con  il  fu  pape.  Ceitu  pape  avoit  mandé  querre  à  luy 
frère  Jaque  de  Molay,  maiilre  dou  Temple,  &  fu  fait 
après  maiilre  Tibaut  Gaudin,  &  tiers  après  frère  Guil- 
laume de  Biaujeu  maiilre,  quy  morut  tué  à  la  priie  d'Acre, 
fi  con  vos  lavés  oy  fi  aryere  en  ie  livre. 

69  y.  Ceilu  frère  Jaque  de  Molay,  maiilre  dou  Temple, 
quant  il  fu  outremer,  le  porta  moût  efcharfement  vers  le 
pape  &  les  cardenaus,  car  il  s'eiloit  moût  efchars  hors  de 
rayion,  &  toute  fois  le  pape  le  relut  à  moût  biau  lemblant, 
&  en  lé  myleuc  le  maiilre  ala  à  Paris  &  en  France,  &  re- 
quiil  dou  trezorier  dou  Temple  Ion  aconte  &  trova  que 
le  trezorier  avoit  preilé  au  roy  de  France  une  grant  can- 
tité  d'avoir,  que  l'on  dit  .iiijcm.  flourins  d'or,  mais  je  ne 
fay  s'il  furent  mains.  F.t  ie  coureiTa  le  maiilre  moût  fort 
contre  lé  trezorier,  &  ly  leva  l'abit  &  le  chaffa  de  la  re- 
ligion, dont  il  vint  au  roy  de  France,  quy  fu  moût  cou- 
c  42 


330  LES    GESTES   DES    CHIPROIS. 

1307  roufé  de  fe  que  par  s'achaizon  ly  fu  levé  Fabit,  &  manda 
.j.  haut  home  de  France  au  maiftre,  priant  luy  pour  amor 
de  luy  ly  deiift  rendre  Fabit,  &  que  ce  que  il  devet  à  la 
mayfon,  il  le  rendra  volentiers;  dont  le  dit  maiftre  ne  voft 
riens  faire  &  refpondy  autrement  que  il  ne  deiift a  à  la 
prière  de  tel  home  corne  eh1  le  roy  de  France.   Et  quant 
le  roy  vy  que  il  ne  volt  riens  faire  pour  fa  prière,  fi 
manda,  priant  au  pape  que  il  mandaft  de  par  luy  au 
maiftre  dou  Temple  de  rendre  le  mantiau  de  Pabit  dou 
Temple  au  trezorier,  &  le  dit  trezorier  en  perfone  porta 
la  dite  letre  dou  pape  au  maiftre  dou  Temple,  quy  ne  fift 
riens  pour  le  pape,  ains  dient  que  le  maiftre  jeta  la  dite 
letre  au  feue,  quy  alumoyt  en  une  cheminée. 

696.  Le  roy  de  France  Peut  moût  à  grief,  &  quant 
vint  dedens  aucuns  jours  après,  le  pape  requift  le  maiftre, 
&  vint  de  Paris  o  luy,  dont  le  pape  ly  requift  que  il  ly 
donaft  la  règle  de  fa  religion  dou  Temple  par  eferit,  & 
le  maiftre  la  ly  douna  &  la  lut.   Et  depuis  a  efté  parlé 
entre  la  gent  de  tantes  manières  de  la  religion  dou  Tem- 
ple que  je  ne  fay  quy  vérité  je  puiffe  eferire,  fors  tant  que 
les  choies  quy  font  avenues  publiquement  puis  je  bien 
eferire,  que  après  que  Ton  dit  que  il  fu  examiné  par  fages 
&  par  les  religions  l'efcrit  de  lor  règle,  furent  defpofés 
&  desfait  lor  religion,  &  .xxxvij.  furent  ars  à  Paris,  & 
dient  fiaus  quy  les  virent  ardre,  que  tant  corn  il  ardoient, 
crieent  à  haute  voys  que  le  cors  d'yaus  eftoit  dou  roy  de 
France  &  Parme  eftoit  de  Dieu. 

697.  Et  meyf mes  au  derain,  le  maiftre  &  le  comandour 
de  Guafcougne  fi  furent  menés  à  Paris,  par  devant  tout 
le  peuple  là  où  il  y  ot  aiemblés  plus  de  .lm.  perfones,  & 
y  furent  .ij.  cardenaus  de  par  le  pape,  quy  firent  lire(nt/) 
.j.  eferit  de  lor  règle,  par  le  quel  eferit  s'entendeit  que  il 

a.  Mf.  dit. 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  tfl 


l'aveent  coneli & gehi a  de  lor  bouche;  mais  marchans  quy  1307-1309 
fe  troverent  là  dient  que  le  maiftre  fi  corna  vers  le  peuple 
6c  dift  bien  haut  que  tout  ce  que  Tel  eferit  dizeit  eftoit  faus, 
&  que  il  tel  choie  n'en  avoi[en]t  dit  ni  gheï,  ains  eftoient 
bons  creftiens.  Et  fur  fefte  parole  .j.  fergant  le  fery  de  la 
paume  fur  la  bouche,  qu'il  ne  poft  plus  dire,  &  fu  trayné 
par  les  cheviaus  en  /;  une  chapele,  &  le  tindrent  tant  là  que 
il  fu  bien  tart,  &  que  le  peuple  fu  amermé  &  party  de  la 
plus  grant  partie.  Et  adons  le  dit  maiftre  &  le  couman- 
dour  de  Gafcoigne  furent  mis  en  une  barque  &  pales 
en  finie,  quy  eft  de  dens  le  flum,  &  là  fu  le  feue  alumé, 
&  le  maiftre  lor  pria  qu'il  y  fofriffem  à  dire  les  orylfons, 
les  queles  il  dift  à  Dieu;  &  puis  fe  livra  à  faire  de  (on  cors 
lor  volenté.  Et  enfy  feaus  le  pryrent  &  le  mirent  au  feue, 
&  fu  ars,  &  le  Dieu  tout  puilfant  quy  feit  &  conut  les 
chofes  facrées,  lil  feit  que  il  fuft  innocent  de  fel  feit  que 
Ton  lor  mift  fus  luy,  &  les  autres  quy  furent  ars,  lont  mar- 
tirs  devant  Dieu;  &  fe  il  font  tés  quy  l'ayent  defervy,  il 
ont  efté  punis,  mais  je  puis  bien  c  dire,  tant  que  à  l'apa- 
rant,  je  les  ay  coneiis  pour  bons  creftiens  &  devos  en 
lor  meffes  &  en  lor  vie,  &  efpeciaument  le  cors  de  mon 
feignor  le  maiftre,  quy  fu  frère  Guillaume  de  Biaujeu,  en 
moût  d'amohnes  grans  &  larges  que  il  faizeit  à  pluzours 
bounes  gens  privéement  &  à  l'aparant,  corne  chalcun  le 
feit,  quy  l'ont  veii.  Mais  je  vos  layray  à  parler  de  fefte 
rayfon,  &  vos  diray  un[e]  autre  aventure,  quy  avint  en 
Chipre  trop  maie,  pour  la  quele  eft  creii  &  monté  grant 
defeort,  quy  peut  tourner  à  grant  péril  dou  pais. 

698.  Il  avint  en  l'an  de  l'incarnafion  de  Jehlu  Crift 
M  &  CCC  &  IX,  que  le  feignor  de  Sur  governeour  fift 
prendre  l'on  oncle,  mon  feignor  Phelippe  de  Yblin,  fenef- 
chau  dou  royaume  de  Chipre,  quy  eftoit  à  l'on  cazau 

a,  Mf.  geha.  —  b.  Mf.  Se.—  c.  Le  mf.  répète  bien. 


532  LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 

1309  Lamino,  &  le  prift  meffire  Haimery  couneftable  dou 
royaume  de  Chipre,  quy  eftoit  auffi  Ion  nevou,  &  le  mena 
à  la  maryne  dou  dit  cazau,  &  là  le  fïft  monter  en  une 
guaiée  armée,  &  fu  mandé  au  roy  d'Ermenie,  qui  le  tint 
là  en  fa  garde. 

699.  [EJnfement  le  dit  gouverneor  fift  prendre  meffire 
Bauduyn  de  Yblin  &  mètre  en  une  faitie  armée,  &  le 
manda  en  Ermenie  luy  &  autres  chevaliers,  quy  font  fi 
defous  només  :  fire  Heimery  de  Mimars,  &  fire  Jaque 
de  Flourin,  &  fire  Hugue  Beduyn,  &  fi  fu  (ire  Eftorgue 
Pedot  &  fire  Guillaume  Roufel,  &  s[ire]  Nicole  de  Saint 
Bertin,  &  fire  Phelippe  de  Gibiet,  &  fire  Jaque  d'Artuiïe, 
&  s[ire]  Jaque  Cofte,  &  s[ire]  Thoumas  de  Biaufort.  Tous 
fes  chevaliers  furent  mandés  en  prizon  en  Ermenie,  pour 
ce  quy  ne  voleent  obeïr  le  coumandement  dou  dit  gou- 
verneor. 

700.  Le  feignor  de  Sur  gouverneor,  quant  il  vy  que 
le  roy  fon  frère  ne  ly  voft  otroier  en  nule  manière  dou 
monde  quy  fu  fire  &  gouverneor  de  par  luy,  pour  ce  quy 
fe  peiïit  efcuzer  as  feignors  de  là  la  mer,  Ç\  vofl  mander 
mefage  au  pape  &  au  roy  de  France,  à  foi  efcuzer  de  ce 
qu'il  avoit  fait,  &  que  pour  le  myaus  fu  la  chofe  ordenée 
felonc  l'efiat  en  qui  le  roy  eftoit.  Et  manda  à  celle  me- 
fagerye  fire  Johan  de  Brye  &  .j.  autre  chevalier  fodeer, 
quy  ot  nom  Johan  Lombart  ;  &  furent  au  pape,  &  trove- 
rent  là  le  roy  de  France,  &  par  devant  le  pape  &  le  roy 
de  France  chargèrent  le  roy  Henry  de  laydes  maladies 
&  de  laydes  countenanfes,  les  queles  il  n'eftoient  pas  en 
luy  fans  faille,  mais  enfi  fu  la  parole  entre  la  gent  que 
fes  mefages  aveent  dit,  &  dit  on  que  le  pape  &  le  roy 
de  France  ne  donerent  mye  fei  à  lor  dit,  &  ne  lor  firent 
pas  bon  refpons,  &  pour  fe  fe  partirent  fubitement  de 
court,  6c  retornerent  en  Chipre. 

701.  [Et]  après  le  feignor  de  Sur,  gouverneor,  fe  mift 


III.  LE    TEMPLIER    DE    TYR.  ^tf 


de  tout  à  faire  dou  pis  que  il  port,  &  manda  à  la  dame  1309 
de  Sur,  fa  efpouze,  au   roy  d'Ermenie  à  porchafler  & 
trayter  cornent  s'il  vozift  tenir  le  roy  Henry,  l'on*  frère 

e 

dont  1 

menye  & 

car  la  di 

gouvern 


de  les 

.     .     . diltvi- 

vefty  & 

Ion  lit  & 

veant 

en  vint 

n  6c 

la 

a.  Ce  dernier  feuillet  eft  déchire  ;       au  verfo  la  fin  des  huit  premières 
il  ne  rejle  au  reclo  que  le  comme//-       lignes . 
cernent  des  cinq  premières  lignes  & 


334 


LES    GESTES    DES    CHIPROIS. 


702.  Cefiui  livre  il  Fa  efcrir  JoHAN  LE  MlEGE,  pri- 
lounier  à  Cherines,  quy  Vaconply  le  mercredy  à  .ix.  jors 
d'avril,  l'an  de  M  &  CCC  &  XLIII  de  Crifl  a. 


a.  Cette  note  fe  trou-ue  tranfcrite 
fur  le  <verfo  d'un  feuillet  bla?ic  qui 
a  été  placé  après  les  mots  tout  en- 


femble  du  paragraphe  6  51.  Voyez 
plus  haut  les  paragraphes  235  & 
236. 


TABLE  CHRONOLOGIQUE 


nx.s 


GESTES  DES  CHIPROIS* 


1135. 

*I  1  36  [1 

190] 

*I  I4I    [l  ! 

[54]' 

*II42    [i  1 

[43l 

*ii43  [1 

[44] 

»       [1 1 

■98]. 

»       [1 1 

42]. 

1145. 

1 146. 

*ii47  [11 

48]. 

*H4S  [n 

68]. 

1153. 

n  54. 

» 

*ii57  [11 

59]. 

*ii6i  [11 

59]. 

'1163  [11 

62]. 

*i 164  [ii 

62]. 

1165. 

116S. 

1 1 6  9 . 

1 170. 

*i 171  [11 

7o]. 

*ii74[ii 

73]- 

1177. 

Pages 
Mort  de  Henri  Ier,  roi  d'Angleterre.  3 
Mort  de  Frédéric  Ier,  empereur  d'Occi- 
dent. 3 
Mort  d'Etienne,  roi  d'Angleterre.  4 
Intronifation  du  pape  Céleftin  II.  4 
Intronifation  du  pape  Luce  II.  4 
Mort  de  Henri  VI,  empereur  d'Occident.  4 
Mort  de  Foulques,  roi  de  Jérufalem.  4 
Intronifation  du  pape  Eugène  III.  4 
Départ  pour  la  Croifade.  4 
Siège  de  Damas  par  les  Croifés.  4 
Mort  de  Guillaume,  comte  de  Nevers.  5 
Intronifation  du  pape  Anaftafe  IV.  5 
Intronifation  du  pape  Adrien  IV.  5 
Prife  d'Afcalon  par  Baudouin  III,  roi  de 

Jérufalem.  5 
Mort  du  pape  Adrien  IV.  6 
Intronifation  du  pape  Alexandre  III.  6 
Mort  de  Baudouin  III,  roi  de  Jérufalem.  6 
Couronnement  d'Amauri,  roi  de  Jéru- 
falem. 6 
Naiffance  de  Philippe-Auguite.  6 
Défaite  de  Saladin  par  Amauri.  6 
Prife  de  Belinas  par  les  Sarrafins-  7 
Tremblement  de  terre  en  Syrie.  7 
Martyre  de  S.  Thomas  de  Cantorbéry.  7 
Mort  d'Amauri,  roi  de  Jérufalem.  7 
Défaite  de  Saladin  à  Mongifart.  8 


1.  Les  dates  fautives  fournies   par   les   Gejies  des  Chiproii   font  accompagnées 
d'aftérifques,  Se  rectifiées  entre  crochets. 


336 


TABLE    CHRONOLOGIQUE. 


Pages 
1178.      Septembre  14.      Grand  orage  à  Jérufalem.  9 

H79-  Victoire  de  Saladin  à  Margelion.  '  9 

1180.  Avènement  de  Philippe- Augufte.  10 

1181.  Couronnement  de   Baudouin   V,    roi   de 

Jérufalem.  10 

"1182  [1185].  Intronifation  du  pape  Urbain  III.  10 

*ii83[ii87],  Intronifation  du  pape  Grégoire  VIII.  10 

*n84  [11S7].  Intronifation  du  pape  Clément  III.  10 

1185.  Mort  de  Baudouin  IV,  roi  de  Jérufalem.        10 

1 186.  Mort  de  Baudouin  V,  roi  de  Jérufalem.       10 

1187.  mai  Ier.  Défaite  des  Chrétiens  à  Cafal  Robert.         12 
»           juillet  ier.  Marche  de  Guy  de  Lufignan  contre  Sa- 
ladin. 11 

»  juillet  4.  Victoire  de  Saladin  à  Carnattin.  11 

»  feptembre  4.        Prife  d'Afcalon  par  Saladin.  13 

»  oclobre  2.  Prife  de  Jérufalem  par  Saladin.  13 

1188.  Délivrance  des  prifonniers  chrétiens.  13 

11 89.  Siège  d'Acre  par  les  Croifés.  13 

11 90.  Mort  de  l'empereur  Frédéric  Ier.  13 
»       [1191].                     Philippe- Augufte   &    Richard  Cœur-de- 

Lion  aftiègent  Acre.  13 

1191.  juin  22.  Prife  d'Acre  par  les  Croifés.  14 
»                 juin  23.           Éclipfe  de  foleil.  14 

1192.  Mariage    du    marquis  de   Montferrat   & 

d'Ifabelle.  14 

»        [1 1 9 1  ].  Guy  de  Lufignan  achète  Chypre  des  Tem- 

pliers. 14. 

'1193  [1191].  Départ     de     Philippe-Augurte     pour    la 

France.  15 

11 94.  Mort  de   Guy  de  Lufignan,  roi  de  Jéru- 

falem. 15 

'1195  [1194].  Le  comte  Henri  chafle  d'Acre  les  Pifans.   15 

*i  196  [1 193].  Mort  de  Saladin.  15 

1197.  Les    Sarrafins  rendent  Gibelet  aux  Chré- 

tiens. 15 

»  Conquête  de  la  Pouille  &  de  la  Sicile  par 

l'empereur  Henri  VI.  16 

*i  1 98  [1197].  Mariage   d'Amauri    de  Lufignan,  roi   de 

Chypre,  &  d'Ifabelle.  16 

1199.  Mort  de  Richard  Cceur-de-Lion.  16 

»        [  1200].  Mariage  de  Louis,  dauphin,  &  de  Blanche 

de  Caftille.  16 

1201.  Mort  de  Boémond  III,  prince  d'Antioche.   16 
»  Difette  en  Egypte.  16 

1202.  Tremblement  de  terre  en  Syrie.  16 


TABLE    CHRONOLOGIQUE.  ^V 


Pages 

1202.  Le  comte  de  Flandre  part  pour  la  Palef- 

tine.  16 

1203.  Prife  d'Antioche  par  le  roi  d'Arménie.        16 
»        [1200].  Meurtre  d'Arthur,  duc  de  Bretagne,  par 

Jean-fans-Terre.  16 

1204.  Murzuphle  eft  nommé  empereur  de  Con- 

ftantinople.  17 

»  Conquête  de  la  Normandie  par  Philippe- 

Augufte.  17 

1205.  Mort  d'Amauri,  roi  de  Chypre.  17 

1206.  Prife  de  Néphin  par  Boémond  IV.  17 
*i207  [1208].                      Couronnement  de  l'empereur  Othon  IV, 

par  Innocent  III.  17 

»        [1208].  Mort  de  Philippe  de  Souabe.  17 

1208.  Révolte   d'Antioche,  réprimée   par  Boé- 

mond IV.  17 

1209.  Guerre  des  Albigeois.  17 

1210.  Mariage  de  Jean  de  Brienne  &  de  la  reine 

Marie.  18 

*i2ii  [1208].  Mariage  du  roi  Hugues  1er  de  Chypre,  & 

de  la  reine  Alix.  18 

1212.  Mort  de  Gautier  de  Monbéliard.  18 

1213.  Défaite  de-  Sarrafins  en  Efpagne.  18 
»                                         Affaiïînat  du  fils  de  Boémond  IV.  iS 

1214.  Aflafllnat    du    patriarche    de   Jérufalem, 

Aubert.  1 8 

»  Viftoire  de  Philippe- Augulte  à  Bouvines.     19 

1215.  Concile  de  Rome  fous  Innocent  III.  19 
216.                                    Mort  du  pape  Innocent  III.  19 

»  Intronifation  du  pape  Honorius  III.  19 

»        [12 18].  Mort  de  l'empereur  Othon  IV.  19 

s  Antioche  eft  rendu  à  Rupin.  19 

»  Mort  de  Jean-fans-Terre.  19 

1217.  Arrivée  en  Terre-Sainte  des  Croifés  hon- 

grois &  allemands.  19 

1218.  janvier  10.  Mort  de  Hugues  Ier,  roi  de  Chypre.  27 
»        [1214].                      Mort  du  roi  de  Caftille  Alphonfe  IX.  19 

1219.  Prife  de  Dam iette  par  Jean  de  Brienne.  19  &28 
»  Boémond  IV    enlève  Antioche  à  Rupin. 

20  &  28 
t  Mort  de  Livon  II,  roi  d'Arménie.  28 

*i220  [1219].  Couronnement  de  l'empereur  Frédéric  IL 

19,  20  &  28 
»        [1223].  Mort  de  Philippe-Augufte.  20 

I22i.  Reprife  de  Damiette  par  les  Sarrafins.  20  &  2<> 

c  +3 


! 


338 


TABLE    CHRONOLOGIQUE. 


Pages 
*i22i  [1222].  Rupin,     prince    d'Antioche,    meurt    en 

prifon.  20  &  29 

»  Mort  de  l'impératrice  Confiance.  29 

*i222  [1223].  Jean  de  Brienne  obtient  le  mariage  de  la 

reine    Ifabelle    &    de    l'empereur   Fré- 
déric II.  20  &  29 
»        [122 1].                     Philippe  d'Antioche  époufe  la  fille  du  roi 

d'Arménie.  20  &  29 

»  Tremblement  de  terre  en  Chypre.      20  &  30 

»  Retour  du  légat  à  Rome.  20 

1223.  Le  patriarche  Raoul  retourne  à  Acre.  30 

»  Mort  de  Philippe-Augufte.  3° 

*i224  [1225].  L'évêque    de    Patti    apporte    l'anneau    à 

Ifabelle.  22  &  30 

>>        [1225].  Mort  du  patriarche  Raoul.  3° 

d  juillets.  Départ  de  la  reine  Ifabelle.  23 

*i225  [1226].  Couronnement  à   Tyr  de  la  reine   Ifa- 

belle. 33 

*i226  [1227].  Arrivée  à  Acre  du  comte  Thomas.  34 

m  Conftru&ion  du  château  de  Montfort.        34 

»  Mort  du  roi  Louis  VIII.  34 

1227.  Mort  du  pape  Honorius  III.  34 
»  mars  20.  Intronifation  du  pape  Grégoire  IX.  35 
»  [1228].  Mort  de  Philippe  d'Ibelin  en  Chypre.  37 
»       [1228].                     Mort   de   Guérin    de    Montaigu,   maître 

de  l'Hôpital.  37 

»        [&  1228].  Conftruétion  des  châteaux  de  Céfarée  & 

de  Sidon.  37 

1228.  Frédéric  II  arrive  en  Chypre.  37 
*i229  [1228].                     Frédéric  II  paffe  en  Syrie.                              48 

s  II  fait  venir  les  Lombards  en  Chypre.  49 

»  juillet  14.  Bataille  devant  Nicoffie.  60 

»  juillet  15.  Sièges   de  Cérines,  de  Dieudamour  &  de 

Kantara.  60 

»  Construction  de  deux  tours  à  JafFa.  77 

»  Le  patriarche  d'Antioche  vient  à  Acre.       77 

1230.  avril  7.  Famine  à  Dieudamour.  65 

1231.  Frédéric  II  envoie  une  armée  en  Chypre 

&  en  Syrie.  77 

1232.  Les  Lombards  paffent  en  Chypre.  93 
»                                       La  reine  Alis  va  en  France  pour  recou- 
vrer la  Champagne.                                     112 

1234.  [  1 2 32I  1 

?   ,  .,  |    Reddition    de   Cérines   au  roi  Henri  Ier.   105 

après  le 2 3  avril  J 

1235.  La  reine  Alix  revient  en  Chypre.  117 


TABLE    CHRONOLOGIQUE. 


339 


*i23Ô  [1233]. 


1239.     Septembre  Ier. 


1240. 
1241. 

*I242    [1243]. 


Siège  de  Monferant  par  les  Ibelin. 
Mort  de  Jean  d'Ibelin,  feigneur  de  Bé- 

ryte. 
Arrivée  des  Croifés  à  Acre. 
Mort  de  Balian,  feigneur  de  Sidon. 
Mariage   de  la  reine  Alix  &  de  Raoul 

de  Soiffons. 
Arrivée    à    Acre    de    Richard   de   Cor- 

nouaille. 
Conftruétion  du  château  d'Arfur. 
La  reine  Alix  elt    nommée   régente   du 

royaume  de  Jérufalem. 


Pages 
117 

117 
118 
122 

122 

122 

124 

1  30 

[1243].      juin.       Défaite  des  Lombards  &prife  de  Tyr.i  35  &Ï43 

1243.  Mort  du  pape  Céleftin  IV.  143 

1244.  Défaite  des  Chrétiens  à  Forbie.  145 
»  Balian  de  Béryte  eftbleffé  par  un  AflTaflin.  146 
»                                         Les     Sarrafins     rendent    Jérufalem    aux 

Chrétiens.  146 

1245.  Innocent  IV  dépofe  Frédéric  II  au  concile 

de  Lyon.  146 

1246.  Mort  de  la  reine  Alix  de  Chypre.  146 

1247.  Prife  de  Tibériade  par  les  Sarrafins.  146 
»                                        Jean  d'Ibelin,  feigneur  d'Arfur,  elt  nommé 

bail  du  royaume  de  Jérufalem.  147 

»  Mort  de  Gile,  feigneur  de  Sidon.  147 

S.  Louis  arrive  en  Chypre.  147 

Il  s'embarque  à  Limaffol.  147 

Prife  de  Damiette  par  S.  Louis.  147 

Arrivée  des  Génois  à  Limaffol.  1  çz 

Mort  de  Jean  d'Ibelin,  feigneur  d'Arfur.  156 
Prife  de  Damas  par  les  Tartares.  1 60-1 61 
Défaite  des  Chrétiens  par  les  Turcomans 

à  Tibériade.  163 

Défaite  des  Tartares  par  Bibars.  165 

Mort  du  pape  Alexandre  IV.  166 

Hugues  de  Lufignan  eft  nommé  bail  du 

royaume  de  Chypre.  166 

Prife  de  Conitantinople  par  les  Grecs.  166 
Mort  de  la  reine  Plaifance.  166 

Bibars  lève  le  liège  d'Antioche.  167 

Charles  d'Anjou  affiège  Marfeille.  167 

Bibars  propofe  un  échange  d'efclaves.  167 
Il  arrive  fous  les  murs  d'Acre.  167 

Il  commence  le  fiège  de  la  ville.  167 

Entrée  à  Acre  de  Guillaume,  légat  du  pape.  168 


1248.  feptembre  27. 

1249.  mai  20. 
»                juin  6. 

1258. 

D 
1260. 


»  feptembre  3. 

1261. 


» 

juin  25. 

» 

feptembre  27 

1262. 

1263. 

0 

avril  13. 

9 

avril   15. 

» 

feptembre  25 

34° 


TABLE    CHRONOLOGIQUE. 


1264. 


[1266J. 


1265.  mars  7. 

»       mars  15-avril  30. 


[1266]. 


1266. 

juin. 

1) 

juillet   22. 

» 

août. 

1267. 

mai  2. 

» 

mai   3. 

» 

mai  16. 

» 

août  16. 

0 

novembre. 

» 

décembre  25 

1268. 

• 

» 

» 

mars  8. 

» 

avril   15. 

» 

mai   19. 

» 

1269. 

» 

avril  1 1. 

*i270 

[1269]. 

» 

1271. 

février  18. 

1271. 

avril  8. 

1271. 

mai  9. 

» 

feptembre. 

» 

juin  12. 

Pages 
168 
171 

171 

171 

171 

171 
171 
171 

172 

176 

177 
179 
179 


Hoftilités  entre  Génois  &  Vénitiens. 

Mort  du  pape  Urbain  IV. 

Mort  de  Jean  d'Ibelin,  feigneur  de  Bé- 

ryte. 
Défaite  des   Sarrafins   d'Efpagne   par   le 

roi  de  Caftille. 
Arrivée  à  Acre  d'Olivier  de  Terme. 
Charles,  comte  d'Anjou,  eft  fait  fénateur 

de  Rome. 
Prife  de  Céfarée  par  Bibars. 
Siège  &  prife  du  château  d'Arfur. 
Révolte  de  Simon  de  Montforten  Angle- 
terre. 
Arrivée  à  Acre  du  comte  de  Nevers  & 

autres  Croifés. 
Charles    d'Anjou   eft    couronné    roi    de 

Sicile  par  le  pape. 
Siège  d'Acre  par  Bibars. 
Prife  du  Saphet  par  Bibars. 
Arrivée  à  Acre  de  Hugues  de  Lufignan.    181 
Efcarmouche  fous  les  murs  d'Acre.  182 

Retour  de  Bibars  devant  le  Saphet.  182 

Retour  devant  Acre.  182 

Arrivée  d'une  flotte  génoife  à  Acre.  186 

Mort  du  roi  de  Chypre,  Hugues  II.  187 

Couronnement    du    roi    Hugues    III  de 

Lufignan.  187 

Nouvelle  croifade  de  S.  Louis.  187 

Mort  du  pape  Clément  IV.  187 

Défaite  de  Conradin,  fa  mort.  189 

Prife  de  Jaffa  par  Bibars.  190 

Prife  du  château  de  Beaufort  par  Bibars.   190 
Prife  d'Antioche  par  Bibars.  190 

Balian  d'Ibelin,  feigneur  d'Arfur,  eft  fait 

bail  du  royaume  de  Jérufalem.  191 

Tremblement  de  terre  en  Arménie.  191 

Mort  de  Geoffroy  de  Sargines.  191 

Affaffinat  de  Philippe  de  Montfort.  194 

Départ  pour  Rome  de  Marie,  tante  du  roi 

de  Chypre.  198 

Siège  du  Crac,  par  Bibars.  199 

Prife  du  Crac  199 

Arrivée  à  Acre  d'Edouard  d'Angleterre.   199 
Arrivée  à  Acre  du  frère  d'Edouard.  199 

Prife  du  château  de  Montfort  par  Bibars.   199 


TABLE    CHRONOLOGIQUE. 


34* 


1271.  juillet  16. 
»  juillet. 

b  novembre  24. 

1272.  feptembre  22. 
1273. 

1274.  mai. 

1275. 

1276.  mars  26. 

»  juin  28. 

»  [1275].  oétobre. 


1277.  12  mai. 

0         novembre  25. 
v 

1278.  juillet. 

t>        [i277].feptembre 

*i279  [i277]- 
s 

•  juillet    16. 

»  octobre. 


202 
203 

202 
203 
203 
206 
206 
206 


[1277]. 


12  81.     feptembre  15. 
1282.        janvier  12. 


1 

mars   30. 

» 

mai. 

a 

août. 

1283. 

août  ier. 

9 

août  6. 

» 

novembre  3 

Pages 
Bîbars  parle  devant  Acre.  199 

Edouard  détruit  le  cafal  de  St-George.  200 
Prife  du  cafal  de  Caquo  par  les  Croifés.  200 
Départ  d'Edouard  pour  l'Europe.  201 

Mort    de    Thomas    Bérart,    maître    du 

Temple.  201 

Concile  de  Lyon.  202 

Mort  de  Boémond  VI,  prince  d'Antioche.  202 
Bibars  ravage  l'Arménie. 
Mort  de  Henri  le  Prince. 
Arrivée  de  Guillaume  de    Rouflillon  à 

Acre. 
Mort  du  pape  Grégoire  X. 
Mort  du  pape  Innocent  V1. 
Mort  du  pape  Jean  XXI. 
Intronifation  du  pape  Nicolas  III. 
Défaite  de  Bibars  par  les  Tartares. 
Le  roi  Hugues  III  quitte  la  ville  d'Acre.  206 
.  Arrivée   à   Acre   du    comte   Roger   de 

St-Severin.  206 

Lutte  entre  le  Temple  &  Boémond  VII.  207 
Arrivée  à  Tyr  du  roi  Hugues  III.  207 

Mort  de  Hugues  Revel,  maître  de  l'Hô- 
pital. 207 
Paix  entre  le  Temple  &  Boémond  VII.  208 
Les  Hofpitaliersde  Margat  attaquent  les 

Sarrafins. 
Bibars  marche  contre  les  Tartares. 
Mort  de  Bibars. 
Défaite  des  Sarrafins   par  les  Hofpita- 

liers. 
Défaite  des  Sarrafins  par  les  Tartares. 
Guy  de  Gibelet  quitte  Gibelet  pour  aller 

à  Tripoli. 
Armements  de  Pierre  III,  roi  d'Aragon. 
Révolte  de  Païenne  (Vêpres  Siciliennes).   213 
Révolte     de     Meffine     contre    Charles 

d'Anjou. 
Arrivée  à  Palerme  du  roi  d'Aragon. 
Arrivée  à  Béryte  de  Hugues  III,  roi  de 

Chypre. 
Départ  pour  Tyr. 
Mort  de  Boémond,  2e  fils  de  Hugues  III. 


208 
208 
209 

209 
210 

210 
213 


213 
214 


214 
214 
216 


1.  Le  chroniqueur  met  par  erreur  Clément  V  à  la  place  d'Innocent  V. 


542 


TABLE    CHRONOLOGIQUE. 


1284.  novembre  27. 
»  février  12. 

»  mars  24. 

»  mai. 

»  juillet  5. 

1285.  janvier  7. 
»  mars  12. 

»  avril  17 -mai  17, 


» 

» 

mai  10. 

» 

11 

» 

» 

1286. 

juin  24. 

» 

août  6. 

» 

août  15. 

1287. 

mai  24. 

1) 

mai  31. 

» 

» 

juin  24. 

» 

o&obre  19 

1288. 

» 

mars  17. 

» 

avril  26. 

»  août. 

»  leptembre  26. 


1290. 

» 


octobre. 


Pages 
Mort   de   Jean    de    Montfort,    feigneur 

de  Tyr.  215 

Mort    de    Humfroy,    frère  de  Jean    de 

Montfort.  216 

Mort  de  Hugues   III,  roi   de  Chypre  & 

de  Jérufalem.  216 

Couronnement  du  roi  Jean  I.  217 

Défaite   de    Charles    II   d'Anjou   par   la 

flotte  de  Meffine.  217 

Mort  de   Charles    Ier    dAnjou,  roi  de 

Sicile.  217 

Mort  de  Nicolas  de  Lorgne,  maître  de 

l'Hôpital.  217 

Siège  &  prife  de    Margat   par  le  fultan 

Kelaoun-Malec-el-Manfour.  217 

Charles  II  d'Anjou  fort  de  prifon.  218 

Mort  de  Jean  I,  roi  de  Chypre.  218 

Avènement  de  Henri  II,  roi  de  Chypre.  218 
Mort  de  Philippe  le  Hardi,  roi  de  France.  21 S 
Mort  de  Pierre  III,  roi  d'Aragon.  218 

Henri  II  envoie  une  ambafTade  à  Guil- 
laume de  Beaujeu.  218 
Arrivée  de  Henri  II  en  Chypre.  219 
Hoftilités  entre  les  Pifans  &  les  Génois.  224 
Couronnement  à  Tyr  de  Henri  IL  220 
Les  Génois  brûlent  une  barque  de  Pifans.  227 
Les  Génois  abordent  à  Acre.  228 
Le  fultan  d'Egypte  recommence  les  hof- 
tilités. 230 
Robert  d'Artois  eft  battu  par  la  flotte  de 

Meffine.  230 

Mort  de  Boémond  VIL  231 

Difficultés  entre  dame  Lucie  &  les  gens 

de  Tripoli.  231 

Le    fultan    Kelaoun-Malec-el-Manfour 

met  le  fiège  devant  Tripoli.  236 

Prife  de  Tripoli  par  le  fultan.  237 

Le  roi  Henri  II  vient  de  Chypre  à  Acre.  238 
Le  foudan  retourne  au  Caire.  238 

Le  roi  Henri  II  retourne  en  Chypre.  238 

Le  pape  envoie  les  Vénitiens  au  fecours 

d'Acre.  238 

Le  fultan  repart  d'Egypte.  240 

Mort  du  fultan  Kelaoun-Malec-el-Man- 
four. 240 


TABLE    CHRONOLOGIQUE. 


m 


Pages 


1291, 


avril 


mai 

4- 

mai 

16 

mai 

17 

mai 

iS 

»  mai  28. 

» 
» 

1292. 
1293. 
1294. 

» 

» 
1295-1298. 

1298.    leptembre  6&7. 


1299. 


janvier. 


»  décembre  20. 


1300. 

juillet  20. 

» 

» 

novembre 

1301. 

février. 

» 

1302. 

avril. 

1303, 

» 

» 

août  7. 

1305. 

s 

liège 


243 
246 
248 
248 
248 

249 

261 

272 

275 
276 
281 
281 


Le   fultan  Melec-el-Efferaf  met  le 
devant  Acre. 

Arrivée  du  roi  Henri  II  à  Acre. 

Prife  de  la  Tour  du  roi  à  Acre. 

Les  aflïégés  eflaient  de  fuir. 

Aflaut  général  Se  prife  de  la  ville. 

Mort  de  Guillaume  de  Beaujeu,  maître 
du  Temple. 

Prife  de  la  maifon  du  Temple  à  Acre. 

Le  fultan  fonge  à  s'emparer  de  Chypre. 

Victoire  de  la  flotte  du  roi  de  CafHlle  fur 
les  Sarrafins. 

Hoflilités  entre  les  Génois  &  les  Vénitiens. 

La  guerre  continue. 

Intronifation  du  pape  Céleftin  V. 

Intronifation  du  pape  Boniface  VIII. 

Lutte  entre  le  roi  Hayton  II  &fes  frères.    282 

Lutte    entre    les    Génois    à  les     Véni- 
tiens. 284-286 

Victoire  des  Génois  fur  les  Vénitiens.   286-287 

Lutte  des  Guelfes  &  des  Gibelins  à  Gênes.  290 

Guerre   entre   Edouard    Ier    &    Philippe 
le  Bel. 

Victoire  de  Charles  II,  roi  de  Sicile. 

Apparition  d'une  comète. 

Les  Sarrafins  s'emparent  de  l'Arménie. 

Melec-Mafer,  fultan  d'Egypte,  fe  rend  à 
Gaza. 

Victoire    de    Ghazan-Khan   fur    Melec- 
Mafer. 

L'expédition  de  Henri  II  quitte  Chypre.   303 

Arrivée    en    Chypre    d'un    meflager    de 
Ghazan-Khan. 

Amauri  de  Lufignan   patte  dans   l'île  de 
Tortofe. 

L'émir  Cotlefler  arrive   au   pays  d'An- 
tioche. 

Amauri  retourne  en  Chypre. 

Charles  de  Valois  paffe  en  Sicile. 

Différent  entre  Boniface  VIII  &  Philippe 
le  Bel. 

Les  Sarrafins  ravagent  l'Arménie. 

Tremblement  de  terre. 

Intronifation  du  pape  Clément  V. 

Guerre  de  Flandre. 


291 
291 
292 
292 

298 

300 


305 

305 

305 
306 
307 


307 
308 

3i5 
3H 
311 


344 


TABLE    CHRONOLOGIQUE. 


1305- 
1306. 

» 
1307. 

» 

1309. 


Pages 
Foulques  de  Villaret  eft  nommé  maître 
de  l'Hôpital.  319 

avril  27.  Amauri  de  Lufignan  eft  nommé  gouver- 

neur de  Chypre.  317 

Prife  de  Rhodes  par  les  Hofpitaliers.  322 

Baudouin    d'Ibelin    ne    veut    plus    être 

complice  d'Amauri  de  Lufignan.  325 

Le   pape  Clément  V  appelle  en  France 

Jacques  de  Molay.  329 

Amauri  de  Lufignan  s'empare  de  la  per- 
fonne  de  Philippe  d'Ibelin.  331 


GLOSSAIRE 


Les  chiffres  renvoient  aux  pages  du  volume. 


Abonafer,  abounafïer,  devenir 
beau  {en  parlant  du  temps  fur 
mer),  84,  223  ;  voy.  Bonafle. 

Acarele, procès,  269;  voy.  Carelle. 

Ahaie,  253;  voy.  les  Additions  & 
Corrections. 

Aleauter,  ■sXtx^wX.tx , légitimer  ,\  ^, 

145,  177- 
Amaladyr,  tomber  malade,  27. 
Amermer,  affaiblir,  46. 
Anger,  peupler,  322. 
Antenes,  antennes,  170,  280. 


Arbre,  mât,  1  70. 
Archée,  portée  d'arc,  299. 
Archere,  meurtrière,  236. 
Arganel,  machine  lançant  du  feu, 

224. 
Arochier,  frapper,  50. 
Aforber  de  ziaus,  aveugler,  317. 
A  louper,  chopper,  4. 
Aubaleltée,  portée  d'arbalète,  91. 
Autier,  autel,  94,  197. 
Avotre,  adultère,  145. 


B 


Bacet,  à  voix  baffe,  65. 
Bachelerie,     acle     de     bravade, 

247. 
Bail,  enceinte,  246. 
Banie,  baignée,  239. 
Barbadaye,_/orte  rfV jeu  mafqu'e,  3 1  ,- 

voy.  Du  Cange,  Barbator. 
Barbaquane,  efpace  compris  entre 

les  premiers  murs  &  les  foffes 

d'une  ville  fortifiée,  249. 
Barbouter,  blinder,  228  ;  voy.  Ta- 

ride. 
Baril,  mur,  244;  voy.  Du  Cange, 

Barrium. 
Barquete,  224. 
Bas    (fis    de),  fils    bâtards,    183, 

205. 

c 


Bataille,  ouvrage  avancé  dt 
fenjè,  5. 

Batier,  baptifer,  195,  201. 

Befcut,  bifcuit,  54,  284. 

Beverie,  beuverie,  266. 

Bezillier,  maltraiter,  301. 

Biafs  (à), en  biaifant.  de  biais,  228. 

BialTer,  biaifer,  228. 

Blandir,  flatter,  266. 

BonafTe,  bounace,  bounafe,  beau 
temps  fur  mer,  91,  93,  97,  199. 

Boule,  bulle,  87. 

Boulé, revêtu  de  la  huile.  87. 

Boverie, ferme,  87. 

Bregue,  bataille,  152,  275. 

Bûcher,  bufeher,  travaux  de  pro- 
tection en  bois,  236,  245,  247. 

44 


146 


GLOSSAIRE. 


Caf,  câble,  228,  278. 

Calafater,  calfeutrer,  217. 

Calemele,  rofeau,  84. 

Caler,  faire  défendre,  amener 
(terme  de  marine),  133. 

Camés,  chameaux,  235,  239,  241. 

Campagnier,  campanile,  171. 

Campane,  cloche,  113,  162,  183, 
253. 

Campanele,  petite  cloche,  19. 

Canne,  cane,  mefure  de  longueur 
d'epajfant  deux  mètres,  250,253. 

Canton,  caton,  coin,  quartier,  13, 
53,  84,  253. 

Caraboha,  carabouha,  machine  à 
main  fermant  à  lancer  des  pier- 
res, 236,  244;  <voy.  Du  Cange, 
Carabaga. 

Caravane,  carevane,  efcadre,  10S, 

254,  3i4. 
Careau,    cariau,    quareau,     trait 

£  arbalète,  62,  68, 110, 142,143, 

178. 
Carelle,  querelle,  152. 
Caton,  <voy.  Canton. 
Celer,  cingler  à  la  voile,  97. 
Cha\eme\,  flageolet  {infiniment  de 

mufique),  212. 
Chanavas,  chanevaus,  toile  à  voile 

en  chanvre,  222,  247. 
Change,  aclion  de  relever  un  pofie, 

244. 
Chaoite,  chute,  60. 


Chareftie(Sf  non  chareftié),  difette, 

15,  16,  83. 
Chat,    appareil   de   d'efenfe,  248, 

249. 
Chevaucheùre,  monture,   91,  93, 

97,  300. 
Chourme,  équipage  de  galériens, 

275. 
Coler,  couler,  faire  glijfer,  170. 
Colonbet,    coulonbet,    barque  à 

quille,  211,  221,  287,-  voy.  Jal, 

Colomba. 
ConpifTer,  pijfer  dejfus,  70. 
Confele,  conful,  149,  150. 
Contine,^i>/v  continue,  288. 
Coque,  bateau  garni  de  d'efenfes, 

313,  3r4- 
Cors,  jufiaucors,  40,  324,  325. 
Corfegier (ital.  corfeggiare),  faire 

la  courfe,  le  cor  faire,  226. 
Coftantin,  empereur  de  Confianti- 

nople,  167. 
Coftenge,  frais,  d'epenfes,  112. 
Coulonbet,  le  même  que  colonbet, 

228. 
Couzine,  cuifine,  196. 
Covertour,  couverture,  251. 
Croifferie,  croifade,  15. 
Croie,  tremblement  de  terre,  7, 16, 

20,  191. 
Cruis,  croix,  44,  85. 
Cruifée,  cruffée,  croifade, 19, 118. 


D 


Dehauchée,  rempart,  244. 

Dehlis,  dehlit  (en  arabe  la  refplen- 
diffante),  nom  de  la  tente  du  Sul- 
tan d 'Egypte,  243,  246. 

Dejuglé,  irrité,  155. 

Délier,  décembre,  182,  300. 


Defgarochié,  dévaflé,  90. 
Defpenfafion,  difpenfe,  22. 
Defrivée,  torrent,  83. 
Deltrener  pour  deftraindre,  17. 
Douve,  paroi  d'unfoffé,  243. 
Durgeman,  drogman,  201. 


GLOSSAIRE. 


547 


Encaler,  mettre  de  côte,  250. 
Encuré,  recouvert  de  cuir,   170, 

248. 
Enfermeté,    maladie,    194,    263, 

306. 
Enpaleger,  gagner  la  pleine  mer, 

99- 
Enveffée,  enviflure,  vêtement,  22, 

23,  220. 
Efboucler,    déboucler,     détacher, 

255. 
Efcalme,  voy.  Parefcalme. 
Efcaloine,  cale  de  bateau,  286. 
Efcandelyer,^  mettre  a,  248. 
Efchargaite,  garde,  109. 
Efchargaitier,  aller  en  reconnaif- 

fance,  109. 
Efcharfement,      d'une     manière 

avare,  329. 
Efchery,  réduit   a  petit  nombre, 

109,  308. 


Efchierement,  en  trifle  équipage, 

90. 
Elchif,  mécontent,  221. 
Efclas,  efclaves,  167,  199,201. 
EfcroiSj  bruit,  orage,  9. 
Efcur,  obfcur,  zj^6;mal  difpoJ'e,i$7. 
Efcurement,  obfcurément,  5. 
Efparpoullier,  difperfer,  189. 
Efpaulieres,  bandes  d étoffe  placées 

fur  les  épaules,  212,  251. 
Efplage,  plage,  142,  251. 
Efquillant,  rocailleux,  159. 
Eltanceler,  étançonner,  256. 
Eftier,  vqy.  Stier. 
Eûoire,  flotte,  6,  17. 
E (tracer,    eftraquer,    toucher    {en 

parlant  Sun  bateau  qui  échoue), 

199,  229. 
Eus,  befoin,  49,  65,  116. 
Eutoubre,     oclobre.     208 ,-     voy. 

Huitovre. 


Fanon,  falot,  246. 
Farrin,  voy.  Frarin. 
Faryfe,  jument.  293. 
Ferboillier,  s%embarbouiller,  s'en- 
tremêler, 119. 
Fernel,  eftrope,  49;  voy.  ]ai,Frenell. 
Feft,  faîte,  185. 
Filler,  enfanter,  24. 
Flarie,  <voy.  Frarie. 
F\a.t,foufflet,  70. 
Flatir  (k),  Je  jeter,  299,  300. 
Flemer,  brûler,  216. 


Flum,^«<w,  20,  20S  &c. 
Flumaire,  torrent,  83. 
Fonde,  fondrière,  83. 
Forcheiire,  enfourchure,  313. 
Frairie,  <uoj.  Frarie. 
Frapaille,  mauvaife  engeance,  72. 
Frarie,  confrérie,  113,  129,  151. 
Frarin,  /<zcfo,  mif érable,  57. 
Frehches,  fafcines  (?),  257. 
Froin*ure,/>T/Ttf>v,  50. 
Frontière, J'açade,  247. 


Galée,  grand  bateau  de  combat, 
9',  94,  96>  97  &c.  ;  «  gualées 
«  quy    font  vaufiaus,    con    fet 


«  chafcun,    bien    remuans,    li- 

«  giers  d'aler  à  venir  à  lor  vo- 
it lente  »,  314. 


348 


GLOSSAIRE. 


Garide,  ouvrage  en  bois  pour  pro- 
téger les  affligeants,  109,  240, 
241. 

Goume  (ital.  gomona) ,  câble 
lV attache,  288. 

Goupiller,  craindre,  82. 

Gourdefle,  vilenie,  275. 

Grafignier,  egratigner,  7,  1 14. 


Grifons,  grecs,  7,  319,  320. 
Grizés,   gryzés   (feue),  feu  gré- 
geois, 248,  249. 
Guaride,  v oy.  Garide. 
Guariter,  conftruire  des  travaux 

de  d'efenfe,  182. 
Gun,  voy.  Jun. 
Gunet,  voy.  Jungnet. 


H 


Haitin  (peut-être pour  hutin),  que- 
relle, bataille,  235  ;  voy.  Hutin. 

Halife  (la),  le  Kalife,  262. 

Hardeer,  hardoier,  attaquer,  har- 
celer, 119,  306. 

Hautet,  un  peu  haut,  243,  3 1  3. 

Hazart,  de,  163. 


Herbe  (tenir),  conclure  un  traite, 

146. 
Huitein,  voy.  Hutin. 
Huitovre,   otlobre,  13,   240 ;   voy. 

Eutoubre. 
Hutin,  querelle,  bataille,  243,  250. 


Izeq  (perfan  iazak),  avant-garde,  i  65. 


Javelos,  flèches,  194. 
Jude,  juif,  214. 
Jun,  gun,  juin,  179,  199,  203. 
Jungnet,jugnet,jugneit,juingnet, 
junet,  gunet  :  i°  juillet,  1 1 ,  23, 


60, 1 79,  200,  206,  208,  303  ;  — 
20  juin,  14,  147,  166,  219. 
Jure    (fubji.  jêm.),   enfemble  des 
vafjaux  ayant  prête  ferment,  32. 


Karaque,  petit  bateau  arabe,  133. 


K 


Lain,  voy.  Lein. 

Lainière,  cuirajfe,  154. 

Langoufte,  fauter  elle,  9. 

Lein,  vaijfeau  léger  à  rames,  «  qui 
«  va  par  mer  de  tous  vens  & 
«  fans  péril  »  (Froiffart ,  éd. 
Kervyn,  t.  IX,  p.  58),  142, 157, 


168,  169,  221,  226,  229,  234, 
^54,  273,  279,  280,  322,  327. 

Leing,  voy.  Lein. 

Leveùre,  tumeur,  216. 

Liart,  [cheval]  gris, par  extenjion 
cheval,  57. 

Louviere,  repaire  du  loup,  70. 


GLOSSAIRE. 


349 


M 


Mailliate,  petite  chaîne  (?),  228. 

Maintenent,  yÔHfzV»,  34. 

Mailtre  politan,  métropolitain,  19. 

Malenconious,  trijîe,  114. 

Maleté,  mauvais  déjîr,  290. 

Mancier,  tenancier,  211. 

Manganiaus,  mangueneaus,  ma- 
chines fixes,  à  contre-poids,  pour 
lancer  de  petites  pierres,  108, 
109,  179,  247. 

Marain,  marein,  bois,  79,  248, 
319,  323. 

Marine,  niaryne,  bord  de  la  mer, 
23  &c. 


Melout,  peau  de  brebis  ou  de  chè- 
vre, 323. 

Memelouc  {arabe  mamluk),  ma- 
melouk, efclave,  165. 

Mener,  miner,  246,  247. 

Menfion,  dèpenfe,  frais,  259. 

Merme,  affaibli,iii  ;  aiguës  mer- 
mes,  baffes  eaux,  97. 

Mefquylée,  mofqu'ee,  162. 

Meute,  expédition,  4,  89, 118. 

Mot  (arc  de),  arc  damafquiné, 
orné  de  lettres  &  devifes,  165. 

Muete,  voy.  Meute. 

Mulafe,  ?nule,  181. 


N 


Nacare,  forte  de   tambour,    212, 

245,  248,  249. 
Nafre,  bleffure,  115. 
Naité,  naiffance,  80. 
Nave,  grand  bateau  de  tranfport, 

68,  96,  99,  254,  321,  322. 


Nnvie, flotte,  58,  83,  89,  95,  98. 
Naville,  navillie,  flotte,   147,  148, 

193,  194. 
Niffir,   nyfTir,  pour  iflir,  fortir,  7, 

143,158,169,179,180,181  &c. 
Nouzilles,  épices  (?),  227. 


O 


Orce  (à  V),  à  la  dérive,  268  ;  voy. 

Jal,  Orfa. 
Ormeger,  ranger  dans  le  port,  84; 


voy.  Du  Cange,  Ormeiatus. 
Orpeau,  cuivre  doré,  104. 


Pacant,  payant,  221 . 

Paenime,  païnime,  pays  fournis 
aux  mufulmans,  88,  240. 

Paleze  {ital.  palefe),  franc  •  as 
armes  palezes,  en  combat  dé- 
couvert, 290. 

Panne  {ital.  panfano),  bateau  de 
guerre,  plus  petit  que  la  galère, 
154,  192,  228,  303,  304,  305, 
328. 

Parefcalme     {ital.     palifcalmo), 


grande  chaloupe  à  rames,  154 
285. 

Parpereillier,  parpoulier,  difper- 
fer,  210,  228. 

Patriarchié,  patriarchat,  112. 

Paumerée,  hôtellerie  pour  les  pèle- 
rins, 121. 

Paute,  patte,  114. 

Pauvés,  bouclier,  écu,  250. 

Pedot,  pilote,  199. 

Pelage,  plage,  229  ;  voy.  Efplage. 


3fo 


GLOSSAIRE. 


Pelagre,  mer,  133. 

Pénible,  dur  a  la  peine,  68. 

Pennate,  pinajfe  (?),  321. 

Periere,  machine  de  guerre  a  lan- 
cer des  pierres,  66, 108, 109, 132. 

Pilet,  pylet,  flèche,  17,  18,  142, 
159,  168  &c. 

Pizanés,  pif  an,  170. 

Plantif,  épais  en  arbres,  114. 

Plates,  parties  de  la  cuirajfe,  250. 

Pleue,  pleve,  pluie,  246,  248,  300. 

Pluyage,  pluie,  82. 

Poge   (tirer  la),  mettre  la  barre 


au  vent  pour  arriver,  2805  voy. 
Jal,  Poggia. 

Polaîns,  poulains,  pouleins,  en- 
fants n'es  du  mariage  de  Francs 
&  de  femmes  indigènes  chré- 
tiennes, 96,  113,  227. 

Porter  (fe)  de,  négliger  de,  257. 

Poudrière,  poujfiere,  59,  183,  194. 

Pougneïs,  efcarmouche,  178. 

Profiniau,  linge,  tiffu,  159. 

Puis,  poix,  249. 

Pullyquer,  publier,  168. 

Punais,  méprifable,  247,  264. 


Q 


Quareau,  voy.  Careau. 

Quintar    (arabe),  poids    de    cent 


livres,  243. 
Quouque,  <voy.  Coque. 


R 


Rampagour    (ital.    rampegolo), 

grappin,  228. 
Rafine,  féparation,  265. 
Rayer,  rayonner,  246. 
Recreù,  fourbu,  78. 
Regringne,  mauvaife  intelligence, 

323. 
Religion,  communauté  religieufe, 

49,  76,  94,  105,  106,  107,  329, 

33°- 
Replait,  terrain  plat   au    milieu 
d'une  pente,  159. 


Refet,  retiré,  caché,  262. 

Refever,  recevoir,  221. 

Refpiter,  retarder,  34. 

Reftondu,  tondu  ras,  252. 

Reuzer,  mettre  en  fuite,  pour- 
fuivre,  210,  299,  309,  312. 

Révéler,  mettre  en  révolte,  43,  44. 

Rime,  rame;  rime  à  fernel,  gou- 
vernail, 49. 

Rin,  rame,  154,  157,  228. 

Roifte,  efcarpé,  101. 

Rozer,  voy.  Reuzer. 


Sablon,  fable,  142,  247,  257. 

Saitie,  faytie,  bateau  de  guerre 
plus  petit  &  plus  rapide  que  la 
galère  {le  même  que  le  lein),  89, 
210,  211,  213,  214,  224,  234, 
273,  280,  281,  303,  3°9,  322, 
332. 

Salandre,  petit  bateau  de  tranf- 
port,  à  rames,  95,  96. 

Sample,  exemple,  229,  264. 


Saytie,  voy.  Saitie. 
Secors,furcot,  40. 
Secrète,  tréfor  royal,  93. 
Sée,foie,  9. 
Seete,  flèche,  248. 
Seignau,  fignia.u,flgne,  185. 
Serne,  cercle,  181,  223. 
Sert  (par),  certainement,  301. 
Serveliere,    calotte  placée  fous  le 
heaume,  170. 


GLOSSAIRE. 


*f« 


Sourgre,  fourdre,  228. 
Soutillance,  habileté,  293. 
Splage,  voy.  Efplage. 


Stier,  fetier,  15. 

Suvrefeigniau  {ital.  fupraciglio), 

four  cil,  249. 


Tablier,  table  de  jeu  ;  tout  fera 
fur  le  tablier,  nous  jouerons  notre 
dernière  mife,  nous  tenterons  no- 
tre dernière  chance,  8 1 . 

Tabout  {arabe),  cercueil,  217. 

Taiffel,  blaireau,  5  7  j  voy.  Taiffon. 

Taiffon,  blaireau,  55,  69  ;  voy. 
Taiffel. 

Tarafe,  taraffe,  terraje,  185. 

Targe,  bouclier,  245,  248. 

Taride,  taryde,  bateau  plat  de 
tranfport,  38,  169,  170,  228, 
254,  2S4,  309. 

Tarquais,  carquois,  196. 

Tempeftous,  orageux,  251. 

Tétine,  fein,  197. 

Tore  {hébreu  thora) ,  les  cinq 
livres  de  la  loi  juin: e,  le  Penta- 
teuque,  214. 

Toron,  touron,  petite  éminence  de 
terrain,  92,  181,  185,  309. 

Tour  de  la  lune,  nouvelle  lune,  8 1 . 


Trabuc,  machine  de  guerre,  à  tré- 
buchet,  pour  jeter  des  pierres, 
63,  65,  108,  109,  110. 

Trait  (au),  a  la  mamelle,  252. 

Traverfain,  forte  de  tonneau,  44, 

54- 

Trelis,  palijfade,  251. 

Trefchanger.  changer,  263. 

Trefeul,  treufeul  {ital.  terzolo), 
bateau  ayant  trois  rameurs  par 
banc,  274-  voy.  Jal,  "Terzolo. 

Tricoples,  turcoples,  {cavalerie 
légère  formée  d'éléments  indi- 
gènes), 58,  78,  97,  154,  l63, 
183,  195,  198,  205,  246,  325. 

Tronbe,  trompe  {inflrument  de 
?nujique),  212.  245. 

Tronc  (tout),  tout .  le  fuite  (?),  316. 

Troublât,  période  de  jours  pendant 
lefquels  le  temps  ejl  incertain  a 
la  nouvelle  lune,  8 1 . 

Turqueis,  turc,  244. 


Velegier  {ital.  veleggiare),  navi- 
guer a  la  voile,  222. 

Vendifiement,  appareil  de  défenfe, 
248. 

Venoit,  venu,  35. 


Velié,  muni  d'une  vif  ère,  36. 
Viite  (à  la),  en  vue,  222,279,  286. 
Vitaille,  vivres,  94  &c. 
Voletures,  oifeaux,  294. 


Zîaus, yeux,  143,  189,  198,  211, 

283,  293,  325,  327. 
Zote,  oka,  oke  (?)  {mefure  de  poids, 


valant  1222  grammes),  1505 
voy.  Saigey,  Traite  de  Métro- 
logie, 8  5. 


mÊmmmmmmsw 


INDEX 


* 


Aalis,  Aallis,  voy.  Alix. 
Abaka-Khan,  210,  296. 
Abert,  voy.  Albert. 
Abohale,  Abouha,  voy.  Abaka- 
Khan. 

ACAIRYE,  VOy.   ACHAR1E. 

Accre,  voy.  Acre. 
AcHARiE,fénéchal  d1 Antioche,  19. 
Acre,  xvj,xx,  xxj,  4,  7,  10,  11,  12, 
13,  14,  15,    16,  18,  20,  22,  24, 

3°,  34-  35»  38,  48,  49,  5°,  51, 
55,   57,  58,  60,  61,  77,  86,  88, 

89,  9°,  91,  92,95,96,  112,  in, 

Il6,  117,  1  I  S,  120,  121,  122, 
123,  I24,  125,  126,  127,  129, 
130,     135,     I4I,     147,     149,     150, 

I51»  J52,  J  53,  i54,  !  56,  157, 
159,  160,  163,  164,  165,  167, 
168,  170,  171,  r76,  179,  181, 
182,  183,  184,  185,  1S6,  187, 
190,  194,  198,  199,  200,  201, 
202,  203,  204,  205,  206,  207, 
212,  214,  216,  218,  219,  220, 
221,  226,  227,  229,  232,  233, 
235,  238,  239,  240,  241,  242, 
243,  244,  245,  246,  247,  24S, 
249,  250,  251,  252,  253,  254, 
255,  256,  259,  260,  263,  264, 
272,  274,  275,  299,  304,  319, 
325,  326,  329. —  La  Boucherie, 
50,  251;  la  Cale  du  marquis, 
C 


228;  le  Change,  1465  Couvents: 
les  Nonnains  Ste  A?me,  253; 
Eglifes  :  S.  Linart,2$i  ;  —  S.  Ro- 
man, 249,  25 1;  —  S.  Sépulcre, 
152,  219;  —  Ste  Croix,  18,  20, 
28,  1 12,  1 13,  171,  2195  la  Her- 
berge  des  Hofpitalicrs,  2535 
Hôpitaux  :  des  Allemands,  77, 
123,  150,  181,  1S2,  219,  251, 
253  ;  —  S.  Jean,  123,  125,  126, 
127,  152,   155,  212,  21S,  220, 


243,    249,  253 


la   Maifon    de 


S.  Lazare,  153;  Portes:  du  Lé- 
gat, 246,247,2515 —  du  Mau- 
pas,  125,1 84;  —  S.  Antoine,  246, 
249,  250  ;  —  S.  Lazare,  245  ;  le 
Pont  de  Venife,  228  ;  Rues  :  de 
la  Carcaijferie,  1 5 1  ;  —  de  Gênes, 
152,  i54,  155,  J57,  255;  — des 
Pi/ans,  153,  154,  155,  156,  160, 
253  ,-  —  de  la  Raine,  151  ,• — Ste 
Anne,  2  5  3  ;  —  des  Vénitiens,  153, 
154,  15  5,  J56J  le  Temple,  12, 
13,  49,  5°,  x53,  243,  245,  25', 
252,253,  254,  255,  256;  Tours: 
de  la  Comtejfe  de  Blois,  2455  — 
de  Gênes,  149,150,156 ; —  Mau- 
dite, 243,  244,  249,  2515  —  des 
Mouches  (à  l'entrée  du  port), 
186,  2275  —  de  Pijé,  149,  155; 
—  du  Roi,  2  44,  247,  248  ;  le 

45 


3f4 


INDEX. 


Val  ifEfpolite,   250  ;    la  Vigne 
neuve,  126,  153,  154,  155. 
Acre  (L'évêque  <f)  voy.  Raoul. 
Adalia,  en  Turquie  d'Afie,  iS. 
Adam,  x,  20. 
Adan  de  Cafran,  bail  de  Tyr, 

254. 
Adrien  IV,  pape,  5,  6. 
Adrien  V,  pape,  203. 
Agent  (Agen).  168. 
Agulier,  voy.  Hugues  &  Simon. 
Aiguës  froides  (un  des  affluents  du 
Tigre  ou  de  Y  Eu  p /ira  te),  208, 
210,  296. 
Aimery,    patriarche    d 'Antioche, 

15- 
Aimery,   connétable   de   Chypre, 
dernier  frère  de  Henry  II,  roi 
de  Chypre,  316,  332. 
Aimery  de    Mimars,  xxj,  138, 

325,  332- 
Aimoin  (Chronique  d1),  xix. 
Aire  de  Vé<vîque  (1/),  à  Tripoli, 

87,  8  8. 
Aisé  (Jean  l'),  voy.  Jean. 
Alart    de    Valérie    (Meffire), 

176,  188. 
Albane  {Albano),  28. 
ALBERT,patriarched'^??/ior/^,77. 
Albert,  patriarche  de  J'erufalem, 

iS. 
Albigeois,  17. 
Alemaigne,  voy.  Allemagne. 
Alemans,  voy.  Allemands. 
Alep,    161,    164,    210,    293,    296, 

298,  299,  306,  309. 
Alep  (La  dame  d'),  121. 
Alep  (La  feigneurie  d'),  121. 
Alep  (Le  fultan  d'),  voy.  Malek- 

el-Naser-Yousouf. 
Alexandre  le  grand,  293.  Voy. 
l'édition  de    Marco    Polo,    de 
Pauthier,  p.  44. 
Alexandre  III,  pape,  6. 
Alexandre  IV,  pape,  166. 


Alexandrie  à" Egypte,  6,  148,  199, 
227,  234,  261,  301,  304. 

Alexis  V,  voy.  Murtzuphle. 

Alinah,  frère  jumeau  deHoissiN, 
326,  327,  328. 

Alis,  voy.  Alix. 

Alifandre,  voy.  Alexandrie. 

Alison,   fille    de    Humfroy    de 

MONFORT,  216. 

Alix,  femme  de  Hugues  Ie1' 
reine  de  Chypre,  xvj,  xvij,  18 
21,  23,  24,  27,  28,  30,  32,  33 
42,  47,  53j  n^  117»  ^2,  128 
129,  130,  131,  135,  136,  146 
151. 

Alix  la  Lombarde  (de  Mon- 
ferrat?),  première  femme  de 
Henri  I",  roi  de  Chypre,  105, 
106. 

Alixandre,  voy.  Alexandre. 

Allemagne,  4,  15,  17,  29,  30,  35, 

40,  41,  55,  *44,  173.  r75,  176, 

187,  1S8,  193. 
Allemands  (Les),  19,  51. 
Allemands  (Ordre  des  frères),  14, 

34,  49,  77,  123,  13',  15°,  181, 
182,  199,  203,  219,  232,  233, 

251,  253. 
Alphonse   de   Poitiers,  comte 

de  Touloufe,  147. 
Alphonse  IX,  roi  de  Cajlille,  16, 

19. 
Alphonse  X,roi  de  Cajlille,  171, 

273,  274. 
Alys,  voy.  Alix. 
Alyssandre    le    Grant,     voy. 

Alexandre  le  Grand. 
Amadi  (Chronique  d'),  xix,  xx, 

xxvij. 
Amaury,  roi  de  J'erufalem,  6,  7, 

8,  14,  1 1 1,  128. 
Amaury   de   Lusignan,   roi    de 

Chypre  &  de  J'erufalem,  15,  16, 

17,  21,  41. 
Amaury  de  Lusignan,  frère  du 


INDEX. 


3f>" 


roi  Henry  II  de  Jérufalem,  fei- 
gneur  de  Tyr,  connétable  du 
royaume  de  Jéru/'a/em,  gou- 
verneur du  royaume  de  Chypre, 
xxij,  xxiij,  235,  237,  238,  305, 
306,  315,  316,  31-,  318,  319, 
323,  324,  3-5,  327,  33',  332, 
3  33  - 

Amaury,  comte  de  Monfort,  118, 
119,  123. 

Amaury,  fils  de  Humfroy  de 
Monfort,  216. 

Amaury  Barlais,  31, 32,  33,  35, 
36,  37,  38,  46,  52,  55,  57,  60, 
69,  76,  78,  88,  89,  93,  10S. 

Amaury  de  Bessan,  31,  37,  55, 
60,  69,  89,  93,  108. 

Anaigne  (Anagnia),e\\  Italie,  3;, 
281,  3 10. 

Ax'ASTAIZE,   VOy.   An'ASTASE. 

Axastase  IV,  pape,  5. 

Anceau  de  Brie:  i"  xviij,  33, 
35,  36,  37,  40,  45,  49,  56,  59, 
60,  63,  65,  68,  69,  76,  9c,  91, 

IOI,      I02,     103,      IO9,     IIOj      — 
2°    325. 

Ancone,  261,  306. 

Axdré,   pape,    le    même    qu'A- 

QR1EN  IV,   5,   6. 

André  II,  roi  de  Hongrie,  19. 

André  de  Clapiere,  211. 

André  Peleau,  génois,  254,  2-S. 

Andréa  (&  non  Carlo)  Dax- 
DOLO,  amiral  vénitien,  286, 
288. 

Andrian,  voy.  Adriex. 

Axdroxic  II  Paléologue, empe- 
reur de  Conftantinople,  278,  283, 
321,  322. 

Anfois,  ANFOUs,voy.  Alphonse. 

Axfré,  voy.  Humfroy. 

Anfrey  de  Moxaigre,  9 S. 

Anfrion,  voy  Humfroy. 

Anfroydou  Thorox,  voy.  Hum- 
froy de  Toron. 


Angleterre,  3,  4,  5,  6,  -,  1  3,  14,  16, 
19,  68,  123,  1-2,  [-3,  iS-,  193, 
202. 

Angoulême,  voy.  Pierre. 

Annales  de  Terre-Sainte, xiij,xix, 
xxiij. 

Annales  Terrae  fa  net  a?,  xiij. 

Ansaut  Damar  (Axsaldo  de 
Mari),  amiral  au  fervice  de 
Frédéric  II,  142. 

Ansiau  dTnseba  (Axsei.mo  di 
Ceba).  149,  150. 

Antiaume  (Gille),  voy.  Gille. 
-,  7,  if,  T3,  15,  16, 
17,  18,  19,  20,  2S,  29,  32,  45, 
48,  77,  108,  136,167,190,  202, 
305.  —  L'églife  S.  Pierre,  à 
A.,  4. 

Antioche  (Le  patriarche  d'),    90. 

—  Albert  (patriarche  d"),  77. 

Axtioche,  voy.  Boémond,  Hi   . 
ry,  Jean  &  Philippe. 

Axtoixe  (S.),  35. 

Apottles  (Frères),  (Frères  apolto- 
lins  ou  Santarellï),  202. 

Aragon,  179,  183,  21  S. 

Aragox  (Pierre  d"),  voy.  Pierre. 

Arayne  (mauvaife  lecture  du  co- 
pifte  pour  Anayné),  3105  voy. 
Anaiçne. 

Arches  (Archa),    16. 

Archives  de  l'Orient  latin,  xij. 

Argox,  Arguon,  voy.  Arghoun- 
Khax. 

Arghoun-Khan,  296. 

Arménie,  xxiij,  4,  13,  15,  16,  20, 
28,  29,  68,  97,  105,  108,  133, 
161,  162,  165,  167,  181,  191, 
202,  210,  230,  233,  236,  277, 
278,  282,  283,  284,  292,  297, 
298,  303,  305,  308,  309,  315, 
325,    326,  327,  328,  329,  332. 

Arménie  (Constant,  bail  d"),  20, 


-9- 


105. 


Arméniens,  191,242,  298. 


Îî6 


INDEX. 


Arneb,  furnom  de  Jean  de  Gi- 
belet  de  syrie,  323. 

Arneis  de  Gibelet,  116. 

Arniot,  2e  fils  de  Henri  III 
A" Angleterre  (peut-être  le  même 
qu'EDMOND),  199. 

Arfuf,  voy.  Arfur. 

Arfur,  15,  124,  171,  259,  260. 

Arthur,  duc  de  Bretagne,  16. 

Artois  (Le  comte  d'),  voy.  Ro- 
bert. 

Artu,  voy.  Arthur. 

Artusse  (Jacques  d' ),  voy. 
Jacques. 

Afcalon,  5,  13,  77,  Il8>  120»  '«, 
123,  146,  259,  260. 

ASSARAFELDIN,  VOy.  SAPHADIN. 


Aubegos,  voy.  Albigeois. 

AUBERGUAMO    (PlERRE    d'),    VOy. 

Pierre, 
aubert  doria,  285. 

AUBERT   MORISIN    (OBERTO    Mo- 

ROSiNi),bail  de  Fenife, 207, 223, 

224,  225. 

AUBERT  SPINOLA,   188. 

Aumaury,  voy.  Amaury. 
Autriche  (Léopold  V,  duc  d'),  15. 
—  (Léopold  VI,  duc  d'),  19,  80. 
Auvergne  (Guillaume  d'),  voy. 

Guillaume. 
Avignon,  329. 
Ayas  (Laias),  enArménie,  277,  278, 

279,  280,  292,  328. 
Aymery,  voy  Amaury. 


B 


Babiloine,  voy.  Caire  (Le  Nou- 
veau). 

Babin  (Jean),  voy.  Jean. 

Bafe,  voy.  Bapho. 

Bagdad,  161,  262,  294,  295, 
296. 

Baimont,  voy.  Boémond. 

Baldo  Spinola,  voy.  Baude. 

Balian  d'Ibelin,  10. 

Balian  d'Ibelin,  feigneur  à" Ar- 
fur, 191,  206,  207. 

Balian  d'Ibelin,  fils  de  Jean 
d'Ibelin,  connétable  de  Chypre, 
xvij,xviij,  31,32,40,43,44,47, 

55,  56>  59,  6o>  63>  76,  77,  85, 
g6,  87,  88,  89,  90,  94,  96,  101, 
102,  103,  in,  113,  118,  124, 
125,  126,  127,  128,  129,  130, 
131,  132,  i33>  x34,  I35>  !36> 
141,  146,  147,  163,  I71- 

Balian  d'Ibelin,  oncle  de  Henry 
il,  roi  de  Chypre,  fénéchal  de 
Chypre,  316. 

Balian  Ier,  feigneur  de  Sidon,  23, 


33,  46,  50,  83,  112,  113,  119, 

120,  122,  147. 
Balian  II,  feigneur  de  Sidon,  206. 
Balian  de  Mongezarvy,  323. 
Balian,  fils  de  Philippe  de  Na- 
varre, xvij,  131,  135. 
Baline  {Bologne),  144. 
Baphe,  voy.  Bapho. 
Bapho,  en  Chypre,  20,  30, 1 05, 227, 

25S. 
Bar  (L'archevêque  de  S.  Nicolas 

de),  voy.  Marino  Filangieri. 
Bar  (Bari),  (S.  Nicolas  à),  137. 
Bar  (ht  comte  de),  voy.  Henry  II 

&  Henry  III. 
Barbarie,  132,  133. 
Bareque,   fils  de   Gengiskhan, 

294. 
Barlagon,  chef  de  Tartares,  325, 

326. 
Barlais,  voy.  Amaury  Barlais. 
Barthélémy  de  Gibelet,  fils  de 

Bertrand  II  de  Gibelet,  233, 

237. 


INDEX. 


3f7 


Barthélémy    Pisan,    templier, 

241 . 
Barthélémy,  évêque  de  Tortofe, 

202,  203,  204,  205,  231. 
Baruth,  voy.  B'eryte. 
Baudac,    Bandas,    Baudat,    voy. 

Bagdad. 
Baude  Spinola,  327,  328. 
Baudinet,  trère  de  Guy  de  Gi- 

BELET,  204. 

Baudouin,  comte  de  Flandre, 
empereur  de  Conjlantinople,  16, 

17- 

Baudouin  II  de  Courtenay, 
dernier  empereur  latin  de  Conf- 
tantinople,  306. 

Baudouin  d'Ibelin,  9,  1  r,  56. 

Baudouin,  fils  de  Jean  dIbelin, 
fénéchal  de  Chypre,  31,  40,  43, 
64,  85,90,  91,  101,  103,  124. 

Baudouin  d'Ibelin,  oncle  de 
Henry  II,  roi  de  Chypre,  con- 
nétable  de   Chypre,   219,   220, 

3^5»  33*- 
Baudouin  III,  roi  de  Jérufalem, 

4,  5,  6- 
Baudouin    IV,  le  mefel,   roi    de 

Jérufalem,  7,  8,  9,  10. 

Baudouin  V,roi  deJérufa/em,io. 

Baudouin  de  Picquigny,  amiral 
chyprois,  303. 

Baudouin  de  S.  George,  184. 

Bauduinet,  le  même  que  Bau- 
douin V,  10. 

Bauduyn,  voy.  Baudouin. 

Baume  (Rolant  de  la),  voy. 
Rolant. 

Baymon,  voy.  Boémond. 

Beaufort  (Château  de),  apparte- 
nant au  Temple,  près  de  7yr, 
i2i,  122,  163,  190,  259 

Beaufort  (Thomas  de),  voy. 
Thomas. 

Beaujeu,  voy.  Guillaume  & 
Louis. 


Beauleu  (Moines  cifterciens  de), 

près  de  Tripoli,  87. 
Bédouin  (Hugues),  voy.  Hugues. 
Beidera  :  iù  oncle  d'EssAio,  209  ,• 

—  20  oncle  de  Kalil-Ascraf, 

262. 
Belbeis,  voy  Bilbeis. 
Belian,  Beliem,  Belien,  voy.  Beth- 

liem. 
Belinas,   Belynas,  voy.  Céfarée  de 

Philippe. 
Bendocdar,  voy.  Bibars. 
Beneit  Guaitan,   pape  fous  le 

nom  de  Boniface  VIII,  281. 
Beneit  Sacarie,  156,  213,  223, 

225,  231,  233,  234,  236,  273, 

274. 
Benêt  Zaquerie,   voy.  Beneit 

Sacarie. 
Bene-uent,  10. 
Benoit  Zacarie,   voy.    Beneit 

Sacarie. 
Bknoit  XI,  pape,  311. 
Berard  (Thomas),  voy. Thomas. 
Berard  de  Manope  (Le  comte), 

103. 

BERCHELEME(pOUrBERTHELEMÉ), 
VOy.   BARTHELEMY. 

Berrïe  (La),  (le  d'efert  qui  fépare 
l'Egypte  de  la  Syrie),  239,  298. 

berthelemé,voy.  barthelemy. 

Berthelin  Mahé,  325. 

Bertrand  de  Gibelet  Ier,  père 
de  Hugues  de  Gibelet,  53. 

Bertrand  de  Gibelet  II,  fils 
de  Hugues  de  Gibelet,  151, 

i57,  i58>  x59,  J6o. 
Bertrand  Porcelet,  beau-père 

d'AMAURY  Barlais,  88. 
Bertrand    Texi,   grand-maître 

de  l'Hôpital,  S3. 
B'eryte  (Beyrouth):  i°  le  château 

de  — 78,  79»  8l>  83>  85>  86>  95> 
134,  258;  —  20  la  ville  de  — 
xvj,  24,  32,  41,  48,  51,  78,  79, 


3fS 


INDEX. 


80,  82,  84,  87,  89,  90,  96,  124, 

134,   196,   198,  211,  212,   214, 

215,  257,  258,  260. 
B'eryte  (Le  dura),  le  fleuve  de  B., 

83,  84. 
B'eryte  (Le  feigneur  de),  voy.  Jean 

d'iBELIN. 

Béryte  (L'évêque  de),  78. 

B'eryte  (Eschive,  dame  de),  193, 

2I5,  315)  3]6. 
Béryte  (Isabelle,  dame  de),  193. 
Befan,  voy.  Bethfan. 
B'ethanie,  i65. 
Bethléem,   151,  259.  —  L'évêché 

de  B.,  260.  —  L'évêque  de  B., 

87. 
Bethfan  (La  terre  de),  259. 
Bethsan,  voy.  Amaury  de  Bes- 

SAN. 

Betil,  château  en  Arménie,  292. 

Betram  Porcelet,  voy.  Ber- 
trand Porcelet. 

Betran,  voy.  Bertrand. 

Beugnot  (Le  comte),  xiv,xv,xxvj. 

Bibars  ou  BondonchaR;  fultan 
d'Egypte,  164,  165,  166,  167, 
17;,  179,  180,  181,  182,  183, 
185,  190,   191,    194,    195,  196, 

199,   20O,   202,   206,   208,    209. 

Bilbeis,  6,  1 1 1 . 
Blanche  de  Caflille,  16. 
Blanche,  marquife  de  Montferrat, 

'44- 
Blanchegarde  (La  terre  de),  259. 
Boémond  III,  prince   d'Antioche, 

15,  16. 
Boémond  IV,  comte  de    Triple, 

puis  prince  d'Antioche,  xvij,  16, 

17,  20,  28,  29,  45,   48,  86,  87, 

88,  89,  152. 
Boémond  V,    prince  à'Antioche, 

xvij,  32,  121,  136,  152,  232. 
Boémond  VI,  prince  d'Antioche, 

149,   i5'>  152,  157,  i58>  !59, 
161,  199,  200,  202,  205,  232. 


Boémond  VII,  dernier  prince 
d'Antioche,  202,  203,  204,  205, 
206,  207,  208,  211,  212,  226, 
229,  230,  231,  232. 

Boémond  d'Antioche,  feigneur 
du  Boutron,  146. 

Boémond,  fécond  fils  de  Hugues 
III,  roi  de  Jérufalem,  214,  216. 

Boémond,  voy.  aufli  Raymond. 

Bonacourt  (de  Gloire),  arche- 
vêque de  Tyr,  220. 

BoNEREL.nom  d'un  pierrier,  150. 

Bonifaccio  (Le  château  de),  en 
Corfe,  220. 

Boniface  VIII,  pape,  281,  282, 
284,  292,  306,  307,  308,  310, 
311. 

Boniface  de  Calamandrane, 
frère  Hofpitalier,  234. 

Boniface  de  Grimaut,  amiral 
génois,  320. 

Boniface,  voy.  Bonifaccio. 

Bonicve?tt,  voy.  Béné-~vent. 

Borborin  (Borbonino),  amiral 
génois,  156. 

Bordeaux,  329. 

Sort  (Le  vicomte  du),  À  Acre,  245. 

Botron  (Le),  voy.  Boutron  (Le). 

Boucherie  (La)  —  à  Acre,  50,  25 1  ; 

—  à  Tyr,  131. 

Bourgogne  (Othon  V,  comte  de), 

312. 
—  (Robert    II,   duc    de),    311, 

3  r 2. 
Boutron:  i°  le  château  du  —  205,- 

—  20  la   ville    du   —    83,  84, 

95- 

Boutron  (Boémond  d'Antioche,  fei- 
gneur du),  146. 

Boutron  (Guillaume,  feigneur 
du),  158. 

Bovines,  Bouquines  (Bataille  du 
pont  de),  19. 

Braine,  voy.  Jean  de  Brienne. 

Brandis,  voy.  Brindes. 


INDEX. 


?f9 


Breine,  Brene,  voy.  Jean  de 
Brienne. 

Bretagne  (Aventures  de),  romans 
de  la  Table  ronde,  31. 

Bretagne  (Le  comte  de),  voy. 
Pierre  Mauclerc  &  Jean  dit 
le  Roux. 

Brewer  (Guillaume),  voy. 
Guillaume. 

Brie,  voy.  Anceau,  Jean,  Phi- 
lippe Se  Thom 


Brienne,  voy.  Gautier,  Hugues, 

Jean  à  Yolande. 
Brindes  (Brindifi),  11  S. 
Brisse  (Pierre),  voy.  Pierre. 
Bufe<vent (Château  de),  en  Chypre, 

94,  98,  258. 

BUHOHAN,   l8z. 

Burchard  de  Schwenden,  maître 
île  l'Ordre  teutonique,  219,  232, 

533- 
BUSTRON  (FLORIO),  voy.  Fl,0R10. 


Caçan,  voy.  Ghazan-Khan. 

Caco,  Cacon,   cafal   près  de   < 
r'ee,  200,  201. 

Cafran,  Cafrane,  voy.  Adan, 
Guillaume  &  Philippe. 

Ca'ifas,  voy.  Caipha. 

Càipha,  15.  121,  155,  259,  260. 

Caire  (Le  Nowvi  au),  6,8,9,11,15, 
16,  49,  11 1,  121,  122,  123,  124, 
146,  148,  164,  165,  167,  I7ij 
179,  181,  184,  190,  191,  194, 
200,  202,  206,  20S,  209,  210, 
230,  238,  239,  240,  241,  243, 
299,  300,  301,  302,  303,  310, 

3i9,  3^3- 
Caire  (Le  château  du).  9.    165. 
Caiferie,  voy.  C'efaree  la  Grande. 
Calabre,  179,  290. 
Calamandrane  (Boniface  de), 

voy.  Boniface. 
Calanson    [Granson]    (Othon 

de),  voy.  Othon. 
Cale  du  marquis  (  La) ,  à  Acre,  228. 
Calo  Dandle,  voy.  Carlo  Dan- 

dolo. 
Calohonel,     pèlerinage     d'Egypte, 

242. 
Camajor  (Romecorin  de),  voy. 

Romecorin  . 
Campante,  35. 
Candarc  (La),  voy.  Kantara. 


Candariers,  habitants  de  la  Can- 

dare,  65. 

Candelor  (Le),  château  apparte- 
nu an  t  aux  7 'urc s.  261. 

Candie  (Ile  de),  voy.  Crète. 

Capassac,  Capssac,  émir,  302. 

Carbaganda,  i'uccefleur  de  Gha- 
zan-Khan, 325,  326. 

Carcaijferie  (La  rue  de  la),  à 
Acre,  151. 

Cardone  (Guillaume  de),  voy. 
Guillaume. 

Carlo  (pour  Andréa),  voy.  An- 
dréa. 

Carnahtin  (Bataille  de),  11. 

Caroublier,  (Le)  lieu  près  d'Acre, 
1S2. 

Cafal  Imbert,  près  à' Acre,  90,  91, 
93>  93>  97,  100,  105,  116,  207, 
229. 

Cafal  Robert,  près  de  Nazareth,  1 2. 
/,  Caftt  le,  voy.  Caftille. 

Caflel  de  Cajire,  voy.  Cafira. 

Caftille,  16,  19,  171,  2-3. 

Cadra,  en  Sardaigne,  222. 

Caftrie  (La),  château  en  Chypre, 
58,  61,  66,  82,  99,  103,  107. 

Cataie,  voy.  Feres  Cataie. 

Cataine  [Catane).  en  Sicile,  292. 

Catherine  Me),  206,  215. 

Catherine      de      Courtenay, 


360 


INDEX. 


femme  de  Charles  de  Valois, 
306. 

Catune  {Là)  {Catona),  en  Calabre 
{Sicile  citërieure),  285. 

Causbondoc,  nom  de  Bibars, 
165. 

Cayfas,  Cayphas,  voy.  Caïpha. 

Caymon  (La  terre  de),  259. 

Cayn,  57. 

Cazal  Ymbert,  voy.  Cafal  Imbert. 

cazan,  voy.carbaganda  &  gha- 
zan-Khan. 

Cazelier  (Léon),  voy.  Léon. 

Ceba,  voy.  Ansiau  &  Lanfranc. 

Célestin  II,  pape,  4. 

Célestin  III,  pape,  13. 

Célestin  IV,  pape,  142,  143. 

Célestin  V,  pape,  281,  282. 

Cerines,  voy.  Chcrines. 

C'efarée,  15,  19,  37,  96,  113,  125, 
126,  171,  200,  240,  259,  260. — 
Archevêché  de  C,  260. 

Céfarée  de  Philippe,  7,  260. 

Céfarée  la  Grande,  en  Ajie-Mi- 
neure,  296. 

Césarée  (Gautier  de),  conné- 
table de  Chypre,  40,  112,  113. 

—  (Hugues  de),  171. 

—  (Jean  de),  fils  de  Gautier, 
30,  37,  40,  45,  67,  83,  96,  101, 
113,  116,  117,  125. 

Cezaire,  voy.  Cèfar'ee. 
Cezile,  Cezille,  voy.  Sicile. 
Chaîne  (La    tour   de   la),  à    7yr, 

170. 
Chamele  {La),  (Emife),  161,  164, 

210,  293,  296,  306. 
Chamele  (Le  lire  de  la),  122. 
Champ   des  fleurs,   près   de  Béné- 

vent,  177, 178. 
Champagne,  55,  112,  117. 
Champ aigne,  voy.  Champagne. 
Cliampaignie,  voy.  Campanie. 
Champenois  (Guillaume),  voy. 

Guillaume. 


Change  (Le),  à  Acre,  146. 

Chanfon  de  Philippe  de  Na- 
varre fur  la  bataille  de  Nicofle, 
60-62. 

Chanfon  de  Philippe  de  Na- 
varre fur  le  fiège  de  Kantara, 
65-67. 

Chantecler,  nom  du  coq  dans 
l'épopée  de  Renart,  par  lequel 
Philippe  de  Navarre  fe  dé- 
figne  lui-même  dans  les  vers, 

(•9,  7i,  72,  74- 
Charles,  comte  d'Anjou,  roi   de 

Sicile,  147,  167,  171,  177,  178, 

179»   x87,   188,   189,   190,  193, 

194,  198,   199,    206,  207,  213, 

214,  217,  218. 
Charles   II,    prince   de  Salerne, 

roi  de  Sicile,  fils  de  Charles 

d'Anjou,  217,  218,  219,  230, 

231,  232,  292,  307. 
Charles  de  Valois,  frère  de  Phi- 

lippe-le-Bel,  306,  307,  312. 
Chafteau,  voy.  Château. 
Chaftelet  (Le),  voy.  Châtelet  (Le). 
Chajliaublanc,  voy.  Châteaublanc. 
Château  (La  terre  du)  du  roi,  259. 
Châteaublanc,    près    de   Margat, 

208. 
Châteauneuf,  260. 
Chateauneuf  (Guillaume  de), 

voy.  Guillaume. 
Château  Pèlerin  (auj.  Athlit),   19, 

'47,  Î55»   l63»  227,   240,   258, 

259. 
Châtelet  {Le),  près  de  Béryte,  215. 
Chaufor  (Le),  à  Béryte,  79,  83. 
Checan,   Cheouan,  voy.   Kha- 

GHAN. 

Cheene  (La),  voy.  Chaîne  (La). 
Chelingen  (Ente  de),  voy.  Ente. 
Chenart  (Philippe),  voy.  Phi- 
lippe. 
Cheniere,  voy.  Cinerca. 
Cherines,  château  en  Chypre,  xvj, 


INDEX. 


361 


xvij,  xxv,  60,  89,93,  94, 99, 100, 
ioj,    105,    106,   IO",    108,   IIO, 

112,     II3,     Il6,     I38,    25S,     334. 

Cherynes,  voy.  Cherines. 

Chin  (Le),  émir,  262. 

Chinerc,  Chinere,  voy.  Cinerca. 

Chipre,  voy.  Chypre. 

Chronique  cTAmadi,  xix,  xx, 
xxvij. 

Chronique  de  Florio  Bustron, 
xiv,  xv,xvj,xvij,  xviij.xix,  xxiij, 
xxiv,  xxvj.  xxvij. 

Chronique  de  Mâcheras,  xxv, 
xxvj. 

Chronique  de  Terre-Sainte,  x,  xj, 
xij-xiij. 

Chronique  du  Templier  de  Tvr, 
xj,  xx-xxvij. 

Chypre,  xij,  xiij,  xiv,  xvj,  xvij, 
xix,  xx,  xxij.  xxiij,  xxiv,  xxv, 
xxvj,  xxvij,  14,  1 6,  1-,  1  S,  21, 
22,  23,  24,  2S,  30,  31,  32,  33, 
35.  37,  3S,  39,  40,  41,  4*>  4-3, 
44,  45,  47,  48,  49,  5°,  5r,  5  3, 
56,  58,  60,  61,  67,  68,  69,  --, 
78,  79,  So,  81,  86,  87,   89, 

93,  94,  95,  96,  97,  9$,  99,  i°4, 
105,  107,  109,  110,  112,  113, 
116,    ii-,  124.    135,   141,    146, 

147,   I51,   T52>    l66,  l6s,   Ï71) 

181,    187,    191,  192,  199,   200, 

203,   206,  207,  214,  217,   11S, 

219,   220,   238,  241,  146,   249, 

254,  257,  258,   259,  261,   262, 

27'»  -75,  276,  278,  279,   2S2, 

283,    303,  304,   305,  306,    315, 

316,  318,  319,  321,  32Z,  323, 
327,   328,    329,    331,   332. 

Chyprois  (Les)  27,  40,  41,  48,  49, 
Si,  82,  89,  90,  91,  93,  95,  96, 
97,  98,  99,  100,  101,  102,  103, 
104,   106,    108,   112,    141,  143. 

Ciete,  voy.  Sidon. 

Cinerca,  en  Corfe,  dans  le  golfe 
de  Genarca,  220,  221,  290. 
c 


Cîftaus,  voy.  Cifterciens. 

ciens  (Moines),  à  Beau/eu, 
près  de  Tripoli,  8-. 

Clapière  (André  de),  voy.  An- 
dré. 

Clément  III,  pape,  10. 

Clément    IV,    pape,    171,     176, 

177,  lS~,  192. 
1       men  r   V,  pape,   203  (au  lieu 

d'iNNOCENT  Y),    31I,    329,    330, 

33^- 

CLERMONT(MAHÉDE),VOy.MAHÉ. 

CUMENS,     CLYMENS,    Voy.     CLÉ- 
MENT. 

Coini  (Le),  voy.  Konia. 
CoiNTREL,    nom    du   linge   dans 
l'épopée  de  Renart,  qui  fert  à 

déligner  Hugues  de  Gibelet, 
dans  les  vers  de  Philippe  de 
Navarre,  71. 

Colée    (Roger    de    la),    voy. 
Roger. 

Colone,  voy.  Colonna, 

Colon  \  a  (La  famille)  de  Rome, 
2S2;  voy.  Jacques  &  Pierre. 

Colos  (Le),  cafa]  de  l'Hôpital,  en 
Chypre,  320. 

Comnène,  voy.  Isaac  &  Mani 

Compère,  nom  donné  à  Etii 
roi  d1 'Angleterre,  5. 

Conches,     voy.    Guillaume    & 
Guinart. 

Connétable  (Le)  de  Chypre,  voy. 
Gautier  de  Césarée. 

Conquelt   (Le   livre    du),   xj,  xij, 
xxiij,  5,  9,  1-,  152. 

Conrad,  archevêque  de  Mayence, 
16. 

Conrad     111,     empereur    d) 'Alle- 
magne, 4,  5. 

Conrad     IV,     empereur     d' 'Alle- 
magne,  24,   48,  128,  129,  1  j    . 

144,  145-  lS8>  l89,  '9°>  x9'- 
Conrad,  marquis  de  Montjerrat, 

14. 

46 


362 


INDEX. 


Conrad  Doria,  amiral  génois 
au  fervice  de  Sicile,  291,  292. 

Conradin,  fils  de  Conrad  IV, 
xvij,  24,  144,  145,  188,  1S9, 
191,  192. 

Conrat,  voy.  Conrad. 

Constance  d' 'Aragon,  impéra- 
trice, femme  deFRÉDERicII,29. 

Constance  d'Aragon,  femme  de 
Henry  II,  roi  de  Chypre  &  de 
Jèrufalem,  259. 

Constance,  fille  de  Mainfroi, 
femme  de  Pierre  III,  roi  A" Ara- 
gon, 179,  214. 

Constant,  bail  d'Arménie,  20, 
^9>  3o,  105. 

Constant,  troifième  frère  de 
Haiton  II,  283. 

Conflantinople,  6,  7,  17,  167,  209, 
278,  283,  284,  306,  319,  327, 
328. 

Copecape  (Lorent),  voy.  Lu- 
rent. 

Coradin,  voy.  Conradin. 

Coradin,    fultan  de  Damai,  11. 

Corat,  voy.  Conrad. 

Cordate,  chevalier  catalan,  185. 

Corde,  voy.  Cordoue. 

Cor  doue,  171. 

Coreidin,  voy.  Coradin. 

Corgie,  voy.  Géorgie. 

CORNOUAILLE  (RlCHARD  DE),  voy. 

Richard. 
Corpus  Domini,  églifeà  Jèrufalem, 

19. 
Corradin,  voy.  Conradin. 


Corrat,  voy.  Conrad. 

Cors  (Gent  de),  voy.  Gent. 

Corfe,  220,  290. 

Cos  (Concile  au),  6  (il  s'agit  fans 

doute  du  concile  de  Tours). 
Costance,  voy.  Constance. 
Costans,  voy.  Constant. 
Cojlantinople,  voy.  Conjlaniinoflc. 
Coste  (Jacques),  voy.  Jacques. 

CotBOHA,  C0TBAHA,V0y.C0UT- 
BAHA. 

Cotlesse,  Cotlesser  (Cotu- 
lossa),  émir  tartare,  305,  306. 

Coulone,  voy.  Colonna. 

Couradin,  voy.  Conradin. 

Courat,  voy.  Conrad. 

Coure  (Le),  en  Arménie,  279. 

Courtenay,  voy.  Baudouin  & 
Catherine. 

Coutbaha  :  i°  chef  tartare,  162, 
165,  293;  —  20  fultan  iïEgypte, 
262. 

Crac  (Le),  château  appartenant  à 
l'Hôpital,  185,  199,  300. 

Crac  de  Monréal  (La  feigneurie 
du),  259,  260. 

Creseque  (Robert  de),  voy.  Ro- 
bert. 

Crestiene  (Ste),  190. 

Crète  (Ile  de)  ou  de  Candie,  80, 

3i5- 
Crite,  voy.  Crète. 

Croix  (La  vraie),  8,  11,  12. 

Cuc  (Le  feigneur  du),   313. 

Curzola  (Ile  de),  fur  la  côte  de 

Dalmatie,  286. 


D 


Dalfin  (Polet),  voy.  Polet. 

Dalssès  (Le  pape  Innocent  IV 
était  de  la  famille  de  Fiesoue, 
que  le  chroniqueur  a  dû  chan- 
ger en),  143. 

Damar    (de    Mari),    voy.    An- 


saut,    GUANDE,    NlCOLOZE     c*V 

Oric. 
Damas,  5,  8,  37,  49>8S,  izr,  122, 
123,   124,   146,   161,-209,  217, 
230,  234,  258,  293,  296,  29S, 
300,  301,  302. 


INDEX 


363 


Damiate  voy.  Dû  < 

Damiette,  6,  18,  19,  20,  28,  14.7, 
148,  158,  1--,  229,  301. 

Dampierre,  voy.  Gtn  &  Huci 

Damyatte,  voy.  /' 

Dandolo,  voy.  Andréa  & 
Henry. 

Dasser  (Rolant),  voy.  Rolant. 

Davogaire  (Jacques),  voy.  Jac- 
ques. 

DÉMETRIUS    DE     M  LRAT,    roi 

de  Sal  .  4.0. 

Dendin,  frère  de   Haiton  II,  roi 

d'Arménie,  327. 
Denisès,  ancien  fénéchal  du  fei- 

gneur  de  Béryte,  79. 
De/poire,  cafal  en  Chypre,  99. 
Deudamor,  Dieudamour,  château 

en  Chypre,  xvj,  45,  46,  47,  54, 


60,  62,  .    66,  89,   93,   94, 

95,100,101,106.   116,358. 
DOIRE,     DORIA,      voy.      AUBERT, 

Conrad,     Gille,    Lam  ia    & 
Saido. 

as,  voy.  Damas. 
,  cafal,  207. 

Dominicains    (Les),   voy.    Frères 
prêcheurs. 

DORIA   Famille  ,290;  voy.  DoiRE. 

Douveydar,  émir,  300. 

Dragon  (La  fontaine  du),  près  de 
Di  ur,  62. 

Drapier  (Raymond),  voy.  Ray- 
mond. 

Dreux  (Jean   de),  voy.  Jean  de 
Brienne. 

Duc  (Oric),  voy.  Oric 

Du  Canoë,  xvij,  xxiij. 


E 


Edouard    Ier,    roi    d^Anglei 
173»   T74,   !75>   J76.    187,    193, 
199,  200,  201,  291,  311. 

Edouard  II,  roi  d'Angh  terre,  311. 

Egipte, Egypte,  6,16,  1-,  147,  29S, 
319. 

Eguevive  (Gautier  d'),  voy. 
Gautier. 

Elbe  (Hed'),  221. 

Elesgay.  voy.  Segay  (Le). 

Elisabeth  de  Bavière,  femme  de 
Conrad  IV,  144,  145,  188. 

Embriac  ou  L'Embriac,  famille 
de  Gaies  ayant  la  feigneurie  de 
Gibelet,  203  ;  voy.  Guillaume. 

Emeric,  roi  de  Hongrie,  17-. 

Empure,  voy.  Dampierb   . 

Engleterre,  voy.  Angleterre. 

Ente  de   Chelingen  (Han 
Schliengen:),  107. 

Eperon  (La  tour  de  1'),  à  Margot, 
218. 


Eracle  (Heraclius),  161. 
Eracle   (Hiftoire  de  l'empereur), 

xij,  xiij,  xxiij. 
Erard  (Le  comte)  de  Nanteuil, 

176. 
Em:       -  Arm 

Erm  r  '-'-'• 

/  .    oy.  Afcalon. 

.  260. 
Eschive,  femme  de  Humfroy  de 

Mon  fort,   puis    de    Guy    de 

Chypre,  dame  de  Béryte,  193, 

215,  315»  3'6- 
Eschive       de       Montbéliard, 
femme    de    Balian    d'iBELiN, 

94- 
Esclafon  (Menegue),  voy.  Me- 

negue. 

286. 

avons,  288. 

trjïe,  voy.  Curzola. 

■    18,    19 


364 


INDEX. 


68,    171,    iS7)   193,   202,    272, 

273. 
Efpagnie,  voy.  Efpagne. 
Efperance,  voy.  Eperon. 
Espine  (Spinola),  157,  290,-  voy. 

aufli  Aubert,  Baude,  Oric  & 

Thomas. 
Efquilac  (Squilace),en  Italie,  230. 
Essaïd,  fultan  d'Egypte,  fils  aîné 

de  Bibars,  209. 
Estienne,  voy.  Etienne. 
Estorgue,  voy.  Eustorge. 
Etienne,  roi  d' Angleterre,  3,  4,  5. 
Etienne  de  Gotron,  49. 
Etienne  de  Saisy,  maréchal  du 

Temple,  163,  164. 
Eude,  comte  de  Ne-vers,  176. 
Eude  de  la  Fierté,  102. 


Eude  de  Montbéliard,  50,  119, 

120,  125. 
Eude  Pelechien,  fénéchal  de  J'e- 

rufalem,  214,  219. 
Eude  du   Fin,   grand-maître  de 

l'Hôpital,  319. 
Eude    de   S.  Amand,  maître  du 

Temple,  9. 
Eugène  III,  pape,  4. 
Europe,  xvj. 
Eustorge,  archevêque  de  Nico/ie, 

30,  58,  106. 
Eustorge  Pedot,  332. 
Exejlre,  voy.  Exeter. 
Exeter  (Guillaume  Brewer,  évê- 

que  d'),  35. 
Eybelin,  voy.  Ibelin. 


Face  (Le  comte),  222. 

Famagoufle,  en  Chypre,  xvij,  47,48, 
81,  93,  97,  98,  99,  160,  192, 
246,  258,  277,  278.  303,  320, 
321,  322,  328. 

Famagoufle  (Le  vicomte  de),  324. 

Familles  d'Outremer  (Les),  de 
Du  Cange,  xvij. 

Farabel,  voy.  Guillaume. 

Farass,  Faraiss,  nom  d'homme, 
195,  196,  198. 

Fauriel,  XXV. 

Federic,  Fedric,  voy.  Frédéric. 

Femenie  (Alluiîon  à  la  reine  de), 
220. 

Feres  Cataie,  gardien  du  châ- 
teau du  Nouveau  Caire,  166, 

Ferté  (Eude  de  la),  voy.  Eude. 

Fiesque,  voy.  Dalssès. 

FlLANGER,  FlLANGIERI,VOy.  HEN- 
RY,  LORENT,  MaRINO  &  RI- 
CHARD. 

Filerme  (Château  de),  à  Rhodes, 
320,  321. 


Flace  (Raymont  de),  voy.  Ray- 
mond. 

Flamands,  si,  J",  3*^ 3*3»  3*4. 

Flandre,  311,  3  12,  31  3,3  14,  315. 

Flandre  (Baudouin,  comte  de), 
16,  17. 

—  Guy  de  Dampierre,  comte 
de),    291,  311,  312,  314,  315. 

Fleury  (Jacques  de),  voy.  Jac- 
ques. 

Fleuve  d" amour  (Le),  près  de  B'e- 
ryte,  215. 

Florence,  306. 

Florent,  évêque  d'Acre,  168. 

Florio  Bustron  (Chronique  de), 
xiv,  xv,  xvj,  xvij,  xviij,  xix, 
xxiij,  xxiv,  xxvj,  xxvij. 

Flun  d'amor,  voy.  Fleuve  d'amour. 

Foges  (Foggia),  en  Fouille,  48, 
217. 

Foggia  (Jean  de),  voy.  Jean. 

Fontaine  (La)  du  Dragon,  près  de 
Dieudamour,  62. 

Forbie,  145. 


INDEX. 


î6ï 


Forez  (Le  comte  de),  voy.  Gui- 
gues  V. 

Foroys,  voy.  Forez. 

Foulques,   roi  de  J'erufalem,  4. 

Foulques  de  Villeret,  com- 
mandeur, puis  maître  de  l'Hô- 
pital,  319,    320,  321,  322,  323. 

FougUE,  voy.  Foulques. 

Français  (Les),  218,  311,  312. 

France,  4,  5,  6,  10,  13,  14,  15,  16, 
17,  18,  19,  io,  30,  34,  68,  1  12, 
118,  122,  129,  146,  147,  176, 
1S3,  1S7,  iSS,  191,  193,  194, 
199,  202,  214,  218,  230,  306, 
307,  308,  311,   312,   329,   330. 

Francés  (S.),  voy.  François  (S.) 

Francifcains  (Les),  voy.  Frères 
mineurs. 

Franciscain  de  Grimaut  (Fran- 

CESCHINO  GRIMALDl),    162. 

François  (S.),  35. 
Francs  (Les),  (les  Latins),  121,162, 
179,   180,   184,  213,   242,  305. 

FRANSESQUIN,  VOy.  FRANCISCAIN. 


FrÉDEGAIRE  (La  compilation  dite 
de),  xix. 

Frédéric  de  Bode,  duc  d'Au- 
triche, 18  S,  189. 

Frédéric  1er,  empereur  d'Alle- 
magne, 3,  4,  6,  13. 

Frédéric  II,  roi  de  Sicile,  empe- 
reur d' 'Allemagne,  xiv,  xvj,  6,19, 
20,  21,  22,  23,  24,  27,  28,  29, 
30,  33,  34.  35-  37>  38>  39,  4°, 
41,  4i,  43,  44-  45,  -f6,  47,  48, 
49,  5°,  51,  67,  68,  76,  77,  so, 
•3,  87,  ^9,  93,  97,99,  I05,  II2, 
1 13,    1 14,   116,   123,   124,  125, 

127,  128,   130,   134,   136,  137, 
138,   141,   142,  143,   144,   145, 

146,  177,  '9°,  I9I- 
Frédéric,  roi  de  Sicile,  frère  de 

Jayme    II,   roi  d'Aragon,  179, 

291,  292. 
Frères  mineurs,  xxj,  35,  270,  324. 
PVères  prêcheurs,  xxj,  270,  324. — 

La  maifon  des  —  à  Tripoli,  211. 
Fréville  (M.   Marcel  de),  xiv. 


Gadres,  voy.  Gaza. 
Garnier  l'Allemand,  50. 
G af cogne,  330,  331. 
Gaudin   (Thibaut),  voy.  Thi- 
baut. 
Gauter,  voy.  Gautier. 
Gautier  de  Brienne,  187. 
Gautier,    feigneur   de    Céfar'ee, 

connétable  de  Chypre,  40,  112, 

113. 
Gautier  d'Eguevive,  107. 
Gautier,    comte  de  Jappa,  145. 
Gautier      de       Montbéliard, 

beau-père  de   Hugues  Ier,  roi 

de  Chypre,  iS. 
Gautier    de     Mounepeau    ou 

Manepeau  (Le    comte),    103, 

107. 


Gautier  Penne  ou  Pennenpié, 
chevalier,  123. 

Gauvain,  31,  33,  34,  35,  37,  38, 
57,  60,  67,  68,  107. 

Gavain,  voy.  Gauvain. 

Ga<vata  (La  pointe),  près  Limef- 
fon,  à  Chypre,  77. 

Gaza,  118,  119,  124,  259,  298, 
300,  301. 

Gazere,  voy.  Gaza. 

Gebelacar,  Gebelcar,  Gibelcar, 
17,  i  85,  199. 

Gênes,  99,  14.1,  142,  143,  149, 
■5°,  J57,  16S,  169,  186,  187. 
1S8,  1S9,  203,  212,213,220, 
221,  222,  223,  225,  226,  227, 
218,  231,  233,  234,  261,  273, 
275,  276,  277,  278,  2S0,  282, 


^66 


INDEX. 


284,  2S5,   286,  288,  289,  290, 
*9T>  3°3,  312,  320,  324,  327, 
328. 
Gênes  (La  rue  de),  à  Acre,  152, 

154,  155,  *57,  255- 

—  (La  tour  de),  à  Acre,  149, 
150. 

—  (La  tour  de),  à  Limejfon,  276. 
Genevés,  voy.  Génois. 

Génois,  xx,  xxij,  xxiv,  xxv,  89,  95, 
98,  99,  108,  125,  129,  131,  141, 
142-,  143,  146,   147,  149,  150, 

151»  T52>  *S3>  '54,  !55j  i56> 
157,  162,  168,   169,   170,   171, 

l86,  187,  193,  2IO,  211,  212, 
215,  2l8,  220,  221,  222,  223, 
224,    225,    226,    227,    228,    233, 

^34.  235>  254>  273,  274,  275> 
276,  277,  278,  279,  2S0,  281, 
2S4,  285,  286,  287,  288,  2S9, 

29°.  3o3,  3I2>  3i8,  323>  324> 

327,  328. 
Gent  de  Cors,  107. 
Geoffroy  de  Mosie,  103, 107. 
Geoffroy    de    Sargines,    bail 

d'Acre,    146.     160,    16S,    182, 

191. 
Geoffroy  de  Vendac,  maréchal 

du  Temple,  235,  237. 
Géorgie,  309. 
Gérard,   archevêque  de  Chypre, 

282. 
Gérard  de  Brie,  325. 
gérard  de  monréal,  xxvj.  xxvïj. 
Gerin  (Le),  260. 

GÉROLT,  VOy.   GiROLD. 

Gerycop.  voy.  Jéricho. 

Geltes  des  Chiprois  (Les),  ix,  xij, 

xiij,    xv,    xvj,  xvij,  xviij,   xix, 

xx,  xxv,  xxvj,  xxvij. 
Ghazan-Khan,   296.  297.  298, 

299>  3oo,  301,  302,  303,  304, 

305,  306,  309. 
Gibel,  126. 
Gibelcar,  voy.  Gebelacar. 


Gibelet,  15,  16,  87,  95,  107,  151, 
159,  203,  204.  205,  207,  210, 

211,    212,    233.    300,    303. 

Gibelet  (Le  feigneur  de),  voy. 
Hugues  de  Gibelet. 

Gibelet,  voy.  Arneis,  Barthé- 
lémy, Bertrand,  Guillaume, 
Henry,  Hugues,  Jean  &  Phi- 
lippe. 

Gibelin  (Le  parti),  290,  291. 

Giblet,  voy.  Gibelet. 

Gille,  feigneur  de  Sidon,  167. 

Gille  Antiaume,  325. 

Gille  Doria,  amiral  génois,  277, 
278. 

Girard  (Le  comte),  de  Pife,  188, 
1S9. 

GlRAUT  DE   MONTAIGU,   58. 

Girold,  patriarche  de  Jérufalem, 

30,35»  36,  77,  83,  95>  96,112. 
Gironde  (Gironne),  en  Catalogne, 

218. 
Girot,  voy.  Girold. 
Glofeftre  (Glocejler),  172.  173. 
Godefroy  de  Bouillon,  8. 
Gotron,  voy.  Etienne  de  Go- 

tron. 
goudefroi    de    boillon,    voy. 

Godefroy  de  Bouillon. 
Goulart  (Masé),  voy.  Masé. 
Granson,  voy.  Jean,  Othon. 
Grèce,  145,  213,  238. 
Grecque  (Communion),  151,  162, 

238. 
Grecs  (Les),(L,empire grec) ,  161, 

167,  306. 
Grée  (La  pointe  de  la),  à  Chypre, 

97- 
Grégoire  VIII,  pape,  10. 
Grégoire  IX,  pape,  xvj,  35,  37, 

46,  68.  77.  136,  1  37- 
Grégojre  X  (dePlaifance),  pape, 

163,  164,  187,  198,   199,  202, 

S03. 

GrEIL,  GRILL,VOy.jEAN  &  PlERRE. 


INDEX. 


367 


Grenate  (Grenade') ,171. 
,  vov.  G 

Gride  (La),  (   .  .  cafal  en  Chy- 

pre, xitj,  100,  101 .   103. 

Grill  (Simon;,  vov.  Simon. 

Grimaldi  (Maifon  de),  à  G 
289,  290.  291  ;  voy.  BonifaCE, 
Franciscain,    Lion,    Luqu    i 
Renier. 

Grimaus,  Grymaus,  voy.   Gri- 

MALDI. 

Grimbert.  nom  du  taiiïbn  (blai- 
reau) dans  l'épopée  de  Re?iart, 
qui  fert  à  défigner  Amaury  de 
Bessan  dans  les  vers  de  Phi- 
lippe de  Navarre,  55.  57 
(Trimbert.  lifez  Grimbert), 
69.  71. 

GiuiJre.  Guadres,  voy.  Gaz.a. 

Guaiton  (Beneit),  voy.  Beneit. 

Guarin  de  Montaigu,  grand 
maître   de    l'Hôpital,    20.   28, 

37- 

Guatfon  (Château  de"),  apparte- 
nant au  Temple.  191. 

Guande  Damar  (Gando  de 
Mari),  amiral  génois,  284, 
2S5. 

Guavin  Tartaro.  amiral  gé- 
nois, 289. 

Guelf,  voy.  Guelfe. 

Guelfe  (Le  parti),  289,  290. 

Guenelon  (Allufion  au  traître) 
de   la  Chanfon  de  Reliant.   64. 

Guiblin,   Guybelin.    voy.    Gi- 

BELIN. 

Guigues  V,  comte  de  Forez  & 
de  Nevers,  118.  122. 

Guilerme,  voy.  Guillaume. 

Guillaume,  évèque  d'Agen,  pa- 
triarche de  "Jerujalem.  168, 
185,  1S7. 

Guillaume,  fils  de  Boémond 
d'Antioche.  feigneurdu  Bou- 
tron.  146. 


GUILLAUME,  feigneur  du  Boutron, 

158,  159. 
Gun  laume,   comte  de  Flandre, 

«47- 
Guillaume  IV.  marquis  de  Mont- 

ferrat.  50,  105. 
(Guillaume,  comte  de  Ne-vers.  5. 
Guillaume  d'Auvergne,  So. 
Guillaume     d'Avrenie,     voy. 

Guillaume  d'AuvERCNK. 
Guillaume  de  Beaujeu,  frère, 

puis  maître  du  Temple,  xx, 
xxj,  xxiii,  164,  20i,  204,  205. 
207.  218,  219.  21-,  228.  229, 
23^  233,  235.  239,  240,  241. 
242,  245,  246,  249,  250,  251. 
25  194,  329.  331. 

Guillaume  Brewer,  évêqued'£- 
xeter,  5;. 

GUILLAUME  DE  CaPRANE.    24''.. 

Guillaume  de  Cardone.  tem- 
plier. 23-. 

Guillaume  Champenois,  de 
Triple.  1  20. 

Guillaume  de  Chateauneuf. 
maître  de  l'Hôpital,  145,  147, 
153,   1,-4.   155. 

Guillaume  de  Conches.  124. 

Guillaume  Farabel.  20.  28. 

Guillaume  de  Gibelet.  coulîn 
de  Guy  de  Gibelet,  210. 
211. 

Guillaume  de  la  Tour:  i°  che- 
valier, 34;  — 20  templier.  275, 
276. 

Guillaume  l'Embriac,  feigneur 
de  Gibelet.  203. 

Guillaume  Longue  Epée,  10. 

Guillaume  de  Lovre,  98. 

Guillaume   de   Mirabel.   xxvj. 

Guillaume  de  Picquigny,  197 

Guillaume  de  Rivet.  31,  37, 
52,  57.  68. 

Guillaume  Roussel,  332. 

Guillaumede  Roussillon,  202. 


368 


INDEX. 


Guillaume  de  Tineres,  de  l'Hô- 
pital, 68. 

Guillaume  Trabuc,  fils  du  ma- 
réchal de  Tripoli,  205. 

Guillaume  de  Tyr,  xij. 

Guillaume  de  Villeret,  grand- 
maitre  de  l'Hôpital,  319. 

Guillaume  de  Villiers.  246. 

Guillaume  Visconti,  86. 

Guillem,  Guillerme,  voy. 
Guillaume. 

guinart  de  conches.  94. 

Guines  (Henry  de),  voy.  Henry. 

Guizolfe  (Jeannin  de),  voy. 
Jeannin. 

Guy,  nom  du  pape  Clément  IV, 
171. 

Guy,  évêque  de  Famagoufle,  32.;. 

Guy,  feigneur  de  Gibelet,  46. 

Guy  de  Chypre,   frère  de  Hen- 


ry   II,    roi    de    Chypre,    315, 
316. 
Guy  de   Dampierre,   comte  de 
Flandre,    291,   311,    312,   314, 

3*5- 

Guy  d'iBELiN  :  i°  feigneur  de  Gi- 
belet, 203,  204,  205,  206,  210, 
211,  212,  213; —  20  fils  de 
Jean  d'Ibelin,  connétable  de 
Chypre,  90,  91,1 24;  —  30  comte 
de  Jaffa,  303,  305. 

Guy  de  Lusignan,  10,11,  13,  14, 
iS]  16. 

Guy  de  Monfort,  fils  de  Simon 
de  Monfort,  176,  230. 

Guyotin,  fils  de  Humfroy  de 
Monfort,  216. 

Gyblet,  voy.  Gibelet. 

Gyrolt,  voy.  Girold. 


H 


Haimery,  Haimerin,  voy.  Ai- 
mer y. 

Haiton  Ier,  roi  A' Arménie,  105, 
161,   167,   181,  191,  202,  230. 

Haiton  II,  roi  d' Arménie,  279, 
2S2,  283,  284,  292,  298.  302, 
305,  308,  309.  315.  325,  326. 
327. 

Halaon,  voy.  Houlagou-Khan. 

Halape,  voy.  Alep. 

Hama,   161,  164.  210,  293,  296. 

Hama  (Le  fultan  de),  120,  121, 
245. 

Haman,  voy.  Hama. 

Hamelieliot,    près   de    Tibériade, 

293- 

Hanapes  (Nicolas  de),  voy.  Ni- 
colas. 

Hanfré,  voy.  Humfroy. 

Hanimy,  émir,  300. 

Harant,  Harent(?.u).  Harem),  près 
iïAntioche,  161,  164. 


Hafa  (L'),  en  T/iibet,  294. 
Hafflfes,  Haffiffis,  HafiJfins,Affal- 
frns  (Dri/fes),   14,  t8,  146,  195, 

196,  197,  198. 
Hâta  (Le  pays  de),  en  Chine,  294. 
Haure,    2e   fils  de   Bibars   (fans 

doute  le  même  que  celui  qui 

eft  connu  fous  le  nom  de  Sela- 

mesch),  209. 
Haufa,  voy.  Hajfa  (L'). 
Haveben,  nom  arabe  d'un  engin 

de  guerre,  243. 
Hébron,  259. —  (L'évêché  d'),26o. 
Hegeni    (Roouene),   voy.    Ro- 

gUENE. 

Heimery  de  Lezegniau,  voy. 
Amauri  de  Lusignan. 

Heluis,  fille  de  Rupin  de  Mon- 
fort, 216. 

Hemerin,  voy.  Amauri  de  Lu- 
signan, roi  de  Chypre. 

Henoire,  voy.  Honorius. 


INDEX. 


369 


Henry  (Le  comte),  14,  15,  16. 

Henry   Ier,  roi  d1 Angleterre,  3,  4. 

Henry  II,  roi  d' Angleterre,  6. 

Henry  III,  roi  d'Angleterre,  19, 
68,  123,  172,  173,  175,  176, 
187,  193,  199. 

Henry  II,  comte  de  Bar,  11  S,  1 19. 

Henry  III,  comte  de  Bar,  31 1. 

Henry  Ie1', le  Gras, roi  de  Chypre, 
xvj,xvij,  24,  28,  30,  3S,  39,47, 
48,  49,  50,  51,  52,  58,  60,  61, 
66,  77,  79,  80,  84,  s6,  90,  92, 
93,95*96,  97,  98,99,  100,  102, 
103,  105,  106,  107,  108,  no, 
m,  113,  128,  146,  147,  149, 
166,  168,  187,  192. 

Henry  II,  roi  de  Chypre,  fils  de 
Hugues  III,  xxj,xxij,  xxiij,  214, 
218,  219,  220,  235,  237,  238, 
2.;6,  247,  252,  253,  254,  15  , 
261,  275,  276,  277,  2S4,  303, 
304;  3°?,  3i5,  3!6,  317,  3j8, 
323,  324,  325,  33-,  333- 

Henry,  fils  de  Richard  de  Cor- 

NOUAILLES,   175,   176. 

Henry  IV,  duc  de  Limbourg.  35. 

Henry  VI,  empereur  d'Occident, 
4,  13,  16. 

Henry  d'Allemagne,  fils  de  Fré- 
déric II,  29. 

Henry  d'Antioche,  193. 

Henry  Dandolo,  doge  de  Vcnife, 

17- 
Henry  Filangieri,  frère  de  Ri- 

chart  Filangieri,  127,   134, 

136,  137,  138. 
Henry   de   Gibelet,   bail  de  la 

Secrète,  93,  237. 
Henry  de  Guines,  184. 
Henry  de  Lemaigne,  230. 
Henry  de  Morra,  grand  jufticier, 

103. 
Henry,    dit   le   Prince,    fils    de 

Boémond  IV,  xxiij,  166,  168, 

191,  203. 


Herberge   (La)    des    Hofpitaliers, 

à  Acre,  253. 
HERMAN  DE  PÉRIGORD,  maître  du 

Temple,  145,  147. 
Hermki.inh,  nom  de  l'épopée  de 

Renart,  72. 
Hermenie,  voy.  Arménie. 
Heude  ,  voy.  Eude. 
Heugenes,  voy.  Eugï  s 
Heymery,  voy.  Aimeri. 
Hilloire  de  la  guerre  des  Ibelins 

contre  Frédéric  II,  x,  xiij-xx. 
Hoissin,  Hoisson,  roi  d'Arménie, 

frère  de  Haiton  II,  326,  327, 

328,  329,  332,  333. 
Homberg  (Wirichde),  voy.  Wi- 

RICH. 

Hongres,  voy.  Hongrois. 
Hongrie,  ij,  19,  294. 
Hongrois,  19. 
Honorius  III,  pape,  19,  20,  21, 

22,  2S,  29.  35. 
Hôpital  des  Allemands  :  i°  à  Acre, 

77.    I23  5  —    20    à    Tyr,    131, 

203. 
Hôpital  S.  Jean  (U)  :   v>  à  Acre, 

123,  125,  126,  127,  152,  155, 
212,218,220,243,249,  253;  — 
20  à  Limejfon,  45  ;  —  3"  à  Nicofie, 
xij,  54,  55)  56,  57,  60,  94;  — 
40  à  Tripoli, 27,87,21 1,236  ;  — 
50  à  Tyr,  203. 

Hofpitaliers  (Les),  xxij,  20,  27, 
29,  37,  39,  42,  47,  54,  58,  68, 
77,  83,  87,  117,  119,  *-2>  I33- 

124,  126,  147,  150,  '53,  r54, 
155,  158,  166,  167,  171,  1S1, 
182,    183,    1S5,  191,   199,   200, 

2CÔ,    207,    208,    209,     210,    2I7, 

2IS,  219,  229,  232,  233,  234, 

235,  23~,  -39,  *4i)  253,  255, 
303,  3C4,  305,  3o6,  319,  320, 
321,  322,  323. 

HojlericJie,  voy.  Autriche. 

Hote,  voy.  Othon. 
47 


37o 


INDEX. 


Houlagou-Khan,  160,  161,  162, 

293,  294,  295,  296,  297. 
Hourfemins,    tribu    de    Sarrafins, 

J45- 
Hue,  voy.  Hugues. 
Hugues  Ier  de  Lusignan,  roi  de 

Chypre,  xiij,  xvj,  18,  19,  21,  24, 

27,  28,  30,  41,  45. 
Hugues  II,  fils  du  roi  Henry  le 

Gras,  roi  de  Chypre,  149,  151, 

152,  166,  187,  217. 
Hugues  III,  de  Lusignan,  bail, 

puis    roi  de  Chypre,  166,  171, 

181,  187,  191,  192,   198,  199, 

200,    203,   206,  207,  214,  215, 

216,  217,  218. 
Hugues  IV,  roi  de  Chypre,  fils  de 

Guy  de  Chypre,  316. 
Hugues IV,duc  de  Bourgogne,i  18. 
Hugues  d'Agulier,  325. 
Hugues  Bédouin,  325,  332. 
Hugues  de  Brienne,  187. 
Hugues  de  Césarée,  171. 
Hugues  d'Empure   (Hugues  de 


Dampierre),     templier,     237, 
310. 
Hugues  de  Gibelet,  31,  37,  53, 

55»  57?  59>  6o>  69,  88,  89>  93» 
108,  151,  157,  158,  159,160. 

Hugues  d'Ibelin  :  i°  fils  de  Jean 
d'Ibelin,  60,  64,  90,  91,  92, 
101,  102,  109,  m,  1245  — 
20,  fils  de  Baudouin  d'Ibelin, 
318. 

Hugues  de  Montaigu,  maréchal 
du  Temple,  146. 

Hugues  de  Presterone,  316. 

Hugues  Revel,  maître  de  l'Hô- 
pital, 155,  207,  208. 

Hugues  Salamon,  204. 

Hugues  de  Sorel,  107. 

Huguet,  voy.  Hugues. 

Humfroy  Ier  de  Monfort,  frère 
de  Jean  de  Monfort,  193, 
215,216,  237,  315. 

Humfroy  II  de  Monfort,  fils 
de  Rupin  de  Monfort,  216. 

Humfroy  du  Toron,  ii,  14. 


Ibelin (La famille  d^xyj,  xvij,3i, 
33,  34,  37,  43,  8l>  85,  98,  99, 
ni,  124,  135,  147  ;  voy.  Ba- 
lian,  Baudouin,  Guy,  Hugues, 
Jean,  Philippe  &  Thomassin. 

Ibelin  (La  feigneurie  d'),  260. 

Innocent  III,  pape,  17,  19. 

Innocent  IV,  pape,  138, 143, 144, 
146. 

Innocent  V,  pape,  203. 

Inosent,  voy.  Innocent. 

Inseba,  voy.  Ceba. 

Isaac  Comnène,  empereur  d'O- 
rient, 14,  17. 

Isabeau,  voy.  Isabelle. 

Isabelle  (Ste)  d'Allemagne,  35. 


Isabelle,   dame  de   Bèryte,   193. 
Isabelle,  fille  de  Jean  de  Brienne, 

20,  21,  22,  23,  24,  30,  31,  33, 

41 . 
Isabelle,  fœur  de  Henri  Ier,  roi 

de  Chypre,  93,  166,  168. 
Isabelle,  fille  de  Guy  d'Ibelin, 

femme  de  Hugues  III,  roi  de 

Chypre,  316,  317. 
Isabelle,      femme      du      comte 

Henry,  reine  de  Jérufalem,  14, 

16,  128. 
Isabelle,  fœur  du  roi  Haiton  II, 

femme    d'Âmaury    de    Tyr, 

3*5»  327,  333- 
Itaille  {Italie),  238. 


INDEX. 


371 


J 


Jacques  d'Artusse,  332. 

Jacques  Colonna  (Le  cardinal), 
282. 

Jacques  Coste,  332. 

Jacques  Davogaire,(Giac.  Avo- 
gario),  génois,  303. 

Jacques  de  Fleury,  325,  332. 

Jacques  de  Malav,  maréchal 
du  Temple,  12. 

Jacques  de  la  Mandelée,  250. 

Jacques  de  Molay,  grand-maî- 
tre du  Temple,  xxij,  329,  330, 
331. 

Jacques  Pansan,  324. 

Jacques  Vidore,  164. 

Jaffa,  10,  15,  16,48,  49,  77,  118, 
119,  120,  121,  122,  123,  124, 
146,  149,   190,  259. 

—  (Baronnie  de  ),  260. 

Jaffa  (Le  comte  de),  voy.  Jean 
d'Ibelin. 

Jaffa  (Le  fleuve  de),  121. 

Jaffe,  voy.  Jaffa. 

Jame,  voy.  Jayme. 

Japhe,  voy.  Ja 

Jare,  Jarre,  voy.  '/.ara. 

Jaune  (Le)  &  Le  Jeune,  voy.  Ju- 
lien &  Pierre. 

Jayme  Ier,  roi  &  Aragon,  183. 

Jayme  II,  roi  <ï Aragon,  179,  273, 
292. 

Jean  XXI,  pape,  206. 

Jean,  fils  de  Boémond  d' Antioche, 
feigneur  du  Boutron,  146. 

Jean,  feigneur  de  Cefarée,  33,  37, 

4°»  +5>  67»  83- 

Jean,  frère  de  Guy  d'Ibelix,  fei- 
gneur de  Gibelet,  204. 

Jean  Ier,  roi  de  Jérufalem,  fils  de 
Hugues  III,  214,  217,  21  S,  315. 

Jean,  frère  confanguin  de  Je  an 
de  Monfort,  216. 


I'1,  comte  de  Namur,  311. 

Jean  II,  comte  de  Soijfons,  122. 

Jean  Ier,  évêque  de  Troyes,  190. 

Jean  l'Aisé,  325. 

Jj  w  d' Antioche,  feigneur  de 
Gibelet,  303,  305. 

Jean  d'Arménie,  nom  pris  en 
religion  par  Haiton  II,  roi 
d'Arménie,  283,  302,  305. 

Jean  Babin,  325. 

Jean  dk  Braine,  comte  de  Mâcon, 
118,  121. 

Jean  de  Brie,  332. 

Jean  de  Brienne,  roi  de  Jéru- 
falem,  iS,  19,  20,  21,  22,  29, 

3°»  33,  46- 
Jean    de  Dreux,    voy.  Jean   de 

Braine. 

Jean  de  Foggia,  voy.  Jean  d'I- 
belin,  50. 

Jean  de  Gibelet,  maréchal  du 
royaume  de  Jérufalem,  160, 
163,  164. 

Jean  de  Gibelet  de  Syrie,  323. 

Jean  de  Granson,  245. 

Jean  de  Grill  (J.  de  Grailly?), 
fénéchal  du  royaume  de  Jéru- 
falem, 237,  252. 

Jean  d'Ibelin  :  i°  feigneur  de 
Béryte,  xv,  xvj,  xvij,  21,  22,  23, 
24,  27,  28,  30,  31,  32,  33,  36, 

37»  38,  39»  4°>  41»  42»  43»  44» 
45,  46,  47,  48,  49,  50,  51,  52, 
53,  54,  58,  59,  60,  62,  63,  68, 

69,  76,  77»  78,  79»  8o»  Sl»  82» 
83,   84,  85,  86,  87,  89,  90,  91, 

9-»  93»  94»  95»  96>  97»  9S»  99» 
100,  roi,  102,  103,  105,  106, 
107,  108,  109,  110,  m,  112, 
113,  114,  116,  117,  124;  — 
20  comte  de  Jaffa,  fils  de  Phi- 
lippe d'Ibelin,  49,  90,  91,  96, 


372 


INDEX. 


102,  107,  134,  135,  14.9,  151, 
153,  167,  182- —  30  feigneur 
d'Affût;  119,  120, 124, 147, 156, 
160; —  4^  fils  de  Balian  d'Ibe- 
lin,  feigneur  de  B'cryte,  163, 
164,  171,  193,  203,  215;  — 
5°  ou  Jean  de  Foggia,  48,  85, 
96,  125. 

Jean  Lombart,  332. 

Jean  le  MiÉGE,xij,xxiij,xxv,xxvj, 
138,  334. 

Jean  de  Mimars,  xxv,  xxvj. 

Jean  de  Monfort,  fils  de  Phi- 
lippe de  Monfort,  comte  de 
Sqiiilace  &  de  Montcayeux,  fei- 
gneur de  Tjr  &  du  Toron,  xx, 

192»  r93>  i97>  i98>  2°3>  i°l, 
212,  215,  216,  219,  230,  236, 

237»  251,  315. 

Jean  Renia,  160. 

Jean,  dit  le  Roux,  duc  de  Bre- 
tagne, 199,  230. 

Jean-sans-Terre,  roi  d'Angle- 
terre, 16,  19. 

Jean  de  Sorent,  neveu  de  Ri- 
chard  Filangieri,   127,  134, 

136, 137»  138- 
Jean  Tristan,  comte  de  Nevers, 

194. 
Jean  Turc,  archevêque  de  Nico- 

Jîe,  puis  à"OriJlano{Sardaig?ie), 

282. 
Jean  Vaalin,  124. 
Jean   de  Verceilles,  patriarche 

de  Jtrufalem,  242. 
Jean  de  Villiers,  maître  de  l'Hô- 
pital, 217,  219,  232,  233,  242, 

249,  252,  319. 
Jeannette,   fille   de   Rupin    de 

Monfort,  216. 
Teannin  de  Guizolfe  (Giovan- 

NINO  DE  GHIZOLFl),   328. 

Jene,  voy.  Gênes. 


Jeneus,  voy.  Génois. 

Jene-vés,  voy.  Génois. 

Jéricho,  146,  259. 

Jérufalem,  xiv,  xvij,  3,  4,  5,  6,  7, 
8,  10,  11,  13,  14,  15,  16,  17,  18, 
19,  20,  21,  22,  23,  24,  29,  30, 

33,  34»  35»  36,  39>  41,  42>  43» 
44,  46,  48,  49,  50,  77,  85,  121, 
123,  127,  128,  130,  136,  145, 
146,  147,  149,  151,  159,  160, 
162,  163,  164,  166,  168,  190, 
191,  192,  198,  199,  200,  203, 
206,  207,  214,  217,  220,  259, 
260. 

Jérufalem  (Le  patriarche  de),  260  ; 
voy.  au  Ai  Girold  &  Robert. 

Jeune  (Le),  voy.  Jaune  (Le). 

Jeune  (pour  Jenne),  voy.  Gènes. 

Joanin,  JouANiN,voy.  Jeannin. 

Joffrei,  voy.  Geoffroy. 

JOFREY   DE    SaRDEINE,  VOy    GEOF- 
FROY de  Sargines. 
Johan,  voy.  Jean. 

JOHANIN,     fils    de     HUMFROY     DE 

Monfort,  216. 
johanin  marozel  (glovannino 

MaloCELLO),    amiral    génois, 

276. 
Jordein,  voy.  Jourdain. 
Jorge,  241. 
Joscelin  (Lafeigneuriedes),259, 

260. 
Jourdain  (Le  fleuve),  121. 
Julien,  nom  donné  à  un  Hafftjfin, 

195. 
Julien,  feigneur  de  Sidon,   147, 

162,   163,  195,  196,  198,  203, 

206. 
Julien  le  Jeune,  218. 
Justicier  (Le),  voy.    Henry  de 

M orra. 
Justicier  (Le  fils  du), voy.  Geof- 
froy de  Mosie. 


INDEX. 


373 


K 


Kalat  el  Rom,  voy.  Rum  Kaleh. 

Kalil-Ascraf,  fils  de  Kélaoun, 
fultan  ^Egypte,  240,  241,  242, 
243>  245,  246'  247»  -48>  255, 
256,  257,  258,  261,  262,  273, 
299. 

Kantara,  château  en  Chypre,  xvj, 
xvij,  xviij,  60,  63,  65,  67,  68, 
93»  98>  2S8- 


Kélaoun-Malek-el-  Mansour, 
fultan  à'Egypte,  210,  217,  21X, 
229,  230,  234,  235,  236,  237, 
238,  239,  240,  241. 

Khagan  (Gkngiskhan),293,294. 

Konia,  en  Ajie  Mineure,  18,  296. 

Koutouz,  fultan  d'Egypte,  164, 
165. 


La  Fontaine,  xviij. 

Lagid'w,  en  Egypte,  303. 

Laias,  Layas,  voy.  Ayas. 

LAMBADoRiA,aniiral  génois, 286, 
287. 

Lamino,  cafal  du  roi  Henry  II,  en 
Chypre,  317,  332. 

Lanbe,  voy.  Lamba. 

Lance,  voy.  Lanza. 

Lanceborc,  voy.  Limbourg. 

Lancelot,  xxv. 

Lancelot  du  Lac  (  Allufion  au  ro- 
man de),  220. 

Lanfranc  Ceba,  321. 

hongres,  282. 

Langue  des  Gerces  des  Chiprois, 
xxiv. 

Lanza  (Le  marquis  Manfredo), 
40. 

Lascre,  voy.  Théodore  Las- 
caris. 

Latins  (Les),  167. 

Ledde,  voy.  Lidde. 

Légat  (La  porte  du),  à  Acre, z/\.6, 
247,  251. 

Lelsi,  émir,  beau-père  d'EssAÎD, 
209. 

LEMAiGNE(HENRiuE),voy.  Henry. 

Lembriac,  voy.  Embriac. 

Lengaire,  62. 


Lengres,  voy.  Langres, 

Lentino  (Thomas  de),  voy.  Tho- 
mas. 

Léon  Cazelier,  frère  du  Temple, 
180,  1S1. 

Léopold  V,  duc  d' Autriche,  15. 

Léopold  VI,  duc  à' Autriche,  19. 

Lerous  de  Sully,  238. 

Lescople,  capitaine  vénitien, 238. 

LESGAY,I.ESEJAY,VOy.  Segay  (Le). 

Lesquar,  voy.  Zencor-el-Escar. 
Levant  (Letvanto,la  Spezià),  142. 

I-EZEGNIAU,LEZINGNIAU,VOy.  Lu- 
SIGNAN. 

Liche  {La),  (Laodic'ee,  Latakieh), 
230,  257. 

Lidde,  49,  259. 

Liegerat,  pays  de  Liège,  187. 

Ligon  (Le),  260. 

Lihle  (Lille),  313,  315. 

Lima  [fol,  voy.  Limejfon. 

Limbourg  (Henry  IV, duc  de),  35. 

Limejfon  (LimaJfo/),en  Chypre,  14, 
38,  40,  45,  46,  47,  50,  68,  77, 
99,  10S,  116,  134,  147,  152, 
199,  258,  276,  320.  —  La  Mai- 
fon  du  Temple,  2075  —  ^a  Tour 
de  Gênes  2765  la  Tour  de  f  Hô- 
pital, 45. 

Linah,  voy.  Alinah. 


374 


INDEX. 


Lion,  voy.  Léon. 

Lion,  voy.  Lyon. 

Lion  de  Grimaut,  150. 

LlTIER,  VOy.   LOTIER. 

Livon  II,  roi  &  Arménie,  15,  16, 

20,  2.8,  29. 
Livon    III,    roi  d'Arménie,    181, 

191,  210,  230. 
Livon    IV,    roi  d'Arménie,   284, 

V-S>  3^6,  327. 
Livre  du  Conqueft  (Le),   xj,  xij, 

xxiij,  5,  9,  17,  152. 
Livre  (Le)  de  Forme  de  plait,  de 

Philippe  de  Navarre,  xiv. 
Lois,  voy.  Louis. 
Lombardie,  144.,  289,  290,  306. 
Lombards,  49,  51,  57,  60,  77,  78, 

79,  80,  82,  83,  84,  85,  86,  87, 

89,  90,  91,  92,  93,  94,  95,  96, 

97>  98>  99>  IOO>  IOI>  102,  103, 
104,  105,  106,  108,  124,  127, 
129,  131,  132,  135,  143,  155, 
163. 

Lombart  (Jean),  voy.  Jean. 

Longue-Epée  (Guillaume). 

Longuebars,  voy.  Lo?nbards. 

Lorent  Copecape  (on  lit  aufïï 
L.  Cape  &  L.  Cope),  149,  150, 

i55- 
Lorent  Toupie  (Tiepolo),  doge 

de  Venife,  238. 
Lorgne  (Nicole  LE),voy.  Nicole. 


Lorin  (Roger  de),  voy.  Roger. 

Lotier  Filangieri,  frère  de  Ri- 
chard Filangieri,  127,  132, 
134,  136. 

Louis  VI,  roi  de  France,  4. 

Louis  VII,  roi  de  France,  4,  5,  6, 
10,  13  (par  erreur). 

Louis  VIII,  dauphin,  puis  roi  de 
France,  16,  17,  19,  20,  30,  34. 

Louis  IX,  roi  de  France,  34,  68, 
80,  146,  147,  148,  158,  167, 
171,  177,  187,  193,  194,  218. 

Louis  de  Beaujeu,  connétable  de 
France,  218. 

Louis  de  Nores,  323. 

Lovre  (Guillaume  de),  voy. 
Guillaume. 

Loys,  voy.  Louis. 

Luce  II,  pape,  4. 

Lucie  de  Toucy,  fœur  de  BoÉ- 
mond  VII,  202,  203,  231,  232, 
233,  234,  236,  237. 

LugUET  de  Grimaut,  amiral  gé- 
nois, 186. 

LUSIEN  DE  TlBAUT,  5. 

Lusignan  (Maifon  de),  2145  voy. 

Amaury,  Guy  &  Hugues. 
Lusius,  voy.  Luce. 
Lydde,  voy.  Lidde. 
Lymejfon,  voy.  Limejfon. 
Lyon,  146,  202. 
Lyvon,  voy.  Livon. 


M 


Mâcheras  (Chronique  de),  xxv, 

xxvj. 
Mahé    (Berthelin),   voy.    Ber- 

THELIN. 

Mahé  de  Clermont,  comman- 
deur, puis  maréchal  de  l'Hô- 
pital, 237,  255. 

Mahé  Sauvage,  commandeur  du 
Temple,  163. 

Mahomet,  161,  162,  179,  295. 


Maience,  voy.  Mayence. 

Maillyant,  Maillant,  226, 
227. 

Mainebeuf  (Philippe),  voy.  Phi- 
lippe. 

Mainfroi,  fils  naturel  de  Fré- 
déric II,  roi  de  Sicile,  144, 145, 
177,  178,  179,  188,  190,  214. 

Malay  (Jacques  de),  voy.  Jac- 
ques. 


INDEX. 


37f 


Malebranche,  nom  emprunté  à 
l'épopée  de  Renart,  71. 

Malek-el-Kamel,  fultan  d'E- 
gypte, 48,  88. 

Malek-el-Naser-Yousouf,  ful- 
tan d  Alep,  121,  126. 

Malek-es-Saleh-Ismaïl,  fultan 
de  Damas,  121,  122,  123,  124, 
146. 

Malek-Naser  (nommé  à  tort 
MelecelMensour),297,  298, 
300,  301,  302,  30S,  309. 

Malek  -  Saleh  -  Nodgemeddin- 
Ayoub,  fultan  de  Babilone, 
121,  122,  123,  124,  146,  148. 

M  allon,  voy.  Papon  &  Pasquet. 

Malte,  169. 

Mandelée  (Jacques  de  la),  voy. 
Jacques. 

Manepeau  ou  Mounepeau  (auj. 
Chieti),  voy.  Gautier. 

Manfré,  Manfrei,  Manfrey, 
voy.  Mainfroi. 

Mango  Timour,  frère  d'ABAKA- 
Khan,  210,  296. 

Manguodamour,  voy.  Mango 
Timour. 

Manope  (Monopoli),  peut-être  le 
même  que  Manepeau,  voy.  Be- 

RARD. 

Mansel,  neveu  de  Barthélémy, 
évêque  de  Tortofe,  205. 

Manuel  Comnène,  empereur 
d'Orient,  6,  7. 

Manuel  Zacarie,  amiral  génois, 
285. 

Manufcrit  des  Geftes  des  Chi- 
prois,  x-xj,  xxiij,  xxvij-xxviij, 
391. 

Maracl'ee,  Mareclée,  près  de  Mar- 
got, 208,  304,  305. 

Marc  Mazille  (Margo  Baze- 
Gio),  amiral  vénitien,  276,  277. 

Margat  (Château  de),  apparte- 
nant à  l'Hôpital,  126,  127,  208, 


209,  217.  —  La  Toui-  de  F  Epe- 
ron, à  M.,  218. 

Margelion  (Merdj-el- â'toun),  (Ba- 
taille de),  9. 

Marguat,  voy.  Margat. 

Marguerite,  fœur  de  Henry  II, 
roi  de  Chypre,  femme  de  To- 
ros  III,  2S4. 

MARGUERITE,fceur  de  HuGUESlII, 
femme  de  Jean  DE  MONFORT, 
xx,  192, 193,203,  215,236,237. 

Marguerite,  fille  de  Julien,  fei- 
gneur  de  Sidon, femme  de  Guy 
de  Gibelet,  203. 

Marguerite  de  Provence,  147. 

Marguo,  voy.  Narjot. 

Mari  (De),  voy.  Damar. 

Marie,  fœur  de  Henri  Ier,  roi 
de  Chypre,  93. 

Marie,  tante  de  Hugues  III  de 
Lusignan,  191,  192,  198,  199, 
206,  214,  250. 

Marie  de  Montferrat,  reine 
de  Jérufalem,  18,  21. 

Marin  (Melian  de),  voy.  Me- 
lian. 

Marino  Filangieri,  archevêque 
de  S.  Nicolas  de  Bar,  137. 

Marino  Sanudo,  xxiij. 

Marmajour,  voy.  Mer  noire. 

Maroc,  273. 

Marozelo    (Malocello),   voy. 

JOHANIN. 

Marouemose,   nom    de    pierrier, 

150. 
Marfeille,  118,  167. 
Martin  IV,  pape,  296. 
Martin  Rousseau,  109,  no. 
Mas  Latrie   (M.  le  comte  de), 

xx,  xxviij. 
Masé  Goulart,  205. 
Mathilde,    femme     d'ETiENNE, 

roi  d' 'Angleterre,  5. 
Maubec    (Héliopolis),    en    Syrie, 


376 


INDEX. 


Mauclerc  (Pierre),  voy.  Pierre. 

Maucrois  (Philippe  de  Navarre 
défigne  parle  nom  de),  allufion 
au  roman  de  Renart,  le  château 
de  Dieudamour,  64. 

Maugasteau  (Philippe),  voy. 
Philippe. 

Maumijlre  (La  Pointe  de),  280. 

Maunegue  (Château  de),  aujour- 
d'hui Moneglia,  290,  291. 

Mauneni  (Robert  de),  voy.  Ro- 
bert. 

Maupas  (La  Porte  de),à  Acre,  125, 
184. 

Maupertuis,  nom  par  lequel  Phi- 
lippe de  Navarre,  dans  fes 
vers,  défigne  le  château  de 
Dieudamour  par  allufion  au  ro- 
man de  Renart,  69. 

Maufel,  voy.  Mojfoul. 

Maute,  voy.  Malte. 

Mayence  (Conrad,  archevêque 
de),  16. 

Mazille  (Marc),  voy.  Marc. 

Méditerranée,  ix. 

Mehaut,  voy.  Mathilde. 

Mehlie,  voy.  Mingrélie. 

Meinhles,  habitants  de  la  Min- 
grélie, 293. 

Melec-el-Esseraf,  Melec-el- 
Essraf,  voy.  Kalil-Ascraf. 

Melec-el-Monsor,  fultan  d'E- 
gypte, voy.  Kélaoun-Malek- 
el-Mansour  &  Malek-Naser. 

Melec-el-Sahit,  voy.  Essaïd. 

Melec-el-Vahar  (Vaher),  voy. 
Bibars. 

Melian  de  Marin,  conful  génois 
à  Tyr,  170. 

Menegue  Esclafon,  vénitien, 
287. 

Mensour  (Le),  {le  -uiclorieux,  en 
arabe),  nom  d'un  engin  de 
guerre,  243. 

Mer  morte,  xxvij. 


Mer  noire,  294. 

Merle  (La  terre  de),  259. 

Me  fine  {Meffme),  213,  214,  217, 
218,  230,  285. 

Micalichie,  beau-père  de  Main- 
froi,  145. 

Michel  VIII  Paléologue, empe- 
reur d'Orient,  167,  213. 

Miège(Le),  voy.  Jean  &  Samuel. 

Milan,  3,  142. 

MlLMARS,  VOy.   MlMARS. 

Mimars,  voy.  Aimery  &  Jean. 
Mingrélie  {Meghrelï),  293. 
Mirabel,  Mirabiau,  260. 
Mirabel     (Guillaume),     voy. 

Guillaume, 
m obeliart,  voy.  eude  de  mont- 

BÉLIARD. 

Molay,  émir  de  Ghazan-Khan, 

302. 

Molay  (Jacques  de),  voy.  Jac- 
ques. 

Molins  (Roger  de),  voy.  Roger. 

Monaigre  (Anfrey  de),  voy. 
Anfrey. 

Moncade  (Pierre  de),  voy. 
Pierre. 

Moncoqu,  Moncucu,  maifon  du 
Temple,  près  de  Tripoli,  87, 
204. 

Monferant  (  Bâarim  ) ,  en  Syrie , 
117. 

Monferar,  voy.  Montferrat. 

Mon/ or  t,  174,  175. 

Monfort,  des  Allemands  (Le  châ- 
teau de),  34,  183,  199. 

Monfort,  voy.  Humfroy,  Guy, 
Jean,  Philippe  &  Simon. 

Mongezarvy  (Ealian  de),  voy. 
Balian. 

Mongizart,  dans  la  plaine  de 
Rama,  8. 

Monpelerin,  près  de  Tripoli,  87, 
120,  237. 

Monréal,   près  de  la  Mer  morte, 


INDEX. 


377 


xxvij  ;  voy.  Crac  (Le)  de  Mon- 
real. 

Monréal  (Gérard  de),  voy.  Gé- 
rard. 

Montagne  (La)  Nègre,  près  (TAyas, 
en  Arménie,  279. 

MONTAIGU,    voy.    GlRAUT,  GUA- 

rin,  Hugues  &  Pierre. 

MONTBÉLIARD,       Voy.        ESCHIVE, 

Eude  à  Gautier. 

Montée ai  us  (Montcayeux),  230. 

Montetalwr,  voy.  Thabor  (Mont). 

Montferrat,  voy.  Alix,  Con- 
rad, Demetrius,  Guillaume, 
&  Marie. 


MONTOLIF,    voy.    PlERRK    &     SI- 
MON. 
MORCHUFLE,  voy.   MURTZUPHLE. 

Moron  (Pierre  de),  voy.  Pierre. 
Morosini,  voy.  Aubert  &  Nl- 

COLET. 

Morra  (Henry  de),  voy.  Henry. 
Mosie     (Geoffroy    de),    voy. 

Geoffroy. 
M  '■;//,  296. 
Mostassim,    calife    de    Bagdad, 

295,  296. 
Murtzuphle  (Alexis  V),  empe- 

reur  d'Orient,  17. 


N 


Namur  (Jean  Ier,  comte  de),  311. 
Nanteuil  (Le  comte  Erard   de), 

176. 
Naples:  i° en  Italie,  189,217,230, 

307;  —  20  en  Syrie,  voy.   Na- 

ploufe. 
Naploufe,  11,  146,  259,  260. 
Naplouse    (Philippe   de),   voy. 

Philippe. 
Narbonne,  171. 
Narguo,  voy.  Narjot. 
Narjot  de  Toucy,  beau-père  de 

BOÉMOND   VII,  202,  231,  232. 

Navarre  (Le  roi  de),  voy.  Thi- 

BAUD  IV. 

Natarre,  voy.  Philippe  &  B.\- 

LIAN. 

Nazareth,  12,  49,  259. 

Nazereau,  Nazerel,  voy.  Naza- 
reth. 

Nebonne,  voy.  Narbonne. 

Nefin,  Nephin,  en  Syrie,  17,  48, 
205,  207,  211,  232,  235,  236, 
303. 

Nemur,  voy.  Namur. 

Néron,  29. 

Nez-aire,  voy.  Philippe  de  Na- 
c 


VARRE  à  Thibaud,  roi  de  Na- 
varre. 

Nez-ers  (Le  comte  de),  voy.  Eude, 
g  ligues  v,  gu1llai  m  &  jean 
Tristan. 

Nicolas  III,  pape,  206. 

Nicolas  IV,  pape,  238,  261,  329. 

Nicolas,  pape  fous  le  nom  de 
Benoit  XI,  311. 

Nicolas  de  Hanapes,  patriarche 
de  J'eru fuient,  254. 

Nicole,  frère  mineur,  278. 

Nicole  le  Lorgne,  maître  de 
l'Hôpital,  208,  217. 

Nicole  de  S.  Bertin,  332. 

Nicole,  voy.  Nicolas. 

Nicolet  Morissin  (Nie.  Moro- 
sini), envoyé  vénitien,  329. 

Nicoloze  Damar  (Nic.de  Mari), 

226. 
Nicofie,  en  Chypre,  xvj,  xviij,  30, 

38,  43,  45>  \(>,  5S>  6o>  6l>  63> 
66,  67,  81,  94,  98,  99,  100,  105, 
106,  107,  no,  258,  277,  324; 
—  L' 'Hôpital S.  Jean,x\],  54,  5  5, 
56,  57,  60,  94;  —  Ste  Scf 
cathédrale,  106,  217. 


378 


INDEX. 


Nicojfie,  voy.  Nicofte. 

Nil  (Le),  303. 

Nocera,  dans  le  royaume  de  Na- 

■ples,  177. 
Nocheres,  voy.  Nocera. 


Noiron,  voy.  Néron. 

NORELDIN,  VOy.   NOUREDDIN. 

Nores  (Louis  de),  voy.  Louis. 

Normandie,  17. 

Noureddin,  fultan  d'Egypte,  8. 


O 


OSERTO,  VOy.   AUBERT. 

Obuisson  (Philippe),  voy.  Phi- 
lippe. 

odoart,odouart,voy.edouard. 

Oliver,  voy.  Olivier. 

Olivier  de  Termes,  171,183,184. 

Onoire,  voy.  Honorius. 

Oric  Damar  (Enrico  de  Mari), 
amiral  génois,  222. 

Oric  Duc  (Enrico,  plutôt  Lan- 
franco  Dugo  Spinola),  amiral 
génois,  157. 


Ojlriche,  voy.  Autriche. 
otevent,  othevent,voy.othon 

Vent. 
Othe,  voy.  Othon. 
Othon  IV,  empereur  d'Occident, 

17,  18,  19. 
Othon   V,  comte  de  Bourgogne, 

312. 
Othon  de  Calanson,  252,  279. 
Othon    Vent,    amiral    génois, 

147. 


Padoue,  22,  30. 

Padua,  voy.  Padoue. 

Pacte,  22  note  a;  voy.  Padoue  &  les 

Additions  &  Corrections. 
Palamède(Allufion  au  roman  de), 

220. 
Païenne,  16,  213,  214. 
Palejiin,  voy.  Paleflrina. 
Palejïtne,  voy.  Terre  Sainte. 
Palejirina,  282. 

Palilogue,  voy.  Michel  VIII. 
Pansan  (Jacques),  voy.  Jacques. 
Papon   Mallon,    marin  génois, 

186,  212. 
Paris,  188,  218,  271,  329,  330. 
Pas  du  chien,  entre  le  Boutron  & 

B'eryte,  83. 
Pas  paien  (Le),  entre  le  Boutron  Se 

B'eryte,  83. 
Pasquet  Mallon,  marin  génois, 

186. 


Pajfepoulain    (Le    pas    de),    près 

d'Acre,  92. 
Pedot   (Eustorge),   voy.   Eus- 

TORGE. 

Peitou,  voy.  Poitou. 

Pelage,  évêque  d'Albano,  légat 
du  pape,  20,  28,  29. 

Peleau  (André),  voy.  André. 

Pelechien  (Eude),  voy.  Eude. 

Penne, Pennenpié,  voy.  Gautier. 

Perce,  voy.  Perfe. 

Percehaye,  nom  emprunté  à  l'é- 
popée de  Renart,  71. 

Père  (Perd),  près  de  Conflantinople, 
278,  284. 

PÉRinoRD  (Herman  de),  voy. 
Herman. 

Peretin,  nom  d'un  pierrier,  150. 

P'erouce  (P'eroufe),  19. 

Perrin  (Mr  Carlo),  de  Verscuolo, 
ix. 


INDEX. 


379 


Perfe,  S,  161. 

Pertuis  (Le),  en  Arménie,  292. 
Phelipe,  voy.  Philippe. 
Philanger, voy.  Richard  Filan- 

GIERI. 

Philippe,  nom  donné  à  un  Haf- 

Jtffin,  195. 
Philippe,    fils   de    Humfroy  de 

Monfort,  216. 
Philippe- Auguste,  roi  de  France, 

6,  10,  13,  14,  15,  16,  17,  18, 

19,  20,  30. 
Philippe-le-HardIjI-oï  de  France, 

201,  203,  216,  218. 
Philippe  IV-le-Bel,  roi  de  France, 

219,  235,  237,  252,  291,  296, 

306,   307,  30S,  310,  311,  312, 

3i3>  3i4,  315»    3^9»   33°,  332- 

Philippe  d'Antioche,  roi  d'Ar- 
ménie, 20,  29. 

Philippe  de  Baudouin,  129. 

Philippe  de  Brie,  châtelain  de 
Famagoufle,  277. 

Philippe  de  Cafran,  châtelain 
du    château    de    Dieudamour, 

93- 

Philippe  Chenart,  frère  utérin 
de  Gauvain,  6S,  107,  10S. 

Philippe  de  Gibelet,  332. 

Philippe  d ibelin  :  i°  père  de 
Jean  d'Ibelin,  21,  22,  23,  24, 
28,  30,  31,  32,  33,  34,  37,  39> 
40,  56  ;  — -  20  oncle  du  roi 
Henry  II  de  Chypre,  fénéchal 
de  Chypre,  275,  276,  277,  316, 

317,  3i8>  3^3,  324>  33i;  — 
30  connétable  de  Chypre,  fils  de 
Baudouin  d'Ibelin,  318. 

Philippe  Mainebeuf,  241. 

Philippe  Maugasteau,  112. 

Philippe  de  Monfort,  feigneur 
de  Tyr&i  du  Toron,  xvij,  xx,  120, 
124,  125,  128,  129,  130,  131, 
132,  133»  135»  z36>  *4-6>  T5°> 
x52>   J53>  i54>   155'    l63>  i/o, 


191,192,194,195,196,197,198. 

Philippe  de  Naplouse,  56,  1  r  1. 

Philippe  de  Navarre,  ix,  x,  xj, 
xij,  xiij,  xiv,  xv,  xvj,  xvij,  xviij, 
xix,  xx,  xxvj,  xxvij,  27,  51,  52, 

5  3»  54>  5  5»  6o>  64>  65>  6S>>  69, 
76,  81,  82,  87,  88,  98,  102,  106, 
107,  110,  113,  116,  11S,  128, 
129,  130,  131,  133,  134,   135. 

Philippe  Obuission,  107. 

Philippe  de  Souabe,  17. 

Philippe,  fille  de  Guy  de  Dam- 
pierre,  311. 

Fianofa  (lie  de),  221. 

Picquigny,  voy.  Baudouin  Se 
Guillaume. 

Pied  (Le)  du  Connétable,  près  du 
Boutroii,  205. 

Pierre,  voy.  Pierre. 

Pierre  I il,  roi  à! Aragon,  179,213, 
214,  218. 

Pierre  d'Angoulême,  15. 

Pierre  d'Aragon,  voy.  Pierre 
III. 

Pierre  d'Auberguamo,  notaire, 
231. 

Pierre  Brisse,  bourgeois  S! Acre, 
149. 

Pierre  Colonna  (Le  cardinal), 
2S2. 

Pierre  de  Dreues,  voy.  Pierre 
Mauclerc. 

Pierre  de  Greil,  133. 

Pierre  le  Jaune,  chevalier  de 
Chypre,  322. 

Pierre  Mauclerc,  duc  de  Bre- 
tagne, 118,  120,  122. 

Pierre  de  Moncade,  comman- 
deur d'Acre,  235,  237. 

Pierre  de  Montaigu,  grand- 
maitre  du  Temple,  49,  83. 

Pierre  de  Montolif,  102. 

Pierre  de  Moron  (Mourrhon), 
pape  fous  le  nom  de  Célestin 
V,  2S1. 


}So 


INDEX. 


Pierre  des  Roches,  évêque  de 
W  incite  fier,  35. 

Pierre  le  Roy,  meffager  des 
Flandres,  312. 

Pierre  de  Sergines,  archevêque 
de  lyr,  14.5. 

Pierre  de  Slvry,  maréchal  du 
Temple,  25s,  256. 

Pierre  de  Vilebride,  maître  de 
l'Hôpital,  122,  126. 

Pilamedes,  voy.  Palamède. 

Pin  (Eude  du),  voy.  Eude. 

Piombino,  226,  227. 

Pisan  (Barthélémy),  voy.  Bar- 
thélémy. 

Pifans  (Les),  xxiv,  15,  129,  142, 

143»  i49>  i5ij  !S3»  J54>  j55j 
156,  160,  186,  188,  212,  213, 
215,  221,  222,  223,  224,  225, 
226,  227,  228,  229,  230,  235, 

*39>  a43>  249>   25x>  253»  ^74, 
279,  285,  289,  290. 
Pifans  (La  rue  des),  à  Acre,  153, 

iS4,  I55j  i6o>  253- 
Pife,   4,   10,   142,  149,   153,  188, 

189,  213,  220,  221,  222,  223, 

224,  226,  242. 
Pife  (La  tour   de),  à  Acre,  149, 

155- 

Pizans,  voy.  Pifans. 

Pize,  voy.  Pife. 

Plaisance,  femme  du  roi  Henry 

le  Gras,  149,  151,   152,   166, 

187. 
Plaiffié,  en  Chypre,  106. 
Planoge,  voy.  Pianofa. 


Plonbin,  voy.  Piombino. 
Plonbin'es,  gens  de  Piombino,  226, 

227,  229. 
Poindor,    pointeur,    nom    d'un 

bateau,  157. 
Poitou,  19. 

pol  de  la  teffaha,  205,  211. 
Polet  Dalfin  (Paoletto  Dol- 

fin),  amiral  vénitien,  278. 
Pontoife,  312,  315. 
Porbonel  (La  terre  de),  191. 
Porcelet,  voy.  Pourcelet. 
Pouille,  16,  18,  19,  20,  21,  46,4s, 

49»  68>  77>  101,  104,  105,  107, 

108,  127,  132,  136,  137,   142, 

i45>  *79>  *99>  2°2>  23ï>  232, 
242,  285,  286,  289,  290. 

Poulie,  Puille,  voy.  Pouille. 

Pourcelet,  210. 

Pourcelet  (Bertrand),  voy. 
Bertrand. 

Poylle,  voy.  Pouille. 

Presterone  (Hugues  de),  voy. 
Hugues. 

Prince  (Le),  furnom  de  Henry, 
fils  de  Boémond  IV,' 166,  168, 
191,  203. 

Prince  (Le  Beau)  furnom  de 
Boémond  VI,  202. 

Principat,  Principaut,  la  Princi- 
pauté (pays  de  Naples),  145, 
179,  290,  307. 

Provençaux,  xxiv. 

Provence,  290. 

Puy  du  Conneftable  (Le),  97. 


Q 


ë^iia/lrie  (La),  voy.  Cajlrie  {La). 
Quemel,  voy.    Malek-el-Ka- 
mel. 


Queterie  (Les  moulins  de  la),  99, 

voy.  Cajlrie  (La). 
QuiRSAQUY,voy.  Isaac  Comnène. 


1NDKX. 


581 


R 


Rai  mont,  voy.  Raymond. 

Raine  (La  rue  de  la),  à  Acre,  151. 

Rama,  1 1 . 

Rame,  voy.  S.  George  de  Rama. 

Rames,  voy.  Rama. 

Raoul,  évêque  tTAcre,  113. 

Raoul,  évêque  de  S.  George,  146. 

Raoul,  évêque  de  Sidon,  pa- 
triarche de  "Jentfalem,  18,  20, 
29,  30. 

Raoul  de  Soissons,  122,  129, 
130,  131,  132,  134,  136. 

Raymond  (&  non  Boémond),  fils 
de  Boémond  IV,  18. 

RAYMOND.bâtard de  Boémond  VI, 
205. 

Raymond  VII,  comte  de  Toulon fe, 

136,  i37>  13S,  152- 

Raymond  Drapier  (R.  Drape- 
rio),  227. 

Raymond  de  Flace,  102. 

Raymond  Visconti,  303. 

Reddeceur,  vov.  Renddecuer. 

Renart,  nom  du  goupil  dans 
l'épopée  de  Renart,  qui  fert  à 
défigner  Amauri  Barlais  dans 
les  vers  de  Philippe  de  Na- 
varre, 55-57,69-75. 

Renart  (Allufion  au  roman  de), 
xviij,  64,  65,  69,  76.  —  (Allu- 
fion à  une  fable  éfopienne  en 
profe,  où  figure  le  goupil), xviij, 
114-115. 

Renart  (Parodies  rimées  du  ro- 
man de),  55-57,  69-75. 

Renaut  de  Soissons,  325. 

Renddecuer,  commandeur  du 
Temple,  211,  235,  237. 

Renia  (Jean),  voy.  Jean. 

Renier  de  Grimaut,  amiral  gé- 
nois, 312,  313,  314. 

Refit,  Refit,  voy.  Rofette. 


Revel  (Hugues),  voy.  Hugues. 

REYMONT,  voy.  Raymond  VII. 

Rhodes  (Ile  de),  315,  319,  320, 
321,  322,  328;—  (Château  de), 
320,  322. 

Rhône,  202. 

Riant  (M.  le  comte),  xxvj. 

Richard  (Le  comte),  voy.  Ri- 
chard Filangieri. 

Richard  Cœur  de  Lion,  roi 
d' Angleterre,  13,  14,  15,  16, 
123. 

Richard  de  Cornouaille,  em- 
pereur   d'Occident,    123,    124, 

173,  175- 
Richard  Filangieri,  maréchal  de 

l'Empire,  xvj,  xvij,  77,  S9,  92, 

99,      IO4,     107,     108,     112,     117, 

124,  125,  126,   127,  132,   133, 

134,  135,  136,  137,  I3S'- 

Rivet,  voy.  Guillaume  de  Ri- 
vet. 

Robert  (Le  comte)  d' Artois,  147, 
230. 

Robert  II,  comte  d'Artois,  311, 
312. 

Robert  II,  duc  de  Bourgogne, 
311,  312. 

Robert,  fils  de  Guy  de  Dam- 
pierre,  291. 

Robert,  évêque  de  Nantes,  pa- 
triarche de  J'erufaletn,  129,148. 

Robert  de  Créseqjje,  1S3,  184. 

Robert  de  Mauneni,  102. 

Robert  (Cafal-),  près  de  Nazareth, 
12. 

Roch,  voy.  Roouene  Hegeni. 

Roche-Guillaume  [La),  en  Arménie, 
292. 

Roche  de  Roijel  (Château  de  La), 
appartenant  au  Temple,  191. 

Rochelle  (La),  30. 


382 


INDEX. 


Roches  (PiERREDEs),voy.  Pierre. 
Rodes,  voy.  Rhodes. 
RcEHRiCHT(Le  profefleur  R.),  xiij. 
Roger,  roi  de  Sicile,  6. 
Roger  de  la  Colée,  205. 
Roger  de  Lorin,  amiral  de  Na- 

ples,  292. 
Roger    de    Molins,    maître   de 

l'Hôpital,  12. 
Roger  de  S.  Severin,  comte  de 

Marfico,  206,  207,  214. 
Rogier,  voy.  Roger. 

ROLANT         DASSER         (  OrLANDO 

Aschero),  226,  227,  228,  229. 

ROLANT  DE  LA  BaUME,   323. 

Romagne,  306. 
Romains  (Les)  28,  158. 
Romanie,  empire  latin,  iS,   222, 

275,  278,  280. 
Romargne,  voy.  Romagne. 
Rome,  10,  19,  20,  21,  28,  29,  30, 

35?  39>  43>  77>  II2>  I'i6>  x37> 
142,  163,  168,  176,  177,  187, 
198,  207,  281,  282,  306,  307, 
310,  3295  —  S.  Pierre,  285  — 
Septizonium,  35. 


Rome  (Concile  de),  dont  la  vraie 
date  eft  1168,  6;  —  (1216),  19. 

Romecorin  de  la  Camajor,  289. 

Roquaforte,  nom  de  bateau, 
169. 

Roquene  Hegeni,  chef  de  Turcs, 
119,  124. 

Rofette,  fur  le  Nil,  303,  304. 

Rofne,  voy.  Rhône. 

Rosso  (Le  comte),  176. 

Rous,  voy.  Rosso. 

Rous    de    la    Turque    (Rosso 

DELLA   TURCA),  153. 

Rousseau  (Martin),  voy.  Mar- 
tin. 

Roussel  (Guillaume),  voy. 
Guillaume. 

Roussillon  (Guillaume  de), 
voy.  Guillaume. 

Roy  (Pierre  le),  voy.  Pierre. 

Rum  Kaleh,  château  en  Arménie, 
292. 

Rupin  (Raymond),  prince  cVAn- 
tioche,  19,  20,  28,  29. 

Rupin,  fils  de  Humfroy  de  Mon- 
fort,  216. 


Sabelon  (Le),  terrain  de  fable  près 

d'Acre,   i  iS,  245. 
Sabine,  171. 
Sac    (Les   Frères  du),   frères    du 

Sachet  ou  de  la  Pénitence  Jé- 

fus,  202. 
Sacarie  (Zacaria),  voy.  Beneit 

&  Manuel. 
Sadon,  voy.  Saido. 
Sahone,  château  près  de  Damas, 

230. 
Saido  Doria   (Sadone   Doria), 

321,  32S. 
Saindamour,  Sandamour,  émir, 

300,  309. 


S.  Abraham,  voy.  H'ebron. 
S.  Amand  (Eude  de),  voy.  Eude. 
S.  André  (Confrérie  de),  113. 
S.  Antoine  (La  Porte),  à  Acre,  246, 

250. 
S.    Bertin    (Nicole    de),    voy. 

Nicole. 
S.  Crus,  voy.  Ste  Croix. 
S.  Jean,  voy.  Hôpital. 
S.  George,  cafal  près  à* Acre,  190, 

200,  201. 
S.  George  (Baudouin  de),  voy. 

Baudouin. 
S.  George  de  Rama,  7,  146,  151, 

259,2605  —  (L'évêché  de),  260. 


INDEX. 


383 


S.  George  de  Sebajie,  259. 

S.  Germain    VAguillier,    près    de 

Bén'e<vent,  178. 
5".  Jorge,  voy.  5.  George. 
S.  Lardre,  voy.  S.  Lazare. 
S.  Lazare  (La  Maiion  de),  à  .-/</<, 

153  ;  —  (La  Porte  de),  à  Acre, 

245. 
5".  Lazare  de  Bètanie,  166. 
5.  Linart,  à  /tfav,  251. 
■V.  "Nicolas,  à  Bar/,  137. 
.v.  Nicolas  (Ile),  à  Venife,  2S9. 
S.  Pierre:  \°kAntioche,^;  — 

Rome,  28. 
S.  Romane  (S.  Ro?nan),  à  ^ov,  249, 

251. 
S.  Severin  (Roger  de),  voy.  Ro- 
ger. 
5.  Sixte,  224. 
Ste  ^?««^  (Les  nonnains),  à  4«v, 

2535  —  (Rue),  à  /£«•*,  253. 
•Ste  Cateline,  voy.  Ste  Catherine. 
Ste  Catherine  (La  Tour),  à  7)>r, 

170. 
Ste  Croix:  i°  à  ^r>T,   iS,  20,  28, 

112,  113,  171,219,-—  2°  à  T)v, 

198. 
Ste    Marie   Latine,  à   Jérufalem, 

260. 
Ste  Sophie,  à  Nicojie,  106,  217. 
Ste  Soufie,  voy.  67e  Sophii . 
Saijjons,  voy.  Soijfons. 
Saisy  (Etienne  de),  voy.  Etienne. 
Saladin,  fultan  d Egypte,  6,  8,  9, 

11,  12,  15,  253. 
Salah  (Le),  voy.  Malek-es-Sa- 

leh-Ismaîl. 
Salah,   émir  de  Kélaoun,  235, 

240. 
Salahadin,  Salaheldin,  Salah- 

din,  voy.  Saladin. 
Salahié,  en  Egypte,  235,  240,  242. 
Salamon  (Hugues),  voy.  Hugues. 
Salef,  rivière  en  Ciiicie,  13. 
Saler  ne,  217. 


Salibiere,  voy.  Salijbury. 
Salines,  en  Chypre,  276,  277. 
Salijbury,   176. 
Salonique  (Démetrius  DE   Mon- 

ferrat,  roi  de),  40. 
Samuel  le  Miége,  214. 
Sanl'do  (Marino),vojt.  Marino. 
Saoune,  voy.  Sahone. 

\din    ou    Malek-el-Adel- 

[FFEIDDIN  -  AbOUBECR  Ier, 
frère  île  Saladin,  fultan,  15. 

Saphadin  II,  121. 

Saphet  (Château  du),  121,  179, 
1S0,  181,  182,  185,  259,  260; 
—  (Couvent  du),  163. 

Saphorie  (Fontaine  de),  121. 

Sardaigne,  Sardeigne,  Sardeine, 
222,  282,  2S5. 

Sardeine  (Jofrey de),  voy.  Geof- 
froy de  Sargines. 

Sargines,  Sergines,  voy.  Geof- 
froy &  Pierre. 

Satallye,  voy.  AJalia. 

Sauvage    (Mahé),   voy.    Mahé. 

Sayete,  voy.  Sidon. 

Schwenden  (Burchard  de),  voy. 

BURCHARD. 

Seba,  voy.  Ansiau  &  Lanfranc 

Ce»  a. 
Sebille,  voy.  S'cville. 
Sebille,  voy.  Sibylle. 

SEETE(SlCUER  DE  LA),VOy.SlGUER. 

Segay  (Le),  émir,  244,  247,  257, 
258,  262. 

Seifedin  le  Heidel,  voy.  Sapha- 
din. 

Seigneur  (Le  Temple  du),  à  Acre, 
152. 

Sel  Vendegar  {Sewantikar),  en 
Arménie,  292. 

Selamesch,  voy.  Haure. 

SELEMICHE,  émir  turc,  297,  29S. 

Selestin,  voy.  Célestin. 

Sembat,  fécond  frère  de  Hai- 
ton  II,  2S3,  327,  328,  329. 


384 


INDEX. 


Semerrie    (La),    les    écuries    du 

Temple,  près  d'Acre,  243. 
Sencor  Lesquar,  voy.  Zencor- 

EL-ESCAR. 

Septen  Soliver  [Septizonium),  à 
Rome,  35. 

Sépulcre  (Le),  à  Acre,  152,  219. 

Sépulcre  (Le  Chapitre  du),  260. 

Série,  chevalier  tofcan,  104. 

Ser>~vantikar,  voy.  Sel  Vendegar. 

Sejfaire,  voy.  Cèfarèe. 

Settepons,  157. 

Séville,  171. 

Sevry  (Pierre  de),  voy.  Pierre. 

Sezare,  Sezaire,  voy.  Cèfar'ee. 

Sezille,  voy.  Sicile. 

Sibylle:  i°  fille  de  Haiton  Ier, 
mère  de  Boémond  VII,  202, 
231,  236,  237;  —  20  mère  de 
Baudouin  V,  10,  n,  15. 

Sicile,  6,  14,  16,  28,  77,  133,  142, 
145,  168,  177,  179,  195,  213, 
214,  2S2,  285,  290,  291,  292, 
307. 

Sidon,  xxj,  23,  33,  37,  96,  97, 
122,  147,  162,  163,  164,  186, 
203,  207,  256,  257,  258,  259, 
2935  —  (Evêché  de),  260. 

Sidon  (L'évêque  de),  112,  113, 
114,  116.  Voy.  aufîï  Raoul. 

Sidon  (Le  feigneur  de),  voy.  Ba- 
lian  Ier. 

SlGUER  DE  LA  SEETE,  149. 

Simon,  archevêque  de  Tyr,  23,  33. 
Simon  d'Agulier,  325. 


Simon  de  la  Charité  (S.  de 
Claritea),  amiral  génois,  157. 

Simon  Gril,  amiral  génois,  16S, 
169,   171. 

Simon  de  Monfort,  comte  de 
Glocejler,  xvij,  172,  173,  174, 
175,  176. 

Simon  de  Montolif, connétable, 
217. 

Sis,  en  Arménie,  308,  309. 

Soissons,  voy.  Jean  II,  Raoul  & 
Renaut. 

Sorel  (Hugues  de),  voy.  Hugues. 

Sorent  (Jean  de),  voy.  Jean. 

Souabe  (Philippe  de),  voy.  Phi- 
lippe. 

Spinola,  voy.  Espine. 

Sur,  voy.  Tyr. 

Surie,  voy.  Syrie. 

Symon,  voy.  Simon. 

Syrie,  ix,  xiij,  xx,  xxiv,  17,  21,  22, 
23,  24,  28,  31,  34,  37,  38,  39' 
42,45,  46,47,48,  53,  54,  61, 
62,  67,  69,  77,  80,  81,  83,  89, 
90, 11  o,  112, 116, 117, 121,  127, 
129,  133,  135,  141,  147,  157» 
161,  168,  169,  171,  176,  185, 
187,  190,  193,  194,  195,  203, 
210,  221,  224,  226,  227,  231, 
238,  254,  258,  259,  260,  261, 
263,  264,  273,  274,  279,  293, 
297,  308,  309,  315.  Voy.  aufii 
Terre  Sainte. 

Syriens  de  la  communion  grec- 
que, 151,  179,  180,  195,  238. 


T 


Tabarie,  voy.  Tibériade. 

Table  ronde  (Romans  de  la),  31. 

Tancrède,  roi  de  Sicile,  14. 

Tarfe,  29. 

Tartares,  xxij,  xxiij,  160,  161, 
162,  164,  165,  167,  181,  191, 
206,  208,  210,  230,  234,  242, 


282,  283,  292,  293,  294,  295, 
296,  297,  298,  299,  300,  301, 
3°2,   3°3>  3°4>  305,  3°6>  309, 

325. 

Tartaro  (Guavin),  voy.  Gua- 

vin. 
Tatars,  voy.  Tartares. 


INDEX. 


î*1 


Tauris,  16  ». 

Tebec,  nom  du  château  du  Nou- 
veau Cuire,  165. 

Teffaha  (Pol  de  la),  voy.  Pol. 

Temple  (Le):  i°  à  Air,-,  12,  13, 
49,50,  153,  243,  245,251,  252, 

253>  25+>  -55»  256;  —  2°  à  L'- 
meJfo?i,  207  ;  —  3°  à  Tripoli,  204, 

21 1. 

Templiers    (Les),    xx,   xxj,   xxij, 

xxiij,  xxiv,  xxv,  xxvj,  12,  16,  19, 

34,  39,  42,  4-,  49,  50,  5S,  S2, 
83,  87,  10-,  117,  119,  121,  112, 
123,    125,   145,   146,   14-,   149, 

15°'  IS1>  I53»  15+.  x55>  T5S> 
162,  163,  164,  167,  179,  180, 
181,  182,  183,  190,  191,  192, 
195,  200,  201,  202,  204,  205, 
206,  207,  208,  218,  219,  22-, 
229,  232,  233,  235,  237,  239, 
240,  241,  24;,  250,  251,  254, 
255,  256,  25-,  275,  303,  305, 
306,  309,  310,  329,  330. 

Termes  (Olivier  de),  voy.  Oli- 
vier. 

Terre  Sainte  (La),  xxvij,  19,  39, 
43,  11S,  146,  171,  1S4,  194. 
Voy.  aura*  Syrie. 

Tertoufe,  Tertoze,  voy.  Tortofe. 

Teutonique  (Ordre),  voy.  Alle- 
mands. 

TEXi(BERTRAND),voy.  Bertrand. 

Thabarie,  voy  Tibériade. 

T/iabor  (Mont),  19,  166. 

Theloufe,  voy.  Touloufe. 

Théobals,  voy.  Tiebaut. 

Théodore  Lascaris,  empereur 
des  Grecs,  18. 

Thibaud  IV,  roi  de  Navarre, 
comte  de  Champagne,  1 1  S,  1 20, 
122,  124,  1S7,  193,  194. 

Thibaud  (Lusien  de),  5. 

Thibaud  Gaudin,  commandeur, 
puis  maître  du  Temple,  xxij, 
164,  227,  256,  257,  329- 
c 


Thomas  (S.)  de  Cantorb'ery,  7. 
Thomas  Agni,  de  Lentino,  évêque 
de  Bethléem,  patriarche  de  J'e- 
rufalem,  légat  du  pape,  168. 
Thomas  de  Beaufort,  332. 
Thomas     Berard,     maître    du 
Temple,    149,    151,   153,   154, 
163,  1S6,  201. 
Thomas  de  Brie,  325. 
Thomas  (Le  comte),  34. 
Thomas  Spinola,  amiral  génois, 
189,   212,  221,  226,  227,  229, 
284,285,289. 
Thomassin  d'Ibelin,  325. 
Thouloufe,  voy.  Touloufe. 
Thoumas,  voy,  Thomas. 
Tibaut,  voy.  Thibaud. 
Tibériade,  10,  122,  1+6,163,  165, 
182,  260,  293,  296;  —  (Evê- 
ché  de),  260. 
Tiepolo,  voy.  Lorent. 
Tinbert    ou    Tibert,    nom    du 
chat  dans   l'épopée  de  Renart, 
qui  fert  à  défigner  lire  Torin- 
ctl'el,  dans  les  vers  de  Philippe 
de  Navarre,  69,  70,  71,  72,74. 
Tineres  (Guillaume  de),  voy. 

Guillaume. 
Tocso,  émir  égyptien,  239. 
Tocy,  voy.  Toucy. 
Tor,  chevalier  tolcan,  31. 
Toringuel,  68,  69,  76. 
Toris,  voy.  Tauris. 
Toron  (Le),  11,  124,  215,  259. 
Toron  (Le)  Saladin,    près  d'Acre, 

182,  183,  243. 
Toron  (Marie,  dame  du),  124. 
Toron  (Le  (Vigueur  du),  voy.  Phi- 
lippe de  M  on fort. 
Toron     (Humfp.oy    du),    voy. 

Humfroy. 
Toros,  roi  d'Arménie,  105. 
Toros,  fils  de  Haiton  Ier,  1S1. 
Toros  III,  frère  de   Haiton  II, 
2S2,  2S3,  2S4,  32-. 
4; 


7  86 


INDEX. 


Torsot,  voy.  Toros. 

Tortofe  (Ile  de),  304,  305,  306, 
310. 

Tortofe,  27,  49,  202,  203,  204, 
218,  305,  306,  309,  310. 

—  (L'évêque  de),  voy.  Barthé- 
lémy. 

Tortoufe,  voy.  Tortofe. 

Tofcane,  6,  104,  176,  290,  306, 
307. 

Toucy,  Tocy,  voy.  Lucie  & 
Narjot. 

Touloufe  (Le  comte  de),  voy.  Ray- 
mond VII. 

Toupie  (Tiepolo),  voy.  Lorent. 

Tour  (Guillaume  de  la),  voy. 
Guillaume  de  la  Tour. 

Tour  de  Gênes  (La),  à  Limejfon, 
276. 

Tour  des  traîtres  (La),  près  de 
B'eryte,  84. 

Touron,  voy.  Toron. 

Tours:  i°  à  Acre  :  de  la  Comte  (fe  de 
Blois,  245;  —  de  Gênes,  149, 
150,  156,-  —  Maudite,  243,244, 
249,  251;  —  de  Pife,  149,  155; 
—  du  Roi,  244,  247,  248;  — 
des  Mouches  (à  l'entrée  du  port), 
186,  227;  —  2°  à  Tri[>oli  :  de 
VE^vêque,  236;  —  de  V Hôpital, 
2  3  6  ;  —  30  à  Tjr  :  de  la  Chaîne, 
170;  —  Ste  Catherine,  170. 

Tourtofe,  voy.  Tortofe. 

Toufcane,  voy.  Tofcane. 

Tr  abuc  (Guillaume),  voy.  Guil- 
laume. 

Trahona  (Le),  près  de  Nicojie, 
100. 

Trapani,  en  Sicile,  156. 

Trape,  Trappe,  voy.  Trapani. 

Trimbert,  voy.  Grimbert. 

Triple,  voy.  Tripoli  de  Syrie. 

Tripoli  de  Syrie,  xxj,  7,  15,  16,  18, 
19,  27,  32,  33,  35,  48,  82,  86, 
87,  88,  89,  90,96,  97,  108,  120, 


121,  133,  151,  152,  158,  159, 
200,  202,  203,  204,  207,  208, 
21 1,  21S,  229,  231,  232,  233, 
234,  235,  236,  237,  238>  2.98, 
300,  309.  UAire  de  VE^vêque, 
S7,  8S;  L'Hôpital  S.  Jean,  27, 
87,  211,  236;  La  Maifon  des 
Frères  prêcheurs,  211  ;  La  Mai- 
fon du  Temple,  204,  211  ;  La 
Tour  de  l'E-véque,  236;  La  Tour 
de  r Hôpital,  6,  236. 

Tripoli  (Le  connétable  de),  82. 

Tripoli  (L'évêque  de),  87,  88. 

Tripoli  (Le  maréchal  de),  205. 

Tripoli  la  Neuve,  238. 

Tristan  (Jean),  voy.  Jean. 

Trillan  (Allufion  au  roman  de), 
220. 

Troyes,  190. 

Tunes,  voy.  Tunis. 

Tunis,  187,  193,  194,  226. 

—  (Le  fultan  de),  194. 

Turc  (Jean),  voy.  Jean. 

Turcomans,  163,  164,  200,  208, 
209,  210. 

Turcs,  11  S,  119,  182,  208,  209, 
256,  261,  299,  30S,  320,  321. 

Turentay,  émir  de  Kélaoun- 
el-Mansour,  230,  240. 

Turcvue  (RousDELA),voy.  Rous. 

Turquemans,  voy.  Turcomans. 

Turquie,    18,  67,  296,  297,  298, 

3°9»  3i9>  32°,  322,  323»  3^7- 

Turs,  voy.  Turcs. 

Tyr,  xxj,  7,  13,  14, 16,  18,  22,  23, 
2-4,  33»  4S,  83,  85,  87,  90,  91, 
93,  96,  105,  108,  1 12,  116, 117, 
124,  125,  126,  127,  128,  129, 
131,  132,  133,  134,  136,  143, 
146,  152,  153,  154,  155,  156, 
162,  163,  168,  169,  170,  182, 
186,  187,  191,  192,  195,  196, 
203,  207,  212,  214,  215,  216, 
217,  220,  227,  228,  229,  233, 
23+,  *37,  *54>  259,  315.  —  La 


INDEX. 


387 


Boucherie,  131;  L' Hôpital  des 
Allemands,  131,  203;  L' Hôpital 
S.  Jean,  203  5  S  te  Croix,  198; 
La  Tour  de  la  Chaîne,  170;  La 
Tour  S  te  Catherine,  170. 

Tyr  (Archevêché  de),  260. 

—  (L'archevêque   de),  voy.   Bo- 


nacourt,  Guillaume,  Pierre 
de  Sergines. 
Tyr  (Le   feigneur  de),  voy.  Phi- 
lippe DE  MONFORT. 

—  (Seigneurie  de),  260. 

Tyr  (Guillaume  de),  voy.  Guil- 

LAUME. 


Urbain  III,  pape.  10. 
Urbain  IV,  pape,  166,  171. 


U 


Urban,  voy.  Urbain. 


Vaalin  (Jean),  voy.  Jean. 

Val  (Le)  SEfpolite,  à  Acre,  250. 

Val'enie,  7. 

Valérie  (Al art  de), voy.  Alart. 

Valmont  (Abbaye  de),  7. 

Valois  (Charles  de),  voy.  Char- 
les. 

Vendac  (Geoffroy  de),  voy. 
Geoffroy. 

Veneciens,  Venefiens.  l'eneffiens, 
voy.  Vénitiens. 

Veneife,  Veneyfe,  voy.  Venife. 

Venife,  17,  149,  150.  152,  153, 
156,   16S,  169,  1S6,  187,   20-, 

223,     228.    232,    233,     23S,     2  +  2. 

254,  275.  2-6.  280,   2S1,  2S4, 

285,    286,    28S,    2S9,     311,     319, 
329. 

Venife  (Le  pont  de),  à  Acre,  22S. 

Vénitiens,  xx,  xxij,  xxiv,  17,  125, 
129,  131,  149.  151,  152,  153, 
154,  155,  156,  157,  168,  169, 
170,  186,  187,  207,  215,  22-, 
228,  229,  235,  236,  239,  253, 
254,  275-   276,  277,  2-S,  2-9, 


280,  2S1,  2S4,  2S5,  286.  28-, 
288,  2S9,  290,  329.  —  La  rue 
des   V.,  à  Acre,  153,  154*  155- 

Vent  (Othon),  voy.  Othon. 

Verceilles  (Jean  de),  voy.  Jean. 

Vesconte,  voy.  Guillaume  ^v 
Raymond  Visconti. 

VEVDAR(Dou),voy.  Douveydar. 

Vidore  (Jacques),  voy.  Jacques. 

VigJie  Neuve  {  La),  à  Acre,  (appar- 
tenant à  l'Hôpital),  126,  153, 
154.  155. 

Vignie  Neuve,  voy.  Vigne  Neuve. 

VlLLEBRIDE      (PlERRE      DE),     Voy. 

Pierre. 
Villeret,    voy.     Foulques    l\; 

Guillaume. 
Villiers,    voy.    Guillaume     & 

Jean. 
Vinceftre,  voy.  Winchefler. 
Vincheguerre,    nom    d'un   pier- 

rier,  150. 
Vingneull,  de  Gènes,  321. 

be,  176. 
Voinceflre,  voy.  Winchefler. 


W 


Winchefler,    7;    —    (Pierre    des 

Roches,  évêque  de  W.),  35. 
Wirich  de  Homberg,  comman- 


deur des  chevaliers  teutoniques, 

242. 


^ss 


INDEX. 


Tbelin,  Yblin,  voy.  Ibelin. 
Ynosent,  voy.  Innocent. 
Yolande  de  Brienne,  femme  de 
Frédéric  II,  144,  190. 

YZABEAU,     YZABIAU,     VOV.     ISA- 
BELLE. 


YzABEL(Ste),voy.  Isabelle (Ste). 

Yzengrin,  nom  du  loup  dans 
l'épopée  de  Renart,  qui  fert  à 
défigner  Jean  d'Ibelin  dans  les 
vers  de  Philippe  de  Navarre, 
xviij,  69,  70,  71,  73,  74,  115. 


Zacarie,  voy.  Beneit  &  Manuel. 
Zara,  17,  286  (voy.  les  Additions 


&  Corrections). 
Zencor-el-Escar,  191,  230. 


'Biinllon 


' . 


rwjm 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS 


NOTES  COMPLÉMENTAIRES 


Le  mot  liiez  Je  rapporte  aux  Jantes  typographiques  de  notre  édition; 

le  mot  corrigez  s'applique  aux  leçons  du  manujcrit  pour  lesquelles  nous  propojons 

une  corretlion. 

■■■■ 


PREFACE 

Page  ix,  ligne  17,  à  propos  du  mf.  des  Gefles  des  Cliiprois,  il  n'eft  peut- 
être  pas  inutile  d'appeler  l'attention  du  lefteur  fur  une  note 
inférée  par  M.  le  comte  Riant,  fecrétaire-tréforier  de  la  S 
de  V Orient  latin,  dans  fon  VIIIe  Rapport  (p.  16),  relativement 
à  un  manufcrït,  aujourd'hui  perdu,  de  la  Bibliothèque  de 
l'Inititut. 

TEXTE 


» 

7> 

» 

7, 

» 

3, 

» 

9> 

» 

9, 

s     10, 
1     IO, 


6,  1.  10,  au  Cos,  il  faut  fans  doute  corriger  à  Tors  (à  Tours),  où 
un  concile  eut  lieu  en  1163. 
8,  Valence,  corrigez  Valhiie. 

Z7,fujl,  le  mf.  porte  à  tort  Jijl,  qui  devrait  figurer  en  note. 
15,  portetent,  liiez  porterait. 

1,  devant  luy  <veir,  lifez  devant  luy  por  luy  <véir. 
34  oc  ailleurs-,  cfEybelin,  lifez  de  Ybelin. 
14,  contée,  lifez  contée. 

21,  fupprimez    la  virgule    avant  &    rétabliffez-la  après  de 
perfone. 

n,  tant,  corrigez  tout. 

14,  Lois,  corrigez  Phelippe. 

ï,  tri-i'e,  lifez  triue. 

c  49* 


H» 

!5> 


390  ADDITIONS  ET  CORRECTIONS. 


Page  15,  1.  20,  as  aus,  lifez  à  iaus. 

ù      15,  1.  28  &  ailleurs,  charefti'e,  lifez  chareftie. 

»      15,  1.  28,  l'ejliers,  lifez  le  Jliers. 

»      17,  1.  20,  que,  lifez  y#z. 

>i     20,  1.  27,  autres  en,  corrigez  au  tens. 

»      21,  1.  25,  ywz,  lifez  ya^. 

»      21,  1.  27,  oclroya,  lifez  otroja. 

»     22,  1.  11,  jglize,  lifez  iglize. 

»  22,  1.  18,  nous  avons  corrigé  (d'après  la  ligne  8  de  cette  page  & 
la  ligne  11  de  la  page  30)  en  Padua  la  forme  Paete  (=  Patti) 
du  mf,  bien  que  cette  dernière  correfponde  feule  à  la  vérité 
hiftorique;  les  Annales  de  Terre  Sainte  (Arch.  de  VOr.  lot., 
t.  Il,  2me  partie,  p.  438)  ont  la  forme  Paude-,  toutes  les  autres 
chroniques  difent  Patti. 

»  23,  1.  9,  dans  le  mf.  commence  avec  cette  ligne  un  nouveau 
paragraphe,  bien  que  le  fens  ne  foit  pas  interrompu. 

»  24,  1.  17,  il  eût  mieux  valu  pour  la  correction  intercaler  [&  Phe- 
lippe)  entre  Johan  &  dEyblin. 

»      32,  1.  16,  au  tel,  corrigez  autel. 

9      34,  1.  26,  m.  ce  &  xvi,  liiez  M.  ce  &  xxvi. 

»  36,  1.  31  &  32,  fupprimez  les  points  &  corrigez  defeendj  en  def- 
cendu.  Voyez  le  même  récit,  bien  plus  développé,  dans  la 
Chronique  d 'Amadi  (Bibl.  nat.,  Fonds  italien,  3S7,  p.  60-61). 

»      37,  1.  25,  pais  mont,  corrigez  en  ajoutant  pais  [fu]  moût. 

»     40,  1.  22,  (à),  corrigez  à  [luy]. 

»      41,  1.  15  &  p.  m,  1.  29,  ni,  lifez  ni. 

»  47,  1.  11,  que  le  baillage,  corrigez  en  ajoutant  que  le  baillage 
[ejloitfuen]  ;  cf.  la  Chronique  d  Amadi,  loc.  cit.  fol.  73. 

»      57,  vers  10,  Trimbers,  corrigez  Grimbers. 

»  65,  1.  8,  le  jour  de  Pâques  (7  avril),  venant  après  le  14  juillet 
(voy.  p.  60)  de  la  même  année,  montre  qu'il  faut  changer  ici 
&  plus  loin  (en  haut  de  la  page),  la  date  de  1229  en  1230. 

9      67,  v.  <),jufqua,  lifez  jufquà. 

;>  68,  1.  10,  la  lacune  de  notre  mf.  eft  comblée  par  la  Chronique 
d  Amadi  (p.  92),  que  nous  traduifons  :  «  Ceux  du  château  ne 
«  pouvaient  tenir  plus  longtemps:  ils  demandèrent  la  paix  au 
«  feigneur  de  Béryte,  qui  y  confentit  volontiers  pour  être 
«  maître  de  la  perfonne  du  roi,  car  il  craignait  toujours  qu'il 
«  ne  fût  enlevé  la  nuit  du  château  par  quelque  lieu  &  mené 
d  en  Fouille.  » 

»      69,  1.  3,  qu'on,  corrigez  qiCen. 

69,  1.  32,  Gimbert,  corrigez  Grimbert. 

70,  V.  25,  quil,  lifez  qu'il. 

71,  v.  20,  Monte  dont,  lifez  Moût  doute. 
75,  v.  14,  mettez  une  virgule  après  le-veray. 


» 


NOTES    COMPLÉMENTAIRES.  39  I 

Page  76,  1.  19,  Meffire  Anceau,  corrigez  .'  Heymeri. 

r>      81,  1.  3,  remplacez    ici    &    plus    loin  (jufqu'à  la  p.  92)  la  date 

1231  par  1232. 
»      S6,  1.  13,  olux,  liiez  0  luw 
r>      86,  1.  32,  Oluy,  liiez  ()  /. 
»     87,  1.  8, fes,  lifez  ir  fes. 

s      94,  1.  30,  fupprimez  la  virgule  après  mandèrent. 
i>     97,  1.  z,grée,  liiez  G 

»     99,  1.  2,  dounement,  corrige/  d'armement  (?). 
»    102,  1.  7,  mettez  un  point  &  virgule  après  Anceau. 
a    102,  1.  16,  Fierté,  liiez  Fierté. 
1    105,  1.  32,  après  donné  ajoutez  [/«  Lombardié\;  cf.  la  Chronique 

d'Amadi,  p.  1  30. 
»    107,  1.  34,  Egue=vine,  corri    <■     /      .<  r;:v. 
»   109,  1.  25,  efchargaiti'e,  corrigi  rgaitier. 

»    112  &  p.  117»  1.  9,  conte,  liiez  conte. 

t>   114,  1.  15,  grans,  corrigez  £r«xj  cf.  la  Chronique  d'Amadi,  p.  138. 
»    114,1.  2^   &7j        fa  playe  un  grant  tens.   Apres  avinl,  liiez  </c_/« 
*  playe.  Un  grant  tens  après  a*uint. 

1  14,  1.  io,foiblete,  lîkzfoibleté. 
3    114,1.  31,  il  n'y   a    pas    de    lacune:    fupprimez    les  points  après 

fin  gré. 
9    117,  1.  15,  fupprimez.  la  correction 

119,  1.  8,  Lots,  lifez  Lo>s. 
9    126,  1.  24,  -t'igne  nue-ve,  liiez  Vigne  Nueve. 

128,  1.  1,  corrigez  en  fupprimant  ir  à  devant feignor. 
»    129,  1.  19,  poroyent,  corrigez  ;  i)t. 

>    141, 1.  17  &  partout  ailleurs,  Jeune,  corrigez  Jenne. 
»    141,  1.  19,  fupprimez  la  virgule  après  'jeune. 
9    143,  1.  32,  Daljfes,  ne  faut-il  pas  corriger  en  / 
»    144,  1.  9,  la  femme  de  Conrad  IV,  Elizabeth,  était  fille,  non  du 

duc  d'Autriche,  mais  d'Othon,  duc  de  Bavière. 
»    145,  1.  22,  aparler,  lifez  à  pai 
■>    145,  1.  30,  de  Guor,  corrigez  de  [Peri]guor. 

1-5,  1.  31,  Chaftel,  neuf,  lifez  Chajleh 
1    146,  1.  9  &  ailleurs,  J.  de  Sardeine,  corrigez  J.  de  Sargines. 
»   149,  1.  28,  Au/iau,  liiez  Anfiau. 
•    150,  1.  3,  forent,  corrige/.  lo[e]rent. 
»    150,  1.  11,  de  Sur.  Meffire,  liiez  de  Sur,  meffire. 
9    151,  1.  15,  Safour,  corrigez  fa  force. 

154,  1.  21,  mettez  la  virgule  avant  À;  non  zyirès^failtant. 
»   154,  1.  24  &  p.  285,  1.  zo,par  efcalmes,  liiez  pare/calmes. 
»    157,  1.  3  Se  12,  Oric,  duc,  liiez  Oric  Duc. 
»    157,  1.  4  &  13,  Otevent  6c  Othevent,  liiez  Ole  lent  Se  Ot/ie  Vent. 

■57»  1-  i*,poindor,  lifez  Poindor. 


3g  2  ADDITIONS  ET  CORRECTIONS. 

Page  159,  1.  7,  fupprimez  la  virgule  après  mur,  &  mettez-la  après 
<vingne. 

»    163,  1.  25,  Efience,  lifez  Efliene. 

»   166,  1.  i,f[r]eres  Cataie,  rétabliriez  Feres  Cataie. 

»    168,  1.  33-34.,  pully  que,  lifez  pullyqu'e. 

»    170,  1.  8,  lance  ne,  corrigez  Vantene. 

»    171,  1.  21,  &  Syrie,  corrigez  en  Syrie. 

»  176,1.  31,  voy.  X Inventaire  &  comptes  de  la  fuccejfion  d  Eudes, 
comte  de  Nevers,  p.  p.  M.  Chazaud,  dans  les  Mémoires  des 
Antiquaires  de  France,  t.  XXXII  (1871),  p.  1 64.-206. 

202,  1.  21,  Bercheleme,  lifez  Berthelem'e. 

203,  1.  4  &  T3"i4,  Climens  quint,  corrigez  Innocent  V . 
206,  1.  10,  après  le  dit  pape,  corrigez  en  ajoutant  [&  fu  fait  pape]. 
206,  1.  19,  j,  lifez  i. 

212,  1.  8,  remplacez  le  point  &  virgule  après  Giblet  par  une  vir- 
gule. 

218,  1.  2,  Efperance,  lifez  Efperan  (pour  Efperon). 

220,  1.  20  &  32,  Chiner e,  corrigez  Chinerc. 

221,  1.  13,  Cheniere,  corrigez  Chinerc. 
228,  1.  3,  barboutes,  lifez  barboutes. 
228,  1.  4,  barboutes,  corrigez  barbouté[e]s. 
231,  1.  22,  après  la  princejfe,  corrigez  en  ajoutant  \fijl\. 
233,  1.  28,  là,  lifez  la. 
235,  1.  28,  Montade,  corrigez  Moncade. 
235,  1.  34,  haitin,  corrigez  huitin  (?). 

237,  1.  27  &  p.  310,  1.  12,  d'Enpures,  corrigez  de  Dampierre. 
239,  1.  30,  berrie,  lifez  Berrie. 
243,  1.  25,  /^  <vicloire,  corrigez  /^  <viclorieux. 
243,  1.  32,  &  p.  244,  1.  12,  donne,  lifez  dowve. 
245,  1.  31,  fabelon,  lifez  Sabelon. 
253,  1.  5,  ahaie,  ce  mot  incompréhenfible  eft   fans  doute  le  ré- 

fultat  d'une  omifîion  &  d'une  faute  de  leclure.  La  Chronique 
d'Amadi  (p.  193)  &  Florio  Buftron  (p.  124)  difent  :  grande 
corne  un  bove  di  laton  indorato  :  il  faut  donc  corriger  &  lire 
grant  corne  .j.  [buefdc  l]aton  doré. 

»   265  v.  20,  Très  changés,  lifez  IrefcJiangés. 

»    269,  v.  1,  très,  lifez  très. 

»   269,  v.  17,  fupprimez  la  virgule  après  acarele. 

»  275,  1.  5,  le  chemin,  il  y  a  dans  le  mf.  le  ehemin,  qu'il  faut  cor- 
riger en  Venemin. 

i>    278,  1.  1,  au  Caf,  lifez  au  caf. 

»   279,  1.  10,  Jene-ves,  lifez  Jenevés. 

»  280,  1.  6,  entre  les  mots  mains  &  afés  s'intercale  le  feuillet  19S, 
qui  ne  porte  qu'une  mention  étrangère  au  contexte  j  voy. 
la  Préface,  p.  x. 


NOTES    COMI'LEMEN  TA1RES. 


w 


1.  31,  Guoude  Si  p.  2S5,  1.  2  &  5,  Guaude,  corrigez  Guande. 
1.  z6,  jarre,  lifez  Jarre  (=  Zarà). 
1,  24,  /<■/  Vendegar,  lifez  Sel'vendegar  (=  Servantikat"). 
1.  3?,  t/oa  Vejdar,  lifez  Dowveydar, 
1.  21,  e'vefque'e,  liiez.  e<vefquee. 
1.  27,  Arayne  &  1.  29,  Araigne,  corrigez  Anaine. 
1.  32,  fupprimez  la  virgule  après  femonce. 
1.  23,  /«  ror/,  lifez  l"acort. 

1.  22,1a  lacune  du  feuillet  232  du  mf.  peut  être  comblée 
par  la  Chronique  cTAmadi  (p.  239-242),  que  nous  réfumons: 
«  «£  ^voulut  relter  plus  longtemps  mal  avec  le  roi.  Pourfuivi 
par  Amaury,  Baudouin  le  réfugie  à  Nicofie  chez,  l'arche- 
vêque, qui  le  force  à  le  livrer.  —  Balargon,  chef  des  Tar- 
tares  en  Arménie,  fous  un  prétexte  frivole,  prie  llaiton  de- 
venir lui  parler,  e\r,  lui  promettant  qu'il  ferait  bien  accueilli 
partout...  » 
325,  1.  32,  caz.a>i,  lifez  Cazan. 


p 

ige2S4,  1 

» 

286,  1 

>> 

292,  1 

» 

300,  1 

i) 

308,1 

» 

310,  1 

» 

316,  1 

» 

3^4»  1 

)) 

3~5>  1 

TABLE  CHRONOLOGIQUE 


»    338,  1.  40,  ajoutez  après  1232:  juin   15. 
Bataille  de  la  Gride 

»    342,  1.    16,   12S5,  lifez  [12SS]. 

»    342,  1.  23,  en  Chypre,  liiez  à  Acre. 

»    344»  I-  3»  !3o6,  lifez  1305. 


100. 


GLOSSAIRE 


"  345»  c°l-  z>  '•  J>  ajoutez:  Arbourer,  munir  de  mâts,  225. 

0  346,  col.  2,  1.  2,  ajoutez  à  l'article  Chareftie:  155,  263. 
»  350,  col.  1,  1.  37,  ajoutez:  Say  (ita/.  faggio),  ejfai,  14. 

1  350,  col.  2,  1.  37,  ajoutez:  Sifon,  trombe,  199. 


SOCIETE 


POUR    LA 


PUBLICATION  DE  TEXTES 

RELATIFS 
A  L'HISTOIRE  &  A  LA  GÉOGRAPHIE 

DE 

L'ORIENT  LATIN 

:  :■:  :" 

STATUTS 

1SS4 


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Z2 


1^1 


U^d 


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r 


Libraires  de  la  Société: 
PARIS  LEIPZIG 


ERNEST   LEROUX 


OTTO  HARASSOWITZ 


Service  des  foufcriptions 
&  de  lu  dijhihution  des  publications  : 

J.-G.  FICK,  GENÈVE. 


L'cAcadémie  des  Infcriptions  &  'Belles-Lettres  a  entre- 
pris, &  pourfuit  avec  persévérance  la  publication  du 
Recueil  des  hiftoriens  des  croifades,  œuvre  mo- 
numentale, deftinée  déformais  à  fervir  de  fondement  à  toute 
étude  hijlorique  férieufe  fur  /'ORIENT  LATIN  (royaumes 
de  Jérufalem,  de  Chypre  &  doArménie,  principautés  dcAn- 
tioche  &  doichaïe,  empire  latin  de  Conftantinople). 

zMais,  en  dehors  de  ces  textes  étendus ,  &,  pour  ainfï  dire, 
claffiques,  il  exijte,  dans  les  dépots  publics  de  ï Europe,  une 
grande  quantité  de  documents  hiftoriques  &  géographiques 
d 'ordre  fecondaire  :  ces  documents,  ou  encore  inédits,  ou 
devenus  dune  rareté  telle,  que  certaines  pièces  de  Terre- 
Sainte  arrivent  aujourd'hui  à  atteindre,  dans  les  ventes  pu- 
bliques, de  véritables  prix  de  fantaifie,  nef  auraient,  avant  de 
longues  années,  trouver  place  dans  le  Recueil  académique  : 
le  plus  grand  nombre  d  ailleurs,  &  en  particulier  les  pèleri- 
nages en  Terre-Sainte,  ont  été,  dès  le  principe,  écartés  du 
plan  de  cette  collection. 

Il  a  donc  femblé  qu  il  pourrait  y  avoir  une  certaine  utilité  à 
rajfembler  &  à  publier,  fur  un  type  &  d'après  des  règles  uni- 
formes, ces  matériaux  divers,  dont  la  (impie  bibliographie  ejl 
encore,  en  partie,  à  faire,  &qui,  pourtant,  une  fois  réunis, 
feront  dun  fi  grand  fecours ,  f oit  pour  Ihifioire  du  zMoyen- 
cAge,foit  même  pour  T archéologie  biblique. 

Cefl  dans  cet  efprit,  &  pour  fatis faire  à  la  fois,  &  aux 
défirs  des  bibliophiles ,  &  aux  befoins  des  travailleurs,  que 
s  ejl  formée,  en  1 87^,  à  limitation  des  clubs  anglais,  la 

Société  de  l  Orient  Latin. 


SOCIETE 

POUR    LA 

TWBLICcATIO^d   T>E   TEXTES 

RELATIFS    A    L'HISTOIRE    ET    A    LA    GÉOGRAPHIE 

DE 

L'ORIENT  LATIN 


RÈGLEMENT  GÉNÉRAL. 

RTICLE  i.  La  Société  fe  compofe  de  cin- 
quante membres  lirulaires  &  de  quarante 
ajfocics  français  ou  étrangers. 

oArt.  2.  Les  établiflements  publics  de  la 
France  &  de  l'étranger  peuvent  être  infcrits  comme 
membres  rhulaires  de  la  Société,  jufqu'à  concurrence 
du  nombre  de  f\x,  &  comme  ajfocics  juiqu'à  concur- 
rence du  nombre  de  quatre;  ils  font  repréfentés  au 
fein  de  la  Société,  loit  par  leurs  chefs  relpeclifs,  (oit 
par  des  mandataires,  préalablement  agréés  par  le  préfi- 
dent  de  la  Société. 

oArt.  7>.  Au  reçu  de  chacune  des  diftributions  fpé- 
cifiées  à  l'art.  1 6,  tout  membre  titulaire  s'engage  à  verler 
une  iomme  de  cinquante  francs,  tout  ajfocié  une  lomme 
de  trente-cinq  francs. 


Société  de  l'Orient  latin. 


oirt.  4.  Les  membres  titulaires  &  les  affociés  non  réli- 
dant  à  Paris  doivent  y  être  repréfentés  par  un  corref- 
pondant  chargé  de  recevoir,  en  leur  nom,  les  publica- 
tions de  la  Société  &  de  verfer  leur  cotifation  annuelle. 

cArt.  j.  Les  membres  titulaires  le  réunifient,  une  fois 
par  an,  en  féance  générale,  à  Paris,  dans  le  mois  qui 
fuit  les  fêtes  de  Pâques  ;  les  affociés  ont  le  droit  d'af- 
filier à  cette  féance. 

cArt.  6.  Les  membres  titulaires,  non  réfidant  à  Paris, 
peuvent  fe  faire  repréfenter  dans  les  aiïemblées  géné- 
rales, en  vertu  d'un  mandat  écrit,  adreifé  en  temps  utile 
au  fecrétaire-tréforier.  Ce  mandat  doit  porter  le  nom 
d'un  des  membres  titulaires  réfidant  ou  prélents  à  Paris, 
auquel  il  confère  une  nouvelle  voix  délibérative  ;  ce- 
pendant un  leul  &  même  membre  titulaire  ne  peut  réunir 
en  fa  perfonne  plus  de  cinq  de  ces  voix  fubftituées. 

(Art.  7.  Dans  cette  féance  annuelle,  la  Société  procède 
aux  élections  en  remplacement  des  membres  titulaires 
&  des  affociés,  décédés  ou  démiifionnaires,  à  la  vérifica- 
tion des  comptes  de  l'exercice  précédent,  à  la  défi- 
gnation  des  publications  de  l'exercice  fuivant. 

cArt.  8.  La  Société,  en  dehors  de  les  féances ,  eft 
repréfentée,  d'une  façon  permanente,  par  un  Comité 
de  direction.  Ce  Comité,  choifi  parmi  les  membres 
titulaires,  fait  fonction  de  bureau  5  il  eft  nommé  pour 
trois  ans  &  rééligible. 

cArt.  9.  Le  Comité  de  direction  fe  compofe  de: 

1  préfident, 

1  vice-préfident, 

1  fecrétaire-tréforier, 

1  fecrétaire-adjoint, 

4  commiflaires  refponfables. 


Publications.  $ 


cArt.  10.  Le  Comité  de  direction  peur,  en  cas  de 
befoin,  s'afïurer  le  concours  d'un  ou  plufïeurs  commil- 
faires  refponfables  adjoints,  qui  ont  voix  consultative,  & 

peuvent  être  pris  hors  du  fein  de  la  Société. 

cAri.  1 1 .  Le  Comité  de  direction  le  réunit,  au  moins 
une  fois,  dans  le  premier  lemeilre  de  chaque  année, 
au  domicile  de  l'un  de  les  membres;  il  peut,  en  cas 
d'urgence,  convoquer  une  féance  générale  extraordi- 
naire de  la  Société. 

cArt.  t  2.  La  Société  s'adjoint,  fous  le  nom  de  fouf- 
cripîeurs,\es  perfonnes  <5c  les  établilîements  publics,  fran- 
çais &  étrangers,  qui  délirent  recevoir  régulièrement 
les  volumes  de  textes  qu'elle  publie;  le  nombre  de  ces 
fouferipreurs  ne  peut  dépaffer  cent. 

cArr.  13.  Au  reçu  de  chacune  des  diftributions  fpé- 
cifiées  à  Fart.  16,  les  fouferipteurs  paient  une  lomme 
de  quinze  francs,  augmentée  des  frais  de  port  &  de 
recouvrement  aflférant  à  ces  diftributions. 


II 

PUBLICATIONS. 

cArt.  14.  Les  publications  de  la  Société  le  compofent 
de  volumes  de  textes  &  de  phototypographies  de 
pièces  imprimées  uniques  ou  rariflimes. 

oirt.  if.  Chaque  volume  de  textes  ell  tiré  à  cinq 
cents  exemplaires  numérotés,  lavoir  : 

Grand  papier,  gr.  in-8.         50  exemplaires. 
Papier  à  la  cuve,  in-8.  50  » 

Papier  ordinaire,       »  400 


Société  de  ï Orient  latin. 


Les  réimprefîions  phototypographiques  font  tirées 
à  90  exemplaires,  favoir  : 

Sur  peau  de  vélin,  50  exemplaires. 
Sur  papier  vélin,     40  » 

cArt.   16.  Les  publications   de  la  Société  fe  divifent 
en  distributions,  dont  chacune  comprend  : 
i°  Pour  les  membres  titulaires  : 

2  volumes  de  textes,  format  gr.  in-8. 

1  fafcicule  de  réimprefîions  phototypographiques  tiré  fur  peau  de  vélin. 
Chacun  de  ces  volumes  ou  réimprefîions  porte  au  verfo  du  titre  le 
nom  du  membre  titulaire  auquel  il  elt  deltiné. 

2°  Pour  les  ajfociés  : 

2  volumes  de  textes  fur  papier  vélin,  format  in-8. 

1  fafcicule  des  réimprefîions  phototypographiques  fur  papier  vélin. 

50  Pour  les  Joujcripteurs  : 

2  volumes  de  textes  fur  papier  ordinaire,  format  in-8. 

cArt.  17.  La  Société  met  en  vente,  fur  chaque  diftri- 

bution: 

Papier  <vé lin  :  10  exemplaires  de  chaque  volume  de  textes,  au  prix 
de  24  fr.  l'exemplaire. 

Papier  ordinaire  :  300  exemplaires  au  prix  de  12  fr.  l'exemplaire. 

Ces  prix  peuvent  être  augmentés  par  le  Comité  de 
direction,  en  raifon  de  l'importance  exceptionnelle  de 
certains  volumes. 

Les  réimpreflîons  phototypographiques,  exclufivement 
réfervées  aux  membres  titulaires  &  aux  ajfociés,  ne  font 
pas  mifes  dans  le  commerce. 

cArt.  18.  La  Société  fait  choix  d'un  ou  plufieurs 
libraires-éditeurs,  auxquels  elle  concède,  au  mieux  de  fes 
intérêts,  le  droit  de  vendre  ceux  des  exemplaires  de  les 
publications  qui  font  réfervés  au  commerce. 

cArt.  19.  Les  publications  de  la  Société  font  faites  fous 
la  furveillance  du  Comité  de  direction,  &  la  garantie  du 


Plan  des  publications.  y 

fecrétaire-tréforier  &  de  l'un  des  commillaires  refpon- 
iables. 

oirt.  20.  Au  cas  où  l'un  des  volumes  a,  pour 
éditeur  ou  pour  commiiïaire  refponfable,  le  fecrétaire- 
tréforier,  le  contre-leing  de  ce  dernier  eit  remplacé  par 
celui  du  vice-préfidenc. 

III 

PLAN  DES  PUBLICATIONS. 

a)  Série  géographich 

Collection  chronologique  des  pèlerinages  en  Terre-Sainte  &  des  def- 
criptions  de  la  Terre-Sainte  &  des  contrées  voifines. 

1  Textes  latins.  —  Imprimés  à  inédits  de  300  à  1400.    —  Inédits  ou 

rariflimes  de  1400  à  1600. 

2  Textes  français. 

Imprimés  &  inédits  jufqu' en  1500. —   Iné- 
dits ou  rarililmes  de  1500  à  1600. 


4 

5 
6 

» 
i 

n 
» 

italiens, 
efpagtiols. 
allemands . 
anglais. 

7 
8 

Textes  fcandina-ves 
»       (la<ves. 

9 
10 
1 1 

» 
» 

grecs. 

hébraïques. 

arabes. 

I 

> 

I 

s 


Imprimés  &  inédits  jufqifen  1600. — (Ac- 
compagnés d'une  verlion.) 


B)    SÉRIE    HISTORIQUE. 

1  Poéiies  &  poèmes  relatifs  aux  croifades,   1 100-1500. 

2  Chartes  i 

3  Lettres  hiftoriques     >    inédites,  1 095-1 500. 

4  Petites  chroniques 

5  Projets  de  croitades  inédits,  12  50-1 600. 

Les  textes  de  chacune  de  ces  fériés  font  publiés,  par 
volumes  d'environ  300  pages,  dans  le  format  &  fur  le 
modèle  des  Chronicles  and  memorials  of  the  Great 
Britain. 


8  Société  de  l'Orient  latin. 

La  difiribution  des  volumes  a  lieu  de  telle  forte  que,  — 
à  la  fin  de  chaque  période  décennale  de  la  publication,  — 
les  trois  cinquièmes  (i2  volumes)  aient  été  pris  dans  la  férié 
géographique,  &  les  deux  autres  cinquièmes  (8  volumes)  dans 
la  férié  hiflorique . 

Les  phototypographies  reproduifent  : 

i°  Les  pèlerinages  en  Terre-Sainte,  feuilles  volantes,  journaux  de 
croifade  &c,  &c,  imprimés  au  XVe,  &  dans  les  25  premières  années  du 
XVIe  fiècle. 

20  Les  pièces  analogues  qui,  quoique  de  date  poftérieure,  n'exiftent 
qu'à  Tétat  d'exemplaires  uniques  ou  rariiïïmes. 

Une  courte  notice  bibliographique ,  de  même  format, 
accompagne  chaque  phototypographie. 

La  Société,  qui  a  déjà  patronné  la  NUMISMATIQUE  DE 
L'ORIENT  LATIN,  par  £M.  G.  Schlumberger,  fe  propofe 
également  de  favorifer  la  publication  de  : 

a)  La  Cartographie  de  l'Orient  latin  au  Moyen-Age,- 

b)  La  Sigillographie  &  PÉpigraphie  de  l'Orient  latin. 

c)  La  Bibliographie  de  l'Orient  latin. 


Membres  titulaires. 


COMITE    DE   Vl\ECriOCNi 

DE  LA  SOCIÉTÉ 

pour  la  période  1 884-1886. 


PRÉSIDENT: 

M.  le  marquis    de  VOGUÉ. 

Vice-Prefident  :  MM.  Ch.  Schefer. 

Secr'etahe-Tr'eforier  :  le  cte  Riant. 

Secrétaire-adjoint  :  le  clc  de  Marsy. 

Commiffaires  : 

MM. 

A.  de  Barthélémy.  P.  Meyer. 

le  cte  de  Mas  Latrie.  E.  de  Rozière. 

CommiJJaire  honoraire  : 
M.  Egger. 


MEMBRES   TITULAIRES: 

MM. 

Ancel,    député    de   la    Mayenne,    146    avenue   des    Champs-Elyfées, 

Paris  (1). 
Antrobus  (R.  P.   Frederick),  Oratory,  Londres  (2). 
Bapst  (Germain),  153  boulevard  Hauffmann,  Paris  (14). 
Barthélémy  (Anatole  de),  9  rue  d'Anjou-St-Honoré,  Paris  (3). 
Barrère  (E.  de),  ancien  conful-général  de  France  à  Jérufalem,  40  rue 

Vignon,  Paris  (4). 


io  Société  de  l'Orient  latin. 


Clercq^  (Louis  de),  5  rue  Mafferan,  Paris  (6) 

Combettes  du  Luc  (Le  comte  de),  Rabafteins-fur-Tarn,  Tarn  (7). 
Delaville  le  Roulx  (Jofeph),  51  rue  de  Monceau,  Paris  (38). 
Delpit  (Martial),    74  faubourg    St-Honoré,   Paris,  &    à    Caftang  par 

Bouniagues,  Dordogne  (8). 
Dreux-Brézé  (S.  G.  Ms>'  de),  évêque  de  Moulins,  Moulins  (9). 
Dura  (Giufeppe),  40  ftrada  S.  Carlo,  Naples  (10). 
Durrieu  (Paul),  66  rue  de  la  Chauffée  d'Antin,  Paris  (34). 
Egger  (Emile),  membre  de  l'Inftitut,  profeffeur  à  la  Faculté  des  Lettres, 

68  rue  de  Madame,  Paris  (11). 

(12). 

Gayangos  (Don  Pafcual  de),  correfpondant  de  Tlnflitut,  4  Barquillo, 
Madrid  (27). 

Goujon  (Paul),  52  rue  Paradis-Poiffonnière,  Paris  (13). 

Kermaingant  (P.-L.  de),  ingénieur  des  Mines,  102  avenue  des 
Champs-Elyfées,  Paris  (44). 

Khitrowo  (S.  Exe.  M.  Bafile  de),  confeiller  d'Etat,  93  quai  de  la 
Moïka,  St-Péteribourg  (15). 

Kohler  (Charles),  13  rue  de  Poiffy,  Paris  (5). 

Lair  (Le  comte  Charles),  18  rue  Las  Cafés,  Paris  (16). 

Lair  (Jules),  directeur  des  Entrepôts  &  Magafins  généraux,  204  boule- 
vard de  la  Villette,  Paris  (17). 

Langénieux  (S.  Exe.  Mgr),  archevêque  de  Reims,  Reims  (18). 

Léotard,  docleur-ès-lettres,  3  cours  Morand,  Lyon  (19). 

Mac  Grigor  (A.  B.),  19  Woodfide  Terrace,  Glafcow,  Ecoffe(2o). 

Marsy  (Le  comte  de),  Compiègne  (21). 

Mas  Latrie  (Le  comte  de),  chef  de  feclion  aux  Archives  de  France, 
229  boulevard  St-Germain,  Paris  (22). 

Masson  (Frédéric),  89  rue  de  la  Boétie,  Paris  (42). 

Meyer  (Paul),  membre  de  Flnflitut,  26  rue  de  Baulainvilliers, 
Paris  (23). 

Michelant,  confervateur  fous-direéteur  à  la  Bibliothèque  Nationale, 
1 1  avenue  Trudaine,  Paris  (24). 

Mignon  (A.),  18  rue  de  Malelherbes,  Paris  (25). 

Olry,  ingénieur  des  Mines,  2  rue  de  Bruxelles,  Lille  (41). 

Pécoul  (Augufte),  à  Draveil,  Seine-&-Oife  (26). 

Popelin  (Claudius),  7  rue  de  Téhéran,  Paris  (43). 


Membres  titulaires.  i  i 


Rebours  (L'abbé  le),  curé  de  la  Madeleine,  8  rue  delà  Ville-l'Evêque, 
Paris  (28). 

Ri  y  (Emmanuel),  8  rue  de  la  Neva,  Paris  (29). 

Riant  (Le  comte),  membre  de  l'Inftitut,  51  boulevard  de  Courcelles, 
Paris  (30). 

Riant    (Ferdinand),  membre   du  Confeil    municipal,  36  rue  de  Berlin, 
Paris  (3 1). 

RoziÈRE  (Eugène  de),  membre  de  Tlnltitut,  (ênateur,    8    rue  Lincoln, 

Paris  (32). 
Saige  (Jules),  ingénieur  des   Ponts   &    Chauffées,    94  rue  St-Lazare, 

Paris  (33). 

Schefer  (Charles),  membre  de  l'Inftitut,  administrateur  de  PÉcole  natio- 
nale des  langues  orientales  vivantes,  2  rue  de  Lille,  Paris  (35). 
Schefer  (Jules),  miniftre  de  France  en   Monténégro,  Ragufe  (36). 
Schlumbercer  (Guftave),  140  faubourg  St- Honoré,  Paris  (3-). 
Torei.la   (Le  prince  de),  Naples  (39). 
Vogué  (Le  marquis  de),  membre  de  Tlnllitut,  2  rue  Fabert,  Paris  (40). 


/; TABLISSEMEN TS    PUBLICS 


Bibliothèque  royale  de  Bruxelles  (45). 
bibliothèque  royale  de  copenhague  (46). 
Bibliothèque  royale  de  Naples  (47). 
Bibliothèque  Bodléienne    d'Oxford  (50). 
Bibliothèque  nationale  de  Paris  (48). 
Société  nationale  de  géographie  de  Paris  (49). 


1 2  Société  de  l'Orient  latin. 


ASSOCIÉS 

MM. 

Arséniew   (Serge    d'),    membre  de    la    Commiflion   des  requêtes,  13 

Manègeny  Péréoulok,  Saint-Péterfbourg  (56). 
Barré  de  Lancy,  conful-général,  premier  interprète  du  gouvernement, 

32  rue  Caumartin,  Paris  (71). 
Barthes,  14  Great  Marlborough  ftreet,  Londres  (68). 
Bibliothèque  de  l'Institut  de  France,  Paris  (52). 
Bibliothèque  Méjanes,  Aix  (64). 
Bibliothèque  Victor-Emmanuel,  Rome  (63). 
Bishop  (Edmund),  4  Lancafter  Terrace,  Régent' s  Park,  Londres  (58). 

Broet-Plater  (Le  comte  de),   Rovno,  par  Dombrovitza,  Volhynie, 

Ruflie  (55). 
Del  aborde  (François),  14  rue  de  l'Arcade,  Paris  (61). 
Drême  (Le  premier  préfident),  Agen  (51). 

Duclos     (L'abbé),    curé    de    St-Eugène,     52    faubourg    PoifTonnière, 
Paris  (54). 

Hagenmeyer    (Henri),    Ziegelhaufen,    Heidelberg,    grand-duché    de 
Bade  (s 7). 

Laborde  (Le  marquis  de),  4  rue  Murilio,  Paris  (53). 
Mély  (Fernand  de), au  Mefnil-Germain,  par  Fervacques,  Calvados (59). 
Palestine  Exploration  Fund,  Londres  (69). 
Raynaud  (Furcy),  Luxembourg,  grand-duché  de  Luxembourg  (62). 
Raynaud  (Gafton),  32  rue  Caumartin,  Paris  (60). 
Robertson  Smith  (Le  rév.  William),  profelTeur  d'hébreu  à  l'Univer- 
fité,  20  Duke  ftreet,  Edimbourg  (67). 

Roy  (Jules),  profelTeur   à  l'Ecole  des  Chartes,  12  rue  des  SS.  Pères, 
Paris  (66). 

Rubio  y  Lluch  (Don  Antonio),  profelTeur  à  l'Univerfité,  8  Raurich, 
Barcelone  (65). 

Wilson    (colonel    Sir    C.-W.),    Ordnance    Survey,    Phcenix    Park, 
Dublin  (70). 


PUBLICATIONS    DE    LA    SOCIÉTÉ 


SÉRIE   GEOGRAPHIQUE 

r,  2,4.  binera  hierofolymitana  &  defcriptiones  Terra  Sandce 

Lui  ne  confcripta. 

Tomi  I,  1  &  2,  éd.:  Tu  1  ER  &  A.  MOLINIER. 

Tomus  II,  i,ed.:A.  M0LINIER&  C.  Kohler. 

7>.     Itinéraires   français.    I. 
Éd.:  MM.  Henri  M k huant  &  Gaston  Raynaud. 


en    préparation: 

hinera  &  defcriptiones  latine  confcripta. 
Tomi  II,  2,  éd.:  A.  Molinier  &  C.  Kohler. 

Itinerarj  italiani. 
Torao  1,  éd.:  Cav.  L.   Belgrano. 

hinera  grœca. 
Tomus  I,  éd.:  V.  Guérin. 


SÉRIE  HISTORIQUE 

i.  La  prife  d' (Alexandrie,  par  Guillaume  de  Machaut. 
Éd.  :  Mr  L.  de  Mas  Latrie. 

2.  Quinti  belli  facri  fcriptores  minores. 

Ed.  :  R.  Rôhricht. 

5.  Teftimonia  minora  de  quinro  bello  facro. 
Ed.  :  R.   Rôhricht. 

4.    Cronica    de    éMorea. 
Éd.  ;  M.  Morel-Fatio. 

SOUS     PRESSE: 

y.  Gejies  des  Chiprois. 
Éd.  :  MM.  Gallon  Raynaud  &  Carlo  Perrin. 

6.  Epijfolarium  quinti  belli  facri. 
Ed.:  R.  Rôhricht. 

EN     PRÉPA  RATION  : 

T{écit  verfifié  de  la    ire  croifade,  d'après  Baudri  de  Dol. 

Éd.  :  M.  Paul  Meyer. 


RÉIMPRESSIONS  PHOTOTYPOGRAPHIQUES 

(réftr-vées  aux  membres  titulaires  &  aux  ajjocih.) 

i~4-  Trologus  oArminenÇis  in  mappam  Terre  Sande. 
In-fbl.,  f.  1.  n.  d.,  f.  xv. 

sous    PRESSE: 

f.  Voyage  en  Terre  Sainte,  de  Jean  de  Cucharmoys. 


PUBLICATIONS  PATRONNÉES  PAR  LA    SOCIÉTÉ 
I.  NUMISMATIQUE  DE  L'ORIENT  LATIN 

par  G.   SCHLUMBERGER. 

Paris,  Leroux,  1S77,  1  vol.  in-4,  Jx  fupp1, 188.. 

//.  DE  PASSAGIIS  IN  TERRAM  SANCTAM 

Excerpta  heliographica  e  codice  Marciano  399:  éd.  C  M.  Thomas. 

Venetiis,  Ongania,-  Parif.,  E.  Leroux,  1879,  in-fol. 

III  &  IV.  ARCHIVES   DE   L'ORIENT   LATIN 

Tome  I  &.  IL 
Paris,  Ernell  Leroux,  1SS1-1S84,  in-S. 

V.  SIGILLOGRAPHIE  BYZANTINE 

par  G.   SCHLUMBERGER. 

Paris,  Erneft  Leroux,  700  pp.  in-4  (1IO°  deflîns). 

SOUS     PRESSE: 

VI.  HISTOIRE  DU  COMMERCE  DU  LEVANT 
AU  MOYEN  AGE 

par  le  prof.  W.  Heyd,  édition  revue   &  augmentée   par  l'auteur 

Se  traduite  avec  fon  autorilation  par  Furcy  Raynaud. 

Leipzig,  O.  Haraflbwitz,  2  vol.  in-S. 


BINDING  SECT.  AUG  4     1967 


D  Les  restes  des  Chiproij 

S6 


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